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ARTheque - STEF - ENS Cachan | Pourquoi et comment évaluer une animation scientifique

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Academic year: 2021

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POURQUOI ET COMMENT EVALUER

UNE ANIMATION SCIENTIFIQUE ?

Pierre CLEMENT

LIRDIS (Laboratoire Interdisciplinaire de Didactique des Sciences) Université Claude Bernard - Lyon I - Villeurbanne

MüTS-CLES : MUSEOLOOIE - DIDACfIQUE DES SCIENCES· EXPOSITION - EVALUATION ANIMATION SCIENTIFIQUE - EXPERTISE - APPRECIATION - CULTURE SCIENTIFIQUE METIIODOLOOIE RECHERCHEACTION

-RESUME: Le présent travail présente et critique différents concepts relatifs aux finalités et méthodes de l'évaluation d'animations scientifiques. Ces dernières sont des systèmes, constitués d'un enchevêtrement singulier d'éléments dont il est important de connaître l'histoire individuelle, et les interactions. Trois catégories d'évaluations sont proposées: 1- évaluations-recherches, 2- évaluations-expertises, 3-évaluations participantes. Elles diffèrent par leurs objectifs, leurs méthodes, leurs résultats (l-publications pour la communauté scientifique; 2-rapports pour les demandeurs d'expertises; 3-améliorations immédiates de l'animation scientifique), même si elles sont parfois réalisées simultanément par un évaluateur. Sont enfin discutés les liens entre recherches et demandes sociales, la multi-disciplinarité impliquée par ces dernières, et l'intérêt d'une appropriation, par les acteurs des animations, des méthodes et savoirs des spécialistes de l'évaluation, pour qu'en les intégrant ils améliorent leurs pratiques d'animation scientifique.

SUMMARY : This work is a critical review on some concepts about purposes and methods of the evaluation of scientific exhibits and animations. These are systems whose elements are in interactions which are interesting to analyse, as are the individual history of each element. Three categories of evaluation are proposed: 1- evaluation-research; 2- evaluation-expertise; 3- participating evaluation. They differ by their aims, their methods, their results (1- publications for the scientific community; 2- reports for the askers of expertises; 3- irnmediate ameliorations of the scientific animation.), even when they are realized by the same specialist of evaluations. There is also a discussion about the relationships between research and social requests, about the multi-disciplinarity implied in each social request, and about the urgent appropriation by the actors of an animation, of the methods and knowledge of the specialists of evaluation: by this way, these actors will ameliorate their scientific animations.

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1. POURQUOI ?

On n'évalue pas ce qu'on fait couramment et sans problème.

On évalue les progrès de la marche des tout jeunes enfants qui apprennentàmarcher; ou des convalescents qui re-apprennent; plus tard,ils'agit moins d'évaluer la marche elle-même que certaines de ses caractéristiques quand on veut les transformer en performances: rapidité (courses); endurance (randonnées)...

En ce qui concerne les expositions, notamment scientifiques,P.MOULINIER(1983)remarquait fort justement: "ce qui nous prend tousàévaluer, c'est que nous ne sommes pas très sars de ce que nous faisons." Nous serions donc plutôt au stade de la prime jeunesse, celui où on apprend à marcher. Mais nous ne sommes plus des bébés: pour que ça marche mieux, nous avons aussi besoin de savoir comment ça marche: l'évaluation est aussi recherche sur des pratiques que nous voulons mieux maîtriser.

La mode de l'évaluation est en même temps signe de l'économisme qui nous imprègne de plus en plus: l'argent et le temps investis dans une exposition, ou dans une autre animation scientifique, sont-ils bien "investis", "rentabilisés", "optimalisés",... ?L'évaluation devient alors "expertise", instrument au service de ceux qui jugent, décident, financent.

Car, pour "marcher", une exposition scientifique, ou toute autre animation scientifique, a besoin de moyens. Pour rester dans le même registre métaphorique, les jambes et le corps ne suffisent pas pour apprendre à marcher:ilfaut de la nourriture et de l'affection pour alimenter la fantastique pulsion de vie du bébé;ilfaut tout un environnement social favorable, et des béquilles ou autres supports pour suppléer aux éventuelles défaillances motrices.

