QUELLE ENTRÉE DANS LA PENSÉE DONNE LA FORME
DE CONTACT QUE L’ON A AVEC L’EXPÉRIENCE ?
Claire LE MOINE *, Nathalie TORDJMAN ** Marc BEYNIÉ **
* Explor@dome Paris, ** Images Doc et Bayard Web (Bayard Presse)
MOTSCLÉS : EXPÉRIENCES COMMUNICATION ÉCRITE COMMUNICATION WEB
ANIMATION
RÉSUMÉ : Quelles sont les contraintes ou les avantages propres à un article magazine (Images
Doc), une animation sur le web (Bayard Web) ou à un atelier scientifique (Explor@dome) pour éveiller la curiosité scientifique des 8-12 ans ? Comment susciter la manipulation, inciter les enfants à réaliser une expérience, et à acquérir une démarche scientifique ? Quels sont les acquis propres à chacun de ces modes de communications ?
ABSTRACT : What are the plus and minuses of printed material (Images Doc) compared to a web
animation (Bayard web) or a science workshop (Explor@dome) to awaken the 8 to 12 years old's interest for science ? How can children be tempted to experiment by themselves and to develop a scientific approach ? Do they learn the same things by each communication way ?
1. INTRODUCTION
Notre objectif était de faire réaliser aux participants une expérience sur la formation des avalanches destinée à des jeunes de 8 à 12 ans. Cette expérience était menée à bien par trois groupes situés dans la même salle. Quelle entrée dans la pensée donne la forme de contact qu’on a avec l’expérience ? Nous avons essayé de comprendre comment des approches différentes pouvaient inciter, ou non, les participants à réaliser une manipulation. Nous avons choisi la notion d’avalanche et de paravalanche. Trois groupes ont ainsi été constitués :
- Groupe « animation » : la manipulation est mise en scène et accompagnée par une animatrice ; - Groupe « écrit » : la manipulation est proposée sur un support papier, à savoir le magazine Images Doc ;
- Groupe « web » : la manipulation est présentée sur le site Bayard Web, lors d’une courte séance vidéo.
Un observateur notait les activités et les remarques de chaque groupe de participants.
2. LANCEMENT DE L’ATELIER
2.1 Consignes données aux participants
« Vous avez à votre disposition trois présentations d’un sujet consacré aux avalanches. Un sujet présenté dans le magazine Images Doc, une page du site web Astraclic.com et un animateur scientifique de l’Explor@dome. »
2.2 Déroulement général et répartition du temps
- Présentation des animateurs des trois groupes-ateliers, des trois consignes : 15 minutes - Répartition des équipes : 15 minutes
- Temps consacré à l’atelier 1 heure
- Présentations des travaux et discussion : 1 heure - Mise en commun 30 mn
- Discussion : 30 mn
3. DÉROULEMENT DE L’ATELIER MAGAZINE/WEB/ANIMATION
3.1 Déroulement pour le groupe 1 : groupe « animation »
Les participants étaient invités à simuler une avalanche avec l’aide d’une animatrice et du matériel mis à disposition : bac en plastique, plaque de plastique, eau chaude, sel, lait. Au départ, ils ont cherché à quoi pouvait servir le matériel et ont expérimenté différentes solutions par eux-mêmes.
Dans un deuxième temps, l’animatrice a orienté la manipulation en proposant de réaliser la simulation proposée dans le magazine Images Doc.
Une fois cette simulation réalisée, la proposition était de construire un petit chalet avec la pâte à modeler et de réaliser aussi un paravalanche permettant de dévier l’avalanche afin de protéger le chalet. Les participants ont spontanément testé plusieurs types de paravalanche en faisant varier différents paramètres tels : la hauteur du paravalanche, le nombre de paravalanches, leur orientation, leur distance par rapport au chalet… Lors des différents tâtonnements pour réaliser la simulation ou pour tester les paravalanches, l’animatrice a pu transmettre certaines notions scientifiques concernant le phénomène telles la nature de l’avalanche simulée (type aérosol), le travail des scientifiques qui les étudient (comment les simulent-ils ?)…
Commentaires :
Les participants ont beaucoup fonctionné par expérimentations/tâtonnements dans les différentes phases de l’animation. Comme nous l’attendions ils ont cherché à faire varier les différents paramètres de l’expérience pour répondre à leurs questions. Ils ont tous mis « ma main à la pâte » et ont montré un réel enthousiasme pour l’activité.
