Les cimetières conventuels

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ARCHÉOLOGIQUE DU XIII e AU XVIII e SIÈCLE

1.2 L’organisation des paroisses et les lieux d’inhumations à Rennes

1.2.3 Les cimetières conventuels

Si la sépulture du commun est destinée à reposer dans le cimetière paroissial ou son église pour les pratiquants les plus fortunés, les églises mendiantes captent de plus en plus de fidèles à partir de la seconde moitié du XIVe siècle, entrant en concurrence directe avec les lieux plus traditionnels (Martin 1975a, 332‑

333). À partir des archives, par exemple à Vannes, 1/5 des fidèles choisissent les cimetières mendiants plutôt que ceux des séculiers (Martin 1975, 337). Parallèlement à Rennes, la ville possède de nombreux couvents datés du Moyen Âge à l’Époque moderne, témoins de l’importante ferveur religieuse de ses contemporains. L’objectif ici n’est pas un recensement exhaustif de ces institutions mais de présenter ceux qui sont associés à des fondations sépulcrales dominantes. Trois d’entre eux se démarquent ainsi par l’abondance des sources historiques disponibles et leurs rayonnements spirituels et funéraires. Il s’agit des couvents des Cordeliers, des Carmes et des Jacobins, qui ont la préférence des robins, bourgeois et nobles rennais.

1.2.3.1 Couvent des Cordeliers

Le couvent des Cordeliers, fondé en 1240, est le premier couvent des ordres mendiants à s’implanter à Rennes. Il est dans les murs de la ville à partir de 1448, date d’achèvement du deuxième rempart.

D’obédience franciscaine, il est très apprécié de la population et partage la faveur des aristocrates rennais.

Une bulle papale de 1537 précise qu’il s’agit même du premier couvent franciscain de Bretagne avec ses 50 religieux (Martin 1975a, 118). Le Parlement de Bretagne y siégea jusqu’en 1655, date de l’achèvement des travaux du palais voisin. Les données historiques stipulent que son cimetière s’étendait au nord de la place adjacente (Banéat 1904, 299). La chapelle accueille de nombreuses sépultures et monuments de gentilshommes et ce jusqu’au XVIIIe siècle (Bourde de la Rogerie 1927). Plusieurs dizaines de pierres tombales ont été bouleversées lors de travaux de rénovation au XVIIe siècle, dont celle de Pierre Becdelièvre, trésorier général de Bretagne, décédé en 1504. La mention d’un cardiotaphe dans le chœur de l’église et contenant le cœur de Guy d’Espinay (1522), échanson des reines Anne de Bretagne et Claude de France, et celle d’un cercueil en plomb contenant le corps de Bertrand d’Argentré (1590) et transféré dans l’église Saint-Germain en 1821, illustrent ces sépultures prestigieuses. Les vestiges du couvent ont aujourd’hui presque totalement disparu, notamment avec le percement de l’actuelle rue Victor Hugo en 1829. Le couvent est réquisitionné en bien national et transformé en imprimerie à partir de 1793.

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1.2.3.2 Couvent des Carmes

Le couvent des Carmes est une fondation du duc François Ier, validée par le pape Jean V, datée de 1448 (Martin 1975a, 67‑69). Situé entre l’église paroissiale Toussaints et la chapelle du collège Jésuite Saint-Thomas, le couvent est localisé dans les faubourgs méridionaux, puis englobé par la troisième enceinte à partir de 1459 (fig. 9). Il s’agit d’un édifice dont la stature est incontestablement reconnue au XVIe siècle et au centre d’un grand mouvement de rénovation au XVIIe siècle, au moment de son apogée, avant de tomber en désuétude à partir du XVIIIe siècle (Isbled 1992, 70). Les édifices conventuels ont été totalement démantelés (sauf un bel

Figure 9 : A : Vue du sud du couvent des Carmes (en rouge), du collège jésuite et de la chapelle Saint-Thomas (en vert), extrait du plan de « Rennes ville épiscopale siège du parlement et capitale du duché de Bretagne », 1644, gravure (Musée de Bretagne) ; B : Vue de l’est du couvent des Carmes (en blanc), du collège jésuite (en vert) et de la chapelle Saint-Thomas (en bleu), extrait du « plan de la ville et des faubourgs de Villeneuve Forestier », 1718 (Bnf / Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53027815x/f1.zoom.r=plan%20rennes%20forestier.langFR).

4 Sa nouvelle sépulture devient l’objet d’un culte populaire local : « la Sainte aux pochons ». La conservation exceptionnelle de son cadavre a été expliquée par son décès en « odeur de sainteté » lié à son implication auprès des pauvres. Par transfert, la terre de sa tombe, suspendue dans des petits sacs autour du cou des malades pendant plusieurs jours, serait sainte et capable de guérir des fièvres typhoïdes (collectif 2000, 1254).

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1.2.3.3 Le couvent des Jacobins

Le couvent des Jacobins rennais constitue, par son histoire, un symbole emblématique de l’épopée bretonne. L’édifice est implanté sur des propriétés privées au XIVe siècle suite à la victoire de Jean de Montfort en 1341 sur Charles de Blois (voir plus haut) alors allié à la couronne de France. Situé hors des murs de la ville, dans les faubourg septentrionaux, le couvent est un centre de réunion des états provinciaux, de prédication, d’enseignement et un lieu de pèlerinage interrégional (Bretagne, Maine, Normandie) (Martin 1975a ; Schmitt 2016). Son plan est classique pour les ordres mendiants avec une nef séparée du chœur par un chancel et le développement d’un carré claustral attenant (fig. 11/A). Au début du XVIIe siècle, le couvent connait un nouveau programme architectural d’envergure, de nouvelles chapelles (Notre-Dame, Saint-Joseph) et une grande sacristie sont créées, la salle capitulaire et le cloître sont déplacés et agrandis et une hôtellerie complète l’angle nord-est du bâtiment (fig. 10 et fig. 11/B). Le nombre d’inhumations croît de façon significative et se concentre alors dans les bâtiments conventuels, se superposant à d’autres plus anciennes.

Figure 10 : Vue de l’ouest du couvent des Jacobins (en vert). On distingue en arrière-plan l’église paroissiale Saint-Aubin (en rouge). Extrait du « plan de la ville et des faubourgs de Villeneuve Forestier », 1718 (Bnf / Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53027815x/f1.zoom.r=plan%20rennes%20forestier.langFR).

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Figure 11 : Restitution (en haut) et plan du couvent des Jacobins à l’issue de la fouille archéologique (Le Cloirec 2016). A : phase 2 ; B : phase 3 (Gaétan Le Cloirec, Rozenn Colleter).

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