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L'approche fonctionnaliste

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CHAPITRE IV. LES NOUVELLES CATEGORISATIONS

IV.5. L'approche fonctionnaliste

Aujourd’hui, il n’est plus possible d’analyser les partis politiques sans examiner leurs fonctions dans les sociétés. En étudiant les fonctions des partis politiques, les vides qu’ils remplissent, les besoins sociétaires comblés, on ajoute un angle à la compréhension et à l’analyse du phénomène partisan. Mais on dégage aussi un invariant, ce qui permet la comparaison.

L’analyse fonctionnabste a suscité de nombreuses discussions et beaucoup de polémiques. Au risque de nous éloigner de notre sujet, nous ne pourrons que les résumer.

En 1942, c’est en dénonçant les partis pobtiques, comme freins à la démocratie, que. E. E Schattschneider s’est interrogé sur leurs fonctions précises. Premier analyste fonctionnabste des partis pobtiques, ses travaux seront enrichis par R. K. Merton. Se penchant sur les « machines pobtiques » aux Etats-Unis et le rôle du « Boss », K K, Merton élargit ses conclusions à l’ensemble du système pobtique .

G. Lavau a démontré toute la richesse de l’analyse fonctionnabste pour la compréhension du phénomène partisan. A condition, expbque-t-U, de faire un effort de précision et de définition, et d’apporter quelques clartés sur l’analyse fonctionneUe ebe-même.

Ibid, p. 254.

E.E. Schattschneider, Party govemement, Holt, New York, 1942, 219 pages.

« En premier lieu, l'analyse précédente a des conséquences directes pour l'action sociale (social engineering). Elle aide à expliquer pourquoi les ejjbrts périodiques de « réformes politiques », « d'expulsion des salopards », de « nettoyage de l'écurie politique » sont de courte durée et échouent inévitablement. Elle illustre le théorème de base suivant : est condamnée à l'échec toute tentative faite pour éliminer une structure sociale existante sans fournir des structures de remplacement adéquat, c’est-à-dire capable de remplir les fonctions précédemment assurées par l’organisation abolie. Inutile de dire que ce théorème a une portée beaucoup plus large que le seul exemple de la machine politique. (...) Une deuxième conséquence de notre analyse de la machine politique déborde elle aussi des domaines que nous avons considérés. On a souvent noté ce « paradoxe » que la machine politique soit soutenue à la fois par de respectables hommes d’affaires et par des membres fort peu respectables du « milieu ». (...) A la lumière d’une analyse fonctionnelle tout cela perd son apparence paradoxale. Etant donné que la machine rend service à l’homme d’affaires aussi bien qu’au criminel, les deux groupes en apparence opposés s ’y touchent. D'où un théorème plus général : les fonctions sociales d’une organisation contribuent à déterminer sa structure (y compris le recrutement de son personnel) comme la structure contribue à déterminer l'efficacité avec laquelle les fonctions sont remplies ».

Pour le politiste français, « les fonctions sont des contributions (ou des solutions) que les acteurs apportent, par leurs actes, à des exigences fonctionnelles des systèmes auxquels ces acteurs sont reliés, ces exigences fonctionnelles étant supposées être ce qui est nécessaire à ce système pour survivre, s'adapter, atteindre ses buts, ne pas se dénaturer. Ces contributions peuvent résulter soit des buts proclamés et de l’activité immédiate des acteurs (fonctions manifestes), soit des résultats non consciemment recherchés et non immédiats desdits acteurs (fonctions latentes). Résultats non immédiats et buts proclamés et manifestes peuvent être dysfonctionnels ou afonctionnels » .

Dans son optique, aucvm parti politique n’est purement fonctionnel pour le système politique dans la mesure où les systèmes politiques, à l’instar des systèmes sociaux, sont multidimensionnels. Autrement dit, « le système politique est un univers de conflit tout autant

que d’intégration » Les recherches de G. Lavau sont incontoumahles. Nul mieux que lui

n’a insisté sur les besoins d’investigations et d’analyses exphquant l’origine particuhère des partis ou types de parti. Son étude sur la fonction « tribunitienne » du parti communiste français reste un modèle. Elle démontre l’ampleur des potentiahtés que peut receler l’étude fonctionnahste.

Des typologies nombreuses, plus ou moins complexes, des fonctions des partis pobtiques ont été proposées. Elles se recoupent souvent . La plupart admettent la multifonctionnaüté des partis. Celle de P.H. Merkl est l’une des plus célèbre.

