Méthodes de non-admission

Dans le document LES ESPECES ENVAHISSANTES EXOTIQUES : (Page 85-90)

Délibérée Accidentelle

3.3 Méthodes de non-admission

La plupart des mesures de prévention actuelles visent certaines espèces considérées comme étant nuisibles dans le pays ou ailleurs. Toutefois, ces espèces sont d’une importance économique prédominante dans les secteurs agricole, de la sylviculture et de la santé humaine. La prévention des espèces figurants sur ces ‘ listes noires’ représente l’objet plutôt conservateur de la mise en quarantaine et d’autres mesures qui sont prises actuellement. Une approche plus récente visant à intégrer tous les organismes potentiellement nuisibles, non seulement du point de vue économique mais aussi par rapport à la sauvegarde de la biodiversité mondiale, et la tendance vers l’usage de ‘listes blanches’. Cette dernière approche est celle que l’on appelle souvent l’approche basée sur la présomption de la culpabilité jusqu’à la preuve de l’innocence. Une étape intermédiaire proposée est l’utilisation de ‘listes par catégories’, préférée pour les raisons décrites plus loin.

Puisque l’infrastructure et le personnel actuels ne suffisent pas pour s’occuper de la rentrée d’un grand volume de matériaux au regard de tous les organismes que ces matériaux apportent de façon accidentelle, les différentes espèces ou groupes taxonomiques des espèces potentiellement envahissantes doivent être traités différemment, étant donné que les technologies de traitement sont souvent spécifiques par rapport aux différentes espèces.

Par conséquent, les nouvelles technologies s’adressant à l’ensemble des organismes qui utilisent une voie d’introduction bien spécifique ne sont pas encore disponibles et il faudra les concevoir.

La méthode la plus fiable pour prévoir le degré d’invasion éventuelle d’une espèce consiste à extrapoler à partir de son histoire en tant qu’espèce envahissante sous des conditions semblables ailleurs (Voir également Section 3.4 et Étude de cas 3.23 : "On ne peut prédire la tendance à l’invasion de manière fiable"). Il faut accorder la priorité, dans les listes noires, aux espèces reconnues comme envahissantes ailleurs, tel qu’il en est le cas pour le serpent brown tree snake à Hawaii. La ‘liste par catégories’ devrait comporter une section sur les espèces nuisibles connues (semblable aux listes noires) accompagnée de rigoureux règlements et mesures pour s’assurer d’importations sans organismes nuisibles. Une autre section de la liste ferait la description de toutes les espèces dont l’introduction a été agréée (listes blanches) – organismes déclarés inoffensifs. Toutes les espèces non listées

sont considérées comme des menaces potentielles envers la biodiversité, les écosystèmes ou l’économie. Une partie prenante proposant une introduction délibérée doit prouver que l’espèce en question ne représente pas de menace par le biais d’un processus d’évaluation des risques avant son introduction (voir Section 3.4). Les espèces considérées comme potentiellement envahissantes doivent être ajoutées à la liste blanche ou noire, selon les résultats de l’enquête. Toutefois, vu que le degré d’invasion des espèces exotiques peut varier avec le temps et selon la composition génétique de l’espèce introduite et selon les changements du comportement humain (par exemple, l’utilisation de la terre), il faut que les espèces figurant sur les listes blanches soient réévaluées à des intervalles appropriés, par exemple, des espèces inoffensives pour l’environnement peuvent devenir envahissantes.

Il existe trois possibilités principales pour empêcher de nouvelles invasions

1. L’interception: La première étape est basée sur les réglementations et leur mise en application, accompagnée d’inspections ainsi que de frais. Il vaut mieux s’occuper des introductions accidentelles avant l’exportation ou au moment de l’arrivée des biens et des marchandises. Cette approche comprend la décontamination, l’inspection ou des limitations liées à un commerce spécifique considéré comme étant à hauts risques. Une autre approche consiste à répondre à l’importation illégale de produits illicites – la contrebande. Il semblerait que chaque fois que des réglementations sont mises en place, certaines personnes tenteront d’y échapper. Il n’existe évidemment pas d’inspections pour les articles de contrebande et il est peu probable que les contrebandiers stérilisent leurs marchandises. Cette voie d’introduction pose donc un risque énorme relativement aux introductions. Les contraintes sur le plan du personnel et des finances limitent la capacité de prévention de la contrebande. Pour se conformer au principe de précaution, il faut qu’un processus d’évaluation serve de base pour chaque introduction d é l i b é r é e proposée, à moins l’espèce ne figure dans la partie blanche de la liste par catégories (voir Section 3.4).

2. Le traitement: Si l’on soupçonne que les marchandises et leurs matériaux d’emballage sont contaminés par des organismes exotiques ou que l’on estime qu’une haute sécurité est nécessaire pour d’autres raisons, il faut alors procéder au traitement. Cela peut impliquer des opérations biocides (par exemple, la fumigation, l’application de pesticides), l’immersion dans l’eau, le traitement thermique, la pression ou l’irradiation.

