Notes de cours M2, Th´eorie additive des nombres
15 f´evrier 2011
Table des mati` eres
0.1 Le th´eor`eme d’Olson . . . 2 0.2 La m´ethode isop´erim´etrique . . . 6
1 Sommes restreintes 9
1.1 La m´ethode polynomiale . . . 9 1.2 Retour `a Cauchy-Davenport . . . 12
0.1 Le th´ eor` eme d’Olson
Nous abordons ici le th´eor`eme de Olson, un analogue du th´eor`eme de Kneser pour les groupes non-ab´eliens. Il permet aussi d’´etablir une in´egalit´e de la forme
|A+B| ≥ |A|+|B| − |H|
pour la somme de deux sous-ensembles finis A, B de G, avec H un sous- groupe fini convenable de G. On ne peut h´elas plus garantir, comme dans le th´eor`eme de Kneser, que l’un de ces sous-groupes H stabiliseA+B.
L’outil essentiel de la preuve est la transform´ee de Kemperman, un ana- logue non-commutatif de la transform´ee de Dyson.
La transform´ee de Kemperman
Soit G un groupe quelconque et A, B ⊂G des sous-ensembles finis non- vides de G. Soit x∈G. On d´efinit
A0 = A∪(A+x) B0 = B∩(−x+B)
et A00 = A∩(A−x)
B00 = B∪(x+B).
Ces paires A0, B0 etA00, B00, d´ependantes dex, sont lestransform´ees de Kem- perman de la paire A, B. En voici quelques propri´et´es ´el´ementaires. Tout d’abord,
A0+B0, A00+B00 ⊂A+B
comme on le v´erifie sans peine. Ensuite, on a l’´equivalence B0 6=∅ ⇐⇒ x∈B−B.
En effet, pour b1, b2 ∈ B, on a x = b2 −b1 si et seulement si b1 = −x+b2
appartient `a B0 =B ∩(−x+B). De mˆeme, on a l’´equivalence A00 6=∅ ⇐⇒ x∈ −A+A.
Enfin, il est imm´ediat de v´erifier que
|A0|>|A| ⇐⇒ A+x6=A et
|B00|>|B| ⇐⇒ x+B 6=B.
Lemme 1. Soit G un groupe et A, B ⊂ G deux sous-ensembles finis non- vides de G. Posons
D= (−A+A)∩(B−B).
Si A+D6=A ou D+B 6=B, alors il existe une paire de sous-ensembles finis non-videsA1, B1 ⊂G, obtenue par transform´ee de Kemperman de A, B, telle que
(1) A1+B1 ⊂A+B
(2) soit |A1|+|B1| ≥ |A|+|B|et |A1|>|A|, soit |A1|+|B1|>|A|+|B|.
D´emonstration. Par hypoth`ese, il existed ∈Dtel queA+d 6=Aoud+B 6=
B. Posonsp=|(A+d)\A|,q=|(d+B)\B|. On a max(p, q)>0. Distinguons les cas p≥q et p < q.
•Casp≥q. Consid´erons la premi`ere transform´ee de Kemperman relative
`a d, i.e. A1 =A0 =A∪(A+d) et B1 =B0 =B∩(−d+B). On affirme que
|A1|=|A|+p et|B1|=|B| −q. En effet, on a
|A1|=|A∪(A+d)|=|A|+|(A+d)\A|=|A|+p, et
|B1|=|B∩(−d+B)| = |B| − |B \(−d+B)|
= |B| − |(d+B)\B|=|B| −q.
Il suit que |A1|+|B1|=|A|+|B|+p−q≥ |A|+|B|. De plus, comme on a p= max(p, q)>0, il suit que A+d6=A, et donc que|A1|>|A|.
• Cas p < q. Ici on consid`ere la seconde transform´ee de Kemperman relative `a d, i.e. A1 =A00 =A∩(A−d) et B1 =B00 =B∪(d+B). Par des calculs analogues au premier cas, on trouve que
|A1|=|A| −p, |B1|=|B|+q.
Il suit que |A1|+|B1|=|A|+|B| −p+q > |A|+|B|, comme voulu.
Voici ce que l’on obtient en it´erant ce lemme, autrement dit en appliquant autant que possible des transform´ees de Kemperman successives `a partir de la paire A, B.
