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Bulletin de l'Institut du Pin [1932, n°26] · BabordNum

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(1)

20, (^ie Série) le tô de chaque mois. 15 petfjPiet* 1932

Abonnement au Bulletin (un aru

France... 35 h-.

Etranger. 50 fr.

Le FJuméro. France... Sf 50 Étranger. 5f » Adresser le montantdes Abonnementsà l'Institut

duPin. C. C. Bordeaux 9237

BULLETIN

DE

L'INSTITUT du PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

0.,

, «J

m

r

SOMMAIRE

1. Articies I 50

I 51 I 93

C I 91

originaux

Etude sommaire delà production résinière

auxEtals-UnisparM. G André{fin)....

La protection des Forêts contre l'incendie

en France, par M. R. Pali.u {tir,) . ...

Emploi de l'EffetRaman pour la caracléri-

sation des terpènés et l'analyse des mélanges terpéniques, par MM. G. i u- pont, J. Allakd etJ Lévy {fin)

La loi du 30 décembre 1931

ges

25 C

1) 31

u

c 35 38

D D

95 Notes bibliographiques sur le pinène et

les terpènes s'v rattachant par M.

G. Dupont (a suivre)

1) I 51 La teinte des gammes des grades de la colophane

II. Petite Documentation

Pages

39 34

{fin) 42

43 43

J

JVÏODE DE CLASSIFICATION DE NOS DOCUMENTS

A. Généralités.

B. Récolte et traitement des résines.

C. Essences de térébenthine, terpènes etdérivés.

I). Constituants solides des résines et leurs dérivés.

/ Articles originaux. IIDocumentation.

E. Dérivéschimiques du bois.

F. Cellulose de bois.

G. Documents divers.

Adresser la Correspondance :

IHSTITOi BU FIN, Faculté ÔS5 $CÎ2ffCC$, 20, COUTS Pa$tCUf, BORDEAUX

Le Directeur technique reçoit les lundi mercredi de 15 heures à 19heures.

(2)

E.

9

CONSTRUCTEUR,

143, Boulevard

Victor-Emmanuel

111 -

BORDEAUX

i

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Bureaux et Ateliers: COURRET & ^ORLAIVI^E. Rue Gay. 4 - TALE N CE (près la rouie de Toulouse) g

! S

PROCÉDÉS

LES PUIS MODERNES pour

la Distillation

et le Traitement ôes Gemmes ôe Pin I

[APPAREILS A DISTILLER

»

en tous genres

[ Distillation à feu nu

[

Distillation à vapeur

: Distillation

B

S en marche continue par le vide

et par la vapeur.

APPAREILS SPECIAUX

pourlapréparation

des pâles térébenthines et le traitementdes colophanes

Filtres, Malaxeurs

Cuves de décantation Sécheurs Etuves à Colophane

Concessionnaire des Procédés

CASTETS

MANUTENTION SIECANIQU.E DES GEMMÉS

CHAUDIÈRES A VAPEUR, Installations complètes d'Usines

UOMPESP WAGONNETS SPECIAUX PLATEAUX A COLOPHANE

Dépotoirs pour le litrage

des barriques MACHINES. MOTEURS, PYLONES. RÉSERVOIRS

Pians Devis Etudes sur demande

Téléphone 58.88 Références nombreuses France et Pai/s Etrangers R- Corn. Bordeaux 2339 B

J. CANOUET

LE BOUSCAT-BORD1ÎAUX (G IKONDE)

(3)

26 (2e Sérieï Paraissant le 15 dechaquemois 15 Févrlef 1932

BULLETIN .<■ v

DE

;

L'INSTITUT DU PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

A i 50

Eliiiis bisi is iî Production lisinss

AUX

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

Par M. G. ANDRÉ (*)

Inspecteur adjoint des Eaux et Forêts à Bordeaux chargé de missionaux Etats-Unis (1930)

Récolte de la gemme.

