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Bulletin de l'Institut du Pin [1932, n°30] · BabordNum

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76

N° 30. (2e Série) Paraissant le 15 de chaque mois. 15 Jain 1932 .

Abonnement France... 35 fr.

.auBulletin (unan)

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Etranger. 50 fr.

Adresserlemontant des Abonnementsk l'Institut duPin. G. G. Bordeaux 9237

Le Numéro.

BULLETIN

DE

France.., 3f 50 Etranger. 5f »

L'INSTITUT DU PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

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SOMMAIRE

Pages I. Articles originaux Pages

A I 55 Notessurles Essences exotiques ou dépay¬

séesdans le Sud-Ouest et unepartie du Centre de la France, par M. Pierre

Buffault 127

B I 25 Tension de vapeur des mélanges d'essence de térébenthine et de colophane, par

Mlie M. H. Barraud 133

C I 95 Notes bibliographiques sur le pinène et les terpènes qui s'y rattachent par M.

G. Dupont (fin) 139

C I 96 Sur la composition de l'Essence du pinus longifolia. Les carènes a et [3, par M. G. DupontetM'10 M. Joffre 142 G I 18 L'Industrie du papier aux colonies, par

M. René Bouvier

II. Petite Documentation

D II 235-242 Petite Documentation 138

MODE DE CDHSSipiCflTION DE NOS DOCUjWEJlTS Généralités.

B. Bécolte et traitement des résines.

C. Essences de térébenthine, terpènes etdérivés.

D. Constituants solides des résines et leurs dérivés.

I Articles originaux. II Documentation.

E. Dérivés chimiques du bois.

F. Cellulose de bois.

G. Documents divers.

Adresser la Correspondance : INSTITUT BU FIN, Faculté ÔCS Sciences, 20, Courj Pasteur, BORBH^UX

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(2)

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(3)

fi° 30 (2e Sériel Paraissant le 15 dechaquemois. ld Juin 1932

BULLETIN

DE

L'INSTITUT DU PUsT

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

G i 18

L'ÉMe do Papier aoa colonies

Par René BOUVIER (*)

LES FIBRES COLONIALES

L'industrie de lapapeterie s'est adressée dès l'ori¬

gine à un grand nombre de fibres coloniales : mû¬

rier à papier, bambou, etc..., etc... Il en existe tou¬

tefois beaucoup d'autres auxquelles elle n'avait ja¬

mais songé et qui ont été étudiées, récemment sur¬

tout, d'abord par l'Ecole de Papeterie de Grenoble,

et également par plusieurs centres de recherches parmi lesquels nous devons citer le Laboratoire Gé¬

néral des Productions Coloniales dirigé par M. de

Heim. Donnons les noms de quelques-uns de ces

végétaux susceptibles de fournir des fibres, en les classant géographiquement :

Le douni ou palmier nain au Maroc, l'alfa en

Algérie, le dâ ou chanvre africain dans le bassin du Niger, le papyrus en Afrique Equatoriale. la ra- vinala à Madagascar; le jute, l'aloès, le ricin, les

roseaux, le rotin, l'abacca, la paille de riz, le tranh

ou herbe à papillottes, le loc-binh ou glaïeul bleu,

le bambou sous toutes ses formes, ce dernier étudié si magistralement par Mlle Camus, pour l'Indo¬

chine.

On a également songé à s'adresser à des essences (*) Communication faite au Congrès international du Bols et de la Sylviculture, Paris, 1931.

forestières, et les vastes peuplements de pins de

la Cochinchine et du Sud-Annam, situés dans la

région de Lang-Bian, justement dans le voisinage

de chutes d'eau importantes et régulières, ont fait espérer que nous pourrions produire dans notre Indochine des pâtes mécaniques et chimiques riva¬

lisant avec celles du Canada ou de la Suède.

Mais, ne nous égarons pas dans la brousse ou dans les forêts équatoriales. Cette flore abondante

et diverse, passée dans un lessiveur, fournit, il est vrai, de la fibre dont on peut tirer une feuille de papier sur machine. Mais la plupart de ces végé¬

taux croissent vite; ils ont plus de chair que de

nerf.

