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ARTheque - STEF - ENS Cachan | L'éducation aux risques en développant la capacité de décider

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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L'ÉDUCATION AUX RISQUES EN DÉVELOPPANT

LA CAPACITÉ DE DÉCIDER

Françoise WERCKMANN

École Nationale Supérieure des Arts et Industrie de Strasbourg

MOTS-CLÉS : COMMUNICATION – DÉMARCHES DE FORMATION –

REPRÉSENTATION DU RISQUE

RÉSUMÉ : L'approche de l'élève par l'autonomisation développe des compétences utiles dans la

scolarité et dans la vie en général. Par exemple, développer une culture du questionnement ou aider l'apprenant à élaborer et interroger une stratégie dans le cadre de débats et de suivi de projets pluridisciplinaires, conduit ensuite les étudiants à se poser d'autres questions sur la santé, la sécurité, l'environnement.

SUMMARY : An approach of the students aimed at autonomy develops useful capabilities both in

their schooling and in life in general. For example, practising debates so as following-up multi-disciplinary projects help them to develop a cultur of the questioning or to elaborate and interrogate a strategy. Such a training leads the students to ask themselves further questions about health, security, environnement.

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1. INTRODUCTION

L’éducation aux risques – santé – sécurité – environnement – passe par l’apprentissage de connaissances et de compétences réutilisables dans le contexte de sa propre vie en développant la capacité de « décider », capacité qui suppose des idées et des valeurs claires qui ne peuvent être intégrées par l’individu que dans l’action grâce à la réflexion menée par le sujet sur cette action : il s’agit de la méta-communication ou communication réflexive.

Notre travail prend appui sur le travail de Keith Tones élaboré en 1992 qui montre que les capacités utiles à la vie apprises à l’école sont transposables à la santé. Le point clé de ce travail, que l’on peut voir sur les schémas 1 et 2, est l’autonomie, et l’objectif de cette éducation à la santé est de développer les compétences qui aident à réaliser cette autonomie.

SANTÉ Autres influences, par exemple : Adhésion à l'esprit de l'école Respect de la part des autres Estime de soi Intériorisation (sentiment d'un contrôle

personnel) Croyance en sa capacité de faire Efficacité dans la réponse aux sollicitations

Programme pour les compétences utiles à la vie

Figure 1 : Autonomisation à la santé

Accidents Maladies mentales Maladies cardiovasculaires Santé sexuelle Cancers

Figure 2 : Contribution des programmes horizontaux

Facteur de risque

Mode de vie

Enseignement de la santé et

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Parmi ces compétences, on peut citer : - un haut niveau d’estime de soi,

- le sentiment d’être responsable de sa propre vie et de sa destinée, - la prise de conscience personnelle en terme de sentiments et de valeurs, - l’aptitude à la prise de décision,

- l’aptitude à se fixer des objectifs et à s’efforcer de les atteindre, - la conviction d’être capable de réaliser ces objectifs,

- la capacité d’entreprendre, d’interpréter et d’utiliser des informations exactes, - le respect de soi et des autres,

- la capacité de communiquer efficacement et, en particulier, la capacité d’être sûr de soi.

2. CADRE GÉNÉRAL

Ces aptitudes peuvent être développées en classe grâce à des travaux et à des exercices permettant l’accès à l’esprit critique, à l’autonomie en apprenant la maîtrise de sa pensée par la pratique de la méta-communication permettant d’être à la fois présent et distant dans la relation et reposant essentiellement sur l’attention portée à soi et à l’autre.

« Cette petite conversation », comme l’appelle joliment Paul Ricœur, permet de développer l’estime de soi si elle va de pair avec le respect de la part des autres et donne aussi le sentiment d'un contrôle personnel qui permettra de répondre efficacement aux sollicitations par exemple de bavardages, de chahut, de retards, d’absences… Ces réponses efficaces à des propositions de tous ordres et donc également dans le domaine de la santé : alcool, cigarettes, drogues, relations sexuelles, augmentent chez l’individu la croyance en sa capacité de faire et, à terme, lui permettent d’avoir des comportements favorables à l’esprit de l’école, à la civilité et bien sûr à la santé.

Deux types de travaux développent ces capacités : - l’organisation de débats,

- la méthodologie de projet,

pratiques qui vont en se développant avec la mise en place des T.I.P.E. (travaux à initiative personnelle encadré dans les classes préparatoires), projets pluri-disciplinaires à caractère transversal dans L.E.P., ainsi que les T.P.E. (travaux personnels encadrés mis en place en premières et terminales selon le Bulletin Officiel du 2 mars 2000, n°9). Toutes ces pratiques permettent, à la fois, d’acquérir des connaissances et des compétences et d’aller dans le sens de l’autonomisation de l’élève. Développer ces compétences utiles à la vie, notamment la capacité de choisir et de décider

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par rapport à des objectifs, amène l’enseignant à mettre l’apprenant en « situation », et cela, dans le cadre d’acquisition de connaissances.

Mais, cela, nous le savons également, les personnes ne sont pas entièrement libres de leurs choix, ou leurs choix peuvent être restreints ou résulter de conditions sociales et environnementales notamment dans le domaine de la santé. C’est aussi ce qui se passe à l’école : la liberté de l’élève va s’inventer par rapport à lui-même - nous revenons ici à la communication réflexive -, et aussi par rapport aux contraintes de la classe. L’apprenant va devoir trouver son propre chemin dans la mise en place de stratégies qui lui correspondent au sein d’un ensemble à la fois libre et contraignant. C’est ce que nous allons retrouver à propos du débat.

