• Aucun résultat trouvé

Oncologie : Article pp.185-186 du Vol.8 n°3 (2014)

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Oncologie : Article pp.185-186 du Vol.8 n°3 (2014)"

Copied!
2
0
0

Texte intégral

(1)

LETTRE À LA RÉDACTION /LETTER TO THE EDITOR

Commentaires sur l ’ article de M. Roques et N. Proia-Lelouey : les apories de la formation des oncologues à la psycho-oncologie : réflexions et propositions

Comments on the Article by M. Roques and N. Proia-Lelouey: the Challenges Involved in Training Oncologists in Psycho-Oncology: Discussions and Proposals

J.-L. Pujol

© Springer-Verlag France 2014

À la rédaction,

J’ai lu avec intérêt l’article publié dans la revuePsycho- Oncologie portant sur la formation des oncologues à la psycho-oncologie sous la signature de Roques et Proia- Lelouey [1]. C’est un sujet important, car, en définitive, cela revient à poser la question suivante : quelle est la bonne position d’énonciation lorsqu’il s’agit de s’adresser à une personne atteinte de cancer ?

Dans la publication citée, Roques et Proia-Lelouey nous livrent leur regard sur la formation en psychologie propo- sée au cours des études médicales et ses effets sur la qualité relationnelle des internes en médecine et des praticiens hospitaliers.

Cette formation n’est pas brillante si l’on en croit l’enquête menée auprès des internes. Les réponses sont marquées du sceau de l’insatisfaction généralisée sur leur cursus universi- taire et leur apprentissage clinique. Mais tout cela n’est rien en comparaison avec le regard sombre que les auteurs posent

—au-delà de l’enseignement des sciences humaines qualifié de pauvre à inexistant—sur l’exercice des praticiens dans les services d’oncologie. Avec force exemples, ils dénoncent les situations qu’ils ont rencontrées dans les services d’oncologie et qui témoigneraient à leur sens d’une insuffisance de forma- tion. L’accent est mis sur le virage biotechnologique pris par

la cancérologie fondée sur les preuves et l’émergence de la médecine personnalisée, tenues comme responsables de l’appauvrissement relationnel que les auteurs disent avoir constaté.

Le débat rouvert par cet article ne peut trouver de solution passant par le clivage des professionnels de santé en deux mondes distincts, celui de la maladie du médecin et celui de la maladie du malade ; ce serait dire « à chaque professionnel sa maladie » et ce ne peut être le but de la formation. En effet, le concept proposé par Pedinielli [2] a pour principal intérêt de prouver qu’il n’y a pas de séparation possible des deux instances, car elles font partie d’un même concept. Certes, en objectivant scientifiquement la maladie, le discours médical desubjective l’expérience du malade. Ce n’est ici que rappe- ler l’écart entre maladie du malade et maladie du médecin.

La dissymétrie des discours en est une des explications, le médecin pris dans le discours biotechnologique parle une

« autre langue » que le patient baignant pour sa part dans le savoir profane en tant que doxa [3,4]. Quelle est donc la nature du lien médecin–malade par-delà ce hiatus, si l’on devait pour autant lui reconnaître une dimension de lien de sujet à sujet. Cette question est particulièrement prégnante dans le climat traumatique majeur que constitue la cancéro- logie [5,6].

Voici la réponse que l’on pourrait proposer : la maladie- du-malade concerne la constitution de la réalité comme étant toujours une réalité psychique. Si la réalité est psychique, il y aura toujours une distance entre la réalité biologique (maladie-de-la-médecine) telle qu’elle fait toujours trauma et la façon dont le sujet repère ce fonctionnement (maladie- du-malade). La maladie-du-malade est un avatar du destin psychique, dans le rapport à l’identification, à l’identité. Le sujet se construit une représentation de ce fonctionnement, représentation de son corps, représentation de ses organes.

Le patient traduira toujours sa maladie par des représenta- tions du dysfonctionnement pour constituer « l’histoire de sa maladie ».

J.-L. Pujol (*)

Laboratoire Epsylon, EA 4556, Dynamique des capacités

humaines et des conduites de santé, UFR Médecine, sciences du sujet et de la société,

STAPS universités Montpellier et St-Étienne, université Paul-Valéry Montpellier-III,

route de Mende, F-34199 Montpellier cedex 05, France e-mail : [email protected]

Centre hospitalier universitaire de Montpellier,

hôpital Arnaud-de-Villeneuve, avenue du Doyen-Giraud, F-34295 Montpellier cedex, France

Psycho-Oncol. (2014) 8:185-186 DOI 10.1007/s11839-014-0480-4

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com

(2)

Fallait-il alors opposer deux approches de la personne atteinte de cancer, une approche médicale, laquelle serait marquée d’une faillibilité psychologique constitutive, et la prise en charge du vécu de la maladie, domaine de légitimité élective des psychologues cliniciens ?

