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Bulletin de l'Institut du Pin [1931, n°19] · BabordNum

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7

N° 19. (c2e Série) h croissant le 15 de chaque mois. 15 Juillet 1931.

Abonnement (France...

35 fr.

auBulletin (un an; j Etranger. 50 fr.

Adresserlemontantdes Abonnementsk l'Institut

duPin. C.C.Bordeaux 9237

Le Numéro

BULLETIN

DE

France... 3f 50 Étranger. 5f »

Ata

m

L'INSTITUT DU PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches

agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences

de Bordeaux

V D

r

SOMMAIRE

I. Articles originaux

Pages A I 44 Les Emplois et le commerce de la colo¬

phane, par M. P.Maydieu 145

C ï 90 Contributionà l'étude desdipinènes.Histo¬

rique etformation, par R. DuLotisui¬

vre) 159

F I 25 La fabrication des pâtes à papier, par

M. G. Dupont suivre) 161

GI 13 Constitution de la Matière et valence chi¬

mique, par M. G. Dupont(fin) . 167

II. Petite Documentation A II 10 Diminution de la vente des pots-à résine

enAmérique pourla période 1931-1932. 148

B II 13 Le Procédé de gemmage Bellini delle

Stelle, par M. R. Sargos 149

J

fSODH DE CLiPiSSIFlCnTION DE NOS

DOCUMENTS

A. Généralités.

B. Récolte et traitement des résines.

C. Essences de térébenthine, terpènes etdérivés.

D. Constituants solides des

résines et leurs dérivés.

/ Articles originaux. IIDocumentation.

E. Dérivéschimiquesdubois.

F. Cellulose de bois.

G. Documentsdivers.

Adresser la Correspondance :

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LeDirecteur technique reçoit les lundi mercredi de 15 heuresà

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(2)

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(3)

H° 19 (2e Sériel Paraissant le 15 dechaquemois. 15 Juillet 1931

BULLETIN

DE

L'INSTITUT DU PIN

Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques

et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux

A i 44

Les Emplois et le Commerce

de la Colophane

par Pierre MAYDIEU (1)

M. le Professeur Dupont vous a dit d'où venait la

résine: Voici la définition du mot résine dans le dictionnaire :

« Nom générique sous lequel on désigne les pro¬

duits d'exsudation de certaines plantes, pin, sapin, mélèze, etc...; spécialement la gemme du pin, dont

la distillation a éliminé l'essence de térébenthine. »

Le mot désigne donc à la fois la gemme, produit

brut tel qu'il coùle de l'entaille faite dans le pin,

et le résidu de la distillation lorsque l'essence de

térébenthine a été extraite, qui prend alors le nom de brai ou colophane, ou résine jaune lorsqu'une

manutention complémentaire a incorporé de l'eau

à ces brais ou colophanes.

Seule la teinte différencie le brai de la colophane.

Le brai est foncé, la colophane est claire, tous deux peuvent servir à jouer du violon, mais ce n'est pas le seul emploi des produits résineux secs et

encore subissent-ils une préparation spéciale pour cet usage.

Les brais et colophanes vont du noir le plus

absolu au jaune clair, très clair, en passant par le

brun rouge; ils doivent être transparents, brillants,

(1) Conférence faite à l'TJ. A. I. C. le 9 mai 1931, à la Faculté des Lettres de Bordeaux.

friables, et avoir l'aspect de berlingots et de sucre de pomme. Les différentes qualités sont désignées

d'abord par les lettres de l'alphabet ; B, est du brai

noir; CB EF sont des brais demi-clairs; G HI, deà

brais clairs; KM N, des demi-colophanes; puis, par des réunions deplusieurs lettres : WG, WW, WWX,

WVVY, pour désigner les colophanes; AA, 3A, 5A,

7Apour les colophanes extra-pâles. La colorationest

due à l'oxydation de la gemme au contact des mé¬

taux, à la présence de matières organiques pendant

ladistillationetà laproportionplusou moinsgrande

de barras dans la gemme, le barras étant la croûte

de résine qui se forme sur la cicatrice de l'arbre au fur et àmesure que la saison s'avance. Les produits

secs fabriqués au début de la récolte, au printemps,

sont très clairs et ceux fabriqués avec les gemmes d'automne sont beaucoup plus foncés.

