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Texte intégral

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Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Bougard, J. (1843). Le delirium tremens, ou folie des ivrognes (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Médecine – Médecine, Bruxelles.

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(2)

IJNIVIRSITÊ DE BRUXELLES,

FACULTE DE MÉDECINE.

ou -=--

THÈSE

SUR

LE DELIRIUM TREMENS,

FOLIE DES IVROGNES,

50UTl!NH PUBLIQUEMENT

A LA FACULTÉ DE !lfÊD.ECINE DE L'UNIVERSITÉ DE BRUXEJ,LES, LE $0 MA.I 18.4 8, A ·3 HEURES DE RELEVÉE 1

POUR

OBTENlll LE GRADE DE DOCTEUR AGRÉGÉ PAR

Lil Doc'l'Evn. BOUGAllD,

'CHIRDllGIE!t DR L'HOSPICF. SAINTR - GERTRUDE 1 A"NO;•:N ll'ITERNF. D•:S JIÔPITAUX RT DE L'HOs:PICR DE LA MATERNITÉ DB BRUXELLES,

MF.MBRlt DP. LA SOCfÉTÉ VÉSALIF.NNH, ETC.

Ne conduire qu'à moitié chemin ceux qu'on doit guider, c'est les égarer; quel- que pénible que soit la route, il faut la parcourir toute entière.

~rniellts1

IMPRIMERIE DE J. VOGLET, RUE DU COQ- D'INDE, 12. MAI 18U.

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ENIVERSITE DE Bl\EIELLES.

FACULTE DE MÉDECINE.

THÊSE

SUR

LE DELIRIUM TREMENS,

ou

FOLIE DES IVROGNES, SOUTENUE PUBLIQUEMENT

A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE L'UNIVERSITÉ DE BRUXELLES, LE :t\0 DIAi 184 3 , A tR IIEUIIES DE Il ELEVÉE,

POUR

OBTENlll LE GRADE DE DOCTEUR AGRÉGÉ,

Le DocTEtrll BOUGARD,

CUlRU.RCn:~ DR L'lfOS~lCF. SAlNTR -GERTRUDE' ~NCIEN rNTER~n: DES HOllJTAUX. JtT DEL HOSPICE DE LA I\1ATERNITE DF. BB.UXELLES,

MlmCJ\E DE LA socrsré VÉSALIENNE' ETC.

Ne conduire qu'à moitié chemin ceux qu'on doit r;oide1·, c'est les égarer ; quel- que pénible que soit la route, il faut la parcourir toute entière.

(4)

{

V All MEEN EN , Recteur,

M1&S1EliRS VtRUAEGEN, AÎNt, Adminis.traleur-Inspecle1~r. OutJF, Secrétaire. FACULTÉ DE MÉDECINE· Professeurs. 1 MM. LEBEAU, Président. JAcl!l,\RT, VANHUEV£L, SEUTLN. GRAUX. LANGLET. MOREL. JUEISSER, PASQUIER. GLUGE. DEllOUBAIX.

CAROL Y, VAN Cursan, UnrERllOEVEN, PÈRE, A. UnrERHOEVEN (honoraires).

P.J. C, SrnoNART, (prosecteiir).

Yu l'article dix-huitième du réglement du ~6janvier1842, ainsi conçu : " Toute thèse qui serait imprimée sans l'appro-

~ bat ion du Président (de la faculté que la chose concerne) ~ sera considérée comme non avenue et étrangère à l'U ni- ~ versité. Du reste, les opinions étant libres, les récipien- " da ires peuvent présenter au public les résultats, quels qu'ils " soient, <le leur conviction personnelle; l'Université n'en- " (end à cet égard rien approuver ni improuver. n

Le Président de la faculté de médecine de l'Université de l3ruxelles, autorise l'impression de la présente thèse, présen- tée par 1\1. Buugard , docteur en médecine, etc., sans en ten· dre :ipprouver ni improuver les opinions de l'auteur.

Bruxelles, le 15 avril 1843.

(5)

2t

mon ancien

f

toftsstnr

M. A. UYTTERBOEVEN,

Chirurgien en chef de l'hôpital Saint-Jean, Professeur de clinique chirurgicale à l'Université de Bruxelles, Membre de la Société Yésa- lienne, etc., etc., etc,

4ljommage bt

profonbt ei5ratitub

e.

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INTRODUCTION.

l l y a vingt ans

à

peine que le delirium tremens est généralemenl regardé comme constituant une maladie séparée, ayant ses causes, ses symptômes, sa marche, sa. thérapeutique, etc. , qui le distinguent suffisamment des maladies avec lesquelles il a de l'analogie.

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-6-

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HISTORIQUE.

Ce n'est que vers la fin du 18• siècle, que le delirium tremens fut distingué comme maladie séparée, et on ne le voit guère paraître isolément dans les cadres nosologiques avant 1820. Quelques auteurs prétendent que Cullen avait déjà signalé une aliénation mentale particulière aux ivrognes, mais elle n'en resta pas moins confondue avec la manie, la phrénésie, l'encépha- lite, etc. C'est à Guillaume Saunders qu'appartient l'honneur de cette découverte, c'est ce médecin célèbre,

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-8-

connaître le spécifique. Mais aux yeux <le la science et de l'humanité, qu'il aurait pu mieux servir, Saunders eut un tort, celui de ne pas avoir publié les fruits de ses recherches, et les résultats de son expérience.

Le délire des buveurs était donc connu en Angle- terre, longtemps avant de l'être en France et dans les autres pays, probablement parce qu'il y est plus fré- quent; on sait en effet que les Anglais font un plus gr;md usage de boissons fortes que les autres peuples.

Si l'honneur de la découverte est dû à Saunders , celui de l'avoir fait connaître revient de droit à Sutton, car c'est ce médecin qui publia le premier traité sur cette matière; son mémoire parut en 1813. Il a le grand mérite d'avoir répandu dans le monde entier la con- naissance d'une maladie qui dégrade et avilit l'homme qui en est atteint.

Le premier mémoire ex-professe imprimé sur le con- tinent concernant le delirum tremens, est de M. Rayer; il a aussi puissamment contribué à généraliser la con- naissance de cette affection. M. Rayer s'appuie sur cinq observations qu'il a recueillies dans le service de Dumé- ril , et sur quelques faits publiés par d'autres auteurs.

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Le premier volume des mémoires de l'Académie de médecine de Paris, publié en 1828, contient un mémoire de Léveillé sur fa folie des ivrognes ; ce travail laissait beaucoup à désirer, il ne répandait qu'un bien faible jour sur cette affection, c'est ce qu'avait très-bien senti son auteur, qui s'occupait de recherches plus approfondies sur cette maladie, lorsque, en 1829, la mort vint interrom- pre ses travaux. Cependant son manuscrit fut publié en 1833, et c'est encore aujourd'hui la monographie la plus complète que nous possédons sur le délire des buveurs.

Il paraîtrait que quelques professeurs et praticiens dis- tingués de Paris, parmi lesquels on cite particulièrement Delaroche, Duméril et Guersent, avaient déjà reconnu, même avant la publication du mémoire de Sutton, un

désordre mental causé par la boisson, et que ce délire était combattu avec le plus grand succès par l'opium, mais cette circonstance trouve une explication facile dans le séjour prolongé de Delaroche en Angleterre, où il avait sans doute eu occasion de voir fréquemment le professeur Saunders.

Quelques brochures ont encore été publiées en Angle- terre, en France, en Allemagne, en Danemark, en Améri- que, etc. , sur le délire tremblant ; un grand nombre de journaux de différens pays ont aussi consigné de nombreuses observations de délire des ivrognes, mais notre but n'étant pas d'en faire l'historique complet, nous nous sommes contenté de citer les principaux travaux qui ont été faits, jusqu'à ce jour, sur cette singulière

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SYNONYMIE.

Delirium tremens (1 ), Encephalitis tremefaciens , Delirium non inflammatorium, Dipsomanie (2) ,

l\Iania a temulentia , Nania a potu, Delirium ebriositatis, Frenesia potatorum , Œ:nomanie (5), Folie des ivrognes,

Encéphalopathie crapuleuse ,

Saunders, Sutton. Franck. Günther. Hufeland. Klapp. Snowden. Blake. Albers. Rayer. Léveillé. id.

