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HAL Id: tel-01068703

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Submitted on 26 Sep 2014

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La politique culturelle française du Brésil de 1945 à 1970 : institutions, acteurs, moyens et enjeux

Marcio Rodrigues Pereira

To cite this version:

Marcio Rodrigues Pereira. La politique culturelle française du Brésil de 1945 à 1970 : institutions, ac- teurs, moyens et enjeux. Histoire. Université de Strasbourg, 2014. Français. �NNT : 2014STRAG001�.

�tel-01068703�

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ÉCOLE DOCTORALE DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES.

PERSPECTIVES EUROPÉENNES ED 519

Frontières, acteurs et représentations de l’Europe : fin XIX

e

– XXI

e

siècle (FARE)

THÈSE

présentée par :

Marcio RODRIGUES PEREIRA

soutenue le : 4 juin 2014

pour obtenir le grade de :

Docteur de l’Université de Strasbourg

Discipline / Spécialité

: Histoire contemporaine

Volume 1/2

THÈSE dirigée par :

Monsieur Denis ROLLAND Professeur des Universités, Université de Strasbourg

RAPPORTEURS :

Monsieur Luíz Felipe de ALENCASTRO Professeur des Universités, Université Paris 4 - Sorbonne

Monsieur Bruno PEQUIGNOT Professeur des Universités, Université de

Paris 3

AUTRES MEMBRES DU JURY :

Monsieur Denis ROLLAND Professeur des Universités, Université de Strasbourg

Monsieur Jean-Christophe ROMER Professeur des Universités, Université de

Strasbourg

UNIVERSITÉ DE STRASBOURG

Logo Ecole doctorale

LA POLITIQUE CULTURELLE FRANÇAISE AU BRÉSIL DE 1945 À 1970 : INSTITUTIONS,

ACTEURS, MOYENS ET ENJEUX

(3)

3

SOMMAIRE

INTRODUCTION………...14

PREMIERE PARTIE : INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA PRESENCE CULTURELLE FRANÇAISE AU BRESIL (DU XIXe SIECLE A LA SECONDE GUERRE MONDIALE)……….38

Chapitre 1

De la conjoncture historique favorable à la prépondérance culturelle française chez les élites………..38 Chapitre 2

Le développement de la demande de la culture française au Brésil : besoin et provincialisme d’une élite nationale...53 Chapitre 3

L’organisation de la politique culturelle internationale française et sa répercussion au Brésil……….58 Chapitre 4

L’IFBHC : la première institution créée pour la réciprocité culturelle entre les deux pays………...63 Chapitre 5

La Seconde Guerre mondiale : deux France, deux images………...68

DEUXIEME PARTIE : RECONSTITUTION ET CREATION D’INSTITUTIONS POUR LE RAYONNEMENT CULTUREL FRANÇAIS DANS LE MONDE ET AU BRESIL (DE LA LIBERATION A LA FIN DE LA IVe REPUBLIQUE)…………...78

Chapitre 6

La réorganisation et la mise en place de la politique culturelle française au Brésil…….78 Chapitre 7

L’Amérique latine et le Brésil pour la France………..99 Chapitre 8

(4)

4

Tout un océan comme obstacle………115 Chapitre 9

Le Quai d’Orsay fait bouger ses pions diplomatiques………...128 Chapitre 10

Les Brésiliens vus par la diplomatie française et le choix de partenaires-outils……….137 Chapitre 11

Optimisme et inquiétude pendant le redémarrage de la machine culturelle française au Brésil………...161 Chapitre 12

L’Accord culturel franco-brésilien et l’hésitation du Quai d’Orsay sur la réciprocité..180 Chapitre 13

Les Français dans des établissements d’enseignement………..189 Chapitre 14

La reprise des éditions et exportations des livres et périodiques...………...……....264 Chapitre 15

L’importance du film et les stratégies de la diplomatie pour son utilisation…………...284 Chapitre 16

Pour ne pas dire que je ne parle pas des fleurs : les artistes, les musiques et les arts plastiques………298 Chapitre 17

La réorganisation de la diffusion des informations françaises : l’AFP et le Service de Presse………..303 Chapitre 18

La Maison de France : le laborieux début d’un ancien projet………..345 Chapitre 19

Casa da Cultura francesa - Alliance française de São Paulo………359

TROISIEME PARTIE : LE PERFECTIONNEMENT DE LA MACHINE CULTURELLE DES DEBUTS DE LA Ve REPUBLIQUE ET SA REPERCUSSION SUR LE BRESIL………...370

Chapitre 20

La Ve République : l’ethos avec plus de pragmatisme et plus d’argent...370 Chapitre 21

(5)

5

Le Plan quinquennal……….382 Chapitre 22

Les réalisations du premier Plan quinquennal et l’expérience tirée pour le second Plan

……….395 Chapitre 23

Et le Brésil devient le préféré de la coopération scientifique et technique française en Amérique latine………...…..401 Chapitre 24

L’Accord de coopération scientifique et technique………419 Chapitre 25

Cadre général et orientations politiques pour l’enseignement du français au Brésil à partir de 1962………425 Chapitre 26

La chute du marché du livre français au Brésil………...…………..461 Chapitre 27

De la chute à la reprise du cinéma français au Brésil……….………...468

QUATRIEME PARTIE : LE THEATRE FRANÇAIS AU BRESIL, UN PARADOXE EXEMPLAIRE : AUGMENTATION DES INSTITUTIONS REPRESENTATIVES DE LA FRANCE ET AFFAIBLISSEMENT DE SON INFLUENCE CULTURELLE (1945 A 1970)………...487

Chapitre 28

Les troupes théâtrales envoyées au Brésil………...494 Chapitre 29

Les troupes permanentes………..503 Chapitre 30

Les Maisons théâtrales françaises au Brésil………...513 Chapitre 31

Le théâtre français hors des planches……….520 Chapitre 32

Les publics du théâtre français………523 Chapitre 33

(6)

6

La nouvelle politique pour l’éducation nationale : obstacle au théâtre français au Brésil………...529 Chapitre 34

Quelques discordances au regard du nouveau théâtre brésilien………...533 Chapitre 35

L’épilogue et l’avenir………...…….537

CONCLUSION………..543

TABLE DES MATIERES………678

(7)

7

Remerciements

Les personnes que j’aimerais remercier sont très nombreuses, à tel point qu’il serait probablement ennuyeux pour les lecteurs et lectrices de voir ici de dizaines de noms, pour eux, inconnus. Donc, avant tout, je m’excuse auprès de ceux qui ne sont pas mentionnés ci- après, mais dont je garde en mémoire l’aide et à qui je témoigne ma gratitude.