Parmi les plantes à faible rendement, nous trou¬

vons l'aloès, l'abacca, le ricin, le fameux loc-binh.

plante introduite en Indochine par les hasards

d'une exposition et qui a trouvé chez nous des

conditions d'habitat si favorables qu'elle a risqué

d'envahir tous les canaux, et même le papyrus. On

serait trop heureux si les dragages continus aux¬

quels elle oblige, entravant la circulation des jon¬

ques et même parfois celle des bateaux, pouvaient

en contre-partie alimenter une industrie. Mais, au¬

tant cuire des légumes; il n'y faut pas songer.

Le papyrus vert par exemple renferme 88 %

d'eau. S'il est rigoureusement sec, il donne un ren¬

dement de 40 %. Son rendement réel est donc le 40 % de 12 % si nous tenons compte de l'eau, soit 4,80 % seulement du rendement du végétal après

la coupe. Ce chiffre, à notre avis, est prohibitif.

Une seconde réserve s'impose :

11 faut que les peuplements du végétal auquel on

(4)

122 BULLETIN DE L'INSTITUTDU PIN 30 - Juin 1933

s'adresse soient suffisamment étendus et denses pour justifier la création d'une usine. Pour qu'une fabrique de pâte à papier soit viable, qu'elle cor¬

responde à une unité industrielle fonctionnant avec des rendements normaux, il convient au moins de

prévoir, et ce chiffre est très bas, beaucoup l'es¬

timeront même trop modeste, une production de pâte de 10 tonnes par jour. Supposons un rende¬

ment de 30 % : c'est donc journellement 35.000

kilos de végétal qu'il faut trouver dans le voisinage, acheminer, avant qu'il ait fermenté en route, à

travers des régions qui souvent manquent de main-

d'œuvre et qui ne sont pas aménagées pour per¬

mettre une circulation facile.

Au surplus, lorsque l'on établit l'estimation des tonnages à prévoirpour alimenter une usine, il faut

tenir compte du remplacement, c'est-à-dire des con¬

ditions de renouvellement des peuplements. En en¬

levant tout, vous risquez de permettre à d'autres

essences ennemies de s'implanter. Vous ne pouvez pascompromettre la situationd'une usine, en appa¬

rence bien placée au début, en allant rechercher

votre matière première toujours plus loin, à

« l'avancement », ce qui vous entraînerait, par dé¬

faut de prévoyance, à des distances où le transport

deviendrait prohibitif. C'est là une erreur que nous

avons vu commettre.

Mais, à ces observations sur le rendement et les réserves en végétal nécessaires, il faut en ajouter

une autre, de beaucoup la plus sérieuse de toutes : Dans la grande fermentation des régions chaudes,

les végétaux se chargent de résine, de matières colorantes, dont il est extrêmement difficile de les débarrasser; un lessivage mal réglé risquerait mê¬

me de fixer ces dernières sur la fibre. Il n'est pas, à notre connaissance, de fibres coloniales qui jus¬

qu'ici échappent à cette remarque.

Nous n'avons d'ailleurs nullement la prétention,

dans ce qui va suivre, d'exposer des principes abso¬

lus, car les progrès de notre industrie sont rapides

et la face des choses peut être complètement chan¬

gée. Mais, en l'état actuel, il a été impossible de

débarrasser suffisamment les végétaux dont nous

venons de parler des matières non cellulosiques qu'ils renferment, par un simple traitement méca¬

nique se rapprochant du défibrage que l'on fait su¬

bir aux résineux dans nos régions. On ne peut pas obtenir, sans attaque chimique, une pâte que l'on

incorpore directement au papier, pâte ordinaire il

est vrai, mais qui suffirait aux qualités bon mar¬

ché : impression et journaux. Les fibres coloniales

ont exigé jusqu'ici un traitement chimique, c'est-

à-dire un traitement coûteux.

