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LES TRANSITIONS : APPROCHES THEORIQUES

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VU.1. Introduction

A la fin 1989, l’heure paraissait aux jours « euphoriques » de « l’automne des

peuples » ; le mm de Berlin s’écroule, les systèmes communistes chutent en domino et les

perspectives d’édification de nouveaux régimes sortent des limbes.

Mais « l’enchantement » des premiers mois qui ont suivi l’éclatement des régimes de « démocratie populaire » a été relativement bref ; sans pour autant nécessairement céder au désenchantement . L’ampleur des problèmes nés de ces bouleversements s’est petit à petit révélée sous le signe de la conplexité parce qu’ils afiectaient de multiples niveaux de réahté ; économique, social, pohtique, institutionnel, constitutioimel, culturel,...

Dans la communauté scientifique, l’expérience que vivent les anciennes « démocraties populaires » a été analysée à la lumière d’une approche théorique relativement récente : la « transitologje », dont l’objet essentiel est l’étude des transitions de régimes « autoritaires » vers des régimes — peut-être — démocratiques.

Le champ d’investigation de ce domaine se fonde sur des analyses comparées de changements de régimes principalement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Les exenq)les les plus fi"équemment évoqués et comparés sont l’Itahe, l’Allemagne et le Japon après 1945 ; le Portugal, l’Espagne et la Grèce au milieu des années septante ; plusieurs pays d’Amérique centrale et latine à la charnière des années septante et quatre-vingt et quelques Etats d’Asie du Sud-Est dans le courant des années quatre-vingt.

En ce sens, l’évolution en cours dans les pays d’Europe centrale et orientale complète et élargit le champ de(s) réflexion(s) en la matière. Dans ime perspective conceptuaüsée.

A. Gruszczak, « New rules of the political game in transformation of East Central Europe », in A. Dumala, Z. PlETRAS (ed.), The future of East-Central Europe, Marie Curie-Sklodowska University Press, Lublin, 1996, 631 pages, p. 541.

Même si G. Hermet souligne qu’en 1993 « l’incertitude et même le défaitisme (...) se sont insinués partout, au spectacle de l'éclatement des Etats post-communistes, de leurs déchirements ethniques, de leur effondrement économique comme aussi du désarroi et des querelles suicidaires de leurs dirigeants ».

G. Hermet, Les désenchantements de la liberté. La sortie des dictatures dans les années 90, Fayard, Paris, 1993, 335 pages, p. 10.

Malgré tous les problèmes que connaissent les pays d’Europe centrale, cette vision « catastrophiste » nous paraît exagérée.

S. Huntington inclut d’ailleurs les situations contemporaines en Europe centrale et orientale dans im « troisième vague » de démocratisation qui aurait début le 25 avril 1974 avec la

révolution des œillets . Ce rapprochement des changements de régimes en Europe centrale

et orientale avec des transitions précédentes a été d’autant plus opéré que plusieurs personnalités politiques de ces nouveaux régimes ont acconqih des voyages d’étude pour examiner le cadre institutionnel de «jeunes démocraties ». A ce sujet, l’Espagne a incontestablement été la référence . Plusieurs experts de pays d’Europe centrale avaient pour mission d’étudier spécifiquement les étapes de la transition espagnole. Néanmoins, cette

extension de la transition et les prétentions de certains « transitologues » ont suscité de

nombreuses critiques de nature diverses mais parfois acerbes. Tel est le cas de D.-L. Seiler, particulièrement radical dans sa condamnation de l’approche théorique de la transition et

surtout sur l’idée qu’ü existe une transitologie. Dans ime contribution récente à la revue

internationale de politique comparée, il s’en prenait de manière véhémente aux tenants de

cette discipline : « D'emblée et à chaud, la gent politologique crut détenir une potion

infaillible : elle tenait en un maître mot, Transition. Et de convoquer à la rescousse les spécialistes qui de la révolution des œillets, qui de la transiciôn post-franquiste voire des débuts de la RFA. Las ! Il ne fallut que quelques colloques et séminaires pour constater l'impasse : en dépit du coup de jeune que la mort des démocraties populaires leur imufflait provisoirement, ces spécialistes n'avaient rien à nous dire que tout politiste au fait de l'histoire ne sût déjà... » De même, dans sa contribution au numéro sur les transitions à l'Est, J. Santiso parle de « faillite de la transitologie » .

