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Oncologie : Article pp.141-143 du Vol.6 n°3 (2012)

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ARTICLE ORIGINAL /ORIGINAL ARTICLE DOSSIER

Médecin femme : quelle différence dans la relation ? Réflexion à partir d ’ un cas

Female doctors: is there a difference in the working relationship? A reflective analysis of a case

S. Rabourdin

Reçu le 15 juin 2012 ; accepté le 16 juillet 2012

© Springer-Verlag France 2012

RésuméCet article propose une réflexion sur l’évolution de la relation médecin–malade, à travers un cas clinique. Ce face à face entre une jeune femme médecin et une patiente souffrant d’un méningiome dévoile une relation centrée sur l’échange où la patiente est actrice de ses soins. Dans une société moderne où tout est basé sur la transparence, la rela- tion médecin–malade évolue d’un modèle « paternaliste » vers un modèle « délibératif » dans lequel la féminisation de la profession vient apporter un soupçon de douceur et d’empathie.

Mots clésRelation médecin–malade · Modèle paternaliste · Modèle délibératif · Féminisation de la médecine · Empathie

AbstractThis article reflects on the changes in the doctor- patient relationship through a clinical case. This one to one between a young female doctor and a meningioma patient reveals a relationship focused on the exchange where the patient plays a leading role in her own care. In modern society, where everything is based on transparency, the doctor-patient relationship is shifting from a“paternalistic” to a more“collaborative”model, in which the feminisation of the profession is bringing with it little bit of gentleness and empathy.

KeywordsDoctor-patient relationship · Paternalistic model · Collaborative model · Feminisation of medicine · Empathy La relation médecin–malade qui s’instaure autour d’une pathologie chronique aussi lourde qu’un cancer a une tona- lité bien particulière. Le médecin est à la fois l’annonceur du cataclysme qui se propage dans la vie du malade et en même

temps le phare qui permettra de le guider vers l’acceptation.

Il organise, coordonne, rassure, soutient.

Un médecin jeune, âgé, femme ou homme : quelle différence ?

Nous proposons une réflexion sur l’évolution de la rela- tion médecin–malade, à travers un cas clinique, lors du suivi d’une pathologie cancéreuse.

Cas de Mme F

.

Mme F. est arrivée dans ma clientèle en octobre 2011.

Cette Africaine de 54 ans me raconte de sa voix aux into- nations traînantes qu’elle sort de rééducation. Elle devait venir me voir plus tôt, mais l’idée d’aller voir un médecin lui causait du tort. Des blouses blanches, elle en a suffisam- ment vu dernièrement. Elle s’est enfin décidée parce qu’elle n’a plus de médicaments.

Elle s’installe et me raconte son histoire. Tout a commencé il y a neuf mois. Des céphalées violentes d’apparitions bruta- les ont conduit à une perte de connaissance. Au réveil, elle souffrait d’un déficit hémicorporel gauche et d’une dysarthrie.

Elle n’est jamais malade et n’a jamais été une seule fois de sa vie en arrêt de travail, et pourtant Dieu sait comme le boulot d’aide-soignant peut être fatigant. Elle se retrouve alors hos- pitalisée en urgence et engloutie dans le tourbillon des exa- mens complémentaires, des réunions de concertation et des avis multiples.

On lui trouve un méningiome occipital comprimant le sinus sagittal. Non opérable. On lui propose un traitement antalgique et anticoagulant. On la transfère en centre de rééducation et on prend rendez-vous pour faire de la radio- thérapie, à distance.

Elle marche sans canne et garde un déficit sensitivomo- teur du membre supérieur gauche.

Mais ce qui la gêne le plus ce sont les douleurs. Parfois des céphalées, parfois des sensations de décharges dans le membre déficitaire.

S. Rabourdin (*)

2, rue Jean-Henri-Lambert, F-67100 Strasbourg, France e-mail : [email protected]

Psycho-Oncol. (2012) 6:141-143 DOI 10.1007/s11839-012-0380-4

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com

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Elle débute la radiothérapie.

