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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Kegelaers, Y. (1999). Etude des effets de la cavitation acoustique sur des réactions organiques hétérogènes et homogènes (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences, Bruxelles.
Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/211902/1/a07d1656-b22c-4a8b-a41b-faa862e0ca32.txt
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Université Libre de Bruxelles Faculté des Sciences
Service de Chimie Organique Physique
Etude des effets de la cavitation acoustique sur des réactions organiques hétérogènes et homogènes
Directeur de thèse Professeur J. Reisse
Thèse présentée en vue de l'obtention du grade légal de Docteur en Sciences
Yves Kegelaers
Décembre 1999
Service de Chimie Organique Physique
Etude des effets de la cavitation acoustique sur des réactions organiques hétérogènes et homogènes
Directeur de thèse Professeur J. Reisse
Thèse présentée en vue de l'obtention du grade légal de Docteur en Sciences
Yves Kegelaers
Décembre 1999
Highnesses travelled, they were always making discoveries, by accident and sagacity, of things which they were not in quest of: for example, one of them discovered that a mule blind of the right eye had travelled the same road lately, because the grass was eaten only on the left side, where it was worse than on the right. Now do you understand Serendipity ?"
Sir Horace Walpole, 1754
A Jérôme
j'ai eu la grande chance d'effectuer sous sa direction, fut pour moi très enrichissant.
Jacques m'a en effet aidé à acquérir cette expérience de chercheur scientifique tant par sa façon méthodique d'appréhender les problèmes que par sa grande rigueur. J'ai toujours été étonné, au cours de mes discussions avec lui, par son imagination sans limite et ses idées nouvelles qui relèvent certainement de la "sound science". Qu'il considère cette thèse comme l'expression de ma gratitude pour la confiance qu'il a placée en moi.
Je remercie le Professeur André Lubineau, du laboratoire de chimie organique multifonctionnelle de l'Université de Paris-Sud, qui nous a proposé l'étude sous insonification de la cycloaddition [4+3] hétérogène se déroulant dans l'eau.
L'intérêt porté à mon travail par le professeur Paul Henri Duvigneau et par le docteur Marie-Paule Delplancke du service de Chimie Industrielle et Analytique ainsi que par le professeur Jean-Luc Delplancke du service de Métallurgie et Electrochimie de la Faculté des Sciences Appliquées m'a aidé à avancer dans mon projet de recherche.
Je les en remercie vivement.
Les analyses effectuées au sein de leurs services ont également été déterminantes au cours de mon travail et ma reconnaissance va à monsieur Jean-Marie Van Severen (Métallurgie et Electrochimie) ainsi qu'à madame Titiana Segato et monsieur Laszlo Szabo (Chimie Industrielle et Analytique) qui ont effectué les analyses en microscopie électronique, de granulométrie et les mesures de surfaces spécifiques. Les analyses de porosité ont été effectuées au sein de la société Lhoist à Nivelles et je remercie le docteur A. Laudet et madame M. Dutilleux pour leur aide. Enfin, merci à monsieur Jean Herregodts (service de Métallurgie et Electrochimie) pour la préparation de poudre de fer par sonoélectrochimie pulsée.
Je suis également reconnaissant aux professeurs Jean-Claude Braekman et Désiré Daloze qui m'ont accueilli au sein de leur laboratoire durant les travaux de transformation au P2 et qui m'ont également permis d'utiliser occasionnellement un appareil de chromatographie en phase gazeuse.
Ma reconnaissance s'adresse aussi aux différentes personnes qui m'ont assisté durant mon travail par le relevé de spectres de résonance magnétique nucléaire. Je citerai dans l'ordre chronologique le docteur Robert Ottinger, qui m'a par ailleurs prodigué de nombreux conseils pratiques, et sa femme Annette, monsieur Claude
Maerschalk, et enfin le docteur Michel Luhmer et le docteur Kristin Bartik.
remercie de tout cœur pour les nombreux services qu'ils m'ont rendu de façon très efficace tant sur le plan administratif qu'au laboratoire, lors de la résolution de menus problèmes inhérents à la recherche. Leur présence est pour une bonne part à l'origine de
la bonne humeur et de l'ambiance de travail agréable qui ont caractérisé ma thèse.
Je tiens à remercier chaleureusement le docteur Thibaud Caulier qui m'a transmis au cours de l'année que nous avons passé ensemble au laboratoire, au début de mon doctorat, les bases du métier de sonochimiste. Par la suite, son amitié a été un soutien précieux tout au long de ma thèse et j'ose dire qu'il est pour moi un modèle de jeune chercheur. Je remercie également très vivement Olivier Eulaerts qui a partagé avec moi, durant ces deux dernières années, de nombreux intérêts scientifiques, bien entendu, mais aussi plus divers. Le travail au laboratoire n'aurait certainement pas été aussi gai et décontracté sans la présence et les interventions enjouées d'Olivier. Je suis aussi reconnaissant à tous ceux qui, de façon plus ponctuelle, m'ont aidé ou ont contribué à rendre mon travail plus agréable.
Que ma famille voie dans cette thèse ma reconnaissance à son soutien tellement important à son aboutissement. Je pense en particulier à ma femme Laurence, mon île dans la tempête, qui, quoiqu'elle en pense, est pour beaucoup dans l'accomplissement de ce travail.
