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Oncologie : Article pp.109-110 du Vol.2 n°2 (2008)

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LIVRES ET VIDE´OS

La mort de l’autre. Une introduction a` l’e´thique clinique

Robert Zittoun, Dunod, Paris, 2007

Le livre de Robert Zittoun est un essai sur la relation the´rapeutique mene´e jusqu’a` la fin. Fin de la relation, fin du malade, sa propre fin. Cette ide´e de l’accompagnement du malade propose´ par une e´quipe soignante, dans le cadre d’une hospitalisation, Robert Zittoun l’a non seulement e´largie a` l’ensemble des ale´as de la maladie grave, mais il l’a installe´e et de´veloppe´e en tant qu’e´thique clinique.

Lorsqu’il e´tait chef du service d’he´matologie de l’Hoˆtel-Dieu, Robert Zittoun e´tait l’un des rares « patrons » a` partager avec l’ensemble des soignants et collaborateurs de son service, les difficulte´s, les inquie´tudes et aussi les joies e´prouve´es dans le travail aupre`s des patients atteints de cancers et autres he´mopathies malignes. Ainsi, il avait de`s sa prise de fonction propose´ a` des psychologues de formation analytique d’animer des groupes de parole auxquels il participait et graˆce auxquels il a pu trouver une forme de le´gitimite´ aupre`s d’une e´quipe aussi polyphonique que multi-culturelle.

C’est ainsi qu’il a cre´e´ le groupe intitule´ « Fonction soignante et accompagnement » qui re´unissait aussi bien des infirmie`res et des aides-soignantes, des me´decins que des philosophes, sociologues et psychanalystes, de tout courant et de toute obe´dience. Ce groupe e´tait ve´ritable- ment un lieu bouillonnant de la pense´e. Chacun y avait la parole et une ve´ritable synergie permettait d’y mettre en place des propositions concre`tes pour le pre´sent et le futur.

C’est ainsi que les soins palliatifs franc¸ais pouvaient y trouver leurs racines en la pre´sence de Maurice Abiven et de Jean-Marie Gomas, que l’e´thique clinique pouvait entrer a` l’hoˆpital, et que les familles comme les patients pouvaient enfin trouver l’e´coute et le soutien dont ces lieux e´taient encore ve´ritablement de´munis. L’approche de la mort, a priori honnie de la Me´decine (avec un grand M, comme Me´decine triomphante et omnisciente) e´tait inte´gre´e dans ces travaux qui n’e´taient pas qu’abstraits, mais au plus pre`s des te´moignages des malades.

Robert Zittoun a su en effet partager tre`s toˆt avec les patients qu’il aimait des moments importants ; des moments d’e´criture par exemple, avec Christina Lilliestierna, dont le titre de l’ouvrage montre clairement la qualite´ des relations,

« Docteur, pour la premie`re fois nous avons parle´ le meˆme

langage, dit Christina » (Paris, Hachette, 1978). Il a aussi su s’engager, et parfois payer le prix de la perte : « En fin de carrie`re, ma me´moire professionnelle s’apparente a` un cimetie`re, avec une majorite´ de tombes anonymes, et un certain nombre de malades avec qui une relation profonde s’est noue´e et dont je porte encore le deuil. »... Il est rare qu’un me´decin reconnaisse humblement l’affliction due a`

la rupture du lien (me´dical, social ou tout simplement humain ?) avec le malade. Mais c’est justement l’objet de ce livre e´crit dans la lance´e de Merleau-Ponty dont Robert Zittoun souligne « la plus importante acquisition de la phe´nome´nologie », c’est « d’avoir joint l’extreˆme subjecti- visme et l’extreˆme objectivisme, (qui) nous semble s’appliquer tout particulie`rement a` la situation me´dicale, en pre´cisant que cette jonction entre subjectivisme et objecti- visme se situe de fac¸on optimale dans le cadre d’une

