L’enseignement des langues à distance dans l’académie de Toulouse
De l’expérimentation à la pratique quotidienne
Michel Tropis
Rectorat de l’académie Mission aux TICE 1, place Saint Jacques F-31073 Toulouse cedex [email protected]
RÉSUMÉ. L’article décrit le dispositif mis en place dans certains lycées et collèges de l’académie de Toulouse pour l’enseignement à distance des langues à faible effectif. Il est basé sur l’utilisation d’appareils de visioconférence de groupe éventuellement couplés à des outils de travail collaboratif en réseau.
ABSTRACT. This article deals with the solution set up in some lycées and collèges in the academy of Toulouse regarding language remote teaching for small groups. It is based on the use of group video-conferencing systems possibly linked with network collaborative work tools.
MOTS-CLÉS : EAD, langues, visioconférence, travail collaboratif.
KEYWORDS: remote teaching, foreign language, video-conference, collaborative work.
Problématique
Dans l’académie de Toulouse, qui comprend huit départements et donc est très étendue, l’enseignement de certaines langues vivantes est victime d’un éparpillement qui lui est nuisible. Certains élèves ne peuvent bénéficier de l’enseignement choisi faute de professeur à proximité et, à l’opposé, d’autres enseignants n’obtiennent que des groupes très restreints et des services incomplets par manque de candidats dans leur secteur géographique. Tout cela contribue à un déclin qu’il est difficile d’arrêter, surtout lorsqu’il s’est accompagné de suppressions de poste.
Remède
Le remède retenu est d’utiliser une partie de l’emploi du temps de professeurs volontaires pour enseigner à distance à des élèves isolés, par le biais de technologies de communication synchrone. Suivant l’organisation possible dans chaque établissement, les cours sont dispensés soit par un enseignant seul dans une petite salle spécialisée, soit par un enseignant déjà en présence d’élèves dans une salle de classe (cours « en duplex »). Dans le premier cas, la communication est soit de type point à point, un professeur en relation avec un groupe d’élèves distants situés dans la même salle, soit en « tripoint », un professeur en liaison avec deux groupes d’élèves dans des sites différents. La communication avec plus de deux groupes est techniquement possible mais n’a jamais été employée à cause des difficultés pédagogiques et organisationnelles qu’elle engendre.
Mise en place
Les premières expérimentations ont été faites en 1996 avec un professeur d’italien du Cned qui assurait déjà un tutorat par téléphone. Le dispositif a progressé jusqu’à toucher une cinquantaine d’élèves. D’autres langues vivantes ont été ensuite dispensées, toujours de la même manière, – le portugais, le russe, l’allemand, l’arabe, le chinois. Le dispositif concerne aujourd’hui une quinzaine d’enseignants pour environ 200 élèves répartis dans une trentaine de lycées et collèges.
Des postes à exigences particulières (PEP) ont ensuite été créés dans ces disciplines. Le professeur retenu est amené à enseigner à distance pour une partie pouvant atteindre au maximum la moitié de son service, le reste étant effectué en présentiel classique.
De simples tutorats dispensés au début en complément du Cned, ces enseignements sont devenus des modules complets de langues vivantes LV2 ou LV3 ou d’initiation en collège. À intervalle régulier, une fois par mois en collège ou une fois par trimestre en lycée, le professeur se déplace pour rencontrer ses élèves et contrôler le travail écrit.
Ce dispositif n’est qu’un palliatif à la dispersion des élèves et des professeurs. Il peut engendrer des variations importantes d’effectifs. S’il est localement apprécié, le nombre d’élèves peut beaucoup augmenter jusqu’à nécessiter la création d’un poste d’enseignant en présentiel. Cela a été le cas récemment en italien, en portugais, en chinois et en allemand. L’enseignement à distance a ainsi joué temporairement son rôle, il disparaît et les moyens techniques et humains sont réattribués. Au contraire, des effectifs peuvent tomber à zéro d’une année à l’autre même si les élèves n’ont pas terminé leur cursus. C’est le cas par exemple si l’enseignant a été désigné pour ce travail et n’est suffisamment pas motivé ou formé aux technologies utilisées. La pérennité du dispositif repose donc sur l’implication, la volonté et une compétence particulière des professeurs qui doivent savoir faire apprécier ce type d’enseignement qui, a priori, semblerait manquer d’humanité.
Choix des dispositifs techniques
Pour des raisons de maintenance et de formation des personnels, les mêmes dispositifs techniques sont utilisés dans tous les établissements. Les critères de choix ont été les suivants :
– permettre d’enseigner à des groupes, le professeur pouvant reproduire à distance le fonctionnement habituel d’une classe ;
ne pas demander au professeur des connaissances trop importantes sur les technologies employées ;
– permettre une mise en route par le professeur sans assistance particulière, ou dans le cas d’un site n’accueillant que des élèves, une mise en route soit par ceux-ci s’ils sont suffisamment âgés, soit par une personne responsable dont les compétences techniques peuvent être minimales ;
– avoir un fonctionnement sûr et donc limiter les pannes et les « plantages », le cours devant avoir lieu malgré tout.
Fonctionnalités et performances des dispositifs techniques
Les dispositifs doivent être capables d’établir une communication à l’heure dite, heure du début du cours. La communication doit se faire par l’image, par la voix et si l’enseignant le souhaite et en a la compétence, par des outils informatiques de travail collaboratif synchrone. L’image doit être de qualité suffisante pour se rapprocher le plus possible de la situation en présentiel. Cela suppose une bonne résolution et un bon débit mais aussi un éclairage convenable et une disposition correcte des caméras. S’agissant d’enseignement des langues, ont aurait aussi aimé pouvoir visualiser le mouvement des lèvres. Cela demanderait des moyens techniques dont les coûts sont hors de propos. Le son doit être aussi de très bonne qualité d’où un débit suffisant, des algorithmes appropriés, des matériels (microphones et hauts
parleurs) performants et capables de s’adapter à des groupes, une bonne résonance sonore des salles.