Ce que l'on appelle commercialement encore

« résine » ou « résine jaune » est un mélange à

chaud debrai et d'eau, qui a un aspect opaque, jau¬

nâtre, et dont on faisait autrefois des chandelles.

Actuellement cette marchandise n'est guère plus employée que comme adhérent, dans la soudure des métaux, ou à différents usages industriels qui pro¬

voquent une consommation peu importante.

Le brai noir est obtenu par la distillation des ré¬

sidus de gemme, purifiés et préparés à la distilla¬

tion. Il s'emploie dans la fabrication des savons très ordinaires, dans la confection de certainespein¬

tures dont les wagons de chemins de feivassuraient

il y a encore peu de temps, un débouché de 50d ton¬

nes par an, et également pour le calfatage des na¬

vires.

Les brais qui portent les appellations E F GH I

(4)

146 BULLETIN LE L'INSTITUT LU PIN 19 -Juillet 1931

ont de très nombreux débouchés dans une multitude de petites et grosses industries, telles que : fabri¬

cation de cires à cacheter, d'allume-feu, de noir de fumée, de linoléum, de peintures, de produits explosifs, d'isolants pour l'électricité, de poix pour brasseurs, qui sert à enduire intérieurement les fûts destinés au transport de la bière; ils sont éga¬

lement très employés en Chine, pour la fabrication

de soies imprimées, mais ce dernier marché qui est

assez important, est presque exclusivement réservé

aux Américains.

De tous ces débouchés, le plus important est ce¬

lui de l'industrie du papier, où le brai, transformé

en savon résineux (résinate de soude) est incorporé

dans la pâte des papiers destinés à recevoir des impressions. Ce procédé date du début du 19e siècle

et a remplacé le glaçage ancien des papiers par im¬

mersion des feuilles dans des bains d'amidon et de

gélatine. Le papier collé avec le savons résineux est imperméable aux encres d'imprimerie. Ce n'est pas le cas des papiers buvards, des papiers à cigarettes,

de certains cartons et papiers d'emballage, qui ne sont pas collés et ne peuvent supporter aucune im¬

pression ou écriture.

Les brais sont également employés dans la fabri¬

cation de l'huile de résine. Entre autres usages, l'huile de résine entre dans la composition des en¬

cres d'imprimerie, en mélange avec le noir de fu¬

mée, la colophane, l'huile de lin, l'essence de téré¬

benthine, et le savon de résine, suivant différentes formules de préparation. Mais l'emploi de l'huile de résine dans les encres d'imprimerie était fait en remplacement de l'huile de lin. On a réussi à em¬

ployer aujourd'hui un autre produit de remplace¬

ment, meilleur marché, le mazout, au grand dom¬

mage des producteurs de brais et d'huiles de résine,

au grand dommage aussi des mains des lecteurs de

journaux, salies épouvantablement par ses encres insuffisamment siccatives, tandis que l'huile de ré¬

sine permet de fabriquer des encres d'imprimerie

d'une siccativité parfaite qui, par conséquent, n'ont

pas cet inconvénient.

Les brais, en devenant clairs, comme je vous l'ai

dit tout à l'heure, changent de nom. Lorsqu'ils atteignent les qualités que l'on appelle K, M et N, ils prennent le nom de demi-colophanes. Au-dessus WG, WW, WWX, WWY, sont des colophanes, et enfin, lorsqu'encore plus claires, ces colophanes s'appellent 2A, 3A, 5A, 7A, ce sont des colophanes

extra-supérieures qui ont été peu à peu obtenues

au fur et àmesure des améliorations apportées dans la fabrication.

Les initiales WG et WW sont les initiales des.

mots anglais qui veulent dire « verre à vitre » et

« transparent comme de l'eau ». C'est un peu exa¬

géré pour la teinte de ces colophanes, mais lorsque

l'industrie est arrivée à les produire pour la pre¬

mière fois, on était tellement heureux de ce résul¬

tat et en tellement grande admiration devant la beauté des produits fabriqués, qu'on les a baptisés

de noms exagérant leurs qualités et depuis on a eu

recours à la lettre A, accompagnée d'un coefficient, pour désigner les qualités de plus en plus pâles que:

l'on arrivait à fabriquer.

