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Bulletin de l'Institut du Pin [1932, n°28] · BabordNum

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(1)

28. (2e Série) / c.r^.issant te 15 de chaque mois.

Abonnement France. . . 35 fr.

auBulletin (unan; ( Etranger. 50 fr.

Adresserlemontant des Abonnementsà l'Institut duPin. C. C. Bordeaux 9237

Le ftluméro.

BULLETIN

DE

7670

15 KWil 1932.

France... 3f50 Etranger. 5f »

L'INSTITUT DO PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à Sa Faculté des Sciences de' Bordeaux

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S O M MAIRE

I. Articles oriqsnaux Pages Pages

A I 54 Les forêts du Maroc, par M. Bbunv

(à suivre) . . 73

C I 95 Notes bibliographiques sur le pinène et les terpènes qui s'y rattachent par M.

G. Dupont (a suivre) 78

G I 16 Rapport surles différents procédés employés actuellement pour la conservation des poteauxen bois, parM. Hugon (à suivre). 90 G I 17 L'Alfaen Tunisie, par M. Debierre. 95

MODE DE CLASSIFICATION DE NOS DOCUMENTS

J

A. Généralités.

B. Récolte et traitement des résines.

C. Essences de térébenthine, terpènes etdérivés.

I). Constituants solides des résines et leurs dérivés.

/ Articles originaux. Il Documentation.

E. Dérivéschimiques du bois.

F. Cellulose de bois.

G. Documents divers.

Adresser la Correspondance : INSTITUT EU

Ffji, Faculté Ses Sciences, 20, Cours Pasteur, BORDEAUX

Le Directeur lecl.nique reçoit les lundi mercredi de 15 heures à 19 heures.

(2)

E. UUU1111L1, CONSTRUCTEUR,

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(3)

fi° 28 (2e Sériel Paraissant le 15 dechaquemois. là flVPil 1932

BULLETIN £ -v

de

;

L'INSTITUT DU PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

Ai 54

LES FORÊTS DU MAROC

par M. BOUDY, (*)

Directeur du Service des Eaux etForêts duMaroc.

AMENAGEMENT DES FORETS

Dénombrement et situation des éléments constituants de la forêt marocaine.

Le Riff à part, le Marocrelève du domainemauri¬

tanien occidental, avec des secteurs méridionaux et septentrionaux, littoraux et montagnards, où jouent les influences combinées prédominantes du relief et de la distance à la mer, et qui sont carac¬

térisés par des groupements forestiers possédant

une essence principale nettement dominante qui

suffit à les individualiser. Ce sont :

au Nord, le secteur du chêne-liège,

au Sud, le secteur de l'arganier,

secteurs littoraux.

En leur centre, et en retrait, le secteur du.

cèdre et du thurifère : secteur montagnard, avec des sous-secteurs :

a) du Moyen-Atlas, ou du cèdre, avec bordure de chêne hygrophile ou à feuille caduque (secteur du maximum d'humidité relief maximum pour dis¬

tance à la nier minima, concordants).

b) du Grand-Atlas oriental ou du thurifère et du

(*) Communication faite au Congrès de la Production forestière coloniale et Nord Africaine, 1931.

chêne-vert montagnard sans cèdre (distance à la

mer et sécheresse, maxima).

c) du Grand-Atlas occidental, ou du thurifère et du cyprès sans cèdre, avec bordure de thuya (relief

et distance à la mer discordants).

Il est important de tenir compte, outre de leur situation, du stade d'évolution, naturelle ou semi- naturelle, de ces groupements forestiers fondamen¬

taux et de leurs essences caractéristiques.

A ce point de vue :

Le chêne-liège est en régression, en voie de dégra¬

dation relativement récente, actuelle, continue;

mais il est susceptible d'être consolidé, même res¬

tauré sur place : Peuplement à restaurer.

L'arganier est une relique, sous l'étroite et fra¬

gile dépendance du climat océanique, qui subsiste,

en retour, grâce, en partie au moins, à l'étendue et à la compacité de l'aire de cette essence : Peuple¬

ment à protéger.

Le cèdre, lui, est stable et même susceptible d'ex¬

tension; mais cette extension est avant tout fonc¬

tion des conditions biotiques (action de l'homme surtout, feu et pâturage) : Il forme des Massifs à

réserver.

