N° 65. Paraissantle 15 dechaquemois. 15 Octobre 1929,
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BULLETIN
DE
L'INSTITUT du PIN
Sous le contrôle de l'institut des Recherches
agronomiques
et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux
r
I. Articles originaux
SOMMAIRE
Pages ^
)*
y
Pages
C I83 Sur l'Oxydation permanganique du nopi-
nène, par G. Dupont 269
C I 84 Recherches sur le pinène et le nopinène,
par G. Brus (suite) 271
F I 21 Contribution à l'étudedu Bois de pin, par
P. M. Soum (suite) 277
II. Documentation
Cil85-87 Petite Documentation 292
y
JVTODB DE CLASSIFICATION DE NOS DOCUMENTS
A. Généralités.
B. Récolte et traitement des résines.
C. Essences de térébenthine, terpènes etdérivés.
D. Constituants solides des résines et leurs dérivés.
I Articles originaux. —II Documentation.
E. Dérivéschimiquesdubois.
F. Cellulose de bois.
G. Documents divers.
Adresser la Correspondance :
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n° 65. Pcraissaut le i5 de chaque mois. 15 Oetobfe 1929.
BULLETIN
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L'INSTITUT DU PÏN
Sous le contrôle de l'Institut des Recherches agronomiques
et rattaché à la Faculté des Sciences de Bordeaux
G. i. 83
SUR L'OXYDATION PERMANGANIQUE
DU
NOPINÈNE
Amélioration
au procédé de préparation de l'Acide nopinique
par G. DUPONT
On sait que la présence d'un carbure particulier,
le nopinène, a été décélée dans les essences de téré¬
benthine française ou américaine, par Wagner (1)
d'une part, et par Baeyer etWilliger (2) d'autre part, par l'étude des produits donnés par l'oxyda¬
tion permanganique de ces essences. Cette oxyda¬
tion permanganique conduit à un acide, l'acide nopinique, caractérisé par l'insolubilité presque complète de son sel de soude.
Mais la proportion d'acide nopinique obtenue
était très faible (1 % environ avec l'essence fran¬
çaise) et on en avait conclu une proportion très
faible de nopinène. L'inexactitude de cette conclu¬
sion a été établiepar les travaux de M. Darmois (3)t
qui ont montré que la proportion de nopinène dans
l'essence de Pin maritime est de l'ordre de 20 %.
L'oxydation permanganique du nopinène ne
nous conduit donc à l'acide nopinique, dans les
conditions indiquées, qu'avec un très faible rende¬
ment. Aujourd'hui on obtient industriellement le
(1) Ber 27, p. 2274 (1894).
(2) Ber 29, p. 25 et 1923 (1896).
,(3) Thèse Paris, 1910.
nopinène, en grosses quantités, par la
rectification
trèspoussée de l'essence de Bordeaux.
L'acide nopi¬
nique est, d'autre part, un produit
chimique inté¬
ressant par les synthèses auxquelles il
conduit. On
pourrait espérer trouver des usagesindustriels de
cet acide, s'il pouvait être obtenu à partir du nopi¬
nène, avec un rendement plus satisfaisant. Nous
nous sommes efforcés d'obtenir ce résultat et nous exposons ci-dessous les recherches faites
dans
cebut.
Nous avons tout d'abord essayé la méthode d'oxydation qui, avec le pinène, nous avait
permis
d'obtenir l'acide pinonique avec un rendement ex¬
cellent (4). Cette méthode consiste à maintenir le
milieu neutre, pendant toute la durée de l'oxyda¬
tion, par un courant réglé de gaz carbonique.
A
notre vif étonnement, nous avons obtenu, dans ces conditions, un rendement rigoureusement nul en acide nopinique; à côté de nopinène-glycol (F.
76°-
78°) qui cristallisait
abondamment des produits
neutres extraits à l'éther, nous n'avons obtenu que des acides liquides,
incristallisables
etindis-
tillables.