Il serait hâtif d’accréditer l’idée que les médecins ne s’intéressent pas au fait psychologique en cancérologie ou qu’ils ignorent superbement les auteurs classiques de la psy- chopathologie ou le dynamisme des recherches actuelles tel- les que les publient des revues commePsycho-Oncologie, Psycho-Oncology, Journal of Psychosocial Oncology, etc.

Certains médecins retrouvent d’ailleurs dans ces lectures le prolongement des enseignements de la philosophie des sciences et de l’épistémologie. Le risque de voir la praxis submergée par latechnètel que le rappelle cet article est bien réel. Mais il n’est pas né avec la cancérologie moléculaire ni avec la publication de certains ouvrages dénonçant la norma- lisation à outrance de nos modes de vie [7]. Elle est une préoccupation des médecins depuis toujours : « en méde- cine, il y a d’abord la parole, ensuite il y a l’herbe, ensuite il y a le bistouri », écrivait Ibn Rushd, « Averroès » (1126– 1198) [pour revue voir [8]]. Il disait aussi « la vérité ne peut contredire la vérité », un aphorisme que nous ferions bien de méditer lorsque nous ne comprenons pas toujours autrui.

La solution, si elle vient un jour, émergera, je crois, des laboratoires de sciences humaines et sociales ; c’est là, dans l’interrogation insistante autour de la personne atteinte de cancer prise en tant que de sujet, dans sa relation à l’autre

et ausocius, qu’un métissage des savoirs est peut être encore possible.

Références

1. Roques M, Proia-Lelouey N (2014) Les apories de la formation des oncologues à la psycho-oncologie : réflexions et propositions.

Psycho-Oncol 8:2328

2. Pedinielli JL (1993) Psychopathologie du somatique : La

« maladie-du-malade », Cliniques Méditerranéennes, Cliniques du corps en souffrance. Ères, Toulouse, 37/38, pp 12137

3. Olson RE (2011) Managing hope, denial or temporal anomie?

Informal cancer carers’ accounts of spouses’ cancer diagnoses.

Soc Sci Med 73:904–11

4. Pujol JL, Launay M, Boulze I (2012) Représentations sociales du cancer : une composante clinique de la relation médecinmalade.

In: Psychologie de la santé. Douze cas cliniques. Sous la direction de Lydia Fernandez et Jacques Gaucher. Éditions In Press, Paris, pp 2150

5. Bacqué MF (2009) La charge symbolique du cancer. Psycho- Oncol 3:46

6. Pujol JL, Plassot C, Mérel JP, et al (2013) Post-traumatic stress disorder and health-related quality of life in patients and their significant others facing lung cancer diagnosis: intrusive thoughts as key factors. Psychology 4:6A; http://file.scirp.org/Html/33494.

html

7. Gori R, Del Volgo MJ (2005) La santé totalitaire : essai sur la médicalisation de lexistence. Denoël, Paris, 270 p

8. Attias E, Labarthe H (2007) Les médecins philosophes. Médecine et culture 7:2944. http://medecineetculture.typepad.com/mc/files/

revue_n7.pdf

186 Psycho-Oncol. (2014) 8:185-186

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com

Références

Documents relatifs

La maladie, les trai- tements mais aussi l ’ impact psychique qui en découle doi- vent être davantage pris en compte par les équipes pour amé- liorer les conditions de travail ou

Les facteurs appa- raissant comme ayant pu limiter la reprise du travail étaient l ’ appréhension de la reprise du travail, être âgé de moins de 50 ans, avoir bénéficié d ’

F. Les consultations psychosociales des accueils cancer de la ville de Paris permettent d ’ appréhen- der les difficultés liées à la reprise professionnelle. À travers une

Notre objectif était de réaliser une première étude explo- ratoire visant à étudier les relations entre la perception par les cadres de santé de la mise en place d ’ une

Se défaire de la prégnance des valeurs communes concer- nant l ’ activité professionnelle pour habiter une position de malade aux besoins de soins fondamentaux, de l ’ ordre de l

Pour conclure, les patients désireux de garder leur activité professionnelle pendant leur traitement nous permettent d ’ ap- préhender le rôle du travail dans la

En effet, la relation de soin patient – médecin se veut une relation de confiance primordiale dans le processus théra- peutique [6]. Le médecin étant « le supposé savoir » [7], c

En effet, toute formation devrait offrir au participant l ’ opportunité de recevoir le feed-back des pairs et celui des formateurs [29], ce qui est possible dans les workshops