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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Hutsebaut, X. (2006). Etude expérimentale de l'optique non linéaire dans les cristaux liquides: solitons spatiaux et instabilité de modulation (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des Sciences – Physique, Bruxelles.
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D 03429
Université Libre de Bruxelles
Faculté des sciences
Service d’optique et acoustique nA.
OPTIQUE & ACOUSTIQUE
Étude expérimentale de l’optique non linéaire dans les cristaux liquides :
Solitons spatiaux et instabilité de modulation
Dissertation originale présentée par Xavier HUTSEBAUT en vue de l’obtention du grade de Docteur en sciences.
Promoteur : Pr. Marc HAELTERMAN
Année académique 2006-2007 Université Libre de Bruxelles
00333303G V
Faculté des sciences
Service d’optique et acoustique OA.
OPTIQUE & ACOUSTIQUE
Étude expérimentale de Toptique non linéaire dans les cristaux liquides :
Solitons spatiaux et instabilité de modulation
Dissertation originale présentée par Xavier HUTSEBAUT en vue de l’obtention du grade de Docteur en sciences.
Promoteur : Pr. Marc HAELTERMAN
Année académique 2006-2007
1
Remerciements
Tout d’abord, je tiens à remercier le Professeur Philippe Emplit pour m’avoir donné les moyens de réaliser le présent travail. Il n’a en effet jamais exprimé la moindre réticence tant lorsqu’il s’est agi d’acheter du matériel que lorsqu’il m’a envoyé en de lointaines contrées pour me permettre de partager mes résultats. Par ailleurs, je tiens à souligner le soutien indéfectible ainsi que la confiance qu’il m’a accordée à de multiples reprises au cours de ces quatres dernières années.
Je voudrais également exprimer toute ma reconnaissance envers le Professeur Marc Haelterman pour avoir accepté d’encadrer ce travail de thèse. Malgré un emploi du temps plus que surchargé, il n’a jamais rechigné à consacrer le temps nécessaire à sa bonne réalisation. Son enthousiasme exprimé lors de nos discussions m’a contaminé et c’est ainsi que j’ai trouvé la motivation nécessaire à la réalisation de ce travail.
Ce travail ne serait resté qu’un ensemble de supputations plus ou moins aléatoires sans la colla
boration du laboratoire ELIS de l’université de Gand. Je tiens à remercier Jeroen Beeckman et Kris- tiaan Neyts pour leur dévouement ainsi que l’ambiance chaleureuse qui règne lors de nos différentes réunions.
Je voudrais également remercier le gouvernement fédéral belge car il a permis, au travers du pro
gramme de financement des pôles d’attraction inter-universitaires, la mise en place de la collaboration dont ce travail est un des fruits.
Je remercie également Cyril Cambournac pour son aide constante et infaillible lors de la majeure partie de ce travail. Son expérience au laboratoire fut d’une grande valeur et son sens critique lors des nombreuses lecture, relectures et autres discussions m’ont enseigné la rigueur scientifique. Je tiens également à te remercier pour les nombreux moments que nous avons passé ensemble...les étangs d’Ixelles se souviendront de ton départ
Je tiens également à remercier Pascal pour sa disponibilité lors de mes nombreux problèmes. Peu importe qu’il s’agisse de science, d’informatique ou encore de linguistique, la réponse apportée est systématiquement emprunte da la même rigueur exemplaire. Merci pour tes sorbets et ton sens de la fête qui n’a d’égal que ton sens du travail.
Je voudrais également remercier l’ensemble des personnes que j’ai côtoyées au sein du laboratoire : Louis-Philippe pour sa bonne humeur constante ainsi que pour son hospitalité toute canadienne, François parce qu’il n’a jamais avoué que je le laissais systématiquement gagner bien qu’il en soit intimement convaincu, Kien pour avoir poussé son admiration envers mon humble personne jusqu’à colouer avec moi, Eddy parce que c’est moins intéressant de débattre au diner si tout le monde est d’accord, Anh Tuan pour avoir résolu une des plus grandes énigmes de mon enfance, Ibtissame pour son travail et sa disponibilité, Adrien pour ses bonnes blagues, Nir dont l’enthousiasme fait plaisir à voir, Julien pour les discussions à Couvin, Laura pour m’avoir redonné goût à la salade, Philippe K.
pour les gosettes au champagne, Fred et Steph pour leur camaraderie, Andrée pour m’avoir enseigné
les limites, David pour le voyage au Canada, Gaétan pour ses blagues dont la finesse rivalise avec le niveau littéraire de ce manuscrit — je vous laisse juger — et enfin Simon-Pierre pour avoir partagé son bureau.
