1. LES TRAITÉS JURIDICO-POLITIQUES
1.1. Les traités contre le pouvoir royal absolu
Notre corpus s’ouvre sur les écrits de la fin du XVIe siècle. Dans le contexte des guerres de religion naît une abondante littérature tyrannomaque, cherchant à justifier l’opposition passive ou armée contre un souverain qui serait devenu tyran31. Elle se développe d’abord au sein des milieux réformés, en particulier après la Saint-Barthélemy. Or l’élection d’Henri de Valois au trône polono-lituanien intervient tout juste après cet événement.
Théodore de Bèze (1518-1605), pasteur calviniste et successeur de Calvin à la tête de la communauté genevoise, est un des premiers à intégrer la République nobiliaire dans son traité Du
droit des magistrats, rédigé en juin-juillet 1573, publié deux fois anonymement et
clandestinement en 157432. Entre 1574 et 1581, le texte est réimprimé au moins huit fois. Il est inséré dans les Mémoires de l’estat de France de Simon Goulart, eux-mêmes publiés à quatre reprises entre 1576 et 157933. L’ouvrage promeut une politique de résistance au pouvoir royal, d’où ses démêlés avec la censure non seulement française mais aussi genevoise34. Bèze est un personnage très influent du monde protestant. Engagé dans ses débats internes et dans les conflits
30
EHRARD Jean, « Montesquieu et la Pologne », op. cit., p. 35.
31
L’on parle souvent de littérature « monarchomaque ». Cependant, ce terme n’apparaît qu’ultérieurement, en 1600 dans l’ouvrage de William Barclay, De regno et regali potestate adversus Buchananum, Brutum, Bouecherium et
reliquos Monarchomachos libri sex. L’auteur désigne par ce terme les traités de la fin du XVIe siècle qui selon lui
viseraient à détruire la monarchie. Stricto sensu, les « monarchomaques » ne s’opposent pas à la royauté en tant que telle mais à un modèle de monarchie jugée tyrannique. Sur ces distinctions, voir : MELLET Paul-Alexis, Les Traités
monarchomaques (1560-1600), op. cit., p. 15. C’est pourquoi, nous préférerons le terme plus précis de
« tyrannomaque » emprunté à MarioTURCHETTI, « Introduction », op. cit., p. 74.
32
Voir la présentation de l’ouvrage dans : KINGDOM Robert M., « Introduction » in BÈZE Théodore de, Du droit des
magistrats [1574], éd. KINGDOM Robert, Genève, Droz, 1970, p. IX-XLII.
33
Sur les diverses impressions du texte : ibidem, p. XXVIII-XXXV.
40
religieux français et européens35, il participe activement à l’élection polonaise, comme l’atteste sa correspondance. Il suit les événements, les commente et en discute avec Bullinger. Il communique avec des calvinistes polonais, tel Thretius, pasteur et directeur de l’école calviniste de Cracovie, qui après la mort de Sigismond Auguste se rend personnellement à Genève pour y prendre des directives36. Voulant empêcher l’élection du prince Valois, Bèze fait traduire des pamphlets contre la dynastie française pour les diffuser sur les territoires polono-lituaniens37. Il y envoie une délégation dirigée par de Remon, baron de Thyo, proche de Coligny et témoin de la Saint-Barthélemy. L’ambassade arrive trop tard, l’élection étant déjà achevée38. Ces liens de Bèze avec les affaires polonaises expliquent la présence sarmate au sein Du droit des Magistrats.
Cela éclaire également le recours à l’argument polonais d’un autre penseur huguenot : François Hotman (1524-1590). Issu d’une famille noble catholique et silésienne installée en France, étudiant puis enseignant en droit, François Hotman épouse la cause réformée vers 154739. Après 1572, il quitte la France pour Genève puis Bâle. C’est alors qu’il rédige sa Franco-Gallia, au même moment que Théodore de Bèze, avec qui il échange à ce sujet. Les deux écrivains auraient eu accès à la même documentation40. Le traité est publié en latin en 1573. Il est réimprimé trois fois en moins d’un an. Autorisé à Genève, il est poursuivi en France et en Savoie41. En 1574, Simon Goulart le traduit en français et le reproduit dans les Mémoires de
l’estat de France42. Succès de librairie, la Gaule françoise a eu un très grand impact sur la pensée
politique en France : son argumentation historique a été par la suite empruntée et développée par de nombreux théoriciens43.
