Universit´ e Grenoble-Alpes
Institut Fourier
Master 1
Le Th´ eor` eme d’Ehrhart
Auteur :
H´ el` ene Chakroun
Encadrant : Emmanuel Peyre
22 mai 2017
LE TH´EOR`EME D’EHRHART
CHAKROUN H ´EL `ENE
22 mai 2017
R´esum´e. Le th´eor`eme d’Ehrhart fournit une fonction de comp- tage polynomiale (et donc relativement simple) des ´el´ements d’un r´eseau euclidien de dimension finie se trouvant `a l’int´erieur d’un polytope ferm´e construit sur ce r´eseau. Cette fonction a d’autres caract´eristiques remarquables, la fonction de r´eciprocit´e permet notamment de compter les points de l’int´erieur strict du mˆeme polytope. Quant au terme constant du polynˆome, il est li´e `a un invariant topologique : la caract´eristique d’Euler-Poincar´e.
Table des mati`eres
1. Contexte et ´enonc´e 2
2. Cas de la dimension 2 2
3. Preuve pour un simplexe 7
3.1. Existence de fP polynomiale 7
3.2. Loi de r´eciprocit´e 9
4. Polynˆome de Ehrhart 11
4.1. Subdivision par des simplexes entiers 11 4.2. Polynˆome de Ehrhart et coefficient dominant 12 5. Caract´eristique d’Euler-Poincar´e, coefficient constant et loi
de r´eciprocit´e 12
5.1. Coefficient constant 12
5.2. Loi de r´eciprocit´e 23
1
1. Contexte et ´enonc´e
On se place dans l’espace euclidien Rm, contenant le r´eseau (sous groupe discret de rang fini) Zm. L’enveloppe convexe P d’un ensemble fini S ⊂ Zm est appel´ee polytope entier. C’est un sous ensemble com- pact de Rm. Le volume normalis´e d’un polytope entier est pris pour que le volume d’une maille du r´eseau soit ´egal `a 1. Le th´eor`eme de Ehrhart concerne l’application de comptage des points entiers dans les homoth´etiques de P :
fP(N ) = Card((N P) ∩ Zm)
Th´eor`eme 1 (Ehrhart). Si S engendre Rn comme espace affine (avec n 6 m), N 7→ fP(N ) est polynomiale de degr´e n pour N > 1. Son coefficient dominant est le volume normalis´e de P, not´e V (P), et son coefficient constant est ´egal `a 1. De plus fP(0) = 1 et on a la relation ( loi de r´eciprocit´e ) pour tout N > 1 :
fP(−N ) = (−1)mCard((N ˚P) ∩ Zm) o`u ˚P d´esigne l’int´erieur de P.
2. Cas de la dimension 2
Lorsque m = 2, on peut expliciter facilement le polynˆome de Ehrhart grˆace `a la formule de Pick qui donne l’aire d’un polygone (i.e. son volume V (P) en dimension 2) en fonction de fP(N ) et du nombre de points sur le bord de P.
D´efinition 2. Un polygone simple est un compact du plan euclidien dont le bord est la r´eunion de d segments ([Ai, Ai+1])i∈
J0,d−1K, avec Ad= A0, et tels que si i et j sont dans J0, d − 1K,
[Ad−1, Ad] ∩ [A0, A1] = {A0}
[Ai, Ai+1] ∩ [Aj, Aj+1] =
[Ai, Ai+1] si i = j {Ai} si i = j + 1 {Ai+1} si i = j − 1
∅ sinon.
et pour tout i ∈J0, d − 1K, Ai ∈ [A/ i−1Ai+1].
Th´eor`eme 3 (Formule de Pick.). Soit P un polygone simple `a sommets entiers poss´edant iP = Card( ˚P ∩ Z2) points entiers int´erieurs et bP = Card(∂P ∩ Z2) points entiers sur son bord. L’aire aP du polygone (i.e.
son volume V (P) en dimension 2) est alors donn´ee par la relation :
(*) aP = iP+ bP
2 − 1
La preuve repose sur l’existence d’une triangulation de tout polygone simple. Cet algorithme est simple pour un polygone convexe.
Th´eor`eme 4. Tout polygone convexe `a sommets entiers est la r´eunion de triangles `a sommets entiers dont les int´erieurs sont disjoints.
D´emonstration. Soit S un ensemble fini de points de Z2. P = Conv(S) est un polygone convexe. Il existe une famille minimale de sommets (si)i∈
J1,rK ⊂ Sr telle que P = Conv((si)i∈
J1,rK).D’apr`es le th´eor`eme de Hahn-Banach, le polygone convexe P est enti`erement contenu dans un demi plan ferm´e dont s1 est sur le bord. Quitte `a les r´eordonner, on peut supposer que s2, ..., sr sont class´es de fa¸con `a ce que i ∈J2, rK 7→
arg(z−−→s1si) ∈ [arg(z−−→s1s2), arg(z−−→s1s2) + π] soit strictement croissante.
S6
S1 S7
S5
S4
S3
S2
Le polygone P est alors la r´eunion des triangles ∆i = s1sisi+1 pour i ∈ J2, r − 1K. De plus, si i, j ∈ J2, r − 1K, i 6= j , alors ∆˚i∩ ˚∆j est vide car soit ∆i∩ ∆j = ∅, soit j = i + 1 et ∆i ∩ ∆j = [s1si+1] et est donc d’int´erieur vide ( cf. ˚∆i∩ ˚∆j ⊂ ˚
∆˝i∩ ∆j ) .
Un algorithme simple et intuitif, bien que non optimal, permet de triangulariser un polygone simple quelconque. C’est un proc´ed´e it´eratif.
Soit P un polygone simple. On reprend les notations de la d´efinition pour ses d sommets.
On suppose d > 4. Il existe i0 ∈ J1, dK, tel que le sommet Ai0 sorte de P, i.e. si r = mini,j∈
J1,dK,i6=jdist(Ai, Aj) > 0 alors P ∩ B(Ai0,2r) est convexe. Quitte `a renum´eroter les sommets, on peut prendre i0 = 1.
