L'Enseignement. Technique
au cours de l'année 1946
La Direction de l'Enseignement Technique, plei-nement consciente des responsabilités qui mi in-combent dans le problème essentiel de la formation de la main-d'œuvre qualifiée et des cadres tech-niques dont notre économie a un si pressant besoin, et sachant l'importance capitale du rôle qui lui revient dans l'œuvre de reconstruction et de renais-sance de notre pays, n'a pas m é n a g é ses efforts au cours de l'année 1946 en vue d'admettre dans ses établissements un nombre d'élèves sans cesse plus considérable et aussi d'élever le niveau et la qualité de l'enseignement qu'elle a mission de dispenser.
Le plus g r a n d effort a été exercé dans le sens du développement de l'apprentissage. Au 1er octobre 1945, la Direction de l'Enseignement Technique comptait 903 Centres d'Apprentissage avec 80.200
élèves. A la rentrée d'octobre 1946, le nombre de
ces centres est passé à 985 avec un effectif de 100.900 élèves. Il n'est pa s inutile de remarquer
que cet accroissement t r è s sensible du nombre des centres et des effectifs a été réalisé m a l g r é la f e r m e t u r e de certains établissements dont les condi-tions de fonctionnement et le nombre trop insuffi-sant d'élèves ne pouvaient p e r m e t t r e le maintien. P a r ailleurs, plusieurs centres importants (Centres du Bâtiment en particulier) ne pourront ouvrir, en raison des difficultés matérielles considérables qui ont retardé leur implantation, qu'au 1er janvier
1947 ; il est donc juste de compter sur un nouvel et sensible accroissement de l'effectif des jeunes apprentis admis dans nos centres après le lo r
janvier.
La Direction de l'Enseignement Technique s'est particulièrement attachée, au cours de l'année 1946, à la création et au développement des Centres d'Apprentissage des métiers du bâtiment. Cette œuvre a été poursuivie en coopération avec le Mi-nistère de la Reconstruction, dont l'aide s'est
mani-festée par la mise à notre disposition de crédits et de moyens techniques nécessaires pour l'édifi-cation des locaux. Grâce à cette efficace coopé-ration, trente centres entièrement spécialisés dans les métiers du bâtiment et de nombreuses sections du bâtimen t rattachée s à d'autres centres ont été ouverts ou sont en cours d'organisation. Un centre modèle a été récemment inauguré à Strasbourg, qui pourra, lorsque ses installations seront achevées, recevoir mille élèves dans les trois années. D'autres centres importants fonctionnent déjà à Nantes, dans la région de Rouen et du Havre et dans la région du Nord.
Bien que les moyens sur lesquels elle pouvait compter dans ce domaine aient été comparative-ment beaucoup plus limités, la Direction de l'En-seignement Technique n'en a pas moins continué à développer les établissements de création plus ancienne dont elle a "la charge : Ecoles Natio-nales, Collèges Techniques et Sections Techniques de Collèges modernes ou de Cours complémentaires, Ecole de Métiers, etc... Au 1er octobre 1945, ces établissements comptaient au total 100.348 élèves ; leurs effectifs s'élèvent, à la rentrée d'octobre 1946, à 115.241 élèves, soit un accroissement de près de 15.000. Cette progression est due, pour une bonne
part, au retour à une activité normale des Ecoles Techniques d'Alsace et de Moselle qui, dans cer-tains cas, ont dû être complètement rééquipées ; m a i s l'augmentation des effectifs se manifeste néanmoins dans toutes les régions et pour toutes les catégories d'établissements ; elle serait beaucoup plus sensible si la Direction de l'Enseignement Technique disposait de moyens de réalisation plus considérables ; dans de trop nombreux cas, nous nous sommes vus obligés de refuser des élèves dans nos écoles, d'ajourner des créations de Collèges Techniques ou de Sections Techniques, parce que
nous n'avions pas les crédits indispensables au recrutement du personnel et à l'équipement des locaux.
En dépit de ces difficultés, les Ecoles de l'En-seignement Technique et les Centres d'Apprentis-sage ont donc été en mesure d'admettre environ 36.000 élèves de plus à la rentrée d'octobre 1946 ;
cette augmentatio n générale, qui est de l'ordre de 20 % des effectifs locaux, pourrait p a r a î t r e très satisfaisante ; elle est pour l'Enseignement Tech-nique un signe évident de santé. Cependant, elle demeure à nos yeux encore terriblement insuffi-sante ; pour la seule Académie de Caen, 4.000 élèves n'ont pu être admis f a u t e de place dans nos Centres d'Apprentissage et c'est, pour l'ensemble du pays, à plusieurs dizaines de milliers de jeunes gens et de jeunes filles que nous avons dû refuser i'entrée de nos établissements.
Du point de vue matériel, un sérieux effort a été également entrepris afin d'améliorer les condi-tions de. fonctionnement de nos écoles et de nos centres et de renouveler l'équipement de nos ateliers. Des t r a v a u x considérables d'aménagement ont été effectués, en particulier dans les Centres d'Appren-tissage, installés dans des locaux qui trop -souvent ne répondent en aucune façon a u x exigences de
nous permettre d'amorcer le programme général de rééquipement des ateliers de nos établissements.
