La correction en ligne à l’institut de Rennes du Cned
Bernard Morvan — Vincent Louët
Cned Institut de Rennes 7, rue du Clos-Courtel F-35050 Rennes cedex 9 [email protected] [email protected]
RÉSUMÉ. Le Cned, opérateur historique en enseignement à distance, utilise pleinement les technologies nouvelles de la communication, et pour fournir à ses inscrits des corrections de qualité dans les meilleurs délais, il fait appel à l’Internet comme vecteur de transmission des devoirs. Différentes expérimentations l’ont conduit à passer progressivement d’un travail manuel de gestion des flux de devoirs à un système intégré de gestion industrielle. Un bilan d’étape est réalisé ici, montrant les avantages de ce système et les freins à la généralisation.
ABSTRACT. The Cned, a historical operator in distance learning, takes full advantage of modern information technology. So, to provide our pupils with fast quality marking, we resort to the Internet as a means to transfer our pupils’assignments. Several systems have been put to the test which led step by step from handling assignments manually to new methods aiming at industrialisation. An intermediary statement is being made here, pointing out the advantages of the system and the obstacles on its way to coming into general use.
MOTS-CLÉS : formation à distance, évaluation, Internet.
KEYWORDS: distance learning, marking, Internet.
Introduction
La carte des formations du Cned, opérateur francophone d’enseignement à distance, propose 3 000 produits différents. Bon nombre des cours sont en ligne et sont téléchargeables. Cependant, même si certains cours « phares » ont été conçus et scénarisés pour permettre un apprentissage interactif (dans le cadre notamment de l’opération des « Campus numériques »), même si sur le marché très concurrentiel du soutien scolaire, le Cned affiche de solides ambitions, la majorité des cours en ligne, et ce pour de simples raisons économiques, est constituée de cours téléchargeables au format Pdf.
En revanche, le Cned a choisi de faire porter prioritairement ses efforts sur le développement des services aux inscrits et met l’accent sur le suivi et l’accompagnement individualisés. L’évaluation des travaux des élèves1, la correction des « devoirs2 » qui participent à ce suivi au même titre que les tutorats téléphonique ou électronique, renvoient encore très (trop ?) explicitement au paradigme traditionnel de l’enseignement en présence.
Il était sans doute difficile de faire autrement alors que l’établissement assume des missions de service public qui l’obligent à tenir compte prioritairement de la préparation aux examens.
Il était nécessaire par ailleurs de garantir la qualité du service dans un contexte de traitement d’effectifs industriels : engagement sur les délais, fiabilité des envois, normalisation des pratiques, cohérence de l’évaluation etc. La qualité se décline sur tous les plans : logistique, technique et pédagogique.
Le seul institut de Rennes a 5 000 inscrits résidant à l’étranger3 dans des pays où très souvent l’acheminement du courrier est défaillant. L’Internet apporte plus de facilités et de réactivité. C’est la raison pour laquelle l’institut s’est résolument engagé depuis 5 ans sur la voie de la correction électronique. Cet article est donc la relation d’une expérience de 5 ans.
Comme on le verra, l’objectif premier était de gagner du temps, de réduire les délais. Cette maîtrise du temps aura été et reste la préoccupation principale mais non pas exclusive. L’innovation pédagogique devra suivre dans un second temps.
1. On préfèrera ici le terme d’ « élèves » à celui d’ « apprenants » plus jargonneux.
2. Même s’il renvoie au modèle traditionnel de l’ « école », ce terme est ici générique.
3. Les usagers de la correction électronique ne sont pas les seuls élèves résidant à l’étranger : en réalité 2/3 résident en métropole, 1/3 à l’étranger.
Les avantages techniques
Il fallait donc réduire la durée du cycle de la copie. Un devoir papier (ou une cassette audio)4 transite deux fois dans le service de gestion des copies : une première fois pour être enregistré, attribué et envoyé à un correcteur (les correcteurs travaillent à domicile, les flux sont à réguler puisque le calendrier de travail est libre), une deuxième fois pour le contrôle qualité et pour l’enregistrement de la note.