Je terminerai en remerciant toutes les personnes que j’ai côtoyées dans la vie de tous les jours au
cours de mes (longues) études.
Table des matières
1 Introduction 5
1.1 Aperçu historique... 5
1.2 Soliton optique spatial... 6
1.2.1 Diffraction, autofocalisation et soliton spatial... 6
1.2.2 Équation NLS et soliton Kerr... 9
1.2.3 Non-localité de la réponse non linéaire... 13
1.2.4 Soliton spatial : applications et contexte actuel ... 14
1.3 Les cristaux liquides... 16
1.3.1 Classification... 16
1.3.2 Cristaux liquides en phase nématique... 17
1.4 Différentes non-linéarités ... 18
1.4.1 Non-linéarité thermique... 18
1.4.2 Non-linéarité réorientationnelle... 18
1.4.3 Autres non-linéarités ... 19
1.5 Modèle théorique...20
1.5.1 Transition de Frederiks... 20
1.5.2 Réorientation moléculaire... 21
1.5.3 Équation de propagation... 24
1.6 Conclusion ... 29
2 Soliton spatial dans un cristal liquide 31 2.1 Approche numérique ...31
2.1.1 Algorithme de résolution... 32
2.1.2 Propagation de solitons... 36
2.2 Cellule et montage expérimental... 39
2.2.1 Le cristal liquide E7... 39
2.2.2 Cellule de cristaux liquides : réalisation... 40
2.2.3 Montage expérimental... 4l 2.3 Résultats expérimentaux... 43
2.4 Résultats connexes... 47
2.4.1 Simulations numériques... 47
2.4.2 Ondulation transverse... 48
2.4.3 Comportement dynamique... 53
iii
2.5 Conclusion ... 54
3 Mesure du guide auto-induit par un soliton spatial dans un cristal liquide 57 3.1 Non-localité de la non-linéarité... 57
3.1.1 Notion de non-localité ... 57
3.1.2 Résultats numériques... 60
3.2 Expérience... 63
3.2.1 Montage expérimental... 63
3.2.2 Traitement des données...64
3.2.3 Résultats... 68
3.3 Conclusion ... 71
4 Soliton d’ordre supérieur à une seule composante de champ 75 4.1 Introduction... 75
4.1.1 Définitions et contexte...75
4.1.2 Principe qualitatif... 76
4.1.3 Résultats numériques... 78
4.2 Expériences ... 79
4.2.1 Montage utilisé...79
4.2.2 Résultats obtenus... 80
4.3 Conclusion ... 82
5 Instabilité de modulation et récurrence : expériences dans un cristal liquide 83 5.1 L’instabilité de modulation spatiale en optique... 83
5.1.1 Qu’est-ce que l’instabilité de modulation ? Description dans le modèle NLS et aperçu historique... 84
5.1.2 Évolution à long terme de l’instabilité de modulation : la récurrence de Fermi, Pasta et Ulam... 91
5.1.3 Influence de la non-localité spatiale sur l’instabilité de modulation...93
5.1.4 Qu’en est-il de l’instabilité de modulation dans les cristaux liquides ?...94
5.2 Résultats numériques ... 95
5.2.1 Instabilité de modulation et courbe de gain... 95
5.2.2 Comportement à long terme de la MI... 97
5.3 Expérience... 99
5.3.1 Montage expérimental... 99
5.3.2 Résultats et discussion... 101
5.4 Conclusion et perspectives...104
TABLE DES MATIÈRES V
A Cellule à fibre optique 107
A. 1 Description de la cellule... 108
A.2 Résultats...109
A.3 Conclusion ...111
Introduction générale
A u cours de ce travail de thèse, nous avons étudié la propagation lumineuse dans un cristal liquide en phase nématique. Ce travail, qui se situe à la frontière entre deux domaines, est le fruit de la collaboration entre deux laboratoires : d’une part le service d’optique et acoustique de l’université libre de Bruxelles, au sein duquel les travaux rapportés ici ont été réalisés, et d’autre part, le laboratoire ELIS de l’université de Gand, spécialistes de l’optique des cristaux liquides.
Le cristal liquide que nous étudions est un matériau optiquement non linéaire. Nous entendons par là que ses propriétés optiques sont modifiées par la présence de la lumière en son sein. Cette altération des propriétés du matériau modifie bien évidemment le comportement de la lumière pour donner lieu à une panoplie de phénomènes.