Je remercie Darci Rodrigues, Janaina Rodrigues et Marta Rodrigues, pour avoir assumé quelques unes des mes responsabilités au Brésil pendant mon absence ; Mme Iraildes, pour son appui dans les moments difficiles ; Gabriela Souza, pour Lua Clara ; Hugo Suppo et Mônica Leite Lessa, pour quelques conseils importants ; les responsables des bibliothèques et archives au Brésil et en France que j’ai dû consulter, pour leur attention, leur patience, bref, pour leur aide. Merci à Lara, pour être une compagnie très agréable.

Mon remerciement tout particulier à Denis Rolland et Almir Chaiban El-Kareh, pour leurs conseils, leur amitié et pour la place de maître qu’ils ont occupée pour la réalisation de cette thèse.

Enfin, ma gratitude à ceux qui sont récemment devenus mes amis et amies et qui pour des raisons diverses et imprévues sont aussi la condition sine qua non pour la conclusion de ce travail ; pour la grandeur, pour la générosité, donc pour l’intelligence, je remercie Rui Manuel Martins, Jean Michel Henni, Gabriel Ackondjhol, Francisco Gomes, Louisa Amiche et Christine Thalabard.

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8

A Lua Clara, Paloma et Darci Rodrigues

(9)

9

Table des sigles et abréviations

AAF AAPFDB ABE ABI ACF ACFB AF

Archives de l’Alliance française

Association amicale des Professeurs français détachés au Brésil Associação brasileira de Educação

Associação brasileira de Imprensa Archives de la Comédie française Association culturelle franco-brésilienne Alliance française

AFAA AFDA AFP

AHC-Sc Po AICAF AIEA AL

Association française d’action artistique

Agence française de distribution et d’abonnements Agence France-Presse

Archives d’Histoire contemporaine - Science Po

Association internationale pour la Culture et l’Art français Agence internationale d’Energie atomique

Amérique latine

AMAE Archives du ministère des Affaires étrangères

AMAE-N Archives du ministère des Affaires étrangères – Nantes AMRE-B

AN-C AN-F APLEA

Archives du ministère des Relations extérieures - Brasília Archives nationales - CARAN

Archives nationales - Fontainebleau

Association de la Presse latine d’Europe et d’Amérique BEOFE

BFI BM c CAPES CARAN

Bureau des Ecoles et des Œuvres françaises à l’Etranger Banque française et italienne

Beuve-Méry carton

Coordenação de Aperfeiçoamento de Pessoal de Nível superior Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales CCDMF

CCFB CEA CESF

Centre culturel et dramatique de la Maison de France Compagnie cinématographique franco-brésilienne Commissariat à l'Energie atomique

Centre d’Etudes supérieures de français

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10 CFE

CNC

Conselho de Fiscalização das Expedições artísticas e científicas Centre national de la cinématographie

CNF CNRS COFRAM COIC CREDIF

Comité national français

Centre national de la recherche scientifique Consortium franco-américain de films

Comité d’organisation de l’industrie cinématographique

Centre de recherche pour l'enseignement et diffusion du français DEA Diplôme d’études approfondies

DGACT DGCID DGJS

Direction générale des affaires culturelles et techniques

Direction générale de la coopération internationale et du développement Direction générale de la jeunesse et des sports

DGRC Direction générale des relations culturelles DGRCST

DIP DNI DUEL

Direction générale des relations culturelles, scientifiques et techniques Departamento de Imprensa e Propaganda

Departamento nacional de Informações Diplôme universitaire d’études littéraires EHESS

ELHE FFCL FHAR FGV FPFRE GUGEF

Ecole des Hautes études en sciences sociales Ecole libre des Hautes études

Faculdade de Filosofia, Ciências e Letras Front homosexuel d’action révolutionnaire Fundação Getúlio Vargas

Fédération des professeurs français résidents à l’étranger Groupement des universités et grandes écoles de France IBE

IEA IEP IBGE IFBHC

Instituto brasileiro de Educação Instituto de Energia atômica Institut d’études politiques

Instituto brasileiro de Geografia e Estatística Institut franco-brésilien de Haute culture IHEAL

IHCFP IICI IMEC MAC

Institut des Hautes études de l’Amérique latine Institut de Haute culture franco-paulista

Institut international de coopération intellectuelle Institut Mémoires de l'édition contemporaine ministère des Affaires culturelles

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11 MAE

MEN

ministère des Affaires étrangères ministère de l’Education nationale MRE

NASA NF OEA OFI ORTF PUC RAMF RDF RJ RN RTF

ministère des Relations extérieures

National Aeronautics and Space Administration Nouveau Franc

Organisation des Etats américains Office français d'Information

Office de Radiodiffusion-Télévision française Pontífice Universidade Católica

Réseaux aériens militaires français Radiodiffusion française

Rio de Janeiro

Radiodiffusion Nationale

Radiodiffusion-Télévision française

SCAC Service de coopération et d’action culturelle SCTI Service de la coopération technique internationale SEA

SFI SFIO

Service des échanges artistiques Service français d’information

Section française de l’Internationale ouvrière SNCF

SNI

SOCODEC SOFE SOFIDI SP SIP SUMOC TAM

Société nationale des chemins de fer français Serviço nacional de informações

Société commerciale de cinématographie Service des œuvres françaises à l’étranger

Société de financement de distribution de films cinématographiques São Paulo

Service d’Information et de Presse Superintendência de moeda e crédito Transports aériens militaires

UDF UERJ UFIC UPA UNESCO

Université du Distrito Federal (Rio de Janeiro) Université du Estado do Rio de Janeiro

Union pour le financement de l’industrie cinématographique Université de Porto Alegre

United nations educational, scientific and cultural organization

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12 USAID

USIS

United states agency for international development United states information service

USP Université de São Paulo

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13

Cartes de la géographie administrative brésilienne (1943 et 1990)

Brésil 1943

Brésil depuis 1990

Source IBGE : http://www.ibge.gov.br/home/

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14

INTRODUCTION

Durant tout le XIXe siècle et jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe, et la France en particulier, sont la principale référence en termes de création intellectuelle et artistique, non seulement au Brésil mais dans toute l’Amérique latine.

C’est à partir du deuxième conflit mondial qu’on observe le déclin progressif de l’influence européenne et donc française au Brésil. Ce phénomène est déjà perceptible à partir du début du XXe siècle, principalement à partir de la Grande Guerre, mais il est évident - et c’est la particularité de la période que je traite ici - qu’il s’accélère à compter de la Seconde Guerre mondiale1.