Un caractère commun à ces trois groupements fondamentaux, c'est l'influence capitale qu'a eue,

surleur constitution etleur extension actuelles, l'ac¬

tion de l'homme; quant à leur capacité d'évolution présente, elle dépend de cet état actuel et de leurs aptitudes propres; mais elle est influencée aussi par leur conatct avec les groupements auxiliaires à es¬

sence principale ubiquiste : essentiellement le boi¬

sement de thuya et le boisement de chêne-vert.

(4)

74 BULLETIN LE L'INSTITUTLU PIN 28 - Avril LVb2

Dece point de vue de l'évolution des groupements

forestiers fondamentaux, on peut admettre en pre¬

mière approximation que :

Le centre de restauration du chêne-liège : c'est

le bastion entre Oueds Grou et Beht, au contact du thuya et du chêne-vert.

La ligjie de protection de Varganier, ce sont les

croupes boisées en thuya, disposées en profondeur

entre Oueds Tensift et Sous.

La zone de conservation et d'extension des coni¬

fères (cèdre et thurifère), ce sont les hauts plateaux allongés du Moyen-Atlas et les hautes vallées du

Grand-Atlas.

Quant aux zones frontières limites d'habitat de

ces essences (et par suite de l'action forestière en leur faveur) ce sont (en gros) :

Pour le chêne-liège : la plaine du Gharb, au Nord,

les plateaux d'Oued-Zem, au sud, enserrant, sauf à

l'Est, le centre de restauration de l'essence.

Pour Yarganier : les plaines des Abda et du

Haouz au Nord, les contreforts Nord de l'Anti-Atlas

au sud, terminant les extrémités des lignes de pro¬

tection.

Pour le cèdre thurifère : au Nord : la Moulouva

à l'Est et le haut Oum er Rebia à l'Ouest.

Au Sud : le Moyen Oum er Rebia à l'ouest et

l'oued el Abid-Tessaout à l'Est.

ACTION DE LHOIVIÉE ET REACTIONS DE LA FORET

Les problèmes et les solutions.

Cette situation et ce rythme d'évolution de la

forêt ont fixé et tracent encore à la Foresterie ma¬

rocaine les principes généraux de son action.

A) Chêne-liège.

On a réalisé, d'abord, la tâche la plus urgente : le sauvetage et la mise en valeur dela forêt de chê¬

ne-liège, la plusintensément menacée par l'indigène

et, présentant, par ailleurs, la capacité maxima de régénération et de productivité; c'était un capital à

restaurer sans délai, un enjeu décisif dans la par¬

tie, pour la cause de la forêt, pour l'avenir forestier

du Protectorat.

Pour atteindre ce but, on a dû recourir à des opé¬

rations multiples et immédiates, procédant, dans

leur diversité d'une méthode adaptée à ce but : on

a entamé à la fois démasclages, recépages, ouver¬

tures de chemins et tranchées pare-feu, élimination

des exploitations abusives et réduction du pâturage.

La complexité de cette action explique la situa¬

tion actuelle : dans plusieurs de ces forêts, le stade

de mise en valeur est dépassé, mais comme la res¬

tauration du peuplement se développe en se réper¬

cutant surl'aménagement primitif, on se trouve ac¬

tuellement dans la phase d'un aménagement pro¬

gressif, qui se traduit par les proportions inusitées

des différents produits des opérations entreprises :

lièges (mâle et dereproduction), tanin, bois et char¬

bon de bois.

L'exploitation de ces peuplements fournit donc

avant tout des écorces : liège, tanin, c'est-à-dire des produits rares dans le monde (lièges) ou tout au moins dans les pays dont l'aménagement forestier

est ancien; actuellement, à cause de l'abondance du bois de tizra, l'écorce à tan de chêne-liège est

moins demandée, mais il faut prévoir son utilisa¬

tion ultérieure (comme un des produits principaux

des coupes de régénération dans l'aménagement dé¬

finitif).

La production des lièges (et plus tard aussi celle

du tanin) est destinée, presque totalement, à l'ex¬

portation (européenne ou mondiale).

