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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
De Waele, J.-M. (1996). Analyse comparée du processus d'émergence des partis et des systèmes politiques en Europe centrale après 1989: la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques, Bruxelles.
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SECTION DES SCIENCES POLITIQUES
SECTION DES SCIENCES POLITIQUES
1 9 DEC. 1996
Anne VAN HOUTVIN
\naîyse comparée du processus d’émergence des partis et des systèmes politiques en Europe centrale après 1989 :
la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne
Dissertation présentée en \aie d’obtenir le titre de Docteur en sciences politiques
Par Jean-Michel DE WAELE
Sous la direction de Monsieur le Professeur Mario TELC
VOLUME 1
ANNEE ACADEMIQUE 1996-1997
SECTION DES SCIENCES POLITIQUES
Analyse comparée du processus d’émergence des partis et des systèmes politiques en Europe centrale après 1989 :
la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne
Dissertation présentée en vue d’obtenir le titre de Docteur en sciences politiques
Par Jean-Michel DE WAELE
Sous la direction de Monsieur le Professeur Mario TELO
VOLUME I
ANNEE ACADEMIQUE 1996-1997
Remerciements
Le dépôt d’une thèse de doctorat est un moment important dans la vie de tout chercheur. Il permet un bilan scientifique et personnel et il offre l’opportunité d’envisager de nouveaux projets.
Je tiens à chaleureusement remercier mon directeur de thèse, M. Telo, pour la relecture attentive, les remarques, les critiques et les suggestions qu’il a bien voulu apporter à ce travail.
Je voudrais le remercier pour son extraordinaire dynamisme qui m’ont permis de participer à de nombreuses activités, discussions et réflexions.
Enfin, M. Telo est parvenu — chose particulièrement rare et précieuse — à construire et à diriger une réelle équipe de recherche, stable et dynamique. La multiplication des projets et des publications, dans des domaines variés de la science politique attestent d’un véritable succès.
Je voudrais également remercier P. Claeys pour l’attention qu’il aura manifestée pour mes recherches. Je tiens aussi à souhgner sa loyauté à mon égard.
Enfin, je n’oublie pas que je dois mon entrée comme assistant à L’ULB à Bérengère Marques Pereira, amie présente avec M. Rayet à des moments cruciaux de ma vie.
Une thèse de doctorat est tm travail personnel qui s’inscrit dans ime dynamique d’équipe, mais qui résulte aussi d’influences diverses nées au fil des projets, des rencontres, des discussions, des collaborations et des débats. Il me faut rappeler, dans ce domaine, le rôle de mon père qui m’aura offert sa passion de la recherche mais aussi de J. Gotovitch, de J. Nagels, de R Lew, de J. J. Heirwegh, de F. Balace, de N. Bardos et de B. Drewski.
Je remercie également M. Dony, qui en tant que directrice de l’Institut d’études européennes, a toujours veillé à ce je mène ma recherche dans les meilleures conditions possibles.
M. Liebman aura marqué bien plus que mes études. Le professeur, l’intellectuel, le militant et l’ami ont guidé mes premiers pas dans la recherche. Son impitoyable exigence
critique, sa rigueur scientifique, ses incessants questionnements, sa liaison permanente entre théorie et pratique m’auront profondément stimulé. Le temps ne comble pas l’absence.
Une thèse de doctorat représente également une tranche de vie. Celle-ci restera
intimement liée aux années passées aux côtés de Marie-Jo qui m’aura encouragé et permis de m’investir dans la recherche scientifique. Elle aura partagé les diflerentes étapes, les joies, les passions et les angoisses liées à la réalisation de ce travail presque jusqu’au bout.. .Malheureusement.
Mes beaux parents Cari et Angel m’ont permis de gagner de précieuses heures en se chargeants de multiples tâches quotidiennes. Qu’ils sachent combien leur chaleur familiale et leur présence furent importantes.
Mes parents auront également fait tout ce qu’Us pouvaient pour me faciliter la vie. Je sais la signification de cette thèse pour tous les deux.
J’ai pu compter pour la relecture de ces textes du soutien chaleureux de R. Lewin et de l’aide de mes vieux amis et camarades E. Remacle et T. Dufour. Ce dernier a effectué un impressionnant travail. J’ai pu compter sur son aide et sa présence, comme toujours depuis quinze ans.
L’université possède ses lieux de sociabilité. J’y ai croisé de nombreuses personnes qui m’ont témoigné de leur sympathie lors de quelques « soirées foot », de quelques cafés « au petit yoyo », ou de mémorables fêtes. Ces moments de comphcité m’ont oxygéné cette dernière année. Que tous ceux qui n’oublièrent pas le « papa-thésard » trouvent ici l’expression de ma gratitude.
Je remercie tout spécialement ceux qui, durant cette longue et difficile période, m’ont témoigné de la sympathie, de l’attention, de la compréhension et de l’amitié. Qu’ils sachent combien j’ai pu y puiser du courage et de l’énergie. Je songe en particulier à A. Rea, L. Thilly, F. Delmotte, V. Stuwart, K. Gjeloshaj, L. CoUignon, S. Dab, S. Trocki et G. Knauss.
De plus, j’ai bénéficié du soutien, de l’écoute et de l’humour quotidiens d’E. Bribosia, d’E. Dardenne et de P. Magnette. Qu’ils sachent tous les trois combien leur attitude m’a touché.
Enfin, il n’y a pas de mot pour qualifier l’aide et l’amitié que m’a apportées P. Delvvdt.
n se sera dépensé sans réserve pour me permettre de relever ce défi. Pascal a partagé ma passion, mes questions, mes doutes et mes angoisses. Il a soumis ce travail à sa critique acérée, l’enrichissant d’un regard neuf et extérieur. Son investissement a été complet ; il a lu, critiqué, encouragé mais il se sera également montré un ami hors du commun, écoutant, conseillant, comprenant.
Pascal a été l’ami présent dans tous les instants. Celui qui reste quand tout s’écroule. D sait ce que cette thèse lui doit. Sans lui, il aurait été impossible ni de tenir les délais, ni de continuer à m’occuper de Maya.
Je suis sûr que ni lui, ni moi n’oubherons cette période de notre extraordinaire amitié.
CHAPITRE I. INTRODUCTION
La chute des régimes communistes européens en 1989 constitue un tournant essentiel et délimite notre « court vingtième siècle » '. Si la première guerre mondiale et la révolution de 1917 ouvrent, en tant qu’événements fondateurs, notre siècle, celui-ci s’achève avec l’efiFondrement des systèmes communistes en 1989-1991. La fin des régimes de « démocratie populaire » signifie la fin d’une histoire et non pas, comme les événements l’ont prouvé, la fin de l’histoire ^.
Le champ de recherche ainsi ouvert est immense : il s’agit d’analyser tout à la fois ce qui se défait et ce qui se construit. Une réinterprétation des régimes du « socialisme réaüsé », de leur fonctionnement et de leur place dans l’histoire s’impose et devra intégrer les nombreux enseignements qu’apporte leur chute ^.
