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Texte intégral

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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Nizette-Godfroid, J. (1979). Maîtresses et maîtres des animaux: contribution à l'étude de l'influence des arts du Proche-Orient ancien sur l'iconographie grecque archaïque (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

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Section d'Histoire de l'Art et d'Archéologie

MAÎTRESSES ET MAÎTRES DES ANIMAUX.

CONTRIBUTION A L'ETUDE DE L'INFLUENCE DES ARTS DU PROCHE-ORIENT ANCIEN SUR

L'ICONOGRAPHIE GRECQUE ARCHAÏQUE .

TEXTE

:»|ii

Dissertation présentée par

Jeannine NIZETTE-GODFROID pour l'obtention du grade de

Docteur en Histoire de l'Art et Archéologie

Directeur; Monsieur le Professeur Charles DELVOYE

Année Académique 1978-1979

(3)

UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES FACULTE DE PHILDSDPHIE ET LETTRES Section d'Histoire de l'Art et d'Archéologie

MAÎTRESSES ET MAÎTRES DES ANIMAUX.

CONTRIBUTION A L'ETUDE DE L'INFLUENCE DES ARTS DU PROCHE-ORIENT ANCIEN SUR

L'ICONOGRAPHIE GRECQUE ARCHAÏQUE .

TEXTE

Dissertation présentée par

Jeannine NIZETTE-GODFROID pour l'obtention du grade de

Docteur en Histoire de l'Art et Archéologie

Directeur; Monsieur le Professeur Charles DELVOYE ^

674.266 V.1

Année Académique 1978-1979

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lu diriger ce travail. Sa constante et bienveillante attention pour mes recherches, ses conseils, son enseignement ont été, pour moi, un réel soutien dans l'élaboration de cette étude.

Je suis très reconnaissante à Monsieur le Professeur G. Donnay qui m'a toujours réservé un accueil chaleureux et compréhensif. Ses nombreuses suggestions et remarques me furent précieuses.

Je remercie également Monsieur le Professeur J.-Ch. Balty qui a, aimablement, facilité mon accès à une partie de la documentation.

Ma reconnaissance va encore à mes Professeurs de la Faculté de Philosophie et Lettres qui, par leur enseignement, ont éveillé, en moi, le goût de la recherche.

Je remercie le Fonds National de la Recherche Scientifique qui m'a accordé plusieurs mandats d'Aspirant et la Fondation Archéologique de l'Université Libre de Bruxelles, qui m'a octroyé une bourse. Sans leur aide, ces recherches n'auraient pas pu aboutir. J'espère par ce travail avoir mérité la confiance qu'ils m'ont faite.

Mes remerciements sincères vont aussi au Professeur E. Akurgal, de l'Université d'Ankara, qui a bien voulu faciliter mon travail dans divers Musées de Turquie et au Professeur V. Karageorghis, directeur du Département des Antiquités à Chypre pour son accueil chaleureux et son aide dans mes recherches à Chypre.

Je tiens également à remercier Monsieur et Madame G. Raepsaet qui ont toujours été ouverts aux problèmes que me posait ce travail.

(5)

1

I- -M_T-^.R_ Q-D-U-C -T—I-O -N___

Comme tant d'autres, je n'ai pas échappé à la fascination que peut exercer sur l'esprit, la Grèce orientalisante.

Dès l'abord, une question se pose : l'époque orientalisante fut- elle, dans le devenir de l'art grec, un épisode plus ou moins "folklo­

rique" pendant lequel la Grèce s'abandonna à l'enchantement de l'exo­

tisme ou bien fut-elle, comme le croit M. ROBERTSON (1), une période d'apprentissage de formes et de thèmes nouveaux permettant de se dé­

gager d'un géométrisme qui, s'il avait enseigné la rigueur dans la composition, l'équilibre dans le décor, et avait produit de purs

chefs-d'oeuvre, se voyait, finalement, menacé d'engourdissement et de stérilité ?

Le temps paraissait venu, pour la Grèce, de regarder ailleurs et d'examiner avec plus d'attention ces objets étranges, venus d'Orient, qui n'avaient été jusqu'alors que des curiosités de prix sans grand effet sur ses conceptions artistiques. Ils lui offraient, maintenant, une issue à l'endormissement géométrique qui la guettait et lui appor­

taient la tentation de s'essayer à un art plus narratif. Le phénomène orientalisant avait commencé.

La question des influences orientales sur la naissance de l'art grec est complexe et passionnante. A cet égard, l'ouvrage de Fr.

PÜUL5EN (2), bien que vieilli, l'essai de T.J. DUNBABIN (3), l'étude sur la renaissance crétoise de P. DEMARGNE (4) et les travaux d'E.

AKURGAL (5), sont parmi les enquêtes les plus intelligentes et les plus propres à susciter la réflexion sur cette période fertile en ex­

périences nouvelles.

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Dans cette modeste contribution à l'étude du phénomène orientait sant en Grèce, nous nous sommes volontairement limitée au thème de la divinité maîtresse-des—animaux-,—t-hème--importan-t dans -les—dnu-X—mondes., grec et oriental, où nous cherchons des indices de relation.

Notre recherche n'a pas la prétention d'être exhaustive : elle est forcément incomplète et ouverte à tous apports complémentaires et rectificatifs. Cependant, nous croyons être en possession d'une docu mentation, statistiquement suffisante, pour faire une étude du thème de la potnia et du despotes therên dans l'art grec archaïque, pour en rechercher les origines, en dégager la typologie et son évolution chronologique.

Nous sommes conscient des incertitudes qui planent encore sur pas mal de problèmes concernant le haut archaïsme grec ; il y a, pour cette époque, bien des moments obscurs, des datations mal fixées et les textes, lorsqu'ils existent^sont loin de nous apporter tous les éclaircissements souhaitables. C'est pourquoi, souvent, nous sommes volontairement resté sur le plan des hypothèses, tout particulière­

ment lorsque nous avons dû aborder les problèmes sous l'angle reli­

gieux où les incertitudes encore existantes jointes à notre inexpé­

rience nous interdisaient de pénétrer trop avant.

La question de la typologie du maître et de la maîtresse des ani maux a passionné des générations de chercheurs.

Parmi les premiers savants à avoir dégagé une vue d'ensemble de la représentation de la potnia therên nous devons citer F. STUDNICZKA

(6) et G. RADET (7). Studniczka définit le type de la potnia therên et tente d'en préciser les liens avec diverses déesses ; Radet ratta­

che l'image de la maîtresse des animaux aux figurations des grandes divinités orientales de la nature.

M.5. THOMPSON (B) prit pour base de son enquête le matériel dé­

couvert dans le sanctuaire Spartiate d'Artémis Drthia mais ses conclu sions s'en tiennent aux parallèles possibles avec Artémis.

(7)

3

Ch. PICARD (9), dans son étude sur Ephèse et Claros, présenta une synthèse sur l'évolution typologique de la maîtresse des animaux.

E. KUNZE (10) s'efforça d'établir une comparaison rigoureuse en­

tre l'évolution du type en Orient et en Grèce.

J. CHARBONNEAUX (11), après une analyse du motif, conclut à des origines à la fois mycéniennes et orientales.

H. BLOESCH (12) reconnaît des origines orientales à l'image de la potnia therôn et cerne, en quelques pages clairvoyantes, la complexité du problème de son identification.

M.P. NILSSON (13) croit à des survivances mycéniennes combinées à des influences orientales dans l'iconographie et dans le contenu reli­

gieux du concept du maître et de la maîtresse des animaux.

L'étude du maître des animaux a surtout été abordée par H. HINK5 (14), W. DEONNA (15) et J. CHITTENDEN (16) qui voit en Hermès un anti­

que dieu-loup ; aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce faciès du dieu expliquerait sa qualité de protecteur des troupeaux : quand on a réussi, en implorant le dieu sauvage, à détourner de son troupeau la horde des loups, on a assuré sa protection.

□n doit à une série de chercheurs des articles qui précisent un trait, étudient un aspect particulier de la divinité maîtresse des animaux.

H. CAHN (17) met en évidence l'association d'Apollon et des

lions ; K. 5CHEFGLD (18) tente, à travers l'examen de la statuette du dieu au lion de Delphes, de cerner le processus de fusion des éléments grecs et orientaux qui aboutit à la figure du dieu des lions.

