N°20, (^ie Série) le tô de chaque mois. 15 petfjPiet* 1932
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France... 35 h-.
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Le FJuméro. France... Sf 50 Étranger. 5f » Adresser le montantdes Abonnementsà l'Institut
duPin.— C. C. Bordeaux 9237
BULLETIN
DE
L'INSTITUT du PIN
Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques
et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux
0.,
, «Jm
r
SOMMAIRE1. Articies I 50
I 51 I 93
C I 91
originaux
Etude sommaire delà production résinière
auxEtals-UnisparM. G André{fin)....
La protection des Forêts contre l'incendie
en France, par M. R. Pali.u {tir,) . ...
Emploi de l'EffetRaman pour la caracléri-
sation des terpènés et l'analyse des mélanges terpéniques, par MM. G. i u- pont, J. Allakd etJ Lévy {fin)
La loi du 30 décembre 1931
ges
25 C
1) 31
u
c 35 38
D D
95 Notes bibliographiques sur le pinène et
les terpènes s'v rattachant par M.
G. Dupont (a suivre)
1) I 51 La teinte des gammes des grades de la colophane
II. Petite Documentation
Pages
39 34
{fin) 42
43 43
J
JVÏODE DE CLASSIFICATION DE NOS DOCUMENTS
A. Généralités.
B. Récolte et traitement des résines.
C. Essences de térébenthine, terpènes etdérivés.
I). Constituants solides des résines et leurs dérivés.
/ Articles originaux. — IIDocumentation.
E. Dérivéschimiques du bois.
F. Cellulose de bois.
G. Documents divers.
Adresser la Correspondance :
IHSTITOi BU FIN, Faculté ÔS5 $CÎ2ffCC$, 20, COUTS Pa$tCUf, BORDEAUX
Le Directeur technique reçoit les lundi mercredi de 15 heures à 19heures.
E.
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J. CANOUET
LE BOUSCAT-BORD1ÎAUX (G IKONDE)
N° 26 (2e Sérieï Paraissant le 15 dechaquemois 15 Févrlef 1932
BULLETIN .<■ v
DE
;
L'INSTITUT DU PIN
Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques
et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux
A i 50
Eliiiis bisi is iî Production lisinss
AUX
ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE
Par M. G. ANDRÉ (*)
Inspecteur adjoint des Eaux et Forêts à Bordeaux chargé de missionaux Etats-Unis (1930)
Récolte de la gemme.
Les récipients se remplissent, suivant la tempé¬
rature, dans un laps de temps de trois à cinq se¬
maines, et lorsque la plupart d'entre eux sont pleins, ils sont vidés successivement dans un grand
seau de bois ou de métal galvanisé contenant de
35 à 50 livres (15 à 23 kgs) de « dip », ainsi qu'est appelée la gemmé à ce premier stade. Elle est en¬
suite versée dans les barils d'une contenance de 50 gallons (soit 226 litres environ) qui sont trans¬
portésà la distillerie. On fait ainsi de 7 à 10 « amas¬
ses » de gemme durant chaque saison de gemmage.
Les « amasseurs » expérimentés peuvent emplir de
2 à 4 barils par jour, étant payés environ 1 dollar
par baril. Il faut environ 275 à 300 récipients de gemme pour remplir un baril.
Durant le cours de la saison, la gemme s'oxyde
et durcit sur la care, formant ce qu'on appelle le
« scrape » (notre « barras » landais); cette matière constitue 5 à 10 % de la récolte totale lorsqu'il s'agit de Slasb Fine, et 20 à 30 % s'il s'agit du Long-
leaf. A la fin de la saison ce « scrape » est recueilli
(*) Voir Bulletin n° 25, 2e série.
dans des boîtes et empaqueté en de vieux barils
pour être transporté à la distillerie. Cette récolte
du « barras » revient à 1 dollar 1/2 environ par baril de 300 livres anglaises.
Protection contre Se feu.