La disparition du système soviétique pose des questions cmciales aux sciences humaines. D.L. Seiler n’hésite pas à évoquer une « révolution copernicienne dam le monde du savoir y>*. «Comment faire face alors à cette rupture majeure? (...) Comment, tout simplement, se placer à la hauteur de son questionnement ? » s’interroge R. Lew. Nous avons tenté d’apphquer les « règles simples et contraignantes » qu’il nous invite à suivre : « Garder la raison, s'imposer des exigences, des critères de recherche, accepter les défis intellectuels nouveaux (pour ne pas parler des considérables défis pratiques). Et, surtout, ne pas céder aux facilités de l'époque, aux vérités du Jour pour ne pas dire de la demi-heure » ^.
Face à ce nouveau défi scientifique, une double démarche générale s’impose. D’une part, il faut favoriser l’interdisciplinarité des approches scientifiques car, comme le note M. Telo, « la crise des théories générales traditionnelles et la portée des questions soulevées par l'Europe post-commmuniste devraient tout particulièrement favoriser l'ouverture, la communication et le dialogue des approches scientifiques ». Mais avec raison le même auteur ajoute « l'interdisciplinarité ne doit d’ailleurs pas empêcher, mais plutôt solliciter une plus
' J, Afanassœv(e.a.), Le court vingtième siècle, 1914-1991, éditions de l’Aube, Paris, 1991, 242 pages.
^ F. Fukuyama, La fin de l'histoire et le dernier homme, Flammarion, Paris, 1992, 452 pages.
^ L’appellation même de ces systèmes politiques a toujours fait question. Notre objet n’est pas d’entrer dans ce débat. Pour l’uniformisation, nous avons retenu l’auto-appellation : « démocratie populaire », mises entre guillemets pour marquer le recul par rapport à l’auto-proclamation.
” D.L. Seiler, « La pertinence de la carte conceptuelle de Rokkan après l’implosion de l’empire soviétique », Revue internationale de politique comparée, vol. 2, n° 1, 1995, p. 61.
’ R. Lew, « La nouvelle donne en Europe de l’Est et la question de la démocratie », Transitions, 1993, n° 1, p.31.
grande spécialisation des chercheurs des différentes disciplines » ^. Notre étude s’inscrit pleinement dans cette double préoccupation. Elle analyse de façon « spécialisée » l’émergence et la consolidation des organisations partisanes mais elle adopte aussi une attitude « pluraliste » et « ouverte » à propos des différents modèles explicatifs des transitions démocratiques ou des théories relatives aux partis politiques. Les mises en cause théoriques, l’incertitude et l’instabilité de l’époque, obligent et permettent à chacun, dans sa discipline, de vérifier les modèles explicatifs généraux et la pertinence des outils conceptuels ’.
L’étude des partis politiques en Europe centrale et orientale est un sujet de recherche original. Elle exige, selon nous, le dépassement d’anciens clivages entre les disciplines et les centres de recherche. En effet, elle nécessite en même temps une spécialisation régionale — les pays d’Europe centrale et orientale— et une spécialisation théorique sur les organisations partisanes. A ce jour, la combinaison des deux est exceptionnelle. D’une part, certains spéciahstes du « bloc communiste » et de la région se sont recyclés dans l’étude des situations politiques nationales, sans bagage théorique et conceptuel sur le phénomène partisan. D’autre part, des experts des partis politiques occidentaux ont plaqué leurs théories à ce nouvel espace de recherche, en le méconnaissant et en sous-estimant ses spécificités. La plupart de ces études sont de nature très générale, marquées par l’imprécision. Elles visent le plus souvent à confirmer leur validité par ime apphcation plus ou moins convaincante à une nouvelle ère géographique.
n y a des exceptions en Europe centrale. Des travaux de haut niveau y ont été publiés.
Néanmoins, la situation diffère d’im pays à l’autre. La recherche en Hongrie et en Pologne se distingue en la matière dans la mesure où le régime communiste avait accordé ime relative Uberté aux recherches sociologiques et politologiques. Ces travaux sont très précieux pour leur connaissance et leur compréhension des situations nationales mais ils pèchent par absence de comparaisons, lesquelles permettent la généralisation et la théorisation. Deux autres difficultés doivent être soulignées.
Premièrement, la chute des régimes communistes et la première phase de démocratisation en Europe centrale ont engendré une abondante littérature scientifique. Mais celle-ci s’épuise au fiir et à mesure que les situations se « normalisent ». L’intérêt de la communauté scientifique s’est écarté de cette région. Certains thèmes, tels la transition
^ M. Telo, « Notes préliminaires et suggestions pour un programme de recherches politiques consacré aux problèmes de la transition du « socialisme réel » à la démocratie », Transitions, 1993, n° 1, p. 13.
’ 11 s’agit, à notre sens, d’une démarche commune aux récents travaux de sciences politiques à l’ULB. Voir les thèses de P. Delwit et d’E. Remacle.
économique et la problématique de la sécurité, attirent encore l’attention mais les développements de la situation politique, de la transition démocratique et des partis politiques sont rarement envisagés ; les travaux en profondeur et les comparaisons exceptionnels.
Deuxièmement, et d’un point de vue fondamental, il convient de souligner l’extrême fluidité de la situation, tant sur le plan politique qu’économique ou social. En outre, il y a plusieurs éléments de simultanéité dans notre travail qui complexifient son appréhension. En particulier, les transitions économique et politique simultanées, et la concomitance de l’émergence d’un système de partis en Europe centrale et d’une « crise » des partis en Europe occidentale. H importe aussi de rappeler la difficulté, sans doute propre à l’examen des transitions, d’analyser un phénomène qui se déploie dans l’actuahté qui autorise peu de recul.
Notre recherche comparative sur les partis poUtiques est centrée sur un certain nombre de problématiques qui nous semblaient essentielles pour dégager les premiers enseignements sur les partis dans les pays étudiés.
1. Quel a été le processus d’émergence des partis politiques en Europe centrale ? Peut-on dégager une périodisation qui vaille pour l’ensemble de celui-ci ? Quelle a été l’influence des différents types d’opposition aux régimes communistes ?
2. Existe-t-il des spécificités nationales en Europe centrale et va-t-on vers une différenciation alors que l’homogénéité a presque toujours été de mise dans les réflexions et les travaux sur les pays d’Europe orientale et centrale ?
3. Quels sont les chvages principaux sur la base desquels s’articulent les formations pohtiques ? Peut-on dégager des tendances similaires ? Observe-t-on une convergence avec les situations d’Europe occidentale ?
4. Relève-t-on, plusieurs années après l’écroulement des systèmes communistes, l’apparition de partis relevant de familles idéologiques comparables à celles d’Europe occidentale ? Quelle a été révolution de leurs rapports de forces ?
5. Quelle est ou quelles sont la (les) nature(s) et les caractéristiques organisationnelles des partis politiques en République tchèque, en Slovaquie et en Pologne ?
6. Quelles sont les conséquences des différents types de transition que ces pays ont connus sur la structuration partisane ? Quels rapports peut-on mettre en évidence entre le système partisan et le processus de démocratisation ? Quel rôle peut-on attribuer à ces partis dans la transition pohtique ?