Les récipients se remplissent, suivant la tempé¬

rature, dans un laps de temps de trois à cinq se¬

maines, et lorsque la plupart d'entre eux sont pleins, ils sont vidés successivement dans un grand

seau de bois ou de métal galvanisé contenant de

35 à 50 livres (15 à 23 kgs) de « dip », ainsi qu'est appelée la gemmé à ce premier stade. Elle est en¬

suite versée dans les barils d'une contenance de 50 gallons (soit 226 litres environ) qui sont trans¬

portésà la distillerie. On fait ainsi de 7 à 10 « amas¬

ses » de gemme durant chaque saison de gemmage.

Les « amasseurs » expérimentés peuvent emplir de

2 à 4 barils par jour, étant payés environ 1 dollar

par baril. Il faut environ 275 à 300 récipients de gemme pour remplir un baril.

Durant le cours de la saison, la gemme s'oxyde

et durcit sur la care, formant ce qu'on appelle le

« scrape » (notre « barras » landais); cette matière constitue 5 à 10 % de la récolte totale lorsqu'il s'agit de Slasb Fine, et 20 à 30 % s'il s'agit du Long-

leaf. A la fin de la saison ce « scrape » est recueilli

(*) Voir Bulletin 25, 2e série.

dans des boîtes et empaqueté en de vieux barils

pour être transporté à la distillerie. Cette récolte

du « barras » revient à 1 dollar 1/2 environ par baril de 300 livres anglaises.

Protection contre Se feu.

Les propriétaires éclairés, quand le dernier « bar- rasciage » est fait, en décembre, font effectuer le

« raking », c'est-à-dire le nettoyage de l'herbe, des

copeaux produits par le gemmage, et des buissons,

sur un cercle de un mètre environ de diamètre autour de l'arbre à titre de mesure préventive con¬

tre le feu qui pourrait s'attaquer à la partie gem¬

mée de l'arbre et ruiner ainsi ses possibilités. Le prix de revient de cette opération est variable selon

le caractère de la couverture vivante et morte, du sol; il est généralement compris entre 4 et 7 dol¬

lars par 1.000 arbres. Par ailleurs, commencent

aussi à se développer, à l'exemple de ce qui est

fait depuis longtemps en Gascogne, les mesures d'ordre plus général, telles que l'établissement de lignes garde-feux, tours d'observation, etc. Le rôle

de direction et d'initiative dévolu au Forestier d'Etat en cette matière est prépondérant.

La distillation de la gemme.

La gemme collectée en barils est transportée par camions automobiles ou hippomobiles à la plus proche de ces petites distilleries de résine qui dres¬

sentleurs bâtiments rustiques à l'orée de l'immense

forêt. Il y en a ainsi deux ou trois par village de

résiniers. Chacune d'elles comporte trois ou quatre

(4)

26 BULLETIN LE L'IUBTITUTUU PIN 26 - Février 1962

ouvriers, dont lin chef blanc (le « stiller ») et deux

ou trois manœuvres nègres. Ils se partagent un salaire quotidien de 7 à 8 dollars, dont le « stil¬

ler » perçoit naturellement la plus grosse part, soit

2 dollars 1/2 ou 3 dollars.

Le mécanisme de ces petites installations est des plus simples : un foyer alimenté par des branches

et copeaux de pin est surmonté d'un alambic gros¬

sier où l'on introduit la contenance d'une dizaine de barils de résine. Cette résine est chauffée à une

température de 290° Fahrenheit (soit 143° centi¬

grades) pendant environ deux heures. La vapeur d'essence de térébenthine, mélangée de vapeur d'eau

se dégage dans un serpentin, passant dans une énorme tonne d'eau froide, et finit par sortir à

l'état liquide; l'eau, plus lourde, est au fond, la

térébenthine, plus légère, à la surface. Cette essence est captée dans des barils de 50 gallons (chaque

distillerie en produit trois à quatre par jour), tan¬

disque lacolophane, ou « rosin », reste dans l'alam¬

bic ,d'où on l'enlève par un système de canalisation

rudimentaire en bois; elle coule sur deux cribles et

se ramasse dans un récipient en forme d'auge (long

de 4 à 5 mètres, profond de 70 centimètres et large

d'un mètre en haut et de 40 centimètres en bas).

Elle est ensuite transvasée dans des barils ad hoc oii elle refroidit pendant 48 heures, et durcit suf¬

fisamment pour pouvoir être mise en stock en at¬

tendant l'expédition par chemin de fer ou bateau.