En passant en revue ces diverses dénominations, on

{'I) Éty111ologio: délire, de lira sillon, d'où âelirare , sortir du sillon, ne pas labourer droit, s'écarter des voies de Ia raison , délirer, extra- vaguer, déraisonner. On a aussi prétendu que ce mot dérivait de lirS , liil'Dy, niaiseries, mais la première version nous parait préférable.- Tremens; tremblant, délire avec tremblement.

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-11-

a lieu de s'étonner de ne pas en trouver une seule qui réponde à toutes les exigences, qui soit d'une justesse irréfragable. Celle de delirium tremens, qui est la plus généralement admise, et qui est la préferable à tous égards, est-elle applicable à tous les cas indistinctement? Évidemment non, puisque nous avons observé le délire causé par la boisson, sans que le sujet fût affecté du moindre tremblement (voir les obs. I. IX et X); donc cette dénomination n'est pas d'une précision mathéma- tique et pourrait induire en erreur les personnes non pré- venues.

L'mcephalitis tremifaciens de Franck s'éloigne encore bien plus de la vérité, car à l'inconvénient qui lui est commun avec la précédente, elle joint celui de donner l'idée de l'inflammation du cerveau, et il est suffisam- ment démontré aujourd'hui que le délire des buveurs n'a rien d'inflammatoire.

Celle de delirium non ieflammatorium de Günther, n'est guère plus heureuse, puisqu'elle pourrait être appliquée à beaucoup d'autres "maladies , ce qui entrai- nerait de la confusion.

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12 -

venu l'esclave. Ce besoin toutefois est essentiellement différent de celui de la soif.

La mania a temulentia de Klapp ne nous satisfait pas davantage: d'abord, le mot manie, comme expression scientifique, ne peut s'appliquer à l'affection qui nous occupe, et dans l'état actuel de la science, personne, je pense, ne sera tenté d'en qualifier le délire des buveurs: ensuite le mot ivresse ne convient pas non plus, puis- qu'on voit une infinité d'individus être pris- de ce délire, sans avoir porté jusqu'à l'ivresse la dose des spiritueux.

Snowden, en l'appelant mania a potu, aurait à peu-près atteint la précision que nous cherchons, si , au lieu de mania, il avait employé aux mêmes fins le mot deli- rium:

Delirium ebriositatis: nous avons dit pourquoi la déno- mination d'ivrognerie ou d'ivresse ne peut judicieuse- ment être employée et nous fournirons plus loin des ob- servations à l'appui de cette assertion.

Frenesia potatorum : les méninges, pas plus que le cerveau, ne sont enflammées dans le delirium tre- mens ,

OEnomanie s'applique aux gens qui ne pensent qu'à boire, qui se gorgent de vin par habitude, en conservant ou non leur raison. D'ailleurs dans notre pays, le vin n'en- trerait peut-être pas pour 1z200 dans une statistique étiologique du délire des buveurs.

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- 13 -

liqueurs spiritueuses, car le délire des buveurs est aigu, et nous ne lui reconnaissons pas une forme chronique, il ne peut doncs'aocommoder du mot folie.

Encéphalopathie crapuleuse: nous nous contenterons de faire une petite remarque sur cette singulière dénomi- nation, c'est que tous les sujets atteints de delirium tre- mens, sont loin de se livrer à la débauche,

Il résulte de ce qui précède que nous n'avons pas trouvé, dans cette longue énumération, l'expression qui convient à la désignation de la maladie dont - il s'agit ici , avec tonte la rigoureuse justesse que réclame la science. Il nous reste maintenant à en proposer une qui contente toutes les exigences, qui résiste à toutes les objections, qui puisse s'appliquer avec exac- titude à tous les cas qui peuvent se présenter à l'observa- tion. Nous n'osons nous flatter de réussir, mais nous avons au moins l'intime conviction qu'elle conviendra mieux que celles que nous avons énumérées. Si nous ne nous trompons, la dénomination de delirium potatorum énonce, avec plus de lucidité qu'aucune autre, l'étatquenous nous proposons de décrire. On trouvera qu'elle ne diffère pas essentiellement Je celles que nous avons passées en re- vue; il est vrai qu'elle a des rapports avec plusieurs d'entre-elles, mais ce qui la distingue, s'est qu'elle con- vient à tous les cas donnés et qu'elle s'y adapte avec pré- cision; en effet, si nous voulions examiner les différens cas qui peuvent s'offrir à l'observateur, nous trouverions qu'elle s'y appliquerait toujours juste et vraie.

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- 12-

venu l'esclave. Ce besoin toutefois est essentiellement différent de celui de la soif.

La mania a temulentia de Klapp ne nous satisfait pas davantage: d'abord, le mot manie, comme expression scientifique, ne peut s'appliquer à l'affection qui nous occupe, et dans I' état actuel de la science, personne, je pense, ne sera tenté d'en qualifier le délire des buveurs: ensuite le mot ivresse ne convient pas non plus, puis- qu'on voit une infinité d'individus être pris de ce délire, sans avoir porté jusqu'à l'ivresse la dose des spiritueux.

Snowden, en l'appelant mania a potu, aurait à peu-près atteint la précision que nous cherchons, si, au lieu de mania, il avait employé aux mêmes fins le mot deli- rtum,

Delirium ebriositatis: nous avons dit pourquoi Ia déno- mination d'ivrognerie ou d'ivresse ne peut judicieuse- ment être employée et nous fournirons plus loin des ob- servations à l'appui de cette assertion.

Frenesia potatorum : les méninges, pas plus que le cerveau, ne sont enflammées dans le delirium tre- mens ,

Ol:ùwmanie s'applique aux gens qui ne pensent qu'à boire, qui se gorgent de vin par habitude, en conservant ou non leur raison. D'ailleurs dans notre pays, le vin n'en- trerait peut-être pas pour 17200 dans une statistique étiologique du délire des buveurs.

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liqueurs spiritueuses, car le clélire<les buveurs est aigu, et nous ne lui reconnaissons pas une forme chronique, il ne peut donc s'accommoder du mot folie.

Encéphalopathie crapuleuse: nous nous contenterons de faire une petite remarque sur cette singulière dénomi- nation, c'est que tous les sujets atteints de delirium tre- mens, sont loin de se livrer à la débauche.

Il résulte de ce qui précède que nous n'avons pas trouvé, dans cette longue énumération, l'expression qui convient à la désignation de la maladie dont - il s'agit ici , avec tonte la rigoureuse justesse que réclame la science. Il nous reste maintenant à en proposer une qui contente toutes les exigences, qui résiste à toutes les objections, qui puisse s'appliquer avec exac- titude à tous les cas qui peuvent se présenter à l'observa- tion. Nous n'osons nous flatter de réussir, mais nous avons au moins l'intime conviction qu'elle conviendra mieux que celles que nous avons énumérées. Si nous ne nous trompons, la dénomination de delirium potato rum énonce, avec plus de lucidité qu'aucune autre, I' état que nous nous proposons de décrire. On trouvera qu'elle ne diffère pas essentiellement <le celles que nous avons passées en re- vue; il est vrai qu'elle a des rapports avec plusieurs d'entre-elles, mais ce qui la distingue, s'est qu'elle con- vient à tous les cas donnés et qu'elle s'y adapte avec pré- cision; en effet, si nous voulions examiner les différens cas qui peuvent s'offrir à l'observateur, nous trouverions qu'elle s'y appliquerait toujours juste et vraie.

Nous ne prétendons pas rejeter tout-à-fait la dénomi-

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- 14: -

nation de delirium tremens généralement employée jus- qu'ici, elle est consacrée par l'usage, elle a re~u la sane· tion des années et nous la respectons, mais il nous parait que celle de delirium potatorum, délire des buveurs, est préférable, Toutefois nous n'y tenons pas à o'lltrance et nous sommes prêt à la délaisser pour une meil- leure ( 1).

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DÉFINITION

..