Du fait des délais d’acheminement, le cycle moyen de la copie papier oscille entre deux et trois semaines. C’est souvent jugé trop long par les usagers. Via l’Internet, ce délai peut être sensiblement réduit à 3 ou 4 jours ouvrables selon la disponibilité et la réactivité des correcteurs. Dans les cas les plus favorables (4,7 %), des devoirs revenaient chez l’inscrit le jour même de leur envoi.
La transmission électronique permet en outre de sécuriser les échanges. Lors d’un envoi de copie papier, si un accident se produit (perte, destruction, vol, défaillance du service postal), il est rarement possible de récupérer le travail perdu, sauf si l’inscrit a gardé son brouillon, ou s’il a photocopié son devoir avant expédition. Le support informatique assure souplesse et fiabilité. On change la nature de la relation : l’élève conserve son fichier source et peut donc réitérer l’envoi en cas d’aléas. Il s’agit d’une relation de partage sans cession définitive. L’avantage de la numérisation du document, c’est sa reproductibilité.
Les premières années de l’expérience, le Cned ne disposant pas d’un outil dédié, les devoirs parvenaient au Cned par messagerie électronique, sous forme de fichiers attachés. Fonctionnellement, le vecteur Internet prenait le relais du fax et améliorait la qualité des documents transmis. Notons qu’encore aujourd’hui certains élèves continuent à utiliser la voie du fax surtout en fin d’année scolaire lorsque le contexte est à l’urgence à la veille des conseils de classe. Qu’il s’agisse de fax ou de copies en fichier attaché, le modèle organisationnel est peu différent de celui du circuit papier : il implique des manipulations nombreuses en scolarité. L’intérêt que l’élève trouvait au service c’était sa rapidité sans qu’il faille pour autant minimiser les difficultés de saisie.
Dans la version actuelle (n° 2) de Corélec5, il s’agit plutôt d’échanges d’informations que de manipulations de fichiers. Certes ceux-ci sont téléchargés et mis à disposition sur un serveur, mais par simple clic sur le bouton ad hoc d’une page web ; dès lors, le service gestionnaire (service de scolarité) reçoit non le fichier, mais l’information de la présence du devoir à corriger, et il se contente d’attribuer la correction et d’informer le correcteur, l’invitant à se connecter lui-même pour
4. L’utilisation des cassettes est appelée à disparaître du fait des progrès techniques et de l’évolution des équipements domestiques. Mais jusqu’il y a peu, elles constituaient le vecteur obligé de transmission des devoirs oraux.
5. Corélec est une application « maison » dédiée au transfert et à la gestion des devoirs.
Corélec 1 a été expérimenté à l’institut Cned de Lyon. Corélec 2 est la version étendue à l’ensemble de l’établissement.
récupérer le devoir, là encore par un simple clic. Faire circuler de l’information est plus facile, le système prenant en charge la logistique des transferts. La gestion des notes étant également automatisée, le progrès est notable !
Un observateur extérieur pourrait facilement imaginer qu’un lien direct élève/correcteur serait plus approprié et sans doute plus « naturel ». Pour l’en dissuader, rappelons que les correcteurs sont disséminés sur tout le territoire6 métropolitain et qu’à l’institut Cned de Rennes on veille à la stricte application d’un cahier des charges de la correction. Ce cahier des charges est en effet une assurance qualité pour les usagers. Indépendamment du protocole de traitement de la copie, il définit un état d’esprit, prescrit une manière de faire, établit des barèmes afin d’assurer cohérence et rigueur au service de correction et donc harmoniser les pratiques. Le passage de la copie en scolarité permet de prélever les échantillons destinés au contrôle. A une échelle industrielle, il est nécessaire de viser la constance dans l’observation des objectifs qualité. L’humain est très présent bien évidemment mais il ne doit pas trop interférer avec les standards.