Ces barils contiennent en moyenne 420 livres de colophane (soit environ 200 kgs); le baril nu pèse

environ 100 livres (45-50 kgs) étant fait d'épaisses planches de pin.

L'essence de térébenthine est ordinairement ren¬

fermée en des fûts de chêne de 50 gallons (environ

225 litres); on emploie aussi surtout pour l'ex¬

portation des réservoirs de métal.

Les grades de la colophane»

Avant d'être exporté hors de l'Etat producteur, chaque baril de colophane doit être « gradé » par

un Inspecteur d'Etat. Le tableau ci-dessous donne

ces diverses gradations (semblables d'ailleurs à

celles adoptées en France) avec le pourcentage de chaque grade dans la quantité totale reçue dans les ports de Savannah et Jacksonville :

Pâles supérieures :

X 3,6 %

W W 3,6

W G 4,9

Pâles moyennes : N

M K I

19,1 % 12,9

7,8

4,-3 2.1 1.2

Les prix varient naturellement suivant le grade;,

le grade le plus élevé étant coté de 3 à 4 dollars

au-dessus du grade le plus bas (La colophane est

mise dans des barils de 500 livres anglaises, poids

brut, ou 420 livres anglaises poids net; mais les

tarifs s'entendent toujours en barils de 280 livres- anglaises).

Production de la gemme»

Alors qu'en France le pin maritime n'occupe:

qu'une aire restreinte, et que l'ensemble de la ré¬

gion où on l'exploite peut être considérée comme

représentant une unité presque complète de con¬

ditions naturelle (sol, climat, etc.), il n'en est pas de même aux Etats-Unis, où la zone des pins gem¬

més s'étend, comme nous l'avons vu, sur -sept ou huit Etats, et couvre une superficie 30 à 40 fois plus grande que l'ensemble de nos pineraies lan¬

daises et girondines. La récolte est donc sujette

à des variations assez étendues suivant le lieu con¬

sidéré.

Les statistiques montrent que c'est dans la Géor¬

gie et la Floride que se fait la plus grande récolte

de gemme. Ces deux Etats fournissent d'ailleurs

à eux seuls, comme il a déjà été dit au cours de

ce rapport, 78 % de la production résineuse totale

des Etats-Unis.

En Floride et en Géorgie, la récolte moyenne par

« crop » (ce mot désignant un ensemble de 10.001)

6,6 0'c- 8.8

13,0 15,7

Laies inrerieures H

G F D E n

(5)

BULLETIN DE . INSTITUT DU Ph\ 26 - Février 1932 27

cares) est de 30 barils d'essence de térébenthine.

On admet que à chaque baril d'essence (de 50 gal¬

lons) correspondent 3 barils 1/3 de colophane (de

500 livres) (1). Il est à remarquer que ces deux

Etats ont un climat déjà tropical : Jacksonville,

au nord de la Floride, est à la latitude du Caire, et l'extrémité méridionale de la presqu'île est à la

latitude de Bénarès.

Si l'on considère un endroit déterminé, les expé¬

riences donnentlieu sensiblement aux mêmes cons¬

tatations qu'en France, en ce qui concerne la varia¬

tion de la production de la gemme en fonction de

la température, de la dimension des arbres, du de¬

gré de densité du peuplement, des soins apportés

à la technique du gemmage.

La station d'expérience de Starke a étudié d'une manière très poussée ces variations de récolte.

Pour un peuplement de Slash Pine de 40 ans, elle

a obtenu 44 barils d'essence de térébenthine par 10.000 cares, et cela chaque année pendant 5 ans de gemmage. Mais il s'agit là d'un peuplement

•choisi, où le gemmage est effectué d'une manière particulièrement méthodique, et ce résultat excep¬

tionnel ne saurait être interprété comme représen¬

tant une moyenne fréquente du pays.

La récolte des arbres pour une saison varie avec le diamètre et autres facteurs (densité, technique

du gemmage, etc.). Les deux tableaux ci-dessous, provenant des statistiques très intéressantes pu¬

bliées par la Station d'expérience de Starke, don¬

nent les variations de la production d'essence (en

barils de 50 gallons) en fonction du diamètre.