Quant au travail que nécessite cette production,

il est effectué, actuellement, par des équipes d'ou¬

vriers indigènes (Sous) appelés à être peu à peu

remplacés par des ouvriers européens, spécialisés

ou munis d'outils perfectionnés, dans un but géné¬

ral d'affinage et d'accélération du travail

L'avenir de cette entreprise ? On a affaire à un immense taillis, ou perchis sur souches, en voie de

conversion ou de rajeunissement; la régénération

des rejets, sûre et rapide, se développe bien mais

n'accroît pas la surface productrice; elle se justifie

d'un côté par la nécessité d'aller vite, de profiter du cycle des années favorables (humidité), de l'autre

par la valeur actuelle des produits (lièges), par l'abondance relative actuelle et le bon marché de la main-d'œuvre et surtout par la nécessité de mettre

au plus tôt (en général quatre ans) les jeunes su¬

jets à l'abri du bétail, ce qui réduit au minimum la

mise en défense, facteur de politique forestière de

tout premier ordre ici; mais il faudra de plus en plus étudier l'organisation économique et mécani¬

que de la production, en se rappelant qu'on doit

chercher, plutôt qu'à obtenir un rendement élevé

(5)

BULLETIN DE L'INSTITUT BU PIN T28 - Avril W32 75

en quantité, à réaliser les conditions délicates d'un

optimum de qualité : donc, tendre à l'affinage du

produit, du travail, au perfectionnement des mé¬

thodes, de l'outillage.

La surface productive, elle, n'est pas susceptible

d'extension; le nombre des arbres peut-être, mais

c'est ladensité de répartition qui intervientici (d'où l'importance des opérations culturales basées sur

■cette aclion : éclaircies de toute nature), peut-être

aussi la présence (à favoriser ou à provoquer) d'un

sous-bois comportant des éléments disparus ounou¬

veaux étudier le rôle du tizra, des genêts, des

cistes, etc.).

On aura à établir un aménagement plutôt «par volume »que « par surface »; à installer sur place,

en forêt, une population d'ouvriers spécialisés; 011 devra avoir un personnel de surveillance suffisam¬

ment dense et stable, pour connaître parfaitement

le rythme et la phase de la vie de chaque parcelle,

c'est actuellement le travail qui se présente : la

mise sur pied, au moins dans les forêts les plus

avancées, d'un aménagement progressif qui, une fois la restauration de la forêt achevée et sa capa¬

citétotale de productionatteinte, permette d'y adap¬

ter le régime normal de l'exploitation : type d'ex¬

ploitation méditerranéenne, d'un peuplement fores¬

tier bien individualisé dans la zone littorale, c'est-

à-dire celle du maximum du peuplement humain.

B) Arganier.

Presque aussitôt après le sauvetage du chêne- liège, à l'époque des demandes de grandes conces¬

sions de fin et d'après guerre, c'est la défense des arganiers qu'il a fallu assurer, défense tenace con¬

tre les tentatives d'accaparement de ces immenses

vergers qui recouvrent les territoires littoraux du

Sous, abritent et alimentent le réservoir naturel de

la main-d'œuvre indigène utilisée dans le reste du

Maroc. Le prétexte, le motif de ces entreprises,

t'était le projet d'industrialiser la fabrication de

l'huile fournie par ces arbres, de faire des planta¬

tions, des éclaircies, etc., toutes sortes d'opérations qui ressortissent à la culture ou à l'industrie, non à la forêt.

Or, l'arganeraie est, dans son essence, une véri¬

table forêt, au moins par le groupement spontané

de ses éléments, sa constitution en peuplements

d'une étendue considérable, son rôle capital dans la

conservation de l'état climatique et l'économie du

pays.

En raison de la nature de ces arguments, c'est à

une défense large, systématique, générale, sans cas

d'espèce, mais tenace et inflexible, qu'on s'est atta¬

ché : position soutenue, d'ailleurs, par la démons¬

tration vérifiée du défaut d'intérêt économique de

l'industrialisation projetée, car l'arbre, la forêt- steppe existante dans cette contrée, est l'unique protection de l'homme contre la tendance steppique

du climat, et ne peut le servir que par l'action in¬

directe, comme l'usage l'a montré.

Son utilisation directe (coupes à charbon) aurait

voué la contrée au dessèchement fatal, catastrophe

humaine irréparable.

