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ARTheque - STEF - ENS Cachan | L'éducation aux risques

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Academic year: 2021

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L'ÉDUCATION AUX RISQUES

Isabelle CORRÉARD I.U.F.M. Aix-Marseille

MOTS-CLÉS : PRÉVENTION - ÉDUCATION - DISCIPLINES SCOLAIRES

RÉSUMÉ : L’enseignement de la prévention n’est pas une discipline à part entière mais plutôt un ensemble d’actions menées soit au sein de projets d’écoles ou des projets d’établissements, soit au sein de disciplines. Plusieurs textes précisent les axes de cet enseignement à l’école élémentaire, au collège mais aussi dans les enseignements professionnels. Notre contribution vise avant tout à regarder comment quelques disciplines intègrent cette culture de la prévention.

SUMMARY : The prevention education is not a full disciplinary. Several national education texts showes lines for primary, secondary education and professional education. Our contribution suggests something to look how some disciplinaries to integrate this prevention culture.

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1. INTRODUCTION

Partons d'un fait divers tel que le naufrage de l'ERIKA et plus particulièrement sur la polémique actuelle : "Erika : danger réel, mais risque sanitaire négligeable" (A.F.P., Paris, 8 mars). Beaucoup de questions. Existe-t-il un risque sanitaire ? Existe-t-il un danger ? Quelle protection des bénévoles ? Sont-ils prévenus des risques encourus ? La réponse apportée par Jacques Repussard, Directeur général adjoint de l'Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques (I.N.E.R.I.S.) est "oui la marée noire est cancérigène, mais il n'y a pas de risque si l'on est protégé". Nous voyons rapidement toute l'ambiguïté : un danger est présent mais le risque est mineur. Après cet exemple, nous pouvons nous poser la question d'une éducation aux risques ou, de façon peut être plus générique, d'un enseignement de la prévention. Existe-il des outils, des techniques, des contenus de formation susceptibles de permettre à tout un chacun d’interpréter ce type de propos ambigus, d’avoir l’attitude adéquate face à une situation à risque ? Nous regarderons comment l'éducation aux risques et/ou la formation à la prévention des risques sont prises en compte par l’institution scolaire. Puis nous nous interrogerons sur les formes possibles, la pertinence et la place à accorder à l'éducation aux risques dans l’institution scolaire. Nous avons fait le choix de ne pas balayer l’ensemble des actions existantes. Nous avons, dans un premier temps, défini la prévention puis identifié, isolé, quelques points clés dans les textes fédérateurs. L’analyse conduite montre que des disciplines d’enseignement général de collège, de lycée et des formations diplômantes intègrent dans leur contenus d’enseignement une éducation aux risques.

2. DÉFINITION ET OBJECTIFS

2.1 Qu'est ce que la prévention ?

Si l'on se réfère au Petit Larousse, la prévention est "un ensemble de mesures prises pour prévenir un danger, un risque, un mal, pour l'empêcher de survenir". Afin de ne pas donner à cette définition un caractère réducteur, deux approches semblent incontournables et très complémentaires pour parler de prévention : une approche de la prévention au regard de l'environnement de l'homme que l'on pourrait qualifier de prévention passive et une approche de la prévention au regard de l'individu lui-même, qualifiée alors de prévention active.

2.2 La prévention et l'environnement

Sa finalité est d'éviter le risque, c'est-à-dire éviter que l'individu soit en contact avec le danger. Elle regroupe la prévention technique, la prévention normative, la prévention sanitaire. La prévention

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technique s'attache à empêcher l'incident, l'accident, par la mise en place d'équipement de sécurité (automobiles, matériels industriels, équipements sportifs…) par exemple. La prévention normative est l'ensemble des lois, règlements et consignes. La prévention sanitaire s'attache à empêcher l'apparition de certaines maladies grâce, entre autres, aux vaccinations.