Mécolte annuelle (par « crcp » = 10.000 cares)

en barils d'essence pour 32 « piques ».

(Diamètres des arbres mesurés à 1 m. 30 du sol.)

A.- Slash Pine (P. Caribœa) B. -- Longleaf Pine (P. pa-

Diamètre llécolte lustris).

Récolte

Diamètre

5pouces 11 barils » »

6 18 6pouces 8 barils

7 . 24 7 14

8 30 8 —. 21

9 37 9 27

10 44 10 34

11 50 11 40

12 56 12 46 -

13 62 13 53

14 . . 68 14 59

15 74 - 15 65

16 80 16 71

(1) La quantité formée par l'ensemble d'un baril de térében¬

thine et de trois barils un tiers de colophane constitue une unité

a unit »), terme employé surtout en statistique.

On voit donc bien qu'à dimension égale le Slash

Pine produit sensiblement plus de gemme que le Longleaf, la qualité étant à peu près la même.

Débouchés» Exportation»

Les deux grands Etats de Floride et de Géorgie, qui fournissent, nous l'avons dit, plus des trois quarts de la production totale des Etats-Unis en

« naval stores », en possèdent les principaux mar¬

chés mondiaux : Jacksonville (Floride) et Savan- nah (Géorgie). C'est dans ces deux grandes villes, pleines d'activité malgré leur caractère déjà tro¬

pical, que se font les principales tractations de

matières résineuses. C'est également par leurs deux ports que se fait la presque totalité des exporta¬

tions de ces produits à l'étranger, exportation dont

les chiffres impressionnants figurent dans le ta¬

bleau ci-après :

Exportation à l'étranger.

a) Essence de térébenthine (en barils de 50 gal¬

ions, soit 225 litres environ).

1929-1930. 338,812barils, soit47,6°/odelaproductiontotale

1928-1929. 275,926 43,2«/„

1927-1928. 329,910 45,4%

b) Colophane (en barils de 500 livres anglaises,

soit 225 kgs environ).

1929-1.-30. 1,365,800 barils, soit53,6 % de laproduction totale 1928-1929.1,278.800 -'556%

1927-1928, 1,373,090 53,3%

(Ces chiffres comprennent l'ensemble des pro¬

duits dérivés de la gemme et des produits obtenus

par distillation des souches, ceux-ci ne figurant

encore que pour une faible part dans les exporta¬

tions).

Chacun de ces deux ports, Jacksonville et Savan- nah, expédie une mov^enne annuelle de 150.000

barils de térébenthine et de 600.000 barils de pro¬

duits secs. Pensacola (Floride) joue aussi un cer¬

tain rôle dans l'exportation des produits résineux

de l'Etat de Floride : annuellement 60.000 barils de térébenthine et près de 200.000 barils de pro¬

duits secs passent des quais de ce port dans les

cales des cargos, à destination des autres ports du golfe du Mexique ou des docks plus lointains d'Eu¬

rope occidentale.

(6)

28 iïULLETIN DE L'INSTITUTDU PIN 1V° 26 - Février L962

Ces deux grands Etats producteurs, ainsi d'ail¬

leurs que les Elats voisins, sont certes menacés

d'une crise de production, due aux exploitations'

abusives et aux véritables destructions de forêts qui y ont été opérées, par l'homme aussi bien que par les éléments. Mais on peut compter que cette

diminution sera compensée dans une certaine me¬

sure par les grands progrès déjà réalisés ou sur le point de l'être, tant au point de vue de la tech¬

nique du gemmage qu'à celui de l'exploitation plus

rationnelle des bois. Un sroso effort reste à accom-

plir, mais l'énergie et la volonté des forestiers amé¬

ricains permettent de penser que la tâche n'est

pas au-dessus de leurs forces.

II. LES PRODUITS RESINEUX OBTENUS PAR DISTILLATION DIRECTE DES SOUCHES

(« Steam distilled naval stores »)

A côté de la térébenthine et de la colophane déri¬

vés de la gemme exsudée des pins et recueillie

dans des récipients ad hoc, puis distillée suivant

les méthodes courantes, une nouvelle industrie est

venue, depuis peu d'années, déverser sur le mar¬

ché économique des quantités sans cesse croissan¬

tesde produits résineux provenant des canaux rési-

nifèrès contenus dans les souches et racines des

pins abattus, dûment traitées par distillation. Na¬

guère encore dans l'enfance, cette industrie a pris,

au cours de ces dernières années, un développe¬

ment énorme, et commence à concurrencer très sérieusement la production plus ancienne des déri¬

vés de la gemme. Quelques chiffres montreront,

mieux qu'une longue dissertation, le degré de l'in¬

tensité de cette progression.