Plus précisément, nous nous sommes attachés dans ce travail de thèse à étudier l’influence de la réorientation moléculaire sur la propagation de faisceaux optiques dans un cristal liquide en phase né
matique. Les molécules organiques qui constituent ce matériau ont une forme similaire à un bâtonnet et présentent de ce fait des propriétés optiques différentes selon leur orientation par rapport au champ électrique. Si la température du cristal liquide se situe dans l’intervalle dans lequel il présente une phase nématique, tous les bâtonnets pointent alors dans la même direction.
Par ailleurs, les molécules constituant ce matériau sous connues pour s’orienter parallèlement au champ électrique environnant. Cette propriété est de nos jours largement exploitée dans des applica
tions “grand public” comme par exemple, les écrans ou téléviseurs à cristaux liquides. Nous utilisons dans ce travail le champ électrique d’un faisceau de polarisation linéaire pour réorienter les molécules de cristaux liquides. Cette réorientation entraîne une augmentation de l’indice de réfraction vu par le faisceau polarisé. Une intensité optique plus importante donne donc lieu à un indice de réfraction plus élevé, lequel tend à focaliser la lumière : nous sommes en présence d’un effet optique non linéaire focalisant. Dans certaines conditions, ce phénomène non linéaire induit au sein du milieu un guide d’onde qui permet de compenser exactement l’élargissement du faisceau dû à la diffraction naturelle.
Celui-ci se propage alors sans que son profil d’intensité se déforme, c’est un soliton spatial.
Les solitons spatiaux font actuellement l’objet de nombreuses et intenses études pour deux raisons.
D’une part, il s’agit de phénomènes intéressants sur le plan fondamental. Et d’autre part, la possibilité offerte par un soliton spatial de servir comme guide d’onde pour véhiculer un faisceau signal constitue un pas vers le traitement tout-optique de l’information. En effet, cela offre la possibilité de contrôler de la lumière en utilisant de la lumière, et permet donc, en théorie, de s’affranchir des limitations de bande passante inhérentes aux connections filaires utilisées de nos jours.
Au début de notre travail, l’expertise dans le domaine des cristaux liquides au sein du service d’optique et acoustique était pour ainsi dire inexistante. La première étape de cette thèse de doctorat
1
consistait donc à obtenir un soliton spatial en utilisant la réorientation moléculaire dans un cristal liquide. Il s’agit essentiellement d’un travail de nature expérimentale, notre analyse numérique nous servant de support théorique tout au long de celui-ci.
Le premier chapitre du présent manuscrit explique en détail les différents concepts évoqués ré
gulièrement dans la suite du travail. Il débute par la définition de la notion de soliton spatial. Nous décrivons ensuite le milieu que nous allons utiliser, un cristal liquide en phase nématique. Nous éta
blissons ensuite un modèle théorique qui décrit la propagation lumineuse non linéaire dans une cellule planaire de cristaux liquides. Nous utiliserons ce système d’équations comme modèle dans la grande majorité des études rapportées dans ce texte.
L’étude approfondie des solitons spatiaux dans un cristal liquide fait l’objet du deuxième chapitre.
Celui-ci commence par la description de l’algorithme que nous avons élaboré pour résoudre le système d’équations différentielles non linéaires couplées établi au cours du premier chapitre. Nous présentons ensuite les résultats numériques obtenus grâce à cet algorithme. Et enfin, nous détaillons la réalisation ainsi que les résultats des différentes expériences que nous avons réalisées. La forte non-linéarité des cristaux liquides nous a permis de générer des solitons spatiaux en utilisant des puissances optiques de quelques milliwatts.
Le troisième chapitre de cet ouvrage rapporte une expérience au cours de laquelle nous avons mesuré le guide induit au sein du milieu non linéaire par un soliton spatial. Pour ce faire, nous avons recouru à un interféromètre dans lequel nous avons placé la cellule de cristaux liquides. Cela nous a permis d’y mesurer l’orientation moléculaire tandis que s’y propage un soliton spatial. Là encore, il s’agit d’un travail dont la nature est avant tout expérimentale. Il s’est avéré, comme nous avons pu l’anticiper grâce à notre travail numérique, qüe le guide induit par un soliton spatial est nettement plus large que le faisceau. Cela témoigne d’une importante non-localité spatiale de la non-linéarité qui trouve son origine dans la forte cohésion moléculaire caractéristique de la phase nématique. Nous sommes donc en présence d’un matériau dont la réponse non linéaire est spatialement hautement non locale et dans lequel nous sommes à même de réaliser des expériences en utilisant des sources continues de faible puissance. La combinaison de ces deux propriétés leur confère un grand intérêt en tant que milieu “test” pour réaliser des expériences à caractère fondamental.