En milieu franchement acide (par S04H2), l'atta¬
que du nopinène est nettement ralentie et le ren¬
dement en acide nopinique est nul.
L'oxydation directe par une solution de perman¬
ganate à 5 %, sans addition d'acide, conduit à un rendement de 7 à 8 % d'acide nopinique.
Enfin, nous avons eu un rendement satisfaisant (50 grammes environ de nopinate de soude pour 100i grammes de nopinène) en opérant en milieu
(4) G. Dupontet G. Brus,Ann. de Chimie (9e ,t. 43,p. 186 (1923).
270 BULLETIN DE L'INSTITUT BU PIN— N° 65 - Octobre 1929
alcalin. Voici les conditions qui nous ont semblé
les plus convenables :
On fait à chaud une solution contenant :
Mn 04K 632 gr.
KOH 112gr.
9 litres.
Dès que la température s'est abaissée à 25°, on
ajoute :
Nopinène 272 gr.
et l'on agite vivement le mélange.
L'oxydation se termine en 5 heures. On empêche
au besoin latempérature de s'élever au delà de 30°,
par addition convenable de glace. On filtre ensuite
au vide la solution, puis on la concentre à 3 litres
dans le vide (brise-mousse nécessaire) et on ajoute
140 grammes de sulfate de soude. Le nopinate
cristallise abondamment en fines paillettes mica¬
cées. Rendement, 155 grammes, soit 57 % du nopi¬
nène, soit encore 36,3 % de la théorie.
Cette méthode permet d'envisager l'obtention
aisée de l'acide nopinique.
Cet acide constitue une matière première inté¬
ressante, encore peu étudiée. Nous espérons que la
méthode que nous indiquons aujourd'hui permet¬
tra d'aborder plus aisément cette étude; nous espé¬
rons nous-mêmes pouvoir apporter prochainement, quelque contribution à celle-ci.
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BULLETIN DE L'INSTITUT BU PIN— N° 65 - Octobre 1929, 271 C i 84
RECHERCHES
sur le
PINÈNE ET LE NOPINÈNE
par M. Georges Brus
docteures-sciences, Assistant àla Faculté des Sciences de Toulouse
INTRODUCTION
Le but de ce travail est l'étude des deux consti¬
tuants principaux de l'essence de térébenthine fran¬
çaise, le pinène (I) et le nopinène (II).
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/kv tvojuivtlttLeur histoire, longue et difficile, a été illustrée par d'éminents chimistes : Berthelot, Baeyer, Wal- lach, Wagner, Barbier, Grignard, Delépine, Dupont,
pour ne citer que quelques noms.
Mais, malgré l'importance des résultats acquis,
il m'a paru utile de reprendre l'étude de certains points, en opérant sur du pinène et du nopinène
purs, beaucoup de travaux ayant été effectués sur Leur mélange.
Je me suis limité à l'étude des réactions présen¬
tant le plus d'importance pour déterminer la cons¬
titution et les transpositions moléculaires des ter- pènes en général : oxydation permanganique, fixa¬
tion de Ô3 et de H2 sur la double liaison, — action de HC1, Cl2, Br2, sur le pinène et le nopinène.
J'ai été naturellement amené à étudier l'enlève¬
ment de HC1 et de Cl2 aux dérivés C10H17C1 et C10H16C12 obtenus (ou de HBr et de Br2 aux dérivés hromés correspondants), et les carbures C10H16 qui
en résultent, en particulier le plus important d'en-
ftre eux : le camphène.
L'importance théorique de ces réactions est grande; de plus, l'une d'elles, la fixation de HC1
sur le pinène et le nopinène et la préparation du camphène par enlèvement de HC1 au chlorhydrate obtenu, a aussi une très grande importance indus¬
trielle pour la synthèse du camphre à partir de
l'essence de térébenthine.
