Des cercueils en plomb

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ARCHÉOLOGIQUE DU XIII e AU XVIII e SIÈCLE

3.3 Les matières organiques

3.3.1 Origine des dépôts

3.3.1.2 Des cercueils en plomb

La mise au jour de cercueils plombés, bien que plus ou moins attendue dans les espaces funéraires privilégiés, reste toujours un évènement d’un point de vue méthodologique. Outre les techniques à déployer pour leur exploration, les possibilités de conservation des corps peuvent en effet être exceptionnelles (Colleter 2016a ; Colleter, Adèle 2017). Il s’agit pourtant de découvertes rares en contexte archéologique et souvent considérées comme anecdotiques (Maurel et al. 2011). Les cercueils en plomb sont réservés à des personnes socialement privilégiées, et sont préférentiellement enfouis dans le chœur des églises. Peu de travaux impactent l’intégrité de ces édifices cultuels, menaçant ainsi ces vestiges. Un autre facteur limitant la découverte de cercueils en plomb est la recherche de ce métal pendant la période révolutionnaire et donc la destruction des sépultures pour la fabrication des « balles patriotes », lorsque la mémoire de ces dépôts était encore active.

Lors de la fouille du couvent des Jacobins, un protocole d’investigations a été mis en place pour répondre au maximum de questions tant anthropobiologiques qu'archéologiques (fig. 34). Ces opérations ont été conduites en garantissant par ailleurs toutes les exigences de sécurité pour le personnel intervenant. Bien que cinq cercueils plombés aient été repérés, seuls les quatre issus du chœur de l’église ont été étudiés pendant la phase de fouille. Le cinquième, situé sous une berme de sécurité dans la chapelle Saint-Joseph, a été ouvert pendant les travaux de construction du centre des congrès, en mars 2014, presque un an après la fin de la fouille archéologique. Un sixième cercueil trouvé en avril 2015 et provenant de la chapelle du collège Jésuite Saint-Thomas (actuelle église Toussaints) complète cet échantillon et a été traité de la même manière que le précédent.

Le dégagement des cuves et de leurs fosses d’installation respectives s’est effectué manuellement, avec des outils en bois (spatule) lorsque nous arrivions au contact direct du plomb, pour ne pas impacter le métal. Les trous parfois rencontrés à la surface des cuves ont été grossièrement rebouchés au fur et à mesure du dégagement afin de maintenir au maximum le confinement interne. Quand cela a été possible, une caméra endoscopique a ensuite été introduite pour apprécier la qualité des vestiges conservés et préparer la constitution d’une équipe compétente pour l’étude sur place (fig. 34 / évaluation). Lorsqu’elles existaient, nous avons profité des anfractuosités présentes pour engager la caméra, sinon nous en avons créé à l’aide d’un poinçon en partie distale de la cuve. Pour les quatre cuves du chœur de l’église conventuelle, les images, bien que difficilement interprétables, ont révélées la présence d’ossements (tibias bien visibles, os du tarse) impliquant de fait la non conservation intégrale des textiles (tissu et/ou cuir pour chaussures) et des matières molles ou téguments autour du corps. La présence de sédiments infiltrés dans le dernier cercueil suite au dégagement mécanique de la cuve en amont de notre prise en charge, a empêché la mise en place de la caméra.

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Figure 34 : Chaîne opératoire de prise en charge des cercueils en plomb, de la fouille au conditionnement définitif pour stockage.

Le mode opératoire de l’ouverture des cercueils en plomb a tenu compte de trois critères : la sécurité des agents, la conservation optimale des dépôts internes (pas de chocs thermiques par exemple) et le respect maximal de l’intégrité du cercueil dans un souci de restauration des objets. Les cuves ont été découpées sur trois des côtés latéraux et plutôt au niveau du tiers supérieur à l'aide d'une scie sauteuse équipée d’une lame bois (le plomb étant très malléable). La scie est reliée à un système d’aspiration à la source pour limiter la propagation de particules de plomb dans l’air et les agents sont équipés d'une combinaison étanche avec masque à cartouche de catégorie 3. Lors de l'opération simultanée de ces ouvertures, l’ensemble de la nef de l’église a été confiné pour minimiser la dispersion des particules et seules trois personnes ont été autorisées à travailler dans la zone. En tenant compte de l’installation des équipements et de la dépollution du secteur après l’intervention, il a fallu moins de 4 heures pour ouvrir deux cuves, les

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deux autres n’ayant pas nécessité de sciage puisque leurs soudures étaient presque intégralement détruites (sep. 1001 et 1013). Ce même protocole a été mis en place pour la dernière cuve mais la découpe a été faite sous un abri temporaire monté à l’extérieur du centre archéologique Inrap de Cesson-Sévigné.

Le même mode opératoire d’étude a été mis en place pour l’ouverture puis l’étude du cercueil en plomb provenant de la chapelle jésuite du collège Saint-Thomas. Ce dernier cas est cité pour comparaison avec ceux issus du couvent dominicain.

Sur ces six cercueils en plomb dont cinq dans le couvent, deux renfermaient des corps très bien conservés pour lesquels une identification peut être proposée : Louise de Quengo inhumée en 1656 au couvent des Jacobins et Louis Bruslon du Plessis inhumé en 1661 dans la chapelle jésuite. Pour ces deux tombes, sitôt le couvercle ouvert, le constat d'une exceptionnelle conservation des textiles est évident (fig. 35). Afin de garantir au maximum la préservation des matières organiques et de ralentir (voire arrêter) la reprise de la putréfaction des corps, ces derniers ont été placés dans un local réfrigéré (camion frigorifique) à température constante (4°C).

Figure 35 : A : Corps de Louise de Quengo dans son cercueil en plomb ; B : corps de Louis Bruslon du Plessis dans son linceul.

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