En 1970, terme de la période étudiée, on peut lire dans la presse brésilienne de féroces critiques à l’encontre, par exemple, de certains représentants du théâtre français dans le Brésil ; ces critiques sont, à l’évidence, nourries par le nationalisme. Il ne s’agit pas d’une action menée seulement contre la France, mais contre tous les Etats historiquement impérialistes. C’est dans ce contexte, donc parfois peu favorable, que s’exerce la politique culturelle française durant les vingt-cinq années qui ont suivi la fin de la guerre.

Nous avons au moins trois hypothèses fondamentales qui peuvent expliquer cette mutation : l’élargissement de l’influence de la culture états-unienne, le nationalisme brésilien et la difficulté, pour la diplomatie française, de maîtriser la communication d’une culture de masse à destination des classes moyenne et populaire brésiliennes2. Ces trois facteurs font

1 Entre autres œuvres, sur la trajectoire de la culture française en Amérique latine et donc aussi au Brésil pendant le XIXe siècle, voir Denis Rolland, La crise du modèle français. Marianne et

l'Amérique Latine. Culture, politique et identité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2000 ; sur la culture française au Brésil depuis la fin du XIXe et jusqu’à la fin du premier tiers du XXe siècle, voir Mônica Leite Lessa, L’influence intellectuelle française au Brésil : Contribution à l’étude d’une politique culturelle (1886 / 1930), thèse de doctorat, sous la direction de Frédéric Mauro, Université Paris X, 1997 ; sur le même sujet durant la première moitié du XXe siècle, voir Hugo Rogélio Suppo, Politique culturelle française au Brésil entre les années 1920-1950, thèse de doctorat, sous la direction de Guy Martinière, Paris 3 - IHEAL, 1999.

2 Sur les relations entre les Etats-Unis et le Brésil, voir Moniz Bandeira, Presença dos USA no Brasil (Dois séculos de história), Rio de Janeiro, Civilização brasileira, 1978 ; et, du même auteur, Brasil- Estados Unidos : A rivalidade emergente (1950-1988), Rio de Janeiro, Civilização brasileira, 1989.

Plus spécifiquement en lien avec la présence culturelle des Etats-Unis au Brésil, voir entre autres Gerson Maura, Tio San chega ao Brasil : A penetração cultural americana, São Paulo, Brasiliense, 1984 ; Antônio Pedro Tota, O imperialismo Sedutor : a americanização do Brasil na época da Segunda Guerra, São Paulo, Companhia das Letras, 2000 ; Francis Mary Guimarães Nogueira, A ajuda externa para a educação brasileira na produção do “mito do desenvolvimento”. Da USAID ao BIRD, thèse de doctorat, Universidade Estadual de Campinas, 1998,

www.bibliotecadigital.unicamp.br ; Maria das Graças M. Ribeiro, « Educação superior e cooperação

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partie intégrante de l’essor d’une nouvelle vision du monde au Brésil, engendrée par la progression du capitalisme et de la technologie, qui conditionne la massification culturelle à travers les médias de masse et l’éducation nationale dirigée par l’Etat3. La Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide constituent donc les contextes géopolitiques où progressent les Etats nationaux périphériques et, en conséquence, les nationalismes, notamment le nationalisme brésilien.

Le contexte international et le développement de l’économie et de l’industrie brésiliennes servent ainsi de rampe de lancement à la constitution d’une politique et d’une société nationalistes4, qui s’imposent sans cesse à tous les domaines de l’expression culturelle du pays jusqu’au moins aux années 1970. A cela s’ajoute l’expansion de l’industrie culturelle.

Cette industrie s’identifie beaucoup plus à la politique culturelle internationale états-unienne.

Les Etats-Unis, indépendamment de leur rôle de principal promoteur du modèle de communication de masse (issu du fordisme), disposent en effet d’énormes moyens financiers pour investir dans ce secteur.

1 Méthode

Cette étude analyse l’histoire de la politique culturelle française au Brésil à partir de 1945 pour trois raisons fondamentales : premièrement, le développement du nationalisme internacional : O caso da UREMG (Universidade Rural de Minas Gerais) (1948-1969) », Intermeio, revue do Programa de pós-graduação en Educação, UFMS (Universidade Federal de Mato Grosso do Sul), vol. 13, n° 25, Janvier-juin/2007 ; José Nilo Tavares, « Educação e imperialismo no Brasil », revue Educação & Sociedade, n° 7, São Paulo, Cortez Editora/Autores associados, 1980. Pour une analyse de l’histoire du nationalisme brésilien, voir Jr. Ludwig Lauerhass, Getúlio Vargas e o triunfo do nacionalismo brasileiro : estudo do advento da geração nacionalista de 1930, Belo Horizonte-São Paulo, Editora da Universidade de São Paulo, 1986 ; Carlos Guilherme Mota, Ideologia da cultura brasileira (1933-1974), São Paulo, Ática, 1980 ; Renato Ortiz, Cultura brasileira e identidade nacional, São Paulo, Brasiliense, 1985 ; et Eliane Garcindo de Sá, « Petróleo e nacionalismo. A campanha pelo monopólio estatal no Brasil, numa abordagem documental (1947-1953) », A Revista do Clube Militar, in Juan José Martín Frechilla, Yolanda Texera Arnal (orgs.), Petroleo nuetro y ajeno.

La ilusión de la modernidad, Caracas, Editorial Consejo de Desarroço Científico Y Humanistico, UCV, 2005.

3 Pour l’analyse de la massification culturelle à travers des médias de masse, voir Stuart Ewen, Consciences sous influences. Publicité et genèse de la société de consommation, éditions Aubier Montaigne, 1977 ; sur éducation et nationalisme au Brésil, voir Edna Maria dos Santos et Sul Pinto Rodrigues, « Educação e nacionalismo para o século XXI brasileiro », in Das Américas, revue du Núcleo de Estudos das Américas - UERJ, édition 10, www.nucleasuerj.com.br

4 Eliane Garcindo de Sá fait une brève et intéressante analyse du nationalisme brésilien à partir de l’observation de la mobilisation de certains secteurs de l’élite économique, militaire, politique et intellectuelle du pays en faveur du monopole étatique du pétrole. Cette mobilisation, qui progresse depuis la fin des années trente, et qui est à son apogée dans les années cinquante, est nourrie par le contexte de crise internationale, pour la quête de l’expansion industrielle et de l’autonomie du Brésil vis-à-vis des grandes puissances. Voir Eliane Garcindo de Sá, « Petróleo e nacionalismo. A campanha pelo monopólio estatal no Brasil, numa abordagem documental (1947-1953) »…

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brésilien, stimulé principalement par le contexte international de la Seconde Guerre mondiale et renforcé par la suite par le contexte de la Guerre froide ; deuxièmement, en conséquence de ces mêmes années de guerre, il y a l’affirmation des Etats-Unis en tant que leader, parmi les Etats capitalistes, de la politique internationale ; troisièmement, la fin de la guerre coïncide avec la période où on peut constater le début d’une énorme croissance des médias de masse.