La fabrication des peintures et vernis exige des colophanes très pâles pour la préparation des diffé¬

rents résinâtes de métaux. Mais les colophanes à.

l'état naturel ne donnaient pas des résultats com¬

parables à ceux donnés par les copals. C'est pour concurrencer ces derniers d'un prix très élevé, que.

les chimistes ontcherché ettrouvé des procédés per¬

mettant la fabrication d'éthers résiniques. Les Amé¬

ricains, les Allemands, se sont spécialisés dans ces.

produits, et sont arrivés à mettre au point des co¬

pals synthétiques d'un rendement parfait. Plusieurs:

grades de colophane sont employés à cet effet, sui¬

vant qu'il est nécessaire d'obtenir un éther résini- que plus ou moins clair, plus ou moins coloré.

Plus les colophanes sont claires, plus elles sont chères, et il est certain que si l'on pouvait arriver à obtenir des colophanes sans aucune couleur, si l'on pouvait fabriquer par conséquent, des vernis aussi:

transparents que l'eau, il y aurait de nouveaux dé¬

bouchés qui seraient ouverts à la colophane. Ces-

débouchés ne seraient peut-être pas d'une impor¬

tance considérable car, malgré tout, la consomma¬

tion des vernis ne s'accroît pas en proportion de la production des colophanes, et cette industrie ne- suffira pas à absorber la production mondiale.

La France a été pendant de nombreuses années à peu près la seule à fabriquer ces belles qualités,,

mais actuellement, nous avons une concurrence très- vive de la part de nos Axnsins espagnols qui bénéfi¬

cient d'un climat beaucoup plus favorable que le-

climat français à leur production et qui obtiennent

dans leurs forêts, des gemmes qui, sinon de qualité supérieure, sont du moins plus propres que les

nôtres. La fabrication française est cependant pré-

2

(5)

BULLETIN 1JE L'INSTITUT DU PIN N° 19 - Juillet 1931 147

îérée à la fabrication espagnole d'un très grand

nombre d'industriels étrangers; mais l'influence des prix entre en ligne de compte, et il existe de l'autre

côté des Pyrénées une concurrence très sévère à la¬

quelle il faut porter grande attention.

L'industrie des vernis, comme je viens de vous le dire, n'est pas suffisante pour absorber la pro¬

duction des colophanes françaises et le principal

débouché est encore la savonnerie. Le savon rési¬

neux est la base même de la consommation de la résine.

Il y a toute une gamme d'emplois de la colophane

dans les savons solubles de résine qui se fabriquent

par saturation directe de la résine par les alcalis

avec les carbonates alcalins. Dans leur livre « Rési¬

lies et Térébenthines », MM. Vèzes et Dupont disent

que le savon résineux s'obtient en ajoutant à la

soude de la résine broyée, maintenue dans la lessive

à douce ébullition et en agitant. Le liquide prend

d'abord un aspect laiteux dû à l'émulsion de la ré¬

sine, puis il se clarifie par dissolution de cette der¬

nière. Le résinate de soude seprésente sous la forme

d'une gelée d'une coloration jaune plus ou moins

foncée suivant la couleur de la colophane initiale.

€e résinate est un savon très soluble dans l'eau et

peut être employé tel quel. Ce savon décrasse, d'une façon parfaite, tous les objets graisseux, la peau, le linge, les planchers, etc..., et pourrait rendre de grands services dans de nombreux cas particuliers;

il a, par contre, le grand défaut d'être décomposé

par le gaz carbonique de l'air et de s'oxyder, ce qui

fait qu'il se recouvre superficiellement d'une couche

riche en colophane qui apparaît sous une forme bru¬

nâtre. Il est en outre soluble dans l'eau et ne pour¬

rait être utilement employé seul comme savon de ménage. Il fautle mélanger à un savon à l'huile.