35
Ainsi, en 1554, Bèze prend part à l’affaire Servet à Genève (1553) en publiant le De haereticis a civili magistratu
puniendis, qui justifie la punition des hérétiques par les gouvernements civils. En 1561, il intègre la délégation
protestante au colloque de Poissy, qui n’arrive pas à empêcher la première guerre de religion (1562-1563). Lors de cette dernière, Bèze devient l’aumônier et le trésorier de l’armée condéenne. Sur la biographie, la pensée et l’engagement politique et religieux de Théodore de Bèze : KINGDOM Robert M., « Introduction », op. cit. ; VOGLER Bernard, « Bèze Théodore de - (1519-1605) » in Encyclopaedia universalis, en ligne, URL : http://www.universalis-edu.com.faraway.parisnanterre.fr/encyclopedie/theodore-de-beze/ [consulté le 16 mai 2018].
36
Par ailleurs, Bèze entretient aussi des contacts avec d’autres Polonais, en l’occurrence Crato et Gwalther, qui tiennent le Genevois informé des événements. Voir les lettres 976, 984, 985, 998, 999, 1004, 1010, 1015, 1024, 1026, 1043, 1051, 1066, 1071, 1087, 1113, 1147, 1150, 1166, 1185, 1186, 1192, 1195, 1198, 1202, dans : BÈZE Théodore de,
Correspondance, t. XIII-XV, éd. AUBERT Hippolyte, DUFOUR Alain, NICOLLIER Béatrice, Genève, Droz, 1988-1994. Sur
les contacts entre calvinistes genevois et polonais au temps de l’élection, voir tout particulièrement : SOBIESKI Wacław,
Polska a Hugenoci po nocy św. Bartłomieja, Kraków, Nakład Akademii Umiejętności, 1910. Sur l’engagement de
Bèze, voir également : KINGDOM Robert M., « Introduction », op. cit., p. XVIII-XX.
37
Il fait notamment traduire le De furoribus Gallicis en allemand et le transmet à Thretius : ibidem, t. XIV, p. 37.
38
À ce sujet : SOBIESKI Wacław, Polska a Hugenoci, op. cit., p. 39-44.
39
Il effectue quelques missions en Allemagne pour le parti protestant puis entre au service de Calvin, d’Antoine de Navarre, père du futur Henri IV, puis de Condé. Il publie également quelques pamphlets, tels l’Epistre envoiée au Tigre
de la France (1560) ou plus tard le De Furoribus Gallicis (1573). Sur la vie et l’œuvre d’Hotman, voir : LECA Antoine,
« Introduction » in HOTMAN François, Franco-Gallia [1574], éd. LUCA Antoine, Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 1991, p. II-VIII ; KELLEY Donald R., François Hotman, a revolutionary’s ordeal, Princeton, Princeton University Press, 1973.
40
Sur cette influence réciproque des deux penseurs : KINGDOM Robert M., « Introduction », op. cit., p. XXVII-XXVIII.
41
LECA Antoine, « Introduction », op. cit., p. XXIV.
42
HUCHARD Cécile, D’encre et de sang, op. cit., p. 117, 125.
41
Elle n’était pas étrangère aux Vindiciae contre tyrannos44. Imprimé en latin en 1579, traduit en français en 1581 sous le titre De la puissance legitime du prince sur le peuple, et du
peuple sur le prince, ce traité paraît clandestinement sous le pseudonyme de Stephanius Junius
Brutus45. La paternité de l’œuvre fait débat. Madeleine Marabuto y voit un travail collectif de Bèze, Hotman, Gentillet, Goulart, Danau et de Serres, tous présents à Genève entre 1572 et 1578. À la fin du XVIIe siècle, Bayle l’attribuait à Hubert Languet (1518-1581), qui l’aurait édité avec l’aide de Philippe Duplessis Mornay (1549-1623). Arlette Jouanna se prononce en faveur de cette dernière hypothèse46. Le rapport de Languet à la Pologne tendrait à la confirmer. Les Vindiciae font preuve d’une connaissance pointilleuse de la réalité historique et institutionnelle de la
Rzeczpospolita. Or Languet, né en France et converti au luthéranisme, s’avère être un admirateur
de l’État polono-lituanien. Il envisage même de s’y rendre pendant l’interrègne de 1572-157347. En 1570, le protestant proposait déjà, dans un discours prononcé au nom de l’électeur de Saxe à la cour de France, la Pologne comme un modèle à suivre48. Cette Harangue du 23 décembre 1570 est reproduite en 1576 dans les Mémoires de l’estat de France de Simon Goulart49.
