Évaluation des risques

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Délibérée Accidentelle

3.4 Évaluation des risques

L’évaluation des risques est un instrument qui peut servir à appuyer la non-admission des espèces envahissantes ainsi que pour évaluer leur impact éventuel sur celles qui sont déjà établies. L’évaluation des risques devrait être étroitement liée à la communication et à la gestion des risques. L’évaluation des risques peut orienter la prise de décisions pour déterminer si une action est nécessaire et, le cas échéant, le type d’action à entreprendre. L’évaluation des risques peut également aider à définir les priorités pour une utilisation optimale du temps et des finances, surtout dans le cas de menaces multiples. Le processus d’évaluation des risques et ses résultats peuvent être utilisés afin d’obtenir et d’accroître le soutien du public ainsi que les finances nécessaires pour la non-admission ou l’éradication.

L’évaluation des risques est fréquemment utilisée pour classer les espèces envahissantes connues ou présumées. Le but est de pouvoir prévoir si l’espèce risque ou non d’être envahissante et de déterminer le degré de risque que comporte l’espèce en question. Des voies d’introduction entières peuvent également être étudiées en matière de risques. Cette procédure peut s’avérer plus efficace lorsqu’on a affaire à plusieurs espèces et vecteurs. Tant donné que les finances et les autres ressources sont souvent limitées, il faut définir les priorités parmi les voies d’introduction potentielles suivant les menaces d’invasions les plus sérieuses et les plus immédiates afin de les gérer en conséquence (voir. section 2.5.1).

Les espèces individuelles peuvent aussi être analysées après qu’elles soient établies. Dans ce cas, des modèles écologiques ainsi qu’une analyse économique peuvent constituer autant d’éléments importants pour cette analyse. Enfin, l’évaluation des risques peut être utilisée pour approuver l’introduction des espèces. Toutefois, on court ainsi le risque d’avoir de faux résultats négatifs. Un certain nombre d’espèces approuvées peuvent s’avérer envahissantes, par la suite.

Le processus d’évaluation des risques débute généralement par l’identification des espèces candidates et des voies d’introduction. La probabilité de la réussite d’une introduction est évaluée au travers d’un examen critique de publications scientifiques et autres, d’une opinion des spécialistes et d’une analyse qualitative

et/ou quantitative. Figurent parmi les facteurs souvent pris en compte, le caractère envahissant déjà établi, la possibilité d’introduction, la possibilité de s’établir, le taux de propagation ainsi que l’impact économique et environnemental éventuel. Il en résulte souvent un classement relatif des risques, allant du simple classement qualitatif de ‘haut’, ‘moyen’ et ‘bas’ à un score numérique. Des modèles écologiques et économiques peuvent également être utilisés pour l’estimation du taux, du degré de propagation et des répercussions économiques et biologiques éventuelles, de l’établissement d’un organisme ou d’un groupe d’organismes nuisibles.

L’évaluation des risques de l’introduction, de l’établissement et de la propagation d’une espèce potentiellement envahissante est un domaine en développement. Des projets d’évaluation n’ont été mis œuvre que dans un nombre limité de pays. Il est encore trop tôt pour pouvoir tirer des conclusions concernant leur succès (Étude de cas 3.20 : "Australia’s Weed Risk Assessment System"). Toutefois, voici certaines des caractéristiques dont il faudrait tenir compte lors de l’élaboration d’un projet d’analyse des risques :

Identifie et utilise des caractéristiques fortement corrélées avec une

introduction réussie, l’établissement et la propagation (ignore ou minimise les éléments triviaux) ;

Repose sur un minimum de traits tout en demeurant exact ;

Utilise, dans la mesure du possible, des traits qui peuvent être déterminés de façon rapide, facile et peu coûteuse ;

Repose sur des traits clairement mesurables, dans la mesure du possible ; Repose, s’il y a lieu, sur des probabilités ouvertes et non linéaires,;