Evaluer une animation scientifique, c'est donc aussi reconnaître la fantastique nécessité sociale d'une Culture scientifique, et admettre le rôle de l'animation scientifique dans son développement. Cette facette optimiste du "pourquoi évaluer?"anime souvent les évaluateurs; ainsi quand j'ai demandé récemmentà Babacar Gueye pourquoi il avait, cette année, évalué des animations scientifiques:"pour les améliorer, bien sar! ou pour améliorer les suivantes1".

2. COMMENT?

Je développe peu ce point dans cette communication.

Parce que le "comment" dépend étroitement des objectifs que l'on fixeàl'évaluation: or ceux-ci varient avec les types d'évaluation envisagés, qui ne sont introduits que dans le paragraphe suivant. Présenter et discuter une méthode ou une technique n'a de sens que par rapportà un objectif précis.

Enumérer ici une liste de techniques n'aurait guère d'intérêt.Laplupart ont été mises au point par des chercheurs en sciences humaines (synthèse des travaux français et étrangers inGOTŒSDIENER, 1987).

Mais différentes disciplines, donc différentes méthodologies, sont impliquées dans ces travaux: sémiologues, linguistes, psychologues, sociologues, didacticiens des sciences, ... :GIORDANetRASSE,

1987;GUIGUEetBILLEZ,1988;Protée - Expo-Média,1988; CLEMENTet al,1989.

Malgré cette diversité possible d'approches, apparaissent des convergences de préoccupation de spécialistes différents lorsqu'ils sont confrontés au même problème: celui de l'évaluation d'une animation

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scientifique (CLEMENT et al., 1989).Lenombre de types de techniques disponibles n'est d'ailleurs pas infini; ils peuvent être regroupés en quelques catégories:

• dénombrer et caractériser les visiteurs: par comptage, et/ou enquête (sondage sur un échantillonnage aussi peu biaisé que possible: exigence qui varie selon les enjeux de l'évaluation). • observer le public: soit directement, en prenant des notes au fur etàmesure sur des observables préalablement définis par rapport au projet fixé à l'évaluation (par exemple le temps total de visite d'une exposition; ou le temps devant tel ou tel élément de l'exposition; ou les attitudes faceàtel élément, ou partie plus précise de l'élément; ou le cheminement du visiteur, ses arrêts, son trajet; ou ses discussions, avec qui, sur quoi, ... ); soit en enregistrant certaines informations (au magnétophone, voire parfois au magnétoscope) pour les retravailler ensuite.

• interviewer le public, et/ou les autres acteurs de l'animation: avec des grilles préalables d'entretien, et en les enregistrant si possible. Il s'agit en général d'une source essentielle d'informations, même si les techniques d'entretien sont moins facilesàmaîtriser qu'on l'imagine volontiers (BLANCHET et al., 1987).

• enquêtes par questionnaires: leur maniement est plus complexe et dangereux encore que celui des entretiens; mais cette méthode est souvent utile pour préciser la fréquence de certaines attitudes ou autres tendances qui se dégagent des entretiens. Il existe toute une gamme de types de questionnaires, courts ou longs, ouverts ou fermés, Q.C.M. ou différentiateur sémantique d'Osgood, à partir de listes de mots ou de dessins, ...

Dans tous les cas, se posent des problèmes tels que celui de la représentativité des échantillons choisis, ou celui du traitement des données recueillies, et de leur interprétation.

Par ailleurs, les catégories de techniques sus-énumérées ne font pas le tour de tous les possibles: un travail direct peut être effectué indépendamment du public ou des autres acteurs de l'animation, sur les documents qui illustrent cette animation par exemple (documents écrits, textes et dessins, panneaux ou autres éléments d'une exposition, diapositives, transparents, films ou documents vidéo, ..,): par des spécialistes du contenu scientifique, et/ou par des spécialistes de l'analyse formelle de ces types de médias.

3. EVALUER?

Les défmitions de l'évaluation tournent autour de deux pôles: - "Evaluer, c'est juger" (cf." le Petit Robert", ou C.SûUCHûN)

- "Evaluer, c'est comparer" (cf.G.Le BûTERF, P.MûLINIER, J.M.DE KETELE).