Ces conditions d'existence de la forêt d'arganier

rendent compte de la nature et de la quantité des produits qu'on en tire : huile d'argan, charbon de bois; c'est-à-dire uniquement les moyens de subsis¬

tance (des hommes et des animaux), des produits

de consommation locale, immédiate, qui sont non

ligneux, ni même corticaux, mais qui sont des sous- produits de l'arbre (l'amande à huile et les brins

traînants, abroutis, destinés à la fabrication du charbon), de qualité inférieure, non améliorable

(au moins actuellement).

Perspectives d'avenir ? Ici, le temps intervient

peu ou pas : l'arganier est une relique, ou plutôt

une anomalie botanique, spécimen marocain d'une

famille presque exclusivement tropicale; il faut

donc éviter le changement, les tentatives de trans¬

formation brusque des conditions de développement qui lui ont permis de subsister au Maroc : l'expé¬

rience ne peut apporter, de l'étranger, aucune don¬

née de comparaison; l'expérimentation devra être

faite ici même; à son défaut, et pendant des an¬

nées encore,la tradition est le guide sûr, sanctionné

parl'usage ancien d'une population ancienne, dense, intelligente.

Ici, c'est donc suivant latradition qu'il faut agir :

conserver la situation politique, sociale, du terri¬

toire, l'armature boisée du Sous, « l'arbre de fer »,

qui estla meilleure défense de cette contrée à popu¬

lation nombreuse et exposée aux épidémies. Il faut

seulement, et c'est la tâche à mener à bonne fin maintenant, aboutir à mettre sur pied la réglemen¬

tation des droits d'usage dans ces forêts, au profit

des indigènes, en s'inspirant avant tout de la con¬

ception de l'arbre à usage, de l'arbre domestique,

(6)

76 BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN N?28 - Avril L%2

dont l'accumulation, le groupement à l'extrémité Sud-Littoral du Maroc accuse davantage, en défini¬

tive et doit rappeler constamment le caractère de

relique naturelle (entre l'Océan, la montagne et le désert) et de réserve dernière d'une population in¬

dustrieuse et pacifique.

C) Cèdre et Genévrier thurifère.

Entre ces deux réduits, ces deux zones de résis¬

tance active et passive, c'est l'aménagement de la réserve hvdro-sylvicole pastorale qu'il faut réa¬

liser, dans les massifs de conifères du Moyen et

du Grand Atlas.

Le premier travail à accomplir, c'est de stabili¬

ser l'assiette actuelle de cette réserve, avant qu'on puisse songer à l'étendre. Or, on est en présence

d'une population indigène guerrière, dispersée et

vivant clans la forêt; l'arme essentielle c'est le feu;

arme dangereuse; de même qu'elle peut favoriser

la génération (el l'extension) de l'essence, elle peut

aussi réaliser sa destruction irrémédiable (rési¬

neux qui ne rejettent pas, le cèdre principalement).

Cette assiette est essentiellement mobile, c'est- à-dire susceptible de variation comparée à celle du chène-liège ou de l'arganier : Si l'on considère les peuplements de ces deux dernières essences, leur surface territoriale est sensiblement fixe; elle n'est pas susceptible, dans les conditions actuelles, de s'accroître d'une manière stable (au contraire, les défrichements, les abus de pâturage tendent à la réduire) : le nombre des sujets peut varier (peu

dans l'arganier, davantage dans le chêne-liège), de

même que leur répartition, leurs caractères et leurs qualités au point de vue de la production, mais la forêt elle-même est stable, en place.

Si on considère, au contraire, la forêt de cèdre dans son ensemble, on reconnaît, qu'il n'est pas

suffisant pour la connaître de noter en un point donné, la densité du peuplement (le nombre et la répartition des sujets), il faut encore vérifier si le cèdre est « en place » ou résulte du « déplacement» d'une essence rivale, chêne-vert ou genévrier thu¬

rifère qu'il aurait supplantée, débordée ou enva¬

hie; on voit donc intervenir ici un facteur de distri¬

bution territoriale, un plan, qui explique dans une certaine mesure, les variations actuelles, naturelles

ou résultant de l'intervention humaine, de la sur¬

face forestière occupée par le cèdre.