H. M0BIU5 (19) étudie la relation particulière de la potnia avec le lion et P. LEVEQUE (2ü), dans un article consacré aux statuettes d'Héra assise découvertes à Délos , précise la nature des liens qui unissent la reine des dieux au fauve sacré.

(8)

W. TECHIMAU (21), J. MARCADE (22) et Ch. PICARD (23) s’intéressent à la potnia theron sous son aspect de déesse au taureau.

N. YAL0URI5 (24) tente de cerner la qualité de divinité maîtresse des chevaux dans la personnalité complexe d'Athéna, d'Héra et de Po­

séidon.

F. WILLEMSEN (25) écrit quelques pages importantes sur la potnia ornithôn.

E. SIMON (26) essaie, en étudiant de manière approfondie le ca­

ractère si diversifié d'Artémis, d'arriver à une meilleure compréhen­

sion de sa qualité de déesse de la nature sauvage.

L.R. FARNELL (27) tente de préciser le contenu religieux de l'ef­

figie du maître et de la maîtresse des animaux.

On doit à J. DUCAT (28) et à Fr.W. HAMDORF (29) de pénétrantes études sur les perirrhanteria où apparaît la triple figure de la potnia leonton supportant un bassin lustral.

E. NEUMANN (30) conçoit la potnia theron dans un vaste contexte religieux et rattache ce caractère particulier de maîtresse de la na­

ture au concept plus général de la "Grande Mère".

Dernièrement R. STIGLITZ (31) étudia, dans le cadre de sa recher­

che sur les déesses d'Arcadie, les variations locales de la personna­

lité de la maîtresse du monde sauvage et les diverses assimilations des antiques potniai avec des déesses olympiennes comme Athéna, Déméter et d'autres encore.

Mais si enrichissantes soient-elles, ces recherches ne s'appli­

quent, finalement, qu'à un faciès particulier de la personnalité com­

posite de la potnia et du despotès theron.

(9)

5

Deux dissertations doctorales récemment parues présentent un dé­

but de synthèse concernant la typologie de la divinité maîtresse des animaux.

E. SPARTZ (32) a mené une enquête soignée sur la disposition hé­

raldique du maître et de la maîtresse des animaux dans l'art créto- mycénien et dans l'art grec archaïque, mais elle exclut, forcément, de son étude, les autres présentations de la divinité maîtresse des ani­

maux qui révèlent d'autres aspects importants de la potnia et du des- potès therôn.

Chr. CHRISTOU (33) inclut, dans son travail, les figurations non héraldiques de la déesse des animaux mais il ne s'est pas attaché à la définition de son parèdre.

Pour notre part, après un bref aperçu que nous avons cru utile de l'iconographie créto-mycénienne du maître et de la maîtresse des animaux, nous commençons notre enquête au moment où, dans la Grèce du géométrique tardif, on peut saisir les premiers effets de la vague orientalisante sur l'esthétique grecque.

Nous sommes conscient des dangers qu'engendre une étude exclusi­

vement stylistique et comparative. Comme l'a souligné A. DESSENNE (34) dans sa belle étude sur le sphinx, l'examen des ressemblances bascule très vite dans le domaine du subjectif et la reconnaissance d'une analogie peut aller "de l'identité quasi absolue à ce que nous appellerions un air de famille". Il est cependant des similitudes qui ne trompent pas et qui ne peuvent être fortuites tant elles se répè­

tent. Dans ces conditions, une enquête stylistique se justifie d'au­

tant plus qu'elle est parfois la seule source d'information sur l'his­

toire et la signification d'un motif, les textes étant inexistants ou restant pratiquement muets sur le sujet.

Nous avons divisé notre travail en trois parties.

(10)

La première partie est consacrée à l'étude de la disposition hé­

raldique de la potnia et du despotes therôn ; dans chaque chapitre on trouvera l'examen d'un environnement zoologique particulier de la di­

vinité des animaux et une étude du matériel par ordre chronologique, qui permet une meilleure compréhension de l'évolution des types.

Dans la deuxième partie nous examinons la présentation non héral­

dique de la déesse et du dieu des animaux ; les enquêtes, par chapi­

tre, sont conduites selon le même principe que dans la première par­

tie.

Dans la troisième partie, nous essayons de retracer les grandes voies commerciales et de retrouver les principaux relais qui permirent des échanges culturels entre le Proche Orient et la Grèce archaïque.

Nous avons, en outre, consacré un chapitre à la destinée, dans la Grèce post-archaïque, des thèmes que nous avons étudiés car il nous a semblé que cette recherche aurait eu un côté quelque peu stérile si elle ne débouchait pas sur une conclusion qui démontrait l'importance, pour le devenir de l'art grec, de cette époque bouillonnante d'idées nouvelles que fut la période orientalisante.

Nous tenterons de montrer que la période orientalisante n'a pas été un épisode quelque peu fantaisiste, où la Grèce, lassée de son géométrisme, se serait en quelque sorte défoulée en "s'orientalisant"

et en se plongeant dans l'exubérance de la mythographie orientale

comme un enfant laisse planer son imagination sur le monde merveilleux des contes de fées et des légendes.

Il nous semble, au contraire, que l'époque orientalisante fut le creuset où se fondirent et s'harmonisèrent toutes les tendances et toutes les influences auxquelles avait su répondre l'esprit grec. Sur la leçon de rigueur et d'équilibre que lui laissait son passé géomé­

trique, sur l'expérience orientalisante qui lui enseigna l'art de nar­

rer par l'image et, par là, d'exprimer une idée ou un idéal, l'esprit de la Grèce conçut le premier art humaniste et humain du monde o^ci'd-en-

(11)

7

tal. E. AKURGAL (35) et P. DEMARGNE (36) l’ont bien perçu qui quali­

fièrent la période orientalisante des mots révélateurs de "naissance de l'art grec".

On trouvera peut-être la bibliographie un peu lourde mais nous avons évité volontairement l'abus des abréviations qui obligent sou­

vent à un décryptage lassant de même que nous n'employons les formules

"O P. cit.". "loc. cit." et "ibidem" que pour une référence à un ouvra­

ge cité à peu de distance, désireux - d'éviter au lecteur une recherche fastidieuse à travers les notes bibliographiques.

(12)

AVANT - PROPOS

LA MAÎTRESSE ET LE MAITRE DES ANIMAUX DANS L'ART CRETO-MYCENIEN

Il ne nous a pas paru inutile, comme préalable à notre étude, de brosser un rapide tableau de la typologie du maître et de la maîtresse des animaux dans l'art créto-mycénien (1).

La disposition héraldique

L'art crétois ne paraît pas avoir connu le groupe héraldique de la divinité maîtresse des animaux avant le Minoën Moyen III. Le pen­

dentif en or, découvert dans le trésor d'Egine, constitue, jusqu'à présent, la première figuration d'un maître des animaux (2) (pl. A, fig. 1). Le dieu marchant vers la droite, la tête de face, tient par le cou deux oiseaux aquatiques (sans doute des cygnes) ; quatre bran­

ches antithétiques, deux par deux, entourent le despotes et ses oi­

seaux.

Ce n'est qu'au Minoën Récent I et II que se multiplient les effi­

gies de la potnia therôn et de son parèdre (3).

Une des plus anciennes représentations de la déesse des animaux décore un sceau minoën de Cnossos (4) (pl. A, fig. 2). La potnia bran­

dissant un sceptre, apparaît au sommet d'une montagne flanquée de deux lions dressés sur les pattes postérieures. A droite de ce groupe hé­

raldique, l'artiste a placé un adorant.

Dans la plupart des cas, cependant, la représentation de la maî­

tresse des animaux se limite, tout simplement à la figure divine cen­

trale entourée de deux animaux-attributs (5).

(13)

9

La déesse exerce assez rarement une prise sur ses bêtes. Elle est souvent représentée les bras levés, ses animaux restant libres à SBs~cô t és^(“6~) ('p'l~; ^AT^f ig".~ 3^

Au contraire, le despotes therôn manifeste son autorité sur ses animaux (généralement des lions) en leur posant les mains sur la tê­

te (7) (pl. B, fig. 1), en les saisissant par le cou (B) (pl. B, fig. 2), en les attrapant par une patte postérieure (9) (pl. B, fig.