Bien que certains parmi les plus importants de ces moyens de communication soient apparus avant 1939 (la radio et le cinéma), c’est à partir des années quarante et dans le courant des années cinquante que ces mêmes moyens connaissent un usage plus systématique de la part des Etats - en raison de la croissance de la concurrence internationale en matière de politique culturelle internationale - et, plus important encore, la seconde moitié des années quarante voit l’arrivée du média de masse le plus efficace : la télévision.

La période étudiée se termine en 1970, d’une part, parce que tout indique que les années soixante « marquent » la fin de la prépondérance de l’influence de la culture française au Brésil (au moins chez les élites), d’autre part, les archives diplomatiques françaises interdisent la consultation de documents datant de moins de trente ans ; ma recherche ayant été initiée en 2001, l’accès aux documents postérieurs à l’année 1970 m’a donc été impossible. De plus, d’après la bibliographie et quelques uns des documents d’archives privées consultées, postérieurs à 1970, les innovations substantielles - en ce qui concerne le budget et la création de nouvelles institutions - à l’intérieur de la « machine » culturelle française pour l’étranger ont lieu jusqu’à la fin du gouvernement de Charles de Gaulle, de manière qu’au Brésil, après 1970, il est possible de supposer le « marasme » des anciennes institutions responsables du rayonnement culturel de la France.

Ce travail a pour objectif d’analyser la politique culturelle française appliquée au Brésil, celui-ci comme pays récepteur de cette politique. Il est clair que ce récepteur n’est pas passif, il passe par de grandes transformations durant la période, ces transformations sont cohérentes avec ses mutations économiques, politiques et culturelles, et la France se voit elle aussi obligée de réaliser des changements dans sa politique culturelle destinée au Brésil.

Ainsi, le regard est ici lancé à partir de la France, pour voir comment ce pays percevait les transformations du Brésil et, à partir d’une telle perception, transforma aussi son action.

Avec cet objectif, il est possible d’identifier et de décrire les mécanismes et stratégies utilisés par l’élite économique et politique française pour faire valoir ses intérêts à l’intérieur d’un Etat étranger. Ces intérêts peuvent être résumés au développement des alliances politiques et de la consommation des produits - les plus variés - français au Brésil. Il est sûr

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que ces intérêts, poursuivis au travers de sa politique culturelle, dépassent les frontières du pays visé ; et l’intention est aussi que celui-ci serve comme relais, allié, dans des disputes géopolitiques globales. C’est ainsi que, par exemple, en fonction principalement de la liaison culturelle entre la France, le Brésil et les autres pays de l’Amérique latine, les Français ont l’appui de ces mêmes pays pour l’installation de l’United nations educational, scientific and cultural organization (UNESCO) à Paris, ce qui fait évidemment grandir le prestige de la France.

Même si cela est difficile de le mesurer, ces gains en politique et visibilité aident à transformer la France en un des pays le plus visités au monde, la ramène à la position d’un des pays préférés pour les jeunes étrangers qui souhaitent faire des études à l’extérieur, etc. En ce simple exemple, on voit déjà les énormes avantages pour la France : une des principales recettes de l’Etat français vient du tourisme5, et les étudiants étrangers, en retournant dans leur pays d’origine, comme médecin, ingénieur, spécialiste de sciences humaines, etc. vont en général commander des produits chimiques, médicaux, machines, livres, enfin toute espèce de produits de l’industrie française. Donc, dans l’économie de marché, qui est la base des relations internationales, la politique culturelle internationale devient un très important atout pour la France - comme il l’est pour tous les pays. Comprendre leurs mécanismes de fonctionnement dans l’histoire représente une des meilleures manières de connaître les relations internationales.

Le programme de recherche a été le suivant : dépouiller dans les archives du ministère des Affaires étrangères (MAE) les directives désignées pour la Direction générale des relations culturelles (DGRC) (à partir de septembre 1956 Direction générale des affaires culturelles et techniques (DGACT) et à partir de 1969 Direction générale des relations culturelles, scientifiques et techniques (DGRCST)), principalement en ce qui concerne la politique définie par le Département responsable de l’Amérique ; décrire et analyser l’action des organes responsables de l’exécution de la politique culturelle dirigée au Brésil ; décrire et analyser le travail des principaux acteurs de cette politique ; identifier les obstacles rencontrés par les théoriciens et les exécuteurs de la politique culturelle, comme le nationalisme et la

5 Dès les années cinquante, à peu près, la France est un des pays le plus visités au monde ; en concurrence avec les Etats-Unis, l’Espagne et l’Italie. Dans les années quatre-vingts, elle devient le pays le plus visité du globe. La consommation touristique représente depuis 1990 une moyenne de 6 % du PIB français, contribuant au solde des échanges extérieurs de façon comparable au secteur agro- alimentaire et supérieur à celui de l’automobile. Sources : www.tourisme.gouv.fr et Philippe Kerourio, Le tourisme en France, 2011, www.geotourweb.com

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politique interne brésilienne, transformations technologiques et pays concurrents ; analyser la réception, au Brésil, de la culture française et, parallèlement, comment cette réception a orienté la transformation de la politique culturelle de la France dans le pays.

Ont été consultés principalement les documents produits par le MAE, par la DGRC, par la DGACT et par la DGRCST archivés en majorité au Quai d’Orsay. Les documents de ce même organisme, en moindre quantité et plus spécialement liés aux arts, et les documents du Service des échanges artistiques (SEA) et de l’Association française d’action artistique (AFAA), sont conservés aux Archives diplomatiques de Nantes. Pour les informations sur d’autres ministères français, tels que celui des Affaires culturelles et celui de l’Economie et des Finances, ainsi que les archives privées de Charles de Gaulle, du Centre national de la cinématographie (CNC), entre autres, ont été consultées les Archives nationales - CARAN à Paris et les Archives nationales à Fontainebleau. Des informations - parfois plus précises - sur les acteurs de la politique culturelle française en territoire brésilien et des personnalités importantes en France ont été recueillies dans des archives privées, comme dans celles de l’Alliance française, de la Comédie française, les archives de l’Histoire contemporaine à Science Po, celles du journaliste Gilles Lapouge, toutes à Paris, et les archives de Sílvia Monteil, héritière de la Livraria francesa à São Paulo. Les archives du ministère brésilien des Relations extérieures à Brasília ont également constitué une bonne documentation et fourni nombre d’informations sur les relations diplomatiques entre les deux pays et sur l’accueil de la culture française au Brésil. Toutefois la quantité de documents consultés à Brasília a été nettement inférieure que celle des archives françaises. Cela s’explique, car ce travail porte sur une politique menée par l’Etat français, raison pour laquelle j’ai donné plus d’importance à la documentation gérée par cet Etat.

