Propositions d’interconnexions scientifiques et techniques

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4. Synthèse des apports des travaux : domaines de la surveillance ayant fait l’objet de

4.2 Propositions d’interconnexions scientifiques et techniques

De nombreuses pistes d’interconnexion ont été formulées au sujet des outils de surveillance et des activités scientifiques et techniques. La plupart de ces propositions ont été exprimées après avoir identifié des éléments performants pour un dispositif (ou système) donné, mais non présents ou moins développés pour les autres dispositifs. Il s’agirait donc dans un grand nombre de cas non pas de création mais de mutualisation de l’existant, si besoin en l’adaptant, ce qui est souvent plus facile, plus rapide et moins coûteux.

4.2.1 Collecte des données

Nos travaux ont rappelé que la transmission de certaines informations, en complément des prélèvements biologiques, est indispensable pour permettre un bon traitement des données. Quel que soit le dispositif, il doit s’agir a minima des informations d’identification de l’équidé (numéro Sire ou de transpondeur, race, âge, sexe), du détenteur et du vétérinaire (noms, coordonnées) et de renseignements sur les prélèvements et les analyses demandées. Un formulaire permettant le recueil de ces données a été conçu par l’IFCE pour la surveillance des reproducteurs (IFCE, 2016c). Pour les dispositifs assurant une surveillance évènementielle, des informations sanitaires sur l’équidé (nature et date d’apparition des signes cliniques, vaccinations, traitements reçus) et sur les autres animaux du cheptel (nombres d’individus présents, nombre de malades/morts, symptômes, introductions et sorties récentes, changements alimentaires ou des conditions d’élevage, etc.) sont également importantes, mais essentiellement pour aider au diagnostic. Les formulaires de déclaration en ligne du Respe et de Resumeq sollicitent ces renseignements. Afin de faciliter la valorisation des données collectées par tous les dispositifs, il serait nécessaire de définir un niveau minimal de données communes à collecter et d’obtenir un bon niveau de standardisation de celles-ci. L’utilisation des formulaires existants par les dispositifs qui en sont dépourvus (ventes, SER, export) permettrait d’atteindre cet objectif. Il a été souligné durant les travaux que les vétérinaires devraient être sensibilisés à renseigner ces formulaires dans ces autres contextes, où ils n’en ont pas l’habitude, et que la localisation de l’équidé devrait systématiquement être enregistrée.

Des définitions de cas suspects et confirmés ont aussi été établies pour certaines maladies et par certains dispositifs, mais pas par tous. La convergence des définitions existantes et la sensibilisation des vétérinaires à ces définitions permettraient d’harmoniser la surveillance et les données sanitaires collectées.

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4.2.2 Gestion des données

Après le pilotage et l’animation, la centralisation des données est certainement un des éléments les plus importants, si ce n’est le plus important, à formaliser et à mettre en place rapidement lors de l’interconnexion de dispositifs de surveillance. En effet, elle constitue un préalable à l’analyse conjointe des diverses données sanitaires et donc à la réelle valorisation des efforts de tous les acteurs de la surveillance. La centralisation des données a par conséquent été un point longuement discuté, notamment au cours des évaluations Oasis et de l’atelier participatif.

Il est ressorti de nos travaux, d’une part, un besoin impérieux de disposer facilement des données collectées par tous les dispositifs de surveillance pour une même maladie et, d’autre part, qu’il n’était pas nécessaire de fusionner les bases de données existantes en une seule. Une telle fusion serait complexe étant donné que les bases sanitaires des différents acteurs (IFCE, Respe, Resumeq, DGAL, LNR) ont été créées pour répondre à des besoins différents, qu’elles reposent sur des systèmes informatiques distincts, qu’elles possèdent des architectures et regroupent des données différentes (par exemple, beaucoup d’informations non sanitaires sont contenues dans la base Sire).

Par ailleurs, les sociétés mères (dont France Galop, le Trot, FFE) disposent également de bases enregistrant des données pouvant être utiles à des fins d’analyse épidémiologique, en particulier sur la localisation des équidés et des détenteurs. Des solutions autres que la fusion en une base unique ont ainsi été discutées, mais cette question ne pourra certainement trouver une réponse que dans le cadre d’une future instance de pilotage transversale. Nous pouvons toutefois citer la proposition d’une mise à disposition régulière, voire en continu, de données sanitaires prédéfinies par les différents acteurs au sein d’un puits de données commun. Ce puits serait géré par l’unité centrale transversale, potentiellement en lien avec la Plateforme ESA dans le cas d’une participation des acteurs sanitaires de la filière à celle-ci et d’une intégration de thématiques équines à son programme de travail. Une option non évoquée au cours des travaux mais qui aurait l’intérêt de s’appuyer sur une base déjà existante serait de transférer tous les résultats d’analyses à la base Sire.