Que ce soit dans les Vindiciae ou dans les autres traités politiques cités, il est clair que la République sarmate fait entièrement partie du paysage culturel des huguenots de la fin du XVIe siècle. Cela est déjà nettement moins le cas au XVIIe. Après l’édit de Nantes (1598), les protestants se rallient à la monarchie, à laquelle ils resteront loyaux. La situation se complique avec la révocation de 1685. Alors, la pensée tyrannomaque se réveille chez quelques-uns, notamment chez Pierre Jurieu (1637-1713) dans ses Lettres pastorales XVI-XVII-XVIII (1689)50. Réfugié français, pasteur et théologien calviniste, enseignant à l’Académie de Sedan puis à Rotterdam, il prend la plume pour appeler à la résistance, y compris armée, contre le roi de France51. Dans ses Lettres, la Pologne apparaît seulement à deux reprises. C’est probablement la raison pour laquelle elle était jusqu’alors restée inaperçue. Elle semble surtout héritée des écrits huguenots du siècle précédent.
*
44
Ibidem, p. XXVI-XXVII.
45
Nous avons eu recours aux éditions suivantes : Vindiciae contra tyrannos [1579], éd. JOUANNA Arlette, Genève, Droz, 1979 ; BRUTUS Stephanius Junius, De la puissance legitime du prince sur le peuple, et du peuple sur le prince :
traité tres utile, digne de lecture en ce temps, 1581.
46 Sur ce débat, voir : JOUANNA Arlette, « Introduction » in Vindiciae contra tyrannos, op. cit., p. I-V.
47
Voir à ce sujet : KOT Stanisław, Rzeczpospolita Polska w literaturze politycznej Zachodu, op. cit., p 30-31.
48
NICOLLIER-DE WECK Béatrice, Hubert-Langet (1518-1581) : un réseau politique international, de Melanchton à
Guillaume d'Orange, Genève, Droz, 1995, p. 249. 49
GOULART Simon, Mémoires de l’estat de France, sous Charles Neuviesme. Contenant les choses plus notables, faites
et publiees tant par les Catholiques que par ceux de la Religion, depuis le troisiesme esdit de pacification fait au mois d’Aoust 1570 iusques au regne de Henry troisiesme, Meidelbourg, Henrich Wolf, 1576, vol. I, p. 32-35.
50
Nous avons eu recours à l’édition suivante : JURIEU Pierre, Lettres pastorales XVI-XVII-XVIII, 1689. Suivies de la
réponse de BOSSUET, Cinquième Avertissement aux protestants, 1690, Caen, Université de Caen, 1991.
51
Plus d’informations sur ce personnage dans : NEGRONI Barbara (de), MCKENNA Anthony, « Jurieu, Pierre (1637-1713) » inFOISNEAU Luc (dir.), Dictionnaire des philosophes français du XVIIe siècle : acteurs et réseaux du savoir,
Paris, Garnier, 2015, p. 905-914 ; ROUSSEL Bernard, « Jurieu Pierre (1637-1713) » in Encyclopaedia universalis, en ligne, URL : http://www.universalis-edu.com.faraway.parisnanterre.fr/encyclopedie/pierre-jurieu/ [consulté le 16 mai 2018].