Cette thèse est divisée en deux volumes, quatre parties et trente-cinq chapitres ; deux parties dans chaque volume. Dans la première partie j’essaie d’expliquer les origines historiques de la prépondérance de la culture française au Brésil ; suit un résumé de l’histoire de cette présence jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. Ce préambule nous aide à mieux comprendre les choix du MAE en matière de politique culturelle à développer au Brésil à partir de 1945. Dans la deuxième partie sont étudiées la réorganisation et la création des organes de la IVe République responsables de la politique culturelle à l’étranger, les orientations de cette politique culturelle à appliquer au Brésil et les efforts (tels que la création et/ou le développement, à l’intérieur de l’Hexagone, d’infrastructures, d’institutions, d’associations et d’événements) nécessaires à leur exécution jusqu’à la fondation de la Ve

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République. La troisième partie est dédiée aux innovations de la politique culturelle internationale de la Ve République, comment ces innovations se répercutent au Brésil et, enfin, à l’analyse du niveau d’efficacité de la politique culturelle française au Brésil, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années soixante-dix.

Le choix de présenter une quatrième partie dédiée au théâtre, parmi les nombreux autres éléments utilisés par la diplomatie pour diffuser la France à l’étranger, relève du constat que parmi les diverses formes d’expression artistique française, c’est le théâtre qui a été le mieux doté financièrement par l’AFAA. Par ailleurs, le théâtre français a toujours été très admiré au Brésil, suscitant un grand intérêt de la part des élites intellectuelles, politiques et économiques, et pouvant ainsi servir d’une certaine manière de baromètre pour mesurer l’importance de la présence culturelle française dans le pays. De plus, pendant ma recherche, il a été clair que la France n’a jamais réussi à bien profiter des médias les plus populaires, comme la radio, le cinéma et la télévision. En conséquence, son rayonnement culturel a été limité à l’élite, touchant indirectement une petite partie des masses. Or, si la culture française reste pratiquement limitée à l’élite, et si le théâtre au Brésil a rarement été démocratisé, principalement le théâtre venu de l’étranger, mesurer la répercussion du théâtre français au Brésil nous permet de constater l’importance qu’a la culture française dans le pays pendant notre période.

Dans les quatre parties de ce travail, j’essaie aussi de m’occuper des obstacles à la culture française au Brésil. Parmi eux, les plus évidents sont la politique culturelle des autres puissances, principalement les Etats-Unis, le nationalisme brésilien et le développement des plus modernes moyens de communication de masse, la radio, le cinéma et la télévision.

2 Culture

En général, au XIXe siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, prédomine l’utilisation du concept de « culture » comme mesure de « civilisation » ; cette dernière pouvant être qualifiée comme avancée ou retardataire, développée ou non, etc. Cette perception, évidemment beaucoup plus idéologique qu’empirique, « autorise » les intellectuels et les collectivités en général de l’Europe à hiérarchiser les peuples et les Etats du globe au travers d’un jugement qui prend la culture et la civilisation européenne comme référence positive6. Mais l’expérience vécue des deux guerres mondiales par les Européens et

6 Comme le commente Edward Saïd, même les critiques de l’impérialisme et du colonialisme européens de cette époque-là (et souvent même après la Seconde Guerre mondiale) n’arrivent pas à dépasser, par les analyses critiques exposées dans leurs livres ou films, leur eurocentrisme. En effet,

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en conséquence la fragilisation des empires directement concernés par les deux conflits, ont créé ensuite un contexte favorable aux luttes pour l’indépendance et à la formation de nouveaux Etats nationaux, en plus d’avoir fortifié l’imaginaire des nations périphériques (le Brésil, par exemple) dans la relativisation de l’idée de culture comme mesure de développement d’une civilisation.

C’est ainsi que nous pouvons dire que les deux conflits mondiaux, responsables de l’affaiblissement - moral aussi - des empires européens, ont aidé à donner la possibilité de résurgence et d’acceptation d’une autre sémantique du concept de « culture ». Cette nouvelle sémantique sert comme un des principaux aliments idéologiques pour le renforcement et la valorisation des cultures des nouveaux Etats nationaux et des Etats plus anciens mais périphériques en ce qui concerne les décisions politiques et économiques dans la géopolitique internationale.

Cette brève mention du concept de « culture » est fondamentale à la compréhension des changements - plus théoriques que pratiques, comme on le verra plus avant - intervenus dans la méthode de la politique culturelle internationale des Français - et des autres grandes puissances - à partir de 1945. Dorénavant, la politique culturelle internationale doit arrêter d’être une contrainte d’une culture (entendue comme supérieure) à une autre (entendue comme inférieure). L’acception de politique culturelle internationale antérieure à la Seconde Guerre mondiale doit être alors peu à peu modifiée, elle est conditionnée à s’identifier à l’idée d’échange ou de coopération culturelle entre les peuples et les Etats.

Néanmoins, cette nouvelle méthode ne semble pas faire disparaître le presque chauvinisme de la conscience des Français responsables de la politique culturelle internationale de leur pays. D’ailleurs, même dans les frontières de l’Hexagone, il reste la conscience de hiérarchie culturelle, qui se voit dans les différences entre les classes sociales et des espaces géographiques (bourgeois et prolétaires, urbains et campagnards, instruits et non instruits…). Une telle constatation est possible quand nous percevons les éléments culturels exportés par la France, dans leur majeure partie liés à la culture de l’élite bourgeoise et intellectuelle du pays, des éléments culturels correspondant alors à la « haute culture ». Ainsi, malgré l’ampleur des formes que peut prendre le concept de « culture », formes qui d’ailleurs englobent toutes les créations ou productions d’une société, le fait est que la politique

ces critiques originaires des pays impérialistes présentent dans leurs œuvres une perception des

colonisés comme fragiles, incapables, naïfs, etc. Voir Edward Saïd, Cultura e imperialismo, São Paulo, Companhia das Letras, 1995.

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culturelle française vers l’étranger en exclut elle-même divers éléments, et exporte seulement ceux qui servent à la construction et au maintien de son image positive.

