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Bulletin de l'Institut du Pin [1933, n°43] · BabordNum

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767

N°43. (2e

Série)

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15 Juillet 1933

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L'INSTITUT DU PIN

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Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

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SOMMAIRE

Pages

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I. Articles originaux

B I 28 Les Qualités marchandes de la gemme, de l'essence de térébenthine et de la

colophane, par Mlle Barraud (d suivre). 129

D I 54 Les Agents mouillants dans les bouillies cupriques, parM. R. Rouayroux 138

Pages G I 24 Tension superficielle et phénomène du

mouillage dans l'industrie du textile, par M. L. Desalbres(fin) 141

Le Contrôle des produits fournis par l'industrie

résinière 186

-J

MODE DE CLASSIFICATION DE NOS DOCUMENTS A. Généralités.

B. Récolte et traitement des résines.

C. Essences de térébenthine, terpènes et dérivés.

D. Constituants solides des résiliés et leurs dérivés.

I Articles originaux. IIDocumentation.

E. Dérivés chimiques du bois.

F. Cellulose de bois.

G. Documents divers.

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H° 43 (2e Sériel Paraissantle15cle chaquemois. 15 «Juillet 1933

BULLETIN

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L'INSTITUT DU PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

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B i 28

Les Qualités Marchandes

DE LA

gemme, de Feséenee de térébenthine

ET DE LA

colophane

o

Par MIle BARRAUD, Docteur es sciences,

Chef de travaux àl'Institut du Pin.

INTRODUCTION

On récolte la gemme en vue de séparer par distil¬

lation, d'une part le constituant liquide volatil, Vessence de térébenthine, d'autre partle constituant

fixe solide, les acides rësiniques. Ces acides se trans¬

forment plus ou moins complètement pendant la

distillation que l'industrie fait subir à la gemme et constituent la colophane. Si nous considérons

que l'essence de térébenthine et les acides résini-

ques sont des produits fragiles, instables, facile¬

ment iso'më.risables et oxydables, on se rend compte

immédiatement que la qualité des produits mar¬

chands obtenus à partir de la gemme, dépend essen¬

tiellement du degré de pureté de la matière pre¬

mière et par suite de son mode de récolte, du pro¬

cédé de distillation employé, enfin du stockage ou

(1) Conférence faite à la Journée forestière du 2G juin 1933, organisée par la Fédération, cles Syndicats de Produits résineux

et du Bois de Pin des Landes.

de l'emballage plus ou moins parfaits des produits

marchands.

I. La Gemme.

Si l'on entaille l'écorce d'un pin en mettant l'au¬

bier à nu, on voit bientôt perler à la surface de la plaie des gouttelettes incolores d'un liquide pois¬

seux et brillant. Si on rassemble ces gouttelettes

dans un récipient, on obtient au bout de quelques jours une masse pâteuse cristalline, présentant l'as¬

pect d'un miel blanchâtre, d'odeur basalmique agréable, qui constitue la gemme.

La gemme pure est une dissolution incolore fluide, d'acides résiniques dans l'essence de térében¬

thine. La gemme ordinaire doit son aspect à la pré¬

sence d'une multitude de cristaux d'acides résini¬

ques qui se déposent peu à peu dans la masse qui s'épaissit égalementpar évaporation'partielle à l'air,

de l'essence de térébenthine.

Sans entrer dans les détails du mécanisme de la sécrétion résineuse, nous dirons qu'il existe deux

sortes d'écoulement. Un écoulement physiologique

de la résine existant dans l'arbre au moment où la blessure est faite, et qui s'arrête très rapidement;

un écoulement pathologique qui ne se produit que

quelques jours plus tard, grâce à la prolifération

de cellules résinogènes qui prennent naissance dans

la couche annuelle du bois au-dessus de la plaie

et cèdent leur résine au fur et à mesure que le

gemmeur avive la plaie par les piquages successifs.

On récolte la gemme dans le pot de terre Hugues, placé à la base de la « carre » ou plaie de l'arbre.