42
Entre-temps, l’argument sarmate a été exploité dans un autre traité, issu cette fois-ci d’un écrivain catholique engagé dans la Ligue de 1589. Il s’agit du De iusta reipublicae christianae in
reges impios et haereticos authoritate, édité à Paris en 1590 puis à Anvers en 1592 sous le
pseudonyme de Rossaeus52. La paternité de cet écrit suscite de nombreux débats. Certains historiens l’attribuent à Guillaume Rose, évêque ligueur de Senlis, alors que d’autres y voient la plume de William Reynolds ou celle de William Gifford, tous deux prêtres anglais exilés en France. La récente étude de François Valérian, publiée en 2011, soutient la thèse de la paternité de William Gifford (1554-1629)53, né dans le Hampshire, issu d’une vieille famille noble normande. Après des études à Oxford, il effectue une carrière ecclésiastique en France en devenant successivement doyen de Lille (1594), supérieur des bénédictins anglais de France (1608), coadjuteur de l’archevêque de Reims (1618), enfin archevêque de la ville (1622). Durant sa vie, il entretient des liens réguliers avec les Guise54. En 1590, le De iusta reipublicae […] authoritate a pour objectif de contester la succession d’Henri de Navarre, tout en affirmant le droit des Français d’élire un nouveau monarque55. L’auteur ne semble pas avoir eu de contact spécifique avec la Pologne. Toutefois la mémoire de l’élection et de la déposition d’Henri demeurait certainement très vive au moment de la rédaction de l’ouvrage.
*
Au XVIIe siècle, les traités politiques contestant le pouvoir absolu se font moins nombreux. À cette époque, on retrouve la République nobiliaire avant tout dans la littérature de l’action et de voyage, qui sera présentée ultérieurement. En revanche, dès le tournant du XVIIIe siècle, les traités anti-absolutistes reprennent l’argument sarmate.
Il apparaît dans l’Histoire de l’ancien gouvernement de la France, éditée clandestinement en 172756, et dans les Essais sur la noblesse de France dans sa version de 173257. L’auteur en est Henri de Boulainvilliers (1658-1722), comte et seigneur de Normandie, qui après une carrière militaire, se consacre entièrement à la rédaction de ses œuvres politiques et historiques, publiées
post mortem58. Proche des cercles du duc de Bourgogne, du duc de Noailles puis de Philippe
52
De iusta reipublicae christianae in reges impios et haereticos authoritate, Paris, Guillaume Bichon, 1590. Dans le cadre de cette thèse, nous avons eu recours à la traduction de François Valérian : VALÉRIAN François, Pouvoir
sacerdotal et haine du prochain. Une Contribution anglaise au combat de la Ligue. Edition bilingue critique du De iusta reipub. christianae in reges impios et haerecticos authoritate: iustissimaeque catholicorum ad Henricum Nauarraeum et quemcumque haereticum a regno Galliae repellendum confoederatione, Paris, 1590, Anvers, 1592,
thèse de doctorat, Université Paris Ouest Nanterre, 2009.
53
Sur ces débats : VALÉRIAN François, Un Prêtre anglais contre Henri IV, archéologie d’une haine religieuse, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 16-17, 157-182.
54
Plus d’informations sur ce Guifford : ibidem, p. 163-164, 171-182.
55
Ibidem, p. 145-147, 192.
56
BOULAINVILLIERS Henri (de), Histoire de l’ancien gouvernement de la France. Avec XIV lettres historiques sur les
Parlemens ou Etats Généraux, La Haye, Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1727. 57
BOULAINVILLIERS Henri (de), Essais sur la noblesse de France contenans une dissertation sur son origine et
abaissement. Avec des notes historiques, critiques et politiques ; un projet de dissertation sur les premiers Francs et leurs colonies, et un suplement aux notes, Amsterdam, 1732. Comme nous le verrons plus tard, dans l’Essai, la Pologne
n’est mentionnée que dans les notes de l’éditeur. Le texte a été édité une première fois en 1723.
58
Davantage sur cet auteur dans : THOLOZAN Olivier, Henri de Boulainvilliers, op. cit., p. 14-22 ; VENTURINO Diego, Le
43
d’Orléans, c’est entre autres à eux qu’il destine ses écrits contestataires de la monarchie absolue59. Ses ouvrages, d’abord diffusés sous forme manuscrite, ont exercé une grande influence sur la pensée politique française du XVIIIe siècle60. Ils étaient largement discutés au sein du club de l’Entresol, fréquenté par deux auteurs de notre corpus (Montesquieu, d’Argenson)61. Par ailleurs, certains de ses membres se sont engagés dans les affaires polonaises, tels l’abbé Alary et le comte de Plélo qui ont soutenu le parti de Stanislas Leszczyński et ont défendu sa cause auprès de la cour de Versailles62.