Dans le cas de sa politique culturelle au Brésil (comme partout d’ailleurs), la France a toujours choisi d’exporter en priorité ce que nous venons de désigner comme des éléments de la « haute culture », des éléments créés, ou élaborés, et consommés par l’élite économique et intellectuelle du pays. Cela pour une simple raison : la politique culturelle française a toujours eu pour but d’atteindre l’élite économique, intellectuelle et politique brésilienne. Comme l’a bien observé Hugo Suppo, en se référant à la politique culturelle française des années trente,

« son objectif principal est d’obtenir pour la France la position d’alliée privilégiée dans la formation des élites brésiliennes »7. Ce même objectif perdure à partir de 1945 ; bien sûr, accompagné d’un autre, celui de réussir à toucher aussi les classes populaires. Ce nouvel objectif est dû à la croissance de la culture de masse, conséquence directe du développement des médias de masse et de l’augmentation du pouvoir de consommation des classes populaires.

Par conséquent, ce travail utilise le concept de « culture » de manière restreinte, au sens défini par la politique d’exportation de la culture française.

3 Politique culturelle internationale

Toutes les cultures reçoivent les influences d’autres cultures en raison même des relations internationales. Tous les Etats naissent, qu’ils le veuillent ou non, de la dialectique permanente, car historique, de diverses cultures, quand bien même, dans la majorité des cas, il en existe une qui s’avère prédominante (tel fut le cas au Brésil de la culture portugaise, celle- ci étant déjà bien évidemment la synthèse historique de bien d’autres cultures, comme la galicienne, la latine, la grecque, l’arabo-musulmane…8). L’essentiel de ce processus se passe de façon relativement spontanée.

On doit donc concevoir la « politique culturelle internationale » comme différente de l’« action culturelle internationale ». La première étant organisée et exercée par l’Etat, avec des objectifs précis. Elle y est menée de manière parfois systématique, et en vient à être utilisée comme un instrument puissant dans les relations entre Etats, principalement au XXe

7 Hugo Rogélio Suppo, « Le Brésil pour la France », in Denis Rolland (coord.), Le Brésil et le Monde.

Pour une histoire des relations internationales des puissances émergentes, Paris, L'Harmattan, 1998, p. 137.

8 Voir, par exemple, Sérgio Buarque de Holanda, Raízes do Brasil, Rio de Janeiro, José Olympio, 1986 (première édition en 1936) et Gilberto Freyre, Casa Grande e Senzala : formação da família brasileira sob o regime patriarcal, Rio de Janeiro, José Olympio, 1950 (première édition en 1933).

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siècle et plus précisément après la Première Guerre mondiale. La France est généralement considérée comme un Etat pionnier dans ce domaine.

Edgard Telles Ribeiro définit la « diplomatie culturelle » (au sens de politique culturelle internationale) comme « une application spécifique de la relation culturelle pour l’accomplissement d’objectifs nationaux de nature non seulement culturelle mais aussi politique, commerciale et économique »9. Dans son Vocabulaire critique des relations culturelles, Albert Salon caractérisait - il y a longtemps déjà - la « politique culturelle internationale » comme une « définition et mise en œuvre par l’Etat de la partie de l’action culturelle de ses citoyens et de ses institutions nationales publiques et privées sur laquelle il peut avoir une prise directe ou indirecte dans le but de faire servir sa politique étrangère au sens le plus large de ce terme »10.

On voit alors que la « politique culturelle internationale » est une prérogative de l’Etat et que, liée ou non à cette politique culturelle, l’« action culturelle internationale » désigne tout type de transfert de culture d’un pays à un autre - peu importe le groupe, l’institution ou l’individu qui en est responsable - elle est caractérisée par une initiative privée. En ce sens, l’« action culturelle internationale » peut parfois outrepasser les limites et intérêts imposés et/ou simplement souhaités par la politique culturelle étrangère d’un Etat donné ; c’est ainsi que quelquefois certains éléments de la culture d’un Etat peuvent porter préjudice aux intérêts de ce même Etat.

Ce travail cependant n’inclut pas dans son cadre d’observation des éléments de la culture française au Brésil envoyées par des groupes, institutions et/ou individus qui d’une façon quelconque ne seraient pas liés, directement ou indirectement, soit au travers des subventions soit d’un simple appui logistique, à l’Etat français. Nous incluons donc des institutions privées qui bénéficient d’une importante autonomie face à l’Etat, mais qui sont utilisées par ce dernier à travers sa politique culturelle internationale. C’est le cas de l’Alliance française, fondée en 1883 et reconnue d’utilité publique en 1886 par le gouvernement ; ou encore les congrégations religieuses qui, bien que privées, bénéficient fréquemment d’appui logistique et/ou financier de l’Etat ; les lycées, les missions scientifiques, les professeurs et chercheurs français détachés au Brésil, la radio, le cinéma et la

9 « Uma utilização específica da relação cultural para consecução de objetivos nacionais de natureza não somente cultural, mas também política, comercial e econômica ». Edgard Telles Ribeiro,

Diplomacia cultura : seu papel na política externa brasileira, Brasília, Fundação Alexandre Gusmão, 1989, p. 23.

10 Albert Salon, Vocabulaire critique des relations culturelles internationales, La Maison du Dictionnaire, Paris, 1978, p. 112.

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presse écrite ; tous les éléments liés aux arts français exportés au Brésil, avec une partie dédiée seulement au théâtre, qu’on essaie d’observer, de façon systématique et en l’utilisant comme paradigme de la présence de la culture française au Brésil dans la période ici analysée.

Enfin, il convient de rappeler que la politique culturelle internationale est ici étudiée comme l’une des quatre dimensions des relations internationales, les trois autres étant les relations économiques, politiques et militaires. Je concède volontiers que les frontières entre ces quatre domaines sont souvent arbitraires, mais la taxinomie est la condition sine qua non de toute analyse.

4 Brésil / Brésiliens

Comme la thématique de cette recherche est relativement récente (on le verra plus avant en détail, dans notre commentaire sur l’historiographie), une bonne partie de la bibliographie qui la concerne n’échappe pas aux faiblesses de l’historiographie actuelle, principalement en ce qui touche à la définition de concepts et à la prise en compte des théories. Ainsi, il n’est pas rare dans les textes consultés que les auteurs négligent de spécifier ou de définir le « Brésil » auquel ils se réfèrent ; une telle négligence nous empêche de mieux comprendre la vision que la diplomatie française a du pays où elle s’efforce de faire rayonner sa culture.