Les propriétaires éclairés, quand le dernier « bar- rasciage » est fait, en décembre, font effectuer le
« raking », c'est-à-dire le nettoyage de l'herbe, des
copeaux produits par le gemmage, et des buissons,
sur un cercle de un mètre environ de diamètre autour de l'arbre à titre de mesure préventive con¬
tre le feu qui pourrait s'attaquer à la partie gem¬
mée de l'arbre et ruiner ainsi ses possibilités. Le prix de revient de cette opération est variable selon
le caractère de la couverture vivante et morte, du sol; il est généralement compris entre 4 et 7 dol¬
lars par 1.000 arbres. Par ailleurs, commencent
aussi à se développer, à l'exemple de ce qui est
fait depuis longtemps en Gascogne, les mesures d'ordre plus général, telles que l'établissement de lignes garde-feux, tours d'observation, etc. Le rôle
de direction et d'initiative dévolu au Forestier d'Etat en cette matière est prépondérant.
La distillation de la gemme.
La gemme collectée en barils est transportée par camions automobiles ou hippomobiles à la plus proche de ces petites distilleries de résine qui dres¬
sentleurs bâtiments rustiques à l'orée de l'immense
forêt. Il y en a ainsi deux ou trois par village de
résiniers. Chacune d'elles comporte trois ou quatre
26 BULLETIN LE L'IUBTITUTUU PIN — N°26 - Février 1962
ouvriers, dont lin chef blanc (le « stiller ») et deux
ou trois manœuvres nègres. Ils se partagent un salaire quotidien de 7 à 8 dollars, dont le « stil¬
ler » perçoit naturellement la plus grosse part, soit
2 dollars 1/2 ou 3 dollars.
Le mécanisme de ces petites installations est des plus simples : un foyer alimenté par des branches
et copeaux de pin est surmonté d'un alambic gros¬
sier où l'on introduit la contenance d'une dizaine de barils de résine. Cette résine est chauffée à une
température de 290° Fahrenheit (soit 143° centi¬
grades) pendant environ deux heures. La vapeur d'essence de térébenthine, mélangée de vapeur d'eau
se dégage dans un serpentin, passant dans une énorme tonne d'eau froide, et finit par sortir à
l'état liquide; l'eau, plus lourde, est au fond, la
térébenthine, plus légère, à la surface. Cette essence est captée dans des barils de 50 gallons (chaque
distillerie en produit trois à quatre par jour), tan¬
disque lacolophane, ou « rosin », reste dans l'alam¬
bic ,d'où on l'enlève par un système de canalisation
rudimentaire en bois; elle coule sur deux cribles et
se ramasse dans un récipient en forme d'auge (long
de 4 à 5 mètres, profond de 70 centimètres et large
d'un mètre en haut et de 40 centimètres en bas).
Elle est ensuite transvasée dans des barils ad hoc oii elle refroidit pendant 48 heures, et durcit suf¬
fisamment pour pouvoir être mise en stock en at¬
tendant l'expédition par chemin de fer ou bateau.
Ces barils contiennent en moyenne 420 livres de colophane (soit environ 200 kgs); le baril nu pèse
environ 100 livres (45-50 kgs) étant fait d'épaisses planches de pin.
L'essence de térébenthine est ordinairement ren¬
fermée en des fûts de chêne de 50 gallons (environ
225 litres); on emploie aussi — surtout pour l'ex¬
portation — des réservoirs de métal.
Les grades de la colophane»
Avant d'être exporté hors de l'Etat producteur, chaque baril de colophane doit être « gradé » par
un Inspecteur d'Etat. Le tableau ci-dessous donne
ces diverses gradations (semblables d'ailleurs à
celles adoptées en France) avec le pourcentage de chaque grade dans la quantité totale reçue dans les ports de Savannah et Jacksonville :
Pâles supérieures :
X 3,6 %
W W 3,6—
W G 4,9—
Pâles moyennes : N
M K I
19,1 % 12,9—
7,8—
4,-3— 2.1— 1.2—
Les prix varient naturellement suivant le grade;,
le grade le plus élevé étant coté de 3 à 4 dollars
au-dessus du grade le plus bas (La colophane est
mise dans des barils de 500 livres anglaises, poids
brut, ou 420 livres anglaises poids net; mais les
tarifs s'entendent toujours en barils de 280 livres- anglaises).
