A2845. Une curieuse égalité
Pour tout entier n strictement positif, démontrer que la somme des parties entières par défaut des racines kième de n pour k = 2,3,…,n est égale à la somme des parties entières par défaut des logarithmes de n en base k pour k
= 2,3,..n.
En d’autres termes
(avec logkn le logarithme de n en base k et [x] la partie entière de x).
Solution proposée par Gaston Parrour
Dans la suite S1 = Σk [n1/k] et S2 = Σk [logkn] pour k = 2, … n La relation mentionnée est valable pour n entier positif.
N.B. Puisque l'énoncé met en jeu des sommes de k = 2 à n, en fait n > 1 strictement On peut procéder par récurrence, à savoir : relation vraie pour n = 2
relation vraie pour n>2 quelconque ==> relation vraie pour n+1 - Le premier point ci-dessus est évident : pour n = 2 ( donc k =2) on a
S1 = 1 et S2 = [log22] = 1
- En ce qui concerne le second point '' relation vraie pour n>2 quelconque ==> relation vraie pour n+1'', remarquons :
→ Étant donné un entier n, on fait appel respectivement aux parties entières par défaut de n1/k et de logkn Cela suggère d'encadrer n successivement par une suite de puissances de la forme
(2a2 , 2a2+1) (3a3, 3a3+1) ... (mam , mam+1) ... (nan . nan+1)
N.B. Les nombres de la forme mam de ces encadrements de n peuvent s'interpréter, de façon générale, soit comme kam , soit comme mk.
On est alors en mesure d'accéder aux parties entières figurant dans S1 et dans S2 → Je développe ici un exemple pour illustrer cela.
Avec par exemple n = 26 on a la suite d'encadrements :
24≤ n < 25 , 32 ≤ n < 33 , 42≤ n < 43 , 52≤ n < 53 , 61≤ n < 62 , … , 26 ≤ n < 262 (1) N.B. Inégalités larges à gauche et inégalités strictes à droite.
Remarques :
1 - D'une façon générale,
→ il est clair que pour tout n entier positif il existe un entier m, juste supérieur à sqrt(n), et donc pour lequel m1 < n < m2 (d'où les exposants ''k'' = 1 et 2)
Ensuite, pour tout m' > m jusqu'à m' = n , les exposants de l'encadrement sont inchangés
Ici, au-delà de l'entier m = 5 , les exposants ''k'' mis en jeu pour encadrer n sont bien ''1'' et ''2'') 2 - De façon analogue,
→ à partir d'une certaine valeur k0 , on ne peut obtenir k0ak0≤ n < k0ako+1 si l'exposant ak0 > 1 k0 est la première valeur k vérifiant k0² > n
Ici k0 = 6 Avec cela ,
La suite des encadrements de n donnés en (1) conduit à
→ l'élément de S1 indexé par k est le plus grand entier m qui satisfait à
mk≤ n < mk+1 (car la racine k-ième de l'inégalité large à gauche fournit alors [n1/k] = m ) En appliquant cela, avec (1) on obtient :
k 2 3 4 5 … 26
[261/k] 5 2 2 1 … 1 ( la valeur 1 se poursuit de k = 5 jusqu'à k = 26) Et ainsi S1 = 5+2+2+ [(26-5) + 1] x 1 = 31
→ l'élément de S2 indexé par k est l'exposant ak de l'entier k auquel est associé l'encadrement suivant kak≤ n < kak+1 (car le logarithme en base k de l'inégalité à gauche fournit alors [logkn] = ak) En appliquant cela, avec (1) on a
k 2 3 4 5 6 … 26
[logk26] 4 2 2 2 1 … 1 ( la valeur 1 se poursuit de k = 6 jusqu'à k = 26) D'où S2 = 4 + 2 + 2 + 2 + [(26-6) + 1] x 1 = 31
N.B. L'égalité précédente S1 = S2 pour (ici) n = 26 conduit alors à une égalité semblable S'1 = S'2 pour n' = n+ 1 = 27
En effet
- Tout d'abord avec 27 = 33 → un des encadrements (1) relatifs à n = 26 est modifié : 32 ≤ n=26 < 33 devient 33 ≤ n' = 27 < 34
Mais il est clair que ce changement affecte de la même façon S1 et S2
- A cela s'ajoute dans les 2 nouvelles sommes un terme supplémentaire du à l'indice k = 27 Mais, comme observé précédemment, dans les deux sommes ce terme supplémentaire est ''1'' Donc on a (à partir de S1 et S2 précédents) :
k 2 3 4 5 … 27
[271/k] 5 3 2 1 … 1 ( la valeur 1 se poursuit de k = 5 jusqu'à k = 27) Et ainsi S'1 = 5+3+2 + [(27-5) + 1] x 1 = 33
k 2 3 4 5 6 … 27
[logk27] 4 3 2 2 1 … 1 ( la valeur 1 se poursuit de k = 6 jusqu'à k = 27) D'où S'2 = 4+3+2 +2 + [(27-6) + 1] x 1 = 33
En résumé :
En passant de n à n+1 , (d'où un terme supplémentaire dans les sommes pour la valeur k = n+1) : - dans tous les cas il s'ajoute à chacune des sommes S1(n) et S2(n) le nombre ''1''
- si de plus l'exposant d'une des bornes inférieures des encadrements de n est augmenté (d'une unité) → les deux sommes initiales S1(n) et S2(n) en sont augmentées également (d'une unité)
Conclusion
Pour un entier n quelconque : l'exemple développé ci-dessus met en œuvre une approche qui se généralise directement ; l'utilisation d'encadrements [analogues à ceux donnés en (1)]
Avec cela les 2 points soulignés dans le résumé ci-dessus sont applicables.
→ La récurrence suggérée au commencement, peut donc s'établir en toute généralité, conduisant à S1 (n) = S2 (n) pour tout entier n> 1
N.B. Le choix de développer un cas particulier (le plus complet possible) a été fait ici pour ne pas masquer des points clefs de cette démarche par des notations générales rapidement trop lourdes.