Int´egration et Probabilit´es (M43050) 2010-2011 Projet de corrig´e de l’examen partiel du lundi 21 mars 2011
— Exercice I —
1.Pour quels nombres complexeszla fonctionx→e−xzest-elle Lebesgue-int´egrable sur]0,+∞[? Quelle est alors la valeur de l’int´egrale ?
Solution. — La fonction gz d´efinie par gz(x) = e−xz est continue, donc bor´elienne. Elle est Lebesgue-int´egrable si son module a une int´egrale finie sur [0,+∞[ pour la mesure de Lebesgue.
Posonsz =a+ ib, avec a, b r´eels. Alors|e−xz|= e−ax. L’int´egrale de e−ax sur [0,+∞[ est finie si et seulement si Rez = a > 0. La fonction gz est donc Lebesgue-int´egrable sur ]0,+∞[ si et seulement si Rez >0.
On a dans ce cas|e−zx|= e−(Rez)xqui tend vers 0 quandxtend vers +∞, puisque Rez <0, donc par calcul de primitive on obtient
A→+∞lim Z A
0
e−zx = lim
A→+∞
h−e−zx z
iA
x=0= lim
A→+∞
1−e−zA
z = 1
z. 2.Montrer, par r´ecurrence surn≥1, l’´egalit´e n! =R+∞
0 xne−x dx.
Solution. — Pour n= 0 on a, d’apr`es la question 1, que Z +∞
0
e−x dx= 1 = 0!
et ensuite, par int´egration par parties (les fonctions en pr´esence sont de classe C1, etxne−x tend vers 0 quandxtend vers +∞, pour toutn), on obtient, en supposant que le r´esultat est d´emontr´e pourn−1,
Z +∞
0
xne−x dx=h
−xne−xi+∞
0 +n Z +∞
0
xn−1e−x dx= 0 +n.(n−1)! =n!
comme annonc´e.
On pose pourt >0
F(t) = Z
[0,+∞[
e−xt
1 +xdλ(x).
3. Montrer queFest d´efinie et continue sur ]0,+∞[. D´eterminer les limites de F(t) quandt→0 et quandt→+∞.
Solution. — Pour ´etudier la fonction F, posons comme dans le cours f(x, t) = e−xt
1 +x.
La fonction x→f(x, t) est continue, donc mesurable. On a pourx≥0 0< e−xt
1 +x ≤e−xt,
etx→e−xt est Lebesgue-int´egrable sur [0,+∞[ puisquet >0, doncx→f(x, t) aussi.
Quand tn tend vers 0 en d´ecroissant, e−xtn tend vers 1 en croissant ; par le th´eor`eme de convergence monotone,
limn
Z e−xtn
1 +xdλ(x) =
Z 1
1 +xdλ(x) = lim
A→+∞ln(1 + A) = +∞.
Comme la limite de F(tn) ne d´epend pas de la suite (tn) choisie, il s’agit bien de la limite de F(t) quandttend vers 0. On peut aussi utiliser le lemme de Fatou pour traiter ce cas o`u ttend vers 0 : on obtient que
+∞= Z
[0,+∞[
1
1 +xdλ(x) = Z
[0,+∞[
limn f(x, tn)
dλ(x)≤lim inf
n
Z
[0,+∞[
e−xtn 1 +x dλ(x) ce qui permet aussi de conclure.
Quandtn tend vers l’infini, on peut supposertn ≥1, donc e−xtn ≤e−x; la suite de fonctions fn(x) = e−xtn/(1 +x) tend simplement vers 0 et on a
0< e−xtn
1 +x ≤ e−x 1 +x
qui donne un majorant int´egrable ind´ependant den. Par le th´eor`eme de convergence domin´ee de Lebesgue, la limite quandt tend vers +∞ est nulle.
Pour ´etudier la continuit´e de F en un point fix´et∗ ∈]0,+∞[, consid´erons un voisinage V du point t∗, de la forme V = ]t0,+∞[ o`u 0 < t0 < t∗. On a d´ej`a vu que x → f(x, t) est mesurable pour toutt(et en fait int´egrable, mais l’int´egrabilit´e pour chaque t ne suffit pas ici : on veut une domination par une fonction int´egrable ind´ependante du param`etre t). La fonction t∈V → f(x, t) est continue, pour toutx ≥0, et on a pour tout t∈ V un majorant int´egrable ind´ependant det, `a savoir
0≤f(x, t)≤e−tx ≤e−t0x.
D’apr`es le cours, la fonction F est continue au pointt∗, qui est par ailleurs un point quelconque de ]0,+∞[, donc F est continue sur ]0,+∞[.
4.Montrer que Fest d´erivable sur ]0,+∞[et exprimer F0(t) au moyen d’une int´egrale.
Solution. — Continuons avec la notation
f(x, t) = e−xt 1 +x.