Les Anglais ont été les premiers à employer des grandes quantités de colophanes dans la fabrication

du savon, en les mélangeant en parties égales avec des savons à l'huile de palme. Ces savons sont par¬

ticulièrement recherchés dans les pays exotiques et,

comme ils ne sont pas relargués par les sels miné¬

raux, ils peuvent mousser dans les eaux calcaires et saumâtres, tandis que les savons gras seraient inu¬

tilisables dans ces eaux-là. v

Peu à peu, l'industrie mondiale des savons a em¬

ployé la colophane et on est arrivé à fabriquer au¬

jourd'hui des savons à forte teneur de résine qui ont

une présentation impeccable et qui ont sur les au¬

tres de grands avantages au point de vue détersif

et utilisation dans toutes les eaux.

Voilà, Messieurs, quels sont les principaux em¬

plois des brais et des colophanes. Leus prix sont sujets à de brusquesvariations. Je ne veux pas vous ennuyer par des chiffres, je vous donnerai seu¬

lement les quelques indications suivantes : Avant guerre, la gemme valait de 0 fr. 20 à 0 fr. 30 le litre, l'essence de térébenthine de 60 à 80 francs, sauf en 1911 où le prix de 150 francs les cent kilos fut atteint; les produits secs valaient de 12 à 40 fr.

Pendant la crise du franc, ces prix sont montés à

5 francs le litre pour la gemme, 1.200 francs les

cent kilos pour l'essence, 500 francs pour les pro¬

duits secs; aujourd'hui, la gemme vaut environ

1 fr. 40 le litre, l'essence 375 francs les cent kilos et les produits secs environ 125 francs.

La France exporte environ 50 % de sa produc¬

tion. Si les industries consommatrices étaient éta¬

blies chez nous, nous n'aurions pas besoin de réim¬

porter par la suite une grande partie des marchan¬

dises transformées, ni non plus des produits d'ori¬

gine américaine ou espagnole transformés en Alle¬

magne !

Les industries françaises traitant l'essence de térébenthine ou les brais et colophanes n'ont pas

su profiter de l'avantage énorme qu'elles avaient

en trouvant sur place la matière première qui leur

était nécessaire. Ce sont les étrangers, et principa¬

lement les Allemands, qui ont su le mieux tirer pro¬

fit des différents dérivés de l'essence de térében¬

thine et de la colophane. Une des principales rai¬

sons de cet état de choses est la difficulté de la mise au point de ces industries. La France a la bonne fortune de produire la matière première,

elle n'a peut-être pas été assez persévérante pour

mener à bien la fabrication des produits qui pour¬

raient en dériver.

Il s'est créé à Bordeaux l'Institut du Pin, qui a

pris contact aussitôt avec le Laboratoire spécial des Résines de la Faculté des Sciences. M. le profes¬

seur Dupont, que vous avez entendu tout à l'heure, doyen de la Faculté des Sciences, est à la tête de

cet Institut, qui doit être l'espoir de la production française de résineux pour mettre au point la fa¬

brication des dérivés de la colophane et de l'essence

de térébenthine.

Nous devons donc nous attacher â faire vivre

ce Laboratoire, à lui procurer les ressources néces-

(6)

148 BULLETIN BU L'INSTITUT BU PIN 19 -Juillet 1931

saires pour que la plus grande quantité possible

des dérivés des colophanes et de la térébenthine

soit fabriquée chez nous; ce sera le moyen le plus

certain d'en assurer l'écoulement, car les résineux des autres pays producteurs seraient beaucoup trop handicapés par les frais de transport et les

droits de douane pour entrer en France et rempla¬

cer nos produits à la base même de ces industries.

Je tiens à rendre ici hommage au dévouement et

au désintéressement de M. le professeur Dupont

pour tout ce qui concerne la résine, par conséquent

la Forêt landaise et je suis certain que, si nous

avons les concours nécessaires, grâce à lui, grâce à

ses dévoués collaborateurs, comme Mlle Barrand,

nous pouvons arriver à doter le Sud-Ouest de la

France d'industries nouvelles pour la plus grande prospérité de ces industries et de notre région.

A n 10

PETITE DOCUMENTATION

Diminution de ta ««nie nés

psis 1 fêsk

a

iitive

peur

la perMe m-WL

Nous recueillons l'information suivante dans In- dustrial and Engineering Chemistry (vol. 23, n° 6, juin 1931).