Enfin, je remercie le Fonds pour la Formation à la Recherche dans l'Industrie et
l'Agriculture (FRIA) ainsi que les bourses de voyage De Brouckère-Solvay et les bourses
de voyage du Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS) de m'avoir accordé
les moyens financiers pour effectuer ma thèse de doctorat.
Le but de cette thèse est d'arriver à une meilleure compréhension des effets sonochimiques observés dans le cas de réactions hétérogènes, particulièrement sensibles aux effets mécaniques associés à l'insonification et à la cavitation acoustique. Certaines réactions de ce type sont en effet parfois considérées comme étant affectées de manière significative par les effets chimiques de la cavitation acoustique (génération d'espèces radicalaires). Le travail expérimental s'est donc axé sur l'étude de réactions hétérogènes en conditions sonochimiques ainsi que sous agitation mécanique efficace afin de mettre en évidence l'origine mécanique de ces effets sonochimiques.
Le chapitre introductif développe les notions de base relatives à la cavitation acoustique. Un phénomène souvent assimilé à celle-ci, la cavitation hydrodynamique, est également analysé. Une comparaison de ces deux types de cavitation montre leurs similitudes, tant du point de vue de leur évolution que de leurs effets chimiques et mécaniques sur des réactions chimiques.
Le deuxième chapitre montre l'importance de l'agitation de réactions hétérogènes et de l'optimisation de cette agitation pour des réactions non-insonifiées, servant de référence lors de la mesure d'un effet sonochimique dans des systèmes hétérogènes. L'agitation mécanique efficace provoquée par un homogénéisateur de type UltraTurax, utilisé au cours de ce travail, est ensuite caractérisée par rapport à l'agitation sono-induite.
Le troisième chapitre est consacré à l'étude de différentes réactions hétérogènes connues pour être affectées par les ultrasons. L'hydrolyse d'un ester dans un système liquide-liquide, la réaction de Barbier avec du lithium ainsi que la synthèse de dichlorocarbène sont étudiées. Les rendements de ces réactions conduites sous agitation mécanique efficace sont comparables à ceux obtenus sous ultrasons, voire meilleurs.
Le quatrième chapitre s'intéresse à la réaction, décrite comme homogène, du styrène avec le tétraacétate de plomb dans l'acide acétique. Le chemin réactionnel de cette réaction est modifié en conditions sonochimiques; on parle de "sonochemical switching". Cet effet de switching, associé à la cavitation acoustique, n'est pas observé sous agitation mécanique efficace, malgré l'hétérogénéité du milieu, le tétraacétate de plomb n'étant pas totalement dissous.
Le cinquième chapitre traite d'un autre exemple de "sonochemical switching", la réaction impliquant
l'alumine et le cyanure de potassium en suspension dans une solution de bromure de benzyle dans le
toluène. En conditions silencieuses, une réaction de Friedel-Crafts entre le solvant et le soluté
catalysée par l'alumine est observée, tandis que sous insonification, la substitution nucléophile du
bromure de benzyle par le cyanure de potassium est favorisée, l'alumine étant alors catalyseur de
transfert de phase. L'effet de switching caractéristique de la cavitation acoustique est également
observé sous UltraTurax. L'origine de cet effet est analysée en détail.
l'anthracène et la para-benzoquinone. Dans le cas de la cycloaddition [4 + 3] hétérogène entre la 2,4-dibromo-3-pentanone et le cyclopentadiène dans l'eau en présence de fer, jamais étudiée précédemment en conditions sonochimiques, d'importantes accélérations sont observées sous insonification et en conditions d'agitation mécanique efficace.
Le dernier chapitre conclue sur base des résultats obtenus en revenant d'une part sur l'importance de
l'optimisation de l'agitation de la réaction de référence lors de la quantification d'un effet
sonochimique, d'autre part sur la comparaison entre cavitation acoustique et cavitation
hydrodynamique. La possibilité d'utilisation des ultrasons ainsi que leur intérêt dans des
applications à grande échelle est également analysée. Enfin, la non-spécificité de l'insonification, du
moins dans le cas de systèmes hétérogènes, est mise en avant.