Tient compte de l’interaction entre les facteurs (c’est-à-dire, tout changement au niveau de la probabilité d’un facteur accroître ou diminuer la probabilité d’autres facteurs);

Suppose que toute espèce donnée sera éventuellement propagée sur toute la portée disponible à moins d’en être empêchée par une barrière physique considérable ;

Peut être accompli à un prix raisonnable ;

Repose sur une solide base scientifique et logique ;

Fait une distinction entre les différents niveaux de risque ;

Propose une estimation réaliste (ou gamme d’estimations) de l’impact économique ;

Propose une estimation de la faisabilité et du coût de l’éradication ou du contrôle pour les espèces déjà introduites ;

Peut être contrôlé pour sa validité (avec une population autre que celle utilisée pour concevoir le programme) ;

Est documenté et produit des résultats documentés ;

Est transparent et ouvert à une revue et à des commentaires de la part du public.

Un seul facteur entretien une corrélation invariablement étroite avec le caractère envahissant : indépendamment du fait que l’espèce soit envahissante soit envahissante ailleurs ou non. Bien qu’une concordance entre le climat et l’habitat permette également de prédire les espèces envahissantes, il a été constaté que beaucoup d’espèces se répandent sur d’autres types habitats dès qu’elles se trouvent en dehors de leur portée naturelle. Les caractéristiques d’une espèce elle-même dans sa portée naturelle ne permettent pas de prévoir avec précision si l’espèce sera envahissante (voir Étude de cas 3.23 : "On ne peut prédire la tendance à l’invasion de manière fiable"). Ces caractéristiques comprennent les mécanismes reproductifs et de propagation, la tolérance à l’égard des facteurs environnementaux tels que l’ombre et la salinité, la forme ou les habitudes (s’il s’agit, par exemple, d’une plante grimpante ou d’une espèce aquatique) ainsi que les mécanismes d’adaptation telles que la capacité d’une plante à fixer l’azote.

Toutefois, une fois que l’espèce est établie, ces caractéristiques deviennent plus importantes, car c’est alors qu’il faut prévoir le rythme et le taux de propagation.

Figurent parmi d’autres facteurs dont il faut tenir compte lors de l’évaluation de la probabilité d’introduction d’une espèce, les voies d’introduction que l’organisme risque d’emprunter, les vecteurs susceptibles de faciliter le transfert de l’organisme, les mesures de prévention générales ainsi que les mesures spécifiques à l’espèce en question.

La communication des risques concerne la communication des résultats de l’évaluation des risques pour que ces derniers soient bien compris et afin de pouvoir prendre des décisions rationnelles. Les résultats de l’évaluation des risques doivent être communiqués aux décideurs ainsi qu’au public pour que ce dernier puisse soutenir les décisions et les actions qui en découlent. Il est important que le processus soit à la fois ouvert et honnête, et que les apports ou la participation du public soient sollicitées aux moments opportuns tout au long du processus. La compréhension, l’acceptation et le soutien du public sont généralement indispensables à toute action efficace de lutte contre une espèce. L’introduction délibérée des espèces potentiellement dangereuses ne devrait se faire qu’à la suite d’un consentement bien avisé du public.

La gestion des risques concerne les mesures à prendre face aux risques identifiés.

La gestion des risques identifiés commence par la mise en rapport, par le moyen d’un processus d’un processus de prise de décisions, des résultats du processus d’évaluation des risques et d’autres analyses avec les choix possibles. L’objectif consiste à élaborer un plan d’action. Souvent, il y a un certain nombre de risques.

Or, les ressources pour s’en occuper sont limitées. Pour les organismes nuisibles établis, il existe plusieurs possibilités en matière de gestion, dont l’inaction, la non-admission, l’éradication et des mesures d’éradication (voir également Chapitre 5).

Les choix relatifs au contrôle comprennent des méthodes physiques, biologiques et chimiques, dont chacune présente des avantages et des inconvénients. Lors du processus de prise de décisions, on peut s’appuyer sur différentes techniques telles que le recours à la théorie de la probabilité.