Sans entrer ici dans l'examen do procédés nou¬

veaux qui n'ont pas encore pu être généralisés, rap¬

pelons que l'attaque chimique des végétaux peut

se faire de deux façons : on les traite ou bien au bisulfite de chaux, ou à la soude caustique, le pre¬

mier procédé étant moins cher que le second. Or,:

jusqu'ici, la quasi totalité des fibres coloniales, y

compris les pins du Sud-Annam dont nous par¬

lions plus haut, doivent être attaquées à la soude caustique.

Sans doute la soude possède-t-elle un cours mon¬

dial, mais son prix de base se trouve grévé de deux

facteurs qui ne dépendent pas des producteurs qui

la fabriquent : d'abord, un emballage coûteux, as¬

sez encombrant, qui ne peut pas resservir (il s'agit,

de cylindres en tôle), et ensuite le frêt.

Il ressort de ce que nous exposons que l'approvi¬

sionnement en soude indispensable au traitement

des fibres coloniales, qui intervient généralement

dans le prix de revient des pâtes pour un coeffi¬

cient très élevé, doit être examiné de près, car c'est

une question absolument essentielle.

S'il existait un procédé de fabrication de la soude

par l'électrolyse du sel marin qui fût bon marché,, pratique, si l'on pouvait produire ainsi une soude

même impure, même peu concentrée, convenant à

la fabrication du papier, le problème serait sans doute moins délicat. Cette solution paraît d'autant plus séduisante que l'électrolyse du sel produit en

même temps que la soude, du chlore, qui permet¬

trait d'obtenir à son tour du chlorure de chaux utilisé dans le blanchiment de la pâte. Une seule

fabrication annexe donnerait donc les deux pro¬

duits chimiques principaux dont on a besoin en

papeterie.

Nous ne voulons pas insister ici sur cette possi¬

bilité, confiants qu'un jour ou l'autre elle pourra, devenir une réalité. Il est regrettable que jusqu'ici

l'on n'ait abouti qu'à des résultats contestables, en

dépit d'essais industriels nombreux poursuivis avec tous les moyens voulus.

Une autre circonstance vient compliquer encore

(5)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN 30 - Juin. 1932 123

le problème : la quantité de soude à utiliser pour obtenir un lessivage suffisant est généralement très élevée. Citons-en, parmi d'autres, un exemple tout à fait caractéristique :

100 kilos de bambou donnent 38 kilos de pâte.

Or, le bambou demande à être traité avec 20 %

en soude du poids du végétal. En fin de compte,

l'on doit donc envisager la consommation de plus

de 50 % de soude du poids de pâte produite.

■Pour le papyrus, qui donnerait un rendement de 40 % (?), la proportion de soude, par rapport

au poids de matière absolument sèche, serait de 13 %. Donc, il faudrait 32 % de soude.

Pour l'alfa, les proportions sont du même ordre de grandeur.

On voit donc qu'il semble indispensable d'adjoin¬

dre aux usines de pâte à papier coloniales une ins¬

tallationpermettantderécupérer ces énormes quan¬

tités de soude, qui interdisent le travail « à soude perdue », puisqu'ainsi on peut rendre à nouveau utilisables jusqu'à 78 et même 80 % de la soude introduite d'abord dans le circuit de la fabrication.

Or, unetelle opération comporte d'abord unepre¬

mière évaporation pratiquée de préférence par des évaporateurs à multiple effet, puis une concentra¬

tion dans un four à calciner se consument les matières organiques et qui donne du carbonate de soude, enfin la transformation du carbonate de soude en soude caustique par un traitement à la chaux. Les immobilisations) entraînées par cette installation annexe ne sont pas loin d'approcher généralement les deux-tiers du coût d'une usine de

pâte elle-même.

En résumé, sans prétendre que la question ne pourra pas évoluer, bien loin de là, et que la situa¬

tion ne se présentera pas quelque jour de manière beaucoup plus favorable, pour le moment, lorsque

l'on examine, au point de vue industriel, les possi¬

bilités que les colonies offrent à la fabrication de la pâte à papier et du papier, on s'aperçoit que les procédés de traitement des végétaux tropicaux et sub-tropicaux sont coûteux, que l'on peut en retirer de belles fibres, mais que ces fibres, soit par leur prix, soit par leur qualité même, ne peu¬

vent avoir, au moins à l'exportation, qu'un débou¬

ché assez limité, parce qu'il faut les traiter à la soude, en prévoyant la récupération sur place de

cette dernière.

