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ARTheque - STEF - ENS Cachan | Science, imaginaire et bande dessinée

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Academic year: 2021

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SCIENCE, IMAGINAIRE ET BANDE DESSINEE

Yves GIRAULT Université de Montréal

Département de Didactique, Université Paris 7 et L.D.E.S. - Genève

MOTS-CLES BANDE DESSINEE (B.D.) VULGARISATION SCIENTIFIQUE -IMAGINATION - ARGUMENTATION.

RESUME : Après avoir noté quelques réflexions sur les représentations de la science dans la Bande, nous nous attardons plus spécialement sur l'étude de la BD scientifique, telle qu'elle existe actuellement, en soulignant ses limites. Nous proposons enfin deux pistes de réflexion pour la réalisation de futures BD scientifiques privilégiant la fiction et l'imaginaire.

SUMMARY : After having quoted some considerations on science representations in comic books, we have studied more specifically scientific books, as they exist, and underlined theirlirnits.We have eventually proposed two kinds of considerations for the realization of future scientific comic books while privileging fiction and imaginary.

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1. LA SCIENCE PAR LA BANDE

La science et la bande dessinée (BD) sont des domaines qui ont depuis longtemps de multiples implications. Les premières images qui nous viennent à l'esprit sont sans nul doute celles des savants héros de BD : Tournesol (Les aventures de Tintin), Champignac (Les aventures de Spirou), Mortimer (Black et Mortimer), Esperandieu (Les aventures d'Adèle Blanc-sec.l. Ces images mythiques du savant toujours hors du réel ne correspondent cependant pas du tout à la réalité. "Si on nous décrivait tels que nous sommes, c'est à dire avec nos erreurs, nos incertitudes, nos bassesses, nos états d'âme peut-être que les gens ne comprendraient pas bien" (Vidal MADJAR,

1989).Parallèlementà cette image du savant qui doit tout savoir et tout expliquer, la BD nous montre également un archétype dépassé: ''j'attends une bande dessinée qui nous montre commenrla science fonctionne vraiment. Aujourd'hui la science est un travail collectif, avec des chercheurs qui sont des

O.S."(LEVY-LEBLOND, 1989).

En fait, la BD entretient d'autres rapports avec la science. Comme le remarque JoelDe ROSNAY

(1989),"Lascience représente un réservoir inépuisable de thèmes capables de stimuler l'imagination créatrice des auteurs de BD. Mais en sens inverse, il est connu que certains chercheurs célèbres sont des lecteurs assidus de BD notamment aux U.S.A, et qu'ils disent y puiser des idées de recherche, des thèmes de réflexion, une perspective nouvelle dans le regard qu'Us portent sur la nature".

Depuis quelques années, la BD est également utilisée pour diffuser des théories, des concepts scientifiques. La vulgarisation scientifique utilise en effet un éventail très large de moyens médiatiques, dont le livre bien sûr. Il semble tout à fait naturel que des auteurs aient pensé utiliser la BD, étant donné le succès qu'elle remporte auprès du public. Nous avons déjà tenté de fixer les caractéristiques propres à la BD scientifique et ce, à partir d'une double interrogation sur la vulgarisation du savoir scientifique d'une part et sur l'évolution du genre BD d'autre part

(GIRAULT1989). Nous avons ainsi mis en évidence la présence de trois classes auxquelles nous avons proposé un titre qui nous paraît les caractériser au mieux; il s'agit de :

- la science "alibi" (albums non véritablement scientifiques) - la Bande dessinée scientifique

- la Bande dessinée "alibi" (albums ne méritant pas le qualificatif de BD). Nous allons nous intéresser donc uniquement aux B D scientifiques sensus stricto.

2. LES ALBUMS SCIENTIFIQUES

Dans chaque album, les auteurs souhaitent généralement aborder un thème. Mais l'unicité du thème choisi est trompeur, car pour le traiter,ilfaut au contraire aborder un grand nombre de questions et présenter plusieurs concepts scientifiques. Ceci illustre les limites de la bande dessinée scientifique tout du moins les limites de la bande dessinée réalisée pour un large public. Tout d'abord, les auteurs étant conduits à aborder plusieurs sujets autour du thème énoncé, peuvent

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conunettre des erreurs sur la perception de l'information scientifique. De plus, le scénario n'a le plus souvent que peu d'intérêt et il sert tout juste d'alibi pour diffuser une information scientifique riche.

linous semble que la bande dessinée scientifique ne pourra jamais répondre, avec un souci de qualité dans sa production,àdes objectifs si ambitieux. Par contre, il pourrait très bien ne présenter que quelques aspects, quelques concepts liésà un thème. Par exemple, dans le cas de La grande gratouille, il eût été préférable de créer un bon scénario dans lequel les auteurs n'auraient présenté que quelques informations liéesàl'allergie.