J’ai très peu de contacts avec elle pendant cette période. Je reçois ses contrôles biologiques régulièrement, parfois un courrier du radiothérapeute. La tumeur a peu diminué de taille, mais l’œdème s’est résorbé et la patiente ne se plaint plus de douleurs. Le suivi par les spécialistes s’espace. De mes longues années d’études, j’ai gardé en mémoire qu’un méningiome fait partie des tumeurs « pas graves ». Constater que la radiothérapie a à peine ébranlé la masse me renvoie à une triste vérité : l’œdème réapparaîtra. Cette tumeur est grave.

Depuis, je la vois régulièrement pour des traitements antalgiques ou pour reprendre la kinésithérapie.

Les céphalées reviennent parfois, lorsque « la tumeur la chatouille », selon ses dires.

Sa symptomatologie déficitaire est fluctuante ; parfois, elle peut utiliser ses membres normalement, parfois le côté gauche s’endort sur une période plus ou moins longue.

Lorsqu’elle vient, elle fait tout pour me faire rire. C’est sa façon d’enrober la réalité, de la rendre douce et banale. Peut- être aussi cherche-t-elle à me rassurer, comme elle le fait avec ses enfants qui ont mon âge ; elle déploie l’attention maternelle d’une femme qui a toujours fait tourner son monde d’une poigne de fer. Certes, la maladie est là, mais la vie continue.

Elle présente une neutropénie, explorée lors de son séjour en rééducation, que je souhaite contrôler. Je lui propose une prise de sang et en guise de réponse, elle se penche vers moi et me dit d’un air malicieux : « c’est pas grave Docteur, ça sera toujours pareil. C’est parce que je suis noire ! ». Elle se redresse et part d’un grand rire chaud et enveloppant. Je souris.

Une autre fois, elle me parle de ses enfants. Elle en a trois qu’elle a élevés seule suite au décès prématuré de son mari.

Elle me dit que, depuis l’hospitalisation, ses enfants se sont rapprochés d’elle. Sa dernière fille qui habitait à Londres a déménagé pour venir à Strasbourg. Sans mari ni enfant, ce changement n’a pas été trop compliqué pour elle. Cepen- dant, les trois enfants de Mme F. sont tout le temps chez elle.

Ils lui font le jardin et les courses, et c’est bien pratique parce qu’elle a tendance à tout laisser tomber du fait de son bras sans force. Mais sinon, ils sont bien trop envahissants.

Elle a l’impression d’être infantilisée. Ils l’empêchent presque de vivre tranquille. Et elle rit.

Le seul moment où elle m’est apparue affaiblie a été juste après la radiothérapie. Elle perdait ses cheveux par poi- gnée. Elle avait l’impression de perdre de sa force. On pou- vait voir qu’elle était malade. Les radiothérapeutes lui ont dit que ça prendrait peut-être plusieurs mois, voire années avant la repousse. Mais ce découragement n’a pas duré. Elle s’est acheté une perruque. Et à peine quatre mois plus tard, elle me décrit en riant la tête des radiothérapeutes devant sa toison crépue et dense qui avait déjà repoussé.

Elle est soulagée que les rayons soient finis. Non pas parce que s’installer dans une petite pièce avec un casque sur la tête pour subir une irradiation lui pèse ; non ; juste parce que dans le hall d’entrée du centre de traitement, il y a un vendeur de cartes de condoléances et de fleurs. Une présence bien morbide selon elle. Et le sourire aux lèvres, elle ajoute que tant qu’on y est, on pourrait commander sa pierre tombale, ça ferait gagner du temps.

Parfois, nous parlons d’avenir. Elle trouve que son boulot lui manque et qu’elle se verrait bien reprendre. Ça lui éviterait d’être submergée par ses enfants. Puis, elle change de sujet.

Elle parle peu de sa maladie à son entourage. Seulement à sa belle-fille qui est médecin. Elle travaille à Paris. Elle ajoute, avec une expression de culpabilité infantile, que cette dernière l’a même emmenée voir des spécialistes à Paris.