« La vente des pots à résine de tout type, neufs,

durant le dernier hiver, pour la récolte 1931-1932,

s'élève seulement à 1.085.000 pots suivant les ren¬

seignements recueillis par l'U.S. Department of Agriculture. Ce nombre représente 10 % de celui

vendu pour la saison 1930-1931; c'est le plus faible enregistré depuis que le Department of Agriculture

réunit des informations à ce sujet.

« Ce faible nombre de pots à résines, neufs, ven¬

dus cette saison, est une conséquence de la crise

subie par les producteurs de produits résineux,,

disent les spécialistes du Department of Agricul¬

ture, et ils ajoutent qu'il s'en suivra la production

d'une plus faible quantité des grades pâles de la- colophane.

Voici le nombre de pots, neufs, vendu chaque.- saison, depuis neuf ans :

1931-32 1.085.000

1930-31 .. 11.178.800

1929-30 24.488.760

1928-29 12.589.000

1927-28 32.310,000

1926-27 20.500.000

192)5-26 10.059.000

1924-25 13.249.000

1923-24 29.828.500

(7)

BULLETIN DE L'INSTITUT DU PIN N° 19 - Juillet 19S1 149 B ii 13

Extraits de la Conférence faite publiquement, le 9 juin 1931, à la Foire de Labouhcyre, et, le 15 juin 1931, à la Foire de Bordeaux, par M. Roger Sargos, ingénieur des Eaux

et Forêts, ingénieur agronome, président du Comité régio¬

nal du Pin maritime de l'A. T. A. S. O., avec le concours de JM. Umberto Bellini délie Stelle, ingegnere agricolo coloniale.

Cette Conférence avait pour titre : «La Crise résinière peut- elle être résolue par une amélioration du Gemmage ? »

La gemme est un produit agricole, -dont la trans¬

formation en essence de térébenthine et brai on

colophane, doit être considérée comme le prolonge¬

ment normal de l'exploitation. Ne pouvant se con¬

sommer sous sa forme originelle, elle exige une transformation sur place en des ateliers qui sont

de véritables industries agricoles. Sa valeur com¬

merciale dépend quelque peu de cette transforma¬

tion, qui exige des frais plus ou moins élevés, selon

le matériel utilisé et la quantité distillée, mais elle

est avant tout commandée par les cours des pro¬

duits résineux qui en découlent : essence de téré¬

benthine et brais.

La hausse des cours de l'essence de térébenthine et des brais entraînera donc la hausse de la gemme.

Tel est, d'ailleurs, le vœu des Syndicats profession¬

nels. Les moyens d'obtenir un tel résultat sont évi¬

demment, d'une part, de restreindre la production,

d'autre part, d'augmenter les débouchés, surtout en France, à l'abri d'un réseau douanier protecteur.

Mais, cette solution, si elle est possible dans une certaine mesure, aurait-elle un effet durable ?

Ne se heurte-t-elle pas aux lois générales écono¬

miques que la crise mondiale confirme ?

Un produit n'a-t-il pas d'autant plus de débou¬

chés qu'il est, évidemment, plus utile, mais aussi qu'il est moins cher ? Un produit utile peut être remplacé par un succédané, un « ersatz »y même de

moindre qualité, si la différence de prix entre les

deux est appréciable pour l'industrie consomma¬

trice.

Or, quelle est la cause principale de la crise rési¬

nièreque nous subissons ? La surproduction ? Nul¬

lement. La sous-cohsommatiôn ? Oui. Et pourquoi

la sous-consommation ? Parée que, sous l'influence

d'une.demande anormale d'après guerre, les cours de Pessence de térébenthine et des résines ont at¬

teint des prix trop élevés. Le consommateur les a

dès lors remplacées par des matières premières

moins chères : « white-spirit » ou essences dç bois,

matières grasses diverses.

Nous, Landais, supportons maintenant les lour¬

des conséquences des hauts prix de 1926. La leçon

est d'autant plus dure que, nous étant crus très riches, nous avons tous, résiniers comme proprié¬

taires, au lieu d'économiser et de nous assurer con¬

tre les vaches maigres de l'avenir, accru nos besoins

de jouissance. Que cette leçon nous serve, au moins.