Leur étude a nécessité une documentation biblio¬
graphique considérable sauf l'étude de l'ozonide du nopinène et celle de ses dérivés dihalogénés, qui
n'avaient pas été faites.
Je diviserai ce travail en septparties :
Première partie.
nopinène :
Généralités sur le pinène et le
Origine des d. et 1. pinènes et du 1. nopinène;
composition de quelques essences de téré¬
benthine;
Histoire du d. nopinène;
Constantes physiques et propriétés chimiques générales de ces deux carbures.
Deuxième partie. — Oxydation permanganique :
1° Des d. et 1. pinènes et du mélange (d + 1)
inactif :
Préparation des acides pinoniques actifs et ra-
cémique;
2° Du 1. nopinène pur :
L'acide 1. nopinique : Etude de ses combinai¬
sons avec certains solvants et des anomalies de son pouvoir rotatoire dans ces solvants.
Troisième partie. Ozonides 1° Du nopinène :
Préparation nouvelle de la nopinone.
Ozonisation quantitative : dosage chimique du nopinène;
2° Du pinène;
3° Caractérisation et dosage du nopinène dans
une essence de térébenthine.
Quatrième partie. —Fixation de HCl sur le pinène
et le nopinène : 1° Le chlorhydrate solide;
2° Le «chlorhydrate liquide»;
272 BULLETIN LEL'INSTITUT LUPIN — N° 65 - Octobre 1929
3° Le chlorhydrate tertiaire. Enlèvement de HG1:
le y
pinène.
Cinquième partie. — Enlèvement de HCl au chlo- rhijdraie solide : le eamphène :
1° Etude physique et chimique : son dosage par l'ozone;
2° Nouveau mode d'enlèvement de HCl au chlo¬
rhydrate de pinène, par les résinâtes métal¬
liques.
Sixième partie. — Dérivés dihalogénés du pinène
et du nopinène :
Enlèvement de HCl (ou de HBr) et de Cl- (ou de Br2) aux dérivés C10Hlf'Cl2 (ou C10H16Br2)
obtenus.
Action du chlore et du brome sur le pinane.
Septième partie. — Résumé des faits nouveaux acquis au cours de ces recherches.
Avant de commencer cet exposé, c'est pour moi
le plus agréable devoir d'exprimer ma profonde
reconnaissance et ma respectueuse affection à mon Maître, M. le Doyen Paul Sabatier, pour l'intérêt qu'il m'a toujours témoigné, les précieux conseils
et les encouragements qu'il n'a cessé de me pro¬
diguer.
Je prie également mon Maître, M. le Professeur Dupont, qui a guidé mes premières recherches dans
l'étude des terpènes, d'acceptermes plus vifs remer¬
ciements pour m'avoir si utilement conseillé et si
souvent accueilli dans ses laboratoires de l'Institut du Pin, mettant leurs importantes ressources à ma
disposition.
Je suis heureux d'exprimer aussi mon affectueuse gratitude à M. le Professeur Giran, qui m'a tou¬
jours témoigné la plus grande bienveillance et, par l'acquisition d'appareils coûteux, m'a permis d'exé¬
cuter ces recherches; et ma reconnaissance à M. le Professeur Duffour, qui a bien voulu se charger de
la partie cristallographique dece travail, pour l'aide précieuse qu'il m'a ainsi apportée.
Je tiens enfin à remercier très vivement M. Mai- lhe, Professeur à la Sorbonne, pour son enseigne¬
ment et les conseils qu'il m'a souvent donnés, —
M. le Professeur Dr. H. Wienhaus, Directeur des Services scientifiques de la Maison Schimmel, — et M. Weynandt, Directeur des Industries chimi¬
ques deFacture, qui se sont intéressés àmes recher¬
ches et les ont facilitées.