J'aurai tendance à privilégier le second pôle, qui permet de mettre en place des instruments d'évaluation plus transparents et communicables, tout en sachant qu'on a difficultéàse départir du premier pôle, celui du jugement issu de ma subjectivité, de mon histoire, de ma personnalité (...et qui n'est donc sûrement pas stupide ! ,mais dont je peux mal expliciter les fondements: ilest donc plus difficileà

contester, discuter, et utiliser par les personnes dont le travail est ainsi jugé).

Je partirai donc de la définition de P.MûULINIER (1983):"Evaluer, c'est comparer les objectifs attendus et les objectifs réellement atteints ",et de celle de J.M.de KETELE (1980):"Evaluer, c'est examiner le degré d'adéquation entre un ensemble d'informations et un ensemble de critères adéquatsàl'objetfLXé,

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en vue de prendre une décision",

La première définition me semble plus ouverte, car elle englobe aussi bien les évaluations-recherches que les évaluations-expertises, alors que celle deDeIŒTELEse limiteàces dernières. Cette "limite" peut être toute relative si, avecM.CHASTREITE (1986) on classe les évaluations en fonction de la nature des décisions à prendre:

- une certification ou un bilan; - un classement;

- la maîtrise d'objectifs intermédiaires; - un diagnostic;

- une prédiction.

Psychopédagogue suisse,CARDINETa, depuis 1977, formalisé trois types d'évaluations: - l'évaluation diagnostique: avant, pour planifier, ajuster le tir;

• l'évaluation formative: pendant, avec des rétroactions possibles; • l'évaluation sommative: après, avec des conclusions pour le futur.

Ces trois types d'évaluation sont devenus classiques, avec parfois des petites nuances. A la suite de CAVE(1982) et deGRIGGS(1984),GOITESDIENERparle plutôt "d'évaluation préalable" quand elle porte sur un projet d'exposition, mais conserve les termes "d'évaluation formative" (ainsi queSCREVEN,1983; WALTONet aL, 1981), notamment pour l'évaluation de maquettes d'exposition, ou de préfigurations de certains de ses éléments, et "d'évaluation sommative" (ainsi que PRINCE, 1984) pour l'étude delaréception de l'exposition par le public.

GIORDAN(1987), sans citer Cardinet, restructure ses trois types en deux catégories: l'évaluation sommative, qui comprend ou non une préfiguration suivie d'un diagnostic puis d'une remédiation ponctuelle; et l'évaluation formative qui est caractérisée par une remédiation continue.

Dans son "Glossaire de termes relatifs à l'évaluation et termes connexes" (1987) l'UNESCO (sans citer non plus aucun auteur) donne une double fonction, formative et sommative (mais sans employer ces deux mots) àl'évaluation: "L'évaluation est une opération qui viseàdéterminer de façon systématique et objective l'impact, l'efficacité, l'efficience et la pertinence (termes définis pp.15 et 16 du même document), d'activités, au regard de leurs objectifs, en vue d'améliorer d'Une pan les activités en cours et, d'autre pan, la planification, la programmation et la prise de décision futures,"

Laprincipale nouveauté de cette défmition proposée par l'UNESCO, vient de son insistanceàvouloir que le terme "évaluation" soit désormais limitéà"un examen rigoureux et systématique des activités", "Lorsqu'il s'agit d'études qui ne satisfont pasà ces critères", .. un autre terme, tel qu'APPRECIATION ou ANALYSE CRITIQUE doit être préféré au terme EVALUATION,"

Plus loin (p,7 du même document), la définition que donne lUNESCO du terme "suivi" semble exclure de l'''évaluation'' toute évaluation formative: "Alors que le suivi est une procédure qui a pour objet d'apporter immédiatement les correctifs voulus aux activités considérées, l'évaluation est davantage un processus de réflexion, d'analyse et de jugement concernant lafaçon dont les résultats des activités ont été obtenus ou leurs objectifs atteints". Ce paragraphe est complété par un tableauàdeux colonnes, illustrant pour différents points ces définitions des termes "suivi" et "évaluation".

En voulant clarifier une terminologie certes confuse et buissonnante, lUNESCO,àmon point de vue, ajoute un peuàcette confusion; par quels critères en effet est-ilpossible de distinguer leur terme

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"évaluation" des autres tennes qu'ils proposent: "appréciation," "analysecritique~"suivi"?A partir de quand un examen des activités est-il "rigoureux et systématique"?A partir de quand inclue-t-il ou non "réflexion, analyse et jugement sur les résultats des activités, et sur l'atteinte des objectifs fIxés"?