De deux choses l'une : ou l'usine se trouvera dans un pays consommateur et alors la pâte pourra être transformée en papier, ou bien cette pâte devra

être livrée en Europe. Dans ce cas, il convient

d'ajouterau prix derevient commandé parla soude, par le rendement, par les frais de coupe et de trans¬

port à l'usine, le coût du frêt, qui peut être assez élevé.

Les usines actuelles.

Mais, assez d'objections. Nous venons de citer

quelques-unes des nombreuses fibres coloniales uti¬

lisables, nous avons recherché sommairement le traitement à leur faire subir, voyons, et ceci par

régions, comment, en pratique, elles ont été jus¬

qu'ici utilisées.

a) Algérie. L'alfa, qui provient d'Algérie, de

Tunisie ou du sud de l'Espagne, n'est pas utilisé

sur place pour la fabrication du papier. Ce sont les Anglais, on le sait, qui ont commencé à en tirer parti; ils le faisaient venir en bottes et le traitaient dans les usines anglaises et écossaises, pour obte¬

nir ces belles qualités à la fois solides et fines dont ils sont amateurs, car l'Angleterre est le pays

l'on consomme encore les plus belles qualités, où

l'on ne recule pas devant les prix élevés, même pour le papier de correspondance courante.

Nous n'entrerons pasici dans le détail de la fabri¬

cation du papier d'alfa qui a fait l'objet d'études nombreuses et de grande valeur; examinons sim¬

plement, en nous plaçant au point de vue colonial, quelques aspects du problème :

On se pose immédiatement la question suivante : Au lieu de transporter l'alfa sous forme de végé¬

tal, ce qui représente un frêt inutile d'au moins 60 % du poids, pourquoi ne pas fabriquer la pâte

sur place.

Sur ce point, les Anglais ont formulé pendant longtemps une objection; l'alfa perdrait une partie

de ses qualités s'il est d'abord mis sous forme de

pâte et si cette pâte est reprise ensuite pour fabri¬

quer du papier. D'après les industriels que nous

avons consultés spécialement, il faudrait utiliser la fibre fraîche, à défaut de quoi le papier serait « car- teux». Au surplus, l'alfa « boutonnerait» plus faci¬

lement.

Cette objection ne paraît pas de grande valeur;

n

(6)

124 BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN 30 - Juin 1933

d'ailleurs, elle n'a pas arrêté les initiatives d'indus¬

triels et de savants. Des essais, ont été poursuivis

à deux reprises dans notre Afrique du Nord en vue de fabriquer sur place de la pâte d'alfa : l'un a échoué en raison du prix de la soude et de la mau¬

vaise qualité des eaux, l'autre peut-être pour des

raisons techniques. Ces échecs ne diminuent pas d'ailleurs, le mérite de ceux qui y ont consacré

leur travail ou leurs capitaux.

Toutefois, en Tunisie, un ou deux fournisseurs produisent une demi-pâte d'alfa, c'est-à-dire qu'ils

font subir à ce dernier un traitement partiel. L'éco¬

nomie sur le frêt que l'on recherche se trouve donc

ainsi en partie réalisée.

D'ailleurs on a fait beaucoup mieux. Un indus¬

triel français d'une compétence bien connue, M.

Colas, qui utilisait l'alfa pour ses propres besoins

dans ses usines, a créé en effet après la guerre, à

^orgues, une usine où l'on traite l'alfa Nord-Afri¬

cain, qui livre une excellente pâte à papier à la

consommation française, dans des proportions

croissantes.

b) Madagascar. Les fibres papetières sont

abondantes à Madagascar. Leurs peuplements tou¬

tefois sont-ils suffisants ? La consommation locale,

sur toute la côte Sud-Africaine, justifie-t-elle l'ins¬

tallation d'une papeterie; le prix de la soude n'est-

îl pas trop élevé ?