Production de la gemme»
Alors qu'en France le pin maritime n'occupe:
qu'une aire restreinte, et que l'ensemble de la ré¬
gion où on l'exploite peut être considérée comme
représentant une unité presque complète de con¬
ditions naturelle (sol, climat, etc.), il n'en est pas de même aux Etats-Unis, où la zone des pins gem¬
més s'étend, comme nous l'avons vu, sur -sept ou huit Etats, et couvre une superficie 30 à 40 fois plus grande que l'ensemble de nos pineraies lan¬
daises et girondines. La récolte est donc sujette
à des variations assez étendues suivant le lieu con¬
sidéré.
Les statistiques montrent que c'est dans la Géor¬
gie et la Floride que se fait la plus grande récolte
de gemme. Ces deux Etats fournissent d'ailleurs
à eux seuls, comme il a déjà été dit au cours de
ce rapport, 78 % de la production résineuse totale
des Etats-Unis.
En Floride et en Géorgie, la récolte moyenne par
« crop » (ce mot désignant un ensemble de 10.001)
6,6 0'c- 8.8 —
13,0 15,7—
Laies inrerieures H
G F D E n
BULLETIN DE . INSTITUT DU Ph\ N°26 - Février 1932 27
cares) est de 30 barils d'essence de térébenthine.
On admet que à chaque baril d'essence (de 50 gal¬
lons) correspondent 3 barils 1/3 de colophane (de
500 livres) (1). Il est à remarquer que ces deux
Etats ont un climat déjà tropical : Jacksonville,
au nord de la Floride, est à la latitude du Caire, et l'extrémité méridionale de la presqu'île est à la
latitude de Bénarès.
Si l'on considère un endroit déterminé, les expé¬
riences donnentlieu sensiblement aux mêmes cons¬
tatations qu'en France, en ce qui concerne la varia¬
tion de la production de la gemme en fonction de
la température, de la dimension des arbres, du de¬
gré de densité du peuplement, des soins apportés
à la technique du gemmage.
La station d'expérience de Starke a étudié d'une manière très poussée ces variations de récolte.
Pour un peuplement de Slash Pine de 40 ans, elle
a obtenu 44 barils d'essence de térébenthine par 10.000 cares, et cela chaque année pendant 5 ans de gemmage. Mais il s'agit là d'un peuplement
•choisi, où le gemmage est effectué d'une manière particulièrement méthodique, et ce résultat excep¬
tionnel ne saurait être interprété comme représen¬
tant une moyenne fréquente du pays.
La récolte des arbres pour une saison varie avec le diamètre et autres facteurs (densité, technique
du gemmage, etc.). Les deux tableaux ci-dessous, provenant des statistiques très intéressantes pu¬
bliées par la Station d'expérience de Starke, don¬
nent les variations de la production d'essence (en
barils de 50 gallons) en fonction du diamètre.
Mécolte annuelle (par « crcp » = 10.000 cares)
en barils d'essence pour 32 « piques ».
(Diamètres des arbres mesurés à 1 m. 30 du sol.)
A.- Slash Pine (P. Caribœa) B. -- Longleaf Pine (P. pa-
Diamètre llécolte lustris).
Récolte
— Diamètre
5pouces 11 barils » »
6 — 18 — 6pouces 8 barils
7 — . 24 — 7 14 —
8 — 30 — 8 —. 21 —
9 — 37 9 27 —
10 — 44 — 10 — 34 —
11 — 50 — 11 40 —
12 — 56 — 12 46 -
13 — 62 — 13 53 —
14 — . . 68 — 14 59 —
15 — 74 - 15 65 —
16 — 80 — 16 71 —
(1) La quantité formée par l'ensemble d'un baril de térében¬
thine et de trois barils un tiers de colophane constitue une unité
<«a unit »), terme employé surtout en statistique.