Proposition 2. Soit G un groupe et A, B ⊂ G deux sous-ensembles finis non-vides. Il existe des sous-ensembles non-vides E, F ⊂G tels que
(1) E+F ⊂A+B (2) |E|+|F| ≥ |A|+|B|
(3) Si D= (−E+E)∩(F −F), alors E+D =E et D+F =F.
D´emonstration. Par applications successives du lemme pr´ec´edent, il existe une suite de sous-ensembles
(A, B) = (A0, B0),(A1, B1), . . . ,(Aj, Bj), . . . avec les propri´et´es suivantes : pour tout j ≥1,
(1) Aj +Bj ⊂Aj−1+Bj−1.
(2) Dans N2 ordonn´e lexicographiquement,
(|Aj|+|Bj|, |Aj|)>(|Aj−1|+|Bj−1|, |Aj−1|).
Or les entiers |Aj|,|Bj| sont born´es, puisque|Aj|,|Bj| ≤ |Aj+Bj| ≤ |A+B|
pour toutj ≥0. Il suit alors de (2) que la suite des (Aj, Bj) estfinie. Il existe donc un entiern ≥0 pour lequel l’hypoth`ese du lemme ne s’applique plus `a la paire (E, F) = (An, Bn). Autrement dit, en posantD= (−E+E)∩(F−F), on a E+D=E et D+F =F. Comme Aj +Bj ⊂A+B et|Aj|+|Bj| ≥
|A|+|B|pour toutj ≥0, il suit queE+F ⊂A+B et|E|+|F| ≥ |A|+|B|.
On peut maintenant ´enoncer et d´emontrer le th´eor`eme de Olson.
Th´eor`eme 3. Soit (G,+) un groupe quelconque, pas forc´ement ab´elien.
Soient A, B ⊂Gdeux sous-ensembles finis non-vides de G. Alors il existe un sous-ensemble non-vide S ⊂A+B et un sous-groupe fini H de G tels que
|S| ≥ |A|+|B| − |H|
et H stabilise S `a gauche ou `a droite, i.e.
H+S =S ou S+H =S.
D´emonstration. D’apr`es la proposition pr´ec´edente, il existe des sous-ensembles finis non-vides E, F deG tels que E+F ⊂A+B et |E|+|F| ≥ |A|+|B|.
De plus, en posantD= (−E+E)∩(F−F), on aE+D=E etD+F =F. PosonsS =E+F. C’est un sous-ensemble non-vide de A+B, dont on veut borner inf´erieurement le cardinal en termes de |A|,|B| et |H| pour un sous-groupe H convenable. On distingue les cas |E| ≥ |F|et |E| ≤ |F|.
Cas |E| ≥ |F|. L`a encore, distinguons deux cas, suivant que F −F est contenu dans −E+E ou pas.
•Supposons d’abordF−F 6⊂ −E+E. Alors il existe x1, x2 ∈F tels que x1−x2 6∈ −E+E. On a donc (E+x1)∩(E+x2) = ∅, et
S=E+F ⊃(E+x1)∪(E+x2).
Cette r´eunion ´etant disjointe, il suit que|S| ≥ |E+x1|+|E+x2| ≥ |E|+|F|.
En prenant H ={0} comme sous-groupe de G stabilisantS, on obtient
|S| ≥ |E|+|F| ≥ |A|+|B| ≥ |A|+|B| − |H|, comme requis.
•Supposons maintenantF−F ⊂ −E+E. Il suit queD=F−F. On va montrer que D est alors un sous-groupe de G, que F est une classe `a droite de D, et que comme sous-groupe H cherch´e, un conjugu´e convenable de D convient.
Tout d’abord, 0∈F −F =D, et
D+D=D+F −F =F −F =D.
Il en d´ecoule facilement que D est un sous-groupe de G. Soit z ∈ F quel- conque. On a
F =F −z+z ⊂D+z⊂D+F =F.
Donc F =D+z, une classe `a droite de D. Posons H =−z+D+z.
Alors H, conjugu´e de D, est un sous-groupe de G. Montrons qu’il stabilise S `a droite :
S+H =E+F −z+D+z =E+D+z ⊂E+F =S.