Ce plan, c'est, en gros, celui d'une comète : la tête près de Taza, le corps, la partie centrale du Moyen Atlas, la queue la partie centrale du Grand Atlas : au Nord le cèdre quasi pur, au Sud le thu¬

rifère sans cèdre, au centre le mélange des deux

essences ou plutôt leur alternance suivant les con¬

ditions locales.

A l'extrémité Sud de cette aire, partie la plus élevée (Hautes-Vallées du Grand Atlas), climat subalpin et alpin, 011 atteint la limite de la végéta¬

tion forestière, le thurifère s'y égrène, raréfié, dis¬

persé; à mesure qu'on remonte vers le Nord, vers Taza, la mobilité, la vigueur de l'élément cèdre augmente, (l'importance et le rôle du feu aussi).

Au centre de ce parcours, on passe par le maxi¬

mum de densité, de compacité du massif; la capa¬

cité d'extension et non seulement de conservation, est imaxima elle aussi. C'est la région d'Arbala, aux sources de la Moulouya et de l'Oued Et Abid, ré¬

servoir, château d'eau, non pas nœud de circula¬

tion, mais centre d'alimentation, nœud aussi d'une sorte de manteau vivant de la montagne, rideau derrière lequel il y a ;

Au Nord : des mines : réservoir naturel des pro¬

duits minéraux (métaux);

Des steppes : réserves d'animaux (moutons) et d'alfa (produits bruts).

Au Sud : des Ksours : centres politiques des marches frontières, réserves humaines de tribus

guerrières, fanatiques.

Des cultures : produits végétaux des oasis, des

cultures soignées, sédentaires, produits fins.

En face de cette situation, quelle manœuvre

adopter en politique forestière ? D'abord, ne pas intervenir au Sud, dans ce qui résiste par sa vertu propre et ne craint pas le feu : le thurifère (par

extension le cyprès).

Par contre, concentrer l'effort il peut être efficace; on a réduit Taza, conquis Tichoukt; au

Nord, il faut stabiliser, immobiliser le cèdre son contact avec le chêne-liège). Puis au centre, il faut entreprendre l'aménagement forestier du pays,

l'équipement de ses forêts et la mobilisation métho¬

dique de leurs ressources.

Dans la partie Nord de cette région, il faudra s'occuper surtout des bois de service : bois de mi¬

nes, traverses, poteaux; on devra étudier le poteau rond, la traverse légère, la gouize pour les indigè¬

nes : bois moyens à utiliser sur place; cette con-

(7)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN IV23 - Avril 1932 77

•ception nécessitera des modifications, adaptations

de l'exploitation et de l'utilisation des bois; il fau¬

dra renoncer à la traverse lourde de chêne-vert, fabriquer celle de cèdre et le poteau rond de cèdre

.aussi.

Pour rendre possible cette exploitation des mas¬

sifs et assurer le débouché des bois, il faudra éta¬

blir ou resserrer le réseau des chemins, non seule¬

ment des routes, mais des pistes d'exploitation.

Dans la partie Sud de cette région, c'est le

« Triq », la route romaine de pénétration et de con¬

quête qui doit se développer; des massifs de cèdre auxquels elle donne accès, il faudra tirer des bois d'œuvre (et d'industrie), les produits qui suppor¬

tent le grand transport, le madrier de cèdre qui

sera expédié sur les centres; des souches de cèdre, des déchets de sciage; on tirera des essences, des huiles, des goudrons, destinés aux agglomérations européennes ou indigènes.

Au sud, on se contentera d'étudier les très petits

bois d'œuvre (de genévriers, cyprès, cèdres) pour -crayons, planchettes, lattes, objets tournés, incrus¬

tés, pour le moulage, destinés à l'artisanerie indi¬

gène et à la décoration européenne.

On recherchera, dans tous les bois d'œuvre, la qualité surfine (de conservation notamment, d'im- putrescibilité); on aura à cet égard, à étudier soi¬

gneusement les défauts et les maladies de ces bois.

De ce programme, on a entamé aussitôt la pre¬

mière partie, l'œuvre de protection des ressources

hydrauliques autour du «Château d'eau», du nœud hydrographique du Maroc.