Ces propriétés mises en évidence, nous les avons logiquement mises à profit dans le reste du présent travail de thèse. Ainsi, Le quatrième chapitre rapporte nos expériences sur la propagation d’un soliton d’ordre un à une seule composante de champ. Ce type de soliton peut être assimilé au mode d’ordre un du guide induit dans le milieu par le faisceau optique. Il ne pourrait par ailleurs pas se propager de manière solitaire dans un milieu dont la réponse non linéaire est spatialement locale.
Enfin, le cinquième et dernier chapitre est consacré à l’étude de l’instabilité de modulation spatiale
dans notre système. L’instabilité de modulation est un phénomène non linéaire qui permet, en théorie,
de générer des réseaux de solitons spatiaux au départ d’un faisceau large et d’intensité homogène. Il
se trouve que dans notre système, les solitons formés par instabilité de modulation ne se propage pas
de manière indépendante. Au contraire, le système revient vers la condition intiale une fois ce réseau
TABLE DES MATIÈRES 3
formé. Il s’agit d’une manifestation de la récutrence de la dynamique de l’instabilité de modulation qui
a été découverte par Fermi, Pasta et Ulam (FPU). L’observation expérimentale de ce comportement
récurrent que nous avons réalisée constitue une première en optique non linéaire spatiale à notre
connaissance.
Introduction
L
e
présent travail est consacré à la propagation lumineuse non linéaire dans un cristal liquide. Ce chapitre établit les notions nécessaires à la compréhension de notre travail ainsi qu’à son contexte.
Nous avons choisi d’aborder le sujet par le côté optique non linéaire, en commençant par expliquer la notion de soliton spatial. Après une brève introduction historique, nous développerons cette notion en établissant l’équation de Schrôdinger non linéaire, équation qui admet des solutions solitons. Nous introduirons ensuite les cristaux liquides, état particulier de la matière dont les caractéristiques ne sont pas nécessairement connues de tous. Nous nous focaliserons ensuite sur le processus de réorientation moléculaire car c’est celui qui donne naissance à la non-linéarité optique que nous étudierons tout au long de ce travail.
Nous entrerons alors dans la seconde partie de cette introduction, plus technique, qui débute avec la description mathématique de la réotientation moléculaire au sein d’un cristal liquide. Ensuite, nous établirons plusieurs équations pour la propagation de la lumière dans un cristal liquide, milieu anisotrope. Nous arriverons alors près de la finalité du présent chapitre qui consiste à établir un modèle qui permet de rendre compte de l’action du champ sur l’orientation moléculaire et vice-versa de sorte à modéliser le propagation lumineuse non linéaire dans noter cellule de cristaux liquides. Une fois que toutes ces notions seront introduites et maîtrisées, nous développerons, au cours des chapitre suivants, les travaux que nous avons réalisé ainsi que les résultats que nous avons obtenus au cours de ce travail de thèse.
1.1 Aperçu historique
C’est en 1834 que la première onde solitaire fut observée par un ingénieur, John Scott Russell, alors qu’il se observait le mouvement d’un bateau tiré par des chevaux sur le canal reliant Edimbourg à Glasgow [1]. Un phénomène étrange lui apparu lorsque le bateau ralentit sa course : l’eau qui s’était accumulée à la proue de celui-ci du fait de son mouvement devint agitée pour ensuite se séparer de l’avant du bateau et continuer à se propager dans le canal. Étant conscient qu’il ne verrait pas cela tous les jours, il décida de suivre cette onde pour le moins particulière. Il rapporta que cette vague s’était propagée sur une distance de deux à trois kilomètres en gardant une forme et une vitesse constante. Il réalisa ensuite quelques travaux dans des conditions de laboratoire afin de reproduire ce comportement inconnu et réussit à identifier la forme de cette onde (une sécante hyperbolique au carré) ainsi que
5
quelques relations liant son amplitude et sa vitesse.
L’explication de ce phénomène alors incompris n’arriva que 140 ans plus tard avec les travaux de Za- busky et Kruskal [2]. Ces auteurs étudiaient numériquement les solutions de l’équation de Korteweg- deVries, qui modélise entre autres la propagation de vagues en eaux peu profondes. Ils observèrent la formation d’entités discrètes, de forme bien définies, qu’ils nommèrent “soliton”. Ces entités inter
agissent ou se croisent sans pour autant se déformer, d’où leur appellation qui n’est pas sans rappeler celle d’une particule. Dans une seconde phase de la propagation, le système revint vers son état initial.