On voit donc bien qu'à dimension égale le Slash
Pine produit sensiblement plus de gemme que le Longleaf, — la qualité étant à peu près la même.
Débouchés» — Exportation»
Les deux grands Etats de Floride et de Géorgie, qui fournissent, nous l'avons dit, plus des trois quarts de la production totale des Etats-Unis en
« naval stores », en possèdent les principaux mar¬
chés mondiaux : Jacksonville (Floride) et Savan- nah (Géorgie). C'est dans ces deux grandes villes, pleines d'activité malgré leur caractère déjà tro¬
pical, que se font les principales tractations de
matières résineuses. C'est également par leurs deux ports que se fait la presque totalité des exporta¬
tions de ces produits à l'étranger, exportation dont
les chiffres impressionnants figurent dans le ta¬
bleau ci-après :
Exportation à l'étranger.
a) Essence de térébenthine (en barils de 50 gal¬
ions, soit 225 litres environ).
1929-1930. 338,812barils, soit47,6°/odelaproductiontotale
1928-1929. 275,926 — 43,2«/„ —
1927-1928. 329,910 — 45,4% —
b) Colophane (en barils de 500 livres anglaises,
soit 225 kgs environ).
1929-1.-30. 1,365,800 barils, soit53,6 % de laproduction totale 1928-1929.1,278.800 — -'556%
1927-1928, 1,373,090 — 53,3% —
(Ces chiffres comprennent l'ensemble des pro¬
duits dérivés de la gemme et des produits obtenus
par distillation des souches, — ceux-ci ne figurant
encore que pour une faible part dans les exporta¬
tions).
Chacun de ces deux ports, Jacksonville et Savan- nah, expédie une mov^enne annuelle de 150.000
barils de térébenthine et de 600.000 barils de pro¬
duits secs. Pensacola (Floride) joue aussi un cer¬
tain rôle dans l'exportation des produits résineux
de l'Etat de Floride : annuellement 60.000 barils de térébenthine et près de 200.000 barils de pro¬
duits secs passent des quais de ce port dans les
cales des cargos, à destination des autres ports du golfe du Mexique ou des docks plus lointains d'Eu¬
rope occidentale.
28 iïULLETIN DE L'INSTITUTDU PIN — 1V° 26 - Février L962
Ces deux grands Etats producteurs, ainsi d'ail¬
leurs que les Elats voisins, sont certes menacés
d'une crise de production, due aux exploitations'
abusives et aux véritables destructions de forêts qui y ont été opérées, par l'homme aussi bien que par les éléments. Mais on peut compter que cette
diminution sera compensée dans une certaine me¬
sure par les grands progrès déjà réalisés ou sur le point de l'être, tant au point de vue de la tech¬
nique du gemmage qu'à celui de l'exploitation plus
rationnelle des bois. Un sroso effort reste à accom-
plir, mais l'énergie et la volonté des forestiers amé¬
ricains permettent de penser que la tâche n'est
pas au-dessus de leurs forces.
II. — LES PRODUITS RESINEUX OBTENUS PAR DISTILLATION DIRECTE DES SOUCHES
(« Steam distilled naval stores »)
A côté de la térébenthine et de la colophane déri¬
vés de la gemme exsudée des pins et recueillie
dans des récipients ad hoc, puis distillée suivant
les méthodes courantes, une nouvelle industrie est
venue, depuis peu d'années, déverser sur le mar¬
ché économique des quantités sans cesse croissan¬
tesde produits résineux provenant des canaux rési-
nifèrès contenus dans les souches et racines des
pins abattus, dûment traitées par distillation. Na¬
guère encore dans l'enfance, cette industrie a pris,
au cours de ces dernières années, un développe¬
ment énorme, et commence à concurrencer très sérieusement la production plus ancienne des déri¬
vés de la gemme. Quelques chiffres montreront,
mieux qu'une longue dissertation, le degré de l'in¬
tensité de cette progression.
Production de l'industrie des produits résineux obtenus par distillation des souches.
Saison
Essence de téré¬
benthine(enba¬
rils de 50 gai.