Ces préventions que l'on pourrait caractériser de "passives" montrent leurs limites. En effet, la route, malgré les progrès de l'automobile, du revêtement et de l'aménagement de la chaussée reste encore très meurtrière. De même, dans le cadre de la prévention des risques au travail, l'accent a été mis sur les aspects techniques et juridiques de la sécurité. Ceci a entraîné, ces 30 dernières années, une diminution du nombre des accidents du travail mais ne les a pas supprimés. Mais, l'homme fait confiance à la technique et, par goût du risque ou excès de confiance, met alors sa vie en danger. Par exemple, Bruno Latour (1996) développe ceci autour de la ceinture de sécurité en disant que finalement "la ceinture offre un faux sens de sécurité et conduit les conducteurs à accélérer au lieu

de ralentir". Nous voyons bien que multiplier les mesures de sécurité ou les mesures de prévention

n'élimine pas totalement les dangers et les risques et peut même en créer d'autres. Cela signifie qu'il est nécessaire d'intervenir autrement.

2.3 La prévention et l'individu

Cette approche vise à rendre l'individu acteur. La prévention, c'est aussi apprendre à se confronter aux risques. Sa finalité est ici de permettre à l'individu de maîtriser le risque ou plus exactement d'identifier le risque. En effet, l'analyse des incidents ou des accidents (technique du retour d'expérience) montre souvent l'influence prépondérante du facteur humain, à ne pas associer à l’erreur humaine. De nombreux laboratoires (Institut National de Recherche et de Sécurité -I.N.R.S., C.N.R.S., I.N.E.R.I.S…) se sont créés dans le monde sur la prévention du risque. L'une de leurs principales conclusions renforce l'idée que c'est dès l'école primaire que les enfants devraient être informés des risques encourus dans la vie quotidienne. L'enseignement de la prévention trouve alors toute sa place. Nous allons donc regarder ce que disent les textes officiels dans ce domaine.

3. PRÉVENTION, INSTITUTION SCOLAIRE

3.1 Les textes officiels

Le système éducatif, depuis de nombreuses années, s'est engagé dans de nombreux programmes visant à développer la prise en compte de la sécurité et de la prévention. Ségolène Royal a rappelé, dans la circulaire 99-175 du 2/11/99adressée aux différents acteurs du système éducatif, l'une des missions éducatives de l'École : "aider l'élève dans la construction de sa personnalité, en lui donnant

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les moyens de délibérer, de juger, de choisir en le rendant responsable de sa santé et en le préparant à l'exercice de sa citoyenneté".

Les actions sur la sécurité routière sont celles qui viennent les premières à l'esprit mais n'oublions pas tout ce qui tourne autour de l'éducation à la santé, de l'enseignement des règles générales de sécurité mais aussi de l'enseignement de la prévention des risques professionnels. Actuellement, ce n'est pas une discipline à part entière mais plutôt un ensemble d'actions menées soit au sein de disciplines, soit au sein de projets d'école ou de projets d'établissement. Nous nous intéresserons principalement à la contribution des disciplines à l'éducation aux risques.

Plusieurs textes précisent les grands axes de cet enseignement. Nous en avons retenu deux car ils présentent un certain nombre de points communs. Il s'agit, d'une part, de la circulaire du 5 novembre 1983 sur l'enseignement des règles générales de sécurité dans les écoles et les collèges complétée par la circulaire du 24 novembre 1998 sur les orientations pour l'éducation à la santé à l'école et au collège. Il s'agit, d'autre part, de la signature d'un accord cadre en 1993 puis d'un protocole d'accord entre la C.N.A.M. (Caisse Nationale d'Assurance Maladie), l'I.N.R.S. et l'Éducation Nationale sur la rénovation et la dynamisation de l'enseignement de la prévention des risques professionnels pour faire de la maîtrise des risques au travail une véritable composante de la qualification professionnelle (Rapport Ceccaldi, décembre 1900).