Ainsi dans le cas d'une BD didactique en science, il faudra apporter peu de notions scientifiques, tout en les intégrant complètement dans le scénario. C'est pourquoi, hormis pour un public déjà spécialisé qui possède de nombreuses connaissances préalables, la BD ne peut que jouer un rôle de sensibilisation. Il semble en effet impossible, dans le cadre des dialogues et des bulles de développer de longues explications techniques et d'approfondir des concepts.

Il reste encore une question fondamentaleàse poser: la bande dessinée scientifique est-elle très populaire? Touche t-elle un public plus important et différent de celui des musées et autres institutions? Le résultat de nos études ainsi que l'étude des courbes de vente et des sorties d'albums dans les bibliothèques parisiennes(GIRAULT1989) font ressortir une même tendance: la lecture de bandes dessinées scientifiques est encore très marginale par rapport aux autres productions littéraires.Ny a- t-il donc pas de place pour la BD scientifique?

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Nous nous situons ici dans notre étude dans le cas (le plus courant, il estvrai)où la BD ne sert qu'à illustrer un thème scientifique. Elle sort alors de son propre contexte à la fois de "fiction" et de "narration" Peut-être pouvons-nous envisager d'autres alternatives?

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3 NOUVELLES ORIENTATIONS POUR LA BD SCIENTIFIQUE

3.1 La parabole

Il existe d'ores et déjà un excellent exemple de BD qui s'intéresse à la science tout en tirant des fictions. Il s'agit de l'album de Masse (Les deux du balcon). Dans celui-ci, deux personnages immobiles, comme prisonniers sur le balcon d'un palais, commentent des phénomènes étranges ayant trait à des travaux de physique (mécanique quantique, super fluidité aux basses température...).etàdes travaux de biologie, (plantes carnivores, néoténie...). Masse a mis la science en bande dessinée en nous racontant une série de 10 paraboles. Il s'agit en effet de récits narratifsà

contenu allégorique, c'est à dire mettant en oeuvre des éléments concrets de manière cohérente. Chacun de ces éléments correspond doncà un contenu de nature différente et en général très abstrait.

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La parabole 7 "Quanticos contre classicos" illustre ainsi les expériences d'Alain Aspect en faisant allusion à une querelle de physique théorique entre les données de la mécanique quantique, qui introduit des incenitudes irréductibles et celle de la mécanique plus classique, totalement déterministe(DePRACONTALetGEDILAGHINI,1981). Le premier point de vue est symbolisé par les travaux de Niels Bohr et les seconds par ceux d'A. Einstein. Ces données très abstraites sont en fait le fruit d'expériences et de réflexions préalables qui ne peuvent être résumées ni même décrites en quelques phrases. Masse fait donc l'impasse sur les travaux oités et ne retient que deux notions dont la non-séparabilité. La non-séparabilité en mécanique quantique, c'est le fait que deux particules (ici 2 photons d'un même atome) sont corrélées, associéesàune seule fonction d'onde. Ce phénomène (en réalité touchant l'infiniment petit), est illustré dans cette parabole par des tomates:

"Alors qu'une girafe voleà l'étalage une tomate, une autre tomate, provenant d'un même pied s'envole de la cagette voisine exactement de la même façon, et décrit simultanément les mouvements de la première dans l'estomac... "

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du discours scientifiqueàune figuration narrative qui, par son approche artistique notamment nous déstabilise. Le spécialiste apprécie l'originalité de présentation etàaucun momentilne peut se sentir trahi car ce n'est qu'une fiction. Le néophyte intéressé comprendra par les présentations allégoriques, l'objet même des recherches présentées. Enfin, chacune des paraboles présente une ou des morales qui sont en fait un regard critique de l'auteur sur la science et/ou, sur les rapports sciences et société.