Les différentes définitions données du délire- sont

çu vagues, obscures et inintelligibles, ou incomplètes et peu caractéristiques. C' est qu'il est difficile pour ne pas dire impossible, de former des divisions bien tran- chées et des classes bien limitées, dans une série d'effets provenant d'une même cause ( 1).

Sutton a défini le delirium tremens: un état de délire et d'agitation particulier aux ivrognes et/qui cède spé- cialement aux préparations d'opium administrées à hautes

doses.

Rayer a considéré cette affection comme une- espèce particulière de manie,

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16 -

Mérat ( 1 ) a désigné sous le nom de delirium tremens une espèce de manie avec tremblement des membres, qui se déclare presl1ue toujours subitement, chez ceux qui font abus du vin et surtout de liqueurs fortes.

D'après Léveillé (2), la folie des ivrognes est un dé- sordre mental survenu tout à coup, pendant ou im- médiatement après une orgie~ même accidentellement chez des personnes qui ne sont pas dans un état actuel de débauche. Je pense, dit-il, que cette névrose con- siste en une excitation morbide et spéciale du cerveau , indépendante d'une arachnoïdite et d'une gastro-enté- rite quifla compliquent quelquefois.

Un auteur français a dit que cette affection, tou- jours provoquée par l'abus des boissons spiritueuses, est caractérisée par le désordre de l'intelligence, par le tremblement des membres, par l'insomnie, et par l'embarras dans la prononciation;

Si nous devions faire un choix entre ces différentes

manières de définir le delirium potatorum, nous accor- derions la préférence à celle de Sutton, quoique nous n'admettions pas que ce délire affecte exclusivement les ivrognes ..

Il nous reste maintenant à exposer notre propre ma- nière de définir cette maladie. Nous entendons par delirium potato rum , un désordre extrême, essentielle-

(1) Diet, en 60 vol. r=: .. -

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- 17 -

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CAUSES.

Les causes du delirium potatorum sont prédisposantes, occasionnelles et déterminantes.

CAUSES PRÉDISPOSANTES et OCCASIONNELLES, ce sont : les saisons, les climats, le bas prix des spiritueux, le séjour dans certaines contrées, et dans les grandes villes, l'âge, le sexe, le tempérament, les professions et les affec- tions morales.

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d'admissions a toujours été plus élevé en été qu'en hiver; bien plus, pendant longtemps, on n'a reçu dans cet établissement, que

4,

5, ou 6 de ces malades cha. que année, tandis qu'en 1842, époque où la température s'est maintenue pendant plusieurs mois à une grande élévation, il y est entré onze individus atteints de cette maladie; ajoutant encore à ce chiffre quatre récidives survenues chez la même personne, il résulte, qu'en réalité, il s'est présenté en 1842, 15 cas de délire des buveurs: ils peuvent être répartis de la manière suivante. Printemps. Été. • Automne, Hiver. • . ~ . 5 .. 1 •• 2 . • f

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- 20-

produisent sera fréquente; en outre les habitans des pays froids et humides ont besoin d'excitants pour réagir convenablement contre ces conditions atmosphé- riques et l'homme se contente rarement du nécessaire.

C'est surtout dans les grandes villes que cette mala- die s'observe, les habitans des campagnes étant incom- parablement plus sobres que les citadins.

L'Angleterre, la Pologne, la Russie, le Danemarck, les Etats-Unis d'Amérique sont les contrées où l'on voit le plus de délires tremblants.

Le bas prix des liqueurs alcooliques favorise les excès et augmente la quantité d'ivrognes; il n'est pas surprenant alors; que le delirium potatorum n'en éprouve un acroissement sensible. Sutton a remar- qué qu'il s'est multiplié extraordinairement dans un comté où la contrebande s'était introduite.

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21

-

COPENHAGUE, P;RIS, malades. mala<les. de 18

.

it 20 5 21 à 50 !} 15 • 31 à 40 C8 28 • 41 à 50

cs

19

.

51 à 60 '.!! 16

.

Ct à 69 8 9

à 70 t t 175 89 BRUXF.LLRS, malades. de 24 il 30 • 30 à 35 • 55 à 40 • 40 à 45 • 45 à 50 e 50 à 45 • 55 à co 5 5 6 3 1 2 25

.Nous n'avons pas observé le delirium tremens au- dessous de 24 ans; l\I. Lind ne l'a pas vu avant 21 ans

1 tandis que Lé veillé l'a remarqué trois fois à 18 ·et 20

ans; ces cas doivent être regardés comme exceptionnels. Quoi qu'il en soit, il reste constant que cette maladie est peu fréquente avant 3oans, et qu'elle diminue d'une manière sensible après 5o, ce qui peut résulter de ce que les ivrognes atteignent rarement cet âge.

SExE. Le délire tremblant survient bien plus souvent chez les hommes que chez les femmes; il est plus fré-

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- ~2 -

quent dans la classe ouvrière que parmi les personnes aisées , Sutton ne l'a rencontré que chez une personne du sexe; Lind en a vu 7 , Léveillé 3, ct nos observa· tions n'en contiennent qu'une. On ne voit, dit Mérat, ( 1),

que quelques femmes crapuleuses qui soient prises de cette affection; chez nous il n'y a que celles de la lie du peuple qui boivent à ce point.

TEMPÉRAMENT· Lt plupart des individus qui font

habituellement usage des spiritueux, sont maigres , leur constitution se détériore promptement; nous en avons vu de robustes et de chétifs, de forts et de faibles, être affectés du délire tremblant. C'est donc une erreur de croire que cette maladie affecte de pédilection les sujets aux. formes athlétiques.

PuoFESSIONS. Parmi les professions, celle y:ui occasionne le plus souvent le delirium tremens, est tout naturellement celle de marchands de liqueurs: nous en trouvons 4 sur 25; viennent ensuite celles dans lesquelles on a à tout instant l'occasion de boire, ainsi, les ouvriers distillateurs, les petits marchands, les forts de la halle, les commis- sionnaires , les cochers, les postillons, etc., sont les états dans lesquels on rencontre le plus fréquemment le delirium polalorum.

Il est aussi dans la vie certaines circonstances qui portent l'homme à s'étourdir au moyen <le la boisson; ces cir- constances pourraient être appelées causes éloignées, car

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-23 -

comme beaucoup d'autres elles ne manifestent leur influ- ence qu'en conduisant à la débauche les infortunés qu'elles tyrannisent. Telles sont les suivantes: les chagrins violents, les contrariétés, les déceptions en amour, la jalousie, la frayeur, la colère, l'amour-propre blessé, l'ambition trompée, les revers de fortune: l'homme affligé, con- trarié, jaloux , trompé dans ce qu'il a de plus cher, commence par boire pour se distraire, s'enivre pour oublier un moment sa peine, ou donner un peu de relâche à sa douleur et se précipite ainsi dans la dérai- son, l'hébétude et l'abrutissement.

ÛllSERVATION I- Vanb ... ouvrier-ménuisier, âgé de 52 ans, est marié depuis plusieurs années avec une ouvrière très-jolie. 11 est bon travailleur, se trouve dans une

certaine aisance, mais est d'une jalousie extrême et qui empoisonne son existence. Il croyait trouver dans le ma- riage un remède à ce vice, mais ce fut précisément le con- traireetchaque jour apportait un accroissement nouveau à sa malheureuse passion. Son épouse, connaissant le

faible de son mari, évite jusqu'aux moindres appa- rences de relations avec d'autres hommes, et malgré

cela son époux infortuné n'en est pas moins tourmenté par son excessive jalousie. Une telle torture lui devint insupportable; il s'adonna aux liqueurs fortes pour tâcher <le faire diversion à sa souffrance; ce ne fut pas vai- nement, car souvent l'ivresse faisait taire momentané- ment sa rongean te passion. Mais sa raison déjà ébranlée, ne

(28)

- 24 --

gnes. Sa femme le fit contenir par plusieurs hommes; pendant trois jours il se trouva dans un état voisin de la fureur, enfin le sommeil s'empara de lui ; il se réveilla très - calme, mais toujours en proie à sa funeste passion. Inutile de dire qu'il reprit ses habitudes d'ivrognerie, et quelques mois après il entrait à l'hôpital Saint-Jean.Cette fois il avait brisé chez lui une infinité d'objets. Il

y

avait environ 20 heures qu'il délirait lorsque nous lui admi- nistrâmes un grain d'extrait d'opium d'heure en heure jusqu'à trois grains; quatre heures après la dernière dose, il commença à s'appaiser , puis s'endormit d'un profond sommeil. A son réveil il fut tout étonné de se trouver dans une maison de fous, et en parut très-af- fecté; cela nous fournit l'occasion favorable ile lui faire les remontrances les plus fortes et les exhortations les plus encourageantes. La leçon fut répétée les jours suivants; nous lui fîmes sentir tout le ridicule de sa jalousie non motivée, etc • Il sortit huit jours après bien convaincu du travers de son esprit et avec une bonne détermination do changer sa manière de vivre. Nous ne savons pas ce qui en est advenu, mais depuis vingt mois il n'est pas rentré

à l'hôpital Saint-Jean.