Production de l'industrie des produits résineux obtenus par distillation des souches.

Saison

Essence de téré¬

benthine(enba¬

rils de 50 gai.

225litres env.j

Colophane (enbarils de KOU lbs

=*225kgsj

Pine oil engallons

1910-1911 1.700 14.30) 35.000

1920-1921 15.960 89 330 460.000

1927-1928 1928-1929 1929-1930

76.948 77.896 85.736

409.484 431.654 466.787

2.784 040 2.677.120 2-800.000

Au cours de la saison 1928-1929, la production,

de térébenthine extraite des souches a été de près,

de 4 millions de gallons, contre 28 millions de gal¬

lons de térébenthine provenant de la gemme. Pour

la colophane, les chiffres respectifs ont été de

482.000 barils contre 1.865.000.

On voit donc par le simple énoncé de ces chif¬

fres combien l'antagonisme entre le producteur de

résine de bois vivant, le « factor », et le « ma¬

nufactor » de produits issus de la distillation des.

souches est devenu un des éléments capitaux de

la situation économique des Etats-Unis en matière

de production résineuse.

Menacés par cette production rivale, de plus en

plus importante et redoutable pour eux, les « fac-

tors » avaient d'abord mené une campagne active

contre la qualité suspecte de ces produits issus des

bois distillés. Mais les chimistes américains, stimu¬

lés à coups de dollars par les puissants « manufac-

turors », s'appliquent à perfectionner de plus en plus la térébenthine et les produits secs ainsi ob¬

tenus.

Si bien qu'on peut considérer aujourd'hui ces

produits nouveaux comme sensiblement égaux en

qualité à ceux qu'on obtient à partir de la gemme;

alors qu'il y a quelques années, l'essence de téré¬

benthine provenant des souches distillées avait une odeur suspecte et un effet irritant sur les voies res¬

piratoires des usagers. Par ailleurs, le degré d'éva- poration des deux produits est devenu à peu près

le même : on peut dire que la térébenthine extraite

des souches est aujourd'hui aussi volatile que*

l'autre.

Les Caractéristiques physiques de cette essence de

térébenthine issue des souches sont, à l'état pur,, les suivantes :

Couleur : strictement incolore (comme l'eau).

Odeur : douce et agréable; ne devient pas irri¬

tante à la chaleur.

Densité à 15° 1/2 centigrades : entre 0,860 et 0,863.

Indice de réfraction à 20° centigrades : entre

1.4460 et 1,4475.

Point d'ébullition à 760 millimètres de pression r 154° centigrades.

Les usages de cette térébenthine sont à peu près

les mêmes que ceux du produit issu de la gemme.

Les producteurs insistent volontiers sur le fait qu'elle est pratiquement interchangeable avec Tau-

(7)

dULLÈTlN DE L'INSTITUT DU PIN iV°26 Février 1682 29

ire dans tous les usages courants. Il n'est pas jus¬

qu'à la fabrication du camphre synthétique qui ne puisse l'employer aussi bien que l'ancienne : une notable quantité de cette « wood turpentine » est

vendue aux fabricants de camphre synthétique en

Allemagne.

En ce qui concerne la « Fine oil » (mot à mot : huile de pin), ce nouveau produit, qui n'a pas son

équivalent dans l'industrie de la gemme, s'obtient

en quantités assez importantes dans l'industrie de

la distillation des souches; il arrive sur le marché

en deux qualités, l'une jaune paille, l'autre, plus

raffinée et anhydre, incolore.

il n'a pas tardé à être employé à la place de

l'huile d'eucalyptus, d'un prix de revient plus élevé,

dans toutes les industries métallurgiques qui em¬

ployaient celles-ci, notamment dans le procédé par

flottage pour la purification des cuivres. Cette

« Fine oil » constitue par ailleurs un désinfectant énergique et peu coûteux, appelé à un usage mon¬

dial.