Il ne nous appartient pas de formuler un juge¬

ment, étant donné les études et les prospections à

biendes égards si sérieuses qui ont précédé la créa¬

tion d'une usine à papier située aux environs de Majunga. Disons simplement que les fibres aux¬

quelles les promoteurs de cette affaire ont spécia¬

lement songé sont : les feuilles de Satrabé et de Stramira (groupées sous le nom générique de Sa- tranas), donnant une excellente pâte de remplissage,

le rafia, la ravenala, et qui a permis de fabriquer

de l'excellent papier en France; accessoirement l'écorce de Lombira, liane à caoutchouc, de Von- taka que l'on a raprochée de la Ramie, etc...

c) Indochine. En Indochine, il existe une pape¬

terie appartenant à des Annamites, à Thu-Duc, aux environs de Saigon. Cette affaire a commencé par traiter de l'herbe à paillottes et de la paille de riz.

Depuis un incendie qui avait arrêté ses fabrica¬

tions, il semble qu'elle s'adresse maintenant pres¬

que uniquement à des chiffons ou à des vieux pa¬

piers.

Les Papeteries de l'Indochine possèdent au Ton- kin deux usines : une usine de pâte à papier située

à Viétri sur la Rivière Claire, traitant uniquement,

le bambou, dont la capacité de production est de

douze tonnes de pâte parjour. Cette usine est dotée

d'une installation de récupération moderne; elle se trouve donc bien placée au point de vue des prix de

revient. C'est actuellement la seule fabrique de pâte

à papier coloniale française importante, et c'est la.

seule usine au monde qui traite régulièrement le

bambou.

La papeterie se trouve à Dap-Cau, sur le Song- Co, dans la province de Bac-Ninh. Elle a toutrécem¬

ment doublée et peut produire 12 à 15 tonnes de papier par jour. Cette papeterie utilise une partie

de la pâte de bambou de Viétri, dont le solde est exporté, et d'autres fibres comme la paille de riz

et le tranh. Elle ne peut cependant se dispenser,,

pour certaines qualités, de s'adresser aux pâtes mécaniques et aux pâtes chimiques de la Suède.

Toutes les papeteries coloniales se trouvent d'ail¬

leurs dans le même cas.

La caractéristique de cette affaire est donc de

traiter pour les besoins locaux des fibres locales,,

dont la plus importante est le bambou.

En Algérie, lorsque l'on parle des immenses sur¬

faces recouvertes par l'alfa, on les désigne sous le

nom de « mer de l'alfa ». En Indochine, les peuple¬

ments de bambous du nord et de l'ouest du Ton- kin sont dénommés également « mer de bambous ».

Ces peuplements ne sont pas d'ailleurs inépuisables,

loin de là. Le bambou présente, en effet, cette par¬

ticularité de mourir lorsqu'il a fleuri; aussi de

vastes régions disparaissent-elles d'un seul coup pour se reconstituer peu à peu, ce qui exige quatre

ou cinq ans, et chaque fois le bambou perd du ter¬

rain, gagné par des espèces de végétaux à crois¬

sance plus rapide. En 1915, il fleurit dans la région

située entre Yen-Bay et Phu-Yen-Binh, en 1926, au nord de Yen-Bay, en 1929, au sud de Tuyen-Quang..

Chaque fois il fallut prendre des dispositions spé¬

ciales pour transporter entièrement les exploita¬

tions, étudier de nouveaux parcours, etc...

Le bambou,qui servait autrefoisàfaire des tablet¬

tes par lesquelles les Chinois communiquaient entre

eux, se trouve ainsi doublement à l'origine du pa-

(7)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN IY°30 - Juin 1932 125

qner. (Voir les remarquables études de M. Chavan- nes.) Mais il est aussi utilisé en Extrême-Orient à

des usagesmultiples, et saconsommation, endehors

de la fabrication de la pâte, est considérable, rai¬

son de plus pour ne pas tabler imprudemment sur des réserves illimitées.