Consid´erons C = {i ∈ J1, dK | Ai ∈ Conv(A0, A1, A2)}. Si C est vide, alors le triangle Conv(A0, A1, A2) est inclus dans P : le polygone de sommets (Ai)i∈
J2,dK est encore un polygone simple et on peut r´eit´erer.
Sinon, l’ensemble D = {dist(Ai, (A0A2)) | i ∈ C} admet un ´el´ement maximal δm. Si I = {i ∈ C | dist(Ai, (A0A2)) = δm}, consid´erons im ∈ I. Le segment [A1Aim] est alors inclus dans P : supposons, par l’absurde, que [A1Aim] ∩ (R2\ P) 6= ∅, soit t0 = sup{t ∈]0, 1] | [A1, A1+ t−−−−→
A1Aim] ⊂ P}. On remarque que l’hypoth`ese implique t0 < 1. P est ferm´e, donc A1 + t0
−−−−→
A1Aim ∈ ∂P = Si∈
J1,dK[AiAi+1]. Soit i1 tel que
A1+ t0−−−−→
A1Aim ∈ [Ai1Ai1+1]. On obtient que dist(Ai1, (A0A2)) > δm ou dist(Ai1+1, (A0A2)) > δm (l’un des deux au moins est plus ´eloign´e de (A0A2) que A1+ t0−−−−→
A1Aim qui v´erifie dist(A1+ t0−−−−→
A1Aim, (A0A2)) > δm).
Ceci contredit la maximalit´e de δm et conclut le raisonnement par l’absurde. P est donc la r´eunion des polygones simples de sommets (Ai)i∈J1,imK et (Ai)i∈Jim,d+1K (o`u Ad+1 = A1). l’intersection de ces poly- gones est [A1Aim] ⊂ P, et leur nombre de sommets est strictement inf´erieur `a celui de P. En it´erant cet algorithme sur les polygones simples obtenus tant qu’ils poss`edent au moins 4 sommets, on d´ecoupe P en triangles (d = 3) dont les sommets sont parmi ceux de P.
A0
A1 A2
A7
Si la propri´et´e (*) est vraie pour chaque sous triangle de P, on montre par une r´ecurrence identique `a celle trait´ee dans la suite (dans le pre- mier cas de l’h´er´edit´e) qu’elle est vraie pour le polygone entier.
Il reste `a prouver la formule (*) pour un triangle ∆ quelconque. On peut proc´eder par r´ecurrence sur le nombre l∆ = i∆+b∆. L’initialisation se fait avec l∆= i∆ = 3 et repose sur le lemme suivant :
Lemme 5 (Th´eor`eme de Pick). Tout triangle `a sommets entiers conte- nant exactement 3 points entiers est isom´etrique au triangle
∆2 = Conv(0Z2, e1, e2).
En particulier, son aire est 12. Notations 6. (ei)i∈
J1,mK d´esigne la base usuelle de Rm.
D´emonstration. Soit ∆ un triangle `a sommets entiers tel que l∆ = 3.
On peut se ramener par translation `a consid´erer que ses sommets sont de coordonn´ees (0Z2, v, w) ∈ (Z2)3. L’image de ∆ par la r´eflection r : x 7→ v+w−x ne contient comme points de Z2que les images v+w, w et v de 0, v et w respectivement. Le parall´elogramme Conv(0, v, w, v + w) contient donc exactement 4 points `a coordonn´ees enti`eres. On peut paver R2 par translations enti`eres selon v et w : l’application φ : k1e1+
k2e2 ∈ Z2 7→ k1v + k2w ∈ Z2 est un automorphisme lin´eaire de Z2, et donc de d´eterminant det(φ) ∈ ±1. ∆ et ∆2 sont donc isomorphes et de
mˆeme aire 12.
On a bien si l∆ = 3, a∆ = 12 = 0 + 32 − 1, et donc la formule (*) est v´erifi´ee au rang d’initialisation.
On prend maintenant un triangle ∆ `a sommets entiers, tel que l∆ > 4 et on suppose (*) v´erifi´ee par tout triangle ∆0 tel que l∆0 < l∆. Deux cas sont alors possibles :
Cas no1 : b∆ > 4. On peut d´ecouper ∆ en deux sous triangles `a sommets entiers T1 et T2 suivant une corde qui joint un point entier d’un bord qui n’est pas un sommet (qui existe d’apr`es l’hypoth`ese) et le sommet oppos´e.
T1 et T2 v´erifient (*), donc on a : aT1 = iT1 + bT1
2 − 1 et aT2 = iT2 + bT2
2 − 1 avec les notations de la formule.
Soit i le nombre de points `a coordonn´ees enti`eres sur l’int´erieur relatif de la corde T1 ∩ T2. Les points entiers dans l’int´erieur strict de
∆ sont ceux de T1 et T2, ainsi que ceux se trouvant ´eventuellement sur la corde T1∩ T2. En comptant les points entiers du bord de T1 et de T2, on rajoute `a b∆ deux fois le nombre i de points entiers de l’int´erieur relatif de T1∩ T2, et on compte deux fois les extr´emit´es de cette mˆeme corde. On peut donc ´ecrire les relations suivantes :
i∆ = iT1 + iT2 + i et b∆= bT1 + bT2 − 2i− 2 On obtient finalement :
a∆= aT1 + aT2
= iT1 + iT2 +1
2(bT1 + bT2) − 2
= i∆− i+ 1
2(b∆+ 2i+ 2) − 2
= i∆+ b∆ 2 − 1.
Cas no2 : i∆ > 1. On d´ecoupe ∆ en trois trangles `a sommets entiers T1, T2 et T3 d´elimit´es par les segments joignant un point de l’int´erieur de ∆ aux 3 sommets du triangle.
Ces 3 triangles v´erifient (*) par hypoth`ese de r´ecurrence, et on proc`ede de mˆeme que dans le cas no1 : soit i12, i13 et i23 les nombres respectifs de points `a coordonn´ees enti`eres des int´erieurs relatifs des segments T1∩ T2, T1∩ T3 et T2∩ T3. Les points entiers strictement int´erieurs `a ∆ sont ceux strictement int´erieurs aux 3 triangles, se trouvant sur l’une des intersections de ceux ci deux `a deux (i.e. l’int´erieur relatif d’une corde) ou le point entier concourrant des 3 cordes. En sommant les points du bord des 3 sous triangles, on r´ep`ete 3 fois le point concour- rant des cordes, deux fois les points entiers des int´erieurs relatifs des cordes et deux fois (donc une fois de trop) les 3 sommets du triangle.