C hapitre 1 : I ntroduction generale ... i
1.1 L a cavitation ...2
1.2 L a cavitation acoustique ... 4
1.2.1 Les ondes de pression... 4
1) Généralités...4
2) Intensité acoustique et impédance acoustique... 6
3) Atténuation d'une onde acoustique... 6
4) Ecoulement acoustique...7
1.2.2 Dynamique des bulles de cavitation...7
1) Nucléation de bulles de cavitation...7
2) Réponse d'une bulle à une pression extérieure... 8
3) Croissance des bulles - Diffusion rectifiée... 10
4) Régimes de cavitation... 11
5) La cavitation acoustique et les différents seuils... 14
1.2.3 Existence d'un nuage de bulles...15
1) Interactions entre bulles... 15
2) Propagation d'une onde acoustique dans un liquide cavitant... 15
1.2.4 Conséquences de la cavitation acoustique...16
1) Existence de conditions extrêmes au sein des bulles en implosion... 16
2) La sonoluminescence... 17
3) La sonochimie... 17
4) Sonochimie hétérogène et effets mécaniques de la cavitation acoustique...18
a) écoulement acoustique et "microstreaming"... 18
b) implosion asymétrique et émission d'onde de choc...18
c) chocs entre particules solides...20
1.3 L a cavitation hydrodynamique ... 21
1.3.1 Formation de bulles de cavitation... 21
1) Equation de Bernoulli...21
2) Nombre de cavitation... 22
1.3.2 Structures cavitantes... 23
1.3.3 Dynamique des bulles de cavitation hydrodynamique... 25
1) Nucléation de bulles de cavitation... 25
2) Croissance des bulles...25
3) Implosion des bulles... 25
4) La cavitation de tourbillon...26
1.4.2 Effets mécaniques...28
1.5 B ut du travail ...30
1.6 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES... 31
C hapitre 2: M élangé de systèmes heterogenes ... 35
2.1 A gitation mécanique efficace ... 36
2.1.1 Quantification d'un effet sonochimique...36
2.1.2 Agitation mécanique efficace - UltraTurax... 38
2.1.3 UltraTurax et cavitation hydrodynamique...39
2.2 R éactions homogènes et agitation cavitante ... 4o 2.2.1 Réaction radicalaire en chaîne... 40
2.2.2 Evolution du pH...41
2.3 C aractérisation du bruit de cavitation ...42
2.4 C onclusions ... 47
2.5 P artie experimentale ...48
2.5.1 UltraTurax... 48
2.5.2 Réaction radicalaire en chaîne... 48
2.5.3 Evolution du pH...48
2.5.4 Mesures à l'hydrophone... 48
2.6 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES...49
C hapitre 3: E xemples choisis en sonochimie heterogene ... 50
3.1 H ydrolyse du benzoate de methyle ...51
3.1.1 Emulsification mécanique et sonochimique... 51
3.1.2 Hydrolyse du benzoate de méthyle...52
3.1.3 Résultats et discussion... 53
3.1.4 Conclusions... 55
3.2 R éaction de B arbier ... 56
3.2.1 Introduction... 56
3.2.2 Résultats et discussion... 57
3.2.3 Conclusions... 58
3.3 SYNTHESE DE DICHLOROCARBENE...59
3.3.1 Introduction... 59
3.3.2 Résultats expérimentaux...60
3.3.3 Conclusions... 61
3.4 C onclusions ... 62
3.5.2 Modes opératoires...63
1) Hydrolyse du benzoate de méthyle...63
2) Réaction de Barbier... 63
3) Synthèse du dichlorocarbène... 64
3.5.3 Méthodes analytiques... 64
3.5.4 Solvants et réactifs... 64
3.6 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES...65
C hapitre 4: L a réaction dite de SONOCHEMICAL SWITCHING "HOMOGENE"...67
4.1 I ntroduction ... 68
4.1.1 Le sonochemical switching...68
4.1.2 Le tétraacétate de plomb...69
4.1.3 La réaction styrène / tétraacétate de plomb... 70
1) Formation de l'acétate de 1-phénylpropyle (produit I):...71
2) Formation du 1,1-diacétate de 2-phényléthyle (produit III)... 72
3) Formation du 1,2-diacétate de 1-phényléthyle (produit II)... 73
4.2 R ésultats et discussion ... 74
4.2.1 Etude sonochimique de la réaction par Ando et al... 74
4.2.2 Reproduction des résultats... 75
4.2.3 Pré-traitement du tétraacétate de plomb sous ultrasons...75
4.2.4 Manipulations en milieux homogènes...75
4.2.5 Manipulation sous agitation mécanique efficace... 77
4.3 C onclusions ... 77
4.4 P artie experimentale ... 78
4.4.1 Appareillage... 78
4.4.2 Modes opératoires... 78
1) Réaction tétraacétate de plomb /styrène dans l'acide acétique... 78
2) Synthèse de l'acétate de 1-phénylpropyle... 78
3) Synthèse du 1,2-diacétate de 1-phényléthyle... 78
4) Synthèse du 1,1-diacétate de 2-phényléthyle... 79
4.4.3 Analyse des produits... 79
4.4.4 Solvants et réactifs... 79
4.5 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES...80
5.1 I ntroduction ...83
5.1.1 La réaction de sonochemical switching hétérogène... 83
5.1.2 Structure de la surface de l'alumine... 84
1) Choix de la forme cristalline de l'alumine... 84
2) Structure chimique de la surface de l'alumine... 85
3) Hydroxylation - désydroxylation...86
4) Origine de l'activité catalytique de l'alumine désydroxylée... 87
5.2 R ésultats et discussion ...88
5.2.1 Reproduction des résultats... 88
5.2.2 Origine mécanique de l'effet sonochimique... 89
5.2.3 Etude des modifications physiques des solides... 91
1) Réduction de la taille des particules...91
2) Mesure des surfaces spécifiques des solides... 94
3) Porosité des poudres... 98
5.2.4 Etude des modifications chimiques de la surface d'alumine... 99
1) Influence de l'hydroxylation de l'alumine... 99
2) Réactions en absence d'eau...101
5.3 C onclusions ... 103
5.4 P artie experimentale ... 104
5 . 4.1 Appareillage... 104
5.4.2 Modes opératoires... 104
5.4.3 Méthodes analytiques... 104
1) Analyse des milieux réactionnels... 104
2) Analyses des poudres... 104
5.4.4 Solvants et réactifs... 105
5.5 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ... 106
C hapitre 6: C ycloadditions sonochimiques ... io8 6.1 GENERALITES ... 109
6.2 L a REACTION DE DIELS-ALDER...110
