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Plusieurs disciplines des sciences humaines se sont penchées sur le discours, le

langage, la rhétorique, l’argumentation etc. et ont affiné les notions centrales qui doivent

nous permettre d’en expliciter le fonctionnement et le rôle. Elles ont chacune leur cadre

théorique propre. Selon Pierre Livet, il est utile de revenir sur les programmes des courants

philosophiques qui voient dans le dialogique et l’argumentation une nouvelle fondation pour

la philosophie et les sciences humaines, et cela d’un point de vue interactionniste, ou encore

anthropologique, qui peut ainsi combiner la linguistique de l’énonciation et la sociologie348.

Nous relevons un fait étonnant et symptomatique : nous constatons que ces courants

veulent, chacun pour sa part et à sa façon, élaborer une nouvelle épistémologie, poser de

nouveaux fondements. Nous pouvons noter ce fait : c’est la notion d’« argumentation » qui

apparaît comme étant au centre de ces réflexions. Bouvier, par exemple, analyse les

programmes des courants philosophiques qui reviennent dans le dialogique et

l’argumentation une nouvelle fondation pour la philosophie. Ces courants sont représentés

par la pragmatique transcendantale de Karl-Otto Appel, la philosophie dialogique de Francis

Jacques et la rhétorique métaphysique (problématologie) de Michel Meyer. Bouvier a noté

que les entreprises philosophiques qui visent à ériger pragmatique et rhétorique en

disciplines autonomes formulent souvent en même temps un « programme

fondationnel349 ». D’autre part, J.-C. Gardin a clairement affiché, lui aussi, sa volonté de

fonder une nouvelle épistémologie, une « épistémologie pratique », avec La logique du

plausible, titre de son livre de 1987.

Alban Bouvier développe ce point de vue en montrant qu’une conception de la

sociologie conçue d’un point de vue argumentativiste est possible, en balayant les apports

de différentes disciplines et les relations qu’elles entretiennent entre elles. Il étudie ainsi la

pragmatique et la rhétorique dans leurs rapports aux disciplines scientifiques constituées,

notamment la linguistique et la sociologie. Pour proposer les grandes lignes d’une

346

Livet (dir.) 2000 : 4

347

Livet 2000 : 5

348

Livet 2000 : 4

349

Bouvier 2000 : 62

conception de la sociologie d’un point de vue « argumentativiste », il va se pencher sur

l’étude des procédures et processus susceptibles d’emporter la conviction. Il en trouve les

modèles dans certaines entreprises linguistiques. Il utilise comme méthode la confrontation

de ce point de vue avec des philosophies, qui reprennent en leur sein la pragmatique et la

rhétorique. Il met ainsi en évidence les « entreprises fondationnelles » qui dépassent le cadre

d’une approche anthropologique des argumentations.

Ainsi Cometti estime qu’à l’heure actuelle, si l’argumentation est devenue le parent

pauvre de la logique, son champ d’application est plus étendu qu’on ne tend à l’imaginer. La

rhétorique a été éclatée en deux directions (auxquelles on a encore tendance à la réduire

maintenant le plus souvent) : la première, philosophique, visant à intégrer la logique dans

les discussions sur la matière et la deuxième, littéraire, développant un aspect artistique du

discours. Il donne deux faits pour résumer la situation : d’une part, restreinte, la rhétorique

ne peut tout au plus concerner qu’une dimension de nos rapports avec nos semblables et la

façon dont nous la négocions et d’autre part, la rhétorique reste étrangère aux procédures de

légitimation du raisonnement (qui sont l’affaire de la logique), cela dans la mesure où elle

est étrangère à la recherche du vrai. Il reste établi le plus souvent que l’on ne peut prétendre

atteindre le vrai par la seule voie de procédures de la persuasion350.

On peut constater qu’il y a eu après Toulmin et Perelman de nombreux travaux sur

l’argumentation dans les sciences du langage, la linguistique, la philosophie, la pragmatique,

la sémiotique etc., depuis les années 1970, soit en parallèle des réflexions menées par la

nouvelle rhétorique, de manière autonome, soit en continuation des problématiques posées

par les théories de l’argumentation. Des mouvements transdiciplinaires ont pu s’opérer.