On peut donc ´ecrire :
i∆= iT1 + iT2+ iT3 + i12+ i13+ i23 + 1
et b∆ = bT1 + bT2 + bT3 − 2(i12+ i13+ i23) − 6 D’o`u le r´esultat :
a∆= aT1 + aT2 + aT3
= iT1 + iT2 + iT3 + 1
2(bT1 + bT2 + bT3) − 3
= i∆− (i12 + i13 + i23+ 1) + 1
2(b∆+ 2(i12 + i13+ i23) + 6) − 3
= i∆+ b∆
2 − 1.
Ceci conclut la r´ecurrence, et donc la preuve de la formule de Pick.
De cette formule on d´eduit le th´eor`eme de Ehrhart en dimension 2 par les relations :
∀N ∈ N, aN P = N2aP bN P = N bP
On trouve ainsi :
fP(N ) = iN P + bN P
= aN P + bN P
2 + 1 d’apr`es (*)
= N2aP +N
2bP+ 1.
3. Preuve pour un simplexe
Prenons P un simplexe de sommets s0, ..., sn ( i.e. P est l’enveloppe convexe Conv(s0, .., sn) et dim(P) = n ).
3.1. Existence de fP polynomiale. Notons Π le sous ensemble de Zm× Z d´efini par :
Π = {(q, N ) ∈ Zm× Z | ∃(ti)i∈
J0,nK ∈ [0, 1[n+1,
n
X
i=0
ti(si, 1) = (q, N )}
Figure 1. Points de Π en dimension n = 2 pour le simplexe (triangle) dessin´e ci-contre.
Consid´erons la s´erie formelle : FP(z) =
∞
X
N =0
fP(N )zN = X
N ∈N,q∈(Zm∩N P)
zN D´emontrons que l’application :
Φ : Π × Nn+1→ G
N ∈N
(Zm∩ N P) × {N }
((q0, N0), (xi)i∈
J0,nK) 7→ (q0+
n
X
i=0
xisi, N0+
n
X
i=0
xi) est une bijection.
En effet, tout ´el´ement de P s’´ecrit de mani`ere unique commePni=0uisi, avec (ui)i∈
J0,nK∈ Rn+1+ et Pni=0ui = 1. On a donc : N P = {
n
X
i=0
N uisi| (ui)i∈
J0,nK∈ Rn+1+ ,
n
X
i=0
ui = 1}
= {
n
X
i=0
tisi| (ti)i∈
J0,nK∈ Rn+1+ ,
n
X
i=0
ti = N }.
Soit N ∈ N et q = Pni=0tisi ∈ Zm∩N P avec (ti)i∈J0,nK∈ Rn+1+ etPni=0ti = N . Cette ´ecriture de q comme barycentre `a coefficients positifs des (si)i∈
J0,nK est unique. Posons ∀i ∈J0, nK, xi = btic, N0 = N −Pni=0xi ( n´ecessairement un entier positif ) et q0 =Pni=0(ti− xi)si : (q0, N0) ∈ Π.
((q0, N0), (xi)i∈
J0,nK) est l’unique ant´ec´edent de (q, N ) par Φ. les en- tiers xi doivent en effet v´erifier ti − xi ∈ [0, 1[, ∀i ∈ J0, nK, soit donc xi 6 ti < xi+ 1 pour tout i, et sont donc ´egaux aux parties enti`eres des ti. L’existence et l’unicit´e d’un ant´ec´edent pour tout N ∈ N implique la bijectivit´e de Φ.
On peut donc r´e´ecrire FP ainsi :
FP(z) = X
(q0,N0)∈Π,(xi)i∈J0,nK∈Nn+1
zN0+Pni=0xi
= X
(q0,N0)∈Π,(xi)i∈J0,nK∈Nn+1
zN0
n
Y
i=0
zxi
= X
(q0,N0)∈Π
zN0
Ö
X
(xi)i∈J0,nK∈Nn+1 n
Y
i=0
zxi
è
= X
(q0,N0)∈Π
zN0
n
Y
i=0
Ñ X
xi∈N
zxi
é
= X
(q0,N0)∈Π
zN0
n
Y
i=0
1 1 − z
= X
(q0,N0)∈Π
zN0 (1 − z)n+1
On remarque que, pour tout (q, N ) ∈ Π, on a 0 6 N < n + 1 et si N = 0, alors q = 0Zm. On a donc :
FP(z) = 1
(1 − z)n+1(δ0 + δ1z + ... + δnzn) et δ0 = 1
FP(z) est le produit de 2 s´eries :Pnk=0δkzket(1−z)1n+1 =P∞k=0Än+kn äzk, o`u Äk+nn ä=
Qn j=1(k+j)
n! .On trouve : fP(N ) =
n
X
k=0
δk N + n − k n
!
On note que fP(0) = 1 et fP(N ) est un polynˆome de degr´e n en N ∈ N∗
3.2. Loi de r´eciprocit´e. Notons Π0 le sous ensemble de Zm× Z d´efini par :
Π0 = {(q, N ) ∈ Zm× Z | ∃(ti)i∈
J0,nK∈]0, 1]n+1,
n
X
i=0
ti(si, 1) = (q, N )}
Figure 2. Π0 en dimension m = 2.
