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ARTheque - STEF - ENS Cachan | À propos des finalités de l'enseignement scientifique

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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-A PROPOS DES FIN-ALITES D~ L'ENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE

Marcel BENARROCHE

Professeur à l'Université de Provence

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Introduire un débat sur les finalités de l'enseignement" dans le peu de temps qui m'est imparti n'est pas chose aisée. Je me vois donc conduit à utiliser le biais, volontairement un peu provocateur, d'une approche métahistorique qui sera nécessairement grossière et schématique. Pour un débat aussi malheuresement écour-té, les démarches de dentelière sont hors de propos.

La première période à laquelle je me réfèrerai briè-vement, peut être qualifiée de préhistoire de l'enseignement. Antérieure à Jules Ferry, elle se caractérise par l'absence d'Education Nationale. L'enseignement est encore surtout le fait de l'Eglise. Et c'est cette dernière qui assure, à l'Ecole et ai lleurs, la fonction de maintien de l'ordre dans les têtes. Il n'y a alors pas, à proprement parler, de finalité de l'Ecole puis-qu'il n'existe pas d'Ecole possédant une réelle dimension sociale. On peut dire qu'alors, la transmission des connaissances se pro-duit surtout de maître à disciple, hors de véritable institution ou appareil d'état.

La seconde période est celle de la Troisième République, de Jules Ferry à la seconde guerre mondiale. C'est celle de la mise en place (entre autres -mais pas seulement- pour les besoins du développement socio-économique) d'un enseignement primaire de masse. Cet enseignement "primaire" atteint d'ailleurs des niveaux de connaissance fort respectables (mise en place des ENS de Saint Cloud et Fontenay dès les années 1880), et se développe parallè-lement (et de façon disjointe) aux filières secondaires (lycées) et supèrieures (facultés).

C'est le moment où l'Ecole primaire supplante l'Eglise comme flic idéologique. L'ordre bourgeois radical socialiste s'ap~

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- ] 7é

-peupLe y apprennent tout ce que La bourgeoisie a besoin qu'ils sachent Lire et faire Les quatre opérations ainsi qu'une saine morale "Laique" honnêteté. respect du bien d'autrui, respect encore du dévouement, de La discipLine, du travaiL, de La fami LLe et de La patrie. Les EcoLes NormaLes d'Instituteurs se rempLis-sent, en même temps que se vident Les séminaires; Les instituteurs rempLacent Les curés, ce qui expLique L'acuité du combat Laique de cette époque, L'enjeu étant L'hégémonie idéoLogique,convoitée

par L'écoLe Lai LaqueLLe L'égLise s'accroche désespérément.

La période suivante s'étend de La fin de la seconde guerre mondiaLe à La fin des années ÔO. La scoLarisation de masse se pro Longe aLors, bien au deLà de L' ensei gnement pri mai re,

jusqu'au Secondaire et même au Supérieur. C'est L'âge d'or du pLan Langevin WaLLon mais pLus encore de la Lecture étriq~ée et schéma-tique qu'en fournissent les tous puissants syndicats de la f.E.N .. Tout ce qui se dit ou se fait dans cette période L'est en référen-ce (positive ou négative d'aiLLeurs) à ce plan qui est Le credo idéoLogique de toute une génération. Parmi Les postuLats implicites (souvent même expLicités) sous tendant ce crédo, je retiendrai ce qui pour moi constitue deux idées cLefs: d'abord l'EcoLe est Libératrice, donc bonne en s o i ; ensuite l'Ecole gomme Les diffé-rences et les inégalités, Les dons n'existent pas seules les

es cJlf ér,_'ncia origines sociales différencient Les enfants entre eux et l'EcoLe est là pour estomper ces différences. IL en résulte une série

(un peu sommaire) d'axiomes en forme de mots d'ordre - A bas Les différences; donc à bas

tions scolaires.

- Vivent Les troncs communs - Une seule école pour tous

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réticences

- PLus de maîtres - PLus d'écoLes

- PLus de scoLarisation

La quatrième période, recouvre une dizaine d'années parti r de Mai 68. C'est Le retour de maniveL Le de La période précé-dente et La torsion forcenée du bâton dans L'autre sens

- L'EcoLe n'est pas Libératrice mais asservissante. - L'EcoLe n'éduque pas, eLLe conditionne.

Plusieurs questions, posées dès juin 68, sont sans cesse rappeLées de façon Lancinante

- QueL est L'intérêt (et pour qui ?) de rempLacer des inteLLectueLs-fLics d'origine bourgeoise par des inteLLectueLs-fLics d'origine proLétarienne?

- La finaLité de L'EcoLe est-eLLe vraiment de Libérer Les enfants ou de Les aLiéner? Si on s'en tient aux résuLtats, ne peut-on avancer L'hypothèse que si L'EcoLe fournit des outiLs d'émancipation à ceux qui y réussissent (10 X), dans Le même temps, eLLe écrase et abétit ceux qui sont Les ratés de son système séLec-tif (90 X). De Là concLure qu'une des finaLités de L'EcoLe est de rendre bête à 90 % et inteLLigent à 10 %. . . . .

C'est aussi à ce moment qU'IlLitch pose une série de questions bien embarrassantes, dont La principaLe est jusqu'où poussera-t-on La scoLarisation a outrance dans LaqueLle s'engLuent Les sociétés modernes?

- Tous à L'EcoLe jusqu'à 20 ans ou 25 ans . . . . . - Un maître pour 10 élèves.

Et après ?

La conclusion (à peine manichéenne) s'imposait, en forme de ra i sonnement péremptoi re

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L'anti science obscurantiste et mystique L'est - 376

-- L'Etat est notre ennemi

- L'EcoLe est un appareiL idéoLogique d'Etat. ELLe est L'EcoLe des fLics et des patrons

- Opposons nous à sa rentabi Li sat i on cap i t a List e. - Une des tâches de La révoLution sera de détruire l • Eco Le •..

La dernière période que j'évoquerai est ceLLe que nous vivons depuis Le 10 mai. En fait, eLLe a débuté pLus tôt, dans La Longue agonie du gauchisme Les positions radicaLes sont bien difficiLes à tenir indéfiniment et seuLs contre tous . . . .

- Si L'EcoLe rend bête <parfois) eLLe fournit aussi des instruments de pensée irrempLaçabLes.

- Si La science, et surtout sa dèformation scientiste, sont aLiénantes ..

au moins autant.

- Si enfin nous vouLons réussir Le changement qui, peut-être, s'est amorcé nous ne pouvons pLus nous cantonner à une exté-riorité confortabLe. Nous devons aLLer au charbon, nous saLir Les mains et accepter aujourd'hui ce que nous refusions avec véhémence voici moins d'un an

- Accepter L'ouverture de L'EcoLe sur Le monde du travaiL et de La production.

- Accepter que ses finaLités soient mieux et pLus immé-diatement adaptées au monde moderne en pLeine mutation. Accepter La rentabiLisation <sociaListe ?) de L'EcoLe •••

- Accepter enfin et surtout d'en terminer avec La défense fri Leuse des "avantages acquis" au profit de La notion de service pubLic c'est à dire au service du pubLic, de La société et de ses besoins.

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Voici donc exprimées (brièvement, je L'espère) Les queLques idées, à La fois sommaires et un peu provocatrices, que je vouLais soumettre à votre réfLexion. ELLes visent à susciter un doubLe débat vis à vis du point de vue syndicaListe institution-neL cLassique, en même temps que vis à vis de La griLLe gauchiste marginaLe. C'est, me sembLe-t-iL en effet, La seuLe démarche qui permette peut être un progrès de La réfLexion dans ce domaine.

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