7. Comment s’organisent les systèmes de partis dans les nouvelles démocraties d’Europe centrale et orientale ? Peut-on les comparer aux situations de l’entre-deux-guerres ? Peut-on isoler, au niveau des organisations partisanes, des permanences historiques fortes ?
8. Enfin, quelles sont les positions des partis, dans les trois pays concernés, à l’égard du processus d’intégration européeime et de l’Union européenne ? Assiste-t-on à l’apparition d’un clivage sur ces questions ?
L’émergence de partis politiques en Europe centrale après 1989 ouvre donc un champ important d’analyse, de recherche et de comparaison à la fois empirique et théorique. Elle suscite l’interrogation des poUtologues sur de nombreux thèmes ayant trait à la théorie des partis. Citons par exemple:
— les differentes formes d’organisation (Duverger, Mair,...) en présence ;
— les chvages sur lesquels s’organisent les formations pohtiques (Rokkan, Lipset, Seiler, Inglehart, Chariot,...) ?
— les systèmes de partis (Sartori,...) auxquels on peut associer les cas étudiés ?
— les traces génétiques (Panebianco,...) des partis politiques à l’œuvre aujourd’hui en République tchèque, en Slovaquie et en Pologne ?
Outre les vérifications et les comparaisons auxquelles peut donner heu l’étude des partis politiques en Europe centrale, celle-ci permet d’analyser « en temps réel » et avec des outils théoriques appropriés non seulement l’émergence de partis et de système de partis, mais aussi la « rencontre » entre groupes et partis pohtiques. La plupart des études sur le sujet ont été menées a posteriori. De plus, le nombre de cas susceptibles d’être étudiés est relativement peu élevé et ne pose pas de façon centrale la problématique de l’étabUssement de relations entre organisations partisanes et groupes. Cette dernière est une des principales questions posées par la concomitance de la transition économique et pohtique.
L’étude comparative permet d’isoler les facteurs invariants et variants de ces différents processus essentiels à la compréhension et à l’analyse des partis pohtiques.
CHAPITRE II. L’ETUDE COMPARATIVE
Le choix d’une comparaison dans le processus d’émergence des partis politiques et des systèmes partisans en Slovaquie, en République tchèque et en Pologne comporte plusieurs explications.
Malgré ses difficultés, la comparaison répond de façon plus globale à certaines questions et évite de généraliser des singularités nationales. Elle permet d’isoler les facteurs invariants et variants dans un même processus L’analyse d’un seul pays nous aurait permis de dégager des caractéristiques marquantes des partis mais nous aurait interdit d’apporter des conclusions sur leur originalité, leur permanence et leur fonction déterminante dans le processus d’ensemble en Europe centrale. La démarche comparative permettait également d’aborder des questions auxquelles nous pouvions nous attacher dans xme monographie.
Mais cette option a une implication méthodologique importante : il nous fallait admettre un développement moins affiné et moins détaillé des situations nationales que celui d’une approche monographique. La comparaison demande un canevas général commun, qui permet de mettre en évidence les facteurs qui seront comparés.
Le parti pris de l’analyse comparative offie la possibUité de généraliser et d’avancer des hypothèses solides qui peuvent, ensuite, être confrontées à d’autres pays non concernés par cette étude. Tenter, comme cela a souvent été le cas pour notre sujet, d’aboutir à des conclusions théoriques à partir d’une monographie et de les étendre à d’autres cas nous semblait une démarche scientifique moins féconde et moins pertinente pour la compréhension de notre sujet.
Pour N. J. Smelser, « l'objectif de l'analyse comparative est d'expliquer de manière systématique les variantes de phénomènes sociaux observables en unités différentes. Il est possible d'identifier quatre modèles de pensée comparative :
a) le modèle descriptif-évaluatif : il concerne les auteurs qui proposent diverses formes d'utopie, positive ou négative (Moore, Rousseau, Huxley, Orwell...), dans lesquelles s'inscrit au moins implicitement une comparaison avec la société dans laquelle vivent les auteurs. (...)
b) le modèle descriptif-universel : il vise à rechercher les phénomènes universels de l'espèce humaine comme la rationalité, la socialité, le langage, l'institution des normes ou les tabous. Ce modèle n'est pas que descriptif puisque des explications sont proposées au facteur universel étudié. (...)
c) le modèle descriptif-spécifique : en réaction aux recherches universalistes, cette méthode a été promue par des anthropologues, qui soutiennent que chaque société vit selon un système d'opinions spécifiques qui n'autorise pas la hiérarchisation des systèmes. (...)
d) le modèle analytique-comparatif : les tenants de cette méthode soutiennent qu'il existe pour certains phénomènes sociaux (manières de pensée, systèmes électoraux, structure du marché, régimes politiques, structures familiales...) des variantes possibles et ils entendent formuler des concepts susceptibles de décrire et de comprendre ces phénomènes et de proposer des explications pour chacun des cas de figures (ou pour chacune des formes que peuvent prendre ces phénomènes) ».
N. J. Smelser, « Comparative, metodo », in Enciclopedia di scienze sociali, pp. 110-112.
Une série de monographies sur des cas nationaux existent. Celles-ci sont souvent produites par les chercheurs locaux, spécialisés dans l’étude du développement de leur système partisan. Les comparaisons, en revanche, sont plus rares.
Enfin, l’analyse politologique dans ime perspective comparatiste est rarement stimulée.
Nous avons voulu concourir à cette démarche qui, malgré ses diflScultés, nous semble fondamentale ® car elle demeure, dans le domaine de la science poHtique, « encore dans l’enfance » B. Badie et G. Hermet estiment même que la science politique doit faire face à une crise du « comparativisme classique ». Récemment, J. Blondel, im des comparatistes qui marqua le plus de son empreinte la discipline", plaidait aussi pour une approche
' 12
« œcuménique de l'analyse politique comparée »
Sans entrer dans le débat méthodologique et théorique, il nous apparaît opportun de rappeler certains risques auxquels est confi'onté le comparatiste. D.L. Seüer résume les trois pièges auxquels il doit faire face : « Le premier est celui du sens commun. On ne fonde pas une comparaison sur le donné grossier qu ’on perçoit immédiatement. (...) Le deuxième piège que doit éviter le comparatiste lui est tendu par le langage : comparer des mots en croyant comparer des faits sinon des objets. Le troisième est celui de la fausse neutralité. En refusant d'élucider et de spécifier sa vision théorique, il se laissera guider par une conception implicite ; non exempte de prénotion » ". Les questions méthodologiques sont importantes dans la discipline. A. Lijphart relève qu’ü nous faut faire face à une situation comprenant
« beaucoup de variables mais peu de cas » ".
’ Comme l’écrivent B. Badie et G. Hermet, « la politique comparée n’est pas seulement un secteur de la science politique avec ses méthodes propres, ses objets d’analyse et aussi ses auteurs de référence ; elle est également — et peut-être surtout— un mode de questionnement de l’ensemble des phénomènes politiques, une manière de faire progresser l’analyse empirique et la théorie politique dans la totalité des secteurs de la connaissance ».
B. Badœ, g. Hermet, Politique comparée. Presses universitaires de France, Paris, 1990, 404 pages, p. 38.
D.L. Seiler, La politique comparée, Armand Colin, Paris, 1982, 190 pages, p. 27.