3) pu par la queue (9bis) (pl. B, fig. 4), en les tenant en laisse (10). La prise par une patte postérieure apparaît surtout après le Minoën Récent II (11).

La tête de la potnia theron est souvent petite et surmontée d*une

"couronne de serpents" (12) (pl. A, fig. 4). A l'extrême, elle dispa­

raît et il ne reste que le couvre-chef de "serpents" (13) (pl. B, fig. 5).

La déesse peut être associée à des éléments végétaux qui la dési­

gnent comme une maîtresse de la nature dans sa totalité (14).

La potnia theron créto-mycénienne est rarement figurée nue. La poitrine est apparente et souvent tout le haut du torse (15) (pl. A, fig. 3-4) mais la potnia porte une jupe à volants. Les deux déesses nues portant des oiseaux sur la tête, découvertes dans la tombe à

fosse III de Mycènes (16) (pl. B, fig* 6), constituent des exceptions, sans doute inspirées par les images des déesses orientales de la fé­

condité comme Ishtar ou Ashtart (Astarté),

La potnia est parfois assise entre deux fauves (17) (pl. C,

fig. 1) ; cela constitue une variante de la disposition héraldique ha­

bituelle.

Les animaux préférés du maître et de la maîtresse de la nature créto-mycéniens sont les lions (18) suivis par les griffons qui parais sent davantage liés à la déesse qu’au dieu (19) (pl. C, fig. 2-3).

(14)

Les oiseaux sont moins fréquemment attribués aux divinités des ani­

maux. On connaît cependant des exemples de potnia ornithon tenant par le

■cou~des oi's’e’aüx ("ZQi (:pl'‘. C"; f'i'gt 4“) o ü~e nto’ür'ée d''“o"is’e'a'üX”vo“l“ant—l“ib‘re^

ment à ses côtés (21) (pl. C, fig, 5).

Par contre, l'oiseau est souvent un symbole de théophanie (22) et la déesse peut se manifester sous cette forme.

Les oiseaux sont très rarement figurés aux côtés du despotes the- ron créto-mycénien (23) mais le chien ne se trouve qu'en sa compa­

gnie (24),

Un démon à l'aspect vaguement léonin et paraissant porter une carapace, fait parfois office de maître des fauves (25) (pl. C,

fig. 6). Il est probablement d'essence masculine car contrairement à la potnia. il exerce fréquemment, comme le dieu, une prise sur ses animaux. Ce type de démon semble être également un serviteur du culte de la déesse (26) (pl. D, fig* 1-2).

La disposition héraldique de la divinité maîtresse des animaux paraît être le résultat d'influences orientales (27).

La disposition non héraldique

La potnia et le "potnios" therôn peuvent n'être accompagnés que d'un seul animal, généralement un lion (28) (pl. D, fig. 3). Ils lui saisissent parfois la crinière ou la queue (29) (pl. D, fig. 4-5).

Lorsqu'elle se trouve face à une seule bête, dont la nature est variable, la déesse peut exercer sur elle une prise violente (30)

(pl. D, fig. 6 et pl. E, fig. 1-2).

La maîtresse et le maître des animaux sont également représentés trônant, en compagnie de leur animal-attribut (31) (pl. C, fig. 1 et pl. E, fig. 3).

(15)

La déesse semble être seule à figurer en cavalière, qu'elle monte un fauve, un animal fabuleux, un taureau ou un équidé (32) (pl. E, -f-i-g-r-4--=-6-)-i--- ---

A partir du Minoën Récent I et II, la représentation du maître et de la maîtresse des animaux a été largement diffusée dans l’art créto- mycénien surtout en disposition héraldique.

La divinité est généralement accompagnée de lions, de griffons et quelques■fois d'oiseaux.

La Dotnia et le despotes therôn créto-mycénie ns sont aptères et la figure de la déesse complètement dénudée est une exception.

Après l'écroulement de la civilisation créto-mycénienne, la figu­

re de la maîtresse et du maître des animaux disparaît pour un temps assez long ; il faut attendre la fin de 1'époque géométrique pour re­

trouver leur image.

(16)

LA DISPOSITION HERALDIQUE DU MAITRE ET DE LA MAITRESSE

DES ANIMAUX DANS L'ART GREC ARCHAŒQUE

(17)

CHAPITRE I

LA DIVINITE MAÎTRESSE DES CHEVAUX

L’époque géométrique

Le problème de l’existence dès l’époque géométrique d’un maître des animaux, dont le cheval aurait été le principal attribut, est des plus passionnants mais aussi des plus délicats à traiter. Il me pa­

raît cependant indispensable de l’aborder, dans le cadre de cette étu­

de, et d’essayer au moins de clarifier les données de la question à défaut d’y apporter des solutions parfaitement assurées.

Devant les documents d’époque géométrique découverts à Olympie et certaines figures humaines, flanquées de deux chevaux, peintes sur les vases du géométrique tardif, on est amené à se demander dans quelle mesure on n’a pas affaire à la figuration d’un maître des chevaux qui serait une conception plus grecque qu’orientale et aurait précédé l’ar­

rivée du despotès therôn orientalisant (1).

La question de la représentation d’un maître des chevaux à l’épo­

que géométrique est extrêmement controversée. Divers chercheurs ont tenté de montrer que le groupe héraldique d’un homme entre deux che­

vaux qui apparaît sur les vases du géométrique tardif et tout particu­

lièrement en Argolide (2) était la figuration du dieu des chevaux, Po­

séidon Hippios.

J. CHARBONNEAUX (3) et B. 5CHWEITZER (4) croient à l’existence d’un despotès hippôn dans la Grèce géométrique. Les détracteurs de la thèse du maître des chevaux argumentent sur l’apparence banalement hu­

maine du personnage et l’absence apparente d’attributs désignant Poséi­

don (5). P. CDURBIN (6), dans son étude sur la céramique géométrique

(18)

de l'Argolide, dénie toute intention symbolique aux peintres argiens, la signification du décor étant, pour lui, tout simplement représenta­

tive. ~ “

E. SIMON (7), sans prendre une position parfaitement nette, paraît cependant admettre la possibilité d*une représentation du dieu des

chevaux dans l'art grec géométrique. Dans sa dissertation doctorale qu'elle publia en 1931, A. R0E5 (8) lie le motif de l'homme entre deux chevaux aux modèles orientaux figurant le maître des animaux. Il

n'est pas impossible que l'on doive reconnaître, dans la disposition héraldique de l'homme entre deux chevaux, les premiers effets du phé­

nomène orientalisant. Dans un article récent, l'archéologue hollan­

daise (9) essaie de démontrer la sacralité du cheval lié à l'oiseau, au poisson et au serpent, ce qui revient à lui reconnaître un carac­

tère d'animal divin, donc d'attribut d'un dieu protecteur de la race chevaline.

Il me paraît logique que dans une civilisation socialement orga­

nisée autour du "chevalier" et du cheval, signe extérieur de puissan­

ce et de richesse , il y ait eu une croyance en une divinité maîtresse de la nature et protectrice des chevaux.

On a découvert à Olympie une statuette en bronze du Ville siècle (10) (pl. 1, fig. 1), représentant une femme assise en amazone sur un cheval, ouvrant largement, les bras comme pour esquisser le geste de l'épiphanie ; elle ne monte pas le cheval à cru mais est installée sur une selle aux larges rebords. Une autre statuette en bronze du deuxième quart du Ville siècle (11) (pl. 1,fig, 2) provenant de Lusoi en Arcadie, reproduit en gros le même type si ce n'est que la femme se tient solidement à la selle au lieu d'ouvrir les bras.

A Samos, on a mis au jour une statuette en bronze, du Ville siè­

cle (12), représentant une kourotrophe nue, installée en amazone, sur une selle à hauts rebords fixée sur le dos d'un équidé. Ce grou­

pe équestre pourrait être de fabrication chypriote.

(19)

Dans le Péloponnèse, on trouve des statuettes en terre cuite de cavalières jusque dans le Vie siècle (13).

Il n'est pas impossible, que le thème de la femme à cheval soit l'expression d'une réminiscence d'un culte mycénien. D, LEVI a publié dans le volume I des "Studies presented toDlM. Robinson", une figurine en terre cuite, mycénienne des XlIIe-XIIe siècles (14) (pl. E, fig. 6), représentant une femme montant un cheval en amazone, installée sur une selle à hauts bords, et levant les bras.