Antérieurement, le contrôle qualité pouvait parfois retarder le retour des copies chez l’élève. L’outil Corélec permet dorénavant de conjuguer sans rétention préalable la correction et le contrôle de la correction. Tous les gains de temps sont importants.
Disons-le nettement, c’est l’une des forces de l’enseignement à distance que de pouvoir concilier le traitement de masse, la dimension industrielle, avec l’individualisation du service. Si l’inscrit consomme l’ensemble des services qui lui sont proposés, et cela suppose qu’il soit « proactif », on atteint alors à une grande qualité de la relation élève/enseignant et portant à une efficacité pédagogique accrue.
L’innovation pédagogique
La forme des travaux d’élèves est restée strictement identique à ce qui se faisait antérieurement sur papier et les formes de l’évaluation n’ont en rien changé. Ce n’était pas la priorité7.
6. Qu’ils soient personnels nommés ou vacataires, les correcteurs corrigent à domicile.
7. En partenariat avec France Télécom, il y a quelques années, l’institut a testé des outils de saisie d’exercices de langues vivantes dont la conception était spécifiquement adaptée à l’outil dans le cadre d’une campagne des cours d’été. C’est bien sûr une voie séduisante mais coûteuse en développements et parfois difficultueuse quant à l’appropriation technique. Dans sa démarche actuelle de création de produits de soutien en ligne, le Cned a modélisé 9 outils types susceptibles d’être exploités pour des exercices interactifs en ligne : QCM, surlignages, déplacements de phrases à l’intérieur d’un texte, compréhension de l’oral etc. Ces outils seront les briques d’activités destinées à consolider des acquis, à combler des lacunes. On voit mal pour autant ces exercices remplacer les épreuves codifiées qui préparent aux examens.
Comment d’ailleurs faire autrement alors qu’il est impératif de préparer les inscrits à la composition d’examen où les épreuves sont codifiées, les types de devoirs strictement normalisés ? Dans l’enseignement français ce sont souvent les modalités des épreuves finales qui guident la pratique pédagogique8.
En toute lucidité, la question doit même être posée de savoir si l’usage
« exclusif » du traitement de texte ne pénalisera pas l’élève le jour des épreuves.
Quiconque possède une bonne pratique du traitement de texte sait en effet que l’écriture y relève d’une dynamique différente du manuscrit. L’auteur a en effet et ce jusqu’au dernier moment, tout loisir de déplacer des paragraphes, d’user du copier/coller, bref de bouleverser l’ordre de sa composition. Les lycéens apprennent encore aujourd’hui à composer un plan, organiser leurs idées avant tout passage à l’écriture.
Difficultés pratiques
Dans le contexte précité, le traitement de texte est le passage obligé de la transmission par l’Internet de devoirs sauf à abuser du scanner. Tous les élèves du Cned n’ont pas les mêmes habiletés ni l’équipement requis. On ne s’appesantira pas trop sur les obstacles techniques rencontrés ici ou là. Les élèves du Cned ont cependant dû faire face à des difficultés multiples avec des systèmes d’exploitation récalcitrants, des traitements de texte incompatibles, des fichiers perdus par suite de fausses manœuvres etc. Certains ont parfois dû ressaisir leurs productions non sauvegardés. Dans ces domaines, la bonne volonté ne suffit pas, il y faut en sus de l’habileté et un minimum de méthode ! La multiplication des difficultés techniques a pu être dissuasive.
Bien évidemment, d’une discipline à l’autre les problèmes sont différents. Ainsi, des disciplines comme la philosophie, le français qui exigent uniquement des productions textuelles dans la langue véhiculaire ne créent pas de soucis majeurs.
Des consignes techniques claires, recommandant l’utilisation de polices standard, et une mise en page normalisée font que la saisie n’est pas pénalisante et facilite à l’évidence la lecture de la copie9.