De manière générale, plusieurs critères définissent la notion de soliton. Stricto sensu, il s’agit d’une solution d’un système intégrable qui ne se disperse pas au cours de son évolution. Il s’agit d’entités discrètes apparaissant grâce à l’interaction entre un processus dispersif (comme la dispersion chroma
tique, la diffraction naturelle,...) et un effet non linéaire. Lorsque plusieurs de ces entités se rencontrent, certaines lois de conservation imposent une résistance des solitons aux collisions inter-solitons. Nous allons dans ce travail intéresser à des solitons optiques spatiaux, ce sont des ondes qui ne se déforment pas lors de leur propagation.
1.2 Notion de soliton optique spatial
1.2.1 Diffraction, autofocalisation et soliton spatial
N’importe qui ayant déjà regardé attentivement la propagation d’un faisceau optique a pu le consta
ter : tout faisceau lumineux collimaté s’élargit plus ou moins au fur et à mesure qu’il se propage.
Prenons par exemple un pointeur laser utilisé quotidiennement de nos jours, la tache lumineuse à l’endroit pointé est bien plus grande que la taille du faisceau à la sortie même du pointeur. C’est une des illustrations d’un phénomène physique appelé diffraction et qui affecte la propagation de toute onde électromagnétique. Dans le cas présent, elle élargit le profil spatial du faisceau qui se propage.
Comme nous allons nous intéresser tout au long de ce travail à la propagation de faisceaux optiques, nous devrons constamment tenir compte de la diffraction. Il nous paraît donc indispensable de débuter notre travail par la description mathématique de la diffraction qui commence ci-dessous. Nous allons décrire ce phénomène dans le cas d’un faisceau dont le profil d’intensité est gaussien car c’est le type de faisceau que nous utilisons dans ce travail.
Soit un faisceau de profil gaussien qui se propage dans la direction donnée par l’axe z, le champ électrique correspondant au point z = 0 est donné par
A{x.y,z) = Aoe dh (1.1)
où le paramètre do correspond à la demi-largeur à laquelle l’intensité lumineuse a baissé d’un facteur
Lorsque ce faisceau se propage de manière libre, c’est-à-dire dans un milieu homogène dont l’indice
de réfraction est constant, il est possible de déterminer le profil de son champ électrique à n’importe
quelle coordonnée en z en utilisant l’approximation paraxiale et l’équation de propagation associée
1.2. Soliton optique spatial 7 [3, 4],
A{x,y,z) = —--- e 4 2k
do + 2iz/k (1.2)
En partant de cette expression, deux ou trois manipulations nous permettent sans trop de difficulté de déterminer la largeur d(z) du faisceau pour toute coordonnée z,
2 4z2 d{z) = do + —J
V itVo (1.3)
Le faisceau gaussien garde donc sa forme gaussienne lors de la propagation mais sa largeur augmente de manière inévitable comme l’illustre la figure suivante (1.2.1)
F
ig. 1.1— Illustration de la diffraction naturelle d’un faisceau gaussien d’une ceinture initiale X
qse propageant dans la direction z.
Penchons-nous sur ce qu’il se passe après de grandes longueurs de propagation (conditions de champ lointain ou de Fraunhofer), le faisceau s’élargit de manière constante, d{z) ^ en formant un cône dont l’ouverture est donnée par l’angle a = 2 arctan j. En champ proche, les choses se passent différemment car l’élargissement n’est pas linéaire au début de la propagation. Pour rendre compte de cela, nous définissons la longueur de diffraction, ou longueur de Rayleigh, comme la longueur après laquelle le faisceau s’est élargi d’un facteur ^f2 en amplitude, elle vaut Lj = ^. La diffraction est un phénomène dispersif qui concerne tout faisceau dont la taille est finie. Plus le faisceau est initialement petit, plus grand sera son angle de divergence a et plus petite sera sa longueur de diffraction Lj. Donc un faisceau plus mince sera caractérisé par une diffraction plus importante. À priori, ce phénomène semble inévitable puisque basé sur la nature ondulatoire de la lumière’.
Néanmoins, Chiao, Garmire et Totvnes eurent en 1964 l’idée de compenser la diffraction naturelle par un phénomène d’autofocalisation connu sous le nom d’effet Kerr [5]. Imaginons un instant que l’indice de réfraction du matériau dans lequel se propage le faisceau optique ne soit pas constant mais puisse être modifié par la présence de la lumière de la manière suivante
w = «0 + «2L (1.4)
’ Nous considérons toujours dans ce travail des faisceaux suffisamment intenses pout ne pas tenir compte d’effets quan
tiques liés à la nature corpusculaire de la lumière.
où «0 est l’indice de réfraction du milieu lorsqu’il n’est pas excité par un champ électrique, / est l’intensité lumineuse et «2 est le coefficient de Kerr. La figure suivante illustre les phénomènes de diffraction (fig. 1.2(a)) et d’autofocalisation dans un milieu de Kerr (fig. 1.2(b)).
