• Aucun résultat trouvé

Oncologie : Article pp.183-184 du Vol.8 n°3 (2014)

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Oncologie : Article pp.183-184 du Vol.8 n°3 (2014)"

Copied!
2
0
0

Texte intégral

(1)

COMPTE RENDU /REPORT

Trauma et cancer : travail, soin et créativité, ou l ’ effraction du cancer comme reviviscence du trauma de l ’ infans et la nécessité d ’ un soin

humanisé soutenant la créativité du sujet dans sa vie psychique et sociale

Compte rendu des journées de l

association Psychisme et Cancer 2014

Trauma and Cancer: Work, Care and Creativity or the Intrusion of Cancer as Reliving the Trauma of Infant and the Need for a Humane Treatment Supporting the Creativity of the Subject in their Psychic and Social Lives

Report of the 2014 Symposium of the association

Psychisme et Cancer

M. Guérin · L. Mahé

© Springer-Verlag France 2014

C’est à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière que Françoise Bessis et l’équipe du centre Pierre-Cazenave nous ont reçus les 15 et 16 mars derniers pourLes Nouvelles Journées de l’association Psychisme et Cancer. Le Centre, créé en 1998, a pour vocation de proposer aux malades du cancer et à leurs proches un lieu d’accueil et d’écoute. Il fonctionne sur la base « d’un partenariat non hiérarchisé entre malades accueillants, ayant la double expérience de la maladie et d’une thérapie analytique, et psychanalystes, où chacun est reconnu à sa place particulière, dans sa compétence et sa subjectivité ».

Durant deux jours, psychanalystes, médecins, philosophe, accueillants du Centre se sont succédés afin de travailler sur le thèmeTrauma et cancer : travail, soin et créativité, dans une réflexion psychanalytique enrichie de cette pluridiscipli- narité et des échanges avec la salle. Nous retiendrons deux problématiques principales :

comment la confrontation au traumatisme du cancer vient dévoiler le traumatisme de l’infans, et ainsi la question de l’émergence du sujet ?

Quels sont les approches et les éléments qui sont utilisés par les patients et les soignants pour donner sens à cette expérience douloureuse ?

Au cours de ces journées, la question du trauma est essentiellement abordée au travers des théories de S. Ferenczi et D. Winnicott. Dans ce cadre, le psychana- lyste Philippe Réfabert liera la question du trauma à la sor- tie de l’infans (première enfance), avant l’acquisition du langage, avant l’émergence du sujet — se faisant par la nécessaire incorporation. On parle ici d’un forçage du lan- gage de l’Autre dans le corps du bébé qui, de ce fait, devient corps symbolique et non plus simple organisme.

Que subsiste-t-il de cet enfant traumatisé ? Quelles terreurs infantiles s’actualisent ? Et enfin, comment permettre l’émergence du sujet par la reconnaissance de la triangula- tion ? Autant de questions actives dans l’accompagnement des patients atteints de cancer. Ainsi, Françoise Bessis, psy- chiatre et psychanalyste, aura précédemment illustré la remise en jeu de l’infans avec la présentation du cas de Loïc, jeune homme traversé par le cancer et qui, par la cure, fera l’expérience d’une liberté de vivre…Elle nous montre comment pour Loïc une relation d’altérité devient possible, et comment il émerge en place de sujet. Plus qu’une simple présentation de malade, elle nous emmène, dans cet exposé très touchant, au cœur de la relation transférentielle avec ce patient. Marie-Suzanne Kalogeropoulos, psychanalyste, poursuivra cette réflexion du trauma comme un irreprésen- table, à savoir ce qui ne peut être mis en mots et qui demeure hors sens, voué à une répétition mortifère. Elle aborde le trauma du côté de la psychosomatique : pour s’en défendre, une partie du corps est clivée et devient indépen- dante, soumise au refoulement, dans une perte de l’unité

M. Guérin (*) · L. Mahé (*)

Groupe hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, Site Reuilly, 18, rue du Sergent-Bauchat, F-75012 Paris, France

e-mail : [email protected], [email protected] M. Guérin

Hôpital René-HugueninInstitut Curie, 35, rue Dailly, F-92210 Saint-Cloud, France

L. Mahé

Groupe hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, Site Avron, 125, rue dAvron, F-75020 Paris, France

Psycho-Oncol. (2014) 8:183-184 DOI 10.1007/s11839-014-0479-x

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com

(2)

psyché-soma. C’est au tour de Jean-Pierre Lehman, psychana- lyste, d’intervenir. Il aborde le trauma du côté de l’agonie, angoisse primaire de type psychotique, où l’une des manifes- tations de la précocité du trauma est la peur de l’effondrement.