J. Blondel, An introduction to comparative govemment, Weindenfeld and Nicolson, Londres, 1969, 557 pages et J. Blondel, Comparative govemment : a reader, Macmillan, Londres, 1969, 270 pages.
Celui-ci plaide pour un œcuménisme entre les approches purement empiriques qui ne permettent ni généralisation, ni théorisation et les approches purement méthodologiques. 11 dénonce l’arrogance de cette dernière approche qui « tend de façon plus générale à déterminer la nature des rapports entre approche méthodologique « pure » et approche que je définirais d'empirique « impure ». Il tend à déterminer cette nature parce que celle-là est en fin de compte basée sur le présupposé que nous pouvons savoir à l'avance comment nous rendre à l'endroit où nous voulons nous rendre. Une approche méthodologique « pure » implique que l'on connaît grosso modo la nature du terrain que l'on va explorer et que l'on peut par conséquent déterminer les instruments qui nous permettront de faire une telle exploration. Que faire alors si on ne connaît pas la nature du terrain ? On conviendra que cette stratégie a le grave défaut de ne conduire nulle part et en fait de contribuer à la conclusion qu 'il ne sert pratiquement à rien de faire des recherches de politique comparée ».
J. Blondel, « Plaidoyer pour une conception œcuménique de l’analyse comparée », Revue internationale de politique comparée, vol. 1, n° 1, 1994, p. 9.
D.L. Seiler, La politique... op. cit., p. 17.
A. Lijphart, « The comparable-cases strategy », Comparative research, vol. 8, n° 2, 1975, p. 159.
L’analyse comparée en sciences politiques a généré des discussions méthodologiques et théoriques qui mettent en exergue ses difficultés.
Les questions portent tant sur les mérites des analyses quantitatives et quaütatives que sur le niveau auquel elles doivent être menées. Ce dernier débat recoupe d’autres clivages au sein de la science politique. Globalement, il met en confrontation les tenants de modèles globaux expücatifs des sociétés aux partisans de l’analyse culturelle, qui mettent en avant l’unicité de chaque société. Dans le premier cas, l’accent est mis sur le semblable, sur le comparable ; dans l’autre l’attention est portée sur l’originalité et l’imicité.
Deux grandes stratégies de recherche peuvent être envisagées dans la recherche comparative ; l’une basée sur les cas, l’autre sur les variables. Comme le résume C. Ragin,
« ces deux approches diffèrent fondamentalement quant à leur compréhemion des cas. Dans les travaux centrés sur les cas, ceux-ci comtituent des entités singulières choisies pour leur signification, et étudiées intensivement et contextuellement. Dans les recherches centrées sur les variables, les cas sont simplement des unités d’observation— lieux de mesure des variables. Un plus grand nombre de cas est préférable, ceux-ci n 'étant que des représentations peu fiables de processus théoriques généraux » .
Ces débats ont été importants et ont contribué à des avancées significatives dans la discipline. Mais il nous faut noter certaines faiblesses dont souflBre l’analyse comparative. En effet, un grand nombre d’études présentées comme comparatives s’avère être ime suite de monographies, décryptant les situations Etat par Etat. De même, les revues d’études politiques comparatives consacrent une part importante de leur espace à des contributions dépourvues d’aspects comparatifs. Déjà en 1995, K Macridis dénonçait l’aspect essentiellement non comparatif de la comparative politics : « La grande majorité des publications dans le champ de la politique comparée traite d’un seul pays » '®. De plus, comme le pointe G. Sartori,
« aux Etats-Unis aujourd’hui la politique comparée se définit comme la discipline qui étudie
« les autres pays, et le plus souvent un seul » » soulignant « qu 'un domaine appelé politique comparée est densément peuplé de non-comparatistes, de chercheurs qui n 'ont ni intérêt, ni notions, ni expérience en matière de comparaison » .
Notre analyse prendra en compte ces différentes remarques. Nos études de cas, approfondies, nous permettront d’isoler des éléments explicatifs autour desquels nous
C. Ragin, « Comparaison, analyse qualitative et formalisation », Revue internationale de politique comparée, vol. 3, n° 2, p. 387.
R. Macridis, The study of comparative politics, Random House, New York, 1955, 77 pages, p. 7.
G. Sartori, « Bien comparer, mal comparer». Revue internationale de politique comparée, vol. 1, n° 1, 1994, pp. 19-20.
construirons notre comparaison. Comme le résume C. Ragin, la comparaison se caractérise par son aspect qualitatif, par le petit nombre de variables prises en compte et enfin étudie tes cas de façon intensive, détaillée et complète .
De même, notre recherche tente de répondre au souhait œcuménique de J. Blondel en prenant en compte à la fois les aspects communs et les profondes différences qui existent au sein de ces sociétés . Cette attitude nous fait épouser la définition de la comparaison proposée par G. Sartori : « Comparer, c 'est à la fois assimiler et différencier par rapport à un critère » .
La stratégie basée sur les variables se caractérise au contraire par son aspect quantitatif, par l’utilisation d’un grand nombre de variables et par une stratégie extensive.
C. Ragin, op. cit, pp. 385-386.
G. Demeur, « La comparaison des systèmes politiques : recherche des similarités et des différences », Revue internationale de politique comparée, vol. 3, n°2, 1996, pp. 405-431.
Celui-ci explique : « Si deux entités sont semblables en tout point, si toutes leurs caractéristiques s'accordent, alors elles constituent la même entité. Si d'autre part, deux entités diffèrent à tous les niveaux, alors leur comparaison n 'a aucun sens. Les comparaisons dans lesquelles nous nous engageons effectivement sont des comparaisons entre entités dont les attributs sont en partie partagés (semblables) et en partie non partagés (nous disons alors incomparables) ».
G. Sartori, op. cit., pp. 19-20.
CHAPITRE III. LES ELEMENTS DE LA COMPARAISON
III.1. La République tchèque, la Slovaquie et la Pologne
Notre thèse de doctorat est une approche comparée. Nous avons choisi trois pays pour réahser notre comparaison : la Pologne, la Slovaquie et la Répubhque tchèque.
III.l.l. La Pologne
La Pologne, pays le plus peuplé et le plus étendu d’Europe centrale, est une « nation historique ». En dépit des partitions qu’elle a subie, l’existence de la « nation polonaise » ne fait pas de doute pour les chercheurs et les acteurs.
Les « traditions » démocratiques « modernes » y sont plutôt mitigées. Suite à la restauration du territoire polonais après 1918, le pays connaît dès 1926 un coup d’Etat militaire Les traditions démocratiques ne sont pas cristallisées. En outre, le rapport à l’histoire est complexe : si la Pologne est une nation historique, son « existence » ne va pas de soi. A ce titre, le rapport de la Pologne à ses deux voisins principaux, l’Allemagne et la Russie — ou l’Union soviétique — est conflictuel : une grande partie de la population est à la fois germanophobe et russophobe. En raison de l’inexistence étatique de la Pologne pendant des décennies, il existe aussi une tradition de contacts politiques et culturels avec l’Occident.