6.2.1 Mécanismes réactionnels... 110
6.2.2 Réactions de Diels-Alder en conditions sonochimiques... 111
6.2.3 Résultats et discussion... 113
6.2.4 Conclusions... 114
6.3.2 Résultats et discussion... 117
1) Réaction sous ultrasons...117
2) Réaction sous agitation mécanique efficace... 119
3) Tentative d'optimisation des rendements de réaction... 119
4) Granulométrie du fer...121
6.3.3 Conclusions...122
6.4 C onclusions ...123
6.5 P artie experimentale ... 124
6.5.1 Appareillage...124
6.5.2 Modes opératoires... 124
1) Réaction de Diels-Alder...124
2) Cycloaddition hétérogène...124
6.5.3 Analyse des produits de réaction... 125
6.5.4 Réactifs et solvants utilisés...125
6.6 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES... 126
C hapitre 7: C onclusions et perspectives ... 129
Nature mécanique des effets sonochimiques sur des systèmes hétérogènes... 130
Détermination d'un effet sonochimique... 131
Possibilités d'applications des ultrasons... 132
Cavitation acoustique et cavitation hydrodynamique...133
Sonochimie, tribochimie et mécanochimie... 134
Perspectives et avenir de la sonochimie... 135
Références bibliographiques...135
Introduction générale
1.1 L a cavitation
Le terme de cavitation se rapporte à la présence, à l'évolution et aux effets de bulles gazeuses ou vaporeuses au sein d'un liquide. Une définition générale de ce phénomène a été donnée par Neppiras (1984): "la cavitation est rencontrée lorsqu'une cavité est créée au sein d'un liquide, une cavité étant définie comme un volume fermé vide ou rempli de gaz ou de vapeur". L'apparition de bulles de cavitation est observée lors de "la rupture du milieu continu d'un liquide sous l'effet de contraintes excessives" (Franc et al., 1995). Ces contraintes sont par exemple une tension appliquée à un liquide, induisant une chute de la pression au sein de ce liquide, ou une concentration ponctuelle d'énergie menant le liquide localement à ébullition (figure 1.1) (Lauterbom, 1998).
Figure 1.1: différents types de cavitation rencontrés
L'apparition de bulles de cavitation acoustique, mais aussi de cavitation hydrodynamique, dans un liquide résulte d'une tension appliquée à ce liquide. Dans le premier cas, la tension est associée aux compressions et dépressions successives auxquelles est soumis un liquide exposé à une onde de pression acoustique. Pour autant que l'amplitude de l'onde parcourant le liquide soit grande et donc que les dépressions soient importantes, des bulles de cavitation acoustique apparaissent dans ce liquide (Apfel, 1997). La cavitation hydrodynamique, quant à elle, s'observe en raison de chutes de pression se produisant au sein d'un liquide en mouvement lors d'accélérations de cet écoulement (Joseph, 1998). La principale différence entre ces deux types de cavitation réside dans l'évolution de la pression au cours du temps. Dans le cas de la cavitation acoustique, la variation périodique de la pression induit l'oscillation des bulles formées autour d'un rayon d'équilibre. Par contre, dans un écoulement, la pression chute en un point déterminé; les bulles ne subissent donc qu'un seul cycle de dépression-compression.
La formation de bulles de cavitation est également observée lorsque de l'énergie est localement concentrée au sein d'un liquide: les bulles sont formées par vaporisation locale du solvant.
Différentes méthodes de chauffage ponctuel d'un liquide ont été ainsi développées. Parmi celles-ci, la
méthode certainement la plus utilisée pour produire des bulles seules consiste à focaliser un laser de
haute intensité dans un liquide (Félix & Ellis, 1971). Cette méthode permet la formation de bulles de
cavitation de taille définie et de position déterminée, par exemple au voisinage d'une surface solide (Lauterbom & Bolle, 1975). D'autres méthodes reposent sur le chauffage local d'un liquide par une résistance électrique immergée (chauffage par effet Joule) ou par l'exposition du liquide à une radiation ionisante (Lieberman, 1959). Des bulles sont également créées dans un liquide en ébullition (Johnson et al., 1966). Cette situation est toutefois distincte des précédentes du fait des gradients de température qui influencent de façon importante la nucléation des bulles et leur comportement.
Nous ne nous intéresserons dans ce travail qu'aux cavitations produites lors de l'application d'une tension à un liquide. La discussion se limitera donc à l'étude de la cavitation acoustique par ses effets sur des réactions organiques ainsi qu'aux points communs existant entre cavitations hydrodynamique et acoustique. Il sera toutefois fait référence aux études effectuées sur le comportement et l'implosion de bulles créées par laser pour expliquer l'érosion caractéristique de surfaces solides engendrée par la cavitation.
Ce chapitre introductif sera consacré dans un premier temps à la description des processus
physiques à l'origine de la cavitation acoustique et de la sonochimie. Ensuite, les mécanismes
responsables de la cavitation hydrodynamique seront décrits. Enfin, les similitudes et les différences
entre ces deux types de cavitation seront étudiées.
1.2 L a cavitation acoustique
La cavitation acoustique est définie comme "la formation et la croissance de cavités gazeuses ou de bulles dans un liquide en réponse à un champ acoustique à partir de bulles microscopiques préexistantes au sein du liquide" (Apfel, 1984). Cette définition décrit ce phénomène en termes de nucléation et d'évolution de bulles en présence d'un champ acoustique, notions développées ici.