3. L’interdiction: Enfin, lorsque de rigoureuses mesures ne peuvent d’empêcher les introductions par le biais de voies d’introduction à haut risque, on peut mettre en place des restrictions commerciales fondées sur les réglementations internationales. Cela peut s’appliquer à des produits bien particuliers, à des régions

d’origine ou à des voies d’introduction. Dans le cadre de l’Accord Sanitaire et Phytosanitaire de l’Organisation Mondiale du Commerce (Accord OMC SPS), les états membres ont le droit de prendre les mesures sanitaire phytosanitaires nécessaires, dans la mesure où elles sont nécessaires pour la protection des humains, des animaux, de la flore et de la santé, pourvu que ces mesures soient basées sur des principes scientifiques et qu’elles ne soient maintenues sans preuves scientifiques adéquates.

Dans les sections qui suivent sont décrites les technologies ainsi que les méthodes de prévention de l’arrivée et de l’établissement des espèces exotiques.

Lois et règlements relatifs à la mise en quarantaine

Le commerce international exige une réglementation en matière de mise en quarantaine. Il faut que des lois soient promulguées et mises en application. Vu les limitations financières et les limitations au niveau du personnel, les lois en matière de mise en quarantaine ne sont pas nécessairement mises en application de façon efficace ; elles deviennent ainsi des instruments de prévention inutiles. Dans bien des cas, il est nécessaire d’inclure les espèces nuisibles dans ces lois, en plus du fait qu’elles visent le domaine agricole. Il existe plusieurs réglementations internationales qui se concentrent sur les organismes envahissants ainsi que sur le commerce international, y compris l’accord WTO SPS, le ‘‘International Plant Protection Convention (IPPC)”, et l’Office International des Epizooties (OIE).

L’accord WTO SPS définit les droits et les obligations de base des états membres de l’OMC quant à l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires qui sont des mesures nécessaires pour protéger les humains, les animaux, la flore ainsi que la santé, y compris des procédures de dépistage, de diagnostic, d’isolement, de contrôle et d’éradication d’organismes nuisibles et de maladies. Le IPPC élabore des normes internationales concernant les mesures phytosanitaires, par exemple, "Le Code de conduite relatif à l’Importation et l’Introduction des Agents de Contrôle Biologique Exotiques". L’OIE est en train de préparer des normes et des principes directeurs en matière de santé pour le commerce international d’animaux et de produits animaliers.

Accès à l’information sur les organismes envahissants

On peut établir, au travers des contrôles douanier, des bases de données sur les espèces exotiques rencontrées aux divers postes, y compris l’identification des espèces, de leur route d’arrivée et des voies d’introduction impliquées. Si ces bases de données sont disponibles pour d’autres pays, les mesures de préventions deviennent alors plus efficaces à travers le monde. Toutefois, il se peut que la réticence à prendre la responsabilité de l’information saisie dans les bases de nuise à leur valeur pratique. Il se peut que, dans la crainte de restrictions commerciales éventuelles, certains pays ne soient pas disposés à countries admettre l’occurrence sur leur territoire de certains organismes nuisibles. En outre, les bases de données sur les espèces reconnues comme étant envahissantes, accompagnées de compléments d’informations, concernant par exemple, leur occurrence, leurs voies

d’introduction et les choix de contrôle pertinents sont disponibles auprès de nombreuses organisations. Le GISP a élaboré une base de données reliée au présent manuel, disponible sur Internet : http://www.issg.org/database (Étude de cas : 3.24 : "Base de données mondiale du GISP/Composante alerte précoce"; voir également le cadre 2.1 "Des bases de données et documents sur les espèces exotiques envahissantes sur Internet").

Information du public

L’information du public représente une partie essentielle des programmes de prévention et de gestion. Le fait est que certains projets scientifiquement bien conçus ont dû être interrompus ou abandonnés à cause du manque d’approbation de la part du public. Mis à part ces cas extrêmes, l’opinion et le soutien du public peuvent fortement contribuer à la réussite de projets pour protéger et sauver la biodiversité. Les voyageurs ne sont généralement pas conscients des lois et des réglementations qui empêchent les introductions d’espèces exotiques et des raisons de celles-ci. L’information devrait se concentrer sur l’explication des raisons de ces restrictions, des actions réglementaires et des risques économiques et environnementaux impliqués. En plus des supports imprimés, par exemple, les affiches et les brochures, des présentations vidéo ainsi que des annonces à bord des avions constituent une approche prometteuse (Étude de cas 3.18 : "Désolés, pas de tours gratuits du ‘‘Torres Strait"). Cette approche donne au voyageur la possibilité de réagir en conséquence des son arrivée, par exemple, en utilisant des corbeilles réservées aux articles interdits..