Cette position de la Pologne lui assigne enfin un statut particuüer d’Etat tampon entre deux puissances mondiales.
Historiquement, on y a observé une résistance forte et traditionnelle au régime communiste instauré après la deuxième guerre mondiale. Il y existe, avant l’écroulement du mur de Berlin, une société civile principalement construite autour de l’Eghse cathohque et, à la fin des années septante, autour d’une organisation : le syndicat Solidarité.
En Pologne, le début du processus de transition du régime communiste vers la démocratie représentative a précédé l’écroulement du mur de Berlin. La transition a été négociée entre éhtes pohtiques de l’opposition et du régime. Ces dernières ont donc été acteurs de la transformation du régime poütique du pays.
En ce sens, les éléments d’ordre interne sont prégnants dans l’origine de la transition puisque celle-ci a même précédé une hypothétique impulsion de l’Union soviétique après l’accession de M. Gorbatchev à la tête de l’Etat et du parti communiste d’Union soviétique.
La transition polonaise est également le résultat d’un processus long de plusieurs années, dont on peut faire remonter les prémices aux grèves d’août 1980.
La Pologne a été appréhendée et observée comme le pays « en pointe », comme le pays
« modèle » en Europe centrale : « modèle » dans la transition mais aussi premier pays qui lance une thérapie de choc en matière économique. Néanmoins, notons que si la Pologne a joué un rôle de précurseur dans de nombreux domaines, elle a aussi été la dernière « démocratie populaire » à organiser des élections parlementaires démocratiques.
III.1.2. La Tchécoslovaquie, la République tchèque et la Slovaquie
Contrairement à la Pologne, les Répubhques tchèque et slovaque sont deux petits Etats.
La Répubhque tchèque compte dix millions d’habitants et la Slovaquie, cinq miUions.
La Tchécoslovaquie était un Etat récent, né à l’issue de la première guerre mondiale. D importe de souhgner les profondes différences historiques, sociales, pohtiques et reUgieuses existant entre les deux régions. Leur union constitue une réponse aux relations conflictuelles des Tchèques avec les Allemands et des Slovaques avec les Hongrois.
La Tchécoslovaquie est un cas exceptionnel dans le paysage pohtique d’Europe centrale et orientale pendant l’entre-deux-guerres : elle a en effet conservé un régime démocratique durant toute cette période, en dépit des forces centrifuges multiples — notamment le problème des Sudètes et... de la Slovaquie. Il existe donc des traditions démocratiques avant l’instauration du régime de « démocratie populaire ».
Elle a aussi connu, au moins en Bohême, une situation économique et sociale comparable à celle existant dans les pays occidentaux les plus développés.
Dans la partie tchèque de la Tchécoslovaquie, il existait, avant 1945, de fortes traditions communistes. En revanche, du côté slovaque, la tradition communiste était peu prégnante. Le rapport au régime communiste est donc différent du cas polonais, d’autant qu’il n’existe pas de profonds sentiments anti-russes ou anti-soviétiques dans la population tchécoslovaque avant 1968.
Le « printemps de Prague » en 1968 marque à la fois une contestation du régime et une volonté de l’amender et de se situer dans le cadre du socialisme.
Ses conséquences seront durables ; on assiste non seulement à une « normalisation » massive qui vide définitivement le parti communiste de ses éléments réformateurs— les intellectuels sont la cible privilégiée du régime — mais aussi à des diSërences d’attitude, de comportements et de réactions entre Tchèques et Slovaques. Ces derniers ont bénéficié d’une modernisation et d’une industrialisation importantes de leurs régions.
La résistance au régime communiste est le fait d’une dissidence individuelle et intellectuelle. Le poids social de la Charte 77 en Tchécoslovaquie est marginal. La dissidence n’a jamais eu de prise sur des catégories sociales. L’Eghse catholique n’a jamais pu ou voulu jouer un rôle de relais des positions dissidentes.
La transition tchécoslovaque se caractérise par la rapidité de la chute du régime communiste. Celui-ci s’effondre sous le coup de la « révolution de velours » pilotée par la mouvance dissidente. En moins de deux semaines, les Tchécoslovaques obtiennent pacifiquement ce que les Polonais avaient mis plus de dix ans à obtenir. Les éütes communistes n’ont pu, contrairement au cas polonais, négocier la transformation du régime pohtique ; elle leur a été imposée. D en résulte un rapport de forces et une situation politique essentiellement différents.
Dans la transition tchécoslovaque, il importe de souügner le rôle des éléments d’ordre externe : la « passivité » soviétique envers l’évolution pohtique de ses aUiés, les négociations entre éhtes en Pologne et la contagion démocratique impulsée par l’évolution hongroise et est- allemande. Un lent réveil de la société civile peut parallèlement être noté.
La séparation de la Tchécoslovaquie en deux Etats indépendants— la République tchèque et la Slovaquie— mérite l’attention à deux égards principaux que nous développerons.
D’ime part, il s’agit d’une partition demandée par la région la plus pauvre du pays.
Dans les réflexions contemporaines sur le nationaüsme et le régionaUsme, il s’agit d’un élément capital ; on n’a pas affaire à un nationahsme-régionahsme de riches similaires à celui que portent certaines formations poütiques du Nord de Titahe ou du Nord de la Belgique.
D’autre part, la création de deux Etats indépendants fut le finit d’une négociation et d’im compromis réahsés pacifiquement dans un contexte chahuté et parfois mihtaire de Taprès- communisme. Que l’on songe à l’éclatement de la Yougoslavie et au conflit qui l’a suivi ou aux multiples conflits nés de l’éclatement de l’ancienne Union soviétique.
Pour notre sujet, la partition a des conséquences importantes. Il y a création de deux Etats, de deux appareils étatiques, de deux régimes et de deux systèmes de partis. Dans notre recherche sur les partis et les systèmes de partis, nous examinerons successivement le système de partis en Tchécoslovaquie jusque fin 1992, le système de partis en Slovaquie et en République tchèque à partir de 1993.
Enfin notons l’importance du rapport aux minorités— la minorité slovaque en Tchécoslovaquie et la minorité hongroise en Tchécoslovaquie puis en Slovaquie— et les répercussions qu’a (eues) cette problématique en termes de partis et de systèmes partisans.
D’un pomt de vue géopolitique, il conviendra de cerner le caractère spécifique de la Slovaquie — le plus occidental des Etats orientaux, le plus oriental des Etats occidentaux — alors que la République tchèque ne possède plus de fi’ontière avec l’est européen.
CHAPITRE IV. PLAN DE LA THESE
Notre travail sera construit sur la base de sept parties.
Dans les deux premières parties, nous aborderons les champs contextuels et conceptuels.
La première partie traite du champ historique de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Bohème-Moravie et de la Slovaquie. Elle nous permettra de définir le rapport possible dans l’analyse ruptures-continuités entre les paysages politiques contemporains et ceux de l’entre- deux-guerres. B. Badie et G. Hermet pointent la nature de cette variable contextuelle. Elle
« consiste à tenir compte des traditions politiques propres à chaque unité géographique, c ’est-à-dire de leur histoire propre, expliquant les corrélations et donnant un sens à leurs comparaisons » ^'.
n ne s’agira donc pas de produire une histoire exhaustive et originale sur chacun de ces pays, ce que nos compétences et les sources disponibles nous interdisent de faire.
