L’ÉDUCATION À LA SANTÉ DANS L’ACTIVITÉ PÉDAGOGIQUE
DES ENSEIGNANTS
Adriana MOHR
Universidade Federal de Santa Catarina, Florianopolis
MOTS-CLÉS : ÉDUCATION À LA SANTÉ - PROGRAMMES SCOLAIRES –
FORMATION DES ENSEIGNANTS
RÉSUMÉ : Le travail discute les résultats des entretiens réalisés avec des enseignants qui développent
l’éducation à la santé (ES) dans des écoles de Florianópolis. Ces entretiens ont eu pour but de mieux connaître la situation actuelle de l'ES dans les écoles et se sont déroulés autour de trois points : les contenus développés, les stratégies didactiques utilisées et les objectifs visés par les enseignants dans ses activités pédagogiques d’ES. La place de l’ES dans les programmes, les contenus développés et l’évaluation des manuels scolaires utilisés, sont brièvement présentés.
SUMMARY : This paper discusses the data from interviews held with school teachers in
Florianópolis, Brazil, on the subject of health education. Our objective was to ascertain the state of the art concerning three main points : program contents, teaching strategies, and specific objectives. We highlight some of our findings concerning the place of health education in the general teaching curriculum, programs contents, and an evaluation of textbooks in use.
1. INTRODUCTION
Cette étude fait partie de ma thèse de Doctorat actuellement en cours à l’Université Federal de Santa Catarina (Brésil). Cette thèse analyse l’Éducation à la Santé (ES) dans les écoles, propose son développement dans une perspective d’alphabétisation scientifique et analyse les conditions de sa mise en place dans les écoles à partir des cadres actuels de programmes scolaires et de la formation des enseignants. L’ES dans les écoles au Brésil peut être analysée selon la place de l’ES dans les programmes scolaires, les contenus développés, le rôle du manuel scolaire dans la classe et la formation des enseignants chargés du développement de l’ES.
2. PLACE ET CONTENUS DE L’ES
L’ES est une composante des programmes scolaires brésiliens. On peut trouver également des contenus sur ce thème dans les manuels scolaires qui, eux, sont d'utilisation très répandue au Brésil. Les contenus développés dans l’ES sont intimement liés à ceux des sciences naturelles, surtout à la biologie. La place traditionnelle de l’ES dans les programmes et dans le manuel scolaire nous informe qu'elle est abordée, soit en forme d’exemples à la fin de certains chapitres des sciences naturelles, soit comme une unité abordée à la fin de l'année (développée, s’il reste du temps...) ; dans ce cas-là on la trouve comme chapitre final du manuel adopté. Le développement des contenus d'ES est généralement placé sous la responsabilité de l’enseignant de sciences naturelles.
En 1996, le Ministère de l’Éducation a élaboré les ‘Parâmetros Curriculares Nacionais’ (PCN) : il s’agit de documents qui établissent de grandes lignes pour l'élaboration des nouveaux programmes scolaires par les écoles, qui, au Brésil, ont une autonomie pédagogique très prononcée. L'ES est une des composantes des PCN et elle y est proposée comme 'thème transversal', c’est-à-dire un sujet actuel d'intérêt social qui demande la compréhension et la participation du citoyen. Les thèmes transversaux sont des éléments fondamentaux des PCN en ce qui concerne leur but principal : faire de l’école un instrument de citoyenneté et de démocratie.
3. LES MANUELS SCOLAIRES ET LA FORMATION DES ENSEIGNANTS
Différents travaux ont montré la faible qualité pédagogique d’une grande majorité des manuels scolaires écrits au Brésil. Les critiques principales dans le domaine de l’ES concernent les incorrections des informations véhiculées et le principe selon lequel le manuel est écrit : la priorité absolue est donnée aux règles à suivre et pas à la compréhension des concepts. En plus, on trouve des illustrations erronées, des exercices de pure répétition, etc. Et pourtant, les études indiquent que, malgré ce manque de qualité, le manuel scolaire est sinon l'unique, au moins la principale aide didactique dont usent les enseignants. Par ailleurs, la formation des enseignants reste un défi pour le pays : il faut
élever le niveau de formation des enseignants, pas seulement en ce qui concerne leur quantité, mais surtout vis-à-vis de la qualité.