3.2 Déroulement pour le groupe 2 : groupe « écrit »
Les participants découvraient le sujet des avalanches à partir du dossier présenté dans Images Doc. Ce dossier comprend :
- une simple page d’introduction avec une photo d’avalanche, un titre, un court texte d’introduction et un personnage humoristique Bidulon ;
- une première double page expliquant, à l’aide de textes, de photos légendées et de personnages humoristiques (Zoé et Bidulon), le travail des scientifiques sur le terrain et en labo pour étudier les avalanches ;
- une deuxième double page expliquant à l’aide d’illustrations légendées le déclenchement d’une avalanche et le rôle des paravalanches
- une troisième double page où Bidulon propose aux lecteurs de faire une manip. pour simuler une mini-avalanche. Cette page est illustrée par des dessins et des schémas.
Les participants étaient par groupe de deux autour d’un magazine ce qui permit un premier niveau de lecture et d’échange.
Les participants se sont appliqués à lire le dossier page à page, sans oublier le sommaire et la page d’introduction. Pour plusieurs participants étrangers, non familiers des avalanches, cette lecture a suscité des questions : Existe-t-il quelqu’un comme Bidulon qui donne l’alerte ? Peut-on se protéger individuellement ? Comment se déclenche une avalanche ? Puis d’autres remarques sont venues sur l’organisation des pages. Les photos et leurs légendes ont été lues, certains titres ont généré une discutions (Pourquoi employer une image anthropomorphique comme « la colère des montagnes ? »). Le vocabulaire a été jugé simple et les explications claires. Mais ils leur a semblé
qu’il était impossible aux lecteurs d’imaginer la réalité de la puissance d’une avalanche à la lecture du dossier (aucune photo des dégâts n’est présentée).
Quand les participants ont atteint la dernière page, ils l’ont lu comme les autres, de haut en bas et de gauche à droite.
Ils ont bien perçu le côté pratique, l’opposant aux pages précédentes plus théoriques. Ils ont été étonnés de voir cette manipulation proposée à la fin du dossier. Car ils estimaient avoir tout compris de la lecture du dossier et que l’expérience ne leur apportait rien de plus. D’ailleurs, malgré la présence des autres groupes (web et animation) dans la pièce qui s’affairaient autour du matériel de manipulation, les participants du groupe « écrit » n’ont pas eu envie de passer à l’acte en expérimentant eux-mêmes. Il semble que les explications et les dessins fournis leur permettaient de visualiser intellectuellement la manip. sans la faire.
Par contre, quand l’observateur du groupe (sortant de son rôle), les a convaincu de faire la manip., ils ont été très intéressés, souhaitant alors refaire plusieurs fois la manip. pour modifier des variables comme incliner davantage la pente, ou sucrer le lait.
Commentaires :
Les participants ont souligné l’écart qui existait entre la réalité d’une avalanche et sa présentation sur un support papier. Une avalanche, c’est un mouvement puissant qu’il est difficile de traduire avec des photos. La manipulation si elle permet de voir le mouvement demande encore d’imaginer la réalité car la simulation ne suscite pas la même émotion qu’une véritable avalanche. Les participants ont regretté que l’aspect catastrophique des avalanches ne soient pas évoqués. Pour eux, ce dossier devrait être un complément d’un reportage télé sur une avalanche. Car il donne les explications pour comprendre l’événement.
3.3 Déroulement pour le groupe 2 : groupe « web »
Les 8 participants à ce groupe ont à leur disposition un micro ordinateur branché sur la page expérience du site web, Astraclic.com (Bayard Web).
Cette page comprend un l’illustration d’un écran entouré de trois encadrés : - le premier consacré à une liste de matériel,
- le second nommé « et en vrai » et consacré au déclenchement des avalanches, - le troisième aux paravalanches.
Les participants ont également à disposition sur une table du matériel : grand récipient transparent, bouteille de lait, sel, essuie tout, pâte à modeler, cuillères, verres, (mais pas d’eau)… Ils commencent par lire la liste du matériel, premier encadré immédiatement présent à l’écran. Puis ils cliquent dans les deux autres encadrés. Pour prendre connaissance de leurs textes.