S. Huntington, The third wave. Democratization in the late twentieth century, University of Oklahoma Press, Norman, 1991, 366 pages, pp. 15-16.

Pendant un voyage à Madrid en avril 1990, Alexandre Dubcek présentait ce pays, au-delà des différences nationales, comme un modèle « en raison de l'esprit de consensus dans lequel le processus de transition du totalitarisme à la démocratie avait eu lieu ».

G. Pridham, « Démocratie transitions in theory and practise. Southern European lessons for Eastern Europe ? », in G. Pridham, T. Vanhanen (ed.), Democratization in Eastern Europe. Domestic and International perspectives, Routledge, Londres, 1994, 274 pages, p. 29.

D.-L. Seiler, « La pertinence de la carte conceptuelle de Rokkan après l’implosion de l’Empire soviétique », Revue internationale de politique comparée, vol. 2, n° 1, avril 1995, p. 62.

J. Santiso, « De la condition historique des transitologues en Amérique latine et en Europe centrale et orientale », Revue internationale de politique comparée, vol. 3, n°l, 1996, p. 41.

Plus avant, il précise son propos ; « Mais, à bien des égards, on peut ajfirmer, au regard de l'ensemble de la production sur les démocratisations depuis les années soixante-dix, que c 'est bel et bien à une certaine faillite de la transitologie à laquelle on a assisté, la recherche des déterminations économiques, sociales, ou culturelles, des lois des changements démocratiques ayant été considérablement révisées pour laisser place à davantage de détermination, aux choix des acteurs et aux situations d'incertitudes ».

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C’est la prétention de « conseillers du prince » de certains analystes des transitions qui a fait l’objet des critiques les plus dures. Plusieurs auteurs ont virulemment dénoncé cette ambition « empruntée » à certains économistes .

Trois d’entre elles sont les plus fréquentes dans la littérature.

La première porte sur une trop forte négation de la mise en perspective historique du processus de transition. Les conditions dans lesquelles elle s’opère. G. Pridham a mis en évidence en quoi l’approche théorique des transitions a néghgé la perspective historique qui pourtant bahse et façonne les formes des transitions C’est dans l’histoire de la formation même des nations que se trouvent les raisons des configurations que prennent les transitions. Restituer cette histoire constitue sans doute une tâche préalable et nécessaire pour saisir le sens des transitions. Cette approche génétique permet aussi de trouver dans le temps long de l’évolution des mentaUtés forgeant la culture politique, tel que le décrit Braudel certaines clés d’interprétation des différenciations entre modèles de transition dans les Etats d’Emope centrale et orientale.

La deuxième concerne la difficulté à établir, au départ de la transitologie, une grammaire politique de la transition. Sous le couvert d’ime notion unique, se cachent des diversités nationales et politiques qui rendent difficile voire impossible toute entreprise à formahser abstraitement la transition. Les critiques que les tenants de la transitologie adressent à leurs propres analyses témoignent de l’impossibihté de construire un modèle pré-établi qui aurait vocation à une élucidation exhaustive de l’ensemble des scénarii des démocratisations contemporaines.

Enfin, les approches de la transition Hmitent trop fréquemment ses enjeux et ses jeux à une partie à deux ou à quatre. Le schéma dual qui opposerait uniquement d’une part, les éhtes et les masses, et dans lequel s’ajoute un tiers l’armée, et d’autre part, les faucons aux colombes, s’inscrit dans la tradition de la science poUtique mais a été complexifié à maintes reprises. A ce titre, le rôle des acteurs, en particuher les partis politiques, a été sous-estimé.

Faut-il pour autant rejeter les acquis de l’étude des transitions en science pohtique ? Nous ne le pensons pas. En raison de l’importance acquise par les tenants de la transitologie, il

Le professeur d’Harvard, Jef&ey Sachs, polarise les critiques des analystes et des critiques de la transitologie.

G. Pridham, « Démocratie transitions in theory and practise. Southern European lessons for Eastern Europe ? », in G. Pridham, T. Vanhanen, Democratization in Eastern Europe. Domestic and International perspectives, Routledge, Londres, 1994, 274 pages, p. 17.

est important de rendre compte des principales argumentations théoriques de la transitologie et de les mettre en perspectives avec l’étude de l’évolution récente des pays d’Europe centrale et orientale.

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