Les cimetières paroissiaux

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ARCHÉOLOGIQUE DU XIII e AU XVIII e SIÈCLE

1.2 L’organisation des paroisses et les lieux d’inhumations à Rennes

1.2.2 Les cimetières paroissiaux

Les sources documentaires sont très ténues et peu d’études s’intéressent aux cimetières paroissiaux et à la place des morts à Rennes durant les périodes médiévale et moderne. Les églises paroissiales polarisent la population (Bachelier 2013, 409). Elles possèdent pour la plupart des aîtres cimétériaux destinés à recevoir les tombes de l’ensemble des paroissiens comme c’est le cas pour les églises de Saint-Étienne, Saint-Aubin, Saint-Germain, Saint-Jean ou Toussaints (fig. 3). S'il s’agit donc bien des lieux de sépultures les plus communs, aucun de ces cimetières n’a pourtant fait l’objet à ce jour de fouilles extensives pour caractériser cette population, les données reposant majoritairement sur des sources historiques et iconographiques. Les inhumations dans les églises associées sont également la règle (Croix 1981, 1005 et 1007-1011) et, contre rétribution, les sujets les plus fortunés peuvent choisir d’y être inhumés, au moins jusqu’en 1776, date de la déclaration royale limitant ce droit à quelques cas marginaux (Bertrand 2000). La plupart des évêques préfère quant à eux être inhumé dans la cathédrale Saint-Pierre depuis le XIIe siècle, les nobles bretons choisissant de leur côté plutôt les églises conventuelles, et notamment celles des Carmes, des Cordeliers ou des Jacobins (Martin 1975a ; Isbled 1992 ; Le Cloirec 2016). Les cimetières d’hôpitaux regroupent à l’opposé les indigents et les défunts contagieux. Sur la base des sources

3 Saint-Pierre-du-Marché rebaptisée Saint-Sauveur en 1667, Saint-Étienne, Saint-Aubin, Saint-Martin-des-Vignes, Saint-Jean, Saint-Laurent-des-Vignes, Saint-Pierre-en-Saint-Georges, Toussaints, Saint-Hélier et Saint-Germain

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historiques, la constitution d’un gradient économique et social des sujets en fonction de leur choix définitif du lieu de sépulture peut alors être proposée.

Figure 3 : Rennes au XVIIe siècle. Copie du plan Hévin (vers 1665), complété par M. Maillet (1845), modifié. Échelle et orientation approximative.

Au nord et à l’extérieur des remparts, l’église Saint-Aubin, à proximité immédiate du couvent dominicain, est considérée comme « la plus modeste et la plus pauvre des églises de Rennes » (Banéat 1909, 16). Fondée au XIIe siècle, elle est détruite en 1904. Une petite partie du cimetière périphérique, située à l’est de l’abside de l’édifice de culte, contre l’hôpital Sainte-Anne, est appelée le « cimetière des pendus » où l’on enterrait les suppliciés à partir de 1655 (Banéat 1909, 16). Aucune mention historique particulière ne caractérise le reste du cimetière. À l’intérieur du bâtiment, dans le collatéral Nord, la chapelle Huart construite en 1634 par François Huart, trésorier de la cathédrale, comptait pourtant trois enfeus où un cercueil en plomb et un cardiotaphe ont été découvert lors de sa destruction (fig. 4).

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La paroisse de Saint-Étienne et son église sont considérées comme les plus anciennes de Rennes (Banéat 1904, 220 ; Bachelier 2013, 345). Située dans les faubourgs nord-est, l’église est hors des murs de la ville au XVe siècle. Elle a encore servi de lieu de sépulture au maire de Rennes, Rallier du Baty, en 1734. Son cimetière a été partiellement étudié lors d’une série de fouilles programmées entre 1980 et 1982 (Bardel 1982) mais avec des objectifs davantage centrés sur le bâti et le contexte archéologique que sur les tombes.

Si la présence de sépultures dans l’église et dans son cimetière est bien confirmée (quelques dizaines de squelettes inventoriés), aucune étude funéraire et biologique n’a été entreprise. La documentation disponible comme la faible surface des zones de fouilles ne permettent donc pas de mener une étude non biaisée de l’échantillon anthropologique. Un sondage archéologique réalisé en 2017 en avant de la tour porche du XVIIIe siècle a mis en évidence les vestiges du cimetière périphérique (Battais 2018) (fig. 5).