La gemme s'écoule d'avril à octobre le long de la

(4)

130 BULLE1IN DE L'INSTITUT DU PIN 43 - Juillet 1933

carre et le trajet augmente, à mesure que la sai¬

son s'avance, la plaie s'allongeant à chaque piquage qu'opère le résinier. L'essence de térébenthine s'éva¬

pore, s'oxyde; les acides résiniques s'oxydent et jaunissent, durcissent le long de la carre en cons¬

tituant le barras, ou gemme durcie. Les poussières

se collent sur cette large cicatrice, l'eau de pluie

ruisselle et pénètre dans le pot qu'elle fait déborder, parfois, en entraînant la gemme molle surnageante.

Voici pourquoi les rendements sont affaiblis et la

raison pour laquelle la gemme que le résinier porte

à l'usine est souillée d'impuretés. Une carre fournit

en moyenne 1,8 1. de gemme par an contenant 20 %

d'essence de térébenthine, 70 % de colophane, 10 % d'impuretés. Une gemme pure contient environ

33 % d'essence de térébenthine. On est donc loin,

en pratique, des rendements théoriques.

Il est bien évident que le procédé de gemmage le

meilleur consisterait à recueillir la gemme, à l'abri

de l'air, en évitant par suite de la souiller d'eau et d'impuretés solides, sable, aiguilles de pin, écorces,

insectes et de la laisser au contract de l'oxygène de -

l'air qui agit très rapidement sur ces constituants

en les transformant. Les tentatatives de récolte à l'abri de l'air ontété très nombreuses, mais, jusqu'à présent, si elles produisent des produits remarqua¬

bles, elles ne donnent pas de résultats pratiques

satisfaisants.

Le procédé Gilmer, procédé américain a été ex¬

périmenté en 1920, dans les Landes. Il a fourni des échantillons de gemme pure qui font, aujourd'hui

encore, l'admiration de ceux auxquels on les mon¬

tre. La gemme.précieusement conservée dans des

bouteilles bien bouchées est restée fluide et très blanche. Jusqu'à présent, on peut en dire autant,

pensons-nous, du procédé Bellini sur lequel beau¬

coup avaient fondé de gros espoirs. Ce procédé uti¬

lise une carre certainement plus productrice que les trous du procédé Gilmer, mais encore insuffi¬

sante pour donner un rendement acceptable. Un

nouveau procédé ne pourra d'aiîleur être substitué

au procédé actuel, que lorsque des essais contrôlés,

menés sur plusieurs saisons résinières entières et comparativement avec le procédé actuellement en usage, assureront aux intéressés des rendements suffisamment avantageux pour permettre de subs¬

tituer un appareillage nouveau au pot actuel, même

si la nouvelle exploitation doit être plus coûteuse.

En attendant les perfectionnements à venir qui

fourniront la gemme pure idéale, il est des précau¬

tions qui doivent être prises ou peuvent être prises

pour fournir aux usiniers une gemme de bonne qualité.

Une gemme normale (recueillie par le procédé Hugues), contient moins de 8 % d'eau; une gemme mouillée contient de 8 à 12 % d'eau. L'acheteur doit déduire du poids de la gemme l'eau en excès.

Une gemme fraudée contient plus de 12 % d'eau.

Le fraudeur peut être poursuivi.

Un barras normal contient 4 % d'eau.

Un barras mouillé contient de 4 à 8 % d'eau.

Un barras fraudé en contient plus de 8 %.

Les impuretés solides ou griches ne doivent pas

dépasser 2 % de la gemme normale.

Le contrôle de la gemme se fait de plus en plus

à l'arrivée de l'usine. Après un brassage soigneux

de la masse, on prélève un échantillon moyen dans

la barrique. La gemme est dissoute à chaud dans Fessance de térébentine, filtrée sur un tamis qui

retient les impureté solides, tandis que l'on re¬

cueille le liquide dans une ampoule dans le fond gradué de laquelle se rassemble l'eau dont on lit

directement le volume (1).

Il est bien entendu que le résinier doit veiller à

9

éliminer le pins possible, l'eau contenue dans les pots et les grosses impuretés solides.