On a d´ej`a vu `a la question pr´ec´edente quex→f(x, t) est int´egrable pour toutt >0. On calcule la d´eriv´ee par rapport au param`etre tde la fonction f,
∂f
∂t(x, t) = ∂
∂t e−xt
1 +x
=−xe−xt 1 +x.
Si on fixet0>0 et si on consid`ere t∈[t0,+∞[, on peut ´ecrire la majoration
∂f
∂t(x, t)
= xe−xt
1 +x ≤e−xt ≤e−xt0
qui est int´egrable sur [0,+∞[ puisquet0>0. D’apr`es le th´eor`eme de d´erivation sous l’int´egrale, on obtient sur l’intervalle ]t0,+∞[ la d´erivabilit´e de F, et l’expression de F0(t) sous la forme
F0(t) =− Z
[0,+∞[
xe−xt
1 +x dλ(x).
Commet0 est>0 arbitraire, il en r´esulte que F est d´erivable sur ]0,+∞[.
5. Montrer que pour tout r´eelh tel que |h|<1, on a l’´egalit´e F(1−h) =X
n>0
anhn avec, pour tout n≥0, an = Z
[0,+∞[
xne−x
n! (1 +x)dλ(x).
Montrer que 0< an ≤1/n pour tout entier n≥1(utiliser le r´esultat de la question 2).
Solution. — On ´ecrit d’abord que F(1−h) =
Z
[0,+∞[
e−x(1−h) 1 +x dx=
Z
[0,+∞[
exh e−x 1 +xdx.
On veut d´evelopper exh en s´erie enti`ere et justifier l’interversion. La s´erie de fonctions sous l’int´egrale est
+∞X
n=0
xnhn n!
e−x 1 +x ;
d’apr`es le cours, l’interversion est possible si la s´erie des valeurs absolues a une int´egrale finie.
Or cette s´erie est ´egale, quandx≥0, `a
+∞X
n=0
xn|h|n n!
e−x
1 +x = e−(1−|h|)x 1 +x .
Pour touthtel que |h|<1, on a que t= 1− |h|>0, ce qui ram`ene l’int´egrabilit´e de la s´erie des valeurs absolues `a l’existence de F(t) pour toutt >0. Apr`es interversion,
F(1−h) =
+∞X
n=0
Z
[0,+∞[
xnhn n!
e−x 1 +xdx=
+∞X
n=0
Z
[0,+∞[
xn n!
e−x 1 +xdx
hn,
d’o`u le r´esultat et l’expression des coefficients (an). On ax≤1 +x, donc 0< an =
Z
[0,+∞[
xn n!
e−x 1 +x dx≤
Z
[0,+∞[
xn−1
n! e−x dx= (n−1)!
n! = 1 n. 6.D´emontrer que les coefficients an de la s´erie enti`ere v´erifient la relation de r´ecurrence
∀n≥0, an+1= 1−an
n+ 1.
En d´eduire que F(t) + ln(t) tend vers une limite finie quandt tend vers 0.
Solution. — On ´ecrit
(n+ 1)an+1+an= Z
[0,+∞[
xn+1+xn n!
e−x 1 +xdx=
Z
[0,+∞[
xn
n! e−x dx= 1.
On a donc d’apr`es la question5, pourn >0 0< bn+1:= 1
n+ 1−an+1= an
n+ 1 ≤ 1 n(n+ 1)
et pour n = 0, on a 0< b1 := 1−a1 <1 ; il en r´esulte que la s´erie `a termes positifs P bn est convergente. Donc pour 0< h <1
0≤ −ln(1−h)−F(1−h) +a0= X+∞
n=0
hn+1
n+ 1−F(1−h) +a0= X+∞
n=0
bn+1hn+1.
La s´erie de droite est normalement convergente pour h ∈ [0,1], donc sa somme est continue quandh→1. Cela termine la preuve, si on poset= 1−h, qui tend vers 0 par valeurs>0.
— Exercice II —
On donne une fonctionf bor´elienne positive sur [1,+∞[telle que Z
[1,+∞[
f(x) dλ(x)<+∞.
1. V´erifier que pour tout entier n≥1, on a Z
[1,2]
f(ny) dλ(y) = Z
[1,+∞[
1[n,2n](x)
n f(x) dλ(x).
Solution. — On effectue le changement de variable lin´eaire x=ny, Z
[1,2]
f(ny) dλ(y) = Z
[1,+∞[
1[1,2](y)f(ny) dλ(y) = Z
R
1[1,2](y)f(ny) dλ(y)
= Z
R
1[n,2n](x)
n f(x) dλ(x).= Z
[1,+∞[
1[n,2n](x)
n f(x) dλ(x).
2.On suppose que 0< u≤v; montrer que
+∞X
n=1
1[u,v](n)
n ≤ v−u+ 1 u
(on pourra utiliser sans preuve le fait que le segment[u, v]contient au plusv−u+ 1points deN).