Ainsi, notre essence de térébenthine est un pro¬

duit utile, mais elle aura d'autant plus de débou¬

chés qu'elle sera moins chère pour reprendre sa

place normale comme solvant dans les peintures, cirages et encaqstiques, grâce à la valeur supérieure qu'elle possède sur les « ersatz» de remplacement;

elle sera aussi d'autant plus demandée qu'elle per¬

mettra aux industries dérivées, telles que celles du camphqe, du terpinéol, etc..., d'obtenir ces produits

de synthèse à meilleur compte.

Ainsi, également, nos résines, barrées désormais

par les matières cellulosiques dans la fabrication

des vernis, ne pourront concurrencer les corps gras, les huiles et graisses coloniales notamment, dans la

fabrication des savons, que si leur prix de revient

est intéressant pour le savonnier.

Nous pouvons d'autant mieux affirmer que les

hauts prix sont la principale cause de notre crise résinière, que notre production continue à s'écouler malgré la crise mondiale et crue nous nous trouvons

ainsi privilégiés par rapport à la plupart des autres producteurs.

Il n'y a donc pas surproduction de produits rési¬

neux. Il y a sous-consommation, dont le remède

serait le maintien des cours actuels : 350' à 409 fr.

pour l'essence de térébenthine, 100 à 150 francs

pour les résines.

Mais à ces cours, la gemme qui fournit actuelle¬

ment en moyenne

20 % d'essencex340 = 68 kg.x350/100= 255,00

et 70 % de brai-colophanex340 = 238X

125/100 = . . 297,50

soit ....•• Fr. 552,50

d'où il y a lieu de déduire 75 à 125 francs

pour frais de transport, frais de distillation

et rémunération du fabricant 100,00

ne laissant aux producteurs, par barrique

de 340 litres, que 452,50

(8)

150 BULLETIN DE L'INSTITUT BU PIN 19 - Juillet 1931

tout au plus, reliquat insuffisant pour rémunérer

à la fois, comme il convient, et le travail du rési¬

nier et le revenu de la propriété.

'k 'X' *

Peut-on diminuer le prix de revient ?

Déjà, la concentration d'une plus grande produc¬

tion, dans des usines munies de matériel plus per¬

fectionné, aussi bien que la distillation en commun

sous la forme coopérative ont contribué sensible¬

ment à abaisser les frais généraux de fabrication.

Mais elles ont entraîné aussi la pléthore des usi¬

nes et la concurrence commerciale avec paiement

des gemmes à des cours supérieurs aux cours de

réalisation du moment des produits fabriqués qui

en découleront. L'industrie des résineux est tou¬

jours trop spéculative.

De plus, les frais de transport et de fabrication

de la gemme ne diminuent guère les prix de réa¬

lisation des produits que dans une proportion de

20 %, sur laquelle il est difficile d'obtenir une amélioration sensible.

La diminution du prix de revient ne pourrait

donc être recherchée qu'à la production même.

Mais le résinier et le propriétaires formant une as¬

sociation en compte à demi, c'est précisément par¬

ce que la rémunération du travail de l'un, du ca¬

pital de l'autre, est insuffisante qu'il y a crise.

En la situation actuelle de la production, il ne

paraît donc pas y avoir de remède possible à la

crise résinière. Celle-ci prouve bien que la métho¬

de que nous employons pour produire la gemme ne permet pas de rémunérer suffisamment le produc¬

teur parce qu'elle exige un travail de l'homme trop important pour récolter une gemme de trop faible

valeur commerciale parce que trop impure.

Aussi, n'avons-nous comme porte de sortie que de faciliter le travail du résinier et d'augmenter la quantité de gemme produite, ou de récolter de la gemme de plus grande valeur commerciale, de la gemme pure.

Ainsi donc, seule une amélioration de notre mé¬

thode de gemmage est susceptible de résoudre la

crise résinière.

*

La gemme de notre pin se compose normalement,

pour 1/3 d'huiles essentielles ou « essence de téré¬

benthine » et, pour 2/3, d'acides résiniques ou.