G. Lavau, « Partis et systèmes politiques ; interactions et fonctions », Revue canadienne de science politique, n, n° 1, mars 1969, pp. 18-42.

Ibid.

G. Lavau, >1 quoi sert le parti communiste français ?, Fayard, Paris, 1981,443 pages. G. Burdeau définit quatre fonctions principales aux partis ;

« La fonction d'encadrement : les partis ont essentiellement pour objet d'encadrer l'opinion, de faciliter la cohésion entre les représentations individuelles et de coordonner l'action politique. (...)

La fonction d'encadrement : leur mission n 'est pas seulement de lui proposer un choix de couleurs; elle consiste à le préparer à l'acte électoral et à l'amener à en assumer consciemment la responsabilité. C'est, au sens le plus large, une mission d'éducation et d'information. Education d'abord car c'est aux partis qu'il incombe de donner une signification politique aux aspirations ou aux revendications des individus. (...) Il lui faut aménager la doctrine en programme d'action et, par là même, la confronter aux programmes de pouvoir.

Et, c 'est là où sa mission éducative se prolonge par une fonction d'information.

La fonction animatrice : les partis concrétisent (...) les mouvements des mentalités politiques ; ils leur donnent une expression tangible dont il serait dijficile de trouver l'équivalent si la masse des gouvernés demeurait amorphe et inorganisée.

La fonction de formation du personnel politique. Si les partis créent un pouvoir, ils sont aussi des écoles où s'apprend son exercice. (...) L'opération de sélection des candidats a en ejfet un objectif qui dépasse les résultats de la consultation électorale. Il s'agit d'une véritable cooptation car le parti ne recherche pas seulement le candidat qui sera valable aux yeux de l'électeur mais celui dont le passé, les attitudes, le caractère garantissent qu 'au sein de la classe politique, il se comportera selon les normes, non écrites mais impératives du milieu ».

Selon lui, les fonctions attribuées aux partis politiques peuvent être divisées en six catégories : le recrutement et la sélection des élites pour les postes gouvernementaux, rétablissement de programmes et de politiques pour le gouvernement, la coordination et le contrôle des organes gouvernementaux, l’intégration sociale par l’agrégation et la satisfaction des demandes sociales et par production d’un système de croyance commun ; une idéologie, l’intégration sociale des individus par la socialisation politique et la mobilisation de soutiens, et la formation en contre-société dans l’opposition ou la subversion.

Pom sa part, G. Lavau s’intéresse principalement à trois exigences fonctionnelles : les fonctions de légitimation-stabilisation, de relève politique et tributionnes .

Pour résister aux tensions centrifiiges et aux processus internes de combat politique, un système politique aurait besoin « d’être légitimé et stabilisé ». Ce degré de légitimation et de

stabilisation serait variable selon les systèmes politiques. « Un système politique qui

bénéficiera de soutiens très larges et très puissants en faveur du sentiment d’unité nationale pourra supporter une charge critique beaucoup plus forte de contestation quant à son régime politique ».

Tout système politique doit susciter des programmes ; « c ’est-à-dire des propositions de changement aux orientations politiques précédemment définies, et des critiques sur la politique menée par ses autorités ». Dans la même veine, il offrira la possibilité d’ime relève de

ses autorités.

Un système politique doit favoriser l’intégration politique. Le cas échéant, il a à neutraliser les forces centrifuges qui ne peuvent y parvenir complètement ou directement. Le système politique peut offrir à ces forces, à ces groupes défavorisés le moyen de se protéger

contre le système. Cette fonction est, pom G. Lavau, la « fonction tribunitienne ». « Des

partis politiques qui seront « manifestement » hostiles au système pourront donc remplir de façon latente cette fonction tribunitienne. Cela signifie pour eux plusieurs choses : d’abord, qu ’ils ont cessé en fait d’être des partis révolutionnaires, ensuite, qu ’ils ont acquis assez de force et de représentativité pour pouvoir effectivement bloquer ou entraver le fonctionnement du système (...). Enfin, qu ’ils ont assez d’autorité sur les groupes dont ils prétendent être les

M. Ofiferlé critique la « fuite en avant » que constitue pour lui l’élaboration de catégorisation complexe des typologies. Elles constitueraient « une mise en forme savante des catégories de pensée des hommes politiques eux- mêmes ».