Le flou de ces défInitions me semble tel que j'oserai à mon tour proposer trois catégories d'évaluation, fondées sur des critères simples, clairs et assez nouveaux par rapportàceux qui fondent les types d'évaluation que je viens de rappeler:

(1) • l'évaluation·recherche: il s'agit de toute évaluation qui a pour objet de produire des connaissances sur la façon dont se déroulent les activités évaluées, voire sur une ou quelques facettes de ces activités. Les méthodes, objectifs et délais sont fixés par les chercheurs et les institutions dont ils dépendent. Le produit d'une évaluation-recherche est une ou plusieurs publications et/ou communications dans des congrès.

(2) • l'évaluation.expertise: il s'agit de toute évaluation qui vise à juger des activités à la demande d'institutions ou de personnes (financeurs, décideurs, organisateurs, .u), donc à la suite d'une commande qui explicite ou non les critères de jugement qui devront être privilégiés, et qui demande un rapport pour une date précise. Le produit d'une évaluation-expertise est un rapport (qui peut être une simple notation, ou un classement, dans certains cas).

(3)· l'évaluation-participante: il s'agit de toute évaluation qui interfère immédiatement ou presque sur l'activité évaluée. L'évaluation fonnative (CARDINET, GIORDAN, ...) entre dans cette catégorie, ainsi que l'auto-évaluation, ou encore le "suivi" d'une activité (mais qui, àl'encontre de la définition qu'en donne IUNESCO, ne s'interdit pas de réfléchir, analyser, juger en fonction des résultats de l'activité évaluée, ou en fonction de l'atteinte des objectifs fixés). Le produit d'une évaluation participante est la modification de l'activité en cours.

Je développerai plus loin chacun de ces trois types d'évaluation, après avoir commenté le dernier tenne du titre de ma communication (l'animation scientifIque). Je veux cependant préciser tout de suite en quoi les défInitions de l'évaluation que j'ai citées plus haut recoupent ou non les trois types que je propose: - les évaluations définies comme devant aboutir à une décision (de IŒ1ELE, CHASTRETIE ) ont un objectif confonneàcelui des évaluations-expertises ou participantes. La recherche ne doit pas avoir cet objectif prioritaire, même dans les cas où elle profIte d'un fInancement qui l'obligeàêtre aussi une expertise: les logiques de ces deux aspects, et leurs productions respectives, gagneraient souventàêtre séparées. - les recherches et les expertises peuvent concerner les trois temps définis par CARDINET (avant, pendant, après), mais correspondent plusàl'ensemble "évaluations sommatives" re-défini par GIORDAN. Les rétro-actions sur l'activité en cours ne sont possibles que dans les cas d'expertises intennédiaires (préfigurations d'une exposition, interrogation écrite ou examen blanc dans un cadre scolaire ou universitaire, .u), ou dans le cas plus complexe des "recherches-actions" qui incluent aussi les évaluations participantes.

- fmalement, seule la première définition proposée (MOULINIER, 1983) reste assez générale et précise pour caractériser les trois types d'évaluations proposés ici. Elle peut même servir de guide pour les évaluations-recherches: nombre d'objectifs réellement atteints par une activité n'étaient pas attendus et, réciproquement, nombre d'objectifs attendus ne sont pas atteints. Le montrer nécessite parfois des recherches complexes, mais relève parfois d'expertises simples, ou du bon sens de ceux qui participentàl'activité tout en l'évaluant.

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- dans ces derniers cas (expertises simples ou bon sens tout court), il est possible que les termes "appréciation" ou "analyse critique" remplacent avantageusement celui d'évaluation. Mais ça ne me semble pas obligatoire, surtout si on utilise pour cela les critères proposés par l'UNESCO: la rapidité d'émission d'un jugement n'exclue pasa priori qu'il soit "rigoureux", fondé sur "l'analyse des résultats de l'activité, et sur l'atteinte des objectifs fixés". De même que l'épaisseur d'un rapport et la longue durée de sa rédaction ne sont pas en soi des critères suffisants de sérieux. Une recherche scientifiquement bien menée, peut aboutir à certaines règles simples que des experts ou des participants peuvent mobiliser en un temps très court tout en restant rigoureux. Mais la rigueur des évaluations, qu'elles soient rapides ou non, brèves ou volumineuses, est très difficileàétablir: l'ériger en critère principal d'un vocabulaire courant, comme le propose l'UNESCO, suppose résolus des problèmes qui justement sont loin de l'être!