PREMIÈRE PARTIE
GÉNÉRALITÉS
SUR LEPINÈNE
ET LENOPINÈNE
CHAPITRE PREMIER
Origine des d. et I. pinènes et du I. nopinéne Composition
de quelques Essences de térébenthine
Les essences de térébenthine proviennent de la.
distillation à température inférieure à 180° (le plus
souvent de l'entraînement à la vapeur d'eau) des
sucs oléorésineux des conifères. Leur composition
et leurs propriétés varient, souvent beaucoup, d'une
variété de pin à une autre, mais le même arbre pro¬
duit une essence caractéristique de propriétés bien
définies et de composition constante (1).
L'essence française (2) provient en presque tota¬
lité du Pin Maritime (Pinus maritima, Poir.), dont la forêt couvre un million d'hectares dans le Sud- Ouest (Landes). Cette essence landaise, ou essence1 de térébenthine de Bordeaux, provenant d'une seule
variété de pin, est parfaitement définie. Il en est
de même de l'essence du Pin d'Alep (Pinus hale- pensis Mill.) exploité sur le littoral méditerranéen (Provence, Algérie).
Au contraire, l'essence américaine, provenant de plusieurs variétés de pins (longleaf pine, spruce pine, slash pine, etc...) ou l'essence de térébenthine espagnole, mélange d'essences de pin maritime, de pin d'Alep et de pin laricio,ont des propriétés, (en particulier des pouvoirs rotatoires), et des compo¬
sitions très variables.
Quant à l'essence du Pin Sylvestre, qui couvre
(1) Cependant, M. G. Dupont et MIIe Barraud ont signalé quel¬
ques variations individuelles dans le pouvoir rotatoire (essence du pin Laricio) et la composition des produits de queue (essence du pin maritime), et montré qu'on ne saurait caractériser une variété de pin par les propriétés de l'essence fournie par un seuL
arbre. Les propriétés et la composition d'une essence ne sont
constantes que si elle provient d'un grand nombre de pins de la
même espèce.
Sur la diversité des propriétés des essences fournies par unei même variété de pins (Communication présentée au cinquième Congrès de Chimie Industrielle), octobre 1925.
(2) La France produit 25.000 tonnes d'essence de térébenthine
par an, et fournit environ 20% de la production mondiale, venant
au deuxième rang après les États-Unis qui en fournissent 75 %„
BULLETIN DE L'INSTITUT BU PIN —N° 65 - Octobre 1929
d'immenses étendues dans les pays du Nord (Rus¬
sie, Sibérie, Suède, Norvège, Pologne, Allemagne),
mais est rarement gemmé (3), elle est extraite par distillation du bois résineux mort (écorce ou sou¬
che); une telle essence souillée de produits depyro-
génation ou d'isomérisation des terpènes ne doit plus s'appeler essence de térébenthine, mais essence
ou huile de pin.
La constitution si diverse des essences de téré¬
benthine a fait l'objet de nombreux travaux. Les méthodes chimiques d'analyse ont permis de carac¬
tériser leurs constituants principaux, mais non de
résoudre le problème de leur composition. Cette question a été résolue pour les essences françaises,
allemandeset américaines,parDarmois (4),qui, par
l'application de sa méthode d'analyse optique, a montré que les fractions de cœur de ces essences
sont des mélanges de deux constituants : apinène
et (3 pinène ou nopinène.
Cette méthode ne s'applique toutefois qu'aux pro¬
duits de cœur et lorsqu'ils contiennent deux corps seulement. Une analyse plus générale des essences nécessite donc une séparation des constituants en fractions en contenant au plus deux. L'ensemble
des propriétés physiques de chaque fraction et l'application de la méthode de Darniois permettent
alors d'en déterminer la constitution.
Ce problème, très délicat, de la séparation des
•constituants des essences de térébenthine a été ré¬
solu grâce à l'appareil distillatoire de M. Du¬
pont (5), qui, par sa conception, se rapproche des appareils industriels (colonne à plateaux surmon¬
tée d'un rétrogradateur). L'étude de la composition
des essences, entreprise ainsi à l'Institut du Pin, a
permis leur classification dans les groupes sui¬
vants (6).