Introduisons la s´erie formelle : FP˚(z) =
∞
X
N =1
Card((N ˚P) ∩ Zm)zN L’application :
Ψ : Π0× Nn+1→ G
N ∈N
(Zm∩ N ˚P) × {N }
((q0, N0), (xi)i∈
J0,nK) 7→ (q0+
n
X
i=0
xisi, N0+
n
X
i=0
xi)
est encore une bijection. En effet, puisque les (si)i∈
J0,nK forment une base affine de Rn, tout ´el´ement q de ˚P s’´ecrit de mani`ere unique comme
Pn
i=0uisi, avec (ui)i∈
J0,nK ∈ (R+)n+1 etPni=0ui = 1, et ui 6= 0 pour tout i ∈J0, nK (s’il existe i ∈ J0, nK tel que ui = 0, alors q ∈ ∂P). D’o`u :
N ˚P = {
n
X
i=0
N uisi| (ui)i∈
J0,nK∈ (R∗+)n+1,
n
X
i=0
ui = 1}
= {
n
X
i=0
tisi| (ti)i∈
J0,nK ∈ (R∗+)n+1,
n
X
i=0
ti = N }
Π0 est l’image de Π par la sym´etrie de centre (12(s0+ ... + sn),n+12 ) : Zm× Z → Zm× Z
(q, N ) 7→ (s0+ ... + sn− q, n + 1 − N )
Par un raisonnement analogue `a celui des pages 7 et 8, on a l’´egalit´e : FP˚(z) = X
(q,N )∈Π0
zN (1 − z)n+1
= X
(q,N )∈Π
zn+1−N
(1 − z)n+1 par la sym´etrie.
Or,
X
(q,N )∈Π
zn+1−N = zn+1 X
(q,N )∈Π
(1
z)N = zn+1
n
X
i=0
δi(1 z)N =
n
X
i=0
δizn+1−N Donc
FP˚(z) =
n
X
i=0
δi
zn+1−N (1 − z)n+1
FP˚(z) est le produit de 2 s´eries :Pn+1i=1 δn+1−izi etP∞k=0Än+kn äzk. Tou- jours avec δk = 0, ∀k > n on trouve :
Card((N ˚P) ∩ Zm) =
N
X
i=0
δn+1−i n + N − i n
!
=
n+1
X
i=1
δn+1−i n + N − i n
!
=
n
X
k=0
δk N + k − 1 n
!
Or, ∀N ∈ N, fP(−N ) =
n
X
k=0
δk
Qn
j=1(−N − k + j) n!
= (−1)n
n
X
k=0
δk
Qn
j=1(N + k − j)
n! = (−1)n
n
X
k=0
δk N + k − 1 n
!
D’o`u la loi de r´eciprocit´e.
4. Polynˆome de Ehrhart 4.1. Subdivision par des simplexes entiers.
D´efinition 7. On appelle int´erieur (formel ou relatif) d’un compact convexe D de Rm, et l’on note D0, l’int´erieur topologique de D dans le sous-espace affine Aff(D) de Rm qu’il engendre. Le bord (formel) de D, not´e ∂D, est son bord topologique dans Aff(D), c’est-`a-dire le sous- ensemble D \ D0. La dimension de D, not´ee dim(D), est la dimension de Aff(D).
Proposition 8. Tout polytope entier P admet une subdivision en une famille finie K = (Sj)j∈J de simplexes entiers v´erifiant :
(i) Si F est une face de Sj, pour un j ∈ J , alors il existe k dans J tel que F = Sk.
(ii) ∀k, j ∈ J , k 6= j, Sj ∩ Sk est vide ou est une face de Sj et Sk. (iii) P est la r´eunion disjointe des int´erieurs relatifs Sj0 des Sj. D´emonstration. On proc`ede par r´ecurrence sur la dimension n d’un polytope entier.
En dimension 2, on a montr´e que l’on peut d´ecomposer un polygone convexe en triangles (simplexes de dimension 2), segments (simplexes de dimension 1) et points (dimension 0).
Soit maintenant P un polytope entier de dimension n ∈J3, mK fix´ee.
Supposons que tout polytope entier Q de dimension inf´erieure ou ´egale
`
a n − 1 admette une subdivision en une famille finie K = (Sj)j∈J de simplexes entiers v´erifiant les 3 points de la proposition.
Une face de P est une intersection non vide P ∩ H de P avec un hyperplan H de Rm tel que P soit contenu dans un des demi-espaces d´elimit´es par H.Toute face F de P est un polytope entier de dimension 6 n − 1, dont les sommets ( i.e. les faces de dimension 0 ) sont parmi les sommets de P.Si P est l’enveloppe convexe de S ⊂ Zm finie, alors l’ensemble Smin des sommets de P est contenu dans S et P est l’en- veloppe convexe de ses sommets. Choisissons maintenant s un sommet de P. Notons F1, ..., Fr les faces de P ne contenant pas s, et F10, ..., Fr0 leurs int´erieurs relatifs. En appliquant l’hypoth`ese de r´ecurrence `a ces faces ( qui sont des polytopes entiers de dimension 6 n − 1 ), on en obtient une subdivision en des familles finies de simplexes ouverts dont les sommets sont dans Smin. P est la r´eunion disjointe de {s}, Conv({s} ∪ F10) \ {s}, ..., Conv({s} ∪ Fr0) \ {s}, et donc la r´eunion dis- jointe de {s} et des simplexes ouverts Conv({s} ∪ Si0) \ {s, Si0} et Si0, o`u Si est un simplexe (ferm´e) de la subdivision des (Fi)i∈
J1,rK.
4.2. Polynˆome de Ehrhart et coefficient dominant. Si K = (Sj)j∈J est une subdivision de P en simplexes d’int´erieurs relatifs Sj0 disjoints, on peut ´ecrire :
Card((N P) ∩ Zm) = X
j∈J
Card((N Sj0) ∩ Zm)
Les simplexes Sj v´erifiant la loi de r´eciprocit´e, on obtient que fP est une fonction polynomiale de N s’´ecrivant :
fP(N ) =X
j∈J
(−1)dim(Sj)fSj(−N ).
On note maintenant
fP(N ) = a0(P) + a1(P)N + ... + an(P)Nn Pour N > 0, on a :
fP(N ) = Card((N P) ∩ Zm) = Card(P ∩ 1
NZm) = X
q∈P∩N1Zm
1 On en d´eduit que N−nfP(N ) est une somme de Riemann convergeant versRPdx = V (P). Mais fP´etant de degr´e n, N−nfP(N ) tend ´egalement vers le coefficient dominant an(P) de fP, qui est donc bien ´egal `a V (P).