4. UNE ANIMATION SCIENTIFIQUE?

Je dirai volontiers qu'il s'agit d'un système dont la clôture opérationnelle, àla fois spatiale, temporelle et institutionnelle, est suffisamment nette pour que chacun délimite spontanément une "animation scientifique": une exposition, un cycle de conférences ou débats, une série télévisée, un service télématique, etc... D'après les définitions proposées parVARELA (1989 a& b), on pourrait attribuer à ce système une certaine "autonomie", puisque son unité disparaît lorsque cesse l'enchevêtrement des éléments qui le constitue.

Cene autonomie signifie aussi quelque chose d'unique dans la complexité précise et historiquement datée des interactions qui font exister ce système.

n

y aurait donc quelque chose de vain à vouloir évaluer du singulier qui ne sera jamais reproduit tel quel: le lecteur d'évaluations descriptives précises éprouve parfois ce sentiment de découragement face à l'évidente singularité de certains faits exposés. Maisil reprend courage quand s'en dégagent des analyses qui concernent aussi les situations dont il est familier.

Repérer des régularités dans ces diverses complexités singulières est loin d'être évident, et relève typiquement d'une démarche de recherche scientifique.

Deux catégories d'éléments constituentlesystème "animation scientifique":

- Les acteurs de l'animation, dont les attentes et objectifs varient avec leur histoire individuelle, et sont en partie hétérogènes pour chaque type d'acteurs (mais sont aussi, en partie, caractéristiques de chaque type d'acteurs !) : les différents publics, les organisateurs, les réalisateurs, les financeurs, les scientifiques conférenciers, ou guides, etc...

- Les éléments non humains, mais qui sont eux mêmes porteurs d'informations (théoriques, sociales, ...), signes d'une histoire aussi singulière que celle des acteurs humains: le lieu de l'animation, son rattachement institutionnel, chaque média mobilisé pour l'animation: livres, films, panneaux ou éléments d'exposition,

En conclusion, concevoir une animation scientifique comme un noeud original de trajectoires particulières qui se recoupent momentanément, afin d'y repérer ensuite des invariants de structure ou de fonctionnement, c'est, dans un premier temps, se donner les moyens d'identifier les éléments principaux de ce système, et de connaître leur histoire propre.

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S. L'EVALUATION· RECHERCHE

Toute recherche se définit un objet, des méthodes et des objectifs qui sont liésàdes champs de connaissance et à des pratiques de recherches pré-existantes. Mais l'histoire des connaissances nous montre qu'en plus de ces mécanismes internes du développement des sciences, existent des déterminismes externes, dans le choix des hypothèses à tester, dans la priorité donnée à certaines recherches par rapport à d'autres, dans les interprétations privilégiées.

Dans son opuscule "Evaluer l'exposition", où plus de la moitié des évaluations présentées concerne des expositions scientifiques, H.GOTfESDIENER (1987)résume les recherches dans ce champ à trois approches possibles:

- L'évaluation centrée sur les objectifs (goal referenced evaluation): elle cherche d'abordàconnaître les objectifs du conservateur, réalisateur ou animateur, puis à tester s'ils sont atteints: le comportement du visiteur est-il modifié par l'exposition dans le sens attendu?

- L'évaluation naturaliste (naturalistic evaluation): elle part de l'observation; les hypothèses émergent et se modifient au cours de l'étude.

- L'évaluationfonctionnelle (functional evaluation): elle adapte ses méthodes aux "besoins d'information exprimés par ceuxàqui l'étude est destinée" (MUNLEY,1982).

L'évaluation "naturaliste" s'inscrit dans un courant philosophique, l'inductivisme, selon lequel la science est un savoir directement issu des faits d'observation ou d'expériences. Déjà exprimé parCLAUDE BERNARD(1865),ce courant reste effectivement très prégnant en biologie (cf. par exempleSCHAEFFER, 1987;ouCOSNIER, 1981 pour l'éthologie humaine). Nous savons pourtant à présent(CHALMERS, 1987) que toute observation s'effectue à travers des théories et hypothèses pré-existantes, qu'il est utile d'expliciter dans une recherche: aucun chercheur n'est naïf, quoiqu'il en dise!