225litres env.j
Colophane (enbarils de KOU lbs
=*225kgsj
Pine oil engallons
1910-1911 1.700 14.30) 35.000
1920-1921 15.960 89 330 460.000
1927-1928 1928-1929 1929-1930
76.948 77.896 85.736
409.484 431.654 466.787
2.784 040 2.677.120 2-800.000
Au cours de la saison 1928-1929, la production,
de térébenthine extraite des souches a été de près,
de 4 millions de gallons, contre 28 millions de gal¬
lons de térébenthine provenant de la gemme. Pour
la colophane, les chiffres respectifs ont été de
482.000 barils contre 1.865.000.
On voit donc par le simple énoncé de ces chif¬
fres combien l'antagonisme entre le producteur de
résine de bois vivant, —le « factor », — et le « ma¬
nufactor » de produits issus de la distillation des.
souches est devenu un des éléments capitaux de
la situation économique des Etats-Unis en matière
de production résineuse.
Menacés par cette production rivale, de plus en
plus importante et redoutable pour eux, les « fac-
tors » avaient d'abord mené une campagne active
contre la qualité suspecte de ces produits issus des
bois distillés. Mais les chimistes américains, stimu¬
lés à coups de dollars par les puissants « manufac-
turors », s'appliquent à perfectionner de plus en plus la térébenthine et les produits secs ainsi ob¬
tenus.
Si bien qu'on peut considérer aujourd'hui ces
produits nouveaux comme sensiblement égaux en
qualité à ceux qu'on obtient à partir de la gemme;
alors qu'il y a quelques années, l'essence de téré¬
benthine provenant des souches distillées avait une odeur suspecte et un effet irritant sur les voies res¬
piratoires des usagers. Par ailleurs, le degré d'éva- poration des deux produits est devenu à peu près
le même : on peut dire que la térébenthine extraite
des souches est aujourd'hui aussi volatile que*
l'autre.
Les Caractéristiques physiques de cette essence de
térébenthine issue des souches sont, à l'état pur,, les suivantes :
Couleur : strictement incolore (comme l'eau).
Odeur : douce et agréable; ne devient pas irri¬
tante à la chaleur.
Densité à 15° 1/2 centigrades : entre 0,860 et 0,863.
Indice de réfraction à 20° centigrades : entre
1.4460 et 1,4475.
Point d'ébullition à 760 millimètres de pression r 154° centigrades.
Les usages de cette térébenthine sont à peu près
les mêmes que ceux du produit issu de la gemme.
Les producteurs insistent volontiers sur le fait qu'elle est pratiquement interchangeable avec Tau-
dULLÈTlN DE L'INSTITUT DU PIN — iV°26 Février 1682 29
ire dans tous les usages courants. Il n'est pas jus¬
qu'à la fabrication du camphre synthétique qui ne puisse l'employer aussi bien que l'ancienne : une notable quantité de cette « wood turpentine » est
vendue aux fabricants de camphre synthétique en
Allemagne.
En ce qui concerne la « Fine oil » (mot à mot : huile de pin), ce nouveau produit, qui n'a pas son
équivalent dans l'industrie de la gemme, s'obtient
en quantités assez importantes dans l'industrie de
la distillation des souches; il arrive sur le marché
en deux qualités, l'une jaune paille, l'autre, plus
raffinée et anhydre, incolore.
il n'a pas tardé à être employé à la place de
l'huile d'eucalyptus, d'un prix de revient plus élevé,
dans toutes les industries métallurgiques qui em¬
ployaient celles-ci, notamment dans le procédé par
flottage pour la purification des cuivres. Cette
« Fine oil » constitue par ailleurs un désinfectant énergique et peu coûteux, appelé à un usage mon¬
dial.
Enfin, il va sans dire que l'industrie chimique en fait un large emploi dans la fabrication des ter- pènes.
Les caractéristiques physiques de cette « huile
de pin », dans ses deux qualités, peuvent être résu¬
mées ainsi :
Jiiune, «standard» Incoloreanhydre
Aspect Odeur Couleur Humidité. -
Densité à15°5centigr.