Quant à l'exploitation, elle ne progresse que len¬

tement, elle manque actuellement d'élan. C'est qu'il s'agit ici d'une économie massive (qui doit englober dès l'abord, tout un pays ou toute une ré¬

gion) et non fragmentaire (comme dans les peuple¬

ments du chêne-liège).

Il faudra, pour l'action forestière, créer « l'ou¬

til », l'instrument d'action, c'est-à-dire l'opération

idoine : ce sera l'installation au cœur des massifs, de petits centres d'action, rayonnants et formant réseau, destinés à entretenir et à activer le dévelop¬

pement de la masse forestière, du peuplement fo¬

restier, par le moyen de la trouée (différente de la coupe d'éclaircie ou de recépage) : cette opération

sera pratiqué non en vue de la régénération simple

des sujets (par rejets) ou de l'amélioration de leurs conditions de croissance individuelle, mais essen¬

tiellement en vue de maintenir l'intégrité des mas¬

sifs et de développer leur extension.

Plutôt que sur l'arbre lui-même, on tendra, en

effet, à agir sur le sol, qui le nourrit et qui doit

être capable d'alimenter sa végétation et d'assurer

sa reproduction; ce sera le but essentiel de la trouée, d'assurer la régénération des massifs, non par simple rajeunissement (impossible ici faute de rejets), mais par reproduction véritable, multipli¬

cation réelle du nombre de sujets, par semis natu¬

rel; on pourra sans doute favoriser la venue et la croissance des semis par l'extraction des souches pour briser le feutrage du sol), incinération d'une partie des rémanents (engrais), opérations qui se¬

raient associées à la distillation et à la carbonisa¬

tion partielle des déchets.

Il faudra adopter les moyens à ce but : adopter

des installations légères, des engins mécaniques, ré¬

duire les charrois, façonner les produits sur place,

abandonner les rémanents, déchets non utilisés;

avant tout, tendre à refaire un sol, une couverture du sol.

L'intérêt de cette œuvre ? Il n'est pas seulement

d'ordre économique ou matériel (liège), ni domes¬

tique ou humain (arganier), mais il a une impor¬

tance d'ordre naturel et d'ordre social ; c'est l'eau et le travail humain, que cette œuvre vise à garan¬

tir et à assurer contre les pertes et les risques qui

les menacent.

Pour exécuter ces desseins, à long terme et d'en¬

vergure, il faut mobilité et puissance : un réseau

de circulation, de protection, d'exploitation, d'ali¬

mentation; dans les compartiments de ce réseau, exploiter les bois (d'œuvre, de service, d'industrie), extraire des huiles, essences, goudrons, fabriquer

des combustibles (charbon de bois, agglomérés).

(A suivre.)

(8)

78 BULLETIN DE L'INSTITUT BU PIN 28 - Avril 1982 C i95

NOTES

BIBLIOGRAPHIQUES

SUR LE

Mus si les Tmti

Par M. G. DUPONT

(suiteY

Si l'on met le pinène en présence d'un volume décuplé d'oxygène, à la pression p, et si l'on carac¬

térise la vitesse d'oxydation , par le rapport : 1 dp

3v~

p dt

cette vitesse, à la lumière diffuse et à 15°, varie en

effet comme suit :

Jusqu'à

Durée (heures) av

111 0,01

279 0,025

327 0,036

495 0,052

735 0,110

903 0,130

. 1,501 0,240 L'influence de la lumière, même diffuse, est sen¬

sible sur la vitesse d'oxydation, comme il ressort

Vitesse

J'cibsorjotum.

1OO dp

i r -- •—

*

p dt

de la comparaison des deux expériences suivantes :

Lumière diffuse Obscurité courbe II defig. 1

Tempsenheures av Tempsenheures av

87 0,028

324 0,042 310 0,011

540 0,075 6221 0,008

804 0,160 1.056 0,013

1.406 0,203 1.392 0,041

La température a également une énorme influen¬

ce sur la vitesse d'oxydation.

Vitesse à 60° Vitesseà 80°

Tempsenheures 5

8 12

1G 20

1,37 2,7 9,6 9,1 4,6

Tempsenheures 3 5 7

25,0 35,0 7,0

Lavitesse initiale est, à 60°, 30 fois plus forte, et à 80°, 2.500 fois plus forte qu'à 15° dans l'obscu¬

rité. Cette vitesse d'oxydation à chaud est très ac¬

crue par l'agitation.