Enfin, il va sans dire que l'industrie chimique en fait un large emploi dans la fabrication des ter- pènes.

Les caractéristiques physiques de cette « huile

de pin », dans ses deux qualités, peuvent être résu¬

mées ainsi :

Jiiune, «standard» Incoloreanhydre

Aspect Odeur Couleur Humidité. -

Densité à15°5centigr.

Indice de réfraction à 20' centigrades...

Pointd'ébullition Acidité

clairetexemptdemat.ensuspension, aromatique, et exempt de piquant.

jaune paille

moins de 0.5°/o 0,933 à 0,935

comme l'eau 0 0,930 à 0,933 plus de 1,4800

185° centigr.

moins de 0.1°/

plus de 1,4SC0

185u centigr.

moins de 0,1 %

Quant à la « Wood Rosin » colophane extraite

des souches par distillation elle constitue 80 %

•en poids des produits ainsi obtenus, et 60 % de

leur valeur totale en argent.

Cette colophane au degré FF, bien connue pour

sa clarté exceptionnelle et son uniformité, a rem¬

placé avec succès la colophane F issue de la gem¬

me, dans un grand nombre d'usages (papeterie,

linoléum, vernis noirs, savonnerie, etc.).

Pour certaines autres destinations, cette « wood rosin » a rencontré des objections de la part des

usagers. La principale a porté sur la couleur plus

sombre de cette colophane, qui l'a écartée de cer¬

taines fabrications, celle des veriW clairs et celle du papier blanc par exemple. Aussi les principaux

producteurs concentrent tous leurs efforts et ceux de leurs savants chimistes dans le but de remédier à ce défaut. Ils sont même déjà parvenus à obtenir

des colophanes de cette provenance qui possèdent

toutes les qualités de clarté des colophanes issues

de la gemme; ce progrès constitue, à leur dire, un réel triomphe de la chimie dans l'industrie des

« naval stores ».

Quoi qu'il en soit, il est incontestable que cette

industrie a pris un développement formidable, et

s'est armée d'une façon ultra-moderne et scientifi¬

que pour les luttes décisives qu'elle envisage avec optimisme. Une indication symptomatique de la

situation déjà conquise ne réside-t-elle pas dans le

fait que l'un de ses principaux leaders, M. J.-E.

Lockwood, a été désigné cette année pour présider

la Conférence de Jacksonville ?

Grâce à l'obligeance de ce grand industriel, nous

avons été admis à l'honneur, rare paraît-il, de visiter en détail, sous la conduite de son distin¬

gué directeur, la formidable usine de la « Hercules

Powder Company », dont M. Lockwood préside

le conseil d'administration, et qui estla plus grande

usine de produits résineux « in the world ».

Cette usine est située à Brunswick (Géorgie), à

une centaine de milles au Nord de Jacksonville, à proximité immédiate de l'Océan Atlantique; elle

voisine avec une non moins formidable usine de raffinerie de pétrole appartenant à l'Atlantic C".

L'usine de Brunswick de la Hercules Powders

(qui en possède d'ailleurs d'autres presque aussi

importantes, notamment à Wilmington, Delaware,

et à Hattiesburg, Mississipi), traite 500 tonnes de

bois par jour. Il ne s'agit que de bois de souebes

et de racines, à l'exclusion absolue d'arbres cou¬

pés frais, en fûts ou en branches. L'usine constitue

un cycle parfait : les débris de bois, une fois dis¬

tillés, sont ramenés aux chaudières et servent de

combustible.

La force motrice ainsi obtenue est de 4800 HP.

Les souches et racines, entassées dans des wa¬

gons venant directement des immenses forêts de Géorgie et de Floride, où les pins, comme nous

l'avons exposé, sont abattus la plupart du temps

sans méthode et sans soin sur de vastes espaces, sont amenées par des voies ferrées ramifiées à tra¬

vers l'usine, et tombent dans un broyeur, roue énorme qui, sous une coupole d'acier, broie les

moins réguliers de quelques centimètres de Ion-

(8)

30 BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN 26 - Février Wo2

gueur et d'épaisseur. Ces morceaux entassés sont emportés dans des auges par une chaîne sans fin qui les déverse dans un deuxième broyeur, lequel

les réduits en copeaux ténus.

