L'ÉDUCATION AUX RISQUES DANS LA FORMATION
D'ENSEIGNANTS:
QUELS ENJEUX? QUELS PROBLÈMES ?
Maryline COQUIDÉ (1), Patricia BOURGEOIS, Jean·Marc LANGE, Marc LE PRIELLEC (2)
(1) I.U.F.M. et Université Rouen. G.D.T.S.C.IL.I.R.E.S.T. E.N.S. Cachan (2)1. U.F.M. Rouen
MOTS-CLÉS: ÉDUCATION - RISQUE - FORMATION - ENSEIGNANT - SÉCURITÉ-BIOTECHNOLOGIES
RÉSUMÉ: L'éducation aux risques età la sécurité dans la fonnation d'enseignant pose le problème du statut et de la responsabilité parfois contradictoires de celui-ci en tant que professionnel, éducateur et aussi citoyen. La fonnation pourrait se donner comme objectif de gérer el de dépasser ces contradictions.
SUMMARY : The education to risk and security in the training of a teacher raises the probJem of his status and his reponsability (which are sometimes contradictory) as a professional, as an educator and as a citizen tDO. Training shouldbe aimed at dealing with these contradictions and overcoming them.
"Lerisque est le hasard d'encourir un mal avec l'espérance, si nous échappons, d'ob/enir un bien". Condillac
1. INTRODUCTION
La notion de risque est ancrée dans le domaine social: la société se sent vulnérable, exposée à des risques nouveaux, en particulier liésàdes développements indusniels et technologiques. Le citoyen peut subit les conséquences d'un risque technologique majeur mais toute entreprise humaine comporte des risques et chaque individu, tout au long de sa vie, prend des risques. L'adolescence et certains trdits de personnalité se caractérisent, en outre, par des comportements de prise volontaire de risque, par exemple par la pratique d'un sport violent, la recherche de la vitesse dans la conduite d'un engin ou par le non respect de règles de sécurité néanmoins connues.
La notion de risque est à la fois universelle et fluctuante. Les scientifiques ont, en effet, une définition spécifique de la notion de risque. La science du hasard, la science de l'incertain, pour définir la notion de risque utilise la statistique en s'appuyant sur le concept mathématique de probabilité (Schwartz, 1994). Cependant, le concept de risque doit être approché de la perception psychologique ou sociologique qu'en ont les individus (Pompidou, 1996).
La notion de risque guide deux types d'activités essentielles: - s'informer, connaître;
- agir, ptendre des décisions.
Mais "la tendance naturelle de l'être humain est la peur de l'incertain, les certitudes sont rassurantes, l'incertain angoisse" (Daniel Schwartz), de plus, la formation et l'éducation tendent à imprégner du certain. Le calcul de risque a donc plusieurs fonctions: prévenir mais rassurer aussi.
Les enjeux pour une éducation aux risques dans une formation d'enseignants sont importants. En tant qu'individu, chaque enseignant est confronté à cette perception des risques et, en tant qu'éducateur, doit être capable de mettre en place des actions de sensibilisation aux risques, ou de formation
à
la sécurité pour ses élèves.D'autre part, chaque enseignant de science et de technologie est concerné par des risques professionnels particuliers. Il semble, par jurisprudence, responsable de la sécurité de ses enseignements (au niveau du droit, la loi pénale précise que dans le cas d'imprudences ou de négligences reprochées à des fonctionnaires, la responsabilité de ces derniers ne peutêtreretenue que s'il est établi que l'agent n'a pas accompli les diligences qui lui revenaient, en prenant en compte la nature.de sa mission, les moyens dont il dispose et les fonctions qui lui sont atnibuées).
Comment peut-on envisager l'éducation aux risques dans une formation d'enseignants, professionnels de l'éducation mais également citoyens?
Nous présenterons quelques résultats d'un questionnaire, proposéàl'LU.F.M. de Rouen et destinéà apprécier la perception des risques exprimée par des enseignants et des formateurs, puis nous aborderons, à travers deux sous-ateliers, la question de la formation des enseignants dans ce domaine. Des actions de formation aux risques majeurs sont, en effet, organisées pour les enseignants et des ensembles pédagogiques sont édités (par l'I.N.R.S. et la C.R.A.M.). Ils restent,
malheureusement, encore peu connus. D'autres actions spécifiques sont essayées en formation initiale et continue. Les deux sous-ateliers proposés ont pour objectif une mise en commun, la présentation d'activités et de documents rassemblés à 1'l.U.F.M. de Rouen et des échangesà propos de ces actions afin de problématiser la formation dans ce domaine.
2. PERCEPTION DES RISQUES PAR DES ENSEIGNANTS ET DES FORMATEURS
2.1 Questionnaire
1) Que pensez-vous de la phrase écrite sur les paquetsdecigarettes.' "Fwner donne le cancer"? 2)Lanotion de risque est souvent évoquée dans les médias. Pouvez-vous citer dans quels domaines peuvent se situer ces risques (exemples: domaine agricole. géologique. médical, ...) en donnant quelques exemples.
Domaine Exemplesderisque correspondant au domaine
3) Un risque zéro est-il possible? Est-il souhaitable? Qu'en pensez-vous ?
Questionnaire proposéàdes enseignants etàdes formateurs d'l.U.F.M. 2.2 Éléments d'analyse des réponses
Letableau ci-joint rend compte des réponses relevéesàla question 2.