3.2 À l'école et au collège

La circulaire sur l'enseignement des règles générales de sécurité dans les écoles et les collèges est un complément des textes sur les règles de sécurité relatives à la sécurité routière. Elle précise que "l'enseignement des règles de sécurité, ouvert sur la vie, doit passer progressivement du temps des

interdits répétés à celui de comportements raisonnés où la sécurité devient une création permanente, intelligente et réfléchie". Elle insiste sur la nécessité de développer chez les enfants

"l'esprit de sécurité". Elle précise également que les thèmes abordés en classe "seront choisis dans

l'intention de conduire les enfants à s'interroger sur les phénomènes en fonction desquels il est possible de prévoir et d'expliquer les divers dangers". Cet enseignement doit leur permettre de

contrôler les risques aussi bien biologiques que physiques et technologiques. Au collège, quatre disciplines intègrent la prévention dans leur programme de formation.

En Physique Chimie : Les idées directrices du programme de physique chimie se déclinent sous 11

objectifs. L'un d'eux s'inscrit totalement dans l'enseignement de la prévention : "il [l'enseignement de la physique chimie] devra former le citoyen consommateur au bon usage des objets techniques ainsi qu'à celui des produits chimiques qu'il sera amené à utiliser dans la vie quotidienne. Cette éducation débouche naturellement sur l'apprentissage de la sécurité, sur la sauvegarde de la santé et sur le respect de l'environnement".

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En Science de la Vie et de la Terre : Les objectifs visés par l'enseignement des sciences de la vie et

de la terre contribuent de manière importante à l'éducation du citoyen en matière d'environnement mais aussi de santé : "Choisir les comportements, les attitudes d'hygiène et de prévention en accord

avec les connaissances acquises".

En Éducation Physique et Sportive : Les finalités de l'éducation physique et sportive sont définies

ainsi : "Plus largement et en rapport aux autres disciplines, c'est la diversité des environnements,

dans lesquels sont vécues les expériences individuelles et collectives, qui permet à l'E.P.S. de participer de façon spécifique à l'éducation à la santé, à la sécurité, à la solidarité, à la responsabilité et à l'autonomie". Il est également précisé dans le cadre des activités physiques de

pleine nature : "assurer sa sécurité en respectant les consignes et les techniques de sécurité,

prendre conscience des risques".

En Technologie : L'enseignement de la technologie contribue également à l'enseignement de la

prévention et prend son ancrage par le biais des risques technologiques. Notre analyse met en évidence que l'intitulé de certaines compétences et de notions montre explicitement qu'elles font partie du champ de la prévention. D'autres vont mobiliser de manière plus indirecte des notions liées à ce même champ. Par exemple, en 6e, identifier et utiliser les dispositifs de mise en œuvre et

de sécurité d'une machine, organiser son poste de travail en respectant les règles de sécurité. adapter une posture pertinente devant le poste informatique. La notion de "poste de travail" fait

partie des compétences notionnelles attendues en fin de cycle central. Le poste de travail ne se limite pas à la seule observation des dangers d'une machine-outil mais également à la relation homme machine environnement. Cette notion renvoie au concept plus large de situation de travail. La lecture des programmes de technologie montre un élargissement du concept de prévention. Ils se placent à la fois comme une extension des risques domestiques mais aussi comme une approche des risques technologiques et une amorce des risques professionnels.

3.3 Au lycée professionnel

En 1985, une loi décide que la Sécurité Sociale sera chargée de l'assurance des élèves en ce qui concerne les accidents du travail. En même temps, des études révèlent qu'il y a très peu d'accidents de travail dans les ateliers des établissements technologiques et professionnels et que les jeunes travailleurs de moins de 25 ans ont deux fois plus d'accidents de travail que les autres salariés. En 1993, un accord cadre national est signé entre la C.N.A.M., l’I.N.R.S. et le Ministère de l'Éducation Nationale. En 1997, un protocole d'accord est signé entre les 3 partenaires précédents précisant les grands axes de la prévention des risques professionnels et sa prise en compte dans les référentiels des diplômes.

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La finalité de l'enseignement de la prévention des risques est de faire de chaque titulaire d'un diplôme professionnel un acteur de sa situation de travail, avec des objectifs de sécurité, de santé et d'efficacité du travail. Cette formation relève des professeurs d'enseignement technologique et professionnel et des professeurs de biotechnologies santé-environnement.