Ces copeaux, en grandes masses, sont d'abord traités, dans des sortes de chaudières, par de la

vapeur à haute pression, qui en extrait l'essence

de térébenthine; puis ils sont traités par de la

« gazoline » (essence minérale) dont l'action donne

la colophane.

Ï1 y a alors, pour l'essence de térébenthine, une série d'épurations, qui permettent d'obtenir l'es¬

sence à peu près pure. Et pour le reste, condensa¬

tion à basse pression des huiles chargées de colo¬

phane et de « pine oil ». Après passage dans divers appareils de décantation, la colophane se dégage

et, par une tuyauterie appropriée, vient remplir des

barils de 500 livres lesquels sont fabriqués à l'usine même, par des ouvriers nègres, avec des procédés typiques et exemplaires d'outillage, de division du

travail et de rapidité.

L'esesnce de térébenthine est enfermée dans de

grands « tanks » ou réservoirs cylindriques, per¬

pendiculaires au sol et distants de plusieurs mè¬

tres les uns des autres. On l'en retire au fur et à mesure pour l'expédier, soit en « drums » ou ba¬

rils de métal de 50 ou 55 gallons, soit en caisses

de deux bidons cubiques de 5 gallons chacun.

Cette gigantesque usine, installée suivant les pro¬

cédés les plus modernes, forme un contraste frap¬

pant avec les rustiques petites distilleries de gem¬

me visitées dans les forêts du centre de la Floride.

La térébenthine, la colophane et l'huile de pin s'y

obtiennent dans des conditions de rapidité et de pureté vraiment impressionnantes, à l'aide d'un

formidable appareil de monte-charges, broyeurs,

(t) I.a production auotidienne de l'usine atteint ainsi Ja quan¬

tité imposante de 3.000 gallons d'essence de térébenthine, soit plus de 135 hectolitres et 4-10 barils de colophane, soit près de 100

tonnes.

chaudières, condensateurs, volants, bielles, pur¬

geurs, régulateurs, cylindres, tuyaux, manomètres

et thermomètres, où quelque écrivain doué de cette

sorte de « lyrisme industriel » en vogue chez tant

de jeunes ingénieurs, trouverait sans doute le thè¬

me d'une orchestration éperdue... Et peut-être, en

évoquant cette récente, mais âpre rivalité, conclu¬

rait-il lui aussi : «Ceci tuera cela... »

BIBLIOGRAPHIE

Principaux ouvrages et publications consultés,

Earle H. Clapp : A national program of forest

research.

Forest Service : Silvical investigations of the Forest Experiment stafians.

Forest Service : Ahferican forests and forest pro- dncts (Statistical bulletin N° 21).

Forest Service : Report on senate résolution 311.

American tr.ee association : Forestry législative

survey.

George H. Priest : Naval stores production, con¬

somption and distribution.

Dr. A. Cary : On management of turpentine forests..

—- Mij trip to France.

Lenthall Wyman : Florida naval stores.

E. L. Demmon : Annual report and program of the

Southern forest experiment station.

Diverses monographies et statistiques publiées

par le Département de l'Agriculture des U .S. A. :

Gamble's international naval stores ycar book 1930-1931, 1929-1930.

Louisiana state University Bulletin. May 1929.

Paint oil and chemical review of Chicago, MarcR

1930..

Naval stores review, Savannah. March 1930.

(9)

BULLETIN DE L'INSTITUT EU PIN —- F26 - Février 1632 31 Ai 51

La

Protection des Forêts contre l'Incendie

EN FRANCE

Par M. Roger FALLU

Inspecteur des Eauxet Forêts, à Mont-de-Marsan(•)