L’´egalit´e S+H =S ´etant ´etablie, il reste `a ´evaluer |S|. On a
|S|=|E+F| ≥ |E|=|E|+|F| − |F|=|E|+|F| − |H| ≥ |A|+|B| − |H|, comme voulu.
Cas |E| ≤ |F|.La preuve est enti`erement similaire au cas pr´ec´edent. Ici, on obtient un sous-groupe H stabilisant S `a gauche.
Nous pouvons maintenant d´emontrer le th´eor`eme suivant de Kemperman (1956).
Th´eor`eme 4. SoitGun groupe sans torsion. Alors µG(r, s) = r+s−1pour tous entiers r, s≥1.
D´emonstration. Soient A, B ⊂ G de cardinaux |A| = r,|B| = s. Par le th´eor`eme d’Olson ci-dessus, il existe un sous-ensemble non-vide S ⊂ A+B et un sous-groupe fini H ≤Gtels que
|S| ≥ |A|+|B| − |H|.
Or H = {1}, puisque G est sans torsion et ne contient donc aucun sous- groupe fini non-trivial. Il suit que
|A+B| ≥ |S| ≥r+s−1.
Ceci montre que µG(r, s)≥r+s−1. Par ailleurs, cette borne inf´erieure est facilement r´ealisable : soit x∈G un ´el´ement non-nul, et posons
A={ix|0≤i≤r−1}, B ={ix|0≤i≤s−1}.
Alors |A| = r, |B| = s, parce que x est sans torsion, et A+B = {ix | 0 ≤ i≤r+s−2} est de cardinalr+s−1 pour la mˆeme raison. On conclut que µG(r, s) =r+s−1.
Dans le mˆeme ordre d’id´ees, voici une autre cons´equence facile du th´eor`eme d’Olson.
Deuxi`eme d´emonstration du th´eor`eme de Cauchy-Davenport. SoitG=Z/pZ et A, B ⊂ G des sous-ensembles non-vides de cardinaux |A| =r,|B| =s. Il s’agit de montrer que |A+B| ≥min(r+s−1, p).
Par le th´eor`eme d’Olson, il existe un sous-groupeH ≤Gtel que|A+B| ≥ r+s− |H|, et H stabilise un sous-ensemble non-vide S ⊂ A+B. Or ici G n’a que deux sous-groupes, `a savoir {0} et G.
•Si H ={0}, alors |A+B| ≥r+s−1 et on a fini dans ce cas.
• SiH =G, alors S =A+B =G. Ceci termine la preuve du th´eor`eme.
0.2 La m´ ethode isop´ erim´ etrique
Soit G un groupe not´e multiplicativement. Dans toute cette section, on fixe un sous-ensemble fini C⊂G avec 1∈C. En particulier, on a
X ⊂XC
pour tout X ⊂G, et siX est fini, alors |XC\X|=|XC| − |X|.
D´efinition 1. Pour toutX ⊂G, on note
∂CX =XC\X.
On appelle ∂CX lebord de X relativement `a C. Pour all´eger, on omettra la r´ef´erence `a C et on ´ecrira simplement ∂X.
Notons que∂ commute avec les translations `a gauche, i.e.
∂(gX) = g∂(X)
pour tout g ∈ G et tout X ⊂ G. En effet, on a ∂(gX) = gXC \gX = g(XC\X) =g∂X.
La m´ethode isop´erim´etrique consiste `a consid´erer les ensembles X ⊂ G minimisant |∂X|. Plus pr´ecis´ement, on introduit les d´efinitions suivantes (re- latives `a C).
D´efinition 2. Soit k ≥ 1 un entier. Un sous-ensemble fini F ⊂ G est dit k−critique si :
• k ≤ |F| et|F C| ≤ |G| −k,
• |∂F| est minimal pour la condition pr´ec´edente.
Un k−atome est un sous-ensemble k−critiqueF de cardinal minimal.
On verra, en se restreignant au cas des groupes infinis, que les 1-atomes sont des translat´es de sous-groupes de G. Ceci nous fournira une preuve al- ternative du th´eor`eme de Kemperman sur les groupes sans torsion.
Commen¸cons par des observations faciles.