La Direction de l'Enseignement Technique a reconnu que rien de sérieux et de durable ne pouvait se réaliser dans le domaine de l'apprentissage et de la formation professionnelle sans le concours actif des milieux de la profession. Au cours des
nombreuses réunions de commissions organisées pour discuter et m e t t r e au point les textes relatifs à l'apprentissage, l'Enseignement Technique a constamment f a i t appel aux représentants des em-ployeurs et des employés.
Une première Commission Nationale d'Appren-tissage pour les industries de la métallurgie a été constituée par arrêté de M. le Ministre de l'Edu-cation Nationale ; elle comprend, à côté de huit
représentant s des pouvoirs publics, huit représen-t a n représen-t s ouvriers ereprésen-t huireprésen-t représenreprésen-tanreprésen-t s pareprésen-tronaux. Des commissions analogues correspondant à d'autres secteurs économiques sont en cours de constitution. P a r ailleurs, une large place est réservée à la représentation professionnelle dans les conseils d'administration et les conseils de perfectionnement dont la Direction de l'Enseignement Technique en-tend doter tous ses établissements.
La Direction de l'Enseignement Technique a
1945-1946
1946-1947
120.000.
EVOLUTION DES EFFECTIFS DES DES CENTRES D'APPRENTISSAGE COLLEG ES TECHNIQUES
115.241
1 0 0 . 0 0 0 . 8 0 .60.
40.
20.
l'enseignement. Plus de 1.500 machines nouvelles ont été commandées à l'industrie f r a n ç a i s e s ou attri-buées à l'Enseignement Technique sur les prélè-vements opérés en Allemagne et les importations en provenance des pays alliés. Ces machines vont
apporté un souci tout particulier au développement de l'apprentissage et de la formation profession-nelle, elle n'en a pas pour cela négligé les problèmes relatifs à la qualité et au niveau de l'enseignement qu'elle a mission de donner.
Cinq Ecoles Normales Nationales d'Apprentis-sage ont été ouvertes au début de l'année 1946 :
elles ont pour objet de donner une formation péda-gogique aux professeurs de nos Centres d'Appren-tissage. Ces écoles comportent des sections d'ensei-gnement général, des sections techniques (avec de nombreuses spécialités), des sections administra-tives et pour les écoles féminines, des sections d'enseignement ménager. Un millier d'élèves-pro-fesseurs environ ont suivi les deux stages organisés au cours de l'année 1946 dans les Ecoles Normales d'Apprentissage.
Pour la première fois à la session de juin 1946, les élèves des Ecoles de l'Enseignement Technique ont pu se présenter aux épreuves du nouveau bacca-lauréat technique institué par M. le Ministre de
l'Education Nationale. Cette institution atteste la volonté de la Direction de l'Enseignement Tech-nique d'affirmer et de rehausser la valeur cultu-relle des études poursuivies dans ses établissements, et en même temps de faire disparaître les barrières qui ont trop longtemps séparé l'enseignement tech-nique des autres ordres d'enseignement. C'est dans le même sens qu'il f a u t interpréter la décision de l'Enseignement Technique de porter à quatre ans (au lieu de trois) la durée de la scolarité dans les Ecoles Nationales d'Arts et Métiers, la dernière année devant être destinée à p a r f a i r e la formation scientifique des élèves et à leur permettre de pour-suivre des recherches et des t r a v a u x personnels.
Enfin, la Direction de l'Enseignement Technique a apporte son concours le plus entier à la Direction de l'Enseignement du second degré, afin d'assurer la réussite des classes de sixième et cinquième
nouvelles, premières réalisations du plan de
ré-forme de l'enseignement élaboré par la commission que présidait notre g r a n d et regretté professeur Paul Langevin.
Les services de l'Orientation Professionnelle n'ont pas été oubliés dans le plan de développe-ment poursuivi par l'Enseignedéveloppe-ment Technique :
il existe, à la fin de l'année 1946, 136 Centres d'Orientation Professionnelle, contre 98 à la fin de 1945. L'Institut National d'Orientation
Profession-nelle a dû, pour faire face à ces créations, a d m e t t re des promotions beaucoup plus nombreuses, recru-tées en particulier parmi les membres du personnel enseignant. Afin d'élever le niveau de formation des f u t u r s Conseillers d'Orientation Professionnelle, la durée des études à l'Institut a été portée de un an à deux ans.
En présentant le bilan de ses réalisations en cette fin d'année 1946, la Direction de l'Enseigne-ment Technique a eonscience d'avoir apporté sa contribution à la g r a n d e œuvre de renaissance nationale ; m a i s elle a aussi conscience de l'am-pleur de la tâche qui lui reste à accomplir ; elle est décidée à s'y appliquer et à la mener à bien, dans toute la limite des moyens qui seront mis à sa disposition.