Inspection

La prévention est considérée comme la stratégie de gestion contre les organismes envahissants la plus économique, désirable et efficace. Cette politique se manifeste au travers des inspections aux frontières et des programmes de non-admission. Les plantes et animaux introduits sont contrôlés pour des maladies avant ou dès leur arrivée aux postes de douane. Un certificat sanitaire ou phytosanitaire est émis suite à une inspection adéquate.

Un haut degré de capacités est nécessaire pour répondre à un volume de commerce et de voyages toujours croissant. Les chiens se sont avérés utiles pour la détection de certaines espèces exotiques (Étude de cas 3.19 : "La ‘‘Beagle Brigade” aide à fouiller pour trouver les importations interdites"). Les rayons X et des équipements connexes sont souvent employés pour contrôler les bagages des voyageurs ; son utilité quant à la détection d’espèces exotiques telles que les fruits, les graines et les petits animaux s’est améliorée de façon conséquente durant les dernières années. Certaines méthodes novatrices de détection d’organismes vivants dans les bagages telles que les machines de détection au dioxyde de carbone sont en train d’être développées.

En plus des inspections aux frontières, des inspections pour les espèces nuisibles peuvent être effectuées sur place. Des inspections après l’entrée des plantes et des animaux peuvent être effectuées pour détecter la présence des espèces exotiques associées. On peut avoir recours, dans certains cas, à la certification de l’origine

des produits provenant de zones sans organismes nuisibles pour simplifier les procédures douanières.

Technologies de traitement des voies d’introduction pour empêcher les invasions biologiques

La fumigation est une méthode fréquemment utilisée pour tuer les insectes qui infectent les fruits, les légumes, le bois, etc. Les marchandises sont traitées au gaz (par exemple, le bromure de méthyle, encore que cette méthode soit progressivement abandonnée et que l’on soit à la recherche d’autres alternatives), à des températures et à des pressions atmosphériques spécifiques sur des périodes bien déterminées, selon le type de marchandises et d’organismes nuisibles présumés. L’application de dioxyde de carbone est la technologie la plus fréquemment utilisée dans le nettoyage des graines. D’autres protocoles de traitement chimique préconisent l’usage des fluides et des procédés d’immersion.

Les traitements thermiquesimpliquent des températures basses ou élevées. Les marchandises sont mis au réfrigérateur à des températures bien déterminées pendant un nombre de jours bien spécifique ; les fruits et les légumes sont congelés à des températures inférieures à zéro degré avant d’être stockés et transportés. De même, les marchandises sont trempées dans de l’eau chaude à des températures bien déterminées pendant une durée bien spécifique. Le traitement thermique des eaux de ballast au moyen de l’énergie perdue sous forme de hautes températures produites les moteurs a été proposé.

La stérilisation aux rayons ultraviolets (RUV) des eaux de ballast constitue une approche viable et inoffensive pour l’environnement. L’irradiation aux RUV à haute intensité est particulièrement efficace pour les petits organismes.

L’irradiation est également utilisée pour le traitement des marchandises.

Une autre méthode de lutte contre les organismes résidant des les eaux de ballast, qui fait actuellement l’objet d’une enquête est l’utilisation de systèmes de filtrage à bord des navires. Ces systèmes de filtrage au niveau de l’entrée des eaux de ballast dans les réservoirs ne sont probablement efficace que contre de plus grands organismes, à moins qu’un certain type de système de filtrage à pression ne soit mis au point. Cette méthode pourrait s’avérer particulièrement efficace, combinée avec la stérilisation aux rayons ultraviolets, l’une visant de plus grands organismes et l’autre visant de plus petits.

La vidange des eaux de ballast au large est aujourd’hui encore l’option de traitement primaire la plus recommandée pour le trafic des navires internationaux.

Quoique la vidange des eaux de ballast demeure facultative dans la plupart des endroits du monde, certains pays envisagent la possibilité d’une approche obligatoire. Figurent parmi les problèmes posés par la vidange des eaux de ballast au large, le manque de stabilité pendant le processus de vidange, surtout en marée haute en plus du manque d’efficacité de la méthode - les études ont révélé des degrés d’efficacité variantes par rapport aux biote résidant dans les eaux de ballast.

Alors le nombre de quelques appartenant à certains groupes taxonomiques était considérablement réduit suite aux vidanges des eaux de ballast, d’autres groupes n’étaient pas touchés de façon significative.

Dans un nombre considérable de cas, on a recours à une combinaison de technologies de traitement. Lorsque l’efficacité d’une seule technologie n’est pas satisfaisante et que le risque d’introduction d’organismes exotiques dépasse un seuil tolérable, une combinaison de différentes méthodes mène souvent au succès.

Dans certains cas, l’on ne peut atteindre un niveau de réussite tolérable en utilisant une seule méthode à moins d’appliquer une dose tellement élevée d’un produit bien déterminé que le sujet lui-même en serait endommagé. Or, l’utilisation simultanée ou séquentielle de deux méthodes avec des doses non mortelles peut apporter le niveau de sécurité recherché.

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