Celle-ci possède en effet l’avantage d’enregistrer la quasi-totalité des équidés présents sur le territoire (hors animaux non déclarés). S’agissant d’une base de données relationnelle, elle permettrait d’obtenir facilement les informations sanitaires et non sanitaires (identification, race, sexe, âge, propriété, localisation et vaccinations lorsqu’elles sont saisies) pour un même équidé. Les possibilités de réaliser des extractions rapides et faciles d’utilisation à des fins d’analyse épidémiologique seraient toutefois à investiguer.

L’accès aux données, notamment de localisation, enregistrées par les acteurs non gestionnaires de dispositifs de surveillance, tels que les sociétés mères, pourrait être programmé de façon régulière,

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par exemple en vue de la préparation des bilans sanitaires. Il pourrait aussi s’envisager ponctuellement, au besoin, notamment lors de la mise en œuvre d’investigations épidémiologiques en cas de foyer. La nécessité d’obtenir un bon niveau de précision sur les données de localisation (à l’échelle de l’élevage) a aussi été souligné au cours des travaux.

Pour les dispositifs peu structurés (surveillance des ventes et des exports) et les suspicions cliniques non confirmées, les données sont très généralement enregistrées uniquement par les LDA. Elles représentent une part importante des données de surveillance générées pour les trois maladies étudiées, en particulier pour l’AIE avec les ventes. Il a été recommandé que l’accès aux données des LDA soit facilité et il pourrait être envisagé que ceux-ci transmettent systématiquement les données relatives à une liste de maladies prédéfinies dans le puits de données commun. Ces transferts seraient facilités par le nombre croissant de LDA qualifiés pour les échanges de données informatisées et pourraient même devenir une condition de leur agrément par la DGAL (Grandcollot-Chabot, 2016).

Les problèmes de confidentialité et de propriété des données ont été abordés au cours de l’atelier participatif et des évaluations Oasis. Il s’agit de sujets sensibles que les gestionnaires de dispositifs et les détenteurs de données devront traiter ensemble dès lors que les instances de pilotage et d’animation auront été constituées.

4.2.3 Analyse épidémiologique, valorisation et diffusion des données

L’analyse épidémiologique optimale des données requiert non seulement d’accéder facilement à l’ensemble de celles-ci (voir paragraphe précédent) mais aussi de disposer de moyens humains et techniques adéquats. Le besoin de mutualiser les outils et compétences déjà existants a été souligné au cours de chacun des travaux conduits dans le cadre de cette thèse.

Ainsi, l’étude de l’incidence de l’AVE chez les reproducteurs et de la sensibilité du dispositif de surveillance des reproducteurs (DSR) a permis d’identifier et de répondre à un besoin pour mieux analyser les données collectées, en définissant des règles ad hoc pour repérer les séroconversions.

Ce travail a illustré l’intérêt de mutualiser les compétences issues de plusieurs organismes et la nécessité de contacts étroits entre les personnes chargées de l’analyse des données et celles impliquées dans leur collecte.

Nous avons mis en évidence, pour l’AVE, des difficultés à statuer sur la possible séroconversion de certains équidés et sur la date de celle-ci en l’absence de l’historique des autres tests subis par l’animal. Certains reproducteurs faisant l’objet de ventes aux enchères et éventuellement de

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suspicion clinique, il est probable qu’une partie d’entre eux subisse d’autres tests AVE que ceux réalisés pour la monte et saisis dans la base Sire. L’accès à ces autres données faciliterait l’identification des séroconversions et/ou la détermination de leur date approximative d’occurrence.

Inversement, l’accès à l’historique des données Sire lors de la réalisation d’un test pour un autre motif peut faciliter et accélérer la confirmation ou l’infirmation d’une séroconversion par les autres dispositifs (vente, export, surveillance évènementielle). Par ailleurs, les règles proposées pour l’identification des séroconversions pourraient être utilisées, directement ou après adaptation le cas échéant, pour interpréter l’ensemble des résultats sérologiques générés.