Le thème de la déesse chevauchant un animal est bien représenté dans l'art créto-mycénien. Un relief en terre cuite de Haghia Triada

(15) représente une déesse crétoise assise en amazone sur le dos d'un animal fabuleux. Sur une plaque en pâte vitrifiée, provenant de Den- dra (16), une déesse levant les bras chevauche un animal qui semble être un taureau. Un sceau mycénien en améthyste conservé au Musée de Nauplie (17) (pl. E, fig. 4) figure une déesse installée en amazone sur un lion ; un relief en agathe provenant de Mycènes (18) (pl. E, fig. 5) représente une déesse chevauchant un animal fabuleux (peut-être un griffon) .

J. CHADWICK, dans son ouvrage consacré au monde mycénien, men­

tionne l'existence d'une Potnia "i-qe-ia" (PY An 1281) c'est-à-dire une

"Dame des chevaux" (19). Il est donc fort possible que les petits bronzes géométriques du Ville siècle, représentant un groupe éques­

tre, soient la figuration d'une divinité maîtresse des chevaux héritée des temps créto-mycéniens.

Un fragment de pied de lébès en bronze, découvert à ülympie et daté du Ville siècle (20) (pl, 1, fig. 4), qui pourrait être un travail argien, constitue un document important pour notre étude. Au milieu d'une ornementation purement géométrique, apparaît, dans un petit ca­

dre, une figure humaine debout sur un cheval et qui, levant les bras, fait le geste de l'épiphanie. Il me semble que l'on peut consi­

dérer cette figure comme la représentation d'un dieu des chevaux (21).

(20)

Toute une série de figurines en bronze des Ville et Vile siècles, mises au jour dans le sanctuaire d'Dlympie (22), représentent un per­

sonnage” nüT ^Të "titille ' généraitement^serrée^par -une—lar ge—ce inture -et--- portant un casque pointu. Il fait le geste de brandir une lance. Ce personnage, que H.V. HERRMAN (23) identifie comme "Zeus guerrier", rappelle certaines statuettes syriennes en bronze (24), :fi ju rant un dieu guerrier, vêtu d*un pagne court, la taille enserrée dans une large ceinture, portant un casque pointu et faisant le geste de bran­

dir une lance aujourd'hui disparue. Ces statuettes syriennes datent de la seconde moitié du Ile millénaire mais l'appel à ces documents est justifiable car on trouve le même type de harnachement guerrier jusqu'au début du 1er millénaire (25). En Sardaigne, on a découvert une figurine en bronze, datant du Ville siècle (26) - donc contempo­

raine des premiers "Zeus guerriers" d'Dlympie - représentant Baal, qui n'est pas sans rappeler l'allure des statuettes syriennes du lié millénaire.

Un document intéressant du Ville siècle, provenant d'Dlympie (27) (pl, 2, fig. 1), représente un guerrier nu, portant un casque pointu, ayant brandi une lance qui manque aujourd'hui et tenant un cheval par la bride ; le groupe somme l'anse d'un trépied. Ne peut-on assimiler cette figure guerrière accompagnée d'un cheval et si proche des re­

présentations du "Zeus guerrier" comme l'effigie d'un maître des che­

vaux, quel que soit le nom qu'on lui donne, plutôt que comme la figu­

ration d'un simple hippobotès (28) ? La nudité héroïque du personnage pourrait signifier qu'il n'est pas du commun des mortels et placer la scène dans le monde supranaturel.

D'autre part, dans les découvertes d'Dlympie, le cheval est fré­

quemment associé au trépied, objet sacré, dont il surmonte générale­

ment 1'anneau de préhension.

Un petit lion, sommairement modelé, s'agrippe sur le sommet d'une anse circulaire de trépied, découverte à Dlympie dans un état fragmen­

taire (29) ; on sait la valeur apotropaîque du lion et son attribution

(21)

aux grandes divinités de la nature. Ne faut-il pas également considé­

rer les chevaux qui surmontent les anneaux de préhension des trépieds comme un signe de la divinité maîtresse de la nature ayant le cheval pour attribut favori ?

Dans le domaine de la céramique géométrique peinte, la figure hu­

maine encadrée par deux chevaux n*est pas facile à interpréter : avons- nous toujours affaire à une figure de simple écuyer que l'on a entou­

rée de deux chevaux pour la seule valeur esthétique de la disposition héraldique du motif ?

A. RDES (30) a réuni plusieurs exemples de chevaux associés à des oiseaux d'une manière si intime qu'ils rappellent l'association des capridés ou des bovidés aux oiseaux dont la valeur symbolique a été depuis longtemps reconnue.

Ces liens, repérés par A. RDES, ne sont pas rares. Sur un sup­

port de vase géométrique cycladique, datant du dernier quart du Ville siècle (31) (pl. 2, fig. 2), deux oiseaux sont perchés sur l'échine d'un cheval. Un cratère argien (32) (pl. 2, fig. 3) représente deux chevaux croisant une patte antérieure. Sous les figures triangu­

laires formées par le croisement des pattes des deux bêtes, figure un oiseau ; un poisson emplit le champ laissé libre sous le ventre de chaque cheval et deux cercles divisés en quartiers pointés se nichent sous la courbe que forme leur cou, La figure de "haute école" qu'exé­

cutent ces deux chevaux me paraît les désigner comme des animaux aux­

quels on a voulu accorder une signification particulière, peut-être celle d'attribut d'une divinité de la nature. Une attitude analogue caractérise deux sphinx représentés sur un peigne en ivoire laconien (33): les deux monstres, dérivant de types syriens (34), sont assis et croisent une patte antérieure, or les sphinx font partie de l'en­

tourage zoologique courant des divinités orientales de la nature, dont la déesse Ashtart qu'ils personnifient parfois (35),

(22)

géométrique argien et entre les chevaux et le poisson figuré sd^us leur ventre de la face B du même vase (37) (pl. 2, fig. 4-5).

Des corrélations comparables s'observent entre le taureau et l'oi­

seau ou le taureau et le poisson sur des vases chypriotes de la classe

"bichrome IV" (38) (pl, 2bis, fig. 1-2), Des motifs végétaux, des

symboles stellaires et des svastikas les environnent parfois (pl. 2bis, fig, 1). On connaît la valeur symbolique du taureau en Orient où il est l'un des animaux soumis à la déesse Ashtart . Qu'il soit l'un des motifs préférentiels de la céramique chypriote n'a rien de surprenant

étant données l'existence de survivances créto-mycéniennes, d'une part, et les affinités orientales de Chypre, d'autre part, au début de l'Age du Fer, Il est, en tout cas, intéressant de retrouver à Chypre, avec le taureau.pour figure centrale, les mêmes associations, qu'en Grèce d'époque géométrique, avec le cheval pour thème principal.

La céramique géométrique grecque offre, en outre, l'exemple de corrélations entre' le cheVal et le'trépied déjà observées à Olympie sur des objets de bronze. Sur un tesson géométrique cycladique de la fin du Ville siècle (39) (pl. 2^ fig* 6), un cheval, attaché à un trépied à anses circulaires, est surmonté de deux oiseaux d'eau. Un canthare géométrique attique tardif figure (40) (pl, 3, fig. 1), de nouveau, deux chevaux attachés à un trépied ; au-dessus d'eux, le symbole de la double hache. Une scène comparable se retrouve sur le col d'unehydrie attique du troisième quart du Ville siècle (41) (pl. 3, fig, 2) et sur un cratère béotien de la seconde moitié du Ville siècle (42) (pl. 3, fig. 3 ) .

La prudence s'impose, toutefois, dans l'interprétation de ces scènes car on sait que les trépieds et les chevaux étaient parfois des prix récompensant des prouesses athlétiques (43). D'autre part, l'as­

sociation des chevaux et des trépieds, qui sont également des objets sacrés et qu'on observe parmi les trouvailles d'ülympie, invite à in­

(23)

19

terpréter ces documents fournis par la céramique comme des symboles à contenu religieux.

En examinant plusieurs vases peints de l'époque géométrique, il me semble que l'on peut déterminer trois types de relation entre l'hom­

me et le cheval (44), On n'a pas relevé ou, du moins, on n'a pas

assez souligné 'la diversité des présentations de l'homme entre deux chevaux.