Nous concentrerons notre attention à la fois sur les paysages et les formations pohtiques de l’entre-deux-guerres ainsi que sur certaines données historiques plus anciennes qui sont indispensables pour la compréhension de certaines situations pohtiques.
La deuxième partie est consacrée aux canevas méthodologique et théorique dans lequel nous inscrirons notre analyse empirique ; la théorie des partis pohtiques et des transitions. A ce titre, nous mettrons en perspective les principaux axes de la recherche sur les partis pohtiques dans le traitement des cas étudiés. De même, nous rappellerons certaines définitions des concepts que nous utihserons tout au long de notre étude de cas. En outre, après avoir rappelé plusieurs débats qui ont divisé les spéciahstes des partis pohtiques, nous nous situerons dans cette discussion en défendant une analyse « plurahste » de l’étude des partis pohtiques.
Par aiUeurs, nous examinerons un autre champ théorique par rapport auquel nous nous situerons dans l’étude de la Répubhque tchèque, de la Slovaquie, et de la Pologne : la transitologie. Dans queUe(s) mesure(s), les recherches théoriques menées dans une approche comparative qui a mêlé l’Itahe d’après guerre, le Portugal, l’Espagne, et la Grèce au miheu des années septante, des pays d’Amérique latine et centrale dans les années septante et quatre-vingt et des pays d’Asie du Sud-Est dans la même période, sont-elles opératoires dans la transition en Europe centrale ? QueUes sont les forces et les faiblesses de ces modèles exphcatifs ?
21 B. Badie, G. Hermet, op. c/7., p. 38.
Dans les troisième, quatrième, cinquième et sixième parties, nous traiterons en profondeur de la transition politique en Tchécoslovaquie (3) en République tchèque (4), en Slovaquie (5), et en Pologne (6). Nous y développerons, sur la base d’un même canevas, l’histoire poUtique depuis 1989, le cadre constitutionnel et institutionnel, les partis politiques et la formation du système politique. Nous étudierons dans chacun des cas, l’influence des différents régimes communistes et des types de transition démocratique sur l’émergence des formations partisanes. De même, nous apporterons une attention particulière à la nature des
« founding élections » et leurs conséquences, et aux effets des lois électorales. Nous résumerons les principaux débats pohtiques qui se sont déroulés dans chacun des trois pays.
Notre analyse, dans chacun des cas, envisagera la situation politique dans l’espace- temps de l’organisation de trois élections nationales.
Enfin, dans notre septième partie, nous conclurons dans une approche comparative faciUtée et enrichie par l’utilisation d’un même canevas. Celle-ci permettra de tirer des conclusions sur la comparaison des systèmes partisans de l’entre-deux-guerres et contemporains et, de fournir im élément d’analyse et de compréhension supplémentaire dans le débat sur les mptures et les continuités pohtiques.
L’analyse comparative nous permettra d’apporter des réponses aux questions relatives à l’influence des régimes communistes et des types de transitions sur la cristalhsation des paysages pohtiques. La différentiation au niveau des stades atteints dans la consohdation démocratique sera mise en perspective avec l’étabhssement de systèmes partisans.
De même, nous comparerons les processus d’émergence des partis pohtiques et leurs caractéristiques internes, stmctureües ainsi que les types de relations sociales entretenues par les organisations partisanes et les groupes sociaux. Enfin, le rapport entre consohdation démocratique et étabhssement d’un système partisan organisé et stabihsé sera approfondi grâce à l’analyse de cas.
IV.1. Les sources
Dans notre recherche comparative, nous avons été confronté à certaines difiScultés spécifiques à notre objet d’étude.
Outre le questionnement théorique suscité par la nouveauté du sujet, les études pubhées sur les partis pohtiques polonais, tchèques et slovaques sont rares et souvent très générales. De plus, les articles scientifiques traitant des évolutions pohtiques et sociales récentes sont presque
exceptionnels. Ils ne nous auraient pas permis de mener un travail de réflexion comparatif approfondi. Cette constatation nous a amené à construire ime partie du matériel de notre recherche. Nous avons effectué plusieurs séjours dans les trois Etats concernés afin d’aller « à la rencontre » des partis politiques. Nous avons pu interviewer de nombreux cadres, parlementaires et dirigeants de tous les partis politiques représentés au parlement. Ces entretiens nous ont fourni une matière riche en informations et en analyses sur les différentes organisations politiques ainsi que sur l’évolution des situations politiques. En rencontrant à intervalles réguliers im nombre toujours croissant de personnalités, nous avons également pu analyser les partis dans leurs dimensions dynamiques.
En outre, ces contacts nous ont autorisé à assister en observateur à plusieurs congrès nationaux ou régionaux de plusieurs partis politiques, ce qui nous a permis de prendre mieux conscience de la réalité de ces formations et aussi de nous entretenir avec des militants de base.
Nous avons passé de nombreuses heures au sein des trois parlements non seulement afin de suivre des débats importants mais aussi de nous entretenir avec les responsables des groupes parlementaires dont notre analyse a souligné toute l’importance.
De plus, nos séjours d’études nous ont amené à rencontrer les principaux spéciaUstes des partis politiques polonais, tchèques ou slovaques avec lesquels nous avons pu échanger des analyses et des réflexions sur nos sujets de recherches communs. La poursuite des discussions par écrit et les projets de recherche futurs démontrent l’intérêt pour cette démarche.
La rencontre avec les acteurs politiques et avec les analystes nationaux a non seulement fortement enrichi notre compréhension et notre réflexion mais il lui donne aussi une part de son originalité et de sa nouveauté. Ces contacts nous ont permis de récolter nombre de documents très rarement voire jamais utilisés dans les recherches sur les partis politiques d’Europe centrale : les programmes ou plate-formes politiques, des statistiques politiques et sociologiques,....
A côté de ces contacts de terrain et de la littérature scientifique, nous avons aussi tenu à diversifier nos sources pour avoir im suivi quotidien de l’évolution des situations politiques et partisanes. La fluidité de l’évolution pohtique et des partis rendait cette démarche impérative à la compréhension de notre sujet.
Nous nous sommes appuyé sur les nombreuses données quotidiennes ou hebdomadaires fournies par la BBC, Le Monde, Le Soir ou par les organismes, aujourd’hui de recherche, issus de Radio Free Europe. Il faut y ajouter différentes revues de la presse d’Europe centrale.
PARTIEL LES ETAPES HISTORIQUES DE LA POLOGNE, DE LA TCHECOSLOVAQUIE, DE LA BOHÊME ET DE LA
SLOVAQUIE
CHAPITRE I. INTRODUCTION
Cette partie traitera de deux questions essentielles pour la compréhension de notre sujet de recherche.