Mais les obstacles sont de nature variable. Il faut :
– utiliser des polices spécifiques pour certaines langues (chinois, japonais) ;
8. Malgré ces contraintes, des pistes intéressantes sont à explorer notamment celle de la rédaction collaborative qui privilégie l’évaluation formative plutôt que sommative, qui suppose que l’enseignant accompagne son élèves dans les différentes phases de construction du devoir.
9. Pour autant, l’institut ne s’est pas encore donné les moyens de comparer les notes obtenues pour la correction en ligne avec les notes des corrections papier.
Lscanner puis insérer des images avec les problèmes que cela pose (augmentation parfois catastrophique du poids du fichier) ;
Lréaliser des tableaux, des dessins, des schémas, des cartes, comme en SVT ou en Physique-Chimie, en Histoire-géographie ;
Lutiliser/ insérer des formules mathématiques x1 = -4 + 24 2(-2) Letc.
L’expérience montre qu’un petit nombre d’inscrits font preuve d’une excellente maîtrise de l’outil informatique.
Les correcteurs
Bien évidemment, on a vu émerger le statut de « correcteurs Internet » et d’emblée s’est posée la question de leur recrutement. Les correcteurs habituels du Cned (enseignants titulaires ou vacataires) ne constituent pas un milieu homogène : différents statuts administratifs, disparités d’âge et d’état de santé (enseignants en réadaptation et réemploi), temps partiel/temps complet. Quant aux compétences en matière de TICE, là aussi l’hétérogénéité prévaut. Il a souvent fallu rassurer, convaincre et former à une nouvelle pratique du métier. De nouveaux modules de formation sont mis en œuvre à l’Eifad10, et l’on constate que de plus en plus de professeurs qui ont suivi une formation souhaitent s’investir.
La question de leur équipement figure parmi les objectifs du projet d’établissement. Ils travaillent majoritairement sur des ordinateurs de type PC et disposent d’une version plutôt récente du traitement de texte Word, avec un système d’exploitation généralement de la famille de Windows.
La connexion à l’Internet se fait soit par modem RTC11, en général à une vitesse maximale de 56 Kb/s, soit par l’ADSL ou les réseaux câblés à haut débit. Il va de soi que ces dernières conditions sont mieux adaptées à la correction de copies, en particulier lorsque les fichiers sont susceptibles d’être volumineux, comme dans les disciplines où figurent graphiques, cartes, etc.
Le recrutement se fait par sollicitation des enseignants titulaires volontaires, notamment lors des « journées de rentrée ». Des candidatures spontanées parviennent aussi à la suite des stages organisés par l’Eifad. Le désir de mettre en œuvre des connaissances fraîchement acquises est alors très fort. Des enseignants vacataires ont largement contribué au service les premières années parce que plus facilement volontaires pour se lancer dans l’expérience.
10. École d’ingénierie de la formation à distance (au Cned).
11. Réseau téléphonique commuté.
Une personne ressource (un enseignant) accompagne les collègues en difficulté technique ou hésitant sur les procédures à suivre.
Il a fallu en outre revoir les « barèmes » : définition de la charge de correction pour les titulaires, tarif de rétribution de la copie pour les vacataires. En effet, la correction électronique, du moins à ses débuts, est consommatrice de temps bien plus qu’une correction papier ordinaire. La montée en charge conduit aujourd’hui à relativiser les bonifications pour des raisons de contrôle de la dépense et parce qu’il faut bien arriver à banaliser cette pratique. La maîtrise technique acquise au fil du temps, la meilleure adaptation de l’outil réduisent le temps moyen de traitement d’une copie.
Éléments de bilan
Disons-le tout de go : les résultats atteints restent modestes et ne sont pas encore à la hauteur des attentes. Les copies électroniques ne représentent en effet qu’une infime proportion de l’ensemble des copies papier corrigées pendant une année scolaire à Rennes (soit 269 000 hors cours d’été). Les élèves restent bien frileux.