Ces trois textes lus, les participants cliquent alors sur le mini écran de télévision situé au centre de la page web. Une animation de 2 minutes se déroule alors. Les participants voient apparaître un animateur effectuer dans les conditions du direct et en temps réel une manipulation scientifique qui
permet de visualiser la propagation d’une avalanche sur une pente. Cette manipulation est inspirée des travaux du CEMAGREF. Elle s’effectue dans un grand bac d’eau tiède, dans lequel un plateau est plongé à 45° (il figure la pente de la montagne). Sur le plateau est disposé un mini chalet en pâte et des paravalanches en pâte à modeler ; l’animateur verse du lait froid et salé en haut de la pente. Un nuage de lait (l’avalanche) dévale le plateau (la pente) et est dévié par les blocs de pâte à modeler (les paravalanches).
Le film terminé les participants demandent immédiatement s’ils peuvent utiliser le matériel sur la table pour refaire la manipulation à laquelle il viennent d’assister. Ils partent chercher de l’eau à l’extérieur de la salle et se mettent à manipuler. Leur premier soin est de construire l’ensemble des paravalanches qui doivent protéger leur chalet. Le montage prêt, un des participant verse le lait. Surprise, le lait surnage à la surface de l’eau. Il n’y a pas d’avalanche neigeuse… La manipulation est retentée une seconde fois. Même constat. Un des participant réécoute les propos tenus par l’animateur sur le site web. « L’eau du bac doit être tiède et le lait froid et salé ». Nouvelle manipulation. Son déroulement correspond à celui présenté sur le web. À tour de rôle les participants vont interchanger leurs place et refaire la manipulation en faisant changer différents paramètres ; orientation, nombre, hauteur des paravalanches, éloignement des paravalanches et du chalet, augmentation de la pente (plateau) de la montagne.
Commentaires :
La page web est rapidement incitative, envie immédiate de manipuler, « de faire comme ce que l’on vient de voir ». En ce qui concerne la présentation de la page web : attention à ce que les zones qui incitent les enfants à cliquer dans l’image - l’image vibre à cet endroit - ne puissent pas être prisent comme une indication que la montagne vibre. Auquel cas l’enfant peut penser qu’une avalanche est déclenchée par un tremblement de terre avant même de lire le texte relatif aux avalanches. Deux participants pensent que le codage « l’eau joue le rôle de l’air, et le lait froid et salé joue celui de la neige » est peut être rapide. « Un enfant a-t-il le temps de le saisir quand l’animateur de la manipulation l’indique ? Si cette phrase était écrite l’enfant aurait d’avantage le temps de percevoir cette analogie ». Ce à quoi un autre participant répond : « comme l’enfant va passer plusieurs fois le déroulement de la manipulation, il va bien entendre cette remarque ».
4. DISCUSSION
Les participants des trois groupes ont pu échanger leurs impressions et leurs points de vue à l’issue des présentations de leurs travaux pour faire émerger les obstacles rencontrés dans la réalisation de l’atelier. Les supports ont ils donné envie de faire ?
« Oui tout de suite pour le web », « on voyait ce qu’il fallait faire », « c’était joli, ca avait l’air facile à faire ». « Nous avons été encore plus inventif pour les paravalanches puisque nous avons
joué sur différentes hauteurs ». « Nous avons vu un type de progression sur les avalanches, nous aurions aimé en savoir plus sur les avalanches, le site nous a mis en appétit, mais nous n’avons pas réponse à toutes nos questions ».
La discussion s’installe à la fin de l’atelier. « Les supports donnent-ils envie de faire l’expérience ? » demande le discutant de l’atelier pour lancer la discussion.
Réponses :
Pour le Web : « Oui tout de suite, car on voyait ce qu’il y avait à faire. L’expérience était jolie et avait l’air facile. Nous avons eu envie d’effectuer des variantes. C’était ludique, vivant, pédagogique ».
Pour le magazine : « Les photos de l’expérience menée dans le laboratoire du CEMAGREF présentes dans les pages de l’article, coupaient un peu l’envie de faire l’expérience puisque nous pouvions en voir les tenants et aboutissants. Nous avions l’impression d’avoir tout saisi. Peut-être aurions nous eu d’avantage envie de manipuler si la page expérience avait été montrée en photos plutôt qu’en dessins ? »
« La présence des mascottes est trop importante. Comme elles sont séduisantes mais ont des paroles décalées, leurs propos gênent la fluidité de la lecture du sujet par moments. Éternelle question de la présence de l’humour additionnée au déroulement d’un sujet qui lui est écrit classiquement ».