On peut comparer ces réponses aux données concernant les risques majeurs en France (1985-1988, source LN.R.S.).
type de risque répartition des répartition des victimes répartition des
accidents dommalles
technologique 58,5% 16,4% 39%
transport 22% 53,4% 20,0%
naturel 17,1 % 23% 40,0%
divers 2,4% 7,2% 1,0%
On constate que le risque technologique est largement cité en tête, dans tous les groupes. Ce risque correspond, en effet, au pourcentage maximum dans la répartition des accidents. Les risques liés au transport sont aussi largement mentionnés par les formateurs et les instituteurs, moins par les enseignants stagiaires, cependant ce sont les risques qui occasionnent le plus de victimes. On peut remarquer que les risques naturels sont moins ou peu cités (en particulier par les instituteurs), or ce sont les risques qui entrainentle plus de dommages.
On constate donc un décalage entre un risque réellement encouru, par exemple un risque lié au transport ou un risque naturel, et sa perception. Les différents médias ont, sans doute, une influence dans l'existence de ce décalage, mais d'autres facteurs entrent en jeu, en particulier selon que le
risque est perçu comme individuel ou collectif. si il est immédiat ou à long terme. si c'est un risque pris ou subit, si il apparaît comme mineur ou majeur. Rappelons que la notion de risque majeur implique une fréquence faible et une fone gravité dans ses conséquences (Courbe de Fanner).
3. ATELIER: "RISQUES BIOTECHNOLOGIQUES" 3.1 Présentation de l'atelier
L'atelier consiste en l'utilisation d'une grille permettant l'analyse de deux dossiers de presse. constitués à panir du journalLe Monde et de l'hebdomadaire Courrier International, et utilisés en formation initiale et continue. Le premier thème pone sur "Doly" et le clonage. le deuxième sur le maïs transgénique. La discussion s'est engagée successivement autour de quatre points.
3.2 L'appellation "éducation aux risques"
Cette éducation aux risques est remise en cause en tant que telle. Celle-ci pourrait être: - soit une éducation à la citoyenneté.
- soit une éducation ponant sur un risque paniculier. la notion de risque ne pouvant être abordée que cas par cas.
3.3 Le rôle de l'enseignant
Il ne peut tenir le rôle de l'expert mais. au contraire. il doit permettre aux élèves d'exercer leur esprit critique par une présentation pluraliste et contradictoire du problème. n'étant ici qu'un simple citoyen. De toute façon. il doit préciser dès le dépan de quel point de vue il parle: citoyen ou expen.
3.4 La méthode elle-même
Il est apparu que la revue de presse est une idée pertinente.
à
condition de : - sélectionner des textes contradictoires.- cibler les anicles en fonction du niveau du public concerné.
3.5 La grille d'analyse
Une grille d'analyse était proposée pour chaque dossier de presse.
source anicle et date concepts et notions objectifs et enjeuxde la nature et estimation du scientifiques recherche risque
Il a été noté la nécessité d'ajouter un élément d'analyse supplémentaire pemlellant de préciser le cadre législatif et réglementaire existant. afin de situer le débat sur le versant citoyenneté et non uniquement sur le versant scientifique.
4. ATELIER "ÉDUCATION
À
LA SÉCURITÉ" 4.1 Présentation de l'atelierL'atelier consiste en un échangeàpropos des accidents survenus en milieu scolaire au cours d'un enseignement de sciences ou de technologies (commentaire d'un recueil de documents remis aux participants et échanges directs), puis en une table ronde sur les problèmes de formation en ce domaine. La discussion s'est structurée prinçipalement autour de trois thèmes.
4.2 Développer des compétences chez les élèves et les enseignants De l'ensemble de la discussion émerge le besoin de développer des actions pour:
- faire acquérir aux professeurs stagiaires des disciplines scientifiques et technologiques des compétences pour reconnaître et maîtriser les risques encourus dans leur activité professionnelle,
- développer des compétences de nature analogue chez les jeunes en formation professionnelle et technologique.
4.3 Éduquer les jeunes à la maîtrise des risques professionnels
Une éducationàla maîtrise des risques professionnels est nécessaire pour développer la sécurité de biens et des personnes. Plusieurs points restent cependant problématiques, en particulier le décalage entre le lycée et l'entreprise (qui peut apparaître parfois comme un contre-exemple), le manque de représentation du risque chez l'élève. Un enseignement trop "sécuritaire" empêche la construction d'une représentation du risque chez l'élève. De façon analogueà l'éducation aux risques par la prise de risque en Physique et Sportive, on pourrait concevoir des actions éducatives ayant pour objectif de développer chez l'élève un référent empirique qui permette la construction de la représentation du risque d'accident. Il s'agit de :
- proposer une appréhension expérimentale et manipulatoire (exemple repérer des dysfonctionnements, ...)
- mettre en place des procédures de simulation, s'entraîner àreconnaître des étapes qui peuvent conduireà un accident, gérer des débuts de crise.
Toutes ces actions, qui seraient validées par cenification, pourraient contribuer au développement de la perception du risque et conduire l'élève à s'autonormer et
à
mieux accepter des contraintes sécuritaires.4.4 Former les enseignants
Pour les enseignants, les actions de formation actuelles sur l'éducation aux risques professionnels concernent sunout la sensibilisation, l'information et la prévention, il y a encore peu de formation sur l'intervention (en cas accident par exemple). La chaîne de la gestion des risques comprend 3 étapes:
- prévenir (connaissance du risque, protection, parades, surveillance) - alener (organisation des secours et de la communication)
- réparer.
5.
CONCLUSIONLes ateliers ont permis de cerner un ensemble de problèmes fonctionnels el théoriques. Le champ d'investigation reste vaste, il nécessite, sans doute, de la réflexion et un rravail d'équipe.
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