Lemme 5. On a :
• Si F1, F2 sont k−critiques, alors |∂F1|=|∂F2|.
• SiF estk−critique, alors pour toutg ∈G, le translat´egF estk−critique.
• De mˆeme, tout translat´e gA d’un k−atome A est encore un k−atome.
D´emonstration. Les deux premiers points sont ´evidents, et le troisi`eme d´ecoule des deux premiers et de l’´egalit´e |gA|=|A|.
La formule qui suit joue un rˆole cl´e dans la suite.
Proposition 6. Soit G un groupe et X, Y ⊂ G des sous-ensembles finis.
Alors
|∂(X∩Y)|+|∂(X∪Y)| ≤ |∂X|+|∂Y|.
D´emonstration. On a (X ∩Y)C ⊂ XC ∩Y C et (X ∪Y)C = XC∪Y C, comme on le voit facilement. Donc
∂(X∩Y)⊂∂X∩∂Y, ∂(X∪Y) = ∂X∪∂Y.
Il suit que
|∂(X∩Y)|+|∂(X∪Y)| ≤ |∂X∩∂Y|+|∂X∪∂Y|
= |∂X|+|∂Y|.
Proposition 7. Soient G un groupe infini, k ≥ 1, et F1, F2 ⊂ G deux ensembles k−critiques. Si |F1∩F2| ≥k, alors F1∩F2 et F1∪F2 sont aussi k−critiques.
D´emonstration. Soit la famille des sous-ensembles finisX ⊂Gtels que|X| ≥ k. Comme G est infini, la condition |XC| ≤ |G| −k est satisfaite pour tout X ∈ M. Comme lesFi sontk−critiques, on a F1, F2 ∈ M et
|∂F1|=|∂F2|= min
X∈M|∂X|.
De plus, par hypoth`ese sur F1∩F2, on a
|F1∩F2| ≥k.
Donc F1∩F2 ∈ M. On a bien sˆur aussiF1∪F2 ∈ M. Il suit que
|∂(F1∩F2)| ≥ |∂F1| et |∂(F1∪F2)| ≥ |∂F1|. (1) L’in´egalit´e de la Proposition 6 entraˆıne donc
2|∂F1| ≤ |∂(F1∩F2)|+|∂(F1∪F2)| ≤2|∂F1| et enfin, par les estimations en (1),
|∂F1|=|∂(F1∩F2)|=|∂(F1∪F2)|.
Donc F1∩F2 etF1 ∪F2 sont bien k−critiques.
Corollaire 8. Soient G un groupe infini et A1, A2 ⊂ G deux k−atomes distincts, avec k ≥1. Alors |A1∩A2| ≤k−1.
D´emonstration. Supposons au contraire que |A1∩A2| ≥k. Il suit alors, par la proposition pr´ec´edente, que A1 ∩A2 est k−critique. Or, comme A1, A2
sont des k-atomes, leurs cardinaux |A1|,|A2| sont ´egaux, et minimaux dans l’ensemble des cardinaux des ensembles k−critiques. En particulier, |A1| =
|A2| ≤ |A1∩A2|. Il suit que A1 =A2.
On se restreint maintenant au cas k = 1, en vue de red´emontrer le th´eor`eme de Kemperman.
Corollaire 9. SoientGun groupe infini etAun1−atome contenant 1. Alors A est un sous-groupe de G.
D´emonstration. On sait que tout translat´e d’un 1−atome est aussi un 1−atome.
Soit a ∈ A. On a a ∈ A∩aA, puisque A contient 1, et donc |A∩aA| ≥ 1.
Le corollaire pr´ec´edent entraˆıne alors aA =A. Il suit facilement de l’´egalit´e A A =A et de la finitude de A que A est un sous-groupe de G.
Le th´eor`eme de Kemperman ´etablit la minoration|X C| ≥ |X|+|C| −1 pour tous sous-ensembles finis non-vides X, C d’un groupe G sans torsion.
Il suffit bien sˆur de montrer cette in´egalit´e pour C contenant 1. Voici une preuve de ce r´esultat avec la m´ethode isop´erim´etrique.