(3) La température trop froide de ces régions ne permet pas l'écoulement de la gemme; cependant le Pin Sylvestre a été gemmé en Allemagne pendant la guerre à cause de la rareté des produits résineux; mais son exploitation est devenue de moins
■en moins avantageuse à mesure que, depuis 1919, les essences de térébenthine franaçis.e et américaine ont apparu à nouveau .sur le marché allemand.
(4) Darmois, Thèse de Doctorat ès-Sciences Physiques, Paris, 1910.
(5) Dupont. Chimie et Industrie, t. 8, p. 549 (1922).
Cette colonne est construite par la maison Leune, 28bis, rue du Cardinal-Lemoine, Paris.
(6) G. Dupont, Les essences de térébenthine. Annales de Chimie, 10e série, t. 1, p. 184 (mars-avril 1924).
Voir aussi M1Ie Barraud, L'état de nos connaissances sur la composition des essences de térébenthine (Congrès International du Vin et du Pin maritime, Bordeaux, juin, 1928), ainsi que la collection des Bull, de l'Institut du Pin et des Berichte von Schim- tn'el.
273
I. Essences constituées par du pinène
à peu près pur.
Les plus importantes sont :
1° L'essence du Pin d'Alep (7), dont la fraction terpénique contient 95 % de pinène dextrogyre pur très actif [a]j = + 51°, et les queues de distillation, 1,14 % d'acétate de bornyle inactif et 3,8 % d'un^
sesquiterpène.
2° L'essence de Pinus excelsa (Grand pin du Né- paul) (8) contenant 90 % de pinène dextrogyre [a]j = +43°, moins actif que le précédent.
3° Les essences de Pins laricio (9) (Pinus laricio austriaca, laricio d'Espagne, laricio de Corse) cons¬
tituées principalement de pinène lévogyre [a]j =
—46°7 (1. Corse).
II. Essences dont la fraction terpénique
est un mélange de pinène et de nopinène.
Ce groupe contient les essences commerciales les plus courantes :
1° L'essence de Bordeaux, du Pin maritime, dont la composition (10) est la suivante :
1. pinène (mélangé à du d. pinène) [x]j =—46°. 63°/o nopinène [ajj= —22°,4 26,5°/0
Queues 10,5 °/0
sa fraction terpénique contenant (Darmois) :
Pinène ,. 62°/0
Nopinène 38°/o
2° Les essences de térébenthine américaines, qui
sont des mélanges provenant de diverses variétés
de pins, principalement : Longleaf pine (Pinus pa- lustris), Spruce pine (Pinus glabra), Cuban pine ou Slasch pine (Pinus heterophylla).
Leur pouvoir rotatoire, variable, est le plus sou¬
vent faible. La composition de certaines est voisine
de celle de l'essence française, elles contiennent plus de pinène que de nopinène; ainsi, une essence étudiée par Darmois contenait :
7l°/o de pinène [a]jj = + 13°
29°/o de nopinène [x]n = — 22°, 6
D'autres, au contraire, sont plus riches en nopi-
(7)1Vèzes, Bull. Soc. Chim. (4), t. 5, p. 931 (1909).
(8) Dupont et Soum, Ve Congrès de Chimie Industrielle (1925).
(9) Dupont et Mllé Barraud, Bull. Soc. Chim. (4), t. 35, p. 783- (1924).
(10) Dupont, Chimie et Industrie, t. 8, p. 549 (1922).
274 BULLETIN LE L'INSTITUTLU PIN— N° 65 - Octobre 1929
nène qu'en pinène : Essence de Pinus lnsignis
(117
(Californie) (62,4 % de nopinène pour 34,3 % de pinène inactif), — essence de Pinus Ponderosa
Laws (12) (Western Yellow Pine) (60 % de nopi¬
nène), deSandpine (11) (75 % de 1. nopinène, 10 %
de 1. pinène, 10 % de camphène),
3° De nombreusesessences moins répandues dans
le commerce, comme les essences de térébenthine de Venise, du Pinus Thumbergii (13) (Japon), etc..., qui sont également des mélanges de pinène et de nopinène.