Dispositif technique retenu
Après une utilisation pendant plusieurs années de kits de visioconférence RNIS pour micro-ordinateurs, le choix s’est finalement porté sur des dispositifs dits « de groupe » où la communication audiovisuelle est dissociée du travail collaboratif.
Ainsi lorsque l’informatique est défaillante ce qui est plutôt souvent le cas, le cours à distance peut avoir lieu malgré tout via l’appareillage audiovisuel, celui-ci, de type professionnel, ayant une fiabilité bien plus importante.
Figure 1. Le poste de travail de l’enseignant
Le dispositif (figure 1) est donc centré autour d’un appareil compact de visioconférence de groupe (la marque Polycom a été retenue pour sa convivialité et sa simplicité de mise en œuvre) qui intègre une caméra pilotable par télécommande (en zoom et en direction) et un microphone capable de capter la parole de plusieurs personnes. L’appareil délivre l’image et le son qu’il reçoit du site distant sur un téléviseur. Une seconde caméra encore appelée visualiseur permet d’envoyer l’image
de documents sur papier (documents déjà imprimés ou feuilles d’écriture). Un micro-ordinateur peut lui être relié par un câble ethernet pour les fonctions de travail collaboratif.
Le dispositif est le même pour l’enseignant et pour le groupe d’élèves distants.
Seuls peuvent différer la grandeur du téléviseur et le nombre de micro-ordinateurs.
Si un seul PC suffit pour un enseignant isolé il peut y avoir des classes où chaque élève possède le sien. La visioconférence se fait alors dans une salle informatique en réseau où les fonctions de son et d’image sont les seules mises en commun (figure 2).
Figure 2. L’organisation de la classe distante
La liaison entre les sites se fait par connexion RNIS entre les deux appareils de visioconférence. Elle transporte l’image, le son et les données de travail collaboratif.
Il est possible de remplacer la connexion RNIS par une liaison Internet à haut débit, les appareils étant aussi compatibles « IP », mais les exigences de régularité de débit font que cette possibilité (qui permettrait pourtant de réduire les coûts de communication) n’a encore été que peu utilisée.
Le travail collaboratif
Dans ce dispositif, le travail collaboratif en temps réel par connexion de micro- ordinateurs distants est considéré comme un élément facultatif en fonction des
capacités et des besoins de l’enseignant. Dans la norme des appareils de visioconférence, le travail collaboratif en temps réel est inclus sous la codification T120. Seuls quelques logiciels sont conformes à cette norme, le plus universel étant Microsoft Netmeeting. Ces logiciels offrent les fonctions de tableau blanc commun (figure 3), de partage de logiciels, de discussion (chat), de transfert de fichiers de disque dur à disque dur.
Figure 3. Le travail collaboratif à distance avec le tableau blanc partagé
Les données informatiques correspondantes sont véhiculées par le même canal que le son et l’image ce qui dans certains cas peut provoquer des dysfonctionnements. Nous recherchons donc d’autres solutions empruntant un canal différent et en particulier des solutions fonctionnant sur navigateur Internet par connexion commune sur un site web. C’est ainsi que depuis deux ans, est expérimenté pour l’enseignement du russe et dans le cadre de l’action nationale
« Classe virtuelle et réunion en ligne », la plate-forme Symposium de Centra. Cet outil, qui de plus ne demande pas de paramétrage trop particulier des pare-feux, offre globalement les mêmes fonctionnalités de travail collaboratif synchrone mais il est mieux adapté aux exigences de l’enseignement que les autres logiciels qui sont plutôt destinés à des réunions.
Evolution du dispositif
Depuis quelques années, le taux d’utilisation du dispositif s’est stabilisé.
Pourtant, le parc d’appareils s’agrandit et se perfectionne. Il n’est pour l’instant pas envisagé, comme l’ont fait certaines autres institutions, de recourir à des technologies moins lourdes à base de PC et de webcams. La qualité de la communication de ces systèmes n’est pas adaptée au type d’enseignement que nous pratiquons axé sur la notion de groupes d’élèves. La seule évolution programmée est le remplacement des liaisons RNIS par de l’Internet au fur et à mesure de l’équipement des établissements par du DSL symétrique à débit garanti.
La progression du dispositif vers un service touchant davantage d’élèves est bien sûr souhaitée mais les freins sont toujours les mêmes : l’appréhension des élèves, des professeurs, des chefs d’établissement et des inspecteurs, les coûts relativement élevés, l’intégration dans un cadre administratif qui n’a pas encore référencé ces méthodes.
Conclusion
Ce dispositif d’enseignement à distance des langues vivantes à faible effectif donne globalement satisfaction à ses différents acteurs et promoteurs. Il est suffisamment malléable pour que chacun puisse se l’approprier et l’adapter à ses pratiques habituelles. La mise en œuvre en est relativement simple et nécessite assez peu d’assistance technique et de dépannage.
Le débat reste malgré tout entier sur les performances de tels dispositifs
« virtuels » en regard des méthodes traditionnelles. Mais dans le cas qui nous concerne, celui des très faibles effectifs, ces technologies n’ont d’autre alternative que pas d’enseignement du tout.