Plutôt que de somnettre aux lecteurs un résumé chronologique et nécessairement incomplet de l’histoire politique économique et sociale des trois Etats étudiés, nous avons choisi de souligner et de mettre en exergue des « moments clés » dans leur développement historique propre. Ceux-ci influencent ou ont influencé significativement le développement poütique national. Les problèmes soulevés par les questions nationales, les processus spécifiques qui ont mené à l’émergence de ces nouveaux Etats, les régionaUsmes, les traditions de force ou de faiblesse de l’appareil étatique, la dynamique des rapports de force entre les différentes classes sociales doivent être restitués dans un contexte historique approprié.
Comment penser l’influence contemporaine et différenciée des Eglises polonaise, slovaque ou tchèque sans avoir préalablement analysé— même de manière succincte— leurs rôles et fonctions respectives dans le cheminement de construction nationale et l’évolution de leurs relations avec le pouvoir politique ? Pour chaque Etat ou nation (dans le cas slovaque), nous isolerons des traits ou des événements marquants qui ont, d’une façon ou l’autre, influé sur les processus politique et idéologique. Cette première partie s’arrête en 1918, année durant laquelle ces Etats naissent ou renaissent.
Nous insisterons plus particulièrement sur l’histoire politique, économique et sociale pendant la période de l’entre-deux-guerres. Une dimension importante sera consacrée aux partis et aux paysages politiques durant cette période.
Plusieims raisons justifient ce choix méthodologique.
D ne s’agit pas de tomber dans un historicisme maintes fois dénoncé à juste titre. Si l’histoire n’explique pas tout, sans histoire, il est impossible de comprendre le développement et la force des problématiques. Nous pensons donc qu’en analysant les systèmes et les partis politiques entre 1918 et 1940, nous créons les conditions indispensables pour une comparaison entre les systèmes et les partis politiques tels qu’ils se présentent aujourd’hui et tels qu’ils s’offraient avant la seconde guerre mondiale.
Ce faisant nous permettrons, une première approche d’un des thèmes que notre travail mettra en évidence, celui des « mptures et des continuités ».
Peut-on établir des parallèles scientifiquement pertinents entre les paysages politiques polonais, tchèque et slovaque existant avant le cataclysme de la guerre 1940-1945 et ceux que nous pouvons observer aujourd’hui ? Dans l’affirmative, faut-il conclure que les éléments de continuité dominent la triple rupture que constituent la deuxième guerre mondiale, les régimes communistes et leur effondrement ? Ces dernières années, les mass médias ont fi'équemment souligné le parallélisme entre l’instabihté gouvernementale et partisane polonaise et la situation que connaissait ce pays entre 1918 et 1939. En revanche, la République tchèque vivrait aujourd’hui la même stabilité pohtique et économique que celle du temps de M. G. Masaryk et d’E. Benes. L’histoire ne serait-elle qu’une perpétuelle répétition ? Quelle signification peut-on donner aux éléments de mpture et de continuité constatés ?
Au fur et à mesure que notre recherche progressait et que, dans le même temps, se développaient les nouvelles situations politiques, les questions liées aux passé ont confirmé leur importance symbolique, sentimentale et politique. Tous les pays d’Europe centrale sont confi-ontés à ces phénomènes. Il était ainsi indispensable d’aborder ces composantes qui influencent les débats politiques actuels.
On ne peut comprendre la « séparation de velours » entre la République tchèque et la République slovaque si on fait l’impasse sur les conditions qui ont conduit à la création d’un Etat commun des Tchèques et des Slovaques et sur les relations qu’ils ont entretenues entre
1918 et 1938.
La situation de la minorité hongroise en Slovaquie et de sa représentation politique ' doit aussi être reliée non seulement à Tentre-deux-guerres mais aussi aux mille années de domination hongroise sur le peuple slovaque. Comment saisir la nature du nationaUsme slovaque, et par là des partis nationalistes slovaques contemporains, si ces dimensions historiques ne sont pas intégrées dans nos analyses ?
De même, la question des Sudètes, de leur expulsion après la seconde guerre mondiale, des relations avec le puissant voisin allemand font l’objet de controverses vives en République tchèque depuis le rétabhssement de la démocratie parlementaire. On ne peut appréhender la surenchère anti-germanique de certains partis en Bohême, leur impact majeur et les
' Comme nous le verrons dans le chapitre sur la Slovaquie, un des mouvements qui défend la minorité hongroise est d’inspiration catholique ; l’autre est nettement plus influencé par les protestants. Cette division religieuse se retrouve dans d’autres mouvements politiques. Elle a des racines historiques profondes que nous développerons ; les deux communautés n’ayant pas entretenu les mêmes rapports au « tchécoslovaquisme ».
contradictions de ce discours sans se référer aux relations entre le gouvernement de P*rague et sa minorité allemande dans les années trente et la situation de la Bohême entre 1940 et 1945. A cela, il faut aussi ajouter les conditions et les conséquences de l’expulsion des Sudètes de Tchéco Slovaquie.
Comment expliquer des comportements électoraux aussi différenciés en Pologne sans se référer au partage entre l’Empire austro-hongrois, la Russie et l’Empire germanique qui chacun ont profondément et durablement influencé les sociétés locales, leur développement économique et agricole et les attitudes politiques ? On ne peut saisir les sentiments russophobes de la population polonaise sans rappeler que les troupes russes ont pénétré en Pologne ou l’ont envahie en 1632, en 1655, en 1706, en 1710, de 1768 à 1772, de 1791 à 1792, en 1794, en 1813, en 1831, en 1863, entre 1919 et 1920, en 1939, de 1944 à 1945 ^ Les exemples peuvent être multipliés.
En outre, la période de l’entre-deux-guerres constitue une référence majeure pour le discours pohtique. Après l’effondrement aussi rapide qu’imprévu des régimes communistes, les
« modèles historiques » n’étaient guère nombreux. Ainsi, L. Walesa fait-il souvent référence au Maréchal Pilsudski tandis que V. Havel est « entre dans les vêtements » de Masaryk ou de son image. On concevra sans mal l’influence idéologique et politique que peut avoir le choix de tel ou tel héros.
J. Rothschild, un des plus éminents historiens de l’Europe centrale, nous rappelle par exemple combien la vie pohtique polonaise après 1918 a été marquée par la volonté d’éviter les erreurs qui aboutirent à la disparition de la Pologne pendant 130 ans : «La droite et le centre ont interprété l’histoire polonaise en mettant en avant leurs préférences pour une société moderne homogène au niveau religieux avec un appareil centralisé et une politique étrangère particulièrement prête à répondre à la menace allemande. Tandis que la gauche et le mouvement de Pilsudski, soutenus par certains mouvements des minorités ethniques lisaient la même histoire en voyant l'avantage pour la Pologne de mettre en avant le pluralisme et le fédéralisme. Et leur leçon de l'histoire était que le danger venait de la Russie » ^.
N. Davies voit juste lorsqu’il estime que « l’histoire pèse d’un poids si lourd sur les consciences polonaises que pour analyser à fond une crise quelle qu 'elle soit, dans ce pays, il
^ N. Davies qui établit cette liste ne met pas en exergue la nature très différente de ces interventions. Toutes ne peuvent pas être considérées comme des invasions. Malgré toutes les contradictions et les arrières-pensées, il reste clair que l’arrivée des troupes soviétiques en 1944-1945 représente bel et bien une libération.