L'évaluation "fonctionnelle", si elle vise un réalisme qui doit être productif à court terme pour une commande financée, se rapproche de la logique de l'expertise, discutée plus loin. Elle ne sera recherche qu'en fonction de critères liésàsa démarche (hypothèses, méthodes, ...):àcet égard, le fait de privilégier parmi les hypothèses et objectifs possibles ceux qui peuvent aussi présenter un intérêt social, est parfaitement légitime (mais non suffisant comme garant de scientificité). Ce type de choix a toujours joué un grand rôle dans le développement des sciences: ce n'est pas un hasard si les recherches sur la muséologie des sciences et des techniques se développent tant actuellement!

Enfin, "l'évaluation centrée sur les objectifs" représente actuellement un courant important des recherches sur l'évaluation d'animations scientifiques; mais toutes ne rentrent pas dans ce cadre. A titre d'exemples, des recherches sont également possibles en amont de l'animation: d'où viennent les connaissances scientifiques présentées? Par quels cheminements leur forme et leur contenu se sont-ils structurés (par quelle "transposition didactique")? Ou encore en aval de l'animation: quelles traces durables peut-on détecter bien après l'animation (quant à l'évolution des connaissances, mais aussi des attitudes, de l'intérêt ou de blocages par rapport aux thèmes abordés dans l'animation scientifique) ?

Espérons que des recherches se développeront prochainement sur de tels axes.

Quoiqu'il en soit, une recherche me semble d'abord définie par ses hypothèses et méthodes, c'està direpar l'ensemble du champ disciplinaire auquel se réfère le chercheur, ce qui détermine son point de vue, son angle d'attaque.

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Ainsi,lemême événement, une animation scientifique, ne sera pas étudié de la même façon par un sociologue, ou un politologue, et un linguiste ou un psychologue. Les premiers chercheront d'abord à savoir qui en bénéficie, dans quel courant d'éducation, populaire ou élitiste, s'inscrit cet événement, quelles en seront les conséquences au niveau de l'emploi, de la gestion démocratique ou non des affaires publiques, etc...Les seconds se placeront d'abord à un niveau plus individuel: par exemple, quels rapports entretient le visiteur d'une exposition avec les textes et images d'un panneau?Ledidacticien des sciences, quant à lui, s'intéressera d'abord au contenu scientifique et au mode de présentation des informations, et aux rapports entre le public et les thèmes abordés dans l'animation.

Jusqu'à présent, plusieurs spécialités scientifiques ont été impliquées dans des recherches sur des animations scientifiques:

- sociologie, sciences politiques, ...

- psychologie(s), sciences cognitives, de l'éducation, ... - linguistique, sémiologie et sémiotique, ...

- sciences du comportement et de la communication. - didactique des sciences et techniques.

- épistémologie, histoire des sciences et techniques, ...

- et bien sûr les disciplines scientifiques et techniques elles mêmes.

Ceci ne signifie pas que chacune de ces disciplines est étanche aux autres: du psycho-sociologue au sémio-linguiste, existent même des intersections entre elles; la didactique des sciences est elle-même ancrée à la fois dans le contenu d'une discipline scientifique (biologie, physique, ...), et dans des méthodes et concepts qui lui sont propres et qui sont parents de ceux de sciences humaines et sociales.

Cependant, chacune de ces disciplines porte sur l'objet étudié, l'animation scientifique, un éclairage spécial: focalisé sur certaines portions d'éléments du système, ou sur la dynamique relationnelle entre certains de ces éléments, ou encore sur les interactions entre la totalité du système et ce qui l'entoure.

Si bien que pour parler de ce qu'est une animation scientifique,ildevient aussi nécessaire que difficile de réunir ces approches, de les mettre en dialogue constructeur. Une juxtaposition d'îlots forme plus un archipel qu'un continent: nombre de passerelles restent à construire. Prendre conscience de la réalité et de l'insuffisance de son insularité est déjà un premier pas.

A l'insularité des disciplines se superpose d'ailleurs l'hétérogénéité des langages sur chaque île, traversée par plusieurs paradigmes qui, fort heureusement, sont communs à plusieurs disciplines, et créent déjà des liens entre elles. ils s'organisent autour de pôles antonymes tels que:

- réductionnisme vs. systémique; - description vs. modélisation, prédiction; - construction vs. commande;

- télégraphe vs. orchestre (WINKIN) ; - intemalisme vs. externalisme; - etc...