M. Offerle, Les partis politiques,PUF, Paris, 1987, 125 pages, p. 10.

P. Merkl(ed.). Modem comparative politics, Holt, Rinehart and Winston, 1970, 516 pages, pp. lll-TTi.

porte-paroles pour empêcher ceux-ci de se livrer à des actions « sauvages » ou de se réfugier dans des comportements de retrait ou de boycott » .

La catégorisation de G. Lavau résume et généralise l’inventaire des fonctions proposé par P. Merkl. P.-H. Claeys établit, pour sa part, une classification qui possède l’avantage de dégager les fonctions essentielles jouées par les partis politiques sans multiplier les difiFérentes catégorisations, propension fi’équente de la démarche. P.-H. Claeys distingue quatre grandes fonctions, qu’il subdivise en sous-fonctions relatives aux aspects divers qu’elles peuvent prendre.

La fonction constituante est subdivisée en «une fonction de légitimation du régime

politique » et « une fonction de constitution des élites politiques » .

La fonction programmatique est constituée de « la fonction idéologique », qui donne une explication convaincante de l’état de la société et des mécanismes qui président à son fonctionnement, et « la fonction d’agrégation des intérêts » dans laquelle le parti va essayer de présenter un programme qui attire im maximum des gens en rencontrant leurs intérêts.

La fonction gouvernante se manifeste sous trois aspects : la fonction de

participation à la création des gouvernements, la fonction de contrôle de la gestion gouvernementale et la fonction disciplinaire, qui établit une cohérence entre les instances du parti et ses représentants extérieurs.

La fonction d’encadrement social, qui se subdivise en trois formes « complémentaires

et différentes ».

D’abord, une fonction d’intégration des individus par le biais : d’« un aspect cognitif: dans la mesure où les partis politiques soumettent un programme et critiquent la gestion des autres partis, il est évident qu 'ils informent sur la situation du système. C 'est par le biais des partis politiques que cette information prend un caractère critique », d’un aspect affectif : en ayant la sensation d’appartenir à des organes destinés à conquérir le pouvoir, on induit le sentiment d’appartenance à l’entité que l’on veut conquérir, à’«un aspect évolutif: en faisant se heurter, mais aussi s’accorder des conceptions idéologiques différentes mais compatibles, les partis politiques éduquent et font adhérer la population à un certain nombre

76/c^., p. 39.

P. H. Claeys, Partis politiques... op. cit.,pp. 25-30.

« Par leur participation, les partis plus que tout autre acteur social, entérinent la légitimité du système d’attribution du pouvoir et des règles du jeu qui président à son exercice ».

« Les partis politiques contribuent à former les élites dirigeantes d’un pays ». La mise en évidence de cette fonction constitue l’apport principal de F. Sorauf.

de valeurs et prennent une part énorme dans la création et la propagation d’une culture

politique dominante, communément acceptée »

Ensuite, une fonction d’intégration des groupes qui permet de créer des liens de solidarité entre groupes ethniques, religieux, culturels différents.

Enfin, une fonction de patronage « consistant à pallier les déficiences fonctionnelles du système politique. Les mécanismes sociaux n 'étant pas forcément efficaces et parfaits, on s’adresse souvent aux partis politiques pour obtenir ce que l’on n’obtiendrait pas

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autrement »

Nous vérifierons si nous retrouvons les fonctions traditionnellement dévolues par la doctrine aux organisations partisanes dans les démocraties occidentales en tout ou en partie dans les partis des pays d’Europe centrale que nous étudions. Nous soumettrons aussi l’hypothèse de l’existence de partis remplissant des fonctions tribunitiennes dans les anciennes démocraties populaires. Enfin, nous évoquerons les fonctions des partis politiques dans la stabilisation démocratique.

Dans cette approche, nous tiendrons compte de la diversité des fonctions remphes par les partis suivant la nature des systèmes politiques — les fonctions des partis politiques aux Etats-Unis de celles des partis politiques d’Europe occidentale. De plus, nous aborderons des fonctions particulières, et sans doute partiellement momentanées, des partis d’Europe centrale compte tenu de la stabilisation démocratique non achevée.

Une réserve importante s’impose : le laps de temps écoulé depuis l’organisation des premières forces politiques est tellement court qu’il serait hasardeux de conclure sur certaines fonctions. Par exemple, le recul historique et les données empiriques manquent pour établir que les partis politiques remplissent une fonction de patronage. L’analyse est d’autant plus complexe qu’il faudrait pouvoir intégrer les mutations contemporaines des partis politiques.

P.-H. Cl^YS, op. cit., p. 29.

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