(a) (b)
F
ig. 1.2 - Illustration qualitative des phénomènes de diffraction et d’autofocalisation. Le trait plein représente l’enveloppe du champ optique, les traits en pointillé correspondent au front d’onde du faisceau.
La figure 1.2(a) nous montre la diffraction naturelle du faisceau : le front d’onde -Le. les points dont la phase est la même- s’ouvre progressivement et le faisceau s’étale donc de plus en plus au cours de la propagation. La courbure du front d’onde, et donc la diffraction, sera d’autant plus forte que le faisceau est mince à sa ceinture. Lorsque le même faisceau en forme de cloche se propage dans un milieu de type Kerr, l’augmentation d’indice de réfraction induit un retard de phase plus important en son centre et le front d’ondes se retrouve donc courbé dans l’autre sens et se referme. Par conséquent, le faisceau se rétrécit en cours de propagation. Ce phénomène illustré par la figure 1.2(b) est d’autant plus prononcé que l’intensité lumineuse du faisceau est importante.
En choisissant bien la largeur du faisceau ainsi que son intensité, il est possible d’obtenir un équi
libre entre la diffraction naturelle et cette autofocalisation non linéaire. Le front de phase forme alors des plans perpendiculaires à la direction de propagation et le faisceau se propage sans que son profil ne se déforme. C’est un soliton spatial. La propagation de ce type d’onde est schématisée sur la figure 1.3.
F
ig. 1.3 - Propagation d’un soliton spatial. Le front d’onde reste perpendiculaire à la direction de propagation et le faisceau se propage sans se déformer.
La notion de soliton spatial peut également se comprendre en termes d’onde auto-guidée. Le fais
ceau induit un guide optique au sein du milieu par l’intermédiaire de la non-linéarité optique. Un
1.2. Soliton optique spatial 9 soliton spatial peut alors être considéré comme un mode propre de ce guide, lequel compense alors exactement l’élargissement dû à la diffraction naturelle de ce faisceau.
Cette découverte donna naissance à toute une série de recherches sur les solitons optiques en raison d’une part du caractère particulier de ces ondes, mais aussi en raison du vaste champ d’applications qu’ouvre le concept de soliton optique. Sur le plan historique, ces recherches ont débuté précisément avec l’étude des milieux de type Kerr. D’autre part, l’évolution du champ dans ce type de milieu est décrite par l’équation de Schrôdinger non linéaire (1.21), qui est du même type que celle que nous allons établir plus loin dans ce chapitre pour décrire la propagation lumineuse dans un cristal liquide.
Pour ces deux raisons, nous avons choisi d’expliquer en détail la propagation lumineuse dans les milieux de Kerr. Cela permettra également au lecteur de se familiariser à la notion de soliton spatial ainsi qu’aux différentes notions qui gravitent autour.
1.2.2 Équation de Schrôdinger non linéaire et soliton de Kerr
Nous allons à présent traiter plus en détail la propagation d’une onde dans un milieu présentant une non-linéarité de type Kerr. L’équation de propagation d’une onde dans un milieu diélectrique non magnétique et sans source est décrite par les équations de Maxwell [6]
1 _ 1
dt'^ SoC^ dt^ ’ (1.5)
où la polarisation P, qui est la réponse du milieu au champ électrique, peut s’écrire sous la forme d’un développement en série de puissances de E,
P(r, t) = P<’>(r, t) + P^^’(r, t) + P^^^(r, t) + ... (1.6) dont les différents termes sont repris ci-dessous
P'’’(r,0 = eo P'^V, t) = eo P®(r,0 = £o
- r', / -1’) : E(r', t')dh'dt' (1.7)
f^\r -r',t- t’-r - r", t - t") : E(r', î'W. t")dh'dh"dt'dt" (1.8)
f‘^’(r r - r", / - t"; r - r'", / - t”’) : (1.9) E(r', /")E(r"', r)d\'dh"d\”’dt’dt"dt'
on est le tenseur de susceptibilité de degré n et d’ordre n+1. Dans le cas d’une non-linéarité de type Kerr, les réponses sont locales dans l’espace et instantanées, ces tenseurs se réduisent alors à des distributions de Dirac et les différentes expressions ci-dessus se simplifient considérablement pour donner de simples produits tensoriels.