(29)

provoquer le <léveloppement du delire tremblant ,

ou le faire éclater. Nous admettons encore que Je dé- lire s'empare facilement des ivrognes lorsqu'ils sont ma- lades , mais est-ce bien, dans ce cas, le delirium tre- mens? Ç'est ce qne nous contestons. Nous reviendrons plus loin sur ce point.

On a aussi prétendu que l'abstinence des boissons,

chez les personne:) qui en prenaient une certaine dose

tous les-jours , pouvait faire éclater le délire des buveurs.

Nous n'avons pas eu occasion d'observer ce fait; nous

le croyons peu probable, et s'il survenait alors un délire,

nous pensons que ce ne serait pas le délire des bu- veurs.

Enfin le contact des molécules alcooliques avec la muqueuse nasale et trachéo-bronchique, peut- il pro- duire le délire tremblant? Laissons M. Léveillé répondre

à cette question (

1) :

« des douleurs de tête, des vertiges, sont quelquefois l'effet d'un séjour prolongé dans une atmosphère d'alcool, telle que celle des lieux où le vin est mis en bouteille et où on le tire de la cuve. Le clélire a été vu chez des personnes irréprochables, que

leur profession expose journellement aux vapeurs spi- ritueuses, et notre collègue. M Rayer, rapporte que

le O. Tartra a traité un sommeiller d'une sobriété

reconnue, chez lequel le trouble de l'esprit s'est mani- festé de cette 'manière. »N'attachons pas à ce fait plus d'importance qu'il n'en mérite et surtout gardons-nous

(30)

- 26 -

de trop <le croyance. La dissimulation est le partage

des individus intéressés â cacher leurs vices. Telle que je l'entends, l'absorption des molécules alcooliques par les surfaces muqueuses aériennes, prédispose tout au plus à la perte de la raison.

CAusE DÉTERMINANTE. Sans liqueurs spiritueuses , pas de delirium tremens possible: c'est donc exclusivement

à l'usage abusif <les boissons alcooliques que I' on doit attri- buer ce genre particulier de désordre mental, c'est la cause déterminante essentielle de cette affection.

La manière dont s'effectue l'ingestion de ces boissons, le genre de liqueurs auquel on s'adonne plus particu- lièrement, entrainent des différences remarquables clans l'évolution de cette maladie.

Le mode de préhension le plus ordinaire et celui qui produit le plus souvent le délire, c'est l'usage habituel et prolongé Je l'alcool. Remarquons ici que la production de cette maladie ne comporte pas comme nécessité que la <lose des spiritueux soit portée jusqu'à l'ivresse; il suffit que le sujet en fasse un usage habituel, et qu'une cause occasionnelle, telle qu'une grande chaleur, vienne ren- forcer la cause efficiente. C'est ce que prouvent les ob- servations suivantes.

OnsERVATION II. H •••.• journalier, âgé de 51 ans, prend tous les matins depuis un grand nombre d'années,

(31)

- 27 -

enfans; tous· ses amis ainsi que son épouse attestent qu'ils ne l'ont jamais vu dans un état d'ivresse. Cepen- dant en juin 1 842, alors que Ia température était très

élevée, il fut tout-à-coup pris d'un délire très agité, criant, vociférant, se livrant aux plus grandes extrava- g.ances.

Deux grains d'extrait d'opium, administrés 14 heures après l'invasion de la maladie, produisirent un sommeil profond, auquel succé<lèren t le calme et la raison.

ÛBSERVATION. III. M... cabaretier, âgé de 38 ans,

demeurant à Bruxelles, avait environ 25 ans, lorsqu'il se mit en service comme garçon-brasseur ; il était d'une complexion peu ordinaire et d'une force herculéenne. On sait que ces ouvriers boivent 10 à 15 litres de faro tous les jours, c'est aussi ce quefaisait notre hercule, et il ne s'en portait que mieux.

A 35 ans, il réunit ses économies à celles d'une femme de son choix et s'établit comme cabaretier. Dès cet instant, changement d'habitudes: il se contenta de trois ou quatre verres de bière par jour. Mais déjà il commençait à être tourmenté par un maladie organique du cœur, qui ne se révélait à lui que par une gène légère de la res- piration. En 1858, la dyspnée ayant fait des progrès mar- qués; il commença à prendre un peu d'eau-de-vie, ce qui lui procurait un soulagement momentané. Il continua ce genre de vie, sans jamais s'enivrer, jusqu'en 1840, époque où il fut atteint, pour la première fois , du

delirium tremens. Placé dans une maison de santé, le

(32)

- 28 -

jours après. Jl reprit aussitôt sa manière de vivre habi-

tuelle, c'est-à-dire, qu'il buvait un ou deux petits verres <l'eau-de-vie et quelques verres de bière tous les jours. Le 5 janvier 18tu, récidive du delirium tremens : il fut amené au dépôt des aliénés de l'hôpital Saint Jean, où nous le vîmes pour la première fois. Il présentait cet état

'bien marqué que nous nous proposons de nommer ca-

cheaiia potatorum et sur lequel nous reviendrons dans la

suite. Il déraisonnait avec calme; tremblement intense des membres supérieurs, insomnie, etc. Deux grains d'extrait thébaïque lui rendirent la raison, et il obtint sa sortie. Il reprit de nouveau ses habitudes, réduisit cependant Ia ration Je bière à 2 verres par jour, mais ne put faire Je sacrifice de ses deux petits verres d'eau-de-vie, car ils procuraient un peu de soulagement à sa dyspnée qui augmentait progressivement et commençait à devenir anxieuse. Le 8 aôut suivant, le temps était chaud, et le délire recommença. Conduit à l'hôpital, nous le trouvâmes plus agité que la première fois; son délire était bruyant, le tremblement général; la bouffissure augmentée, et Ia maladie du cœur faisait des progrès.On se contenta de lui administrer des minoratifs. Le lendemain, le délire avait cessé, mais le tremblement restait et avec une telle force, qu'on aurait cm voir greloter un fébricitant.Contin uation <les mêmes moyens. Le jour suivant, le tremblement per- sistant encore, on lui donna 2 gr. d'extrait opiacé dans un véhicule de

4

onces; huit heures'après, le tremblement

(33)

'Cette observation est remarquable sous plus d'un rap- port; d'abord elle nous montra un individu affecté dn -délire des-buveurs, sans·que depuis plusieurs années, it

se soit enivré une seule fois; en second lieu, elle prouva que l'opium peut non seulement appaiser le délire, mais encore agir efficacement sur le tremblement qui l'accom- pagne on qui persiste après la cessation du désordre de l'intelligence.

Nous pourrions citer d'autres exemples d'individus qui délirèrent à la suite d'un usage· prolongé, bien que modéré, de boissons spiritueuses, mais les deux précé- dens suffissent pour prouver ce po-int de doctrine, savoir: qu'il ne faut pas être ivro.gne pour être affecté du délire

des buveurs.

Cependant il est avéré que la plupart des personnes qui sont prises de cette exaltation des facultés mentales s'enivrent fréquemment et que c'est surtout chez des sujets adonnés à la débauche qu'on la rencontre.