5. Caract´eristique d’Euler-Poincar´e, coefficient constant et loi de r´eciprocit´e
5.1. Coefficient constant. Le coefficient constant de fP donn´e par une subvivision en simplexes K = (Sj)j∈J est
a0(P) =
n
X
i=0
(−1)dim(Si) On peut r´e´ecrire cette expression sous la forme
a0(P) =
n
X
i=0
(−1)ici
o`u ci d´esigne le nombre de simplexes de dimension i dans la subdivision K de P.
On va d´emontrer que cette expression satisfait 3 axiomes, qui d´efinissent la caract´eristique d’Euler-Poincar´e χ(X) d’un polytope fini X de mani`ere unique.
Premier axiome : Si X est r´eduit `a un point, alors χ(X) = 1.
L’expression que l’on a du coefficient constant de fPv´erifie clairement cette propri´et´e.
D´efinition 9. Un complexe dans un espace euclidien Rm est un en- semble K de polytopes convexes compacts de Rm tel que :
(i) si D1 et D2 sont deux polytopes convexes compacts distincts appartenant `a K, alors les int´erieurs D10 et D20 sont disjoints ; (ii) si D ∈ K, le bord formel ∂D ⊂ Rm est r´eunion d’autres poly-
topes convexes compacts de K ;
(iii) si x ∈ D ∈ K, il existe un voisinage U de x dans Rm tel que U ne rencontre qu’un nombre fini de polytopes convexes compacts de K
La dimension maximale d’un polytope convexe compact de K est ap- pel´ee dimension de K. On appelle sous-complexe de K tout complexe constitu´e d’´el´ements de K. ´Etant donn´e un polytope convexe com- pact D ∈ K on appelle hyperface de D toute face de D de dimension dim(D) − 1 dans K (contenue dans ∂D).
D´efinition 10. Un complexe K est dit simplicial si toute cellule D ∈ K est un simplexe et si chaque cellule D0 ⊂ D constitue une face enti`ere du simplexe D.
Remarque 11. Une subdivision K d’un polytope entier est un complexe simplicial.
Deuxieme axiome : χ est additif : Si K1, K2 sont deux sous com- plexes d’un complexe fini K, alors
χ(|K1∪ K2|) = χ(|K1|) + χ(|K2|) − χ(|K1 ∩ K2|)
Pour a0(P), cela d´ecoule du fait que le nombre total de faces de dimension i dans K1∪ K2 est ´egal `a la somme des nombres de i-faces de K1 et K2 moins celui de leur intersection K1 ∩ K2, que l’on avait compt´ee 2 fois en sommant.
On d´efinit maintenant certaines notions intervenant dans le troisi`eme axiome.
D´efinition 12. ´Etant donn´es deux espaces topologiques X et Y , deux applications continues f et g de X dans Y sont dites homotopes s’il existe une application continue H : [0, 1] × X → Y dont les restrictions x 7→ H(0, x) et x 7→ H(1, x) co¨ıncident respectivement avec f et g. On dit que H est une homotopie entre f et g.
Remarque 13. Il est clair que, deux espaces topologiques X et Y ´etant fix´es, l’homotopie d´efinit une relation d’´equivalence sur l’ensemble des applications continues de X dans Y .
D´efinition 14. On dit que les espaces X et Y sont homotopiquement
´
equivalents, ou ont le mˆeme type d’homotopie, s’il existe deux applica- tions continues f : X → Y et g : Y → X telles que la compos´ee f ◦ g est homotope `a IdX et la compos´ee g ◦ f est homotope `a IdY. On dit alors que les applications f et g sont des ´equivalences d’homotopie.
Troisieme axiome : χ est un invariant d’homotopie : Si X et X0 ont le mˆeme type d’homotopie, χ(X) = χ(X0).
Pour d´emontrer ce dernier point, on va passer par la formule d’Euler- Poincar´e, qui donne une autre expression de la caract´eristique d’Euler- Poincar´e.
D´efinition 15. On appelle espace euclidien orient´e un couple (E, C) o`u E est un espace euclidien et C une classe d’´equivalence sur l’ensemble des bases de E pour la relation d’´equivalence R d´efinie par
BRB0 ⇐⇒ det PB,B0 > 0
L’orientation de F sous-espace vectoriel de dimension n−p de (E, C) espace euclidien orient´e de dimension n suivant (e1, ..., ep) une base d’un suppl´ementaire de F est l’espace euclidien orient´e
(F, {(ep+1, ..., en)|(e1, ..., en) ∈ C})
On appelle base directe de l’espace euclidien orient´e (E, C) une base appartenant `a C. On appelle base indirecte de l’espace euclidien orient´e (E, C) une base n’appartenant pas `a C.
L’espace euclidien orient´e usuel correspondant `a Rn est donn´e par la base (directe par d´efinition)
((1, 0, ..., 0), (0, 1, 0, ..., 0), (0, 0, 1, 0, ..., 0), ..., (0, 0, ..., 0, 1, 0), (0, ..., 0, 1)).
D´efinition 16. Soit K un complexe (lin´eaire). On pose : K(i) = {σ ∈ K | σ est une cellule de dimension i}
et pour tout σ ∈ K on suppose fix´ee une orientation.
On note Ci(K) le Z-module des i-chaˆınes (`a support compact) sur K, c’est-`a-dire le groupe ab´elien libre engendr´e par K(i).
Une i-chaˆıne c ∈ Ci(K) est donc une combinaison lin´eaire c = X
σ∈K(i)
cσσ
o`u cσ ∈ Z est non-nul seulement pour un ensemble fini de σ.
On dispose sur Ci(K) d’une application de bord ∂ naturelle :
∂ : Ci(K) → Ci−1(K)
Cette application ´etant lin´eaire, il suffit de donner son expression sur chaque cellule σ ∈ K(i), qui est donn´ee par la formule :
∂σ = X
τ hyperface de σ
±τ
o`u le signe ± est + si l’orientation de τ est induite par celle de σ et − sinon.
Le lemme ´el´ementaire suivant est fondamental.