III. Essences contenantdes proportions importantes
de terpènes différents des pinènes.
Parmi ces essences citons :
L'essence de Pinus Longifolia (14), contenant
25 % de 1. pinène, 10 % de 1. nopinène, 28 % de
carène et 20 % de longifolène (sesquiterpène),
l'essence de Pinus Sglvestris (15), contenant aussi
du d. pinène, du 1. nopinène et du carène, l'essence
du Pin Pignon (Pinus Pinea) très répandu en Italie
et en Espagne ne contenant plus que 16,7 % de
1. pinène, à côté de 75,4 % de 1. limonène (16), et
l'essence de Lodgepole pine qui, d'après Schor-
ger (17) serait constitué à peu près uniquement de phellandrènè.
IV. Les essences de térébenthine sans terpènes de
Pinus Sabiniana Douglas (18) (Sierra Nevada) et
de Pinus Jeffregi (Californie) qui contiennent
une forte proportion d'heptane normal (19).
En résumé, la majeure partie des essences de
térébenthine est constituée de pinènes a et (3, mais
un certain nombre contient aussi d'autres terpè¬
nes : limonène, carène, camphène; quelques-unes
même contiennent des carbures non terpéniques
(11) M1Ie Barrand, Thèse Bordeaux (1928).
(12) Schorger, Procès-verbaux des Séances de l'Académie de Wisconsin, vol. 19, 2° partie, et Bull, de l'Institut du Pin, noa 13- 14-15-10 (1925).
(13) Dupont et M1Ie Raraud, Soc. Se. Phys. et Nat. de Bordeaux (6 mai 1926), et Ve Congrès de Chimie Industrielle (octobre 1925).
(14)Dupont et Uzac, Soc. Se. Phys. et Nat. de Bordeaux (28 juin 1924).
(15) Dupont et MUe Barraud, Id. (7 avril 1927), et VIP Congrès de Chimie Industrielle (octobre 1927).
(16) Dupont et MUo Barraud, Bull. Soc. Chim. (4), t. 35, p. 625 (1924).
(17) Schorger, Forest service bulletin, t. 119, p. 25.
(18) Bericht von Schimmel (octobre 1906, et 1921, p. 103).
(19) Thorpe, Chem. Centralblatt, I (1879), p. 565.
Krcmers, Journ. Americ. Pharm. Assoc., t. 9, p. 857 (1920), et t. 10, p. 26 (1921).
comme l'heptane. On voit donc combien il estnéces¬
saire, lorsqu'on étudie les fractions terpéniques.
d'une essence, de connaître son origine végétale et
sa composition exacte.
Les essences les plus intéressantes, comme sour¬
ces de pinène et de nopinène, auxquelles je me suis
adressé pour obtenir ces deux terpènes sont : 1° L'essence du pin d'Alep (20) source de pinène dextrogyre très actif et, l'essence de Pinus Excel-
sa (21) à pinène moins actif que le précédent.
2° Les essences de pins laricio (22) d'où l'on peut aisément retirer du pinène lévogyre pur, plus
actif dans l'essence de Laricio d'Autriche que dans
l'essence de Laricio espagnol.
3° L'essence du pin maritime ou essence de Bor¬
deaux, dont deux distillations successives (23) avec
une colonne Dupont fournissent du pinène et du nopinène lévogyre purs.
J'ai réuni dans le Chapitre III les caractéristi¬
ques du pinène et du nopinène extraits de ces
essences.