Il n'est pas nécessaire de faire un abus prolongé des boissons fortes pour être atteint de cette maladie; queL ques excès peuvent la produire. Exemple :

ÛSERVATION. IV. Ans .•. tisserand, âgé de 45 ans,

est reconnu pour être très sobre; les personnes qui le voyaient habituellement ne se rappellent pas lui avoir vu faire un excès de boissons. Mais il eut à essuyer de grands chagrins domestiques, et tout à coup, il cherche à s'étourdir en se livrant avec frénésie aux boissons alcooli- ques. Il s'enivra pendant huit jours consécutifs, au bout desquels il fut pris <l'un délire furieux.

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- 30-

Transporté à l'hôpital Saint-Jean, nous le trouvâmes dans un état <l'agitation extrême, criant, blasphêmant , vociférant de toutes ses forces: ses idées se rapportaient à ses occupations journalières, mais il n'y avait pas <le tremblement, Cependant nous ne doutâmes pas un seul instant que nous avions à combatre le délire des bu- veurs et deux grains d'opium furent administrés, Il dormit une partie de la nuit; le lendemain il était parfaitement calme et raisonnable. Cet homme sortit

quelques jours après, plein de courage et d'espérance; sa conduite ultérieure a prouvé que sa résolution de bien faire était inébranlable, (

1)

Parmi les boissons fortes, celle qui , en Belgique , produit le plus souvent le délire des buveurs, c'est le genièvre, après vient l'eau-de-vie, puis d'autres liqueurs; le vin rarement, la bière plus rarement encore, car malgré l'énorme consommation de faro qui se fait à Bruxelles, nous n'avons pas observé un seul cas de delirium tremens causé par cette boisson.

Les docteurs Adersbach et Stoëher affirment n'avoir jamais observé que cette névrose ait eu pour cause l'abus du vin. Ils partagent en cela l'opinion du professeur Hufeland, qui n'accuse que l'eau-de-vie.

2)

(I) Inutile de répéter à chaque observation que nous employons tous les moyens qui sont en notre pouvoir, pour ramener ces malheu- reux dans la voie de la modération et de la tempérance.

(35)

SYMPTOMES.

(36)

-32-

dies et il ne peut aucunement faire préjugeF le geme d'affection qui va éclater.

Qu'il se déclare subitement ou qu'il soit précédé de la série de phénomènes que nous avons énumérés,, le délire arrive parfois en moins de quelques heures- li son summum d'intensité , comme il peut aussi aug .. menter g:raduellement pendant 1-8,24, 36 heures, pour atteindre sa plus:grande violence. Il est calme ou fie- rieuai , continu ou rémittent, s'exalte, s'exaspère ou.

diminue <l'intensité d'un moment à l'autre, sans aucune régularité.

Quand le délire est furieux, il se. manifeste par des, vociférations, des cris affreux, des invectives, un babil intarissable. C'est surtout lorsqu'on s'oppose aux pro--

jets insensés des malades que cette- exaltation extrême-

se déclare ;alors ils ne- répondent pris aux questions qu'on leur adresse, se livrent aux plus grandes excentricités, et si pour prévenir les accidents, on les a soumis aux moyens. de contrainte, ils crient et s'épuisent en vains efforts pour surmonter un obstacle qu'ils i'nterprêtent diversement, suivant l'ldèe qui: les occupe.

De tels excès ne sont pas très-communs, mais lors ~ème qu'ils existent, la fureur conserve toujours (Juel que chose <les caractères particuliers à ce genre de délire, caractères. que nous inùiquerons plus loin et qui le différencient de la fureur maniaque ou phrénétique,

(37)

affectueux. Deliria, cum risu quidern accidentia, se~ curiora. ( 1)

Quelquefois le malade est grondeur et d'humeur ré- poussante, tout le fâche et le contrarie, il exhale sa bile noire en insolences et en grossièret.és; Ia surveillance l'importune et l'irrite, sa pétulance ne connait pas de frein; alors il casse et brise tout ce qui lui tombe sous la main. li ne calcule aucun danger et n'a pas la con- science du mal qu'il peut faire. Les réprimandes sévères ne font qu'augmenter son emportement. Si on le laisse en liberté, il court dans tous les sens et sans aucun but. Contenu son impétuosité s'accroit et ses cris rédouLlent; il fait les plus grands efforts pour se débarrasser des' liens qui l'assujettissent, demande la liberté avec instances, ayant mille choses très pressantes à faire; ordonne aux assistans de le relâcher QU de lui donner un couteau, des

ciseaux pour couper ses entraves. Quelquefois il s'imagine qu'il a à soutenir ou à transporter un fardeau trop pesant

et

les tractions qu'il exerce sur ses liens ont pour Lut de

vaincre cette résistance; s'il n'y parvient pas, il s'inquiète et se désole, jusqu'à ce qu'une autre idée. change ses dé- terminations.

. Les uns et les autres laissent entrevoir la condition basse ou peu élevée dans laquelle ils vivent. lei, propos

orduriers, expressions des halles et carrefours , lan- gage de la lie <lu peuple; là, on reconnaît <les artisans qui

(38)

ont l'habitude du respect, de la soumission ou 'de la dé· férence ( 1).

Les modifications que le délire éprouve, les variétés qu'il présente, tiennent à son plus ou moins d'intensité, de violence, à la forme qu'il revêt, aux rémissions, aux paroxysmes plus ou moins longs et plus ou moins répétés

qui surviennent pendant sa durée.

CAnAcTÈRns DU DÉLIRE DES nuvauns.I °Le premier et le plus essentiel, est le tremblement musculaire qui l'accom- pagne, il est souvent borné aux membres supérieurs.se ma- nifes te par de légers tremblemensinvolo~1taires des mains, lesquels peuvent être habituels, si la constitution est détériorée par l'effet des liqueurs; d'autres fois les bras et les poignets sont agités par des secousses rapides, iné- gales et plus ou moins fortes, qui se propagent quelque- fois aux membres inférieurs et même, dans le plus haut degré de ce symptôme, au tronc et aux parois abdomi- nales, alors dures contractées et résistantes.

Ces mouvemens insolites des membres sont dûs aux contractions alternatives des muscles extenseurs et fléchis- seurs qui, dans les endroits où les tendons sont apparens, comme au poignet, produisent une agitation remarquable de ces parties. Quelquefois le tremblement revient par accès comme le délire. Ce tremblement n'existe pas tou- jours; sur les vingt-cinq malades dont nous consignons les histoires, nous l'avons vu manquer trois fois, mais c'était

(39)

chez des individus qui s'adonnaient depuis peu de temps aux boissons spiritueuses.

Lorsque le tremblement est léger et borné aux mains, on ne l'aperçoit qu'en privant le membre de tout point d'appui, car lorsqu'il est soutenu <lans toute sa longueur, ce phénomène n'est pas apparent.

. Quoique ce ne soit pas habituel, ce symptôme peut persister après que le délire a cessé; nous l'avons vu dans ce cas céder aux préparations d'opium. (Voy. obs. I. IX. et X.)

Nous avons remarqué que le tremblement est d'autant plus fort, que le sujet est depuis plus longtemps enclin à l'ivrognerie, qu'il est plus avancé en âge, que sa con- stitution est plus faible ou détériorée par l'effet <les spiri- tueur,

Enfin dans le delirium tremens, le tremblement ne fournit aucune donnée sur la gravité de la maladie, tan- dis que tous les observateurs ont remarqué que celui qui se manifeste dans l'inflammation du cerveau et de ses

membranes, est le plus souventmortel.

2° Le délire des buveurs n'empêche pas ces malades de reconnaître les personnes avec lesquelles ils ont des relations habituelles. C'est une chose bien remarquable que dans ce désordre mental, parfois si violent, il n'y ait pas perte de connaissance.

(40)

-36-

que leurs affaires les appellent au dehors, ils tentent tous les moyens possibles pour échapper aux personnes chargées de les surveiller, profitent de l'absence des gar<lienspour s'évader, sautent parles fenêtres, montent sur les toits, et périssent quelquefois victimes d'accidens qu'ils ne peuvent calculer et que l'on aurait dû prévoir.