Des modèles économiques et écologiques peuvent être employés dans le cadre du processus d’évaluation et de gestion pour estimer les retombées éventuelles de l’établissement d’un organisme ou d’un groupe d’organismes nuisibles. Bien que l’évaluation de l’impact économique repose souvent sur un certain nombre

d’hypothèses, elle fort recommandée. Bien que public, les décideurs et les législateurs soient capables de saisir l’impact, les coûts et les avantages monétaires, ils ne seront pas toujours à même d’en apprécier les implications tant que celles-ci seront exprimées du seul point de vue écologique. Souvent, on évite l’analyse économique des ressources naturelles, car elle plus compliquée qu’une analyse portant sur des éléments ayant une valeur d’échange établie, telles que les cultures agricoles. Toutefois, il existe d’autres techniques pour faire des hypothèses et pour convenir de la valeur des ressources. Cela ne suggère pas forcément la prédominance des considérations économiques lors de la prise de décisions. Il faut que l’on tienne compte d’autres facteurs qui sont, en grande partie, insaisissables et qui ne se prêtent pas à l’analyse économique. Figurent parmi ces facteurs, l’impact cumulatif du nombre d’espèces nuisibles, le caractère irréversible de la décision relative à l’introduction d’une espèce, les valeurs esthétiques et spirituelles ainsi que l’impact sur l’espèce menacée. Il faut avoir une vision à long terme, compte tenu de la lenteur de la propagation de certaines espèces envahissantes, lesquelles sont susceptibles de fausser les résultats si, dans l’analyse économique, on s’appuie sur des taux d’escompte élevés. Au demeurant, basée sur les meilleures données et hypothèses disponibles, l’analyse économique constitue un outil solide permettant de décider de non-admission éventuelle d’une espèce, de prendre des mesures contre une invasion, de définir des priorités d’action face à des risques multiples et d’obtenir le financement nécessaire.

Les risques peuvent être gérés soit sur une base des espèces bien spécifiques soit à une plus grande échelle. Lorsqu’une nouvelle espèce envahissante s’établit, il est nécessaire de mener une évaluation précoce du risque de propagation et des répercussions économiques et écologiques afin d’établir si des mesures de contrôle ou d’éradication sont nécessaires. De même, une évaluation des espèces spécifiques peut être faite pour une introduction d’espèces proposée. D’autre part, il est souvent préférable de faire une évaluation des menaces connues et potentielles ainsi que des voies éventuelles d’introduction et d’élaborer une stratégie de gestion globale. Cela peut aider quant à une affectation effective et efficace des ressources nécessaires pour répondre aux menaces connues et inconnues.

Étant donné son caractère méthodique, l’évaluation des risques peut contribuer à réduire le niveau de jugement subjectif nécessaire (bien que des suppositions, parfois même de grandes hypothèses doivent être faites). Cela devrait réduire le niveau des distorsions particulièrement dans le cas d’espèces ‘ charismatiques’

(Étude de cas 3.21 : "Les deux opinions sur le loriquet à tête bleue (Trichoglossus haematodus) en Nouvelle Zélande"), apporter un équilibre aux approches optimistes et pessimistes et, réduire le recours à l’intuition (selon laquelle, souvent, on surestime ou sous-estime les risques de façon grossière). Lorsque toutes les connaissances disponibles, en particulier les données scientifiques, sont utilisées, il est alors possible de mieux défendre les évaluations formelles des risques devant les décideurs, le public et, si nécessaire, devant les tribunaux. Cependant, ces évaluations devraient être menées par le biais d’un processus ouvert et elles doivent être soumises à une revue par les pairs et par le public.

des risques d’importation de rondins non traités en provenance de la Russie et destinés aux États-Unis, a été estimée à 500,000 dollars américains (Étude de cas 3.22 : "Les importations de bois de Sibérie : analyse d'une route à hauts risques potentiels"). Toutefois, il est nécessaire d’évaluer les bénéfices potentiels de la non admission par rapport aux coûts impliqués. Dans ce cas, une analyse économique menée et faisant partie de l’évaluation a estimé les retombées éventuelles de l’introduction d’insectes défoliants à plus de 58 milliards de dollars américains (Ministère de l’Agriculture des États-Unis, 1991).