Avec ce manque de clarté des concepts, il est habituel d’observer une déformation des sujets étudiés. La bibliographie consultée, quand elle aborde l’implantation des institutions et l’adoption de modèles philosophiques, ou simplement les mœurs d’Europe, et de la France en particulier, sur le territoire brésilien au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle, oublie le fait crucial qu’il ne s’agit pas de Brésiliens imitant ou suivant des modèles européens sur leur territoire, mais plutôt d’Européens immigrés ou des fils de ces derniers nés au Brésil, c’est-à-dire de gens de culture et langue portugaise (en moindre quantité aussi d’autres pays européens) pratiquant et imposant les modes de production et de culture européens aux Africains esclaves, aux Amérindiens et à tous les autres métis déclassés du territoire brésilien.

Quand elle parle de « Brésilien », cette bibliographie parle généralement - parfois implicitement - d’une espèce de mélange culturel, composé à égale contribution de groupes ethniques africains, amérindiens et européens. C’est là la contradiction. Or, pendant la colonie, au XIXe siècle et durant une bonne partie de la première moitié du XXe siècle, ce que l’on observe sur le territoire brésilien c’est l’exclusion des cultures et des individus amérindiens et d’origine africaine de tous les secteurs supérieurs de la gestion, de l’économie et de la politique (en ce qui concerne les Noirs, on devrait plutôt parler de tentative

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d’exclusion, puisque depuis le XIXe siècle il n’est pas rare de constater la présence de Noirs et de Métis à proximité du sommet du pouvoir économique et politique au Brésil). Ces mêmes secteurs sont occupés par une élite qui parle portugais, boit du vin et du whisky, prie le dieu des Chrétiens, organise la production pour le marché, etc.

Même si des œuvres classiques comme Casa Grande e Senzala ou Raízes do Brasil11 décrivent l’assimilation, par des Portugais et leurs descendants nés au Brésil, d’éléments de la culture amérindienne et africaine, cela n’empêche pas le fait qu’ils restent substantiellement européens ; de la même façon que les Portugais au Portugal ont continué - évidemment - d’être européens, bien qu’ils se soient mis à utiliser du tabac, des pommes de terre, des esclaves africains, etc. A ce propos, l’anthropologue José Luíz dos Santos écrit :

« [qu’il] est commun qu’en Amérique latine les débats sur la culture se réfèrent à une histoire d’influences culturelles d’origines multiples, lesquelles ont pour pôle d’intégration les processus dominants dans le monde occidental, qui concernent la production économique, l’organisation de la société, la structure de la famille, le droit et les idées, les représentations et les formes de connaissance. […] Il faut considérer avec prudence cette tendance à concevoir des pays comme le nôtre [le Brésil] comme un mélange de traits culturels [européen, amérindien et africain] »12.

En simplifiant la logique des choses, on constate que si l’on a exclu les cultures indiennes et africaines, la culture européenne prédomine. Et c’est cette culture hégémonique qui s’impose et qui « crée » le Brésil, c’est-à-dire un Etat conçu et organisé à la manière européenne (malgré le fait que durant la majeure partie du XIXe siècle le Brésil, différemment de l’Europe, ait sa production matérielle - fondamentalement agraire - réalisée par le travail des esclaves, l’économie du pays reste toujours directement liée au marché international et en particulier à celui de l’Europe). C’est dans ce sens que l’on peut qualifier plutôt d’idéologique l’argument qui considère les Brésiliens comme adoptant des modèles européens. En fait, ce sont des Européens qui s’imposent sur le continent américain, naturellement sous certaines

11 Sérgio Buarque de Holanda, Raízes do Brasil, Rio de Janeiro, José Olympio, 1986 (première édition en 1936) et Gilberto Freyre, Casa Grande e Senzala : formação da família brasileira sob o regime patriarcal, Rio de Janeiro, José Olympio, 1950 (première édition en 1933).

12 « É comum que na América Latina os debates sobre cultura se refiram à uma história de

contribuições culturais de multiplas origens, as quais têm por polo de integração os processos que são dominantes no mundo ocidental que concernem a produção econômica, a organização da sociedade, a estrutura da família, o direito e as idéias, as concepções e os modos de conhecimentos.

[...] Deve-se ter prudência com esta tendência à compreender países como o nosso [Brasil] como uma mistura de traços culturais ». José Luíz dos Santos, O que é cultura, São Pauro, Brasiliense, 1983, p.

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conditions particulières. Particularités liées au contexte écologique et aux résistances des indigènes et des esclaves. Résistances fortes, qui imposent leurs spécificités culturelles, mais pas de façon suffisante pour empêcher la naissance d’une nouvelle nation à l’européenne. Ce qui corrobore le fait que, au Brésil, il existe seulement 360 000 Indiens environ (0,2 % de la population nationale de 194 millions), qui soit sont « enfermés » dans des réserves (près de 91 000 Indiens), mais soumis à la législation fédérale, recourant à la médecine occidentale, etc., soit habitent dans des aires urbaines (environ 272 000), donc déjà relativement acculturés13.

A la critique ci-dessus, on doit en ajouter une autre contre une méthode d’analyse qui participe à la compréhension déformée du Brésil. Cette méthode a été engendrée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, par des chercheurs en sciences humaines, principalement états- uniens, et bien probablement pour des raisons politiques et économiques. Elle est divulguée et financée, par exemple, par des institutions comme la Fondation Ford, et sert à nourrir l’idéologie de la particularité culturelle des Noirs brésiliens, impliquant ainsi à une vision ethnicisée du pays, ainsi que celle d’un pays exotique - par rapport à l’Occident. Comme si un Noir bourgeois était différent d’un Blanc de la même classe, ou comme si un Noir de la favela se distinguait d’un Blanc du même milieu. Comme le rappelle l’économiste états-unien Walter Willians (lui-même noir et libéral), professeur à l’Université George Manson :

« Les quotas raciaux [dans des universités] au Brésil, un pays plus mélangé que les Etats-Unis, n’ont pas de sens. [Elles] forcent une identification raciale qui ne fait pas partie de la culture brésilienne […]. La Fondation Ford est la grande promotrice des

‘actions affirmatives’ à partir d’un préalable erroné selon lequel la réalité défavorable du Noir serait fruit de la discrimination »14.

Pour l’anthropologue Roberto Motta :

« En effet, [Gilberto] Freyre, [Marvin] Harris et [Carl] Degler sont parfaitement d’accord, malgré leurs différences de vocabulaire, pour attribuer à la société

13 Outre cette population indienne officiellement recensée, il y a des notifications sur l’existence de près de 55 tribus isolées qui ne sont pas encore incluses dans des statistiques du gouvernement

brésilien. Données de 2005, Instituto brasileiro de Geografia e Estatística (IBGE), www.ibge.gov.br

14 « As cotas raciais no Brasil, um país mais miscigenado que os Estados Unidos, são um

despropósito. Além disso, forçam uma identificação racial que não faz parte da cultura brasileira.