D'autres croient réellement se trouver à leurs occupa- tions : le cocher est avec ses chevaux.il est sur son siège et conduit ses maîtres: le postillon gourmande son palefrenier; Je compagnon gâcheur entend les maçons qui lui demandent du plâtre; l'artisan ne quitte pas son métier; le contre- maître crie et se fâche dans l'atelier qu'il s'imagine surveiller encore et diriger; le charretier jure sans cesse; en un mot, le fort de la halle, le chargeur aux diligences, le boucher, Je scieur de bois, font connaître chacun ce dont ils ont coutume de s'occuper. Enfin ils sont vision- naires et hallucinés. Des gendarmes pour les arrêter, des voleurs pour les dépouiller et les assassiner; des animaux

de toute espèce, des êtres qui voltigent, se présentent à eur esprit déréglé. (I) Leur imagination délirante

transforme leur chambre· en atelier , en magasin; le~r

lit en établis et ils simulent les manœuvres auxquelles ils

sont habitués par leur profession; leurs litteries en ballots

qu'ils portent d'une extrémité de leur cellule à l'autre,

croyant ranger des marchandises. Si on les entretient sur

ce qui concerne leur profession, on trouve ordinaire-

(41)

- 37 ~

ment une certaine liaison ·dans leurs propos, mais aussi- tôt qu'on s'éloigne du sujet sur lequel se concentrent toutes leurs idées, ils déraisonnent complètement. Leurs mou- vemens sont précipités, leur activité extrême, ils parais- sent très pressés, il leur semble travailler beaucoup et n'avancer en rien; enfin à les entendre ils sont si fatigués qu'un peu de repos leur est nécessaire pm.lr se remettre ensuite à l'ouvrage.

OnsERVATION. V. D ... Ouvrier dans un magasm, agé de 54 ans, d'une constitution forte, mais un peu appauvrie par ses excès, a l'habitude de prendre tous les jours dans la matinée, plusieurs petits verres de genièvre, mais il lui arrive souvent de doubler la dose. C'est à la suite d'un excès de ce genre qu'il fut pris de delirium tremens et conduit à l'hôpital Saint-Jean. Son délire était cal me, sérieux, il parlait beaucoup, mais à demi voix, pas de cris, ancune plainte ni imprécation. Arrivé pendant la nuit, on le plaça dans une cellule. Le ma- tin je le visitai accompagné du domestique. Il était paisible, mais sans cesse en mouvement, ses idées rou- laient exclusivement sur ses occupations; il se croyait dans le magasin et craignait l'arrivée de son maître parce que tout n'était pas mis en ordre: tremblement des mem- bres supérieurs, odeur d'alcool. Il nous dit qu'il avait attendu le jouravec une grande impatience, afin de se mettre à l'ouvrage parce qu'il savait que pendant la nuit il ne fesait rien de bon. Tout en nous parlant, il ramas- sait continuellement des pièces d'or; il eu trouvait sur le plancher, sur les murs et partout où il voyait

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un nœud , un clou , une taché, un trou , c'était:

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g1'an<le partie <le la nuit. Le lendemain 1 devenu raison-, nable, il avait tout oublié et ne voulait pas croire surtout

qu'il avait ramassé- pour plusieurs millions de pièces

d'or,

ÛBSERVATION VI. -Grég .... marchand de grains, âgé

de 45 ans, taille élevée, complexion très forte, exposé par sa profession aux occasions de prendre des liqueurs , ingère pre5que tous les jours, depuis nombre d'an- nées, 10, 15, 20, même 25 petits verres de genièvre

ou d'eau-de-vie. Sa constitution ne parait pas en avoir reçu une atteinte bien forte, car il est extrèmement robuste. Cependant le 18 juillet 1U41, après avoir pris une dose inaccoutumée de liqueurs , il partit de Liège par le chemin de fer et se trouva à Bruxelles sans savoir où il allait. Inutile de dire qu'il s'adressa aux: cabarets, mais il ne pouvait payer son écot, car il avait perdu sa bourse ou on la lui avait enlevée; le premier ca- baretier lui prit sa casquette en garantie,et le mit à la porte, ·un autre sa veste, un troisième avertit la police, et il fut conduit à Ia prison des Petits-Carmes comme vagabond; oar il n'avait pas aux yeux des gardiens de la sûreté pu- blique, les app<H·ences de l'ivresse, ni de la folie, vu qu'il était calme, qu'il avait la marche assurée et peu de babil. Mais le médecin de- Ia prison ne s'y méprit pas et il fut transf:éré à l'hôpital Saint-Jean, le 20, vers

le soir. -'\_son entrée, il était tranquille, parlait entre les <lents. de sorte qu'on ne comprenait pas bien ce qu'il

disait et on n'avait aucun renseignement. On remit à

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40-

Le 21 àu matin, nous le trouvâmes occupé à faire des efforts inouïs pour soulever le lit , qui est fixé dans le mur: il s'imaginait que c'était un sac de grains; voyant que ses efforts étaient vains , il allait à l'autre extrémité, croyant y rencontrer un sac moins pesant. Enfin abandonnant cette lutte en donnant des signes d'impatience, il cherchait à ôter les pierres des murs, à dépaver la loge, puis . revenait au lit, etc., sans s'inquiéter le moins du monde des personnes qui l'observaient. Il répondait avec indifférence et incohé- rence aux questions qu'on lui adressait, ne donnait que des renseignemens très vagues sur ce qu'il lui était arrivé les jours précédens, Il était affecté d'un tremblement bien prononcé des membres supérieurs, mais du reste aucune fonction de la vie organique ne paraissait souffrante. -traitement: a~ministration de deux grains d'opium dans quatre onces de véhicule, pas d'alimens , tisane pour boisson.

Le 22, il était parfaitement raisonnable et très étonné

de se trouver à Bruxelles dans un hôpital. Il se rappelait les circonstances qui, à Liège, avaient précédé et accompagné l'excès qu'il avait fait, mais à cela se bornaient ses souvenirs et aucune particu- larité de son ''oyage, de son incarcération, etc. , ne se présentait à sa mémoire. 'Mais les cabaretiers qui avaient intérêt à le suivre, vinrent compléter nos renseignemens,

(45)

-41-

la répétition de la potion opiacée .sufüt pour l'en débarrasser. 11 écrivit à sa femme pciur avoir des fonds et reprit la route de Liège, le 25, décidé à tâcher de se ménager un peu, mais nullement résolu à abon-

'donner l'usage des liqueurs, car il trouvait que p0ur exercer sa profession, pour conclure les marchés, ce genre . de vie est indispensablement nécessaire.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais cela deviendrait fastidieux et l'on retrouvera dans d'autres observations la constatation de ce symptôme.

L'attention de ces malades parait concentrée sur une idée fixe qui a le plus souvent ra.pport à.leurs occu- pations ordinaires,, à leur genre de vie, à une affaire qui les avait fortement préocupés avant la maladie , ou bien à un penchant, à une passion dominante.

Leur attention est facile à fixer et on obtient sou- vent d'eux-mêmes tous les renseignemens désirables

.sur leurs antécédens, Aussi longtemps que l'on tient cette faculté en bride, leurs idées se lient d'une ma- nière assez régulière, mais dès qu'on lui donne quel- ques .relâche , qu'on cesse de les entretenir de l'ob- jet vers lequel leur attention est fixée, leurs extrava- gances· recommencent aussitôt.

50 La mémoire présente une singulière aberration dans

(46)

-~-

près leur guérison ' ils ne conservent aucun souvenir de ce qui leur est arrivé , ni de ce qu'ils ont éprouvé. Voir l'observation précédente.

Cependant il y a des exceptions à cette règle et quelque- fois le patient conserve présent à sa mémoire tout ce-

qu'il a fait pendant l'exaltation de ses facultés mentales. L'exemple suivant en fait foi, c'est le seul-que nous avons,

remarqué.