Eggs note que, dans le domaine de la seule linguistique, il y a des bouleversements depuis

trente ans351. Les diverses disciplines manifestent des ouvertures et les travaux sont moins

cloisonnés qu’auparavant. Les problèmes sont traités par des réflexions qui deviennent

interdisciplinaires entre la linguistique, la pragmatique, la rhétorique, la théorie de

l’argumentation. Cela renforce notre conviction sur le rôle central du problème de

l’argumentation dans le discours en sciences humaines car il est manifestement au cœur des

préoccupations des disciplines nommées, particulièrement depuis les années 1980- 1990.

Il y a eu des courants philosophique et linguistique et, dans les sciences du langage,

des développements de l’analyse de la rhétorique selon les grandes orientations de la

linguistique contemporaine. Ainsi J.-M. Adam note ces orientations : une approche

syntaxique, une approche sémantique, une approche pragmatique et un courant cognitiviste

ainsi qu’un courant sémiotique352. J.-M. Adam insiste sur le nombre de publications qui ont

vu le jour sur le thème de la rhétorique et les sujets apparentés, durant cette époque. Il

constate qu’il y a durant les trente dernières années un « retour » du « rhétorique » et des

théories de l’argumentation , fait qui se signale par un grand nombre de publications en

langue française353, c’est-à-dire en France, Belgique francophone et Suisse romande354. Si

Roland Barthes et Paul Ricoeur ont écrit sur le sujet des articles et ouvrages qui ont fait date

350

Cometti 2000

351

Avant, on avait le structuralisme, le distributionnalisme, la grammaire générative. Maintenant on a :

la sociolinguistique, la linguistique pragmatique, l’analyse conversationnelle, la linguistique textuelle,

l’analyse du discours, les approches rhétorique et argumentative, la linguistique informatique, l’intelligence

artificielle, la linguistique cognitive, la sémantique des prototypes etc.

352

Adam 2002 p. 23et sq.

353

On comptabilise un grand nombre de publications en langue française depuis 1980-1990, dont on

pourra voir un échantillon en ANNEXE RHETORIQUE : publications sur la rhétorique

354

dans les années 1970 avec : Barthes L’ancienne rhétorique : aide-mémoire 1970 et Ricoeur

La métaphore vive 1975, d’autres écrits ont abondamment développé le sujet ensuite.

Jean-Michel Adam se demande par ailleurs comment les sciences du langage se sont

situées par rapport à un paradigme rhétorique lui-même soumis à une évolution complexe ?

Est-ce que cela signifie un régressif retour à la rhétorique ? Le retour du rhétorique répond-il

aux questions non résolues dans les sciences du langage ? Il fait le constat que la

linguistique contemporaine fait montre d’une croissante technicité355. Malgré cela, il y a de

nombreux travaux intéressants en linguistique, en sciences du langage et dans des

disciplines connexes comme la logique et la philosophie, qui ont étudié les rapports qu’ils

entretenaient avec le langage, la logique, l’argumentation. Nous commencerons par deux

approches linguistiques de l’argumentation, ensuite nous verrons le point de vue d’un

logicien très au fait des problèmes linguistiques : Grize, et enfin nous verrons le traitement

philosophique qui peut en être fait avec M. Meyer. Bouvier, qaunt à lui, se penche sur les

rapports qu’entretiennent la pragmatique et la rhétorique avec les disciplines déjà

constituées, comme la linguistique, la sociologie, la psychologie et il y observe un

renversement356. Il montre qu’il faut dépasser la perspective d’une sociologie de

l’argumentation et plutôt dégager une conception « argumentativiste » de la sociologie357. Il

prend comme référence les travaux de Ducrot & Anscombre, qui n’ont pas voulu élaborer

une théorie linguistique de l’argumentation mais plutôt une conception argumentative de la

linguistique.

Il est utile de revenir sur le travail, réalisé par Ducrot & Anscombre, d’intégration de

la pragmatique et de la rhétorique dans la linguistique358. Il qualifie leur projet d’intégration

de la pragmatique et de la rhétorique dans la linguistique parce que Ducrot et Anscombre

démontrent que la place des interlocuteurs est inscrite dans le système de la langue (par le

biais de pronoms personnels, etc.) ou dans le système des « mots du discours » tels mais,

même, pourtant etc. Il ne se soucient pas de montrer en quoi l’échange de paroles entre

interlocuteurs ou de « discours » répondant à d’autres « discours » contribue à construire le

système de la langue même (ou d’autres sous-systèmes sociaux). Ils ne prennent pas non

plus les discours comme objets d’une étude ayant sa fin en elle-même. Bouvier constate que

ce serait confondre analyse de la langue avec analyse de discours. Ducrot & Anscombre

analysent la langue comme des rapports de différences et d’oppositions (aux niveaux lexical

comme morphosyntaxique)359.