3. PRÉSENTATION DES EXPÉRIENCES PÉDAGOGIQUES

3.1 Formation aux débats

Avec Michel Tozzi, dans le cadre de l’U. E. « La socialisation démocratique » (Montpellier Juillet 1998) où nous animions un atelier, nous avons mis au point les règles suivantes, à maîtriser pour animer et/ou participer à un débat, une discussion, par rapport

- au langage (la parole doit être partagée), - à la morale (respect et coopération),

- au savoir (argumenter à partir d’exemples),

- à soi (apprendre la distance et repérer l'agressivité et la passion), - à la loi (respecter les procédures et les processus mis en place), - à l’enseignant (il doit être le garant de la règle et du savoir).

Ces règles développent l’autonomisation par la pratique de la communication réflexive car il faut les intérioriser et aussi par la pratique elle-même qui induit pour l’élève son adhésion à l’esprit de l’école. Ces apprentissages - intérioriser, se contrôler, adhérer à un protocole - se font à titre individuel dans un cadre collectif et permettent à l’élève de prendre conscience de son mode de fonctionnement et de le faire évoluer par rapport à ses propres difficultés pour appliquer le protocole.

3.2 Formation au projet

Le projet permet également de développer l’autonomie dans la mesure où il y a un suivi organisé d’un point de vue méta-communication. Pour suivre le projet de ce point de vue, je leur demande de tenir un tableau de bord concernant la communication interne du groupe et je leur conseille de tenir un carnet (secret ou non) sur leur propre communication au sein du groupe.

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Le carnet de bord a trait à la communication collective du groupe : il va indiquer les problèmes rencontrés, les difficultés relationnelles comme, par exemple, de choisir un sujet, de se mettre d’accord sur un sujet, une méthode de travail. Creusons ces difficultés : motivation et investissement différents, problèmes d’emploi du temps ou de distance pour se rencontrer, ou encore problème du leader qui prend trop de place, du timide qui a du mal à s’affirmer… Ce carnet permettra de faire un bilan de la communication interne au sein du groupe qui sera présenté au moment de l’exposé oral. Bilan des difficultés rencontrées, des échecs subis, des erreurs, des conflits, des succès et des leçons que le groupe en tire : comment aurait-il fallu mieux faire ? non pour éviter les problèmes, car il y en a toujours, mais pour les résoudre ou les atténuer.

La difficulté dans un groupe étant de savoir garder sa liberté, son autonomie, de savoir critiquer, de savoir dire « non », je leur demande aussi d’aborder cet aspect soit dans le carnet de bord collectif, soit si cela leur est difficile pour des raisons de protection personnelle, de pudeur, je leur suggère de tenir leur propre carnet afin de développer des stratégies, de « muscler » leur capacité à décider ou résoudre un conflit qui demande avant tout d’être capable d’écarter toute solution en désaccord avec ses valeurs et sa personnalité. Ce carnet peut contenir des situations telles que : « mon positionnement par rapport au choix du sujet, par rapport au leader, aux méthodes, à l’animateur et aux différentes fonctions mises en place dans le groupe »… Se pose souvent le problème de la place : « En ai-je trop pris, ou pas assez ? » Là encore, l’étudiant est amené à dialoguer avec lui-même, à s’observer, à faire ses comptes et son propre bilan puis à élaborer de stratégies pour débattre de son positionnement dans un groupe. Toutes ces capacités seront ensuite facilement transférables dans la vie en général et donc la santé et les risques.

4. CONCLUSION

On retrouve ces compétences « nécessaires à la vie » et qui peuvent être encouragées à l’école dans la lutte contre le Quart-Monde. Je me réfère ici aux travaux du Conseil de l’Europe présentés en mai 1998 à la Conférence d’Helsinki « Dignité humaine et exclusion sociale » et au livre du docteur F. P. Diebonne (2000). Pour le Conseil de l’Europe et pour ce médecin délégué adjoint auprès du Conseil de l’Europe, les besoins de santé dépassent les besoins de soins et passent par l’estime de soi, compter pour les autres, le respect de sa personne, le respect de sa vie privée, comprendre le fonctionnement des institutions, ne pas être seul face à sa pauvreté, être soutenu…

Et nous retrouvons, ici, quelques-unes des compétences nécessaires à la vie et, donc, nécessaires à la santé que nous vous avons présentées ici. À Helsinki, les O.N.G. ont beaucoup insisté sur la nécessité de percevoir la logique des personnes comme de celle de percevoir sa propre logique d’où

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l’importance de la prise de parole, de l’échange, de la discussion et du dialogue qui redonne la dignité « Talk with us, not at us » qui montre l’importance des relations personnelles suivies.

BIBLIOGRAPHIE

DEBIONNE F. P., La santé passe par la dignité, Éditions de l'Atelier - Éditions Quart-Monde, 2000.

GIORDAN A., Appendre, Paris : Édition Belin, 1998.

PIGALLET P., Les outils de la pensée, Paris : Éditions E.S.F., 1998. HABERMAS J., Morale et communication, Éditions CERF, 1986.

SONNTAG M., WERCKMANN F., Métacognition et pédagogie réflexive, in Giordan, Martinand et Raichvarg (Éds), Actes des XXes Journées Internationales sur la communication, l'éducation et la culture scientifique et industrielle, Chamonix, 23 au 27 mars 1998, 349-355.

Figure

Figure 1 : Autonomisation à la santé

Références

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