Les contenus portent notamment sur les aspects suivants : la connaissance des enjeux sociétaux de la prévention des risques professionnels ; les connaissances scientifiques, techniques et réglementaires permettant de comprendre les effets d'une situation de travail et les mesures destinées à éviter les risques d'accidents et d'atteintes à la santé ; la méthodologie d'analyse des situations de travail et des risques d'accidents ou d'atteintes à la santé ; la proposition de solutions d'amélioration des situations de travail dans une perspective de santé et de sécurité ; les méthodes et techniques d'intervention lors de situations à risques ou d'accidents ; la formation en vue de l'habilitation à intervenir dans une situation professionnelle à niveau de risque défini quand l'activité professionnelle l'exige.

A côté de cette formation généraliste à la prévention des risques professionnels, des actions spécifiques sont mises en place : la prévention des risques électriques, la formation au Sauvetage Secourisme du Travail et récemment les formations Gestes et Postures au travail.

3.4 Constat

La prévention des risques est un enjeu majeur de ces dernières années. C’est à la fois un enjeu humain car la société n’accepte pas que l’évolution technologique ne limite pas d’autant les risques nous concernant au quotidien, mais aussi un enjeu économique car porteur d’innovation.

La prévention est socialement partagée et l’école est pensée comme un enjeu économique et social. L’institution inscrit alors l’éducation aux risques dans ses enseignements. Mais elle le fait dans certaines disciplines d’enseignement général (S.V.T., Physique-Chimie, Technologie et E.P.S.), dans les formations diplômantes du secteur industriel et tout ceci n’est pas neutre. Ce sont les disciplines où les risques peuvent être probablement les plus élevés dans l’enceinte scolaire. Cette raison est, pourtant, seulement vérifiée lors des activités sportives. Est-ce simplement un prétexte ? Quelle est vraiment l’intention de l’institution ? Vise-t-elle la protection ponctuelle des élèves pendant le temps scolaire ou une ouverture plus large ?

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4. CONCLUSION

Nous montrons que l’éducation aux risques est un objet d’enseignement pris en compte par l’institution scolaire et donc socialement reconnu comme “ important ”. Il apparaît dans des situations où les élèves sont “ actifs ” dans leur apprentissage. Mais cette place “ privilégiée ” pose un certain nombre de questions.

La prévention appartient-elle au domaine de l’éthique ? Si oui, alors c’est du domaine du privé. La prudence n’est pas une donnée naturelle mais une propriété de l’être humain doué de raison et de savoir. Mais peut-on modifier le comportement humain ? L’homme a toujours et par nature l’instinct de défier le danger. Cette attitude est de plus caractéristique de l’adolescent. “ Prise de

risques pour éprouver ses capacités nouvelles, pour se rassurer à leur sujet, pour en vérifier les limites, pour les faire reconnaître par les autres avant de pouvoir y croire, et en même temps mise en danger comme jamais" (M.E.N., 1999). C'est un moyen de s'identifier et de mettre à l'épreuve

non seulement son corps mais aussi les autres.

L’éducation aux risques doit-elle devenir une discipline à part entière ? Si oui, alors c’est une science avec ses propres concepts. L’institution doit définir les savoirs en jeu. Un savoir ne peut être transposé que s’il est identifié et connu. Quels sont les concepts les plus adaptés au milieu scolaire ? Existe-t-il une place à l’apprentissage des facteurs de risque ? Quelle organisation faut-il trouver pour que les élèves donnent du sens à cet enseignement ? Faut-il enseigner la pratique, enseigner les savoirs sur la pratique ?

Mais est-ce vraiment le rôle de l’école ? N’est-il pas plus facile de parler d’enseignement que de mettre en cause le fonctionnement même de la société ? Aucun politique ne veut prendre le risque d’imposer par exemple des moteurs bridés qui empêcheraient de dépasser la vitesse autorisée.

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Références

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