Ils rejoignent ainsi l’analyse structuraliste saussurienne et celle-ci peut être rapportée

à des repères sociologiques. Cette analyse peut être référée implicitement aux thèses de

Durkheim : il s’agit avant tout d’expliquer la nature des contraintes que cette institution

qu’est la langue exerce sur la parole et le discours (donc sur les locuteurs)360. L’originalité

de Ducrot & Anscombre résiderait dans leur volonté de « rhétoriser » l’analyse (lexicale et

morphosyntaxique) de la langue. Il apparaît de telle sorte que la fonction argumentative de

la langue est considérée comme inscrite au cœur même du lexique et de la morphosyntaxe.

355

Adam 2002 : 26

356

Bouvier 2000 : 45

357

Bouvier 2000 : 47

358

ouvrages : Ducrot & Anscombre [1983] l’argumentation dans la langue .- Bruxelles : Mardaga,

1983.- et

Ducrot [1972] De Saussure à la philosophie du langage in J.R. Searle [1972] Les actes de langage :

essai de philosophie du langage.- Paris : Herman, 1972.- pp. 7-34

359

Bouvier 2000 : 48-49

360

La rhétorique ferait ainsi son retour par le biais des sciences du langage. Plusieurs

auteurs notent ce mouvement. J-M. Adam note lui aussi la nécessité d’une « rhétorisation de

la linguistique ». Il se demande si l’on assiste à un « régressif retour à la rhétorique » ou à

un « retour du rhétorique ». Il s’agit de résoudre un ensemble de questions non résolues par

les sciences du langage361. On voit apparaître une convergence de problématiques dans les

réflexions de ces vingt dernières années.

Les développements de la notion d’argumentation dans la langue de Ducrot &

Anscombre visent, en d’autres termes, à permettre de dépasser l’analyse des seuls énoncés,

et de leurs représentants idéalisés, les phrases. Ils veulent ainsi rendre compte de

l’enchaînement même des énoncés et donc de la structure d’un texte, en développant une

conception de la lexicologie et de la morphosyntaxe qui soit d’emblée rhétorique ou

« argumentativiste » et récusent l’idée que la structure argumentative d’un texte serait tout

entière contenue dans les seuls « mot logiques » répertoriés comme tels, comme « et »

« ou » etc.

Ducrot & Anscombre travaillent sur la structure argumentative du texte lui-même et

non comme dans les analyses logiques classiques362. Elle serait aussi dans les « mots du

discours » tels que « mais », « même », « pourtant ». Nous retrouvons une idée qui avait

déjà été soulevée par Toulmin comme nous l’avons vu précédemment. Ce travail d’analyse

du lexique doit permettre d’expliciter le sens d’un mot à partir de sa puissance

argumentative et non pas tant sa puissance descriptive. Ils cherchent de cette manière à

rendre compte du sens comme associé à un ensemble de « lieux communs », de «topoi »,

autorisant ou garantissant des inférences de sorte que l’usage d’un mot quelconque de la

langue contraindrait la suite de l’énoncé. L’examen de la langue, définie comme étant

intrinsèquement logique en elle-même et mettant en œuvre des inférences à un niveau

« micro », signale la volonté d’un projet d’intégration radicale de la rhétorique et de la

pragmatique dans la linguistique.