Deuxi`eme preuve du th´eor`eme de Kemperman. SoitC⊂Gun sous-ensemble fini contenant 1. Soit A⊂G un 1−atome de G relativement `aC, contenant 1. Par le corollaire pr´ec´edent, A est un sous-groupe de G, et donc A ={1}
puisque Gest sans torsion. SoitX ⊂Gun sous-ensemble fini non-vide deG.
On a |∂A| ≤ |∂X|, car A est 1−critique. Or
∂A =A C\A=C\ {1}, et
∂X =X C\X.
Donc |C| −1≤ |X C| − |X|. Il suit que|X C| ≥ |X|+|C| −1.
1 Sommes restreintes
1.1 La m´ ethode polynomiale
La m´ethode polynomiale a ´et´e invent´ee par Noga Alon et Michael Tarsi vers 1987. Elle est bas´ee sur un lemme qui g´en´eralise ennvariables le fait bien connu suivant. Soit F un corps commutatif. Si f ∈ F[X] est un polynˆome non-nul de degr´e d, alors f admet au plus d racines dans F.
Soit maintenantR =F[X1, . . . , Xn] l’anneau des polynˆomes `anvariables
`a coefficients dans F. On gradueR de fa¸con habituelle par deg(Xi) = 1 pour tout i. Ainsi R se d´ecompose sous la forme
R =M
d≥0
Rd,
o`u Rd est {0} r´eunion l’ensemble des f ∈R qui sonthomog`enes de degr´e d.
Ainsi, tout polynˆome f ∈ R se d´ecompose de fa¸con unique comme somme f =f0+f1+· · ·+fm de composantes homog`enes fi ∈Ri pour tout i.
Notation Soit f ∈R\ {0}. On pose top(f) = la composante homog`ene de f de plus haut degr´e. On pose aussi top(0) = 0.
Par exemple, top(X12 +X1X2X3−X13) = X1X2X3−X13.
Proposition 10. Soient A1, . . . , An ⊂ F des sous-ensembles finis, de car- dinaux |Ai| = ri pour tout i. Soit f ∈ R un polynˆome s’annulant sur A1 × · · · ×An. Alors top(f)∈(X1r1, . . . , Xnrn).
D´emonstration. Par r´ecurrence sur n. Le cas n = 1 est vrai, puisque que si f(X1) s’annulle sur r1 points de F, alors deg(f) ≥ r1, et donc top(f) est divisible par X1r1.
Supposons maintenant n ≥ 2 et le r´esultat vrai pour n−1. Si tous les monˆomes dans top(f) sont divisibles parXnrn, alors top(f)∈(X1r1, . . . , Xnrn) et on a fini. On peut donc supposer que top(f) n’appartient pas `a (Xnrn).
Soit
g = Y
a∈An
(Xn−a) ∈ F[Xn]⊂F[X1, . . . , Xn].
Alors degXn(g) = rn, et g(A1× · · · ×An) ={0}.On peut ´ecrire g =Xnrn −g0
avec g0 ∈F[Xn] et degXn(g0)< rn. On a Xnrn ≡g0 mod (g). Dans f, on peut donc remplacer tout monˆome multiple de Xnrn par g0 sans modifier la classe de f modulo (g). Cela entraˆıne qu’il existe un polynˆome ¯f ∈ F[X1, . . . , Xn] tel que
1. f ≡f¯mod (g) 2. degXn( ¯f)< rn
3. top(f)∈(Xnrn,top( ¯f)).
Il suffit de montrer que top( ¯f)∈(X1r1, . . . , Xn−rn−11 ).Notons que ¯f s’annule sur A1 × · · · ×An, puisque c’est le cas de f etg. On peut ´ecrire
f¯=ϕ0+ϕ1Xn+· · ·+ϕdXnd avec d < rn etϕi ∈F[X1, . . . , Xn−1] pour tout 0≤i≤d.
Soit α= (a1, . . . , an−1)∈A1× · · · ×An−1, et ´ecrivons
f¯α(Xn) = ϕ0(α) +ϕ1(α)Xn+· · ·+ϕd(α)Xnd ∈ F[Xn].