OBSERVATION VII. J •••••• , Philippine, ménagère; âgée de 48 ans, grande et forte, vivant dans l'aisance mais ayant un faible tout particulier pour le petit verre de liqueurs douces, si bien que depuis deux ans environ, elle a contracté la bénigne habitude de s'humecter l'inté- rieur avec des huiles ou des crèmes d'un goùt exquis. Lorsque dans la journée, elle passe, par hasard, devant un liquoriste distingué, elle ne peut résister à la tenta- tion, et fait une petite introduction, très licite toutefois , dans le sanctuaire de Bacchus , touche des lèvres seule- ment quelques gouttes d'une liqueur fine et très innocente, réservée exclusivement aux dames, et sort furtivement, munie de sa délectable provision. Ce dernier point, cependant, n'est pas ouvertement avoué, car pour un demi petit verre qu'elle ingère quelquefois le soir avant de

se mettre au lit, il n'est pas nécessaire de visiter fréquem- ment le doucereux marchand. La vérité est que Madame

1 •• 1 qui ne partage pas la chambre à coucher de son mari, s'enferme dans la sienne lorsque l'heure du repos

est venue, el là, elle savoure à longs traits et tout à l'aise

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de prolonger un peu trop le plaisir: alors on entendait un certain vacarme Jans la chambre de Madame J •••• , et des propos caractéristiques qui ne permettaient pas le change sur son étrange passion.Dans la nuit du 16 no- vembre 1842, il arriva que Mme J •.• , dépassa un 'peu la mesure de liqueur compatible avec sa raison, et le délire s'empara de son esprit. Tout-à-coup, vers deux heures de la nuit, elle s'imagine que son mari. est couché dans un café; aussitôt résolution est prise d'aller le chercher. Arrivée à l'estaminet-hôtel, il y avait encore quelques retardataires ; elle voulut parcourir toutes Jes cham- bres , mais on s'y opposa. Alors éclatèrent des cris des injures, des vociférations 1 el on ne. tarda pas à l'é- conduire. Elle alla directement faire sa plainte à la per- manence, et comme l'officier de police ne voulait l'as se rendre ses à exigences , elle continua à. son égard la scène de violence et de fureur qu'elle avait commencée dans le café. Mais ce fonctionnaire voyant qu'elle diva- guait,la fit mettre en lieu stir, et le matin, il détacha deux de ses agens pour la conduire au dépôt des insensés de l'hôpital St Jean.

A la visite du 17, délire léger, tremblement peu marqué; elle s'exprime avec indignation surIa manière dont on l'a traitée. Par momens , ses propos sont sans liaison aucune, on peut facilement fixer son attention, elle se rappelle exactement tout ce qu'elle a fait et ce qui lui est arrivé. Odeur.alcoolique très forte. Prescription: un grain d'opium, h.oissons laxatives. L.e 18, elle était

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tout ce qui s'était passé dans son délire, et reconnaissait toute l'absurdité de sa supposition que son mari eût. déserté la nuit le toit conjugal.

6° Quelques malades demandent de l'eau-de-vie, les. uns en supportent lerefus sans se fâcher.tandis que d'au- tres chez lesquels le désir est plus puissant, en sont exaspérés et se livrent alors à des excès horribles. - On rencontre l'odeur alcoolique de l'haleine quand le délire survient peu de temps après la dernière ingestion d'al- cool,

Une insomnie opiniâtre tourmente ces malades. Ordi- nairemenl ils ne cherchent à nuire, ni à eux-mêmes, ni à autrui; on n'a pas d'exemple de suicide médité, et rarement ils frappent les personnes qui les approchent.

7° Quand il n'y a aucune complication, l'absence d'altération grave des fonctions nutritives fait de suite penser que le délire n'est pas dû à la lésion d'un organe. important de la vie végétative; ce signe quoique négatif, est d'une importance majeure.

Le delirium potatorum a encore pour caractère

distinctif de se terminer spontanément , après 24 ou 48 heures, lorsque l'attaque est légère, et chez des indi- vidus qui n'ont pas fait un long abus de boissons alcoo- liques; après

3, 4,

6, ou

8

jours, lorsque le délire a plus d'intensité, et que les sujets s'adonnent depuis un grand nombre d'années à l'usage des spiritueux. Cependant, dans ces derniers cas, il y aurait de l'imprudence à faire la médecine expectante, et la mort pourrait bien en être

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Exemples de terminaison spontanée.-OnsERVATION VIII. l\1 •••• ouvrier, âgé de 34 ans, forte constitution, buvait bien la goutte , mais n'en avait pas l'habitude. Au mois <le juin, paru.ne température él~vée, ayant eu des con- trariétés, il s'adonna à la débauche; au bout de dix jours de vie déréglée, le délire se déclara brusquement. Con- duit au dépôt des insensés, nous le trouvâmes dans une agitation extrême, ses idées roulaient sur les chagrins qu'il avait essuyés; il y avait un léger tremblement, A la demande qu'on lui en fit, il nous raconta les circon- stances qui l'avaient amené à l'hôpital; son haleine exha- lait une odeur alcoolique très prononcée. On se borna à lui donner de la tisane. Il fut agité une bonne partie de la nuit, mais il s'endormit vers le matin; le lende- main il avait récouvré le calme et la raison , il ne lui restait aucun souvenir du temps qu'il avait déliré.

ÜnSERVATION IX. Cont ••••• ouvrier, âgé de 27 ans, tempérament sanguin,s'enivre souvent, en commençant ie matin par du genièvre et s'achevant le soir avec de la bière. Le 29 novembre 184:1, il entra à l'hôpital St Jean atteint du délire des ivrognes:: exaltation légère, loquacité inta- rissable et gaie, pas de tremblement; il répond avec jus- tesse, mais divague sur un autre point aussitôt que sa réponse est finie on qu'on cesse de l'interroger. Ses sou- venirs sont bons, il demande de l'eau-Je-vie et se con- tente d'une réponse évasive. Coro me il n'y a pas <l'ur- gence on remet au lendemain l'administration des re- mèdes. Il dormitlaseconde moitié de la nuit et so réveilla

\

(50)

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~parfaitement sain de raison. Sa sortie lui fut accordée

le 3 décembre ( 1 ).

OnsERVATION X. B ••• barbier' ·âgé de 56 ans, petit et replet, tempérament lymphatique , hoir quelques gouttes tous les matins, mais s'enivre rarement , Le r ï avril 1842, ayant doublé ou triplé la dose de g·enièvre, il fut affecté de délire; et devint méchant et d'autant plus dangereux qu'il s'était armé d'un rasoir et voulait raser sa femme, ses enfans et toutes les personnes qu'il voyait. La police mit un terme à la terreur qu'il inspirait en le' colloquant au dépôt des insensés. Pendant le trajet, il s'obstinait à vouloir raser et coiffer les gardes de ville. Arrivé à l'hôpital, il prétendait 'qu'on l'y amenait poue coiffer les religieuses, etc. Il n'y avait pas de tremble- ment; l'attention était exclusivement fixée sur l'objet de ses occupations journalières, il nommait les person- nes qu'il avait rasées le matin, se rappelait qu'i] devait sortir le lendemain de bonne heure pour aller raser un baron; état sain des organes de la vie de nutrition; odeur alcoolique très-forte. Il continua à raser dans sa cellule , j11St1u'à ce que le sommeil s'empara de lui. A la vi· site du 12, nous le trouvâmes plein de santé et <le rai· s )li, prêt à reprendre le rasoir, mais il n'alla pas ce jour

li1 raser son baron, car il n'obtint sa sortie que le 16.

11 n'a pris aucun médicament,

(51)

SYMPTÔJ\lES ACCESsornEs; Les individus affectés du,

J

delirirrm pctatorum- ne se plaignent ordinairement d'au ... cune douleur physique. Leur phvsionomie psésente une infinité d'ex pressions de nuances variées, m ob.les ou pennarrentes-, et modifiées selon la forme du délire. S'il est calme, le visage est serein, tranquille, de couleur.

naturelle; mais s'il est furieusa, l'air est d'abord inquiet ; égaré, ayant souvent quelque rapport avec l'idée domi- nan te du malade; ensuite les muscles de la face con- trnotés ou agités convulsivement impriment à la phy- sionomie une expression singulière d'étrangeté et d'éga- renient.qui cesse dès que l'exaltation cérébrale se dissipe: ce-renversement <les traits n'est cependant pas commun et- le plus souvent, même dans l'état d'extrême agita: tion , 'la face n'est pas très-altérée,

Les fonctions de la vie végétative, les organes des sens, ne présentent rien de particulier, et dans I' état de simpli- cité de ce délirej ils n'offrentaucun dérangement importan.t. Mais afin de ne pas laisser de lacune, nous allons les sou- mettre à une inspection rapide.

