ASSOCIATIONS
J’ai des soucis dans la teˆte... Et si on en parlait ensemble ?
«Avant je croyais que c’e´tait de ma faute... »
«Je croyais que j’e´tais le seula` faire c¸a... »
«J’y pense tout le temps, j’en ai marre ! » Autant de phrases leitmotiv qui, ressasse´es de consulta- tions en consultations, e´veillent l’attention des soignants et les ame`nent a` proposer quelque chose pour l’enfant et sa famille. Mais quoi ? La fac¸on dont on pre´sente la consultation avec le pe´dopsychiatre ou avec le psychologue va influencer lourdement la mobilisation des parents.
Alors, pourquoi ne pas proposer ce livret aux enfants (a`
partir de six ans) ? Il y trouvera, sous forme de petites bulles dessine´es, des situations de la vie courante anxioge`nes ou de´pressioge`nes, incompre´hensibles, ou conflictuelles. Le monde pulsionnel est bien la` : enfant qui ne peut s’empeˆcher de bouger, peurs immenses, haine, de´sir, jalousie... Les conflits ge´ne´rationnels, les perceptions bizarres, les fautes, les « beˆtises », les pense´es, les
questions, autant de difficulte´s qui s’accumulent pour l’enfant et qu’il affronte quotidiennement... Seulement, si la maladie s’en meˆle, si le choˆmage ou la mort sont au rendez-vous, l’enfant de´borde´ peut sentir que « les soucis prennent trop de place dans sa vie ». C’est alors que la proposition de rencontrer un psy est pre´sente´e par le livret comme la possibilite´ d’eˆtre e´coute´, d’essayer de comprendre et d’eˆtre aide´. Le psy est pre´sente´ simplement comme un psychologue ou un psychiatre, qui travaille dans un cabinet ou un centre de soins me´dico-psycholo- gique ou a`hoˆpital. Les re´actions diverses des enfants sont e´voque´es : peur d’eˆtre pris pour un fou, peur que le psy
« voit » dans les pense´es, peur que le psy ne se moque.
Psy est une abre´viation pre´sente´e sans guillemets ni point a` la fin du mot, il reste au masculin pour de´signer le genre neutre professionnel, il est repre´sente´ aussi bien par des femmes que des hommes, des blancs, des noirs.
Le psy est un personnage familier au contact direct et franc, un « docteur des soucis » a` la Franc¸oise Dolto qui rec¸oit l’enfant avec ses parents dans un premier temps, parle, e´coute, propose de dessiner, explique le secret professionnel et peut revoir l’enfant plus longuement afin que... « petit a` petit, tes soucis prendront moins de place, tu sentiras que c¸a va mieux ». Quelques mots a`
l’intention des parents (sur deux pages tout de meˆme) expliquent le distinguo entre psychiatres et psychologues et permettent de comprendre que la peur de consulter puisse eˆtre lie´e a` l’ide´e de « remuer » quelque chose dans le couple et la famille, admettent que la de´marche n’est pas si facile, mais insistent sur son be´ne´fice pour l’enfant comme ses parents.
Le terme de soucis semble parfois minimiser ou banaliser les « proble`mes » de l’enfant mais il donne un caracte`re qualitatif a` ce qu’il peut ressentir (les proble`mes pourraient eˆtre associe´s aux mathe´matiques et donc a`
des aspects plus objectifs). Le livret, agre´ablement colore´
ne montre d’ailleurs pas que les soucis de la vie. Une double page est heureusement consacre´e aux bons moments ; rire, tendresse, de´tente, liberte´, amitie´, feˆtes, satisfactions a` l’e´cole, partage avec un adulte... Cette partie positive de la vie est importante car sinon l’enfant pourrait concevoir la vie comme bien sombre et associer les soucis a` la maladie ou a` l’e´chec. Les soucis sont donc relativise´s et ge´ne´ralise´s, « tout c¸a, c’est de´sagre´able. Mais
Livret destine´ aux enfants et a` leurs parents re´alise´ par l’association Sparadrap 48, rue de la Plaine, F-75020 Paris, France Te´l. : 01 43 48 11 80
Site web : www.sparadrap.org Psycho-Oncologie (2007) Nume´ro 1: 64–65
©Springer 2007
DOI 10.1007/s11839-007-0012-6
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com
avoir des soucis fait partie de la vie ». Deux indicateurs sont donne´s aux enfants : la quantite´ de soucis et leur place dans la vie. Le livret est en comple`te interaction avec l’enfant puisqu’il lui pose des questions directes et qu’il s’adresse toujours a` lui en lui proposant de re´pondre directement (« dans sa teˆte »). Les parents ont aussi leur part d’explication et sont parfaitement campe´s dans leur importance, leur responsabilite´ et leur roˆle majeur d’aide pour l’enfant (leur place n’est pas usurpe´e ou de´nie´e).
Ce livret de 19 pages est donc une excellente entre´e en matie`re dans la re´flexion sur les difficulte´s de la vie et les moyens de s’en sortir en acceptant de rencontrer un professionnel de la psyche´. Il devrait figurer dans toute les salles d’attente de me´decins ou parame´dicaux, dans les centres d’aide sociale, DANS LES E´COLES, dans les services hospitaliers et bien suˆr en cance´rologie adulte et pe´diatrique ou` il sera utile aussi bien aux consultants et a`
leurs familles qu’aux soignants qui y trouveront un certain nombre d’arguments pour proposer une consultation psychologique ou pe´do-psychiatrique a` un enfant et a` sa famille.
Encore une fois bravo a` l’association Sparadrap qui dispose de tout un catalogue de livrets destine´s aux enfants (pompe a` morphine, migraine, allogreffe de moelle), de posters (douleur, masque lors de l’anesthe´sie), de films (relaxation, douleur chez l’enfant handicape´), de fiches explicatives (fibroscopie, ponction lombaire) et aux soignants (garrot pour ne pas pincer la peau des enfants, utilisation du saccharose a` vise´e antalgique en ne´onatalo- gie) et bien d’autres propositions encore !
Marie-Fre´de´rique Bacque´
Pr de Psychopathologiea`l’Universite´
Louis-Pasteur de Strasbourg E´diteur en chef de la revue Psycho-oncologie
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