Les idées de Boulainvilliers ont également rencontré un écho favorable auprès des parlementaires, d’où certainement la présence sarmate dans les Lettres historiques (1753) de Louis-Adrien Le Paige (1713-1802)63, avocat, conseiller du conspirateur Conti, une des principales figures de l’opposition janséniste et parlementaire64. Ses Lettres historiques, publiées sans nom d’auteur, expriment les revendications des cours souveraines qui aspirent à un contrôle du pouvoir royal. Certains des arguments se retrouvent ensuite dans les Maximes du droit public
français, publiés une première fois en 1772 puis en 1775, après la réforme parlementaire de
Maupeou65. Il s’agit d’une œuvre collective d’avocats jansénistes. Claude Mey (1712-1796) et Gabriel-Nicolas Maultrot (1714-1803) en sont les principaux contributeurs66. En 1752-1753, lors de l’affaire des refus de sacrements, ils avaient déjà fait front commun pour défendre les
59
Ibidem, p. 27-28 ; JOUANNA Arlette, Le Prince absolu, op. cit., p. 239 ; ELLIS Harold A., Boulainvilliers and the
French Monarchy : Aristocratic Politics in Early Eighteenth-Century France, Ithaca and London, Cornell University
Press, 1988, p. 58-64.
60
Cf. THOLOZAN Olivier, Henri de Boulainvilliers, op. cit., p. 22, 345-432.
61
Sur le club de l’Entresol, ses membres et ses activités, voir : CHILDS Nick, A Political Academy in Paris, 1724-1731.
The Entresol and its Members, Oxford, Voltaire Foundation, 2000 ; HAMMERSLEY Rachel, The English Republican
Tradition and Eighteenth-Century France. Between the Ancients and the Moderns, Manchester, Manchester University
Press, 2010, p. 69-73. Rachel Hammersley insiste sur le fait que de nombreux membres de l’Entresol cherchaient à combiner les formes monarchique et républicaine du gouvernement. Cet aspect a, selon elle, été négligé dans l’étude du Club car l’attention des chercheurs s’est principalement attachée à la querelle entre la thèse nobiliaire et la thèse royale : ibidem, p. 70-71.
62
CHILDS Nick, A Political Academy in Paris, 1724-1731, op. cit., p. 14-15, 38-40.
63
LE PAIGE Louis-Adrien, Lettres historiques sur les fonctions essentielles du Parlement, sur le droit des pairs et sur
les lois fondamentales du royaume, Amsterdam, 1753. 64
Il est un des chefs du « Comité », groupe qui rassemblait les magistrats contestataires. Il se lie également au prince de Conti qui après avoir vu s’écrouler ses espoirs d’obtenir la couronne de Pologne puis le commandement des armées françaises, dirige intrigues et conspirations contre le monarque. Sous l’instigation du prince du sang, l’avocat devient bailli du Temple. Sur ce personnage, voir : ZYSBERG André, La Monarchie des Lumières, op. cit., p. 206-207 ; FLAMMERMONT Jules Gustave, Le Chancelier Maupeou et les Parlements, Paris, A. Picard, 1885, p. XIV-XVIII ; COTTRET Monique, Histoire du jansénisme, Paris, Perrin, 2016, p. 172, 187, 192-196, 207, 215-216 ; COTTRET Monique, Jansénismes et Lumières. Pour un autre XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 1998, p. 87, 120-122, 124, 129,
133, 135, 137, 141, 148-150, 154-155, 235, 356 ; EGRET Jean, Louis XV et l’opposition parlementaire 1715-1774, Paris, Armand Colin, 1970, p. 75-76 ; WOODBRIDGE John D., Revolt in Prerevolutionary France. The Prince de Conti’s
Conspiracy against Louis XV (1755-1757), Baltimore and London, The Johns Hopkins University Press, 1995, p.