Glissant sur les fleuves, les radeaux de bambous viennent s'amarrer le long des berges, celui de tête transportant généralement le propriétaire et sa famille, et forment ainsi de longs trains voyageant pendant plusieurs semaines pour être débités en¬

suite et servir à de multiples applications : habita¬

tions, charpentes, échafaudages, cloisons, palissa¬

des; embarcations légères faites enlanières de bam¬

bou tressées et enduites une fois terminées avec de la laque, ce qui les rend imperméables, leur donne

une grande légèreté et forme cette armature enaile¬

rons pittoresques et dentelée qui tient lieu de voile

sur les jonques.

A vrai dire nous rencontrons le bambou partout,

à chaque manifestation de la vie annamite : le voici

servant de canalisation, bout à bout, ou de récipient

pour le transport des liquides. Découpé, on l'em¬

ploie en vannerie, chapellerie, sparterie. On le re¬

fend et le débite pour le chauffage, et même, les

pousses de certaines espèces sont comestibles.

Revenant à la pâte à papier assez coûteuse en

raison de ses exigences en soude, elle est soyeuse,

souple; difficile à obtenir absolument blanche, elle possède un beau ton ivoire qui permet de fabriquer

des papiers simili Japon; feutrée, se collant bien,

elle est essentiellement une pâte fine que l'on peut

utiliser en Europe pour des applications spéciales,

et qui, entre les mains d'un bon praticien, permet

de réaliser de magnifiques papiers d'impression et

des papiers de luxe.

A côté du bambou, les Papeteries de Dap-Cau

utilisent également du tranh et de la paille de riz.

Nous parlerons àl'occasion des Indes Néerlandaises

de cette dernière, mais comme le tranh est particu¬

lièrement développé en Indochine, nous devons en dire ici quelques mots.

Le tranh (Imperata Cylindrica) est une graminée

que l'on appelle également en Indochine « herbe à paillottes », et à Madagascar, « Manvika ». C'est la brousse, cette brousse qui envahit si vite les plan¬

tations de caoutchouc si l'on n'y prend garde. La

fibre est solide; le rendement, de 31 %, est satis¬

faisant en raison de son très bas prix. Mais elle se blanchit mal; il est très difficile de la débarrasser des bûchettes qu'elle renferme, et, dans ces condi¬

tions, on lui fait actuellement subir un simple trai¬

tement à la chaux qui permet de l'utiliser pour des papiers d'emballage grossiers.

d) Hong-Kong. —- Après cette brève revue des papeteries coloniales françaises, nous croyons de¬

voir parler succinctement des autres fabriques de pâte et de papier existant actuellement dans les régions tropicales.

Dans l'île de Hong-Kong, à Aberdeen, se trouvait

une papeterie appartenant à des Chinois, qui pro¬

duisait du papier à base de paille, puis de chiffons,

et enfin de déchets de coton. Les papiers d'écriture

chinois non collés, d'une fabrication soignée, livrés

par cette affaire, trouvaient leurs débouchés dans

le sud de la Chine et en Indochine.

Il était vraiment curieux, dans Une île de surface aussi restreinte, de trouver une usine d'une certaine importance alimentée par une chute d'eau abon¬

dante. Ce véritable torrent à bassin de réception,

d'une superficie de quelques centaines d'hectares seulement, était alimenté par les averses régulières qui tombaient chaque jour sur le sommet de l'île.

Ce fut là d'ailleurs la cause dela fermeture de cette

fabrique. La ville de Hong-Kong, continuant à se

développer, ses citernes ne suffirent plus, et l'usine

fut rachetée et supprimée pour réserver l'eau aux besoins de la consommation.

e) Java. —- La « Paperfabrik » de Padalarang (petite ville de Java située entre Batavia et Ban- doeng), au capital de 2.500.000 florins, créée par

une banque de Rotterdam, et une importante pape¬

teriehollandaise, dans le but d'alimenter les besoins locaux, —- si mal pourvus pendant la guerre, s'est proposée d'assurer son autonomie complète,

elle a installé également, à côté de l'usine de pâte,

l'une de ces usines d'électrolyse du sel marin don¬

nant à la fois de la soude et du chlore dont nous avons parlé plus haut, et sur lesquelles nous ne re¬

viendrons pas.