L’analyse conjointe de toutes les données collectées pourrait aussi faciliter l’estimation de la situation sanitaire réelle, c’est-à-dire tenant compte des cas/foyers non détectés. Par exemple, savoir qu’un certain nombre de cas ont été détectés par plusieurs dispositifs différents permettrait de recourir aux méthodes de capture-recapture multilistes afin d’estimer le nombre de cas détectés par aucun dispositif et donc le nombre total de cas pour une maladie donnée. Cette estimation pourrait être réalisée à intervalles réguliers (annuellement). La connaissance du nombre total d’équidés testés par unité épidémiologique (voire de certaines de leurs caractéristiques comme la race, le sexe, l’âge, le statut vaccinal ou l’origine géographique) peut également contribuer à l’évaluation de la situation sanitaire, comme cela a été illustré dans les travaux sur l’AVE chez les reproducteurs.

Lors des évaluations Oasis et de l’atelier participatif, il a été souligné que des compétences étaient déjà présentes dans la plupart des dispositifs pour assurer une analyse épidémiologique des données (au sein de la DGAL, des LNR, du Respe, de l’IFCE et de Resumeq) et que leur mise en commun permettrait de valoriser aux mieux les résultats de la surveillance. La coopération entre ces acteurs pourrait par exemple s’effectuer dans le cadre de la Plateforme ESA, qui est un espace de collaboration. Cette Plateforme n’est en effet pas un acteur en soi, mais une structure dont les forces vives sont apportées par les organismes qui en sont membres. En son sein, des travaux de valorisation des données sanitaires ont été mis en place de manière pérenne pour plusieurs thématiques dans diverses filières animales (ruminants, porcs, volailles, abeilles, mollusques, faune sauvage). Un cadre de collaboration entre acteurs sanitaires d’une même filière a donc déjà été expérimenté et pourrait profiter à la filière équine. Par ailleurs, plusieurs outils ont également été développés dans le cadre de la Plateforme ESA pour contribuer à l’analyse des données, tels qu’une méthode d’évaluation de la qualité des données de surveillance et un pool générique d’indicateurs sanitaires (Dominguez, 2014; Palussière et al., 2014). Ces outils pourraient utilement être employés à l’avenir pour l’analyse des données en surveillance équine.

Pour la diffusion des résultats de la surveillance, les travaux réalisés ont également permis d’identifier un certain nombre de supports déjà existants et des canaux de diffusion opérationnels.

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Profitant des réseaux et relais de chaque dispositif, l’unité centrale transversale pourrait communiquer largement des bilans de surveillance réguliers, ainsi que des alertes ou renseignements ponctuels le cas échéant. Ces diverses informations ont vocation à être transmises, avec des niveaux de détail certainement différents, à tous les acteurs du système de surveillance (détenteurs, étalonniers, vétérinaires, DDecPP, SRAL, laboratoires, instances centrales, sociétés de ventes aux enchères, etc.) ainsi qu’aux organisations sanitaires et vétérinaires, aux autres professionnels de la filière (utilisateurs, sociétés mères, associations de races, etc.) et aux partenaires sanitaires et commerciaux étrangers (dont services vétérinaires et agences sanitaires). En communiquant simultanément leurs résultats et en parlant d’une voix commune, les dispositifs de surveillance ont l’opportunité d’enrichir leurs messages, de les clarifier et de renforcer leur légitimé. S’inspirer du rythme régulier de communication du Respe, ou de la DGAL et du LNR pour l’AIE, permettrait également de pérenniser voire de renforcer l’implication et la vigilance des acteurs de terrain.

4.2.4 Evaluation interne

La mise en place d’un suivi d’indicateurs de fonctionnement pour évaluer en interne et en continu le bon déroulement des activités de surveillance a été préconisée. Même si des indicateurs spécifiques à chaque dispositif peuvent être jugés nécessaires, notamment pour la collecte des données, d’autres devraient être définis collégialement pour l’ensemble du système de surveillance. Il s’agirait en particulier des indicateurs relatifs au fonctionnement des instances centrales, aux examens de laboratoires, à l’analyse des données et à la communication. Etant donné que la définition des indicateurs de fonctionnement peut nécessiter plusieurs mois de travail, ceux proposés dans des listes génériques déjà publiées pourraient être utilisés dans un premier temps, par exemple ceux établis dans le cadre de la Plateforme ESA (Dominguez et al., 2013).

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