C'est ainsi qu'eut lieu à Paris, du 22 au 24 mai 1930, un « Congrès pour l'étude de l'assurance des

boiset forêts contre l'incendie », qui réunit de nom¬

breuses personnalités françaises et étrangères. Nous n'entreprendrons pas ici l'analyse des importants

travaux auxquels ce Congrès donna lieu. Un compte

rendu très complet en a été publié et a permis à

tous ceux qui n'ont pas assisté à ses séances d'y

trouver de précieux enseignements. Mais, tandis

que, le plus souvent, les organisateurs d'un Congrès

considèrent leur tâche comme terminée par l'adop¬

tion d'un nombre imposant de vœux et la publica¬

tion d'un volumineux compte rendu, le Comité des

forêts n'a pasvoulu s'en tenir là. Ila très justement

estimé qu'il fallait profiter de l'occasion qui avait

réuni des techniciens venu d'origines très diverses : forestiers de toutes les régions de France, assu¬

reurs, spécialistes des incendies, etc., et il a tenu à créer entre eux un lien durable. Et c'est ainsi

qu'est né le « Comité Permanent de la Protection

et de l'Assurance des Forêts contre le Feu ». Bien que ne fonctionnant que depuis quelques mois à peine, ce Comité a déjà fait preuve d'une grande

vitalité. Sa création répondait à un réel besoin. Jus¬

qu'ici, en effet, chaque région forestière se trouvait

isolée et ne disposait, pour défendre ses intérêts

que de ses propres moyens, en général très limités

et insuffisants. De plus, elle ignorait totalement ce

qui se passait ailleurs et n'avait pas la possibilité

de bénéficier des études et des expériences des au¬

tres. Le Comité Permanent s'est proposé de centra¬

liser tout ce qui a trait aux incendies de forêts en France, d'être le porte-parole des intéressés auprès

des Pouvoirs publics, de présenter leurs doléances,

de défendreleurs intérêts. Il servira également d'of¬

fice de renseignements et d'organe de liaison entre

toutes les régions forestières pour ce qui concerne les incendies.

(*) Communication faite au Congrès International du bois et de la sylviculture, et voir Bulletin Inst. du Pin, n° 25, 2e série.

Depuis sa création, le Comité Permanent pour l'Etude de la Protection et de l'Assurance des Fo¬

rêts contre le Feu a porté son effort sur les points

suivants :

Il a commencé de réunir une documentation aussi complète que possible sur l'organisation ac¬

tuelle de la défense des forêts : constitution et fonc¬

tionnement de Syndicats, nature des travaux effec¬

tués, arrêtés préfectoraux, etc.

Reprenant les vœux émis par le Congrès de 1930, il a étudié les demandes des Compagnies des Chemins de fer tendant à obtenir une modification à la loi du 26 mars 1924 pour ce qui concerne les

mesures nécessaires à la protection des forêts tra¬

versées par la voie ferrée. Le Comité Permanent a mis sur pied un projet qui, accepté par la Confé¬

rence des Ingénieurs en chef des réseaux et soumis

aux Directeurs des grandes Compagnies, fera l'ob¬

jet d'une proposition de loi. D'après ce projet, les réseaux seraient autorisés à faire les travaux qu'ils jugent nécessaires sur une largeur de 30 mètres à partir de la limite de l'emprise des voies ferrées.

Dansle cas ces travaux causeraient un préjudice

auxpropriétaires, les Compagnies seraienttenues de

les indemniser. En cas de différend, au sujet de la

fixation de l'indemnité, le juge de paix serait com¬

pétent en premier ressort.

3° Le Comité Permanent a également pris contact

avec les Compagnies de Chemins de fer au nom des Associations de Défense intéressées pour étudier

et mettre au point un accord en vue de l'exécution

de travaux de défense en bordure des voies ferrées et de l'organisation de la surveillance le long de

celles-ci.

Le Comité Permanent a remis à M. le Ministre de l'Agriculture une lettre demandant qu'une liai¬

son plus complète soit assurée entre les Pouvoirs publics et les organismes de défense et que des me¬

sures soient prises pour mettre au point un large

programme de surveillance et exercer une répres¬

sion sévère contre la malveillance et l'imprudence.

Le Comité Permanent a mis à la disposition

du Service forestier et des Syndicatsde défense des

panneaux attirant l'attention des promeneurs sur le danger du feu et destinés à être apposés le long

des routes et à l'entrée des massifs forestiers.

Enfin, reprenant la question de l'assurance des

forêts contre l'incendie, qui fit l'objet d'une discus-

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