Une amélioration intéressante de la gemme serait

certainement obtenue au double point de vue ren¬

dement et qualité, en relevant le pot à chaque

amasse et en couvrant le pot avec une planchette.

De vieux résiniers m'ont confié que « ça se faisait

autrefois ». Nous aimerions voir quelques proprié¬

taires appliquer à nouveau ce procédé simple, dans

leurs propriétés, et nous confier leurs réflexions, à

ce sujet, après une saison résinière.

Tout le soin voulut est-il apporté dans le stoc¬

kage de la gemme ? J'ai eu souvent l'impression qu'on pouvait faire mieux, pour la protéger contre

les poussières, l'oxydation et l'évaporation, en at¬

tendant qu'elle subisse le téréhenthinage.

Cette gemme dont je viens de vous entretenir et

que nous travaillons tous à obtenir plus pure, est

la matière première de l'industrie résinière.

On distille encore quelques fois la gemme brute,

dans un alambic chauffé à feu nu. C'est la distilla¬

tion à cru. On purifie en général la gemme avant de

(1) S'adresser à la Société d'études et d'application pour le progrès de l'industrie résinière, 20, cours Pasteur, à Bordeaux.

(5)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN 43 Juillet 1933 131

la distiller. C'est l'opération dite du « térébenthi- nage » qui fournit une gemme, débarrasée d'eau et d'impuretés, appelée térébenthine. On sépare par différence de densité la gemme fluidifiée par la cha¬

leur et filtrée pour retenir les griches, de l'eau qu'elles contient. L'opération est facilitée en aug¬

mentant la densité de l'eau, par addition d'un sel minéral, chlorure de sodium ou sulfate de soude

ou en abaissant celle de la gemme, par addition

d'essance de térébenthine. Ce térébenthinage doit

se faire à une température aussi basse que possible

et aussi rapidement que possible, afin d'éviter que la térébenthine ne se colore par contact à chaud

avec les impuretés solides. Il faut cependant chauf¬

fer suffisamment, si on n'ajoute pas d'essence, pour éviter par refroidissement dans les bacs de décan¬

tation, les cristallisations d'acides de la gemme.

Certains industriels ajoutent du gaz sulfureux au

térébenthinage, pour améliorer la teinte des pro¬

duits secs. Il y a lieu d'être prudent dans cette addi¬

tion! en général la doseestde 1 kilo parmachinée) : il faut éviter d'attaquer les appareils et de souiller

la térébenthine par des sels métalliques qui colore¬

raient par la suite les produits secs, en perdant tout l'avantage de l'emploi de SO2.

Le térébenthinage idéal et qui, à mon sens, n'est

pas inapplicable, c'est le térébenthinage à froid qui

devrait pouvoir s'appliquer facilement au moins

aux gemmes molles des premières amasses. On flui¬

difierait la gemme par une forte addition d'essence

de térébenthine; après un bon brassage, une filtra-

tion rapide retiendrait la partie non fluidifiée qui

serait traitée à chaud, pour constituer une térében¬

thine de deuxième jet.

Des essais de térébenthinage par centrifugation

ont été faits plusieurs fois sans succès; des essais

dans ce sens seront encore tentés prochainement.

La térébenthine est très souvent souillée dans les bacs de décantation par la rouille provenant des appareils. Il faudrait de plus en plus tendre à pro¬

téger le métal contre les attaques de la térében¬

thine; des enduits à base de bakélite, insolubles

clans l'essence de térébenthine, ont été expérimen¬

tés, non seulement au laboratoire, mais dans des

usines de la région, et semblent devoir donner des

résultats très intéressants, au moins au-dessous de 50°.

La distillation de la térébenthine ne peut se faire

directement, car à 184°, température d'ébullition

d'une térébenthine normale, contenant 25 % d'es¬

sence et 75 % de colophane, les acides commencent

déjà à se pyrogéner et à souiller par suite, l'essence

de térébenthine, des produits de leur décomposi¬

tion. On abaisse la température de l'opération par addition d'eau entraînant l'essence ou en distillant clans le vide. On emploie des appareils discontinus

ou continus. Le chauffage se fait encore quelque¬

fois à feu nu, mais le plus souvent par la vapeur surchauffée; on comprend 'que le procédé de dis¬

tillation employé ait une influence considérable sur la qualité des produits obtenus, selon qu'il permet

une température de chauffe plus ou moins basse,

une durée plus ou moins longue de l'opération.