Lapaille de riz fournit unebelle pâte deremplis¬

sage, un peu trop tendre, assez difficile à blanchir,

dont l'inconvénient principal, tout au moins pour l'Indochine, est d'être assez malpropre en raison du procédé de coupe des indigènes, qui enlèvent les parties inférieures de la tige chargées de boue.

(8)

126 BULLETIN LE L'INSTITUT LU PIN 30 -Juin 1932

La paille de riz renferme également des bûchet¬

tes dont il est assez malaisé de la débarrasser. Tou¬

tefois ces inconvénients sont moindres que pour le tranh, et les papiers produits par l'usine en ques¬

tion sont de fort belle qualité. Ceci tient, en partie,

à ce que la partie supérieure des tiges seule, c'est-

à-dire la pluspropre et la plus jeune, battue, libérée

des grains de riz et pressée en balles, est expédiée

à l'usine de Padalarang, qui semble avoir réussi à

obtenir ce triage.

On peut d'ailleurs réaliser encore, dans le traite¬

ment de la paille de riz, de grands progrès, et nous croyons savoir que des essais poursuivis en Loin-

bardie viennent de résoudre une partie des diffi¬

cultés rencontrées.

Ce qui caractérise cette affaire, c'est l'appui re¬

marquable que lui a donné le gouvernement des

Indes Néerlandaises. Il s'est montré, dans le domai¬

ne industriel comme pour les affaires agricoles,

d'une sollicitude particulière pour les entreprises

naissantes. Le gouvernement, en effet, s'est engagé

à acheter ferme à cette affaire pendant trois ans, à un prix élevé, une quantité importante de papier

pour les besoins de l'administration. En 1926, à l'expiration du premier contrat, un nouveau mar¬

ché a été conclu pour dix ans.

f) Indes. Les Indes renferment les plus an¬

ciennes des usines à papier coloniales, appartenant

à la Titaghur Paper Mills Co. L'une des usines est

située àTitaghur, près de Calcutta; elle acommencé

à fabriquer en 1884. L'autre, à Kankinara, fut mise

en marche dix ans après, en 1894. Ces usines mo¬

dernisées produisent 20.000 tonnes de papier par

an, alors que les autres usines des Indes fabriquent,

en totalité 28 à 29.000 tonnes.

Le matériel de ces affaires leur permettrait de produire toutes les qualités de papier; cette Société

s'est consacrée toutefois à la production des sortes

moyennes d'écriture, d'impression, et aux papiers

de couleur.

La base des fabrications est le sabaï-grass indien,, qui se rapproche du tranh, et qui présente les mê¬

mes caractéristiques, tout en étant plus facile à nettoyer. Comme Dap-Cau et Padalarang, l'affaire

utilise une assez forte proportion de pâtes Scandi¬

naves, proportion qui varie d'ailleurs suivant les

cours mondiaux. Cette Société songe depuis long¬

temps à utiliser le bambou; elle s'était équipée pour le traiter en grand, et elle projette d'y avoir à nou¬

veau recours, bien que les peuplements paraissent

un peu éloignés de l'usine.

Nous venons dans ce rapide aperçu, d'examiner

les diverses fibres coloniales dont l'emploi en pape¬

terie a été jusqu'ici envisagé. Nous n'avons pas, à

notre regret, pu citer beaucoup d'essences fores¬

tières, puisque celles-ci n'ont pas donné jusqu'ici

des résultats intéressants, à l'exception des bam-

busées.

Par ailleurs, nous avons dû formuler des réserves

qui peut-être... probablement seront levées demain.

HSfi attendant, nous l'avons vu, plusieurs usines ont entrepris ce travail de réadaptation d'une fabrica¬

tion aux lieux mêmes où elle a pris naissance, et

leurs efforts, en dépit des difficultés rencontrées,,

auront été méritoires et préparent bien l'avenir.

(9)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN 30 - Juin 1932 127 A i 55

Note sur les Essences

exotiques

ou

dépaysées dans le Sud-Ouest

et une

partie du Centre de la

France.