Pour l’animation Web : « Nous avons eu un temps d’adaptation. En effet, la consigne était « déclencher une avalanche », comme nous n’avions pas d’eau, nous avons pensé dans un premier temps utiliser uniquement le matériel présent. Nous avons a cherché à déclencher l’avalanche dans l’air. La dynamique de groupe a joué et après quelques essais erreurs nous avons réalisé l’expérience. À partir de ce moment nous avons fait changer les paramètres. Nous étions pris par l’envie de manipuler ».
Pour l’animation Explor@dome, l’envie de faire a été immédiate de la part des participants. De nombreux essais leur ont permis de réaliser une bonne simulation et aussi de tester différents paramètres de l’expérience. Par contre, on peut s’interroger sur le contenu scientifique apporté par l’animateur. Est-il suffisant ? Est-il suffisamment clair et simple ? La manipulation permet-elle de se poser « toutes » les questions ?
D’une manière générale. La médiation d’un animateur Web Bayard ou Explor@dome facilite l’envie de manipuler et de faire varier les paramètres. Il est également plus facile d’obtenir des réponses aux questions que l’on se pose sur les avalanches avec un animateur présent sur place. Alors que des questions restent sans réponse sur le Web, et sur le magazine. Par exemple dans ces deux modes de traitements du sujet, l’accent n’est jamais mis sur l’effet dévastateur d’une avalanche. L’avalanche est montrée et décortiquée uniquement comme un phénomène de physique pure. Que savent les enfants après la lecture de leur magazine ou la vision de la vidéo ? Comment
déclencher une avalanche, comment elle se propage et comment s’en protéger. Ce qui est intéressant, certes. En revanche les enfants ne mesurent pas les dégâts qu’entraîne le passage d’une avalanche. Il n’y a pas d’émotion dans ces deux sujets. En ne parlant pas des dangers le sujet est lissé et rendu moins attractif. Or l’émotion est aussi un des vecteurs de l’intérêt et de l’apprentissage. Peut aurait-il fallu présenter des photos de couloirs d’avalanche, de chalets détruits, de carte d’implantation de maisons en montagne dans le magazine et un film de progression d’avalanche dans la web, puisque ce support se prête à cela. Les participants à cet atelier n’ont hélas pas eu le temps de cerner quelles étaient les notions, le vocabulaire acquis spécifiquement selon les supports. D’ailleurs pour faire cet exercice peut-être aurait-il fallu que tous les participants passent successivement d’un groupe à l’autre au fil de l’atelier ?
ANNEXE 2
GRILLE DE PARTICIPATION A L’ATELIER
Quelle entrée dans la pensée donne la forme de contact avec l’expérience : o l’écrit (Images doc) o le web (Bayard web) o l’animation (Explor@dome)
1 è Avez-vous trouvé la manipulation o très facile o facile o difficile ?
2 è Le vocabulaire utilisé (par l’animatrice, l’animateur « web » ou dans les textes) vous a semblé (plusieurs réponses sont possibles) :
o simple o compliqué
o trop scientifique/technique o pas assez scientifique/technique
o clair o confus
3 è Les explications scientifiques vous ont-elles parues o suffisantes o insuffisantes
4 è Le support auquel vous avez été confronté vous a-t-il donné « envie de faire » ? (entourer le nombre de croix approprié)
+ ++ +++ ++++
5 è Avez-vous expérimenté des variables (position, forme du paravalanche …) o oui o non
6 è Dans quelle position le paravalanche est-il le plus efficace ? ……… ………. 7 è Quel type d’avalanche avez-vous simulé ? ………. 8 è Pourquoi a-t-on laissé le lait au réfrigérateur avant de faire l’expérience ? ………. ………. è Pourquoi l’a-t-on salé ? ……… 9 è Quels mots vous viennent à l’esprit pour qualifier l’activité à laquelle vous avez participé ?
………. 10 è Quelles remarques avez-vous à faire sur la présentation de l'activité ? ………. ……….