« rencontre » entre le malade et le me´decin. » Robert Zittoun aborde assez rapidement l’objectif de son ouvrage, car il ne se satisfait pas seulement de citer les grands auteurs qui ont renouvele´ l’e´thique me´dicale, mais il s’implique clairement dans les chapitres qui abordent les situations critiques, l’aide a` mourir qu’il traite autant dans ses e´vidences (limiter la douleur, apporter confort et soutien) que dans ses ambiguı¨te´s (le risque de « pente glissante » vers l’euthanasie de personnes qui se jugent elles-meˆmes ‘‘trop lourdes’’ sociale- ment... La culpabilite´ et la pulsion homicide, la disparition de la mort naturelle.) Il admet la « pression euthanasique » et re´fle´chit en employant les exemples les plus re´cents et en appliquant les reformulations des pre´ceptes bibliques par Emmanuel Levinas : « Ne pas tuer, ce n’est pas s’interdire d’interrompre une vie biologique, mais respecter l’inter- diction fondamentale (...) : face au visage vulne´rable de l’autre, alors que l’envie de lui porter atteinte est la`, vient l’appel e´thique et de´ontologique : tu ne le tueras point. Le visage peut eˆtre entendu ici comme ce qui donne un statut de personne humaine, soit l’existence, a` partir d’un certain stade de de´veloppement d’une conscience, meˆme si secondairement elle en vient a` eˆtre de´grade´e». La reprise de cette phrase me semble ici fondamentale pour expliquer pourquoi une personne en coma ve´ge´tatif chronique ou de´mente doit conserver toute sa place dans notre socie´te´, parce qu’elle en a e´te´ membre a` part entie`re et que ses fonctions « diminue´es »

Psycho-Oncologie (2008) 2: 109–110

©Springer 2008

DOI 10.1007/s11839-008-0082-0

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com

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ne l’en e´limine pas pour autant. La place dans la Socie´te´ n’est pas seulement celle qui est actuelle, au pre´sent, elle comprend aussi tout le passe´ commun de la personne dans la grande Histoire. C’est pourquoi une socie´te´ humaine peut eˆtre fie`re de permettre aux histoires de ses citoyens de circuler entre eux, meˆme si ces dernie`res sont plus ou moins nettement rapporte´es par leurs auteurs.

Enfin, dans sa deuxie`me partie, Robert Zittoun aborde tre`s pragmatiquement l’e´thique au lit du malade. Comment soigner la souffrance, ou du moins comment l’accueillir dans ses sens divers, dans ses fonctions e´tranges parfois, ou encore qu’en faire lorsque le sujet est totalement de´sorganise´ ? Le soignant peut-il, doit-il donner un sens a` la souffrance d’autrui ou sans s’illusionner sur un partage possible, peut-il cheminer avec le patient ? Ces questions permettent de de´gager une e´thique du dialogue, une e´thique de la discussion soignant-soigne´. Robert Zittoun illustre ses ide´es par ses fonctions de « me´decin-conciliateur » au sein des hoˆpitaux publics. Il en tire l’ide´e majeure de la place des e´thiciens au sein meˆme des staffs, bien suˆr, des comite´s de protection des personnes, mais aussi au chevet des malades.

Il n’he´site pas a` proposer que des malades soient aussi pre´sents dans la formation a` l’e´thique du soin comme a` la Harvard Medical School de Boston, ou` des professeurs (qui sont en fait des malades volontaires atteints d’affections graves) viennent exposer aux jeunes praticiens leur point

de vue. C’est bien un renversement e´piste´mologique complet par rapport aux « pre´sentations de malades » qui jadis transformaient le patient en « porteur de symptoˆmes », alors qu’ici, ils deviennent les « meilleurs maıˆtres des soignants ».

Les consultations d’e´thique, telles que Richard Zaner a pu les mettre en place a` Nashville (Tenessee) sont passionnantes, car elles situent autrement la narration du malade. L’e´coute n’est pas celle de l’inconscient, mais elle situe la personne comme un eˆtre moral et l’acte the´rapeutique dans son sens moral et dans sa valeur existentielle pour le malade. Les Franc¸ais peuvent s’en inspirer, mais de´ja` ont trouve´ des voies qui leur sont propres comme a` l’hoˆpital Necker ou au CHU de Rennes.

Robert Zittoun conclue son livre par un hommage a`

Paul Ricoeur, hommage a` son livre posthume « Vivant jusqu’a` la mort » (Paris, Seuil, 2007), qui est une e´thique de la fin de vie partage´e entre « le deuil et la gaiete´ ». Je crois que le livre de Robert Zittoun est proche de cette gaiete´ de´crite par Ricoeur, il est plein d’e´nergie, d’appe´tit de trouver de nouvelles approches, mais le deuil est la`

aussi pour souligner que l’on ne peut faire table rase du passe´, et que si la souffrance n’est pas qu’un mot, elle n’est pas non plus le mal absolu, elle peut parfois encore construire le sujet et donner un sens a` son histoire.

Marie-Fre´de´rique Bacque´

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