Solution. — Les entiers ntels que
1[u,v](n) n 6= 0
sont exactement tous les entiers de [u, v] ; ces entiers n sont≥u, donc 1/n ≤1/u pour chacun de ces termes ; d’apr`es l’indication donn´ee, leur nombre N(u, v) est major´e parv−u+ 1, donc
+∞X
n=1
1[u,v](n)
n ≤ N(u, v)
u ≤ v−u+ 1
u .
3.Montrer que
Z
[1,2]
+∞X
n=1
f(ny)
dλ(y)<+∞.
Solution. —Il s’agit d’une s´erie de fonctions positives, donc on peut intervertir s´erie et int´egrale, ce qui donne, d’apr`es la question1, puis la question 2, que
Z
[1,2]
+∞X
n=1
f(ny)
dλ(y) = X+∞
n=1
Z
[1,2]
f(ny) dλ(y)
=
+∞X
n=1
Z
[1,+∞[
1[n,2n](x)
n f(x) dλ(x) = Z
[1,+∞[
+∞X
n=1
1[n,2n](x) n
f(x) dλ(x)
= Z
[1,+∞[
X+∞
n=1
1[x/2,x](n) n
f(x) dλ(x)≤ Z
[1,+∞[
x−x/2 + 1
x/2 f(x) dλ(x)
= Z
[1,+∞[
1 + 2/x
f(x) dλ(x)≤3 Z
[1,+∞[
f(x) dλ(x)<+∞.
4.Montrer que pourλ-presque tout x∈[1,2], la suite num´erique f(nx)
n>1 tend vers 0.
Solution. — La fonction mesurable positive G d´efinie sur [1,2] par la formule G(y) =
+∞X
n=1
f(ny)
a une int´egrale finie sur [1,2] d’apr`es la question 3, donc l’ensemble des points y de [1,2] tels que G(y) = +∞ est de mesure de Lebesgue nulle. En chaque point y o`u G(y) <+∞, la s´erie `a termes positifsP
f(ny) converge, donc son terme g´en´eral f(ny) tend vers 0.
5. Montrer que pour λ-presque tout x ∈ [1,+∞[, la suite num´erique f(nx)
n>1 tend vers 0.
Peut-on modifierf sur un ensemble Lebesgue-n´egligeable pour garantir quef(nx)tende vers 0 pour toutx≥1?
Solution. — Consid´erons l’ensemble
A ={x∈[1,+∞[ : limf(nx) = 0}.
Cet ensemble est bor´elien (si on posefn(x) =f(nx), chaque fn est bor´elienne positive et A est l’ensemble o`u lim supnfn est nulle). Son compl´ementaire B = [1,+∞[\A, bor´elien lui aussi, est l’ensemble des hhmauvaisii points x ≥ 1 tels que f(nx) ne tende pas vers 0. On a montr´e `a la question pr´ec´edente que
B1= [1,2]∩B∞, l’ensemble des mauvais points de [1,2], est de mesure nulle.
On remarque que six est dans B et dans le segment [k,2k] pour un certain entier k ≥ 1, alorsy=x/k est dans B1 : sinon, la suitef(ny) tendrait vers 0, ainsi que sa sous-suite
n→f(nky) =f(nx),
contrairement `a l’hypoth`ese que x ´etait hhmauvaisii. On voit donc que les hhmauvais pointsii du segment Ik := [k,2k] sont contenus dans Bk = kB1 = {ky : y ∈ B1}. Par la formule de changement de variable lin´eaire, on conclut que Bk est Lebesgue-n´egligeable ; en effet
k−1λ(Bk) = Z
R
1B1(k−1x)k−1dλ(x) = Z
R
1B1(y) dλ(y) = 0.
Puisque chacun des Bk est n´egligeable, il en r´esulte que B∗= [
k>1
Bk
est Lebesgue-n´egligeable. Cet ensemble n´egligeable B∗contient l’ensemble B des mauvais points : en effet, soitx∈B ; alors il existe au moins un entierk≥1 tel quex∈Ik(on le voit par exemple en prenant pour k la partie enti`ere de x), et on a vu qu’alors y = x/k est dans B1, donc x est dans Bk ce qui montre que
B⊂B∗.
L’ensemble B des mauvais points est donc n´egligeable, comme demandait l’´enonc´e.
Pour modifier f, posons fe(x) = 0 pour x ∈ B∗, et fe(x) = f(x) sinon. Notons que quand fe(nx) est diff´erent de f(nx), il est nul ; on a donc 0 ≤ f(nx)e ≤ f(nx) pour tous x et n; par cons´equent, quandxn’est pas mauvais, la convergence vers 0 def(nx) entraˆıne celle def(nx). Sie x est mauvais, alorsx∈B∗, on ax=ky pour unkentier≥1 et uny∈B1, doncnx= (nk)y ∈B∗ pour tout n≥ 1, donc fe(nx) = 0 pour toutn, et limnfe(nx) = 0 dans ce cas aussi. On a donc limnfe(nx) = 0 pour toutx≥1.