P®(r, t) = • E(r, t)E(r, t) p(3)(r, t) = : E(r, OE(r, f)E(r, t)
( 1 . 10 )
(1.11)
Notons que, lorsque le milieu présente une symétrie centrale en ce qui concerne ses propriétés électromagnétiques, le terme doit s’annuler. En effet, dans un milieu dont les propriétés sont
_{2)centrosymétriques, un changement de sens du champ électrique E induit le même changement dans la polarisation, ce qui n’est pas possible tant que les termes d’ordre pair de la susceptibilité ne sont pas nuis. Les milieux de Kerr sont des milieux à symétrie centrale et donc le terme s’annule ainsi que tous les termes d’ordre pair de la susceptibilité.
Supposons que le champ E soit de polarisation linéaire constante et que l’onde soit monochroma
tique en première approximation. Le champ électrique peut alors s’écrire sous la forme scalaire suivante E(r, 0 = ^ [E(r, ?)exp(-/a»oO + c.c.]Jc. (1.12) où Je est un vecteur unitaire orienté selon la polarisation du champ. Si l’on considère à présent l’expres
sion de la polarisation P(r, t) à la lumière des différentes hypothèses qui viennent d’être énoncées, il vient l’expression suivante :
P(T,t) = £o(y” + ^A’‘'’l^(r.0p)^(r,/)(+O(5)) (1.13)
La permittivité électrique du milieu est définie par la relation entre le champ électrique E et le champ de déplacement D, elle peut s’écrire dans un milieu de Kerr sous la forme
D(r, t) = sE{r, t) = SoEir, t) + P{r, t) = eo |l t) (Ll4)
La permittivité relative du milieu Sr, qui équivaut au carré de l’indice de réfraction dans un milieu neutre sur le plan magnétique, s’exprime donc
e, = n^ = |l -f-y” + (L15)
et l’indice de réfraction vaut donc
” = .^1 +y” + ^y^4E(r, OP (1.16)
Pour autant que la partie non linéaire de la polarisation soit petite devant la partie linéaire, cette expression peut alors s’approcher de la manière suivante
n =^no + H
2\E(
t, r)P = «o + ^y^’|E(r, t)Ÿ, (1.17) 8«o
où «0 = VI +y” est l’indice de réfraction du milieu en l’absence d’intensité lumineuse et le coeffi
cient
»2est le coefficient de Kerr.
1.2. Soliton optique spatial 11 Reprenons à présent l’équation de propagation du champ électrique E (1.5), supposons que le champ peut être décrit par une superposition d’ondes planes qui se propagent dans la direction donnée par l’axe z.
E{r,t) = A{x, y, z) exp {ikz) (1.18)
Cette mise en forme nous permet d’utiliser l’approximation paraxiale pour séparer les différentes échelles qui entrent en jeu ; nous supposons que les variations de l’enveloppe du champ électrique A se font sur une distance nettement plus grande que sa longueur d’onde. Cela revient à négliger la dérivée seconde de A par rapport à z devant les variations du champ à la fréquence optique,
d^A , dA ZTT- « k—
dz^ dz (1.19)
Si nous supposons par ailleurs que le faisceau est continu, c’est-à-dire que son intensité est constante dans le temps, les dérivées temporelles du terme A(x,y, z) s’annulent. En combinant ces hypothèses et en les utilisant dans l’équation de propagation de l’onde 1.5, celle-ci se transforme alors pour donner
^.,dA 2ik— +
oz
d^A d^A dx^ dy^
23
x
^^MV
a= 0
c2 A (1.20)
Or, la relation de dispersion linéaire du nombre d’ondes k = ^ [l +A'*''] nous permet d’encore simplifier cette relation
..dA 2ik— +
oz
d^A d~A
-I- 2kkon2\AŸ'A = 0, (1.21) où le coefficient «2 = coefficient de Kerr. L’équation 1.21 est connue sous le nom d’équation de Schrôdinger non linéaire (NLS). Elle se compose de trois termes : le premier comporte une dérivée en z qui est la direction de propagation, il s’agit du terme d’évolution. Notons qu’en raison de la présence du facteur 2ik devant ce terme, l’influence des autres termes réels de cette équation se traduira par une modulation de la phase de l’onde et non de son amplitude. Le second terme mène à un élargissement du faisceau et rend compte de la diffraction naturelle du faisceau dans les deux dimensions transverses x et y. Et enfin le dernier terme rend compte de la modulation de phase en raison de la non-linéarité du milieu.