Enfin, cette journée se termine par l’exposé intime des psycha- nalystes Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière, où ce dernier raconte sa near death experiencelors d’un passage en réanimation suite à l’opération d’une tumeur de l’estomac.

Ce vécu l’amène à penser le délire comme la marque du vivant, où la capacité à donner du sens est maintenue.

Travail, soin et créativité seront les maîtres-mots de la seconde journée. Le psychanalyste Christophe Dejours débute en questionnant la relation vie–travail chez un sujet soumis à l’épreuve de la maladie, dans un exposé empreint de sa sensibilité politique et sociétale. Il montre combien l’économie du corps érotique est mise à l’épreuve dans le travail et comment la maladie peut parfois permettre de repenser différemment autant la manière d’habiter son corps que celle de s’approprier son travail. La matinée se poursuit avec Frédéric Worms, professeur de philosophie, qui aborde la maladie grave du côté de l’unité du sujet et du soin. Le cancer, qu’il rapproche de la notion de « malheur » de Simone Weil, fait irruption par une fenêtre, celle de l’atteinte somatique, du corps en tant qu’il peut mourir. La première forme de réponse est médicale, pensant l’humain unique- ment dans sa dimension organique. Or, le corps n’est pas l’organisme, il est traversé par les mouvements psychiques et par le lien social. Le savoir médical doit nécessairement

s’articuler au savoir singulier du patient. Ainsi, les soins de support sont une manière d’approcher le corps dans sa complexité, à la condition de ne pas les envisager comme une simple juxtaposition de compétences. Ici, la spécificité du psychologue clinicien est d’entendre toutes les dimen- sions du corps, dans un travail d’élaboration psychique, dans une parole qui renoue. Le Dr Quinquénel, pneumologue, illustre cette nécessaire humanisation du soin au regard de l’accompagnement d’un patient arménien sans-papiers à l’hôpital de Reims. Le soin, teinté d’émotions, se fait dans la construction d’une relation, d’un intime, d’une hospitalité, entre les soignants et le patient. Il s’agit bien là du sujet et non de l’organisme ! Nous en venons ainsi à la question des soignants avec Michèle Moreau Ricaud et Cécile Labrousse, psychanalystes, qui nous font un retour d’expérience du groupe Balint qu’elles ont mis en place auprès des médecins d’un service de pneumologie. Elles soulignent l’importance de la mise au travail des pratiques par chaque professionnel de santé. Les journées se concluent sur ce que propose le centre Pierre-Cazenave : permanences d’accueil, groupe Adultes jeunes, ateliers Qi Gong, écriture et cuisine, ainsi que l’atelier dessin animé par Granjabiel, peintre et illustra- teur, dont le défilement desœuvres en fond d’écran a rythmé tout au long de cette rencontre les présentations de chaque intervenant. Autant d’ateliers propices à la sublimation… Liens d’intérêts :les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

184 Psycho-Oncol. (2014) 8:183-184

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com

Références

Documents relatifs

Les facteurs appa- raissant comme ayant pu limiter la reprise du travail étaient l ’ appréhension de la reprise du travail, être âgé de moins de 50 ans, avoir bénéficié d ’

F. Les consultations psychosociales des accueils cancer de la ville de Paris permettent d ’ appréhen- der les difficultés liées à la reprise professionnelle. À travers une

Notre objectif était de réaliser une première étude explo- ratoire visant à étudier les relations entre la perception par les cadres de santé de la mise en place d ’ une

Se défaire de la prégnance des valeurs communes concer- nant l ’ activité professionnelle pour habiter une position de malade aux besoins de soins fondamentaux, de l ’ ordre de l

Pour conclure, les patients désireux de garder leur activité professionnelle pendant leur traitement nous permettent d ’ ap- préhender le rôle du travail dans la

En effet, la relation de soin patient – médecin se veut une relation de confiance primordiale dans le processus théra- peutique [6]. Le médecin étant « le supposé savoir » [7], c

En effet, toute formation devrait offrir au participant l ’ opportunité de recevoir le feed-back des pairs et celui des formateurs [29], ce qui est possible dans les workshops

Le débat rouvert par cet article ne peut trouver de solution passant par le clivage des professionnels de santé en deux mondes distincts, celui de la maladie du médecin et celui de