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LEÇONS DE MOTS, LEÇONS DE CHOSES : UN BILAN DE PLÉNIÈRE

Maryline COQUIDÉ

UMR STEF ENS Cachan - INRP

Cette plénière intitulée « leçons de mots, leçons de choses » vise à questionner et à discuter les « mises en mots » et les « mises en choses » de l’éducation. Plusieurs contributions, dont les textes de communication suivent, ont permis de nourrir la réflexion. Les présentations et les interactions ont souligné deux points essentiels.

Tout d’abord, les diverses tensions, aussi bien dans les visées annoncées que dans les mises en œuvre ont traversé les cinq présentations.

Leçons de mots ou leçons de choses, leçons par les mots ou leçons par les choses, les diverses analyses, de textes, de manuels ou de discours, les diverses observations, en classe de maternelle ou au musée, montrent les tensions entre pratiques matérielles et pratiques langagières d’une initiation scientifique et technique. Ces tensions se présentent parfois sous forme d’une opposition, parfois sous forme d’une complémentarité, avec toutes les ambiguïtés qui peuvent en résulter. Ces ambiguïtés sont constantes et elles peuvent se présenter sous formes diverses, selon les contextes, selon les acteurs impliqués et selon les champs d’étude (Joel Lebeaume et Joel Bisault). Il est ressorti aussi les relations fortes, historiquement, entre laïcité, apprentissage de langue nationale et leçons de choses. Les décalages constants entre les « intentions » et les « mises en œuvre » ou les « résultats » dans les classes ont également été soulignés, aussi bien dans le cas du Portugal (Elisa Maia) qu’en France (Joel Lebeaume).

Les discours des acteurs impliqués, élèves de maternelle lors d’une investigation (Cora Cohen), discours de conservateur ou d’artiste sur les rapports entre mots et choses dans le musée (Mathilde Labbé), et les textes pour la mise en œuvre d’activités scientifiques et techniques à l’école (Joel Lebeaume, Joel Bisault), permettent d’approcher les formes langagières, préconisées ou mises en pratiques. Il est possible d’en distinguer le rôle des mots et des langages : pour nommer, pour désigner, pour catégoriser, pour expliquer…

Ces discours et ces textes, l’analyse des choses et des pratiques prises comme références, témoignent aussi de possibilités de fortes valorisations ou dévalorisations, et de la nécessité d’une construction scolaire (Joel Lebeaume).

A. GIORDAN, J.-L. MARTINAND et D. RAICHVARG, Actes JIES XXVII, 2005

PAR LES MOTS ET PAR LES CHOSES

(Introduction à la première plénière)

Jean-Louis MARTINAND UMR. STEF, ENS Cachan

Au début de cette première séance plénière, pendant laquelle nous allons « récupérer » ce qui s’est dit et échangé pendant les ateliers, je souhaite formuler en quelques phrases aussi précises que possible ce que nous souhaitons discuter pendant ces Journées. Notre ambition est de faire collectivement un effort de pensée originale et prospective sur un thème et des problèmes qui ne sont pas seulement des traces d’un passé révolu, mais bien des questions vives en perpétuel renouvellement, qui concernent profondément la culture et l’éducation scientifiques et technologiques.

Parler de sciences ou de techniques, c’est habituellement évoquer des savoirs élaborés et validés à propos de mondes naturels ou artificiels, savoirs qui résultent d’un désir et d’un plaisir de connaître ou d’agir. L’éducation et la culture scientifiques et techniques ont alors pour but premier d’apprendre et de conserver ces savoirs. Mais les sciences et les techniques sont aussi des arts de s’approprier ces mondes naturels et artificiels, par l’investigation systématique d’objets d’étude construits, par la symbolisation rigoureuse pour représenter ou interpréter les phénomènes, par la conception et la réalisation d’outils nouveaux. Sciences et techniques sont alors des pratiques instrumentales sur les choses, et des pratiques de communication avec des mots ou des images. L’éducation et la culture scientifiques et techniques sont donc à la fois des activités de découverte des mondes de la nature et des artifices, d’appropriation d’un patrimoine de savoirs éprouvés, et de participation à une aventure majeure de l’humanité. Objets et langages des sciences et des techniques constituent des repères fondamentaux dans cette double aventure humaine et personnelle.

Les XXVIIes Journées de Chamonix se proposent de revenir sur les objets et les langages des sciences et des techniques tels qu’ils interviennent dans l’éducation, la formation et la diffusion, par l’école, les musées et les médias, les actions associatives. Elles souhaitent concentrer la réflexion sur les mots et les choses.

Il s’agit de réfléchir d’abord sur ce que font école et médias avec les mots et les choses :

• choses à toucher, à regarder et à sentir, à manipuler ou démonter, choses à analyser ou inventer ; • mots pour évoquer et qualifier, pour comparer, mots pour décrire, prédire, expliquer ou

imaginer ;

• mots et images de choses dans les textes de science et de technique, choses et légendes ou schémas des collections éducatives ou culturelles.

Il s’agit ensuite de réfléchir aux réélaborations de la formation et de la culture scientifiques et technologiques :

• objets de l’observation, de l’expérimentation, et de la réalisation ; • termes, signes, graphismes et formules des langages spécialisés ; • production et circulation des modèles, des instruments et des concepts.

Il s’agit enfin de réfléchir aux usages sociaux des mots et des choses, vecteurs pour communiquer et dialoguer, mais aussi moyens puissants de dissuader et de reléguer. Car la culture scientifique et technique est un rapport particulier aux mots et aux choses des sciences et des techniques.

A. GIORDAN, J.-L. MARTINAND et D. RAICHVARG, Actes JIES XXVII, 2005

FAIRE DES SCIENCES POUR APPRENDRE À PARLER,

LIRE ET ÉCRIRE OU PARLER, LIRE ET ÉCRIRE