Prenons un exemple concret :

La distillation rapide à température suffisam¬

ment élevée est la meilleure; elle est encore meil¬

leure et si elle se fait en distillation continue : ce

mode de distillation évite en effet ces bouffées d'es¬

sence jaune foncé (qui devient vert foncé à l'air),

d'essence acide, obtenue au départ de chaque ma¬

chinée, des systèmes discontinus, et provoquées par le nettoyage du chapiteau de l'alambic et du ser¬

pentin de cuivre souillés par les essences acides de queues de distillation de la précédente opération

et oxydées pendant l'arrêt de la distillation. Ces

essences titrent jusqu'à 10 grammes d'acidité par kilo et souillent facilement le stock d'essence. Il faut donc suivre parfaitement l'opération en dosant

l'acidité de l'essence avec les appareils simples con¬

çus à cet effet et éliminer les essences colorées et

acides (1).

On recueille à la sortie de l'alambic l'essence de térébenthine et l'eau d'entraînement (dûment con¬

densés dans le serpentin) dans un bac florentin,

d'où l'essence est envoyée dans des bacs de repos,

après s'être débarrassée des dernières traces d'eau,

en passant à travers un filtre à sel marin. La colo¬

phane restant dans l'alambic est coulée dans des wagonnets à travers des filtres de toile métallique

très fine retenant le poivre ou impuretés tenues

•non éliminées par le térébenthinage.

Examinons les propriétés de l'essence de téré¬

benthine et de la colophane au point de vue mar¬

chand.

(1) S'adresser à la Société d'études et d'applications pour le prôgrès de l'industrie résinière, 20, cours Pasteur, à Cordeaux.

(6)

BULLE1IN DE L'INSTITUT DU PIN 43 - Juillet 1933

II. Essence de térébenthine.

Le commerce de l'essence de térébenthine et des

produits à base d'essence de térébenthine est enlin parfaitement réglementé par la loi du 30 décem¬

bre 1931 (article 1er) et par décret du 4 octobre 1932, portant règlement d'administration publique

pour l'application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes, en ce qui concerne le com¬

merce de la térébenthine et des produits résineux.

Voici l'article 1er de ce décret :

« L'essence de térébenthine est un liquide inco¬

lore dont la densité n'est jamais inférieure à 0,860,

à la température de 15° centigrades; elle se com¬

pose de terpènes; elle commence à bouillir sous la pression de 760 mm. de mercure, à une tempéra¬

ture supérieure à 152° et doit fournir à la distil¬

lation au moins 80 % de son poids au-dessous de

170" centigrades.

« Conformément à l'article 1er de la loi du 30 dé¬

cembre 1931, elle doit provenir exclusivement et

directement de la distillation, à une température

inférieure à 180°, des sucs oléorésineux obtenus par gemmage des diverses variétés de pins vivants. Le

gemmage est l'opération qui consiste à provoquer l'écoulement des sucs oléo-résineux du tronc de l'arbre vivant par une entaille ou tout autre moyen, et à récolter ces sucs plusieurs fois dans la saison.

Les dénominations « gemmes» et « térébenthine » sont réservés aux produits ainsi obtenus.

Cet article est lui-même complété par une circu¬

laire aux agents du service de la répression des fraudes; cette circulaire rappelle les propriétés de

l'essence de térébenthine définie par le Congrès de

chimie de Bordeaux, en 1924, sur le rapport du Syndicat des chimistes experts, dans un esprit très large quant à l'acidité, le résidu après distillation

dans le vide à 170° et surtout en ce qui concerne la coloration de l'essence. Le Conseil d'Etat a bien fait de n'admettre comme essence pure, que l'es¬

sence «incolore », nousverronspeut-être partirvers l'étranger moins de ces essences verdâtres et jau¬

nâtres qui étaient une publicité désastreuse pour l'essence de Bordeaux, comparée désavantageuse-

ment aux essences américaines, espagnoles et por¬

tugaises, toujours livrées incolores et limpides

comme de l'eau !

