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Cancer et parcours professionnel
Cancer and Career
A. Petit · A. Bonnaud-Antignac · Y. Roquelaure
Reçu le 4 juin 2014 ; accepté le 9 juin 2014
© Springer-Verlag France 2014
Résumé Les avancées diagnostiques et thérapeutiques ont conduit à une nette augmentation du nombre de survivants du cancer chez les adultes en âge de travailler. Cependant, leur retour et/ou maintien au travail est souvent menacé au décours de la maladie. À la question du retour au travail s’associe la question des conditions de travail adéquates aux séquelles de la maladie et des éventuelles absences répétées.
Pour cela, la concertation des professionnels du soin et de la prévention avec les partenaires sociaux est indispensable.
Mots clésCancer · Parcours professionnel · Maintien en emploi
AbstractDiagnostic and therapeutic advances have led to a marked increase in the number of cancer survivors in working age adults. However, their post-disease return and/or staying at work is often endangered. To the question of returning to work joins the issue of appropriated working conditions to the after-effects of the disease and possible repeated absences.
Therefore, the consultation of healthcare professionals and of prevention with social stakeholders is essential.
KeywordsCancer · Career · Staying at work
On considère actuellement que chaque année un homme sur trois et près d’une femme sur deux chez qui on fait le diag- nostic de cancer est âgé de 15 à 65 ans [1]. La précocité accrue des diagnostics et l’amélioration des traitements ont conduit à une augmentation du nombre de survivants du cancer dans la population active. Cependant, de nombreux malades conti- nuent d’éprouver des difficultés physiques et psychiques pou- vant contribuer à menacer leur maintien dans l’emploi et/ou leur réinsertion professionnelle après un cancer.
La problématique de l’entrée, du maintien, du retour, voire de la sortie définitive d’une activité professionnelle s’impose régulièrement aux malades avec des conséquences très diffé- rentes selon l’âge, la profession, le type de cancer…[2] Chez les adultes jeunes, la maladie peut être à l’origine d’un bou- leversement du projet professionnel : choix d’orientation par défaut ; suspension/arrêt des études ou de la formation ;
« trou » dans le curriculum vitae après une courte période d’activité professionnelle ; discrimination à l’embauche… Chez les personnes proches de l’âge de la retraite, le cancer peut sonner la fin définitive de l’activité professionnelle.
La vie professionnelle est une question importante pour les malades. Pour certains, elle fait écho avec des représen- tations positives, de sorte que l’arrêt, temporaire ou définitif, de l’activité professionnelle constitue une remise en cause profonde des raisons et des modes d’existence [3,4]. Les conditions de reprise du travail peuvent également être sour- ces de remise en question lorsqu’un décalage apparaît entre ce qu’on pensait retrouver et ce que l’on retrouve effective- ment, le delta pouvant être lié tant au poste occupé, à l’accueil dans l’entreprise, qu’à l’évolution des représenta- tions et des priorités de la personne malade elle-même [4,5].
Pour d’autres, ayant vécu un parcours professionnel déjà chaotique et précaire, la maladie peut être une nouvelle cause de rupture via le non-renouvellement d’un contrat ou le licenciement. La question de la vie professionnelle est donc une question d’activité, mais également de perte de revenus et de regrets liés au deuil de l’activité professionnelle.
Dans une étude récente, réalisée auprès de plus de 400 patientes âgées de 25 à 55 ans et prises en charge pour un cancer du sein à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, en
A. Petit (*) · Y. Roquelaure
Centre de consultations de pathologie professionnelle du CHU d’Angers, 4, rue Larrey,
F-49933 Angers cedex 09, France e-mail : [email protected] Laboratoire d’épidémiologie
et d’étude en santé au travail (LEEST),
faculté de médecine d’Angers, université LUNAM, université d’Angers, F-49045 Angers cedex 1, France A. Bonnaud-Antignac
Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO), France Département de recherche en psycho-oncologie, faculté de médecine de Nantes, université LUNAM, université de Nantes, F-44035 Nantes cedex 1, France Psycho-Oncol. (2014) 8:151-152
DOI 10.1007/s11839-014-0474-2
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com
Pays de la Loire, 91 % des femmes avaient repris une activité professionnelle à deux ans de la fin des traitements (hormo- nothérapie exclue), dont 14,9 % ont nécessité un arrêt de travail ultérieur en lien avec le cancer et/ou les séquelles.