Indice de réfraction à 20' centigrades...
Pointd'ébullition Acidité
clairetexemptdemat.ensuspension, aromatique, et exempt de piquant.
jaune paille
moins de 0.5°/o 0,933 à 0,935
comme l'eau 0 0,930 à 0,933 plus de 1,4800
185° centigr.
moins de 0.1°/
plus de 1,4SC0
185u centigr.
moins de 0,1 %
Quant à la « Wood Rosin » — colophane extraite
des souches par distillation — elle constitue 80 %
•en poids des produits ainsi obtenus, et 60 % de
leur valeur totale en argent.
Cette colophane au degré FF, bien connue pour
sa clarté exceptionnelle et son uniformité, a rem¬
placé avec succès la colophane F issue de la gem¬
me, dans un grand nombre d'usages (papeterie,
linoléum, vernis noirs, savonnerie, etc.).
Pour certaines autres destinations, cette « wood rosin » a rencontré des objections de la part des
usagers. La principale a porté sur la couleur plus
sombre de cette colophane, qui l'a écartée de cer¬
taines fabrications, celle des veriW clairs et celle du papier blanc par exemple. Aussi les principaux
producteurs concentrent tous leurs efforts et ceux de leurs savants chimistes dans le but de remédier à ce défaut. Ils sont même déjà parvenus à obtenir
des colophanes de cette provenance qui possèdent
toutes les qualités de clarté des colophanes issues
de la gemme; ce progrès constitue, à leur dire, un réel triomphe de la chimie dans l'industrie des
« naval stores ».
Quoi qu'il en soit, il est incontestable que cette
industrie a pris un développement formidable, et
s'est armée d'une façon ultra-moderne et scientifi¬
que pour les luttes décisives qu'elle envisage avec optimisme. Une indication symptomatique de la
situation déjà conquise ne réside-t-elle pas dans le
fait que l'un de ses principaux leaders, M. J.-E.
Lockwood, a été désigné cette année pour présider
la Conférence de Jacksonville ?
Grâce à l'obligeance de ce grand industriel, nous
avons été admis à l'honneur, — rare paraît-il, — de visiter en détail, sous la conduite de son distin¬
gué directeur, la formidable usine de la « Hercules
Powder Company », — dont M. Lockwood préside
le conseil d'administration, et qui estla plus grande
usine de produits résineux « in the world ».
Cette usine est située à Brunswick (Géorgie), à
une centaine de milles au Nord de Jacksonville, à proximité immédiate de l'Océan Atlantique; elle
voisine avec une non moins formidable usine de raffinerie de pétrole appartenant à l'Atlantic C".
L'usine de Brunswick de la Hercules Powders C°
(qui en possède d'ailleurs d'autres presque aussi
importantes, notamment à Wilmington, Delaware,
et à Hattiesburg, Mississipi), traite 500 tonnes de
bois par jour. Il ne s'agit que de bois de souebes
et de racines, à l'exclusion absolue d'arbres cou¬
pés frais, en fûts ou en branches. L'usine constitue
un cycle parfait : les débris de bois, une fois dis¬
tillés, sont ramenés aux chaudières et servent de
combustible.
La force motrice ainsi obtenue est de 4800 HP.
Les souches et racines, entassées dans des wa¬
gons venant directement des immenses forêts de Géorgie et de Floride, où les pins, comme nous
l'avons exposé, sont abattus la plupart du temps
sans méthode et sans soin sur de vastes espaces, sont amenées par des voies ferrées ramifiées à tra¬
vers l'usine, et tombent dans un broyeur, — roue énorme qui, sous une coupole d'acier, broie les
moins réguliers de quelques centimètres de Ion-
30 BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN — N°26 - Février Wo2
gueur et d'épaisseur. Ces morceaux entassés sont emportés dans des auges par une chaîne sans fin qui les déverse dans un deuxième broyeur, lequel
les réduits en copeaux ténus.