Ducrot & Anscombre montrent que les différents « codes » que constituent les

langues sont intrinsèquement argumentatifs. Les études menées par Ducrot, Anscombre et

d’autres chercheurs en linguistique, en sciences du langage, travaillent en fait en profondeur

sur les éléments du discours qui peuvent être détachés et qui pourront ainsi servir de

matériaux pour appliquer des traitements qui en mettront en relief l’argumentation. Ces

débats sont la contiuation de ceux initiés par Chomsky au milieu du XXesiècle. Celui-ci nie

la spécificité du niveau proprement linguistique ou sémiologique des langues avec une

vision psycho-linguistique. Dans cette manière de voir, les mots fonctionnent en partie

comme des étiquettes pour des choses ou entités ; ils ont aussi un sens littéral,

métaphorique, métonymique etc. Des conceptions vont s’affronter, avec la pragmatique

linguistique qui met en cause la philosophie analytique363 et sa vision du langage comme

« décrivant une réalité »364. Il n’y a pas que des phrases déclaratives qui énoncent des

constatations vrai/faux mais aussi celles qui décrivent pas le monde : elles sont

performatives et font intervenir des valeurs, une évaluation en termes de réussite ou d’échec.

La linguistique tente de trouver des positions entre la rhétorique et la pragmatique. Une

conclusion semble alors s’imposer, on serait dès lors contraint de considérer tous les

problèmes de la sociologie à travers les problèmes de la linguistique365.

361

Adam [2002] De la grammaticalisation de la rhétorique in Koren & Amossy [2002] Après

Perelman : quelles politiques pour les nouvelles rhétoriques ?, p. 25

362

Bouvier 2000 : 50

363

Austin, John et lesWilliam James Lectures._ Harvard, 1955

364

Reboul & Moeschler 1998 : 13

365

Nous avons aussi relevé les études d’un auteur qui traite de linguistique et de

l’inférence dans la langue, et des possibilités de formalisation de cette dernière, raison pour

laquelle nous avons retenu son travail. Nous allons ainsi traiter brièvement Jayez, un auteur

qui allie linguistique et réflexion sur les mécanismes de l’argumentation, et que nous avons

retenu car il les relie à la problématique de la formalisation et de l’automatisation de

mécanismes d’inférence. Jayez fait partie d’un axe de recherche nommé sémantique

formelle, qui « s’intéresse surtout aux rapports entre lexique et inférence et aux approches

dynamiques366 ». Il tente de cette manière d’analyser la logique dans l’intimité même du

langage. Nous le retenons comme un exemple significatif des nombreux mouvements

actuels qui cherchent des voies nouvelles de formalisation des composantes de la langue et

d’utilisation des possibilités « calculatoires » des technologies numériques, dont ceux de

Traitement Automatique du Langage (TAL).

Jayez note que l’argumentation appartenait avant Ducrot & Anscombre à une

tradition rhétorique représentée par Perelman pour qui une théorie de l’argumentation à

pour objet l’étude des techniques discursives visant à provoquer ou accroître l’adhésion des

esprits aux thèses que l’on présente à leur assentiment367. Entre-temps et à partir des années

1980, l’étude de l’ « argumentation » est reprise massivement par les linguistes. Ces travaux

permettent d’affecter à des phénomènes en partie différents une sorte de dénominateur

commun, que l’on croit percevoir intuitivement. D’autre part ils s’opposent à d’autres

termes, comme « informatif », qui sont présentés comme caractérisant une conception

« logique » de la langue368. Pour Jayez les recherches touchant à l’automatisation

d’opérations sur le langage naturel ont laissé de côté des catégories de données liées à

l’argumentation et à l’inférence – connecteurs d’opposition, marques de scalarité369, etc.

L’étude des mécanismes d’inférence en langue naturelle propose aux linguistes des

techniques de représentation permettant d’analyser les liens sémantico-logiques entre les

phrases. Nous voyons par là l’analyse des mécanismes de raisonnement en vue d’une

automatisation, mais par d’autres voies que celles de J.-C. Gardin. C’est la raison pour

laquelle elles valent la peine d’être mentionnées.

Les analyses linguistiques ont ici pour but de décrire certains phénomènes liés à des

éléments marqueurs d’une langue naturelle : le français, et à en suggérer des représentations

en vue d’un traitement automatique. Les études ainsi menées ont un tour différent de celui

de J.-C. Gardin dans la mesure où l’intérieur du discours lui-même est scruté, ainsi que

l’emploi qui est fait de la langue dans le but d’une argumentation. Le langage lui-même

pourrait, de ce fait, être modélisé, en amont, pourvu que l’on puisse extraire les « marques »

de l’argumentation qu’il contient. Le point de vue adopté scrute la sémantique des

« connecteurs », de certains mots dans la langue : ce sont des éléments que l’on peut

interpréter comme associant plusieurs entités sémantiques.