Lemme 17. Si K est simplicial, on a ∂ ◦ ∂ = 0
D´emonstration. Il suffit de v´erifier la formule sur une cellule σ ∈ K(i). On a
∂σ = X
τ hyperface de σ
±τ
Chaque face de codimension 2 de σ est l’intersection d’exactement 2 hyperfaces τ et τ0 de σ et les orientations induites se compensent. On en d´eduit par un calcul ´el´ementaire que ∂(∂σ) = 0 :
Soient s0, s1, .., sr les sommets du simplexe σ ∈ K(r) (index´es de mani`ere coh´erente avec l’orientation). On note σi(resp. σij) le simplexe orient´e de dimension r − 1 (resp. r − 2) obtenu en omettant le sommet si (resp. les sommets si et sj).
On a alors
∂σ =
r
X
i=0
(−1)iσi
∂σi =
i−1
X
j=0
(−1)jσji+
r
X
j=i+1
(−1)j−1σij et donc
∂(∂σ) =X
j<i
(−1)i+jσji+X
i<j
(−1)j+i(−1)σij = 0.
Remarque 18. La suite
...→ C∂ i(K)→ C∂ i−1(K)→ ...∂ → C∂ 0
est appel´ee complexe de chaˆınes. L’application bord est parfois aussi appel´ee la diff´erentielle du complexe de chaˆınes.
D´efinition 19. Une i-chaˆıne c ∈ Ci(K) est un i-cycle si son bord est nul, i.e. si ∂c = 0. On note
Zi(K) = ker(∂ : Ci(K) → Ci−1(K)) le sous-module des i-cycles.
D´efinition 20. Une i-chaˆıne c ∈ Ci(K) est un bord (on dit aussi que c est homologue `a 0) si elle est le bord d’une (i + 1)-chaˆıne. On note
Bi(K) = im(∂ : Ci+1(K) → Ci(K)) le sous-module des i-chaˆınes qui sont homologues `a 0.
Remarque 21. Le lemme implique que si c ∈ Ci(K) est un bord, alors c’est un i-cycle. Autrement dit, Bi(K) est un sous-module de Zi(K).
D´efinition 22. Le groupe quotient
Hi(K) = Zi(K)/Bi(K)
est appel´e i-`eme groupe d’homologie du complexe K.
Remarque 23. Si K est fini, chaque Hi(K) est un groupe ab´elien de type fini avec une partie libre et un partie de torsion.
D´efinition 24. Soit K un complexe dont les groupes d’homologie Hi(K) sont de type fini pour tout i. On appelle i-`eme nombre de Betti de K le rang de la partie libre de Hi(K) ; on le note bi(K).
On appelle i-`eme groupe de torsion de K le sous-groupe de torsion de Hi(K) ; on le note Torsi(K).
Propri´et´e 25. Soit K un complexe de dimension n. Alors Hi(K) = 0 pour i > n − 1.
Propri´et´e 26. Soit (Ki)i∈I une famille de complexes disjoints dans Rm. Alors, H?(FKi) = Li∈IH?(Ki).
D´emonstration. Ces deux propri´et´es sont d´eja vraies au niveau des complexes de chaˆınes : d’une part C?>n(K) = {0} par d´efinition et d’autre part C?(KFK0) = C?(K)LC?(K0) car l’op´erateur de bord envoie une faces dans une combinaison lin´eaire de sous-faces. Notations 27. Pour tout complexe K, on note |K| =SD∈KD.
Proposition 28. Pour tout complexe K, le groupe H0(K) est un groupe ab´elien libre de rang ´egal au nombre de composantes connexes du poly`edre
|K|.
D´emonstration. De par la propri´et´e 26, on peut supposer |K| connexe.
Le groupe Z0(K) = C0(K) est engendr´e par les sommets de K. Main- tenant, l’image d’une arˆete αβ par l’application bord ∂ est ´egale `a
±(α − β). Le sous-groupe B0(K) ⊂ Z0(K) est donc engendr´e par les α − β, o`u αβ est une arˆete. En identifiant Z0(K) `a ZM, o`u M est le nombre de sommets, on obtient que B0(K) est contenu dans l’hyper- plan L d’´equation x1+ ...xM = 0 et l’engendre, puisque K est suppos´e connexe. On en conclut que H0(K) = ZM/L est isomorphe `a Z. Th´eor`eme 29. Soit K un complexe fini de dimension d et X = |K|
le polytope correspondant. On note ci = ci(K) le rang du complexe de chaˆınes Ci(K), c’est-`a-dire le nombre de i-cellules dans K (et donc le nombre de i-faces du polytope X), et bi = bi(X) les nombres de Betti de X. On a alors :
d
X
i=0
(−1)ici =
d
X
i=0
(−1)ibi
L’invariant Pdi=0(−1)ibi est appel´ee la caract´eristique d’Euler-Poincar´e du polytope X.
D´emonstration. La d´emonstration est purement alg´ebrique. On abr`ege par Ci, Zi, Bi et Hi les Z-modules Ci(K), Zi(K), Bi(K) et Hi(K). On a alors des suites exactes de Z-modules (de type fini)
0 → Zi → Ci
→ B∂ i−1 → 0 et 0 → Bi → Zi → Hi → 0
. On en conclut que
rang Ci = rang Zi+ rang Bi−1 et rang Zi = rang Bi+ rang Hi
. On a donc
rang Ci = rang Hi+ rang Bi+ rang Bi−1 et
X
i
(−1)irang Ci =X
i
(−1)irang Hi
Les groupes d’homologie que l’on a d´efini d´ependent a priori de la subdivision K choisie d’un polytope X. Dans les faits, on peut les d´efinir pour X, ind´ependamment de la subdivision choisie.
D´efinition 30. On appelle cellulation (lin´eaire) d’un polytope X la donn´ee d’un complexe K tel que X = |K|. Si de plus K est simplicial, on parlera de triangulation. On dit qu’une cellulation K0 d’un poly`edre X est une subdivision d’une autre K, et on ´ecrit K0 < K, si chaque cellule D0 ∈ K0 est contenue dans une cellule D ∈ K.
Lemme 31. Soient K1 et K2 deux complexes tels que |K1| = |K2|.