3.2 La figuration argumentative

La Bande dessinée scientifique ne pourrait-elle pas aussi créer son propre style? Au lieu de ne présenter qu'une histoire, elle pourrait présenter des argumentations, c'est à dire "un raisonnement destiné à prouver ou à réfuter une proposition donnée

(C. PERELMAN,1984). Il ne s'agira plus alors de figuration narrative (MüLITERNI, 1967) mais de figuration

argumentative (GIRAULT 1990). L'auteur pourrait proposer sous la forme de fiction des théories actuelles etleur(s) controverse(s).

On imagine aisément, comme dans l'album Les deux du balcon, un ou plusieurs protagoniste(s) jouer le rôle du savant tandis que les autres personnages sont des néophytes. Le lecteur, par identification, pourrait participer à cette discussion. Le but d'un tel ouvrage ne serait en aucune façon d'avoir la prétention d'aboutir àun hypothétique partage du savoir, ni même de donner une vision dogmatique de la science. Comme le remarquentDESAUTELSJ.etNADEAU R.,1984 : "Former les jeunes esprits dans le cadre de la légitimation et de la valorisation scientistes de la science, c'est les empêcherdeprendre conscience des limites de validitédel'entreprise scientifique".

Ce mythe du scientisme ne peut être évacué que par un retour à une réflexion épistémologique qui pourrait prendre place largement dans la BD scientifique. D'autre pan l'auteur pourrait s'attacher àparler de l'environnement quotidien des lecteurs.en présentant les nombreux problèmes que suscitent la science et en analysant les retombées possibles sur le plan sociologique, économique, écologique...

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Dans le cadre définit ci-dessus, les imprécations du texte et des dessins, propres à la bande dessinée devraient permettre de Jaire lever du texte une nouvelle constellation de ses sens" (ROUfEAU,1976). Pour ce faire, l'imaginaire et la fiction, traduits notamment dans les dessins de la parabole scientifique ou de la figuration argumentative, justifient pleinement le choix de la BD pour la vulgarisation scientifique. Celle-ci pourrait alors notamment démystifier l'histoire des sciences, la recherche scientifique, ses enjeux et ses applications.Ilreste donc de nombreux horizons à conquérir etil nous semble que les rapports scienceslBD n'en sont encore qu'à leurs balbutiements.

4. BIBLIOGRAPHIE

De PRACONTAL et GEDILAGHINI (A), 1981. - L'expérience d'Aspect et la non séparabilité.In

Science et vie, juillet 766, 14-21.

DESAU1ELS (J.) et NADEAU (R.), 1984. - Epistémologie et didactique des sciences. Exposé à débattre. Publication du Conseil des Sciences du Canada, Ottawa.

GIRAULT (Y.), 1989. - Contributionàl'étude de la Bande dessinée comme outil de vulgarisation scientifique.Thèse de doctorat de l'université de Paris 7, U.F. de Didactique des Disciplines, Paris, 300 p.

GIRAULT (Y.), 1989. - Evaluation d'une bande dessinée scientifique"Lagrande gratouille" ou la vie secrètes des acarienslnActes des Il èmes Journées Internationales sur l'Education Scientifique "Les aides Didactiques pour la Culture et la Formation scientifiques et techniques",Chamonix les 24, 25 et 26 janvier. Ed. A. Giordan, J.-L. Maninand et C. Souchon , U.F. de Didactique des Disciplines, Université Paris 7, 457-461.

GIRAULT (Y.), 1990. - La vulgarisation scientifique par la bande dessinée un mythe ou une réalité.

lnSéminaire du C./.RAD.E sur la représentation,Montréal, 43, 47.

DE ROSNAY (J.), 1989. - Les aventures de Proteix. Extrait de "Sciences et Bande dessinée: fragments d'un discours amoureux". In A suivre, décembre 143.

LEVY-LEBLOND, (J.-M.) Le Paradis de la fiction. Extrait de "Sciences et Bande dessinée: fragments d'un discours amoureux"lnA suivre,décembre 143.

MADJAR (V.), 1989. - Le scientifique? un non-personnage! Extrait de "Sciences et Bande dessinée: fragments d'un discours amoureux" In A suivre, décembre 143.

MOLITERNI, 1967.Labande dessinée et lajiguration narrative.Musée des Arts décoratifs. PERELMAN (C.), 1984. - L'argumentation. In Encyclopedia universa/is,Corpus 2, Paris 637-638.

ROUTEAU (L.), 1976. - Jacobs: narration, science-fiction. In Communication."LaBande dessinée et son discours" .Ed. Seuil, 41-61.

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