« colophane ». Nous ne récoltons pas toute la gem¬

me produite et celle qui est récoltée renferme seu¬

lement 20 % d'essence, avec 70 % de brai et 10 % d'eau et impuretés. La moitié au moins de la gem¬

me sécrétée par l'arbre se perd, coulant hors du.

pot ou entraînée par l'eau de pluie; et la gemme récoltée perd par évaporation, le long de la care

ou dans le pot,"plus du tiers de son essence; de plus, elle s'oxyde à l'air et est souillée de diverses impuretés (eau, terre, bois, écorces, pollen, chenil¬

les, etc.) qui colorent les produits de la distillation..

Le procédé Hughes, qui a remplacé le « crot » creusé au pied de l'arbre pour récolter la gemme dans un pot de terre accroché au flanc de l'arbre,,

avait marqué un grand progrès. Il date de 1844

et s'est répandu surtout à partir de 1860, pour de¬

venir l'exclusive méthode landaise de gemmage!

depuis 1885. Mais il a fait son temps et doit être:

remplacé, s'avérant désormais par trop imparfait..

De même, en Amérique, n'est pas moins impar¬

fait le « cup and gutter System », dans lequel la.

gemme est conduite de la care, beaucoup plus lar¬

ge que la nôtre et présentant des rainures en for¬

me de V, dans un pot ou' « cup », par deux gout¬

tières gutter ») de fer galvanisé, et qui a rem¬

placé le « box System », où la gemme était récoltée

clans une boîte, ou « box », creusée dans l'arbre même.

Le procédé landais épuisant moins l'arbre est

encore préférable. Mais peut-il être amélioré ?

Combien se sont efforcés de le faire sans résultat

pratique ? Il est incontestable que la multiplica¬

tion des amasses et le relèvement du pot plusieurs,

fois dans l'année améliore la qualité; mais ces

opérations demandent au résinier un travail sup¬

plémentaire, et la gemme est achetée sans distinc¬

tion de qualité; l'intérêt de ces améliorations n'a:

par suite jamais paru suffisant au producteur.

Pour récolter de la gemme plus pure, exempte

d'eau de pluie et d'impuretés, et partiellement à

l'abri des évaporations, beaucoup ont songé à cou¬

vrir le pot. Tel Valmy Dupin, par exemple, que je

dois plus spécialement mentionner ici à Labouhey-

re ; il avait breveté un couvercle en terre formant

(9)

BULLETIN LE L'INSTITUT I)U PIN N° 19 - Juillet 1931 151

auvent, accroché au crampon et pouvant se rele¬

ver quand on enlève le pot.

Mais l'ouvrier, qu'ils gênaient plus ou moins, a xejeté ces couvercles.

Sourgen remplace le crampon par un demi-en¬

tonnoir à couvercle et le pot par une bouteille mé¬

tallique. La qualité est meilleure, mais insuffisante

encore, car l'évaporation le long de la care n'est

pas atténuée, et surtout l'obligation de transpor¬

ter les bouteilles à l'usine, pour les vider en les

chauffant dans des étuves, empêche pratiquement

la récolte en vase clos.

■Plus récemment, en Amérique, Gilmer tente la

récolte de la gemme en récipient fermé, à l'abri

récipient fermé, fixé à un appareil protecteur de

care déplacé au fur et à mesure de l'avancement de la care actuelle, est obligé d'abandonner ses es¬

sais devant l'indifférence des principaux intéres¬

sés, les propriétaires landais.

Enfin, les travaux de l'Institut du Pin, avec le

concours de la Station de Recherches de l'Ecole Forestière, s'ils ont permis de vérifier l'insuffisan¬

ce des procédés d'amélioration préconisés, n'ont

pu encore, faute de moyens, trouver la solution de

ce problème.