Dans un premier cas, un personnage masculin emmène un ou deux chevaux par la bride et j'accorderai à Monsieur Courbin que rien ne le distingue, effectivement, d'un écuyer en compagnie de ses chevaux.

Mais dans un second cas, l'homme touche, au museau les deux chevaux qui le flanquent ou, encadré par eux, lève les bras comme le petit dieu d'Glympie figuré sur un fragment de trépied en bronze. Dans ces deux derniers types de représentation , la relation entre l'homme et le cheval paraît changer et peut-être aurions-nous là les premières représentations du maître des chevaux.

Sur un skyphos argien du géométrique récent (45) (pl. 3, fig. 4), un personnage masculin touche le museau des chevaux qui l'encadrent ; entre lui et les deux bêtes, s'intercalent deux poissons dressés. Une scène analogue se retrouve sur plusieurs cratères argiens (46) (pl. 3, fig. 5-6) mais la relation qui s'établit entre l'homme et le cheval est particulièrement claire sur deux cratères argiens du géométrique récent II, l'un provenant de Mycènes, l'autre de Milo (47) (pl. 4, fig. 1, 2, 3). Un homme touche au museau les chevaux qui le flan­

quent ; deux grands poissons sont peints sous le ventre des bêtes.

L'homme est légèrement plus grand que ses animaux.

Ces diverses représentations, les deux dernières en particulier, réduisent à néant l'argumentation de P. COURBIN (40) qui dénie au personnage masculin central tout caractère divin parce qu'"il est tou­

jours plus petit qLE les chevaux dont les têtes le dominent, loin qu'il les surpasse", B. 5CHWEITZER admet que l'on puisse voir, dans

(24)

ces groupes héraldiques, la figuration du dieu des chevaux, sans doute Poséidon (49).

Près d'Amyclées, en Laconie, on a découvert un poisson en bronze de l'époque archaïque qui portait l'inscription "Pohoidanos", c'est-à- dire "de Poséidon" (50). Pausanias rapporte que la statue cultuelle de Déméter à Phigalie , représentait la déesse trônant (51). Le corps était d'apparence humaine mais la tête était celle d'une jument ;

dans la main droite, elle tenait un dauphin, dans la gauche, un oiseau.

Cette description est particulièrement intéressante car elle évoque l'association du cheval, du poisson et de l'oiseau, intimement liés à une déesse qui était considérée, dans cette région, comme la compagne de Poséidon (52).

Un troisième type de relation entre l'homme et le cheval qui, ce­

pendant, reste voisin de celui que nous venons d'examiner, figure sur une série de vases également argiens.

Un personnage masculin, placé entre deux chevaux antithétiques, lève les bras comme s'il faisait le geste de l'épiphanie (53) (pl. 4, fig. 4). Dans ce cas, l'homme est parfois plus petit que ses chevaux

(pl. 4bis, fig. 1), parfois de même taille ou légèrement plus grand qu'eux (pl. 4, fig. 5). Le groupe héraldique formé par l'homme et les chevaux peut être associé à l'oiseau, au poisson, à des éléments végé­

taux et à divers symboles célestes comme les étoiles. Un cratère ar- gien découvert dans une tombe géométrique de Tirynthe (54) (pl. 4bis, fig. 1) représente un homme nu entre deux chevaux, dans l'attitude ca­

ractéristique de l'épiphanie. Un rameau est peint sous le ventre des chevaux. Cet ornement végétal rappelle les rameaux que tient une pot- nia ornithôn béotienne figurée sous la forme d'une "idole-cloche"

(cf. p. 38; pl. 14, fig. 5). De chaque côté du personnage masculin, sont peintes deux étoiles à huit branches. Des oiseaux sont esquissés dans deux espaces rectangulaires placés au-dessus du dos des chevaux.

(25)

21

Sur une tasse géométrique argienne, également trouvée oans une tombe de Tirynthe (55) (pl. 4bis, t'ig. 2), un personnage masculin as-

■ s i~s"s ur~~ü n~d ip h ros~t o u c h e “le ~ m u s e a u “ d u—c h e v al-—q u-i—s e—^tro u ve—à—s a d-r-o L---- te et attire à lui, par la bride, le cheval qui lui fait face. L'hom­

me est nettement plus grand que ses animaux. En dépit du fait qu'un des chevaux est tenu par la bride, il me paraît difficile d'interpré­

ter ce personnage comme un simple hippobotès. L'image de la divinité assise accueillant son animal attribut est bien connue à la fois dans l'iconographie créto-mycénienne et dans la mythographie orientale.

Sur un sceau du Minoën II tardif (56) (pl. C, fig. 1), une déesse assise sur un trône en forme de tête de lion est flanquée de deux fau­

ves ; celui de droite pose les pattes antérieures sur les genoux de la potnia. Un relief mycénien en or (57) (pl. E, fig. 3) représente un dieu vêtu d'une longue tunique, assis sur un trône et attirant à lui un griffon qu'il tient en laisse.

Un sceau du troisième groupe syrien (58) (pl. 4bis, fig. 3) figure une déesse assise sur un tabouret, entourée de ses animaux attributs ; elle touche le poitrail du lion qui lui fait face. Sur un autre sceau syrien du même groupe (59) (pl. 4bis, fig. 4), une déesse trônant tient la patte d'un lion dressé devant elle. Sur un sceau levantin du XlIIe siècle (60) (pl. 4bis, fig. 5), probablement sous influence chypriote, une divinité assise sur un tabouret maintient un sphinx, dressé, par une patte antérieure.

Après l'examen de ces divers documents, je serais tentée de con­

sidérer avec J. CHARBONNEAUX, N. YALOURIS, B. SCHWEITZER et A. RÜES (61), que nous avons affaire à la représentation d'un maître des che­

vaux lorsque la figure masculine touche le museau des animaux ou lors- quei, placée entre eux, elle est représentée dans l'attitude de l'épi-

phanie. Sauf exception, où la symbolique ambiante paraît désigner le personnage comme un être suprahumain, je serais moins catégorique quand l'homme tient ses animaux par la bride car ce groupe peut, tout simplement, représenter un écuyer et ses chevaux.

(26)

Une hydrie attique conservée au Staatliche Muséum de Berlin me paraît entrer dans la catégorie des exceptions où la symbolique dési­

gne 2^e^ pers^Qnn^ge_masj^iiliD_coj!urLe__un_êJ;r.e_d_!_ess_e.nce surna-tur.elle—(62.)—_

(pl. 5, fig. 2). Sur la panse du vase, une figure masculine tient deux chevaux par la bride tandis qu'un oiseau est perché sur sa tête ; un svastika est peint au-dessus du dos des chevaux. La relation par­

ticulière qui lie l'homme et l'oiseau pousse à interpréter le person­

nage comme un maître de la nature bien que les chevaux soient mainte­

nus par la bride.

Dans les croyances créto-mycénienne s, l'oiseau était un signe de théophanie (63). Deux idoles en terre cuite subminoënnes de Karphi

(64) (pl. 4 bis , fig. é), levant les bras en signe d'épiphanie, portent sur la tête deux oiseaux, A Cnossos, on a découvert une idole submi- noënne (64bis) (pl. 4ter, fig. 1) qui lève les bras en signe de théo­

phanie ; un oiseau est posé sur sa tête. Dans la tombe à fosse III de Mycènes, on a trouvé deux effigies en or de la déesse nue portant un oiseau sur la tête (65) (pl. B, fig. 6).

Nous avons souligné au début de ce chapitre (p. 15) que des croyan­

ces héritées de l'âge crét o-mycénien avaient pu influencer les re­

présentations géométriques de la divinité maîtresse des chevaux.

Une autre constatation est peut-être importante à souligner : dans tous les cas où sur les vases du géométrique tardif nous croyons pouvoir reconnaître un dieu des chevaux, le personnage masculin n'est pas armé. Or la figure masculine de l'hydrie attique est représentée sans arme. Il est intéressant de comparer au groupe héraldique de cette hydrie le décor du col d'une oenochoé géométrique attique prove­

nant du quartier du Céramique à Athènes (66). Un personnage masculin, que rien ne désigne particulièrement comme un être suprahumain,tient deux chevaux par la bride ; le groupe se présente de manière fort sem­

blable à celui de l'hydrie de Berlin mais ici, l'homme est armé d'une épée et porte un casque à cimier et il ne faut probablement pas y voir plus qu'un hippobotès emmenant ses chevaux.