Ces copeaux, en grandes masses, sont d'abord traités, dans des sortes de chaudières, par de la
vapeur à haute pression, qui en extrait l'essence
de térébenthine; puis ils sont traités par de la
« gazoline » (essence minérale) dont l'action donne
la colophane.
Ï1 y a alors, pour l'essence de térébenthine, une série d'épurations, qui permettent d'obtenir l'es¬
sence à peu près pure. Et pour le reste, condensa¬
tion à basse pression des huiles chargées de colo¬
phane et de « pine oil ». Après passage dans divers appareils de décantation, la colophane se dégage
et, par une tuyauterie appropriée, vient remplir des
barils de 500 livres lesquels sont fabriqués à l'usine même, par des ouvriers nègres, avec des procédés typiques et exemplaires d'outillage, de division du
travail et de rapidité.
L'esesnce de térébenthine est enfermée dans de
grands « tanks » ou réservoirs cylindriques, per¬
pendiculaires au sol et distants de plusieurs mè¬
tres les uns des autres. On l'en retire au fur et à mesure pour l'expédier, soit en « drums » ou ba¬
rils de métal de 50 ou 55 gallons, soit en caisses
de deux bidons cubiques de 5 gallons chacun.
Cette gigantesque usine, installée suivant les pro¬
cédés les plus modernes, forme un contraste frap¬
pant avec les rustiques petites distilleries de gem¬
me visitées dans les forêts du centre de la Floride.
La térébenthine, la colophane et l'huile de pin s'y
obtiennent dans des conditions de rapidité et de pureté vraiment impressionnantes, à l'aide d'un
formidable appareil de monte-charges, broyeurs,
(t) I.a production auotidienne de l'usine atteint ainsi Ja quan¬
tité imposante de 3.000 gallons d'essence de térébenthine, soit plus de 135 hectolitres et 4-10 barils de colophane, soit près de 100
tonnes.
chaudières, condensateurs, volants, bielles, pur¬
geurs, régulateurs, cylindres, tuyaux, manomètres
et thermomètres, où quelque écrivain doué de cette
sorte de « lyrisme industriel » en vogue chez tant
de jeunes ingénieurs, trouverait sans doute le thè¬
me d'une orchestration éperdue... Et peut-être, en
évoquant cette récente, mais âpre rivalité, conclu¬
rait-il lui aussi : «Ceci tuera cela... »
BIBLIOGRAPHIE
Principaux ouvrages et publications consultés,
Earle H. Clapp : A national program of forest
research.
Forest Service : Silvical investigations of the Forest Experiment stafians.
Forest Service : Ahferican forests and forest pro- dncts (Statistical bulletin N° 21).
Forest Service : Report on senate résolution 311.
American tr.ee association : Forestry législative
survey.
George H. Priest : Naval stores production, con¬
somption and distribution.
Dr. A. Cary : On management of turpentine forests..
—- Mij trip to France.
Lenthall Wyman : Florida naval stores.
E. L. Demmon : Annual report and program of the
Southern forest experiment station.
Diverses monographies et statistiques publiées
par le Département de l'Agriculture des U .S. A. :
Gamble's international naval stores ycar book 1930-1931, 1929-1930.
Louisiana state University Bulletin. May 1929.
Paint oil and chemical review of Chicago, MarcR
1930..
Naval stores review, Savannah. March 1930.