Figure 5 : Ancienne église Saint-Étienne et sa tour porche du milieu du XVIIIe siècle (lithographie d’après nature de H. Lorette,

« De l'Album breton - Souvenirs de Rennes », http://www.wiki-rennes.fr/Fichier:Vieux_St-Etienne166.jpg).

Figure 4 : Cardiotaphe conservé au musée de Bretagne provenant de la chapelle des Huart de l’église Saint-Aubin (photo musée de Bretagne). Un cœur humain a été extrait de l'écrin lors de sa découverte, sans davantage de précision.

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L’église paroissiale Saint-Jean et son cimetière, toujours situés hors des murs de la ville, au nord-ouest, sont distants de quelques mètres de l’abbaye bénédictine Saint-Melaine (fig. 6). Cette dernière avait servi de nécropole ducale à la fin du XIe siècle et pour un temps au XIIIe s (Bachelier 2013, 401), les autres ducs préférant, notamment pour le XVe siècle, la ville de Nantes (Gaude-Ferragu 2005, 61). Plusieurs cercueils en calcaire coquillier et urnes funéraires (Antiquité tardive et haut Moyen Âge) ont été découverts à l’occasion de travaux sur la place Saint-Melaine au XIXe et début XXe siècles (Banéat 1909, 98‑99). L’église Saint-Jean, rebâtie en 1689, est totalement détruite vers 1820. Le cimetière, situé à l’origine à l’ouest, est agrandi au sud de l’église au XVIIesiècle. L’ancien cimetière n’est pas représenté sur un plan de 1680.

Aucune donnée archéologique et peu de mentions dans les archives sont disponibles.

Figure 6 : Vue du sud de l’église paroissiale de Saint-Jean (vert) et son cimetière (jaune), entourés de vergers. L’abbaye bénédictine Saint-Melaine se développe à l’ouest. Extrait du Monasticon Gallicanum, 1680, pl.160.

L’église paroissiale de Saint-Germain est agrandie durant la première moitié du XVe siècle, empiétant sur l’ancien cimetière roman (fig. 7/A) et déplaçant la zone funéraire vers le nord (Martineau, Schmitt 2008, 34). Le petit cimetière au sud, retrouvé en partie au cours d’une fouille préventive récente a permis de mettre au jour une quarantaine de sépultures correspondant à cette première phase d’inhumation (voir E. Jovenet dans Beuchet 2017). Le cimetière nord est divisé en deux entités disproportionnées séparées par la rue Derval (postérieure à 1616) : à l’est la petite parcelle est réservée aux nouveaux-nés (C) alors qu’à l’ouest reposent les autres individus jusqu’en 1784 (B), date d’abandon du site (Martineau, Schmitt 2008, 48). Très peu d’exemples bretons témoignent d’une spécificité du lieu de sépulture en fonction de l’âge au décès à partir des sources historiques, mais les « défaillances d’évidences sont courantes » (Aubert 2006). Le secteur est bien peuplé à l’Époque moderne et regroupe une population assez riche de parlementaires.

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Figure 7 : Emplacement des cimetières autour de l’église paroissiale de Saint-Germain sur le plan d’Argentré, 1616. A : premier cimetière ; B : cimetière nord ; C : cimetière des nouveaux-nés.

Dès 1164, l’église Toussaints est mentionnée comme appartenant à l’abbaye Saint-Georges, mais c’est en 1230 qu’elle est érigée en paroisse. À partir de 1476, l’édifice est dans les murs puisque le rempart fini de clore la « ville nouvelle » et protège l’église Toussaints et le couvent des Carmes, voisin. Le bâtiment, réquisitionné à la Révolution, est complètement détruit en 1807 et remplacé par les actuelles halles centrales. La paroisse est alors transférée dans la chapelle du collège jésuite de Saint-Thomas. Le cimetière, situé au sud, est agrandi au début du XVIe siècle, une croix centrale est représentée sur le plan Hévin vers 1665 (fig. 8/A). La porte sud, face au cimetière attenant, est appelée « porte mortuaire » (Banéat 1904, 290).

Figure 8 : A : Plan cadastral de l’église Toussaints extrait du plan Hévin vers 1665 ; B : Vue du sud de l’église Toussaints en 1718 avant l’édification de la tour principale (1764), extrait du « plan de la ville et des faubourgs de Villeneuve Forestier », 1718 (Bnf / Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53027815x/f1.zoom.r=plan%20rennes%20forestier.langFR).

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