(27)

23

Il me semble que l'on peut, raisonnablement, faire entrer le grou­

pe héraldique de l'hydrie attique de Berlin dans l'iconographie du die U—de s- eh e va u x -bien q u e -n o us“e n“e x ciu io ns’ “g é n é r al'emen't'i'és ^fëpTfe s e n - tâtions d'homme tenant ses chevaux par la bride ; mais le peintre de l'hydrie a, sans doute, cru être suffisamment explicite en figurant un oiseau perché sur lai tête de celui qu'il désignait probablement comme le dieu des chevaux.

Il faut en outre souligner que le maintien des chevaux par la bri de n'exclut pas obligatoirement que le dompteur soit de nature supra­

humaine.

Sur un plat laconien (66bis) (pl. 4ter, fig. 2), un jeune homme vêtu d'un chitSn court, en Knielauf vers la droite, maintient, par la bride deux chevaux ailés qui se cabrent. L'adjonction d'ailes aux figures chevalines place la scène dans le monde surnaturel.

C'est peut-être également un maître des chevaux que représente une métope en bronze d'Dlympie (66ter) (pl. 4bi^ , fig. où un homme nu avançant vers la gauche retient deux chevaux cabrés par la bride.

La décoration des vases que nous allons examiner maintenant est plus délicate à interpréter.

Sur la panse d'une amphore découverte dans l'Héraion d'Argos (67) (pl. 5, fig. 1), une figure humaine grossièrement dessinée monte un cheval qu'elle paraît tenir par la bride et lève les deux bras. Le personnage semble être installé, en amazone, sur le dos de l'animal, de sorte qu'il pourrait s'agir d'une femme. De part et d'autre du groupe équestre, sont figurés deux poissons debout dont le corps est ornementé d'une grecque. S'agirait-il de la représentation d'une gran de déesse de la nature, également protectrice des chevaux et dans ce cas, pourrait-on l'interpréter comme une Héra Hippia ?

(28)

ün a découvert, dans le sanctuaire d'Héra à Argos, toute une série d'offrandes qui se rapportaient aux chevaux (statuettes de chevaux, de -ca-valiers-,—e-tc..-)_don-t.-beaucou.p~furenf-mises—a u^-our—aux—abords--même—du temple d'Héra (68). D'autre part, le culte de Poséidon Hippios était largement répandu à Argos et le dieu pouvait, dans ses fonctions de maître des chevaux, faire figure de parèdre d'Héra (69). Faudrait-il alors interpréter les deux poissons qui flanquent le groupe équestre de l'amphore d'Argos comme une évocation de Poséidon Hippios ? Faute de preuves, on ne peut dépasser le stade de l'hypothèse.

B. 5CHWEITZER (70) veut reconnaître dans la figure masculine te­

nant un cheval par les rênes, peinte sur le col d'une amphore attique du géométrique tardif (71) (pl. 5, fig. 3 et 4), une représentation de Poséidon, parèdre de Déméter, qui serait évoquéepar la frise d'oi­

seaux alternant avec des rosettes et des doubles haches, peinte à hau­

teur de l'epaule du vase. J'hésite franchement à le suivre dans cette voie.

Ll* époque archaïque

Les documents du Vile siècle

Au bas d'une cuirasse découverte à Olympie et datée des années 670-660 (72) (pl. 6, fig. 1), une sirène tétraptère, étendant les bras, est accostée par deux chevaux ailés qui se cabrent ; au-dessus du monstre, deux longs serpents antithétiques dessinent un boucle en forme de S. Les chevaux paraissent suivis par un fauve mais le mau­

vais état de conservation du dessin ne permet pas de l'affirmer.

Nul doute que nous ayions affaire ici à une figuration particu­

lière de la potnia therSn dont l'un des attributs principaux est le cheval, mais l'identification de cette étrange figure reste un problème

(29)

25

Il faut rappeler que l'Orient a connu une Ashtart (Astarté) "ré­

gente des chevaux", mais c'est davantage une déesse cavalière et guer- r-i-è-re—;—d-'-au-tre-pa-rt,— la- déesse—Ash-t-art—a- parf^oi-s—é-t-é—représent ée - — ptérophore avec des pattes d'oiseau (73). Est-ce ce faciès particu­

lier d'Ashtart qui a inspiré l'énigmatique figure de potnia représen­

tée sur la cuirasse d'Olympie et faudrait-il y voir un aspect insolite de la maîtresse des animaux ? L'isolement iconographique de ce docu­

ment ne permet pas de se prononcer avec assurance.

Sur un pithos à reliefs crétois de la première moitié du Vile siècle, provenant de Prinias (74) (pl. 6, fig. 2 et 3), une déesse ai­

lée maintient par une patte antérieure deux petits chevaux dressés.

Un autre pithos crétois, des environs de 66G-65D (75) (pl. 7, fig. 1-2), représente, dans le style élégant et précis d'Afrati, un maître des animaux, ptérophore et barbu, qui touche le poitrail de deux chevaux ailés. Le dieu, porte une courte tunique de mode syrien­

ne, serrée à la taille par une ceinture et est coiffé de la "perruque à étages" également d'origine syrienne. Les chevaux, dont le long cou trace une courbe élégante, retournent la tête vers le spectateur qu'ils semblent dévisager de leurs yeux grands ouverts. Le despotès hippôn est, ici, figuré plus petit que ses animaux (76).

Le cheval ailé est un phantasme oriental (77) mais il est relati­

vement peu représenté comme attribut des maîtres des animaux orientaux, eu égard au nombre considérable de taureaux, fauves, capridés et ani­

maux fabuleux qui sont les satellites usuels des divinités orientales de la nature.

Le cheval ailé, figuré sur un cylindre-sceau assyrien (78) (pl. 7, fig. 3) et qu'un maître des animaux tient par une patte antérieure, un relief de Nimroud (79) portant l'effigie d'un démon ailé qui main­

tient par la crinière deux chevaux dressés, un bronze ourartéen con­

servé au British Muséum (BO) représentant une déesse assise entre deux protomes chevalins et un mors en bronze du Louristan (81), en forme de

(30)

protomes de cheval entre lesquels surgit une figure humaine qui pesé les mains sur le cou des bêtes^ sont parmi les quelques attributions d'une figure ch eyal ine à une divinité orient:ale_de.s_animaux_^(B2 )_,---

Ceci me confirme dans l'impression que le concept d'une divinité des chevaux est davantage grec qu'oriental. Lorsque les objets de l'artisanat oriental vinrent apporter un nouveau bagage iconographique à l'art grec, le maître des chevaux "s'orientalisa" ; il fut souvent représenté ailé comme ses animaux-attributs et se vêtit à la mode orien­

tale. Les chevaux se dressèrent sur leurs pattes postérieures^imitant l'une des attitudes les plus fréquentes des animaux soumis à un dieu oriental de 1 a nature.

Sur une plaque à relief de Gortyne, du Vile siècle (03) (pl. 7, fig. 4), malheureusement très fragmentaire, devait figurer une scène analogue à celle qui décore le col du pithos de Prinias. La main d'une figure qui était probablement centrale mais dont il ne subsiste rien, saisit une patte antérieure d'un cheval dressé ; le sabot de l'animal repose sur un fleuron.

Une plaquette en terre cuite de Lato datant vraisemblablement de la seconde moitié du Vile siècle (84) (pl. 7, fig. 5 ; pl. 8, fig. 1- 2), représente un personnage masculin ptérophore qui marche vers la droite ; ses cheveux sont coiffés selon le modèle syrien de la "perru­

que à étages". Des deux bras, il enserre le cou de deux petits chevaux^

dressés sur leurs pattes postérieures^ qui appuient leurs pattes anté­

rieures contre le torse de leur maître (05). Sept fragments figurant le même groupe héraldique ont été mis au jour à Lato.

Une série d'objets en ivoire, en terre cuite et en plomb, qui fi- gureiiMa divinité protectrice des chevaux, a. été découverte dans le sanctuaire Spartiate d'Artémis Orthia.

Une tête humaine flanquée de deux protomes chevalins, en terre cui­

te (86) (pl. 0, fig. 3), doit être interprétée comme l'évocation "en

(31)

27

abrégé" du dieu ou de la déesse des chevaux. Comme l'a noté M.S.