Pourtant l’institut communique sur la correction électronique et le téléchargement des cours. Il s’est donné les moyens de réussir, il a couvert progressivement l’ensemble des disciplines. Les élèves sont théoriquement gagnants quant à la durée du cycle de correction. Le service est disponible, il paraît s’inscrire dans une dynamique de progrès et pourtant les inscrits ne l’utilisent pas pleinement.
Faut-il penser que les problèmes de connexion, les aléas techniques ont raison de leur bonne volonté ?
Évolution du nombre de copies électroniques annuelles :
1999-2000 2000-2001 2001-2002 2002-2003 2003-2004 2004-2005
108 1 142 2 395 3 660 4 184 4 468
Pour une mise en perspective, 269 000 copies « classiques » ont été corrigées en 2004-2005. La proportion des devoirs « Internet » est donc très faible même si la courbe est montante.
Durant l’année scolaire 2004-2005, la ventilation des devoirs par niveau a été la suivante :
Seconde Première Terminale
1 448 1 606 1 414
Il faut préciser qu’au cours du premier trimestre, la scolarité du niveau seconde a expérimenté l’application Corélec qui a n’a été déployée en première et terminale qu’après janvier.
Au fil du temps, le service s’est ouvert à un maximum de disciplines (les freins à l’extension sont de deux ordres : recrutement de correcteurs d’une part, traitement des graphies particulières d’autre part).
Nombre des matières concernées :
1999 - 2000 15
2000 - 2001 18
2001 - 2002 26
2002 - 2003 30
2003 - 2004 33
2003 - 2005 36
Année scolaire 2004-2005 :
Distribution des copies par matière :
HG Histoire géographie 715
AN Anglais 593
SN SVT 447
FR Français 371
ES Espagnol 298
MA Mathématiques 255
SP Sciences physiques 250
SE Sciences économiques 241
PH Philosophie 231
IT Italien 160
AL Allemand 145
AI Informatique et gestion spécialité STT 89
AG Comptabilité et gestion spécialité STT 76
ED Économie Droit 75
AC Action et communication commerciales spécialité STT 63
BU Bureautique SMS 59
AP Arts plastiques 50
GE Informatique de gestion et communication 47
LA Latin 41
OC Communication organisation et bureautique 35
GI Gestion informatique STT 33
PO Portugais 26
BG Biologie humaine 24
AS sciences sanitaires et sociales 21
TP Communication en santé et action sociale 19
AR Arabe 17
CM Action et communication commerciales 15
IG Informatique et gestion 15
RU Russe 14
EC éducation civique 9
PL Polonais 9
JA Japonais 9
TM biologie humaine et physiopathologie médicale SMS 7
SM Sciences médico-sociales 5
AA action et communication administrative 3
MU Musique 2
Même si les disciplines « rédactionnelles » génèrent plus de flux, les scientifiques sont aussi présentes. Plus délicat est le traitement des graphiques : primo la technique du scanner n’est pas toujours complètement maîtrisée par les inscrits et un fichier au format bitmap a souvent un poids excessif et contribue à saturer les serveurs. Secundo, les caractéristiques des fichiers au format rtf, – format non propriétaire retenu pour les échanges – font que le moindre élément de dessin alourdit aussi ces fichiers.
La facilité offerte par le traitement de texte pour introduire des remédiations par copier/coller incite les correcteurs à développer leur correction, et ce sans investissement en temps important par rapport à une correction traditionnelle. On tend ainsi vers une individualisation plus grande de la relation entre l’élève et le professeur. La correction joue alors un rôle formatif non négligeable.
Les outils du correcteur électronique constituent une palette variée et les pratiques observées montrent une grande diversité des usages. Certains privilégient les interventions sur le texte, d’autres les annotations marginales. Il est possible de surligner, souligner, barrer, mettre en couleur des éléments du texte. Dans la marge, le commentaire est plus ou moins codé. Le jeu des couleurs est fréquemment utilisé pour plus de lisibilité.
Certaines corrections se caractérisent par une grande sobriété et privilégient le texte, d’autres par la charge, voire la surcharge en commentaires. L’avantage absolu de la correction électronique reste la lisibilité.