1.2.1 Les ondes de pression 1) Généralités
Les ondes de pression se classent en trois catégories suivant leur fréquence. Cette distinction se base sur le domaine de fréquences audibles pour l'oreille humaine qui s'étend en moyenne de 16 Hz à 16 kHz. Ces limites d'audibilité varient évidemment pour différentes personnes ainsi qu'en fonction de l'âge d'un individu. Les ultrasons sont dès lors des ondes de pression caractérisées par une fréquence supérieure aux fréquences audibles alors que les infrasons ont des fréquences inférieures.
Lorsque l'on parle de cavitation acoustique, on se réfère généralement à la cavitation produite lors du passage d'une onde ultrasonore dans un liquide. Toutefois, l'apparition de bulles gazeuses dans un liquide soumis à des ondes sonores ou mêmes infrasonores est aussi possible. Margulis (1995) a ainsi observé l'évolution de bulles à des fréquences comprises entre 10 et 200 Hz. Les propriétés de ces différentes ondes de pression sont formellement identiques, mais les fréquences ultrasonores ont été privilégiées dans les études de la cavitation acoustique pour des raisons de confort sonore. Dans la suite de ce travail, une onde de pression désignera donc exclusivement une onde ultrasonore.
Une onde de pression est caractérisée par une variation périodique de la pression décrite habituellement par une relation sinusoïdale (équation 1.1).
P = Pa sin(27U)t) 1.1
Pa; amplitude de l'onde (en Pa) v: fréquence de l'onde (en Hz) t: temps (en s)
Une onde induit le mouvement des particules constitutives du milieu qu'elle traverse. Par particules,
on entend un élément de volume du milieu d'une taille telle que celui-ci soit continu et que ses
propriétés macroscopiques restent inchangées (Kinsler et al., 1982). Une onde acoustique est
longitudinale: les particules du milieu traversé par l'onde sont mises en mouvement parallèlement à la
direction de propagation de l'onde, contrairement à une onde transversale qui induit un mouvement
des particules perpendiculaire à sa propagation. Remarquons que dans un milieu traversé par une
onde, les particules ne se déplacent pas mais oscillent autour de leur position d'équilibre. D'autres
phénomènes, associés à l'absorption de l'onde par le milieu, comme l'écoulement acoustique qui sera étudié plus tard, mettent en mouvement le liquide dans son ensemble.
En se propageant dans un milieu élastique, solide, liquide ou gazeux, une onde de pression y induit une succession de zones de compression et de dépression (ou raréfaction) entraînant le mouvement local des particules composant le milieu et la variation locale de la densité de ce milieu.
a) équilibre
b) onde de pression
c) onde de pression
d) déplacement des particules
e) pression acoustique
Figure 1.2: propagation d'une onde de pression longitudinale et déplacement des particules du milieu traversé, a: particules du milieu au repos, b: particules du milieu traversé par l'onde de pression, c: visualisation des zones de compression et de dépression, d: déplacement des particules en fonction du temps, e: pression acoustique en fonction du temps. D'après Leighton (1994)
La figure 1.2 (Leighton, 1994) schématise le déplacement des particules en fonction de la pression acoustique. Au repos, les particules du milieu (symbolisées par des masses reliées entre elles par des ressorts de masse nulle) sont dans leur position d'équilibre (figure 1.2 a); lorsqu'une onde de pression traverse le milieu, les particules sont déplacées longitudinalement (figure 1.2 b et c). Le déplacement des particules (figure 1.2 d) est aussi visualisé en fonction de l'évolution de la pression acoustique dans le milieu (figure 1.2 e).
Une particule déplacée par l'onde induit le mouvement de ses voisines qui elles-mêmes mettent en
mouvement leurs voisines. L'onde est ainsi transmise de proche en proche. Plus un milieu est dense,
plus la propagation de l'onde de pression est aisée. La vitesse du son est donc plus importante dans
un solide que dans un liquide et également plus élevée dans un liquide que dans un gaz. Dans ce
travail, nous nous intéresserons à l'étude d'ondes de pression dans un liquide.
2) Intensité acoustique et impédance acoustique
L'intensité d'une onde ultrasonore, ou intensité acoustique, exprimée en W.m'^, dépend directement de son amplitude (équation 1.2).
1
= ^P ^ 1.2
2pc
Pa: amplitude de l'onde (en Pa) p: densité du milieu (en kg.m'^)
c: vitesse du son dans le milieu considéré (en m.s ')
Dans cette équation, le produit p.c représente l'impédance acoustique du fluide (exprimée en kg.m'^.s''), c'est-à-dire la résistance qu'oppose ce fluide à la propagation de l'onde. De façon générale, l'impédance est le rapport entre une force motrice et la réponse en terme de vitesse du milieu déplacé par cette force. Dans le cas présent, la force motrice est la pression acoustique et la réponse du milieu est la vitesse des particules déplacées. L'impédance acoustique d'un milieu détermine ainsi la propagation et l'atténuation d'une onde de pression dans ce milieu. La réflexion et la réfraction d'une onde à l'interface entre différents milieux dépend également de l'impédance acoustique de ces milieux.
3) Atténuation d'une onde acoustique
Durant la propagation d'une onde acoustique dans un fluide, l'énergie de l'onde est dissipée dans le milieu. L'intensité de fonde à une distance d de la source ultrasonore est donnée par l'équation 1.3.