La face peut être colorée, les yeux injectés, liagards et brillants, Jes paupières tuméfiées et chassieuses; la lumière ne gêne pas ces malades.

(52)

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. causé la mort d'un malade dont nous rapporterons plus loin l'observation. Les urines sont retenues , mais il arrive parfois que leur excrétion, ainsi que celle des matières fécales, se fait à l'insu des malades. Le désordre extrême des fonctions cérébrales. suffit pour expliquer cette circonstance.

· Le respiration est libre , l'haleine exhale quelquefois une odeur alcoolique.

Le pouls est lent et développé ou fréquent et accéléré, ce qui provient plutôt de l'agitation du malade que de la maladie elle-même.

Lorsque le délire est tranquille, la chaleur de la peau est naturelle, mais si le malade est agité, s'il simule un travail fatigant ou s'obstine à vaincre une résistance trop forte, si par exemple, il s'imagine tJUe le mm <le sa chambre est l'objet qu'il veut déplacer, comme j'en ai vu un exemple, dans ce cas, la température est élevée et la sueur extrêmement abondante; s'il est assujetti dans son lit, il lutte avec acharnement contre ses liens, et alors la sueur est tellement copieuse, qu'elle mouille les draps et traverse même les matelas. "On a observé, dit Mé- rat, ( r) une sueur gluante, fétide et froide dans quelques sujets, ce qui n'est pa$ toujours d'un mauvais augure, d'après Sutton, bien que Saunders p(lnse qu'elle puisse être nuisible. »

Enfin l'habitude extérieure des buveurs que nous ap- pellerons dans l'état le plus prononcé, cacheaia potato-

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rum, peut encore servir au diagnostic de cette maladie.

L'aspect et les manières de l'homme qui a fait· un kmg abus de boissons fortes varient nécessairement selon sa constitution et l'espèce de boisson dont il a fait usage, Mais en général le vrai buveur a la figure bouffie, parfois bouffissure et infiltration de tout le corps, yeux injectés, lèvres grosses, pendantes et agitées d'un tremblement particulier, nez rouge , teint jaunâtre , quelquefois plombé; sommeil agité, rêvasseries, insomnies; la langue est embarrassée, il balbutie, les mains trernblènt , la -marche vacille; maigreur, faiblesse musculaire générale; la peau est relâchée, les chaires molles et flasques.le sang fluide et trop séreux, langueur de toutes les fonctions. Le ventre est ordinairement le siège de lésions plus ou moins profondes : gonflement habituel, flatuosités, coli- ques, gastralgies, renvois fréquens et vomissemens tous les matins. L'haleine est repoussante , dyspnée, oppressions; Jes matières fécales sont dures et les urines troubles. Les facultés intellectuelles s'affaiblissent, les· affections se perdent. A près la pénible abstinence d'une courte ma- tinée, dit Friedlander ( 1 ), on a beau hâter l'instant de se

noyer dans le vin, il n'appaise plus la soif; c'est le tour- ment des Danaïdes. L'ivrogne, devenu indifférent pour soi-même, par conséquent sale et négligé dans ses vête- mens, crapuleux dans ses manières et ses propos, perd aussi clans son impuissance, tout respect pour les autres et surtout pour le beau sexe. 11 arrive enfin à l'abru-

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tissement et à la stupeur, et périt ordinairement des: suites de la paralysie, de l'apoplexie, de l'asthme ou de l'hydropisie; à moins qu'un· <lérangement total d'esprit rre lui ait fait trouver plus tût l'abstinence dans un hos- pice d'aliénés, pour prolonger un peu sa misérable exis- tence.

C'est à l'ensemble de ces signes, qui dénote une altéra- tion profonde de la nutrition, que nous proposons de· don- ner le nom de cachexieàlcooliqueou cachexie deshu.ueurs, dénomination qui indique que cet état'est produit par l'abus de la boisson ; comme les cachexies scrofuleuse et scorbu- tique, etc., annoncent que les vices scrofuleux et scorbu- tique ont altéré l'économie entière.

Lorsque le délire des buveurs doit se terminer par la santé, nous avons toujours vu que l'agitation diminuait avec rapidité; le malade tombe dans un· sommeil pro- fond et réparateur qui dure 6, 8, 10, 12 oua ô heures et même davantage, après quoi la raison reprend son empire, et toutes les fonctions leur exercice normal, à tel point qu'il pourrait reprendre immédiatement ses occupations ordinaires. Quelquefois il reste de l'anorexie, du clégoùt, du malaise, que le traitement ne tarde pas â

dissiper.

On a avancé, dit Léveillé (1), que si Je délire doit être. mortel, la sensibilité se perd, qu'on voit survenir le coma, l'apoplexie, l'hémiplégie: enfin l'ataxie, considérée comme essentielle et constituant le si~ne principal de

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l'affection ; mais cet auteur ajoute qu'il n'a pas eu l'occasion d'observer ces phénomènes, pas même dans,

les cas où le traitement le mieux dirigé n'a pu sauver la vie; ceux qu'il a perdus, dit-il, n'avaient point passé par 1es degrés dont il vient d'être parlé. Je n'ai pas non plus constaté ces particularités, puisque les malades que j'ai eu l'occasion de voir se sont tous rétablis.

Léveillé ( 1) divise le cours de cette maladie 1 en trois

périodes; les symptômes précurseurs et le; délire consti-. tuent la première, la seconde part de l'instant où l'envie de dormir s'annonce, et ne se termine qu'après un som- meil prolongé; la 3me est caractérisée par le retour franc et stable de la raison.

Il.me semble que le sommeil, rigoureusement parlant, constitue la terminaison <le la maladie et qu'on ne peut alors admettre que deux périodes. Il serait même préfé- rable de délaisser cette idée, car en réalité, il est impos- sible d'assigner des périodes.à cette affection,

M. Georget ( 2) admet une dipsomanie intermittente: les accès sont d'abord éloignés, dit-il, et durent ordinai- rement deux ou trois jours. Ils revenaient régulièrement chez un jeune homme les trois derniers jours de chaque mois; chez. une femme le 15,

l,P

et 17, et chez deux autres personnes, les samedi, dimanche et .Iundi de chaque semaine. Ces cas doivent être extrêmement rares. M. Georget ne dit pas qu'il les a recueillis lui-même.et ne

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donne pas d'autres détails que ceux que nous venons de consigner. Sur quarante accès environ de délire des ivrognes que j'ai pu voir, je n'ai rien rencontré de pareil, car je ne regarde pas comme intermittens, des accès reve- nant à des époques plus on moins éloignées et provoqués chaque fois par une nouvelle dose <le boissons alcoo- liques; nous avons parlé à des praticiens distingués de la capitale qui ont an moins trente années de pratique et qui nous ont dit n'avoir rien observé de semblable. D'ail· leur MM. Hayer et Léveillé qui ont écrit sur cette affec- tion, ne font point mention du mode intermittent, de sorte que nous sommes tenté de regarder ces faits comme apocryphes.

Nous allons maintenant donner quelques observations que nous prenons au hasard entre beaucoup d'autres, et où l'on retrouvera la cachexie alcoolique dont nous venons de parler et qne nous avons déjà constatée.

ÛBSERVATION

xr.

Vand .... cabaretier, âgé de 38 ans, demeurant à Bruxelles, s'adonne depuis longtemps aux boissons alcooliques. Le 2 janvier 1841, il fut, pour la première fois, atteint de delirium tremens et conduit le même jour à l'hôpital St Jean. Délire violent, bruyant, grande agitation; il paraissait se quereller avec des êtres imaginaires; l'accès s'était déclaré peu de temps après la dernière ingestion de genièvre, son haleine donnait

une odeur prononcée de cette liqueur, le tremblement musculaire était très marqué.

Habitude extérieure: cheveux hérissés , yeux hagards, bouche écumeuse, la peau du crâne et du Yisage est t

Figure

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