THOMPSON (87), cet objet est vraisemblablement une imitation de penden -ti-C-e-n-mét al—pr^écieux,--- --- --- — - ---

Un relief en ivoire datant du troisième quart du V/IIe siècle (88) (pl- 8, fig. 4) reprend le motif de la tête humaine hissante entre deux protomes de cheval. Il est difficile de décider si la tête hu­

maine de ce relief est masculine ou féminine. E.-L. MARANGOU (89) la considère comme masculine ; personnellement, j'inclinerais à y voir une tête féminine étant donné le modelé doux du visage, la rondeur des joues, la bouche pulpeuse esquissant un sourire mais il faut reconnaî­

tre que ce genre d'interprétation est purement subjective.

Une anse en bronze d'Athènes, datant des environs de 580 (90) (pl. 9, fig. 1), relève d'une conception analogue. Elle représente une tête féminine coiffée de deux protomes chevalins. N. YALOURTS

(91) , se basant sur un cratère attique du deuxième quart du Ve siècle, où figure Athéna, les cheveux entourés d'un diadème décoré de protomes de cheval ailé, a voulu reconnaître dans l'anse de bronze une représen tation d'Athéna Hippia dont le culte est bien attesté à Athènes.

Des pendentifs en bronze découverts dans le sanctuaire d'Artémis Orthia à Sparte, au bas desquels pendent des grenades, figuraient la déesse entière entre deux protomes chevalins (92) (pl. 9, fig. 2).

La production de ces objets couvre la deuxième moitié du Vile siècle et le début du Vie.

Comme l'ont justement noté M. RD5T0VTZEFF (93) et E. 5PARTZ (94), le motif de la figure humaine hissante entre deux protomes chevalins n'est pas une trouvaille des arts mineurs grecs mais est d'origine orientale.

Un bronze ourartéen, conservé au British Muséum (95), représente une déesse assise entre deux protomes de cheval accolés ; la déesse pose les mains sur la tête des chevaux. Un mors en bronze lourista-

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nais (96) figure une divinité hissante entre deux protomes chevalins.

Un beau rhyton en bronze, du IXe siècle, provenant d'Hasanlu (97), épo u^s e 1 a f orme d*un protome chevalin ; la tê t e d u_ c h_eA/ al_s e r a p p roc b c des types chevalins du sanctuaire d'Artémis Orthia, notamment dans le traitement de la crinière.

Les documents du Vie siècle

On a découvert dans 1'Héraion de Samos un ivoire en ronde bosse (90) (pl. 9, fig. 3) que 1' on peut dater du premier quart du Vie siè­

cle. Il représente un homme entre deux protomes de cheval ailé.

On sait qu'Héra fut une divinité protectrice de la race chevaline qui a, parfois, été associée à Poséidon Hippios (99). Faut-il recon­

naître dans le groupe en ivoire de l'Héraion, la représentation de son parèdre samien ?

Une anse d'hydrie en bronze de la première moitié du Vie siècle, attribuée à un atelier d'Italie méridionale (100) (pl. 9, fig. 6), figure une tête de femme coiffée d'un haut polos qui apparaît entre deux protomes de cheval agenouillé ; l'anse est sommée par deux lions couchés se tournant le dos.

Nous retrouvons, de nouveau, l'évocation de la potnia theron par la seule figuration de sa tête entre deux protomes chevalins ; les lions couchants lui sont certainement assujettis et ont, sans doute, une valeur apotropaîque.

Une métope de Sélinonte, d'environ 570 (101) (pl. 10, fig. 2), est décorée du motif du quadrige, figuré d'une manière tout à fait inhabituelle, qui permet d'en faire, en même temps^ une représentation de potiiiai hippSn. Deux déesses au visage souriant, sont montées sur un char attelé à quatre chevaux mais, de manière très curieuse, les deux chevaux extérieurs de l'attelage sont placés de profil et dressés sur leurs pattes postérieures ; chaqüe potnia touche, de la main, le front du cheval qui lui est le plus proche.

(33)

29

Comme l’a reconnu R. BIANCHI-BANDINELLI (102), le motif du char représenté de face a une valeur de théophanie et selon lui, les deux déesses pourraient être Déméter et Korè figurées dans u.n„mome„nJt de______

gloire. L'interprétation du regretté savant italien est séduisante : on connaît, en effet, les affinités chevalines de Déméter et les liens étroits qui l'unissaient à Poséidon Hippios.

A Olympie, on a mis au jour un bouclier du Vie siècle (103) (pl.

10, fig. 1) qui porte, sur le rebord, la figuration d'un homme nu, marchant vers la droite, enserrant dans ses bras le cou de deux chevau dressés qui retournent la tête. Les deux bêtes posent les pattes anté rieures sur les jambes de leur maître. La nudité héroïque du person­

nage le désigne comme un être supranaturel.

Avec ce bouclier, nous retrouvons l'effigie du dieu des chevaux connue sur ce site depuis l'époque géométrique mais il a pris une ap­

parence plus orientale.

Le Musée National de Varsovie conserve un pied de miroir en bron­

ze daté de 550-540 (104) (pl. 9, fig. 4-5) qui représente une figure féminine, vêtue d'un chiton dont elle tient un pan de la main gauche tandis qu'elle lève la main comme dans un geste de bénédiction. Sur la tête, elle porte deux protomes de cheval ailé renversés qui ser­

vaient d'encastrement au miroir.

Sur une grande hydrie à panse ovoïde de style ionien (105) (pl.

10, fig. 3), figure un jeune homme nu, dans l'attitude du Knielauf.

levant les deux bras et serrant les poings. Il est flanqué de deux chevaux qui amorcent un mouvement de redressement. Bien que le jeune homme soit agenouillé, sa tête arrive à même hauteur que celle des chevaux ; ceci indique 'que l'homme est beaucoup plus grand que ses bê­

tes et le désigne sans doute comme un dieu des chevaux.

Un plat laconien d'environ 550, conservé au British Muséum (106) (pl. 4ter, fig. 2), représente un sujet voisin mais les chevaux sont ailés (cf. p. 23).

(34)

Le motif du groupe héraldique formé par la figuration du despotes hippSn fut employé comme thème décoratif jusque dans le Ve siècle.

-Su-r-un—sca-rabée—du-d ébut-du-s-ièclei—d'origine—chypriote—(-1Q-7-)—(pi-.—10, fig. 4), on retrouve l'effigie du maître des chevaux, qui revêt l'ap­

parence d'un jeune homme nu, fléchissant légèrement les genoux et sou­

tenant au poitrail deux chevaux qui se cabrent. La règle de l'isocé- phalie a été appliquée dans un but esthétique, sans doute, mais qui n'en exprime pas moins la taille surhumaine de ce jeune dieu des che-

Les documents examinés montrent qu'on peut suivre la figuration de la divinité maîtresse des chevaux depuis l'époque géométrique jus­

qu'à l'aube de l'époque classique.

Les figurines et les reliefs de bronze géométriques d'Olympie, de même que la céramique du géométrique récent et tardif amènent à con­

clure, sans trop de risques de tronquer la vérité historique, à l'exis tence d'une divinité protectrice des chevaux dès la période géométri­

que tardive. Il n'est pas impossible que cette divinité soit, en par­

tie, l'héritière de croyances créto-mycéniennes.

Le grand nombre de représentations du dieu des chevaux dans la céramique géométrique argienne, pousse à en voir l'origine dans l'art de l'Argolide d'où son image a gagné d'autres régions, notamment l'At- tique.

La grande vague des influences orientales entraîne une modifica­

tion de l'apparence du dieu des chevaux et le retour en force de la potnia hippên relativement peu représentée à l'époque géométrique.

Désormais, le dieu sera souvent ailé^ à l'image des divinités

orientales de la nature. IMu ou vêtu à l'orientale - généralement à la mode syrienne - il domine deux chevaux fréquemment ptérophores et dres sés sur leurs pattes postérieures à la manière des animaux assujettis aux divinités du Proche Orient,

(35)

31

Cependant, les représentations de l'époque orientalisante ne sont, à mon sens, qu'un déguisement de la divinité des chevaux conforme à la mo d e n O U V e lie, c a r—ce—c on ce p-t_r. el.i g i e ux _me—p ara ît davantage grec qu'o- riental.