Commentons la définition de l'essence de téré¬

benthine :

Cette définition s'applique à toute essence de té¬

rébenthine provenant d'une gemme fraîche, recueil¬

lie sur un arbre résineux vivant, d'origine française

ou étrangère.

L'essence de térébenthine est elle-même un mé¬

lange de produits chimiques : 90/95 % de terpènes,.

10/15 % de produits de queue, contenant des ëthers

des alcools, des sesquiterpènes et des produits d'oxydation. La valeur marchande d'une essence de

térébenthine est basée sur la proportion de terpè¬

nes (pinène, nopinène seuls ou on mélange) qu'elle

contient et parfaitement déterminée par les con¬

ditions prescrites pour la densité et la portion de

90 % distillabîe au-dessous de 170°. Ce sont ces ter¬

pènes, pinène et nopinène par exemple, dans l'esr sèncc de térébenthine de Bordeaux qui communi¬

quent à l'essence leurs propriétés propres.

Propriétés physiques. Point d'ébullition, den¬

sité, couleur, odeur, viscosité, propriétés dissolvan¬

tes.

Propriétés chimique. Fixation facile de l'oxy¬

gène de l'air en s'épaississant pour constituer l'es¬

sence grasse, et faculté de se transformer par des

réactions chimiques délicates, en produits de syn¬

thèse de grande valeur industrielle : camphre syn¬

thétique, terpine, terpinéol. Pour être marchande

par exemple, l'essence de térébenthine du Pinus longifolia des Indes doit être redistillée, de ma¬

nière à éliminer environ 65 % de son poids cons¬

titué par le carène et le lôngifolène qu'elle contient

et dont la présence fait sortir l'essence entière des

limites tolérées pour les essences marchandes. De plus, le carène est inapte à la fabrication des pro¬

duits de synthèses.

Pendant la distillation de la térébenthine, de la colophane peut être entraînée mécaniquement, une surchauffe peut se produire provoquant une décom¬

position partielle de la colophane et par suite le

passage de quelques huiles dans l'essence de téré¬

benthine. Ce défaut a plus de chance de se pro¬

duire dans les distillations à cru et à feu nu.

Une essence de térébenthine peut contenir 2,5 %

de son poids de ces produits dits adultérants nor¬

maux. La proportion de colophane se trouve stric¬

tement limitée par l'acidité maximum tolérée, soit

1 gr. 5 de IvOH par kilo, quantité de potasse néces¬

saire pour saturer 8,82 gr. de colophane, en pre¬

nant pour indice d'acide de la colophane, 170 mgr.

(7)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN 43 - Juillet 1933 133

(de KOH par gr.). A la livraison d'une fourniture

d'essence trop acide, contenant donc de la colo¬

phane en excès, l'acheteur est en droit de demander

une réfaction de prix correspondant à l'excédent

de colophane introduit dans l'essence.

Vous me demanderez le remède contre l'acidité.

Je vous en ai déjà donné un, le moins coûteux : séparer les bouffées d'essence acide en tête et en queues de distillation; elles seront redistillées avec le brai noir; mais un moyen de désacidifier remar¬

quable consiste évidemment à redi.stiller l'essence seule, dans l'alambic; il faut, bien entendu, régler

la distillation qui n'a plus la même allure qu'avec

une térébenthine. Nous étudions en ce moment un

filtre à carbonate de soude qui donne des résultats

très satisfaisants au laboratoire, mais qui doit être

mis au point pour débiter industriellement avec

une vitesse suffisante, l'essence désacidifiée.

Beaucoup d'essences de térébenthine passent en- Ire nos mains, et nous croyons devoir rassurer les

Landais quant à l'acidité de l'essence de Bordeaux.

Nous ne trouvons pas 10 % d'essences trop acides,

c'est-à-dire dont l'acidité dépasse 1 gr. 5 par kilo.