Ces paradigmes fédérateurs, et l'unicité du système étudié (l'animation scientifique), sont les principaux atouts de la nécessaire multidisciplinarité qui seule permettra aux incontournables et indispensables recherches disciplinaires de dépasser leur étroite spécificité pour répondre progressivement

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et de mieux en mieux aux légitimes interrogations sur les fonctions et les conditions d'efficacité des animations scientifiques.

6. L'EVALUATION - EXPERTISE

L'expertise est un rapport qui doit être fourniàceux qui l'ont demandé, et financé. Le demandeur assujettit généralement sa commande de contraintes de temps, assez précises, et de contraintes de contenu plus ou moins précises. Quand ces dernières sont assez vagues ("évaluez telle animation scientifique"), le choix de l'expert peut sous-entendre des préférences de contenu.

Un contrat sur le contenu peut être négocié. Si l'expert est chercheur, il peut alors s'arranger pour que les termes du contrat lui permettent de développer ses propres recherches (et/ou celles d'un de ses élèves qui effectuera un mémoire ou une thèseàpartir de cette évaluation).

L'expertise peut donc être l'occasion de recherches, mais cela n'a rien d'obligatoire. Les financeurs d'expertise ne sont pas obligatoirement des mécènes de la recherche, même si cela arrive (et parfois le détour par une phase de recherche est incontournable du point de vue même du financeur). Un enseignant qui note des copies ne fait pas pour autant des recherches de docimologie, ni des recherches évaluant l'activité de tel enseignant, ou les capacités d'apprentissage de tel élève ou étudiant

Dans le cas.d'animations scientifiques, certaines expertises relèvent de la même logique de la notation ou du classement: par exemple pour évaluer des projets dont seuls les premiers classés seront financés; ou évaluer des animations pour décerner un prixàl'une d'entre elles. L'important est alors de définir des critères d'évaluation: aux qualités scientifiques ou didactiques du projet, ou de l'animation, s'ajoutent bien d'autres critères, parfois plus déterminants: origine géographique ou sociale des promoteurs de l'animation; nature, problèmes et devenir espéré de l'institution qui la prend en charge; et de multiples autres dimensions, affectives, politiques, ...

Quand des recherches préalables ont été menées sur des cas analogues, leurs conclusions, si elles sont transposablesàd'autres situations, peuvent être mobilisées par l'expert lors de son évaluation-expertise (que l'on peut alors nommer "appréciation").Il pourra par exemple proposer des critères d'évaluation plus pertinents par rapport aux objectifs explicites de l'expertise. De la même façon, le développement de recherches en docimologie et en didactique des disciplines, peut progressivement influencer la nature des épreuves de contrôle qui visent à évaluer certains apprentissages précis des élèves.

L'évaluation des animations scientifiques semble être encore un secteur de recherches trop neuf pour que des invariants pertinents puissent en être dégagés, qui rendraient rigoureuses les appréciations des experts.

Dans l'immédiat, l'expertise risque donc d'être:

- soit une recherche, qui implique un investissement assez important, pour des résultats fondés mais limités

àdes aspects très précis de l'animation scientifique: ce qui risque de décevoir le demandeur qui finance l'expertise;

- soit une appréciation sur les aspects qui intéressent le demandeur, mais qui relèvera surtout de la subjectivité de l'expert qui n'a pas les moyens de la fonder, dans le temps imparti, sur des recherches

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originales dont l'ampleur dépasserait largement le cadre de cette expertise: ce qui, là encore mais pour d'autres raisons, décevra éventuellement le demandeur.

Une dernière remarque: les demandes d'expertises concernent souvent les seules réactions du ou des public(s) face à une animation scientifique: or bien d'autres acteurs sont concernés (scientifiques, réalisateurs, animateurs, ...), dont les réactions vis à vis de l'animation auront un poids important dans la réalisation et la réussite de nouvelles animations(CLEMENT,1986, 1987): les prendre en compte dans une évaluation-expertise peut être très important.