Elle précise qu’elle ne voulait pas y aller et que d’ailleurs ils ont dit la même chose qu’ici. Mais ça a, d’une certaine façon, rassuré les enfants. Ils sont moins pressants, l’entou- rent mieux. Cette information, délivrée comme un aveu, est une nouvelle preuve de sa volonté de rester dans la maîtrise.

Elle accepte l’avis d’expert de mes collègues spécialistes, mais un avis supplémentaire lui a probablement été néces- saire pour accepter qu’il se passe des choses en elles dont elle n’a pas le contrôle. Ce fut l’occasion de la rassurer sur la qualité de l’équipe qui la suit.

Analyse

La loi Kouchner du 4 mars 2002 [2] donne le droit au patient d’être informé et de prendre part à la décision médicale. Les droits de l’individu sont mis en valeur entraînant une muta- tion de la relation médecin–malade. Nous quittons le clas- sique modèle paternaliste inégalitaire, respectant insuffisam- ment l’individu qui est peu informé des traitements dont il peut bénéficier, pour laisser place à un modèle délibératif. Le médecin se place comme un interlocuteur expert qui encou- rage une décision médicale sans pour autant l’imposer, en veillant à ne pas placer le patient dans une situation ingérable psychologiquement. Le patient se réserve le droit de refuser un traitement s’il le juge non favorable [1].

Par ailleurs, la profession s’est fortement féminisée. Il existe peu de données dans la littérature pour illustrer l’impact de cette nouveauté dans la relation. Cependant, un travail de méta-analyse, réalisé par Roter et Hall [3], publié en avril 2004 dans Review of Public Health, propose une interprétation intéressante. Cette compilation d’informations met en évidence qu’en moyenne les consultations dirigées par des femmes médecins durent deux minutes de plus que celles des hommes et que pendant ce temps thérapeutique les femmes médecins engagent la conversation sur des thèmes plus variés comprenant la relation de couple, l’impact psy- chologique et les émotions.

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Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com

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Ces données sont naturellement qualitatives et ne peuvent donner lieu à une généralisation, mais permettent d’illustrer le fait qu’une femme médecin aurait une approche plus centrée sur le dialogue. Nous pourrions formuler l’hypothèse que la fibre maternelle favoriserait une approche plus empathique.

Le cas clinique illustre concrètement ces changements de relation médecin–malade. La relation est bien délibérative : la patiente ne se laisse pas guider aveuglément dans sa prise en charge ; elle décide quand elle consulte et avec qui.

Elle vient recueillir l’avis d’expert, mais en fait ce qu’elle veut. Elle s’est, en effet, laissée prendre aux jeux d’une double expertise à Paris. De plus, elle entretient avec son médecin femme un dialogue que l’on pourrait presque qualifier d’égale à égale. Elle se confie, utilise l’humour et la dérision pour sceller les liens et peut-être même rassurer son médecin, comme elle le fait avec son entourage.

Conclusion

Ce cas clinique nous permet de souligner l’évolution de la relation médecin–malade. Cette relation est basée sur

l’échange, elle place le patient dans une position d’acteur de ses soins contrairement à une relation plus paternaliste, où le patient reçoit une injonction thérapeutique. Dans une société où tout se discute et se négocie, cette évolution s’inscrit dans la modernité et prend tout son sens. À cela s’ajoute la féminisation de la profession qui apporte un vent de douceur et d’empathie maternelle ; et selon le recueil d’information réalisé par Roter et Hall [3], il semblerait que les patients en soient plutôt satisfaits.

Conflit d’intérêt :l’auteur déclare ne pas avoir de conflit d’intérêt.

Références

1. Frosch DL, Kaplan RM (1999) Shared decision making in clinical medicine: past research and future directions. Am J Prev Med 17 (4):28594

2. legifrance.gouv.fr

3. Roter DL, Hall JA (2004) Physician gender and patient-centered communication: a critical review of empirical research. Annu Rev Public Health 25:497–519

Psycho-Oncol. (2012) 6:141-143 143

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