Alors il existe une subdivision commune K0, c’est-`a-dire K0 < K1 et K0 < K2. On dit que les cellulations sont compatibles.
D´emonstration. Il suffit d’intersecter les deux cellulations. Remarque 32. ´Etant donn´e un complexe K et un sous-complexe L, toute subdivision de L induit canoniquement une subdivision de K qui laisse intacte toute cellule de K qui n’est pas dans L.
Le lemme suivant est une g´en´eralisation de la preuve constructive de la section pr´ec´edente.
Lemme 33. Toute cellulation K d’un poly`edre X admet une subdivi- sion K0 < K qui est une triangulation.
D´emonstration. On proc`ede par r´ecurrence sur la dimension de K. Un complexe de dimension 0 ou 1 est toujours simplicial. Supposons main- tenant que tout complexe de dimension k, pour un certain k > 1, admet une subdivision qui est une triangulation, et consid´erons un complexe de dimension k + 1. Son k-squelette, c’est-`a-dire l’union de toutes ses cellules de dimension inf´erieure ou ´egale `a k, admet une subdivision simpliciale par hypoth`ese de r´ecurrence, qui, d’apr`es la remarque ci- dessus, induit une subdivision de K. On subdivise alors chaque cellule de dimension k +1 en prenant les cˆones depuis un point de son int´erieur sur chacune des cellules du bord. Le cˆone sur chacun de ces simplexes est encore un simplexe. Ainsi, la subdivision de K obtenue est une
triangulation.
D´efinition 34. Soit X ⊂ Rm un poly`edre muni d’une cellulation K.
On dit qu’une cellulation K0 de X r´esulte d’une bissection (lin´eaire) de K en D ∈ K, et on ´ecrit K → K0, si on peut former K0 en rempla¸cant D ∈ K par trois cellules D−, D+, D0, o`u D0est l’intersection transverse d’un hyperplan de Rm avec D et d´ecoupe D en deux cellules non vides D− et D+.
On ´ecrit K0 ≺ K, s’il existe une suite finie de bissections K = K1 → K2 → ... → Kn= K0
et on dit que K0 se d´eduit de K par bissections.
Proposition 35. Soit X un poly`edre compact et K1, K2 deux cellula- tions de X. Alors il existe une cellulation K0 de X qui est une subdi- vision par bissections de K1 et K2, c’est-`a-dire K0 ≺ K1 et K0 ≺ K2. D´emonstration. Commen¸cons par consid´erer le cas o`u K1 < K2. De par la derni`ere remarque, on peut proc´eder cellule par cellule ind´ependamment, ce qui nous ram`ene au cas o`u K2est constitu´e d’une unique cellule D de dimension n et des cellules de son bord. Maintenant il existe une famille finie H1, ..., Hk d’hyperplans de Rn tels que toute cellule de K1 soit une intersection finie de demi-espaces associ´es aux Hi. Chaque Hi induit une subdivision par bissections de K2, mais aussi de K1. Le r´esultat final commun de ces subdivisions par bissections est la cellulation K0 recherch´ee.
En g´en´eral, K1 et K2 ´etant compatibles, il existe K3 une cellulation (triangulation) de X telle que K3 < K1 et K3 < K2. Le mˆeme rai- sonnement fournit K0, obtenue par bissections communes de K1 et K2
(car elles sont d´efinies par K3).
Soit X un poly`edre et soit K une cellulation de X, de sorte que
|K| = X. Supposons maintenant fix´ee une subdivision K0 < K. Il lui correspond la famille des applications lin´eaires Fi de Ci = Ci(K) vers Ci0 = Ci(K0) qui associent `a toute cellule σ ∈ K(i) la somme
Fi(σ) = X
σ0∈K0(i),|σ0|⊂|σ|
±σ0
o`u le signe ± est + si les orientations de σ et σ0 sont compatibles et − sinon.
La proposition suivante est imm´ediate mais fondamentale.
Proposition 36. L’application F = (Fi) : C• → C•0 est un mor- phisme de complexes, autrement dit F = (Fi) est une suite d’applica- tions lin´eaires telles que le diagramme
· · · −→ Ci −→∂ Ci−1 −→∂ Ci−2 −→ · · ·
Fi ↓ Fi−1↓ Fi−2 ↓
· · · −→ Ci0 −→∂ Ci−10 −→∂ Ci−20 −→ · · ·
soit commutatif.
Remarque 37. Notons que si α ∈ Ci est un cycle, il d´ecoule de la proposition que F (α)est ´egalement un cycle :
∂F (α) = F (∂α) = 0.
De la mˆeme mani`ere F envoie B• dans B0•. Un morphisme de com- plexe induit donc un morphisme entre les groupes d’homologie de ces complexes.
Th´eor`eme 38. Le morphisme de complexes F : C•(K) → C•(K0) est un quasi-isomorphisme, c’est-`a-dire qu’il induit un isomorphisme au niveau des groupes d’homologie.
Puisque l’on a montr´e que les cellulations K et K0 du poly`edre X poss`edent une subdivision commune K0 qui est une subdivision par bissections de K et de K0, le th´eor`eme d´ecoule du lemme suivant.
Lemme 39. Soit K0 une subdivision de K r´esultant d’une bissection
´
el´ementaire. Alors le morphisme de complexes F : C•(K) → C•(K0) est un quasi-isomorphisme.
D´emonstration. Soit D la cellule de K telle que K0 est obtenue `a partir de K en rempla¸cant D par trois cellules D−, D+ et D0 comme dans la d´efinition :
Soit n la dimension de D0, ´egale `a la dimension de D moins 1. Pour tout i, on a :
Ci(K0) = Ci0⊕ Ci(K)
o`u Cn+10 = Z[D+], Cn0 = Z[D0] et est ´egal `a {0} en tous les autres degr´es. On en d´eduit que
Zn+1(K0) = Zn+1(K) et Bn+1(K0) = Bn+1(K) et
Zn(K0) = Zn(K) ⊕ Z[∂D+] et Bn(K0) = Bn(K) ⊕ Z[∂D+].
Le lemme s’en d´eduit.
On peut maintant d´efinir l’homologie poly´edrale, puisqu’elle ne d´epend pas de la cellulation choisie.