1.3 lo: intensité acoustique initiale (en W.m'^)
a: coefficient d'atténuation (en m ') d: distance parcourue par l'onde (en m)
Dans cette expression, a est le coefficient d'atténuation dépendant des propriétés par fonde acoustique (équation 1.4).
3pc^ 3
T): viscosité du liquide (en kg.m '.s ') v: fréquence de l'onde (en Hz) p; densité du liquide (en kg.m'^)
c: vitesse du son dans le liquide considéré (en m.s ')
Plusieurs phénomènes sont à l'origine de l'atténuation d'une onde acoustique dans un liquide. Parmi ceux-ci, l'atténuation thermique est dominante. La viscosité du liquide s'oppose en effet au
du milieu traversé
1.4
mouvement des particules de liquide induit par l'onde acoustique. Celle-ci doit donc exercer un travail contre ces forces et une partie de l'énergie de l'onde est transformée en chaleur (Majumdar et al., 1998).
4) Ecoulement acoustique
Une onde acoustique est atténuée lors de son passage dans un liquide: l'intensité la caractérisant est inversement proportionnelle à la distance parcourue par l'onde. Un gradient d'énergie est par conséquent créé dans un liquide insonifié. Ce gradient est associé à une force qui s'exerce sur le liquide et induit le mouvement de celui-ci dans la direction de propagation de l'onde. Le résultat de l'atténuation de l'onde se manifeste par un flux de liquide, l'écoulement acoustique ou "acoustic streaming" (Nyborg, 1975). La vitesse de ce flux de liquide a été mesurée dans le cas d'une corne à immersion identique à celle utilisée dans ce travail et est d'environ 50 cm/s dans l'eau à 20 °C (Dahlem et al., 1998). L'écoulement acoustique entraîne donc des mouvements importants au sein d'un liquide insonifié et induit le mélange efficace de ce milieu.
1.2.2 Dynamique des bulles de cavitation
L'apparition de bulles de cavitation dans un liquide est une conséquence directe de la propagation d'une onde acoustique dans ce fluide. Trois phases peuvent être distinguées: la nucléation, la croissance (principalement gouvernée par le phénomène de diffusion rectifiée) et l'implosion des bulles de cavitation.
1) Nucléation de bulles de cavitation
La formation de bulles de cavitation dans un liquide pur nécessite de vaincre les forces de cohésion de ce liquide. Il est donc nécessaire d'appliquer à un tel liquide une tension suffisamment importante, c'est-à-dire insonifier le liquide par une onde de grande amplitude. Des calculs tenant compte des interactions moléculaires au sein du liquide ont prédit les amplitudes nécessaires comme allant jusqu'à un millier de bars (Kwak & Panton, 1985). Toutefois, la cavitation est observée expérimentalement lorsqu'un liquide est insonifié par des ondes d'amplitude de quelques bars. Cette différence s'explique par la présence de petites bulles gazeuses microscopiques stabilisées au sein de tout liquide, ces bulles microscopiques servant de germes à la nucléation de bulles de cavitation.
Différents modèles expliquent l'existence de ces microbulles.
La nucléation homogène (Dôring, 1937) explique la formation et la disparition continue de bulles
microscopiques du fait de variations locales de la densité au sein d'un liquide. Au repos, ces bulles
ont tendance à se dissoudre dans le liquide. En présence d'une variation de la pression par contre, ces
microbulles peuvent croître en taille.
La nucléation hétérogène explique la stabilisation de microbulles dans un liquide par des impuretés présentes au sein de ce liquide. Des microbulles peuvent ainsi être stabilisées par des composés organiques, provenant de l'environnement extérieur, qui s'accumulent à la surface des ces germes jusqu'à former une couche les entourant et empêchant leur dissolution dans le liquide (Fox &
Herzfeld, 1954). Cette "peau" organique est élastique, et permet donc aux germes de répondre à des fluctuations de la pression dans le liquide (Yount, 1979).
D'autre part, tout liquide, même soigneusement filtré, contient des micropoussières en suspension qui comportent de nombreuses crevasses. De petites poches gazeuses sont stabilisées dans ces crevasses, constituant ainsi des noyaux de nucléation au sein du liquide (Apfel, 1970) (figure 1.3).
Lorsque la pression dans le liquide diminue, lors de la propagation d'une onde acoustique par exemple, la poche gazeuse est "aspirée" hors de la crevasse et une petite bulle libre peut se former et donner naissance à la cavitation.
Micropoussière
Compression Dépression
Figure 1.3: nucléation hétérogène a) poche gazeuse au sein d'une crevasse conique sur une micropoussière en suspension dans le liquide lors d'une compression b) nucléation d'une bulle libre lors d'une dépression dans le liquide
Ces modèles prévoient des pressions à appliquer à un liquide pour le faire caviter en accord avec les valeurs mesurées expérimentalement. Atchley et Prosperetti (1989) concluent par ailleurs que ces modèles contribuent autant l'un que l'autre à la stabilisation de germes de nucléation dans un liquide.
2) Réponse d'une bulle à une pression extérieure
Considérons une bulle à l'équilibre après sa nucléation à partir d'un germe. Si cette bulle est soumise
à une contrainte extérieure, par exemple une impulsion de pression, celle-ci subit un mouvement
oscillatoire autour de son rayon d'équilibre. La fréquence de cette oscillation est caractéristique de la
taille de la bulle et peut être exprimée en fonction de son rayon par l'équation de Minnaert (1933)
(équation 1.5).
