Métrite contagieuse équine

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2. Surveillance épidémiologique de trois maladies infectieuses équines en France

2.1 Caractéristiques épidémiologiques de l’anémie infectieuse des équidés, de l’artérite virale

2.1.3 Métrite contagieuse équine

2.1.3.1 Caractéristiques cliniques et épidémiologiques et importance

La métrite contagieuse équine (MCE) est une maladie bactérienne à transmission vénérienne causée par le coccobacille Gram négatif Taylorella equigenitalis, anciennement dénommé Haemophilus equigenitalis (Taylor et al., 1978; Timoney, 2011a). La maladie a été décrite pour la première fois en Grande-Bretagne en 1977 (Platt et al., 1977).

L’incubation dure entre deux et sept jours après la saillie infectante. Tous les équidés sont réceptifs, mais seules certaines femelles (30 à 40 % d’entre elles) présentent des signes cliniques après infection, tandis que l’infection est toujours inapparente chez les étalons. Chez les juments, T. equigenitalis peut provoquer une métrite et une vaginite, accompagnées d’un écoulement vaginal mucopurulent plus ou moins abondant (figure 7), qui rétrocèdent généralement en une quinzaine de jours (Metcalf, 2011; Powell, 1981). Le cycle sexuel est raccourci, les chaleurs réapparaissant habituellement entre trois et douze jours après l’infection. L’infection peut également se manifester par une baisse de la fertilité chez les juments (Timoney et Powell, 1988). T. equigenitalis est généralement sensible aux antibiotiques usuels mais certaines juments nécessitent plusieurs traitements antiseptiques et antibiotiques successifs (Kristula, 2013; Timoney, 2011a). Des anticorps peuvent être détectés dès le septième jour post-infection chez la jument et disparaissent en six à dix semaines. Aucune production d’anticorps n’a été décelée jusqu’à présent chez les étalons (Timoney, 1996). Faute d’acquisition durable d’immunité, il n’existe pas de vaccin disponible à ce jour (Timoney, 2011a). Un équidé peut ainsi être infecté plusieurs fois au cours de sa vie (Timoney et al., 1978).

Figure 7. Ecoulement vaginal chez une jument infectée par Taylorella equigenitalis (source : Pascale Chavatte-Palmer).

La MCE est une maladie très contagieuse par voie vénérienne. T. equigenitalis est retrouvée dans les sécrétions et exsudats génitaux. La transmission a majoritairement lieu au cours de la saillie naturelle ou d’inséminations artificielles via la semence. Toutefois, une transmission indirecte par le personnel

ou par le matériel lors des soins d’entretien, des examens gynécologiques ou des inséminations est également possible, bien que la bactérie soit peu résistante dans le milieu extérieur (Metcalf, 2011;

Schulman et al., 2013; Timoney, 2011a).

La maladie sévit de manière enzootique, avec une dissémination progressive d’un haras à l’autre par les étalons et juments contaminés dans le cadre de la monte. Des flambées de cas chez les juments saillies par un étalon infecté sont également observées (Erdman et al., 2011; Taylor et al., 1978). Les sources de la bactérie sont les juments malades ainsi que les juments et étalons porteurs inapparents. Certains équidés, mâles et femelles, peuvent en effet présenter un portage génital de T. equigenitalis durant plusieurs années ; ils sont le réservoir de la bactérie et jouent ainsi un rôle épidémiologique majeur (Powell, 1981; Timoney, 2000, 2011a). Historiquement, l’introduction d’un équidé porteur asymptomatique au sein de populations naïves a été plusieurs fois responsable de diffusions importantes et d’impacts économiques significatifs sur la filière équine, notamment aux Etats-Unis (Erdman et al., 2011; Holden, 1978; Luddy et Kutzler, 2010; Powell, 1981). En France, les troubles de la reproduction et les conséquences économiques de la MCE étaient particulièrement importants dans les années 1980 et 1990 (Petry et Marcé, 2012; Plateau, 1987), ce qui a justifié son inscription sur la liste des maladies à déclaration obligatoire en 1981 puis sur celle des maladies réputées contagieuses en 1992 (Anonyme, 1981, 1992b). L’importance de la MCE est liée à sa contagiosité et à ses répercussions économiques directes (baisse du taux de fécondité, perte de la saillie) et indirectes (Erdman et al., 2011; Timoney, 2011b). En France, les conséquences indirectes comportent les coûts des mesures de prophylaxie après découverte d’un cas, incluant le retrait des équidés infectés de la reproduction, les examens et les traitements. Comme pour l’AIE et l’AVE, il faut ajouter les coûts de la surveillance, notamment des contrôles effectués dans le cadre des échanges et de la monte, et ceux des éventuelles investigations (Petry et Marcé, 2012). Maladie réputée contagieuse (MRC) entre 1992 et 2006 lorsque sa prévalence apparente (figure 8) et ses conséquences en élevage étaient relativement importantes, elle est redevenue maladie à déclaration obligatoire (MDO) en 2006 après une nette amélioration de la situation sanitaire, puis danger sanitaire de deuxième catégorie en 2012 (Anonyme, 1992b, 2006, 2012a, 2013). Depuis 2006, la déclaration ne donne plus lieu à l’application obligatoire de mesures de police sanitaire, à l’exception des mesures exigées par certains stud-books dans le cadre de la monte (Anonyme, 2014a).

Une espèce proche de T. equigenitalis, dénommée T. asinigenitalis, a été identifiée en 2001 (Jang et al., 2001). Jusqu’en 2004, les deux espèces n’étaient pas facilement distinguables en routine par les examens de laboratoire en France et les cas officiels de MCE correspondaient donc à des infections par l’une ou l’autre de ces bactéries. Depuis 2005, l’identification d’espèce est systématiquement réalisée en France et seuls les cas d’infection par T. equigenitalis sont considérés comme des cas de

MCE. Le diagnostic et le dépistage reposent sur l’isolement par culture et l’identification de T. equigenitalis à partir de prélèvements génitaux (Afnor, 2004; OIE, 2012). Des techniques de diagnostic rapide (immunofluorescence, PCR) existent également (Bleumink-Pluym et al., 1994;

Breuil et al., 2010; Wakeley et al., 2006), mais nécessitent une confirmation par isolement (Petry et Marcé, 2012).

2.1.3.2 Situation sanitaire

La MCE est aujourd’hui présente sur tous les continents mais elle sévit en particulier en Europe et en Amérique du Nord (Aurich et al., 2003; Jeoung et al., 2016; Luddy et Kutzler, 2010; May et al., 2015;

Ricketts et al., 2012; Stritof et al., 2016; Zdovc et al., 2005). En France, le nombre de cas a fortement chuté lorsque la MCE était classée parmi les maladies réputées contagieuses, de 1992 à 2006 (figure 8) (Petry et Marcé, 2012). Toutefois, jusqu’en 2005, certains cas officiels de MCE correspondaient peut-être à des cas d’infection par T. asinigenitalis, la distinction entre les deux agents n’étant pas possible ou pas systématiquement réalisée avant cette date. La prévalence apparente de la MCE est demeurée faible depuis 2006 et aucun cas n’a été détecté en France depuis février 2012 (à la date du 1er août 2016) (Breuil et al., 2015; Petry et Marcé, 2012; S. Petry, communication personnelle).

Figure 8. Nombre de cas de MCE détectés chaque année en France entre 1992 et 2015 (d’après Petry, 2012 ; Petry et Marcé, 2012 ; S. Petry, communication personnelle).

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