BULLETIN DE L'INSTITUT EU PIN —- F26 - Février 1632 31 Ai 51
La
Protection des Forêts contre l'Incendie
EN FRANCE
Par M. Roger FALLU
Inspecteur des Eauxet Forêts, à Mont-de-Marsan(•)
C'est ainsi qu'eut lieu à Paris, du 22 au 24 mai 1930, un « Congrès pour l'étude de l'assurance des
boiset forêts contre l'incendie », qui réunit de nom¬
breuses personnalités françaises et étrangères. Nous n'entreprendrons pas ici l'analyse des importants
travaux auxquels ce Congrès donna lieu. Un compte
rendu très complet en a été publié et a permis à
tous ceux qui n'ont pas assisté à ses séances d'y
trouver de précieux enseignements. Mais, tandis
que, le plus souvent, les organisateurs d'un Congrès
considèrent leur tâche comme terminée par l'adop¬
tion d'un nombre imposant de vœux et la publica¬
tion d'un volumineux compte rendu, le Comité des
forêts n'a pasvoulu s'en tenir là. Ila très justement
estimé qu'il fallait profiter de l'occasion qui avait
réuni des techniciens venu d'origines très diverses : forestiers de toutes les régions de France, assu¬
reurs, spécialistes des incendies, etc., et il a tenu à créer entre eux un lien durable. Et c'est ainsi
qu'est né le « Comité Permanent de la Protection
et de l'Assurance des Forêts contre le Feu ». Bien que ne fonctionnant que depuis quelques mois à peine, ce Comité a déjà fait preuve d'une grande
vitalité. Sa création répondait à un réel besoin. Jus¬
qu'ici, en effet, chaque région forestière se trouvait
isolée et ne disposait, pour défendre ses intérêts
que de ses propres moyens, en général très limités
et insuffisants. De plus, elle ignorait totalement ce
qui se passait ailleurs et n'avait pas la possibilité
de bénéficier des études et des expériences des au¬
tres. Le Comité Permanent s'est proposé de centra¬
liser tout ce qui a trait aux incendies de forêts en France, d'être le porte-parole des intéressés auprès
des Pouvoirs publics, de présenter leurs doléances,
de défendreleurs intérêts. Il servira également d'of¬
fice de renseignements et d'organe de liaison entre
toutes les régions forestières pour ce qui concerne les incendies.
(*) Communication faite au Congrès International du bois et de la sylviculture, et voir Bulletin Inst. du Pin, n° 25, 2e série.
Depuis sa création, le Comité Permanent pour l'Etude de la Protection et de l'Assurance des Fo¬
rêts contre le Feu a porté son effort sur les points
suivants :
1° Il a commencé de réunir une documentation aussi complète que possible sur l'organisation ac¬
tuelle de la défense des forêts : constitution et fonc¬
tionnement de Syndicats, nature des travaux effec¬
tués, arrêtés préfectoraux, etc.
2° Reprenant les vœux émis par le Congrès de 1930, il a étudié les demandes des Compagnies des Chemins de fer tendant à obtenir une modification à la loi du 26 mars 1924 pour ce qui concerne les
mesures nécessaires à la protection des forêts tra¬
versées par la voie ferrée. Le Comité Permanent a mis sur pied un projet qui, accepté par la Confé¬
rence des Ingénieurs en chef des réseaux et soumis
aux Directeurs des grandes Compagnies, fera l'ob¬
jet d'une proposition de loi. D'après ce projet, les réseaux seraient autorisés à faire les travaux qu'ils jugent nécessaires sur une largeur de 30 mètres à partir de la limite de l'emprise des voies ferrées.
Dansle cas où ces travaux causeraient un préjudice
auxpropriétaires, les Compagnies seraienttenues de
les indemniser. En cas de différend, au sujet de la
fixation de l'indemnité, le juge de paix serait com¬
pétent en premier ressort.
3° Le Comité Permanent a également pris contact
avec les Compagnies de Chemins de fer au nom des Associations de Défense intéressées pour étudier
et mettre au point un accord en vue de l'exécution
de travaux de défense en bordure des voies ferrées et de l'organisation de la surveillance le long de
celles-ci.
4° Le Comité Permanent a remis à M. le Ministre de l'Agriculture une lettre demandant qu'une liai¬
son plus complète soit assurée entre les Pouvoirs publics et les organismes de défense et que des me¬
sures soient prises pour mettre au point un large
programme de surveillance et exercer une répres¬
sion sévère contre la malveillance et l'imprudence.
5° Le Comité Permanent a mis à la disposition
du Service forestier et des Syndicatsde défense des
panneaux attirant l'attention des promeneurs sur le danger du feu et destinés à être apposés le long
des routes et à l'entrée des massifs forestiers.
6° Enfin, reprenant la question de l'assurance des
forêts contre l'incendie, qui fit l'objet d'une discus-