4. LES ENTRETIENS
J’ai fait des entretiens avec les enseignants de la 5e à la 8e année (de la 6e à la 3e dans le système éducatif français) qui développent l’ES dans des écoles de Florianópolis (Brésil). Lors du premier contact avec la Direction ou avec la Coordination Pédagogique des écoles choisies, j’ai demandé qui était l’enseignant (ou les enseignants) qui s’occupai(en)t de l’ES. Sans aucune exception, j’ai eu pour réponse les professeurs de sciences naturelles.
Ces entretiens ont été réalisés d’une façon semi-structurée à l'aide d’un guide et enregistrés au magnétophone. Chaque entretien a eu une durée minimale de 40 minutes. J’ai interviewé 22 enseignants de 23 écoles, concernant 19 quartiers de Florianópolis. Les enregistrements des interviews ont été analysés selon les points suivants : a) les contenus développés comme ES, b) les aides didactiques utilisées, c) la relation établie et la séquence du développement de l’ES par rapport à celle des sciences naturelles, d) le rôle du manuel scolaire dans le développement de la classe, e) le développement d’autres activités d’ES à l’école (en outre des classes de l'enseignant interviewé), f) les contenus et les compétences élus par l'enseignant comme étant les plus importants dans l'ES, g) les objectifs du développement de l’ES à l’école, h) la signification, perçue par l'enseignant, de son travail d’ES développé en classe et i) les relations établies entre l’ES et la vie quotidienne des élèves.
5. RÉSULTATS
a) La grande majorité des enseignants développe l’ES comme une manière d'illustrer les contenus théoriques abordés dans les classes de sciences, mais toujours après avoir travaillé ces contenus-là. Les enseignants perçoivent dans leurs classes un intérêt majeur de la part des élèves, lorsqu’ils abordent des contenus d'ES (ou de sciences) qui ne leur sont pas étrangers - soit un problème pratique pour eux, soit une réalité qui est la leur.
b) Le manuel scolaire reste la référence la plus prononcée, mais on utilise beaucoup de vidéos et l’on propose aux élèves des recherches en utilisant d'autres matériels que le manuel adopté en classe. Dans ces cas, ces travaux sont normalement limités à d'autres titres de manuels scolaires. Les travaux pratiques ou les sorties sur terrain n’ayant été rapportés que par une minorité d’enseignants.
c) Aucun des enseignants interviewés n’a rapporté un programme structuré d'ES au niveau de l'école et très peu d'entre eux ont dit connaître d'autres enseignants qui travaillent sur ce thème. L’école reçoit de temps en temps la visite des certaines institutions qui développent des thèmes liés à la santé (les Pompiers ou l’Hémocentre, par exemple) et plus rarement, les gendarmes qui développent la prévention aux drogues. Dans tous ces cas, l'école semble être une institution passive qui se limite à ouvrir ses portes seulement quand elle est appelée à le faire par d'autres institutions.
d) Dans la majorité des interviews sont apparus comme prioritaires le problème de la drogue et la nécessité d'un travail plus significatif et approfondi dans le domaine de la sexualité et des maladies sexuellement transmissibles. La grossesse précoce et les problèmes d’alimentation et d'hygiène, personnelle ou publique, ont été élus par quelques enseignants comme étant prioritaires pour les élèves.
e) La capacité de prévention face aux problèmes de santé a été une des réponses la plus fréquente. Aussi, les enseignants souhaitent que leur travail puisse contribuer à une vie saine et que les élèves développent une estime d’eux-mêmes qui les éloignent des grands risques et qui les conduisent à une vie heureuse et digne.
f) En contraste avec le point précédent, les enseignants se sentent impuissants : presque tous sont conscients du fait que la signification des thèmes et des contenus qui sont abordés en classe s'arrête à la porte de l'école et qu'en dehors des murs scolaires d'autres éléments anéantissent les comportements désirés et réduisent à zéro, ou presque, les travaux menés en classe.
g) Un très grand nombre d’enseignants interviewés semblent, sinon connaître profondément, au moins être conscients des conditions socio-économiques dans lesquelles vivent ses élèves. Pourtant, cette réalité ne fait pas l’objet d’un travail en classe. La majorité des enseignants a identifié chez les élèves un niveau d'intérêt et de demande très grand en ce qui concerne les sujets d’ES. Malgré cela, l’utilisation pédagogique de cette initiative des élèves me semble très pauvrement mise en œuvre. Il faut noter qu’il y a eu, de la part d’une minorité des enseignants (surtout ceux qui ont suivi une formation en service très structurée et significative), des rapports de travaux organisés à partir des problèmes existants dans la communauté de l’école ou à partir de l’environnement dans lequel se trouve l’école.