V M 1 3 y P o 2
tiR
o p1.5
V
m: fréquence de résonance de la bulle (en Hz) Ro: rayon d'équilibre de la bulle (en m)
y: rapport des capacités calorifiques à pression et volume eonstants du gaz contenu dans la bulle Po: pression statique (en Pa)
p: densité du liquide (en kg.m'^)
La pression existant au sein d'une bulle résulte de la pression de la vapeur (Py) et de la pression du gaz dissous (Pg). Cette pression interne tend à faire croître la cavité. D'autre part, la pression exercée par le liquide sur la paroi extérieure, P], ainsi que la pression résultant de la tension superficielle o du liquide s'opposent à sa croissance (figure 1.4). La pression de Laplace, égale à 2a/R (où R est le rayon de la cavité), tend à diminuer le rayon la bulle et à minimiser sa surface, en lui donnant une forme sphérique.
surface
Figure 1.4: bulle libre dans un liquide et différentes pressions existantes
A l'équilibre, la pression intérieure due au gaz et à la vapeur égale la pression exercée à l'extérieur de la cavité (équation 1.6).
P.+'’ e =I’ i + r " '■«
En absence de variation de pression dans le liquide, une petite bulle a tendance à se dissoudre. Sa
taille est donc réduite et la pression de Laplace devient plus importante, accélérant ainsi sa
dissolution. Par contre, si le rayon de la cavité est plus grand, la poussée d'Archimède provoque
l'ascension de la bulle à une vitesse qui peut excéder sa vitesse de dissolution.
Lorsqu'une onde acoustique se propage dans le liquide, la pression acoustique Pa est impliquée dans l'équilibre des pressions (équation 1.7).
P. + P, = (P,±PJ+^” 1.7
Lors d'une compression, la pression acoustique s'additionne à la pression hydrostatique et à la pression de Laplace et le rayon de la bulle diminue. Lors d'une dépression, cette cavité va par contre croître. Dans un champ de pression, le rayon d'une bulle de cavitation va donc osciller autour d'une valeur d'équilibre.
3) Croissance des bulles — Diffusion rectifiée
La croissance de bulles de cavitation oscillant dans un champ acoustique est contrôlée par la diffusion rectifiée. Ce phénomène mène au "pompage" de gaz dissous dans le liquide vers la phase gazeuse des bulles de cavitation en oscillation (Hsieh & Plesset, 1961; Crum, 1984). Deux mécanismes complémentaires permettent de décrire qualitativement ce phénomène.
Le premier mécanisme est appelé effet de surface. Durant l'oscillation d'une bulle de cavitation, son rayon varie autour de sa valeur d'équilibre (voir figure 1.5 pour un cycle acoustique). Lors d'une compression, le rayon de la bulle est inférieur à son rayon d'équilibre, le gaz contenu dans la cavité est comprimé et diffuse vers la phase liquide. Lors d'une dépression, la bulle est en expansion et la pression du gaz contenu dans la bulle est inférieure à la pression à l'équilibre; il y a donc diffusion du gaz du liquide vers la bulle. La surface à travers laquelle le gaz diffuse est plus grande lors d'une dépression que lors d'une compression; le flux de gaz entrant est donc plus important que le flux sortant et, sur un cycle acoustique, le rayon de la bulle augmente.
O
O
©
O
O
R>R0 R = R0 R< Ro R = R0 R>R0
Pg < P g,éq Pg = Pg,éq Pg > P g,éq Pg = Pg,éq Pg < Pg,éq
Flux de gaz: liquide - bulle bulle - liquide
_liquide - bulle
Figure 1.5: diffusion rectifiée: effet de surface sur un cycle acoustique. Ro = rayon de la bulle à l'équilibre; R = rayon de la bulle; Pg.éq = pression du gaz dans la bulle à l'équilibre; Pg = pression du gaz dans la bulle
Le deuxième mécanisme, appelé "shell effect" ou effet de "pelure", est basé sur le fait que la vitesse
de diffusion d'un gaz dans un liquide est proportionnelle au gradient de concentration de ce gaz
dissous dans le liquide. Considérons une bulle entourée de plusieurs couches, ou "pelures", de liquide (figure 1.6). Lorsque la bulle est en expansion, ces couches sont comprimées et le gradient de concentration en gaz dissous y est plus important qu'à l'équilibre. La vitesse de diffusion du gaz vers la bulle est donc accrue. Quand la bulle se contracte, les couches l'entourant sont étendues et le gradient de concentration en gaz dissous est moins grand que lors de l'expansion de la bulle. La vitesse de diffusion du gaz est donc moins importante que lors d'une expansion. Notons que ce modèle suppose que l'oscillation est suffisamment rapide pour que la diffusion du gaz dissous entre les couches proches de la bulle et la masse du liquide soit négligée.
Bulle comprimée Bulle à l’équilibre Bulle en expansion
Figure 1.6: "shell effect" dans la diffusion rectifiée; deux couches entourant la bulle sont représentées
4) Régimes de cavitation
Le mouvement oscillatoire d'une bulle dans un champ acoustique peut être décrit par des équations reliant le rayon de la bulle à la pression acoustique. L'équation de Rayleigh-Plesset (équation 1.8), développée à l'origine par Lord Rayleigh (1917) pour une bulle sphérique vide, permet ainsi de décrire l'oscillation d'une bulle dans ces conditions. La dérivation de cette équation repose sur plusieurs hypothèses, notamment celle de l'incompressibilité du liquide. Cette équation a été par la suite raffinée par Plesset (1949) et Noltingk & Neppiras (1950).