ParPierreBUFFAULT Conservateur des Eaux et Forêts (*)

I

La présente note a pour objet de présenter briè¬

vement, en raison des limites imposées aux rap¬

porteurs, les résultats plus ou moins

favorables

obtenus à ce jour dans les boisements ou reboi¬

sements d'une partie de la France avec les diver¬

ses essences étrangères à la station qui ont été em¬

ployées.

Les régions envisagées dans cette note sont : La région landaise, à la suite de laquelle nous

donnons en appendice quelques notes sur les Bas- ses-Pjnénées;

Le Périgord et l'Agenais;

Le Limousin et partie du Massif Central.

Les essences examinées se divisent en deux caté¬

gories : les dépaysées, espèces de France introduites

hors de leur aire naturelle, tel le mélèze; les exo¬

tiques proprement dites, telles les espèces d'Améri¬

que ou d'Asie.

Il ne s'agira ici que des essences d'allure fores¬

tière, à l'exclusion des arbres de parc et d'orne¬

ment. Mais, dans les régions considérées, ces essen¬

ces forment rarement des peuplements, sauf, dans

le Massif Central et le Limousin, l'épicéa, les pins

laricios et le mélèze. La plupartdu temps ces essen¬

ces ne constituent que des bouquets, ou sont mé¬

langés en très petite proportion aux essences spon¬

tanées de la station, ou sont encore dans le jeune âge. Il est donc impossible, en général, de donner

à leur égard des mensurations intéressantes ou si¬

gnificatives, des volumes à l'hectare et des accrois¬

sements. Ces éléments ne pourront être fournis que plus tard, lorsque les peuplements récemment créés

seront plus âgés ou lorsque les reboiseurs auront

constitué de véritables massifs avec les essences dont il s'agit.

II

REGION LANDAISE

À. Description général.

Partie sud du département de la Gironde, partie

nord de celui des Landes, partie sud-ouest de celui

de Lot-et-Garonne, forment un vaste triangle dont

la base est la côte de Gascogne, de la pointe de

Grave à l'embouchure de l'Adour, et dont le som¬

met se trouve à un coude de la Baïse, un peu au nord de Nérac. L'altitude y varie de 0 (au bord

de la mer) à 150 et même 180 mètres vers le som¬

met du triangle. Le sol est formé du sable siliceux caractéristique des Landes, souvent inondé en hiver

(sauf dans les dunes), sec et brûlant en été.

Le climat est le climat girondin, avec une tempé¬

rature moyenne de 13°, variant de —-10° (extrême

d'hiver, quelquefois —11°) à plus 35°. La lame

d'eau annuelle varie suivant les lieux de 600 à 1.400 mm., en moyenne elle est de 800. Les vents

dominants sont ceux du N.-O. au S.-O.

B. Enumération des espèces.

a) Essences dépaysées

Cyprès toujours vert. (Cupressus sempervirens L.

et var. fastigiata D. C.) Viennent sur les sables sili¬

ceux pas trop arides de la dune ou à sous-sol frais

de la lande et s'y réensemencent. (Au Moutchic,

forêt domaniale des dunes de Lacanau (Gironde), sujets nombreux de divers âges et ayant jusqu'à

0 m. 80 de tour.)

Pin sylvestre (Pinus sylvestris L.) Reste malingre

et souffreteux dans la dune. En stations fraîches de la lande se développe très bien et donne de beaux

arbres droits, s'il esten massif, avec semis naturels.

Dans la Gironde : à Castillonville, près Croix-d'Hins,

nombreux sujets ayant jusqu'à 1 m. 67 de tour et

1G mètres de hauteur totale; à Alexandre (intersec¬

tion de la route de Bayonne et de la route de Sau-

cats), les sylvestres ont une hauteur totale de 18

(*) Communication faite au Congrès international du Bois et de ia Sylviculture. Paris, 1931.

(1) V. Pierre Buffault, Arbres et cultures sur les sables de Gas¬

cogne, Bordeaux, 1908.

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