Il existe un grand nombre d’espèces potentiellement envahissantes (Étude de cas 3.23 : "On ne peut prédire la tendance à l’invasion de manière fiable"), et essayer de classer même un petit pourcentage d’entre elles, prendrait beaucoup d’efforts.

Même si l’analyse des risques devrait être un processus méthodique, les spécialistes manquent cependant d’objectivité. Le manque de connaissances sur plusieurs espèces peut exiger que des hypothèses soient faites, menant ainsi au manque de confiance à l’égard ces résultats. Il existe peu de connaissances sur certaines espèces encore très peu connues et prévoir leur comportement en dehors de leurs habitats naturels est une chose particulièrement incertaine. La science continue à découvrir des espèces totalement nouvelles. La corrélation de la plupart des caractéristiques en matière d’invasion est faible. Ces facteurs peuvent mener à la conclusion q’une espèce est potentiellement envahissante alors qu’elle ne l’est pas (‘’fausse positive’’) ou, encore plus troublant, à la conclusion qu’une espèce n’est pas envahissante alors qu’elle l’est (‘’fausse négative’’). Par conséquent, le processus d’évaluation et le classement numérique qui sont généralement produits peuvent inciter les personnes à se fier d’une manière injustifiable à une évaluation des risques.

En réalité, l’évaluation des risques ne représente qu’un outil duquel il ne faut pas dépendre de façon exclusive pour avoir l’assurance absolue qu’une espèce est envahissante ou inoffensive. D’autre part, cela permet un processus logique de collecte, d’analyse, de synthèse, de comparaison et de distribution d’informations susceptibles d’améliorer la qualité de la prise de décisions. De plus amples informations sur le processus sont contenues dans les sources listées dans le Cadre 3.1. "Sources d’information sur l’étude des risques de certaines espèces nuisibles".

BOX 3.1 Some Pest Risk Assessment Information Sources

Réferences

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Smith, C.S.; Lonsdale, M.W.; Fortune, J. (1998). Predicting weediness in a quarantine context.

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‘‘European and Mediterranean Plant Protection Organisation” (1993) ‘‘Guidelines on pest risk analysis. No. 1. Checklist of information required for pest risk analysis” (PRA). Bulletin OEPP/EPPO Bulletin 23, 191-198.

Sites Internet

http://aphisweb.aphis.usda.gov/ppq/weeds/weedsrisk99.html. USDA APHIS Plant Protectionand Quarantine: Weed-Initiated Pest Risk Assessment: Guidelines & Template for Qualitative Assessments.

http://www.aphis.usda.gov/ppq/ss/cobra/. USDA-APHIS Plant Protection and Quarantine's Commodity and Biological Risk Assessment (CoBRA) homepage.

http://www.aqis.gov.au/docs/anpolicy/risk.pdf. Handbook of "The AQIS Import Risk Analysis Process" prepared by the Australian Quarantine and Inspection Service; and http://www.aqis.gov.au/docs/plpolicy/wrmanu.htm the AQIS Weed Risk Assessment (WRA) system.

http://www.fao.org/ag/agp/agpp/pq/default.htm. The International Plant Protection Convention – includes the International Standards For Phytosanitary Measures.

h t t p : / / w w w. o i e . i n t / e n g / e n _ i n d e x . h t m Office International des Epizooties – the world organisation for animal health.

http://www.maf.govt.nz/MAFnet/index.htm. Risk analysis prepared by Ministry of Agriculture and Forestry (MAF), New Zealand.

Etude de cas 3.1 Le ‘‘Rosy Wolfsnail” (Euglandina rosea)

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