Le futur
L’industrialisation avec Corélec3 : à l’évidence, il faut un outil simple, ergonomique, et surtout très fiable. Tout aléa dans la saisie ou la transmission décourage les bonnes volontés. Préparer le futur, c’est prévoir la gestion de flux importants à l’échelle de l’établissement. Chacun des 108 premiers devoirs corrigés lors de la mise en place du service représentait un événement en soi. La montée en charge a suscité une réflexion sur la nécessité d’une gestion appropriée. Corélec2 est une première réponse. Mais le passage cette année d’un mode traditionnel de messagerie à Corélec2 a pu avoir un effet déstabilisant : tout nouvel outil exige un temps d’appropriation.
La gestion de différents formats de fichiers de traitement de texte, issus de machines diverses est parfois source de difficultés. Des pannes de serveurs peuvent provoquer le découragement d’inscrits dont la compétence technique n’est pas toujours à la hauteur du « défi technologique ».
L’augmentation significative ne pourra se faire que si globalement le niveau de compétence monte, concomitamment avec le niveau des équipements en haut débit et aussi avec l’amélioration de l’ergonomie des outils.
Le mur du son
Le Cned est fortement impliqué dans l’enseignement des langues. Les instructions officielles insistent sur les exercices de compréhension et la pratique orale. Difficile toutefois de privilégier la synchronie quand les élèves sont dispersés dans le monde entier. Le tutorat téléphonique est offert mais ne suffit pas. Il est nécessaire de pouvoir corriger en ligne des réalisations orales et abolir la noria des cassettes.
Il y a quelques années, l’institut a testé un outil de transmission asynchrone12 via Numéris. L’interface permettait un échange de fichiers sons via le réseau Numéris (pour mémoire 2*64 Ko de bande passante.) le poste de travail de l’élève lui présentait des images en situation et permettait d’enregistrer oralement les réponses aux exercices (fonction magnétophone). La lourdeur des fichiers et la faible bande passante, ainsi qu’une ergonomie limitée ont condamné ce système. La compression des fichiers sonores n’avait pas encore atteint les niveaux actuels, et la qualité des enregistrements restait médiocre.
Toutefois la plupart des fonctionnalités dont le Cned a besoin étaient déjà bien présentes !
12. « Newspeak ».
Des essais sont actuellement en cours pour identifier de nouveaux outils et établir des protocoles de mise en œuvre. C’est la deuxième phase de déploiement de la correction électronique. Elle devrait rapidement en faire augmenter la pratique.
Comme on l’aura compris les résultats sont mitigés. Il faut persévérer. Chaque étape constitue un progrès. Dans un contexte institutionnel de programmes, d’instructions officielles, de codes académiques, les adaptations sont difficiles dans la mesure où il faut préserver les modes traditionnels de l’évaluation. On peut néanmoins se convaincre que les usages finiront par suivre à condition que la mise en œuvre soit aisée : ergonomie des outils, simplicité et fiabilité des transferts et surtout gains réels pour l’usager : délais de traitement, qualité de la prestation de correction, qualité du dialogue avec l’enseignant. Les simplifications fonctionnelles du dispositif de correction devront rendre l’outil « transparent » et permettront alors aux élèves ainsi qu’aux pédagogues de se focaliser sur des questions de pédagogie.
Comme on l’indiquait dès l’introduction, la raison économique impose de ne pas se focaliser exclusivement sur la mise en ligne de contenus interactifs même s’il existe aujourd’hui des langages et des outils facilitateurs. Le choix de développer l’accompagnement et les services impose de banaliser au plus vite la pratique de la correction en ligne. C’est même un argument commercial majeur dans un contexte sociétal où la réactivité, la vitesse mais aussi le goût de la relation personnelle sont primordiaux. L’enseignement à distance est en mesure d’amplifier le paradoxe de la distance à savoir apporter une proximité et une réactivité plus grandes qu’en situation de classe.