Des fragments de langue naturelle vont être soumis à des traitements automatiques

pour la génération de phrases. Le traitement automatique d’un fragment de langue naturelle

fait appel à un arrière-plan de connaissances. Cela vaut aussi bien pour la génération de

phrases que pour la compréhension (analyse sémantique, traduction, etc.). Une bonne partie

de l’effort des spécialistes vise à construire les procédures formelles qui reflètent plus ou

moins bien la structure et le fonctionnement de ces connaissances. Un intérêt de cette

366

Approches dynamiques : SDRT (Théories des représentations discursives segmentées),update

semantics etarrow logics, par exemple.

367

Perelman 1970

368

Jayez 1988 : 65

369

approche est son aspect pragmatique : elle va tenir compte, dans l’étude des énoncés, des

informations que le sujet possède sur le monde, notamment sur les relations sociales et les

conventions linguistiques. Nous voyons ainsi que certaines recherches en linguistique

travaillent à une modélisation qui permettre de tenir compte de valeurs ou de visions du

monde qui pourraient être mises en relief dans la structure du discours lui-même.

L’autre intérêt des travaux de Jayez, c’est son insistance sur la nécessité d’une

approche inférentielle par la linguistique. Il établit des définitions et étudie les mécanismes

de l’inférence d’une manière enrichissante. La notion d’ « inférence » n’est pas si simple

qu’il y paraît, il n’y a pas « une » notion d’inférence mais des notions apparentées :

inférence, déduction, démonstration, preuve, résolution (de problème), autres… Jayez

insiste sur les procédures qui sont nécessaires pour définir l’inférence. On ajoute à un

ensemble d’éléments un nouvel élément au moyen d’une procédure (consciente ou non) qui

utilise l’ensemble de départ. Dans l’inférence il y a donc trois composantes : 1) un ensemble

de départ, 2) un nouvel élément et 3) une procédure utilisant l’ensemble de départ. Ces

éléments se retrouvent dans la majorité des conceptions, c’est un noyau à mobiliser. Dans ce

système, « inférence » désigne tantôt le résultat, donc le dernier élément ; tantôt la

procédure utilisée, l’action. L’intérêt apparaît dans la multiplicité des domaines du savoir où

le terme est utilisé : philosophie, psychologie, Intelligence Artificielle, logique, linguistique,

etc. Nous voyons donc ici que le propos rejoint notre problématique du discours dans les

sciences humaines.

Jayez note qu’il y a une définition particulière d’ « inférence » qui s’exprime dans

les inférences contraintes artificiellement. Ce sont les inférences de la logique classique. En

effet dans la logique formelle, on distingue : 1) les axiomes, 2) les règles d’inférence. Les

axiomes peuvent être définis comme « ensemble de départ ». Les règles d’inférence

comme : des « procédures admissibles ». Comme la notion de démonstration est

habituellement récursive, l’ensemble de départ n’est pas fixé mais évolue par adjonction de

résultats d’inférences (théorèmes). On obtient donc un ensemble de départ, on y ajoute une

procédure, qui engendre un nouvel ensemble de départ, procédure, etc. Une procédure dans

ce cadre est en réalité une séquence de règles d’inférence. Jayez ne se limite pas non plus à

la compréhension d’une phrase : il montre qu’elle ne dépend pas uniquement d’indications

sémantiques attachées à des marques de la phrase. Il note que dans ce cas il faut aller

au-delà des notions admises – du moins si on se les représente comme de simples prédications.

Il note aussi que lavalidité d’une inférence n’est pas la même chose que sonaccessibilité.

Les notions d’inférences sont stratégiques : elles participent au développement de

stratégies de preuve. Un moteur d’inférence en informatique est un dispositif qui gère des

inférences à partir de données. Un moteur typique utilise 1) des faits : c’est-à-dire des

assertions attribuant certaines propriétés à des objets (on voit ici à l’œuvre la logique

classificatoire), 2) des règles d’inférence : elles permettent de combiner ces faits ou d’en

obtenir d’autres à partir d’eux et 3) des métarègles : elles guident le choix et l’application

des règles d’inférence. Nous constatons une proximité avec les théories de J.-C. Gardin mais

nous en percevons par la même occasion sur quels points elles diffèrent. Les règles