D´efinition 40. Soit X un poly`edre. On appelle homologie poly´edrale (ou simpliciale) H•(X) de X l’homologie H•(K) o`u K est une cellula- tion quelconque de X.
Etendons maintenant les notions introduites pr´ec´edemment `a un es- pace topologique X.
D´efinition 41. Soit X un espace topologique. Pour tout i ∈ N, un i-simplexe singulier de X est une application continue
σ : ∆i → X
o`u
∆i = {(x0, .., xi) ∈ Ri+1|xk > 0,
i
X
k=0
xk = 1}
est le simplexe standard de dimension i.
D´efinition 42. On note Ci(X) = Ci,sing(X) le Z-module libre en- gendr´e par l’ensemble de tous les i-simplexes singuliers de X. Chaque
´
el´ement de Ci(X) est donc une combinaison lin´eaire de la forme
X
σ:∆i→X
cσσ
o`u seulement un nombre fini des entiers relatifs cσ est non nul. Les
´
el´ements de Ci(X) sont appel´es i-chaˆınes singuli`eres.
Pour i > 1, on d´efinit une application bord ∂ : Ci(X) → Ci−1(X) de la mani`ere suivante.
Commen¸cons par d´efinir l’image d’un i-simplexe singulier σ : ∆i → X. Pour tout k = 0, .., i, on obtient un (i − 1)-simplexe singulier ∂kσ en composant l’application lin´eaire
(x0, .., xi−1) 7→ (x0, ..., xk−1, 0, xk, ..., xi−1)
, de ∆i−1⊂ Ri vers la k-`eme face xk = 0 de ∆i, par l’application σ. On pose alors :
∂σ =
i
X
k=0
(−1)k∂kσ .
Maintenant qu’on a d´efini l’image d’un i-simplexe singulier quel- conque, il ne reste plus qu’`a ´etendre par lin´earit´e en une application
∂ : Ci(X) → Ci−1(X). Pour i = 0, on pose C−1(X) = {0} et on d´efinit
∂ : C0(X) → C−1(X) comme l’application nulle.
Remarque 43. Une 0-chaˆıne singuli`ere est donc juste une combinaison lin´eaire finie de points de X alors qu’une 1-chaˆıne est une combinai- son lin´eaire de chemins (param´etr´es) dans X. Le bord d’une telle 1- chaˆıne est la combinaison lin´eaire correspondante des diff´erences entre les extr´emit´es des chemins.
Remarque 44. On d´emontre comme pour l’homologie simpliciale (ou poly´edrale), avec des d´efinitions ´equivalentes, que l’op´erateur ∂ fait des chaˆınes singuli`eres un complexe. On peut ainsi d´efinir l’homologie singuli`ere
Lorsque X est un poly`edre on dispose de deux th´eories homolo- giques : l’homologie poly´edrale ou simpliciale et l’homologie singuli`ere.
On montre alors que les groupes d’homologie obtenus sont isomorphes.
Th´eor`eme 45. Soit X un poly`edre et T : |K| → X une triangula- tion (T est donc un hom´eomorphisme). L’application T induit un mor- phisme de complexes C•(K) → C•,sing(X), qui est un quasi-isomorphisme,
c’est-`a-dire qu’il induit un isomorphisme au niveau des groupes d’ho- mologie.
La d´emonstration se fait `a partir des complexes de chaˆınes.
Remarque 46. Toute vari´et´e X admet une triangulation lisse T : |K| → X. Le th´eor`eme ci-dessus montre que, pour d´eterminer l’homologie singuli`ere de X, on peut calculer l’homologie simpliciale du complexe K. Ceci permet de remplacer le complexe de chaˆıne C?,sing(X) (qui est de dimension infinie) par le complexe de chaˆıne de dimension finie C?(K).
Si X et Y sont deux espaces topologiques et f : X → Y est une application continue, alors f induit un morphisme de complexes de chaˆınes f? : C?(X) → C?(Y ) qui `a un simplexe singulier σ associe le simplexe singulier f ◦ σ : ∆i → Y .
Comme f? est un morphisme de complexes, il passe au quotient pour d´efinir une application, toujours not´ee f? : H?(X) → H?(Y ), entre les groupes d’homologie singuli`ere.
Proposition 47. Soient f et g deux applications homotopes de X dans Y . Alors les applications induites f? et g? de H?(X) dans H?(Y ) co¨ıncident.
Le r´esultat d´ecoule alors du lemme (plus fort) suivant.
Lemme 48. Soient f et g deux applications homotopes de X dans Y . Alors il existe une homotopie de chaˆınes entre f? et g?, c’est-`a-dire une famille de morphismes K = (Ki : Ci(X) → Ci+1(Y )) v´erifiant
(**) Ki∂ + ∂Ki+1= g?− f?
pour tout i.
D´emonstration. Soient ι : X → X × [0, 1] et ι0 : X → X × [0, 1] les applications d´efinies par ι(x) = (x, 0) et ι0(x) = (x, 1). Si h est une homotopie entre f et g, alors f = h ◦ ι et g = h ◦ ι0. Il suffit donc de montrer que ι? et ι0? sont homotopes. Par lin´earit´e il suffit de construire les Ki sur les i-simplexes singuliers.
Consid´erons donc un i-simplexe singulier σ : ∆i → X. Il lui corres- pond une application σ × Id : ∆i× [0, 1] → X × [0, 1]. L’id´ee est alors de d´ecomposer le prisme ∆i× [0, 1] en (i + 1) simplexes de dimension i + 1. Notons (x0, .., xi; λ) les coordonn´ees de ∆i× [0, 1] ⊂ Ri+1× [0, 1].
Alors pour tout k ∈ {0, .., i}, le k-`eme simplexe de la d´ecomposition du prisme est constitu´e des points (x0, .., xi, λ) tels que
x0+ .. + xk−1 6 λ 6 x0+ .. + xk.
Ce simplexe co¨ıncide avec le simplexe obtenu comme enveloppe convexe des points (s0× {1}, .., sk× {1}, sk× {0}, si× {1}) o`u on a not´e s0, .., si les sommets du simplexe standard.