Les catalyseurs ont une action considérable sur

la vitesse d'oxydation; les uns sont très nettement

pro-oxygène, d'autres anti-oxygène.

Catalyseurs positifs. Le type des catalyseurs positif est ici donné par le résinate de cobalt. A la concentration d'un millième, il donne, avec le pi¬

nène, les vitesses d'absorption suivantes :

Durée

Vitesse av

lh. 15m. 1,09 3h. 30m. 6,60 5h. 30m. 4,30 7h. 30m. 5,25 8h. 30m. 3,50 22h. 30m. 2,1,7 46h. 30m. 0,90 94h. 00m. 0,12

(*) Voir Bulletin 11» 27, 1932.

On constate que :

Le résinate de cobalt accroît fortement les vi¬

tesses initiales;

La vitesse va d'abord en croissant pour attein¬

dre un maximum, puis décroître fortement.

Cette décroissance peut, au moins en partie, s'ex¬

pliquer par la disparition du sel métallique. On ne

m

9

(9)

BULLETIN DE L'INSTITUT BU PIN 28 - Avril 1932 79

trouve plus, en effet, sensiblement de cobalt dans l'essence après une longue agitation; ce métal est précipité, soit à l'état pulvérulent, en milieu sec, soit (si l'on est en milieu humide) dans les gouttes d'eau rassemblées au fond du tube.

La lumière n'active que d'une façon insensible l'oxydation du pinène dans le cas du résinate de cobalt. Ceci semble d'accord avec le fait que la lu¬

mière active l'oxydationdans la phase gazeuse,mais

non dans la phase liquide.

Au contraire, l'action de la chaleur est considé¬

rable, comme le montre le tableau suivant.

Vitesse initiale d'oxydation avec 1/100 de rési¬

nate de cobalt :

Températures

35° i&o

Avec agitation 2,13 5,5 20

Sans agitation 0,59 1,8

Le chlorure ferrique, les résinâtes de fer, de plomb, de chrome, de nickel, se présentent comme des catalyseurs positifs, moins actifs toutefois que les résinâtes de cobalt. L'iode joue également le

rôle de catalyseur positif, ainsi que l'iodure de po¬

tassium, cependant moins actif.

Tout une série de corps ont, au contraire, un effet parfois très fortement anti-oxygène; voici quelques exemples (112) à 15° en lumière diffuse.

Natureetproportionsducatalyseur

Vitesssemoyenned'absorption

av Initiale Moyennt.

générale Après 1000 heures

0,028

0,0045 0,004

0.007 0,0027 0,0047

0.0050

0,0059 0,6065

0.001 0.0022 0,0025 000128

0,230

0,065

0.028 0,084 0,286 0,137 1,124 0,138 0,201

-j- 1 /1000hydroquinone

-j- acide pyrogallique

-j- acide gallique

+ charbon actif

+ oxyde de cérium

À oxyde de thorium

+ acétatemercurique

-j- chlorure stannique

-j- acide titanique

+ mousse de platine

-j- cuivre réduit

-f- résinate de cuivre frais...

+ soufre

table déclanchement de l'oxydation, déclanchement que l'on peut, d'ailleurs, provoquer par addition

de pinène oxydé.

On voit nettement cet effet sur les courbes de la

fig. 2. La courbe II représente la vitesse d'oxydation

du pinène frais additionné d'abiétate de cobalt; la réaction s'amorce très brutalement après 690 heu¬

res; la courbe I représente la vitesse d'oxydation

du même mélange additionné de 10 % de pinène oxydé; l'amorçage est instantané.

Produit de l'oxydation à l'air.

Le produit principal d'oxydation du pinène à

Enfin, certains catalyseurs sont susceptibles de

renverser leur action au bout d'un temps plus ou moins long. Tel est le cas du résinate de manganèse qui tout d'abord anti-oxygène, devient brusque¬

ment et très fortement pro-oxygène. Il y a un véri-

l'air, est un liquide visqueux, jaune, qui possède

les propriétés d'un peroxyde. Stable à l'obscurité,

il se transforme à la lumière, en produit résineux.