Les femmes ayant repris le travail ont bénéficié d’une visite de préreprise auprès du médecin du travail dans 86,4 % des cas ; ce qui a permis un aménagement du poste pour 18,2 % d’entre elles et une réduction du temps de travail pour 22,2 %. Plus d’un tiers des femmes exprimaient le souhait d’une réorientation professionnelle, et 9,6 % ont effective- ment changé de métier. Les facteurs apparaissant comme ayant pu favoriser la reprise du travail étaient le fait d’avoir pu bénéficier d’un temps partiel thérapeutique, la peur d’une perte de revenu et le fait de vivre en couple. Le fait de se sentir « capable de travailler » était très fortement lié à la reprise du travail, en revanche, l’avis du médecin traitant et de la famille n’influençait pas la reprise. Les facteurs appa- raissant comme ayant pu limiter la reprise du travail étaient l’appréhension de la reprise du travail, être âgé de moins de 50 ans, avoir bénéficié d’un curage ganglionnaire axillaire et la précarité du contrat de travail (CDD, intérim) ; l’ancien- neté dans l’entreprise, la reconnaissance de la qualité de tra- vailleur handicapé (Maison départementale de l’autonomie) ou l’invalidité (médecin-conseil) n’influençaient pas le retour au travail de manière significative.
La poursuite ou la reprise de l’activité professionnelle suppose souvent de pouvoir procéder à certaines adaptations du poste, notamment pour alléger la charge et la durée de travail, permettre une moindre pénibilité du travail, pouvoir faire face à des absences répétées… [5–7]. Elle nécessite ainsi parfois un aménagement du poste et/ou de la situation de travail, un temps partiel thérapeutique, voire un reclasse-
ment professionnel. Ces adaptations sont plus ou moins possibles selon le type d’entreprise et le métier exercé.
Pour cela, la collaboration entre médecin-conseil, médecin traitant, médecin du travail et acteurs locaux du maintien en emploi est primordiale. En parallèle, l’orientation vers l’assistante sociale ou le psychologue doit être conseillée en cas de difficultés sociales et/ou psychologiques tout au long de la démarche de reprise du travail.
Liens d’intérêts :Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Références
1. Institut de veille sanitaire (2013) Évolution de l’incidence et de la mortalité par cancer en France entre 1980 et 2012. Communiqué de presse du 11/07/2013. http://www.invs.sante.fr/fr/Espace- presse/Communiques-de-presse/2013/Evolution-de-l-incidence-et- de-la-mortalite-par-cancer-en-France-entre-1980-et-2012
2. DRESS (2008) La vie deux ans après le diagnostic de cancer. Col- lection Études et statistiques. 408 p
3. Hoffman B (2005) Cancer survivors at work: a geation of pro- gress. CA Cancer J Clin 55:271–80
4. Maunsell E, Brisson L, Dubois L, et al (1999) Work problems after breast cancer: an exploratory qualitative study. Psycho-oncology 8:467–73
5. Greaves-Otte JG, Greaves J, Kruyt PM, VanderWouden JC (1991) Problems at social re-integration of long-term cancer survivors.
Eur J Cancer 27:178–81
6. Chirikos TN, Russell-Jacobs A, Cantor A (2002) Indirect econo- mic effects of long-term cancer survival. Cancer Pract 10:248–55 7. Schagen SB, van Dam FS, Muller MJ, et al (1999) Cognitive defi-
cits after postoperative adjuvant chemotherapy for breast carco- noma. Cancer 85:640–50
152 Psycho-Oncol. (2014) 8:151-152
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