N. Davies, Histoire de la Pologne, Fayard, Paris, 1990, 542 pages, p. 406.
^ J. Rothschild, East Central Europe between the two World Wars. A history of East Central Europe. Volume 9, University of Washington Press, Seattle, 1974, 420 pages, p. 27
faut examiner également à fond la manière dont les principaux acteurs sur la scène politique perçoivent leur rôle actuel par rapport aux traditions » ''.
De même, A. Walicki note que la Pologne « est un pays ou tout possède une dimension historique. (...) Cela explique pourquoi l’histoire y est une discipline si populaire: nous avons plus d’une d’une centaine de périodiques historiques et le nombre de publications historiques avoisine les 6 000 par any>^.
Sur ces questions, notre analyse se fonde sur les travaux de B. Michel. Si nous ne partageons pas certains de ses points de vue, ses recherches sont d’un apport incontournable à la réflexion sur les phénomènes sociaux et pohtiques en Europe centrale. B. Michel tente d’approcher la notion de « modèle historique, à partir des réactions collectives d’une nation en période de crise grave : révolution, menaces de guerre, conflit militaire. Lorsqu ’iine telle crise se produit, la population réagit d’abord à la situation historique qui lui a donné naissance, mais aussi, et surtout, elle agit, consciemment ou inconsciemment, devant une situation neuve, selon un modèle collectif qui rassemble des éléments complexes et plus anciens » ®. Après avoir exemplifié son propos ^, il précise : « Ma conception du modèle historique n ’exclut pas l’innovation, la création de nouveaux modèles. Mieux, la plupart des modèles historiques sont de création récente et beaucoup ne dépassent pas le XDf siècle » * *.
Le modèle théorique s’oppose donc aux notions de « psychologie nationale ». En effet, la
« psychologie nationale » supposerait une continuité historique et « tirerait ses éléments constitutifs d’une banque fermée de données»^. Aux yeux de B. Michel, les modèles
N. Davœs, op. cit.,p. 430.
^ A. Walicki, « The three traditions in polish patriotism », in A. Polonsky, S. Gomulka (ed.), Polish paradoxes, Routledge, Londres, 1990, 274 pages, p. 21.
* B. Michel, La mémoire de Prague: conscience nationale et l’intelligentsia dans l’histoire tchèque et slovaque. Librairie académique Perrin, Paris, 1986, 220 pages, p. 38.
’ Après avoir donné des exemples dans les cas hongrois et polonais, qui tiennent aux lieux non fortuits des manifestations, il précise son propos : « Lorsque j ’étais étudiant à la Sorbonne, E. Labrousse nous expliquait les causes des révolutions de 1830 et 1848. Pourquoi ces révolutions et pourquoi en France alors que des situations pré-révolutionnaires existaient dans d ’autres pays d ’Europe ? Il répondait « Il y a eu une deuxième et une troisième révolutions parce qu ’il y a eu la première, celle de 1789 ». En d ’autres termes, ces révolutions latentes avaient besoin, pour devenir réalité, d’un modèle historique qui donne forme aux mouvements populaires. Au contraire, lorsqu’il n’existe pas de modèle historique et qu’il faut en créer un nouveau pour tenir compte d’une situation imprévue, la réussite immédiate est impossible. Ainsi dans la France de juin 1940, le seul modèle qui s’imposait était celui de la Marne; comme en 1914, les Allemands pourraient s ’avancer profondément dans le territoire français, mais ils seraient arrêtés devant Paris. Lorsque ce modèle échoue et que les Allemands entrent à Paris, il n’existe nul modèle de rechange. (...) De Gaulle, dans son discours du 18 Juin 1940, ne définit pas seulement une politique, il crée un nouveau modèle historique. (...) Pour le gouvernement tchécoslovaque de 1939 en exil, s’installer à Paris puis à Londres, c ’était renouer avec le passé récent de la première guerre mondiale qui avait vu le retour triomphal à Prague des fondateurs du comité national tchèque, Masaryk et Benes. En France au contraire, depuis 1789, l’émigration en période de crise est dévaluée et méprisée. (...) Le modèle du 18 Juin suppose donc un renversement des valeurs, un bouleversement de tous les modèles antérieurs qui ne peuvent immédiatement s’imposer à l’opinion française ».
* Ibid.,p. 40.
^ Ibid.,p. 40.
historiques sont, au contraire, le reflet d’une histoire discontinue et toujours potentiellement créatrice.
« Le détour » par l’entre-deux-guerres permet d’étudier la seule période où les trois Etats que nous abordons ont connu — parfois brièvement — une démocratie représentative avec l’existence d’im système de partis. Le rappel de la situation de ces partis pohtiques, de leur nature, de leur positionnement dans les différents clivages sociétaux, de leur participation au pouvoir et des divers équilibres pohtiques nous permettra de mieux cerner les continuités et les ruptures au sein des systèmes partisans de l’entre-deux-guerres et de l’après 1989. Les mêmes grandes forces pohtiques subsistent-eUes ? Les difihcultés de stabflisation rencontrées par les systèmes pohtiques ont-eUes des points communs avec celles connues entre 1918 et
1940 ? Comment exphquer les ruptures et les continuités mises en évidence ?
Dans certaines circonstances, les ruptures pointées permettent de construire de nouveUes hypothèses concernant la période de l’entre-deux-guerres.
Une autre raison qui exphque l’attention que nous portons à cette phase est la réémergence après 1989, dans tous les pays d’Europe centrale et balkanique, de partis que nous appelons « historiques » ; c’est-à-dire qui sont ou veulent être les continuateurs de formations pohtiques organisées avant 1940 et qui, le plus souvent, ont été interdites ou intégrées par les régimes communistes. Ces tentatives de renaissance ont connu des fortimes diverses mais ehes sont des objets d’études qui exigent une connaissance de ce qui les a précédés. La problématique rupture et continuité apparaît là aussi sur une nouveUe facette.
Enfin une dernière raison pour se pencher sur la situation pohtique entre 1918 et 1940 tient à la tentative avortée de démocratisation de ces Etats. Rappeler les difficultés rencontrées à l’époque et les causes des échecs est utile alors que ces pays entament un nouveau processus de démocratisation qui se révèle divergent suivant les nations considérées.
Nombre d’auteurs, appartenant à des écoles de pensée distinctes, ont souhgné l’importance de la problématique des ruptures et des continuités dans l’analyse des situations contemporaines en Europe centrale et balkanique. H. Bodgan en fait une de ses approches
Son ouvrage Histoire des pays de l’Est a été un succès de librairie. Malheureusement, sa vision et son analyse sont souvent d’un tel parti pris— notamment pro-hongrois— que son utilisation est parfois problématique. Son jugement unilatéralement négatif de la Tchécoslovaquie de l’entre-deux-guerres est particulièrement étonnant. Quand l’auteur estime que cette dernière constituait « un succédané » de démocratie à l’occidentale (p. 266), il frise le ridicule quand on connaît la situation des autres Etats de la région à l’époque.
Ce n’est pas le seul exemple du genre. Par ailleurs, certaines erreurs factuelles ou des approximations sont à relever.