Il peut abandonner la moitié de l'oxygène fixé (oxygène actif) à d'autres corps, par exemple le

10

(10)

80 iULLETl -u L'INSTITUT BU PIN IV° 28 - Avril LT32

sulfate d'indigo, en solution aquo-acétique, qui est décoloré (133), (134), (135).

Cette propriété disparaît à la lumière ou tout

l'oxygène absorbé est utilisé à l'oxydation du pi-

nène lui-même. Elle disparaît également au-dessus

de 150°; le peroxyde est décomposé exothermique-

ment à cette température (136).

A côté du peroxyde, on trouve, dans le produit d'oxydation., des constituants bien définis :

Le sobrerol ou hydrate de pinol /, se forme principalement à la lumière dans la phase gazeuse et en présence d'eau.

MO

OH

I-SoUrêrof H'Pùxol

Il se sépare en longues et grosses aiguilles sur les parois des vases contenant l'essence de téré¬

benthine et est, de ce fait, depuis longtemps connu (137), (138), (139).

Le sobrérol a été préparé synthétiquement par Wallach (139) par l'action de la soude étendue sur le produit de l'action de HBr sur le pinol ou encore par la digestion du dihromure de terpinéol avec

Ag OH humide. Il est également produit (voir plus loin) par l'oxydation du pinène à l'aide de l'acétate mercurique.

Le sobrérol droit, obtenu par oxydation à l'air

et à lalumière, du pinène d'Alep (136) fond à 150°;

dl5 = 1,1853; |c/|S78 = + 147° (dans l'alcool);

beaux prismes monocliniques; a :b :c = 2,4113;

1 : 0,8531; ^ = 96°22 (140); présentant le plus sou¬

vent des facettes hémièdres.

Le sobrérol lévogyre se produit dans l'oxydation

à la lumière de l'essence de Bordeaux; il cristallise abondamment sur les parois des vases ou peut être

extrait des queues de distillation de cette essence (141): |aj5,8 ' = —147°2.

Le mélange donne un sobrérol racémique (136)

F. 131°5, cristaux orthorhombiques.

(133) Engler et Weissberg : Ber, 31, 3.0-16.

(134) Engler : Ber, 33. 1.090.

(135) Bertlielot : A. Chim. (3), 58, 426.

(136) Desalbres : Thèse Univ., Bordeaux, 1925, 36.

a : b ; c = 2,42142 : 1 : 0,8268

L'acide sulfurique déshydrate le sobrérol en don¬

nant le pinol (II), (voir plus loin); les variétés ac¬

tives conduisent à un pinol racémique.

Le sobrérol fixe 2 atomes de Br en solution acé¬

tique pour donner un dibromure (III) F. 131-132°

(142) qui, saponifié par le méthylate de soude, con¬

duit au pinol-oxyde IV, bouillant à 206-207°;

d20 ~ 1,0335; nn = 1,4568. Cet oxyde, par hydra¬

tation, donnera le pinol glycol V, f. à 124° (143)

oH I+28r

Br

+.C HOJCi +HO.

II III IV IV

sobrérol dibrom. du sobrérol pinoloxyde pinolglycol

L'oxydation permanganique du sobrérol conduit à la sobrérythrite, f. à 155-156° :

HO OH

OH

qui, par oxydation plus avancée, se transforme en

mélange d'acide terpénique et térébique (144).

L'acide chromique oxyde le sobrérol en oxyhy-

drocarbone dont l'oxime peut être transformée en carvone par l'action de l'acide sulfurique dilué.

OC

/X

4- 0 -K2Q

oK

©•XA.VujJr o carvorue CarYohjz

(137) Sobrero : C. B., 33, 66.

(138) Armstrong' : Chem. Ztg., 1890, 838; Soc., 59, 311.

(139) Wallach : Ann. d. Chem., 1890, 259, 315: 1896, 291, 351.

(140) Armstrong : Chem. Soc., 59, 311.

(141) Dupont : Les essences de térébenthine. Masson, 1924, p. 127.

(142) Wallach : Ann., 1896. 291. 353.

(143) Wagner : Ber., 1899, 32, 2065.

(144) Wagner : Ber., 1894, 27. 1648. 2270; Guinzberg : Brr., 1896, 29, 1195.

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