RR + 3R i2 1
P Po + 2o Rn -P.
R + p.-f-Po-P(t)
R: rayon de la bulle (en m)
Ro: rayon d’équilibre de la bulle (en m) p: densité du liquide (en kg.m'^) Pvi tension de vapeur (en Pa) Po: pression statique (en Pa) P(t): champ de pression (en Pa)
a: tension superficielle du liquide (en kg.s'^)
k: rapport polytropique du gaz dissous
1.8
De façon générale, il n'est pas possible d'obtenir une solution analytique pour cette équation non-linéaire. L'intégration numérique de cette équation permet d'étudier l'évolution de bulles dans un champ acoustique et de discerner différents comportements. En pratique, l'évolution d'une bulle dépend de plusieurs paramètres, notamment son rayon initial, la fréquence de l'onde acoustique ainsi que son amplitude. Dans les cas décrits ci-dessous (Leighton, 1994), le rayon initial de la bulle est différent alors que l'amplitude et la fréquence de l'onde acoustique sont maintenues constantes.
La figure 1.7 représente l'évolution au cours du temps du rayon d'une bulle d'air de rayon initial de 2 mm en présence d'une onde acoustique de 10 kHz de 0,27 MPa d'amplitude. L'oscillation régulière de la bulle est caractérisée par deux fréquences. L'oscillation la plus lente est associée à la fréquence de résonance de la bulle et l'oscillation la plus rapide correspond à la fréquence de l'onde acoustique appliquée.
Figure 1.7: variation au cours du temps du rayon d'une bulle d'air de rayon initial de 2 mm dans de l'eau insonifiée à 10 kHz par une onde d'amplitude de 0,27 MPa
Lorsque le rayon initial de la bulle est inférieur à 2 mm, son comportement dans le champ acoustique est très différent. Ainsi, une bulle de 0,1 mm de rayon à l'origine, soumise à une onde acoustique de 10 kHz et d'une amplitude de 0,24 MPa, présente une succession d'oscillations non-linéaires de grande amplitude (figure 1.8). Les bulles caractérisées par un des comportements décrits par les figures 1.7 et 1.8 sont dites en régime de cavitation stable: les bulles oscillent sur un long intervalle de temps, typiquement supérieur à la période de l'onde acoustique.
Figure 1.8: variation au cours du temps du rayon d'une bulle d'air de rayon initial de 0,1 mm dans de l'eau soumise à
une onde acoustique de 10 kHz et d'amplitude de 0,24 MPa
Des bulles de rayon initial plus faible connaissent une évolution encore différente, comme le montre la figure 1.9 pour de bulles de rayon initial de 60 pm à 1 pm (onde de 10 kHz et de 0,24 MPa d'amplitude). Ces bulles grossissent de façon importante jusqu'à une taille maximum, avant d'imploser violemment. Ce régime de cavitation est appelé transitoire.
Temps (ms)
Figure 1.9: variation au cours du temps du rayon de bulles d'air de différents rayons initiaux ( a) 60 pm b) 50 pm e) 10 pm d) 1 pm) dans de l'eau soumise à une onde acoustique de 10 kHz et d'amplitude de 0,24 MPa
La fréquence de résonance d'une petite bulle, inversement proportionnelle à sa taille, est élevée, ce
qui implique que son temps de réponse à une variation de pression est court. Ainsi, durant une
phase de dépression, une telle bulle grandit rapidement jusqu'à une taille élevée. L'implosion rapide
et violente de bulles de cavitation transitoire est accompagnée par la libération d'énergie, du fait de la
compression très rapide du contenu gazeux des bulles. En fin d'implosion, la bulle se fragmente en
plusieurs petites bulles qui peuvent à leur tour osciller et imploser. Par ailleurs, une onde de choc est
émise lors de la compression maximum de la bulle (Vogel et al., 1989). Les bulles en régime de
cavitation transitoire sont à l'origine des effets physiques et chimiques liés à la cavitation.
5) La cavitation acoustique et les différents seuils
Apfel (1981) a illustré les seuils contrôlant la cavitation acoustique en traçant un diagramme représentant les différents régimes de cavitation possibles en fonction de la taille des bulles et de la pression acoustique appliquée à ces bulles. Le diagramme représenté ci-dessous (figure 1.10) représente le comportement de bulles d'air dans de l'eau insonifiée à 20 kHz. Le seuil de Blake, représenté par la courbe R b , correspond à la pression au-dessus de laquelle une bulle subit une expansion explosive. Ce seuil constitue une limite entre un comportement stable des bulles et un comportement instable. D'autres seuils sont également représentés. La courbe Rj, le seuil de diffusion rectifiée, représente la pression acoustique à appliquer à une bulle pour que celle-ci croisse par diffusion rectifiée; si la pression acoustique est inférieure à ce seuil, la bulle se dissout dans le liquide. La courbe Rt, le seuil de cavitation transitoire, représente la pression acoustique au-dessus de laquelle une bulle implose (régime transitoire). Enfin, le seuil d'inertie, Rj, correspond à une pression acoustique sous laquelle l'implosion violente des bulles est ralentie par des forces d'inertie du liquide et Rr représente le rayon où la bulle entre en résonance.
0.1 1.0 10 100 Pression réduite (Pa/Po)