Cette limite tolérée est donc très large quoi qu'on

ait pu dire, je dirais même trop large puisqu'on

admet seulement 1 gr. pour l'essence américaine.

Les Landais sont de bons fabricants; ils peuvent

faire régulièrement des essences à moins de 1 gr.

d'acidité, en prenant quelques précautions élémen¬

taires.

La coloration de l'essence de térébenthine in¬

quiète souvent les industriels.

L'essence est quelquefois opaque; cette opacité

est due à des traces d'eau que le filtre à sel n'a pu retenir, qu'un séjour trop court au bac de repos, n'a pas permis de laisser déposer, et qu'un rafraî¬

chissement de la température, dans le transport

souvent, a fait condenser dans la masse en la lou- chissant.

Une essence peut être jaunâtre, soit par la pré¬

sence d'une proportion excessive de colophane, soit

par oxydation pendant le vieillissement. Les essen¬

ces provenant du barras, gemme fortement oxydée,

sont souvent colorée. Fréquemment la teinte jam

nâtre est due à la présence de fer dissous par les

acides organiques contenus dans l'essence conser¬

vée dans des bidons ouciternes métalliques rouillés,

mal nettoyés. Ce défaut disparaît par agitation de

l'essence avec une solution d'acide sulfurique à

10 % dans des barriques de bois, et décantation, ou par filtration à travers des filtres contenant des cristaux d'acide oxalique qui fixent les sels de fer.

Le meilleur remède à ce défaut est encore de pein¬

dre l'intérieur des réservoirs métalliques à l'aide

d'une peinture insoluble à froid, dans l'essence de térébenthine.

Nous vous recommandons particulièrement, la peinture à base de bakélite que je vous ai déjà si¬

gnalée et qui a subi au laboratoire une épreuve de plus de deux ans, soit sur métal, soit sur ciment,

sans se dissoudre dans l'essence de térébenthine.

L'essence verte doit sa coloration aux sels de cui¬

vre dissous pendant l'arrêt de la distillation par les

traces d'essence restant dans le serpentin de cuivre,

et entraînés lors du passage de l'essence fournie par la première machinée. Cette essence verte doit être réservée par le fabricant qui la redistille a\ec des térébenthines de qualité inférieure et évite ainsi

de souiller l'essence incolore.

Le commerce des essences vieilles donc oxydées,

et par suite un peu denses quelquefois légèrement jaunâtres, souvent trop acides, est protégé par la

tolérance d'un résidu de 50 gr. par kilo après dis¬

tillation sous le vide à 170°.

L'essence de térébenthine est susceptible en effet,

nous l'avons dit, de fixer facilement l'oxygène de l'air, en s'épaississant et formant ce que l'on ap¬

pelle l'essence grasse. Cette essence grasse cède

une partie de son oxygène à l'huile de lin dont elle

active ainsi la siccativation en favorisant le séchage rapide de la peinture.

D'autre part, cette essence grasse demeure dans

la peinture ou le vernis dilué à l'essence de téré¬

benthine, en leur donnant du corps, de la souplesse,

de la résistance, en un mot en améliorant leur qua¬

lité et leur durée. Lhie essence de térébenthine par¬

tiellement oxydée contient le catalyseur d'autoxy-

dation permettant à l'essence entière de se trans¬

former peu à peu en essence grasse. Voilà pour¬

quoi la circulaire tolère un résidu pouvant aller jusqu'à 50 gr. par kilo après distillation dans le

vide à 170° dans des essences légèrement oxydées,

sans incriminer de fraude le vendeur. Ces essen¬

ces devraient être recherchées dans les emplois

comme solvant, au moins pour les peintures.

Il est bien entendu que le fabricant de produits synthétiques, camphre, terpine, terpinéol, doit exi¬

ger, à l'inverse des fabricants de peintures et vernis,

(8)

BULLMIN DE L'INSTITUT DU PIN 43 - Juillet 1933

des essences fraîches contenant le maximum de

terpènes, donc le minimum de colophane, d'huile

de résine, de produits d'oxydation, tous ces pro¬

duits étant inertes dans les synthèses dont ils abais¬

sent les rendements en compliquant les fabrica¬

tions, par l'augmentation des sous-produits.