Alors ¯fα s’annule sur An. Donc ¯fα = 0 ∈ F[Xn], puisque deg ¯fα < rn. Il suit que ϕi(α) = 0 pour tout α ∈ A1 × · · · ×An−1 et tout 0 ≤ i ≤ d. Par l’hypoth`ese de r´ecurrence, on a
top(ϕi)∈(Xr1, . . . , Xrn−1)
pour tout i. Or, il est clair que
top( ¯f)∈ top(ϕ0), . . . ,top(ϕd)
⊂(X1r1, . . . , Xn−rn−11 ).
Donc, top(f)∈(X1r1, . . . , Xnrn), comme annonc´e.
Un id´eal dansRengendr´e par des monˆomes s’appelle unid´eal monomial.
La question de l’appartenance d’un polynˆome g ∈ R `a un id´eal monomial donn´e est facile `a d´ecider.
Lemme 11. Soient I = (u1, . . . , ur) un id´eal monomial engendr´e par des monˆomes u1, . . . , ur ∈ R = F[X1, . . . , Xn]. Soit g ∈ R. Alors g ∈ I si et seulement si tout monˆome pr´esent dansg avec coefficient non-nul est divisible par l’un des ui.
D´emonstration. SoitM={X1a1· · ·Xnan |ai ∈N ∀i}l’ensemble des monˆomes dans R. Alors Mest une F−base de R. Si g = 0 la condition est vide donc satisfaite. Supposons g ∈I\ {0}. Alors il existe g1, . . . , gr ∈R tels que
g =u1g1+· · ·urgr.
Par ailleurs, il existe d’uniques scalaires {λu}u∈M et{µv,i}v∈M,i≥1 tels que g = X
u∈M
λuu et gi = X
v∈M
µv,iv
pour tout i= 1. . . , r. Donc X
u∈M
λuu=g = X
v∈M,i≥1
µv,iuiv.
CommeMest uneF-base deR, il suit de l’´egalit´e ci-dessus que tout monˆome u∈ M tel que λu 6= 0 est de la forme uiv pouri ≥1 et v ∈M convenables.
Ainsi donc, il suit des deux ´enonc´es ci-dessus quesif ∈Rest un polynˆome non-nul s’annulant sur une grille finie A1× · · · ×An ⊂ Fn, alors pour tout monˆome u de degr´e maximal dans f, il existe i= 1, . . . , n tel que
Xi|Ai| divise u.
1.2 Retour ` a Cauchy-Davenport
Comme premi`ere application, voici une nouvelle preuve du th´eor`eme de Cauchy-Davenport, tr`es diff´erente des pr´ec´edentes.
Troisi`eme preuve du th´eor`eme de Cauchy-Davenport. Soient A, B des sous- ensembles non-vides de Fp =Z/pZ, de cardinaux |A| = r, |B| =s. On sait que si r+s > p, alorsA+B =Fp, et donc |A+B|=p= min(r+s−1, p).
Supposons maintenant r +s ≤ p. Posant n = |A+B|, on veut alors montrer n ≥r+s−1.
•Si n=p on a fini.
•Si n < p, consid´erons le polynˆome suivant f ∈Fp[X, Y] : f(X, Y) = Y
c∈A+B
(X+Y −c).
Par construction mˆeme, on a f(A×B) = {0}.Donc, par le lemme ci-dessus, on a top(f)∈(Xr, Ys). Or
top(f) = Y
c∈A+B
(X+Y) = (X+Y)n.
On obtient donc la condition suivante sur n : (X+Y)n∈(Xr, Ys)
dans l’anneau de polynˆomes Fp[X, Y]. Comme les monˆomes XiYj forment une base de Fp[X, Y] en tant qu’espace vectoriel sur Fp, cette condition
´equivaut `a demander que tous les monˆomes de (X +Y)n appartiennent `a l’id´eal (Xr, Ys). On a
(X+Y)n =
n
X
i=0
n i
XiYn−i,
les coefficients binomiaux ´etant vus comme ´el´ements de Fp, donc r´eduits modulo p. Or justement, puisque n < p, on a ni
6≡ 0 mod p. Il suit que, pour tout 0 ≤ i ≤ n, le monˆome XiYn−i appartient `a l’id´eal (Xr, Ys). En particulier, pour i=r−1, on doit avoir
Xr−1Yn−r+1 ∈(Xr, Ys),
et donc forc´ement n−r+ 1≥s. Il suit quen≥r+s−1, comme voulu.