Le pouvoir rotatoire du pinène est variable
d'une
essence à l'autre, à cause du mélange des deux
inverses optiques; au contraire, le pouvoir rotatoire
du nopinène a toujours été trouvé constant, ce qui
montre que ce terpène n'existe dans les essences
de térébenthine que sous forme lévogyre. Cepen¬
dant, dans quelques mémoires, il est question, sou¬
vent incidemment d'ailleurs, du nopinène droit.
J'ai cru utile de réunir les quelques documents re¬
latifs à ce d. (3 Pinène, qui n'a été découvert
de
façon1 certaine, qu'en 1928, par Rutowski et Wino- gradowa, dans l'essence d'une ombellifère : Ferula galbaniflora.CHAPITRE II Le Nopinène droit
Wallach (1) essaya en 1907 de préparer synthé- tiquement le nopinène droit par condensation
de
la nopinone avec le bromacétate d'éthyle, en
solu¬
tion benzénique en présence de Zn. Le
nopinolacé-
(20) On peut se procurer de l'essence d'Alep d'origine garantie
chez MM. Carme et Cie, à Auriol (Bouches-du-Rhône).
(21-22) Le d. pinène de Pinus Excelsa et le 1. pinène de Laricio
ainsi qu'une partie du nopinène étudié, m'ont été fournis à l'Ins¬
titut du Pin.
(23) Dupont, Annales de Chimie (Loc. cit.).
Dupont et Desalbres, Bull. Soc. Chim. (4), t. 33, p.1252 (1923).
(1) Wallach, Ann. der Chem., t. 357, p. 49 (1907).
BULLETIN DE L'INSTITUTBU PIN —N° 65 - Octobre 1929 275
iate d'éthyle obtenu, deshydraté par le
bisulfate de
potasse, donne un éther
éthylénique, dont l'acide,
distillé à la pression ordinaire,
perd GO2 et donne
du d. fenchène. La déshydratation de l'acide
nopi-
nolacétique parl'anhydrique acétique (1908) (2)
donne deux acides éthyléniques qui
perdent GO2
en donnant, l'un, du nopinène lévogyre [a]D =
—22°20', et l'autre du d. fenchène. Wallachmontra
encore, en 1909 (3), que l'acide
nopinol-acétique,
distillé sans déshydratant, perd H20 et
GO2 et
donne principalement du 1.
nopinène,
avec, enplus,
10 % de 1. pinène et de petites
quantités de fen¬
chène.
Le nopinène droit n'a donc pu
être préparé
syn- thétiquement. Il n'a jamaisété rencontré
nonplus
dans les essences de térébenthine.
Cependant, en 1905, O.
Aschan (4)
atrouvé dans
le «Sulfat-.Terpentinôl »
récupéré dans la fabrica¬
tion dela celluloseà partir de bois résineux, unter- pène bicyclique
ressemblant
au (3pinène, de
cons¬tantes.
E. 163°-165° d20 = 0,8628 (a)D= + 7°,70
Halse et Dedidchen (5), en 1917, étudient un
•« Sulfat-Terpinôl » qu'ils trouvent
composé prin¬
cipalement de pinène et de
petites quantités de
nopinène et de dipentène. L'essence
initiale dextro-
gyre [a]D = + 20°
environ, rectifiée, donne des frac¬
tions dont le pouvoir rotatoire diminue
régulière¬
ment :
Fract.1:E=1540-1550(«)d =+29°,49
» 9: E=162°-164°(a)D=+14°,12
» 14: E=167°-168°)aD =-j- 6°57
dj5=0,8656
nDSo=l,47436Cette dernière fraction donne, par oxydation per- manganique, de l'acide nopinique F.
123°, dont les
auteurs n'indiquent pas le pouvoir rotatoire.
Ils
concluent cependant que le nopinène du «
Sulfat-
Terpentinôl) est dextrogyre, conclusiondouteuse,
l'allure de la distillation étant celle d'un mélange
de oc pinène dextrogyre peu
actif,
avecde petites
quantités de
nopinène.