III. La ÇkdGjphane.

11 n'existe pas de définition officielle des produits

secs. La colophane est un mélange des produits

d'isomérisation plus ou moins avancée, provoquée

par la chaleur pendant la distillation, des acides

résiniques de la gemme, en acide abiétique.

C'est un acide. Son indice d'acide (en moyenne de 170 mgr. de KOH par gr.) est d'autant plus fort

que la colophane est plus dure et contient moins d'insaponifiablé. Cette acidité moyenne correspond

à la présence de 91,7 % d'acide abiétique C20H30G2

et 8,3 % d'insaponifiablé.

Elle se présente sous la forme d'une masse vi¬

treuse, transparente, cassante dont la coloration va¬

rie du jaune pâle au brun foncé presque noir. Elle

se ramollit vers 85°. Il existe une gamme officielle

des grades de la colophane, en verre, sur laquelle

se basent à l'heure actuelle, presque tous les mar¬

chés (1). Cette gamme comprend, pour les colopha¬

nes pâles, les grades français 7A, 5A, 3A, 2A, Y, X, pour les colophanes claires, brai clair et brai noir, les grades américains WW, WG, M. N. K, I, H, G, F, E. L'échantillonnage doit se faire sur cubes tail¬

lés de 22 mm. de côté.

Le grade de là colophane dépend tout d'abord de

la nature de la gemme employée. La gemme récol¬

tée à l'abri de l'air fournit à la coulée, une colo¬

phane presque incolore. Les gemmes de premières

amasses fournissent des colophanes pâles. Au fur

et à mesure que la saison s'avance, la qualité de la gemme diminue, nous l'avons vu; les produits secs

perdent des grades. Le grèpe, térébenthine de qua¬

lité inférieure contenant la « pousque » ou impu¬

retés très ténues, recueillie au moment du téréhen-

thinage, à la limite de séparation de la térébenthine

et de l'eau fournit le brai noir.

La coloration de la colophane et sa qualité dé¬

pendent également du procédé de distillation cm-

(1) E<i vente è la Société d'études et d'application pour le progrès de l'industrie résinière, 20, cours Pasteur, à Bordeaux.

ployé. Les produits secs provenant de la distilla¬

tion àcru sont colorés par contact à chaud avec les impuretés solides et les surchauffes possibles. Les procédés à la vapeuretau vide donnentau contraire des produits clairs. Il importe de toute façon de filtrer la colophane, à la coulée, sur des tamis très fins, afin de retenir les impuretés ténues que le téré- benthinage a laissé échapper, et qui, dans la colo¬

phane, constituent « le poivre ».

La teinte rougeâtre des colophanes est souvent

due au fer dissous par la térébenthine au cours de

ses périgrinations dans les appareils de térébenthi- nagç et de distillation.

Le poivre ne peut apparaître qu'accidentellement

dans les colophanes claires.

Pour obtenir des grades extra-pâles de la colo¬

phane, les Landais coulent les produits secs des pre¬

mières amasses dans des plateaux de zinc qu'ils exposent au soleil. La décoloration est très nette, mais les colophanes dites « au plateau » présentent

le grave défaut de se recolorer par fusion; les in¬

dustries qui se servent de colophane fondue n'ont

donc aucun intérêt à employer ces colophanes et les Landais 11e devraientjamais les leur vendre.

Les industries savonnières, d'autre part, les re¬

cherchent et redoutent au contraire les colophanes

obtenues par traitement à SO2.

La colophane présente parfois le. défaut dit « de l'opaque ». Il y a deux sortes d'opaque, l'opaque

par l'eau, l'opaque par cristallisation. Après refroi¬

dissement, une colophane insuffisamment chauffée,

à la fin de la distillation devientopaque par conden¬

sation de l'eau dans la masse. Il arrivé également que par des journées très chaudes, de l'eau conte¬

nue au fond des plateaux, distille dans la masse de colophane, ramollie par la chaleur, et se condense

àla fraîcheur de lanuit, en provoquant de l'opoque.