En plus de décrire l’évolution de l’enveloppe du champ optique dans un milieu de Kerr focalisant, l’équation NLS décrit également l’évolution d’une impulsion lumineuse dans une fibre optique. La dispersion de vitesse de groupe remplace alors la diffraction. Selon le régime de dispersion, il y aura ou non un signe négatif devant le terme dispersif qui est alors une dérivée seconde de l’enveloppe par rapport au temps. En régime de dispersion anormale, l’automodulation de phase peut compenser la dispersion pour donner lieu à une impulsion qui se propage alors que son enveloppe temporelle reste inchangée dans le repère évoluant à la vitesse de groupe. Cette impulsion particulière résultant de l’équilibre entre dispersion et auto-modulation de phase est un soliton temporel [7].
Pour autant que le problème n’ait qu’une seule dimension transverse dans laquelle le faisceau dif-
fracte, il est possible de trouver des solutions exactes de l’équation 1.21 en utilisant la méthode de
diffusion inverse [8]. Le système est alors complètement intégrable et la solution d’ordre fondamental correspond en réalité la fonction trouvée par John Scott Russel lors de ses premiers travaux plus de cent ans auparavant, c-à-d. le carré d’une sécante hyperbolique. Une étude de stabilité des solutions solitons de l’équation 1.21 révèle que les solitons à une dimension transverse sont stables. En outre, nous allons dans le reste de ce travail adopter la notation suivante : nous parlerons de soliton à (N+1) dimensions ou (N+1)D lorsque le confinement aura lieu dans N dimensions transverses, le "+1" correspondant à la dimension de propagation.
La première démonstration expérimentale de soliton de type Kerr à (1 + 1) dimensions a été réa
lisée par Alain Barthélemy et al. dans du disulfure de carbone massif [9]. La non-linéarité ayant été supprimée dans l’autre dimension par un artifice expérimental.
Les choses se compliquent lorsque plusieurs dimensions transverses sont prises en compte dans l’équation NLS, l’ajout d’une dimension donne en effet naissance à toute une série d’instabilités trans
verses en fonction des signes respectifs des termes diffractifs/dispersifs^ et non linéaire [10]. En théorie, un soliton à plus d’une dimension transverse est instable dans un milieu Kerr dont la non-linéarité et les termes de diffraction sont positifs comme le cas que nous considérons [11, 12]. Il est possible de montrer qu’au-delà d’une certaine intensité critique, d’après le modèle NLS, un faisceau focalisera selon toutes les dimensions transverses jusqu’à ce que toute l’énergie soit accumulée en un point de l’espace, et ce après une distance de propagation finie. Cette autofocalisation catastrophique n’apparaît jamais en pratique car différents mécanismes dont ne tient pas compte le modèle NLS entrent en jeu lorsque des intensités lumineuses plus importantes sont considérées. Ces différents mécanismes sta
bilisent la propagation à plusieurs dimensions transverses et permettent donc d’observer des solitons (2+l)D.
Parmi tous les mécanismes connus pour empêcher l’auto-focalisation catastrophique dans les sys
tèmes de type Schrodinger non linéaire, nous pouvons identifier ceux qui prennent le plus d’impor
tance en optique non linéaire. Tout d’abord, la non-linéarité du milieu n’est jamais infinie, il y aura bien un moment où celle-ci arrivera à saturation et l’indice de réfraction cessera donc d’augmenter.
Allan W. Snyder et John D. Mitchell on montré en 1997 que si la dépendance de la non linéarité n’est plus linéaire mais logarithmique, le faisceau se stabilise et il existe alors des solutions stables à plusieurs dimensions transverses [13]. Le même résultat peut être obtenu en ajoutant à la réponse positive et donc focalisante, une réponse d’ordre supérieur défocalisante [14, 15]. Par ailleurs, la non-localité de la non-linéarité (cf. § 1.2.3) constitue également un facteur stabilisant la propagation soliton à plusieurs dimensions transverses [16, 17]. Enfin, si ni la non-localité? ni la saturation de la non-linéarité ne suffisent à empêcher l’auto-focalisation catastrophique du faisceau, celui-ci se rétrécira jusqu’à ce que sa dimension transverse devienne comparable à sa longueur d’onde. L’approximation paraxiale (1.19) perd alors sa validité et il faut donc rajouter un terme de non-paraxialité dans l’équa
tion NLS pour rendre compte de la propagation de manière plus réaliste. Ce terme stabilise également
^Le temps est équivalent à une dimension transverse lorsqu’on considère que l’enveloppe du champ A n’est pas constante.