*

L'échec de ces diverses tentatives nous permet

d'affirmer qu'une nouvelle méthode de gemmage

M. Bellini delle Stelle etson appareil de récolte de lagemme de pin maritime (avril1931).

complet de l'air. La care n'existe plus. Gilmer per¬

ce dans l'aubier de l'arbre deux trous en V ascen¬

dants et les obture par un récepteur métallique spécial sur lequel il fixe un pot de verre. La gem¬

me est récoltée pure, mais en quantité trop insuf¬

fisante, malgré des alésages répétés des trous per¬

cés dans l'arbre. En effet, dans ces trous simple¬

ment alésés, il ne se forme guère de gemme pa¬

thologique; la gemme physiologique seule est re¬

cueillie. De plus, l'atmosphère humide intérieure

favorise le développement de champignons.

Après la guerre, M. Philippe Robert, partant du procédé Gilmer, échoue dans la récolte de la gem¬

me avec intervention du vide et, ne voyant com¬

me amélioration possible que la récolte dans un

pour s'imposer doit répondre aux conditions sui¬

vantes :

Récolter la gemme la plus riche possible, donc

pure. Mais pour récolter une gemme pure, il semble

nécessaire de récolter le plus possible à l'abri de l'air, donc avec l'aide d'un appareil protecteur de

care et dans un récipient fermé;

et pour vider pratiquement le récipient collec¬

teur, il apparaît utile d'y maintenir la gemme à

l'état liquide;

Produire cette gemme en quantité au moins égale à la quantité récoltée actuellement;

Pour cette même quantité :

Ne pas augmenter et, si possible, diminuer le

travail de l'homme-résinier;

(10)

152 BULL L'UN DU L'INSTITUT DL PIN 19 - Juillet 1931

Ne pas accentuer l'épuisement de l'arbre;

Il faut, enfin, que le prix de revient du maté¬

riel et de l'outillage nouveaux soit largement com¬

pensé et rapidement amorti par la plus-value du produit récolté par la nouvelle méthode.

Aucun procédé n'a, jusqu'à l'heure présente, sa¬

tisfait à ces conditions. C'est un fait que nul de

nous ne saurait contester.

Le procédé Bellini delle Stelle, que je vais main-

tenant vous présenter, avec le concours de son in¬

venteur, les remplira-t-il ? L'avenir nous le dira,

aidé dans ses essais par mon camarade et ami,

Michel Druhen, ingénieur des Eaux et Forêts à

Moni-de-Marsan. Leurs expériences ont démontré

que la solution du problème ne pouvait être trouvée

dans cette voie.

M. Bellini applique dès lors au pin maritime

une méthode de gemmage et de récolte de la gem¬

me à l'état liquide dans des récipients fermés, dé¬

rivée cle ses études sur le caoutchouc et les extrac¬

tions de sucs des plantes, faites en Malaisie avant guerre, aux Etats-Unis et au Brésil depuis guerre.

Son but est de récolter la gemme pure, avec la composition qu'elle a au moment de sa fondation

dans l'arbre.

LacareBelliniaprèslespremiers piquages: 6m/mdediamètre

et 4m/m de profondeur, Le dernier«piquage»

ayant été fait trois joursauparavant, lebois est «mûr».

mais j'ai cru dès maintenant devoir lui accorder

mon patronage, parce que, au point de vue techni¬

que, j'ai trouvé ce procédé original de récolte de

la gemme extrêmement intéressant, etque, du point

de vue landais, j'espère qu'il nous apportera la so¬

lution économique de la crise résinière dont nous souffrons, ou tout au moins une amélioration sen¬

sible de notre situation économique.

M. Bellini, au cours de ses travaux de recherches, ayant étudié les possibilités d'amélioration du pro¬

cédé Gilmer, dont il avait connu l'insuffisance, s'est efforcé de provoquer la sécrétion pathologique de

la gemme en creusant progressivement une double

care intérieure conique, au lieu de simples trous

La care doit être complèterirent protégée. Pour

que l'appareil soit

économique,

la dimension de la

care sera considérablement réduite, grâce à l'utili¬

sation d'un outil méchnique approprié.

plus, la récolte doit se faire dans un récipient complètement fermé, une bouteille à eau-miné¬

rale quelconque, par exemple, où, pratiquement,

la gemme doit être maintenue à l'état liquide et à

l'abri des é.vaporations et oxydations. .•

Nous vous présenterons donc.successivement :

La care, >

L'outil ou hapehot tournant, L'appareil protecteur et collecteur,

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