Semmler et Von Schiller (6), dans une étude ré¬
cente (1927), sur l'essence de troncs de Pin Sylves¬
tre (Kiefernwurzelôl) signalent incidemment, une fraction 159°-164° de constantes :
(2) ld., t. 363, p. 1 (1908).
(3)ld., t. 368, p. 1 (1909).
(4) O. Aschan, Techniker (novembre 1915); Centralblatt (1919),
I, p. 284.
(5) Halse et Dedidchen, D. Ch. G., t. 50, p. 623 (1917).
(6) Semmler et Schiller, D. Ch. G., t. 60, p. 1591 (1927).
d20 - 0,857 nD = 1,4685 (a)D = +26°5'
contenant principalement du nopinène.
D'après des recherches faites par les chimistes
de la maison Schimmel (7) sur l'essence obtenue par entraînement à la vapeur du bois de
pins de
Brandebourg, la fraction 163°-167°(a)D
= +25°2, d^5
==0,8636, contient aussi beaucoup de nopinène,
caractérisé par son oxydation en acide
nopinique,
F 125°-126°; mais, d'après les renseignements ai¬
mablement fournis par M. le Professeur H. Wien-
hauss, il est très incertain que ce nopinène soit dextrogyre; fort probablement la fraction était
constituée en majeure partie par d'autres terpènes dextrogyres, dont le pouvoir rotatoire droit masque le pouvoir rotatoire gauche du nopinène.
Il n'est donc pas démontré que l'essence des
raci¬
nes du Pin Sylvestre contienne du nopinène droit.
Il est à remarquer d'ailleurs, que l'essence des
ai¬
guilles du même pin (Kiefernnadelôl), qui contient
aussi beaucoup de nopinène, donne des
fractions
lévogyres.F1:154°-162°fa)D=-f-403';F2: 1620-168° (a)D = —6°3'
F3:168°-1S0°(a)D =—21° (Semmler et Schiller, loc. cil.) Tels sont, à ma connaissance, les seuls travaux qui pourraient laisser supposer l'existence du
nopi¬
nène droit. Ils n'apportent aucune preuve certaine
de sa pré.sence dans les essences et encore,
ont-ils
porté sur des essences de bois résineuxmorts
oudes essences résiduelles de fabrication de la cellu¬
lose; de telle sorte que l'on peut affirmer que le nopinène droit n'a pas été rencontré
jusqu'ici dans
les ssences de conifères.
Par contre, il a été découvert, en 1928, par B.-N.
Rutowski et I.-W.Winogradowa (8) dans l'essence
de Ferula Badra Kema = F. Galbaniflora (Boiss.) (9), ombellifère du Turkestan russe, re¬
cueillie près de la frontière d'Afghanistan.
Les
fruits mûrs donnent par entraînement à la vapeur, 2,35 % d'une essence contenant jusqu'à 30 % de nopinène, 40 % de pinène (d. et d + 1),
1,5 % de
(7) Bericht von Schimmel, 1928, p. 100.
(8) Rutowski et Winogradowa, Journal fur praktische chemie,
t. 120, p. 41 (1928).
(9)1 M.-R. Morquer, Assistant de Botanique à la Faculté des
Sciences, a bien voulu me donner sur cette ombellifère, entre au¬
tres renseignements, les suivants, dont je le remercie très vive¬
ment.
«Ferula galbaniflora. Boiss. mentionné d'abord en Perse, se rapproche dePecedanum et Pasticana par le fruit ovale comprimé parallèlement à la cloison, à rebord ailé et à quatre canaux résini-
fères. Parmi les 80 espèces Méditerranéennes ou Ouest-Asiatiques,
on en rencontre deux en Provence et dans les Alpes-Maritimes F. Nodiflora Linné et Férula Galbanifera Kock=F. Ferulago Lin¬
né, plantes très rares dont le développement exige quatre ans.