7. L'EVALUATION PARTICIPANTE

En toute rigueur scientifique, une recherche ou une expertise évaluant une animation scientifique doit être réalisée par une personne non impliquée dans cette animation: garantie élémentaire de neutralité maximale du chercheur ou de l'expert vis à vis de son objet d'étude, afin qu'il se sente libre de tirer toutes les conclusions qui émergent de son travail.

Cet "idéal" se heurte sur le terrain à de sérieuses difficultés:

- Tout chercheur a ses propres opinions; sa non-implication, au départ, dans l'animation scientifique n'est en rien un garant en soi de sa non-implication au cours de sa recherche: il est nonnal qu'il ait plus "d'atomes crochus" avec telle personne plutôt qu'avec telle autre, avec tel type d'activité plutôt qu'avec tel autre: la nature des infonnations qu'il recueillera, et la façon dont il les interprétera, s'en ressentiront automatiquement, même s'il s'en défend. Mais le sérieux de ses méthodes, et de son protocole de travail, doivent l'aider à séparer d'une part des données aussi objectives que possible, qui pourront par exemple être traitées statistiquement, d'autre part des hypothèses et des commentaires où transparaissent des choix personnels, mais qui doivent obligatoirement se situer par rapport aux données recueillies et aux résultats obtenus à partir de ces données.

- Tout expert a aussi ses propres opinions, et n'a souvent pas les moyens de les articuler sur des données solides dans le temps imparti pour son expertise; les critères qu'il utilise sont en général un compromis entre la scientificité (apparente au moins), qui fonde le sérieux de son évaluation, et ses opinions, qui ont souvent la sagesse" d'intégrer les attentes et opinions de ceux qui demandent l'expertise, afin qu'ils soient satisfaits au mieux et pensent encore faire appel au même expert pour de futures évaluations-expertises.

L'évaluation participante ne postule pas que l'évaluateur doive être non impliqué dans l'animation, bien au contraire. L'évaluateur est en même temps acteur de l'animation, donc directement intéressé par sa réussite. Les éléments d'évaluation qu'il fonnule visent avant tout à améliorer l'animation en cours.

Cette démarche n'exclue pas que l'évaluateur recueille AUSSI des données, avec le maximum de rigueur, pour qu'il Yait, au delà de l'animation, aussi une recherche: il s'agit alors d'une "recherche-action" sur des événements et innovations dans lesquels le chercheur était acteur. La mise à distance des événements est sans doute plus difficile que dans les cas où le chercheur est non (moins) impliqué dans l'animation scientifique; les données qui constitueront le corpus à analyser dans cette recherche doivent être recueillies avec plus de rigueur. A côté de cette difficulté, ce type de recherche-action présente des avantages:

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o

l'engagement du chercheur est explicite, au lieu d'être plus masqué qu'absent dans la situation classique de recherche.

o

le chercheur est mieux accepté par tous les acteurs de l'animation que quand il reste volontairementà

distance:ilaura donc plus facilement accèsàdes informations de la part de ces acteurs, ce qui peut être très important pour certaines recherches.

Par ailleurs, l'évaluation-participante peut n'avoir aucun lien direct avec une recherche en cours: Un "expert", par exemple, peut aussi être un "militant de la culture scientifique", et donner son avis, ses appréciations-expertises, sur des projets et réalisations dans le seul but de les amélioreràtrès court terme.

Des acteurs de l'animation scierttifique peuvent aussi vouloir intégrer eux-mêmes des éléments d'évaluation durant cette animation, voire avant et après également: cette volonté de distance critique les aidera à mieux apprécier les points faibles (et les points forts) de leur travail, pour l'améliorer au fur et à mesure, et dans le futur.

Le projet d'un guide pour aider dans cette voie les acteurs d'animations scientifiques en milieu associatif(CLEMENTetaL.,1989; Boutique de Sciences de Lyon, 1989 et en préparation) vient justement d'être conçu à cet effet. Sa réalisation, qui est loin d'être évidente et représente une sorte de défi, intéresse un certain nombre de chercheurs et experts spécialistes d'évaluations de ce type, ceux qui souhaitent ne pas garder pour eux seuls leurs compétences en évaluation, et favoriser leur appropriation par le maximum d'acteurs dont les actions d'animation scientifique pourront ainsi devenir plus efficaces.

Le partage des savoirs relatifs à l'évaluation d'animations scientifiques est un des éléments du développement de la Culture Scientifique.

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