Comme je l'ai souligné plus haut, fauves, capridés, taureaux et monstres

□rient, il n'y a que relativement peu vaux.

Avec l'avènement de la période or regain de popularité de la potnia. 5o en Crète et à Sparte mais également da la Grèce.

Il semble que selon les sites, elle varie d'identité : Artémis, Hippia ou Polo, Héra Héniochè ou Hippia, Athéna Hippia, Déméter, elles furent toutes des déesses dont les affinités chevalines furent démon- trées d e man ière co nvaincante par N. YALOURIS (10B) .

Bi en so uvent, la divinit ê mai O, qtj'on ide ntifia es sentie lie ment à Pos ei don H ippios , dont le c ulte fut vivace e n Argo lid e, en Béo tie, en Area die e t même à Athènes (109) , se voit, a u fil du temps, de plu en pl us rédu it à 1' état de pa rèdre de la grand e déesse bien q ue 1 ' im ge du m aître des ch evaux ait été représentée j usque dan s le V e s iècli

A partir du Vile siècle, le cheval prend une allure orientale.

Souvent ptérophore, il est fréquemment disposé, de la même manière que les fauves et les monstres orientaux, selon un schéma héraldique.

C'est ce que montrent le décor d'un bouclier en bronze de la fin du Vile siècle ou du début du Vie, trouvé à Olympie (110) (pl. 11, fig.

1-2) et un relief en terre cuite crétois (111) (pl. 10, fig. 5).

Un relief en bronze d'Olympie, qui date probablement de la seconde i

moitié du Vie siècle (112) (pl. 11 fig* 3),

face au nombre incalculable de soumis aux dieux du Proche d'exemples de maîtres des che-

■ientalis ante, on assiste à un in effigie est largement diffusée ms les autres grandes régions de

représente une Chimère

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formant avec un cheval aptère un groupe antithétique de part et d'autre d'un fleuron.

Le fait que le cheval soit dépourvu d'ailes indiquerait qu'il ne s'agit pas de Pégase que montait Bellérophon lors de son combat con­

tre la Chimère, mais cela signifie plutôt que, désormais, le cheval est mis sur un pied d'égalité avec les fauves et les monstres hérités de 1'Orient (113).

(37)

CHAPITRE II

33

LA MAÎTRESSE ET LE MAÎTRE DES OISEAUX

La disposition héraldique du maître et de la maîtresse des ani­

maux apparaît très tôt dans l'art grec, dès le géométrique tardif ; elle restera jusqu'à la fin de l'époque archaïque l'une des présenta­

tions préférées des divinités maîtresses des animaux.

L'oiseau, généralement oiseau d'eau à long cou, plus rarement oi­

seau de proie, fut avec le lion l'un des premiers compagnons de la maîtresse et du maître des animaux orientalisants.

Les documents du Ville siècle

Parmi les plus anciennes représentations de la potnia ornithôn.

figure le disque en bronze de Tégée, daté de la fin du Ville siècle (1) (pl. 12, fig. 1). Il est malheureusement très endommagé ; seule a subsisté la moitié droite. Cependant, on discerne encore assez clai­

rement une femme nue, portant une large ceinture, la tête de face, le­

vant le bras gauche et tenant une grenade ou une fleur de pavot (2).

La déesse est debout sur le dos d'un quadrupède dont, seul, l'arrière train est conservé, de sorte qu'il est difficile d'en préciser la na­

ture. Le dessin de la queue, qui paraît se terminer par de longues mèches de poils^s'apparente davantage aux représentations de la queue d'un taureau qu'à celles d'un cheval (3).

Selon W. TECHIMAU (4), la potnia tient en main un pavot, symbole de fertilité mais E. 5PARTZ (5) pense que l'on prend, pour la queue de la fleur, l'un des doigts de la déesse de sorte qu'elle présenterait plutôt une grenade.

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La divinité devait être flanquée de deux grands oiseaux d*eau ; seul l'oiseau de droite est conservé. Il appartient au type d'oiseau -aquatique—haut sur pattes,—au—long—cou—et-au—large—bec—aplati, gravé---

dans un style qui rappelle les figures d'oiseaux décorant les fibules béotiennes (6). Cèt oiseau (et son pendant probable) accompagne la déesse comme attribut et peut-être comme témoin de son épiphanie (7).

La divinité montée sur un taureau est une image très répandue dans le Proche Orient ancien ; elle apparaît ainsi dans la glyptique syro-hittite (B), assyrienne (9) et sur des stèles découvertes en Sy­

rie du Nord (10). Nous reviendrons ultérieurement sur ce problème, dans le chapitre que nous consacrons aux dieux montés sur des animaux.

La nudité et la frontalité de la potnia ornithên du disque de Tégée sont des indices d'influences orientales, La déesse nue est couramment représentée dans les arts du Proche Orient, sur des cylin­

dres syro-hittites (11) (pl, 20, fig. 5), sur un relief néo-hittite de Karkémish (12) (pl. 36, fig. 9), sur des pendentifs en or de Pas Shamra du XlVe siècle (13) (pl. 34, fig. 2-5) et sur des reliefs en terre cuite syriens (14) (pl, 44, fig. 2-3),

La nudité de la déesse n'est pas une conception grecque ; l'ima­

ge de la déesse nue est peu répandue dans le monde hellénique et dis­

paraît tôt. Rappelons que la complète nudité de la déesse était ex­

ceptionnelle dans l'art créto-mycénien.

La présentation frontale est également fréquente au Proche Orient.

Des cylindres syro-hittites (15) représentent la déesse de pleine face (pl. 12bis, fig. 1-2). Un orthostate de Tell Halaf (16) porte l'effi­

gie frontale du dieu Teshub ; un relief néo-hittite de Karkémish (17) (pl. 36, fig. 9) représente la déesse nue ptérophore, en position

frontale. Sur deux plaques en ivoire de Nimroud (18) (pl. 32, fig. 3), la maîtresse nue des lions adopte la même présentation ainsi que les déesses figurées sur une tôle en bronze néo-hittite découverte à Samos

(19) (pl. 43, fig. 2_3).

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35

Sur une fibule béotienne, datant du troisième quart du Ville siè­

cle et conservée au British Muséum (20) (pl. 12, fig. 2) deux femmes, en -disposi±ion - .fro.nt ale;-q-ui_paraiss.e.nt_-n.ue.s ,._s ais.iss.e.o_t_p.ar^, le _cpu trois oiseaux aquatiques ; l'oiseau situé entre elles est tenu par les deux femmes. E. 5PARTZ (21) considère que ces femmes sont vêtues, mais, à mon sens, elle a confondu l'indication du triangle pubien et le collier que porte la femme de droite avec des éléments vestimentai­

res. En réalité, le collier de la potnia doit s'apparenter au bijou d'une déesse de la nature figurée sur un pendentif en or, du XlVe siècle, provenant de Ras-Shamra (22) (pl. 12bis, fig. 3) ; le collier de la déesse est très large et pour peu que le dessin manque de nette­

té, il pourrait se confondre avec une encolure de robe. L'indication du triangle pubien apparaît également sur ce pendentif et sur un autre pendentif en or de même provenance et de mime date (23) (pl. 34, fig.

2

).

Le grand disque étoilé qui décore le centre de la fibule évoque le décor de certains objets d'ivoire provenant de Nimroud (24).

A gauche du groupe des déesses doubles, figurent plusieurs oiseaux de même race que ceux qu'elles tiennent ; au-dessus d'elles, passent trois poissons tandis qu'un serpent glisse à leurs pieds.

L'association de la potnia therên nue et du serpent est attestée dans l'art oriental. Un pendentif en or de Ras Shamra, daté du XlVe siècle (25) (pl, 12bis, fig. 3), représente une déesse nue, sans doute Ashtart, montée sur le dos d'un lion et brandissant deux petites an­

tilopes ; deux serpents se croisent à hauteur de son bassin.

Il est possible que le décor de la fibule de Londres évoque deux grandes déesses de la nature (26) mais leur dédoublement pose un pro­

blème d'interprétation et d'identification. Aurions-nous déjà affaire à une relation du type Déméter et Korè qu'illustre, sans doute, un groupe en ivoire découvert dans le sanctuaire Spartiate d'Artémis ür- thia (27) (pl. 130, fig. 4) ?

Figure

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Références

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