Une colophane maintenue longtemps chaude lais¬

se cristalliser dans sa masse l'acide abiétique, et

l'enchevêtrement des cristauxprovoquel'opaque par cristallisation. C'est ce qui se passe dans certains fûts de colophane remplis à la coulée et dans les¬

quels la colophane s'est refroidie lentement. Oh peut éviter ce défaut en remplissant simultanément plusieurs fûtspar'petitesportions, chacune refroidis¬

sant rapidement avant l'introduction d'une nou¬

velle quantité de colophane chaude.

Une colophane insuffisamment chauffée a ten-

(9)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN N° 43 - Juillet 1933 135

dance à cristalliser, les acides de la gemme n'étant

j)as entièrement transformés par la chaleur.

Le principal inconvénient des colophanes cristal¬

lisées est tout d'abord la difficulté qu'on rencontre pour fondre les blocs de cristaux. Les fabricants de colle' de papeterie ont souvent maudit ces cristaux.

D'autre part, si la colophane contenant des ger¬

mes de cristallisation n'est pas chauffée avant son

incorporation dans certains vernis, il se produit des cristallisations dans la masse du vernis qui devient

opaque et perd sa principale qualité.

Nous avons eu l'occasion d'observer des huiles

spéciales très riches en colophane et donnant nor¬

malement aux usagers, des résultats remarquables.

Par suite de l'emploi d'une colophane insuffisam¬

ment chauffée, toute une fourniture revint au fa- Î3ricant, inculpé d'avoir introduit du sable dans les bidons d'huile : Le sable n'était autre que de l'acide

abiétique, et le fabricant d'huile continue à êfre

un excellent consommateur de colophane, mais sur

nos conseils, il exige des colophanes « à cru », donc certainement surchauffée et incristallisables.

La colophane insuffisamment chauffée présente

un autre défaut, c'est de n'être en général pas com¬

plètement épuisée de son essence de térébenthine.

Une colophane bien distillée ne doit pas contenir plus de 0 gr. 5 % d'essence résiduelle. L'essence résiduelle contribue à augmenter, dans une colo¬

phane, le pourcentage d'insaponifiable ou produit

neutre, constitué en général par de l'huile de résine

et les produits de décomposition des colophanes oxydées. Pour obtenir le minimum d'insaponifiable,

il faut distiller à fond, mais sans surchauffe.

suivre.)

'UB.BAUDEL

. LIVREE INDUSTRIELS .

LIVRES SUR LES BOIS ET LES RESINES :

IVSarty et Mathieu : Crs de compt. appl. aux exploit, forest. au commerce et aux industries du bois

(1929) P 26.45

Ringelrnann : Le Charbon de Bois. Fabrication en

Forêt (1928) P 7.25

G. Dupont : Distillation du Bois (1924) P 34 » NI. Vèzes et G. Dupont : Bésines et Térébenth., les

Industries dérivées (1924) P 95 »

Dumesny et Noyer : Industrie chimique des bois.

Leurs dérivés et extraits industriels (1925) ...P 63 » Klar : Bistiliation du bois (1925) P 75,50 Paul Razous : L'organisation du travail dans les ex¬

ploit. forest. et les scieries méc P 11.25 Dupont : Essences de térébenth. (1926) 32 »

Marcel Le Bouteiller : Exploitations forestières et

scieries (1923), illustré P 32.50

A. Raba : Cubage pour pins sur pied 9 » E. Normand : Tarif cubage des bois1 en grumes et

équarris P 11 »

Desteract : Cubes, surfaces, traits de scie (1923).

Relié 125 »

Montraudy : Traité de cubage P . 6 j

Adrian : Cubage des bois abattus, grume, d'après la

circonférence et le diamètre 10.25

P. Razous : Aide-mémoire du Commerce et des Indus¬

tries du Bois (1928] Relié P 26.65

Vanuberghe : Expl. des forêts, 2 vol 1'° 16 » Ch. Mariller : La Carbonisation des boisv lignites et

tourbes (1924) . 65 »

Razous : Scieries etmachines à bois (1926) P 47 ».

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