41-45.
65
Nous avons eu recours à la seconde édition : Maximes du droit public français tirées des capitulaires, des
ordonnances du royaume, et des autres monumens de l’histoire de France, Amsterdam, Marc Michel Rey, 1775
[1re édition : 1772]. Plus d’informations sur ce texte in : SIBLOT Roger, « Les Maximes du droit public français (1775). Parlement vs pouvoir royal », Études et lettres d’information de la librairie ancienne Roger Siblot, en ligne, URL : http://www.librairie-siblot.fr//images/2015/03/Les-maximes-du-droit-public-Fran%C3%A7ais-Parlements-vs-pouvoir-royal-1775.pdf [consulté le 16 mai 2017].
66
Monique Cottret les citent comme les seuls auteurs des Maximes : COTTRET Monique, Histoire du jansénisme,
44
compétences parlementaires67. Certains mentionnent également d’Aubry, Dupin ou Camus en tant que co-auteurs des Maximes68. Si c’est le cas, ils semblent avoir joué un rôle secondaire. Imprimé en Hollande, cet ouvrage est poursuivi par la censure royale69. Contraire au pouvoir absolu des monarques, il comporte de longues argumentations historiques et philosophiques. Les références à la République polono-lituanienne y sont plus développées que dans les textes précédents, bien que les auteurs ne semblent pas avoir eu de contacts particuliers avec les Polonais.
Malgré cette absence de lien direct avec la Rzeczpospolita, ces trois Polonica témoignent de la permanence du modèle sarmate dans la pensée contestataire française du XVIIIe siècle. Celui-ci est certainement hérité des représentations (positives) des siècles précédents mais aussi complété de considérations nouvelles et plus actuelles. Ces trois textes, en tant que Polonica, étaient jusqu’alors restés totalement inaperçus des historiens s’intéressant aux relations franco-polonaises70. Or, comme nous le verrons, ils permettent de mieux comprendre d’autres Polonica déjà connus71 et de nuancer certaines conclusions généralement admises dans l’historiographie.
*
Au contraire, la présence polonaise dans la réflexion de Montesquieu (1689-1755) a déjà fait l’objet de plusieurs études. Magistrat entre 1714 et 1726, Charles Louis de Secondat, baron de la Brède, donne un premier chef-d’œuvre littéraire avec ses Lettres persanes, qu’il publie en 1721 à Amsterdam. En 1728, il est reçu à l’Académie française et à la Royal Society. De retour de son voyage en Angleterre, Montesquieu se consacre à l’écriture de l’œuvre de sa vie : l’Esprit des
lois, qu’il publie en 1748 à Genève72. Deux nouveautés principales distinguent sa pensée : une compréhension relative, rationnelle et non transcendante du concept de « loi »73 et l’idée de la
67
Ils avaient rédigé l’Apologie de tous les jugements rendus par les tribunaux en France contre le schisme : ibidem, p. 361.
68
Voir par exemple : OLIVIER-MARTIN François, L’Absolutisme français suivi de Les Parlements contre l’absolutisme
traditionnel au XVIIIe siècle, Paris, L.G.D.J., 1997 [1re édition : 1988], p. 490-492 ; EGRET Jean, Louis XV et
l’opposition parlementaire, op. cit., p. 214. SIBLOT Roger, « Les Maximes du droit public français (1775) […] », op. cit.
69 Ibidem.
70
La présence de la Pologne dans les Lettres d’Adrien Le Paige est en revanche signalée par Monique Cottret : COTTRET Monique, Histoire du jansénisme, op. cit., p. 193.
71
Nous pensons ici à ceux d’Argenson, Voltaire et Montesquieu. Cela sera analysé au sein du chapitre 5.
72 Sur la vie et l’œuvre de Montesquieu, voir notamment : MATYASZEWSKI Paweł, Podróż Monteskiusza. Biografia
przestrzenna, Lublin, KUL, 2011 ; SHACKLETON Robert, Montesquieu : biographie critique, Grenoble, PUG, 1977 ;
MATTÉI Jean-François, « Montesquieu et la loi » in MONTESQUIEU, De l’esprit des lois [1748], éd. MATTÉI