Forçar classificações raciais é um mal caminho. A Fundação Ford é a grande promotora de ações afirmativas por partir da premissa errada de que a realidade desfavorável dos negros é fruto da discriminação ». Walter Willians, « O mercado vence o racismo », interview publié dans la revue Veja, ed. 2 207, SP 09/03/2011.

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brésilienne un caractère ‘métaracial’. Il s’agirait d’une formation sociale dans laquelle les identités raciales ont peu d’importance dans des rôles et des statuts »15.

En prenant en compte ces deux visions que nous venons de critiquer (l’une du Brésil comme pays résultant du mélange d’Européens, d’Amérindiens et d’Africains, l’autre comme d’un pays qui garde d’extraordinaires particularités ethniques), nous constatons que, malgré leurs erreurs, elles ont servi - entre autres - à la demande culturelle internationale. En effet, est divulguée l’idée, depuis au moins le début du XXe siècle et tout d’abord par des chercheurs et voyageurs étrangers, que le Brésil est une exception culturelle achevée, où l’on « exige » par exemple que l’art, pour être brésilien, et être défini typiquement comme tel, ne doit pas avoir de relation avec l’Europe. Mais comment le Brésil pourrait-il être autrement qu’éminemment européen ? Pourquoi la capoeira serait brésilienne et pas l’opéra ? En fait, ces deux formes d’expression culturelle sont respectivement d’origine africaine et européenne, et toutes deux sont reprises au Brésil - bien sûr chargées de caractéristiques propres dues au milieu écologique et social brésilien.

Evidemment mon propos ici n’est pas de prétendre que le Brésil est une Europe transplantée sur le sol américain, mais bien d’éveiller l’attention sur le fait que le dit particularisme culturel brésilien (exotisme pour l’Occident) est plutôt une idéologie, qui a été créée, nourrie et « imposée » par de chercheurs et voyageurs étrangers, et adoptée par des intellectuels brésiliens ; comme on le verra brièvement dans l’explication qui suit, qui nous sert à mieux comprendre les stratégies de la politique culturelle française au Brésil.

Pour Guy Martinière, l’imaginaire brésilien, qui aide à la formation de la pensée nationaliste au pays, est en partie l’œuvre d’intellectuels étrangers, et principalement français16. Pour Fernanda Massi, « prenant pour l’analyse les présences française et nord-

15 Roberto Motta, « Paradigmes d’interprétations des relations raciales au Brésil », p. 30, in Kátia de Queirós Mattoso, Idelette Muzart Fonseca dos Santos et Denis Rolland (orgs.), Le Noir et la culture africaine au Brésil, Paris, L’Harmattan, 2003.

Il est toujours important de souligner que quand un intellectuel publie son travail sur une société donnée, indépendamment du fait que son étude puisse être ou non confirmée empiriquement, le fait est que telle étude, dépendant du niveau de divulgation qu’il a, peut ou non s’imposer comme « vérité ».

Et au bout d’un moment son travail, qui repose - parfois - sur des bases plutôt idéologiques, en vient à influencer la société réelle, faisant en sorte que celle-ci devienne ce qu’elle n’est pas. C’est ainsi que si la publication d’un intellectuel peut venir à servir au statu quo, le groupe social favorisé par celui-ci va appuyer, financer, bref soutenir cette publication, même si elle est le fruit d’une observation purement idéologique.

16 Guy Martinière, Aspects de la coopération franco-brésilienne, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, Presse Universitaire de Grenoble, 1982, p. 14, 15 et 16.

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américaine dans les sciences sociales brésiliennes […]. Le Brésil choisit les Français comme maîtres. Les Nord-Américains choisissent le Brésil comme ‘objet’ [d’étude] »17.

C’est ainsi que pour la création de la Faculté de Philosophie, Sciences et Lettres de l’Université de São Paulo (USP) en 1934, « Júlio de Mesquita Filho charge Teodoro Ramos, mathématicien et professeur de l’Ecole Polytechnique, d’aller en Europe pour contacter des professeurs »18. En Italie sont choisis principalement les mathématiciens ; un Portugais, pour la langue et la littérature portugaises ; et un Espagnol, pour la langue et la littérature espagnoles ; il y a aussi un contrat avec des professeurs allemands. En France, c’est Georges Dumas qui fait le choix des noms. A Rio de Janeiro, où la Faculté nationale de Philosophie est créée en 1939, « suivant l’exemple de l’expérience paulista, c’est encore Georges Dumas l’intermédiaire pour l’engagement de professeurs français. C’était aussi un autre groupe de Français qui avait commencé les activités de l’Université du District Fédéral, en 1936 »19.

On voit renforcé alors, dans les années 1930, le développement d’une collaboration méthodique entre universités françaises et brésiliennes, particulièrement en sciences humaines. Et en raison du prestige des intellectuels français au Brésil (souvent fruit de la perception impressionniste d’une partie de l’élite brésilienne), on a tendance à faire prévaloir l’épistémologie de ces Européens au détriment du point de vue des intellectuels brésiliens eux-mêmes.

En ce sens, l’expédition à laquelle participe Claude Lévi-Strauss en 1938 dans la Serra do Norte est emblématique ; d’ailleurs bien caractéristique de l’explication qui suit est son appellation d’« expédition Lévi-Strauss ». Outre le jeune franco-belge apprenti ethnologue

17 « Tomando como suporte para a análise as presenças francesa e norte-ameracana nas ciências sociais brasileiras […] O Brasil elege os franceses como mestres. Os norte-americanos escolhem o Brasil como ‘objeto’ [de estudo] ». Fernanda Massi, « Franceses e Norte-americanos nas ciências sociais brasileiras, 1930-1960 », in História das ciências sociais no Brasil, vol. 1, São Paulo, Vértice / Editora Revista dos Tribunais : IDESP, 1989, p. 410 et 411.

18 « Júlio de Mesquita Filho encarrega Teodoro Ramos, matemático e porfessor na Escola Politécnica, de ir à Europa para contratar professores ». Idem, p. 416.

Héritier d’un de plus grands journaux brésiliens, O Estado de São Paulo, qu’il dirige de 1927 à 1969, l’année de sa mort, Júlio de Mesquita Filho n’a pas seulement du pouvoir dans les médias brésiliens, il reste aussi très influent dans les milieux politiques et économiques du pays, principalement dans l’Etat de São Paulo et du gouvernement fédéral. On parlera encore de cet important francophile

brésilien.Voir l’article « Trajetória de um jornalista liberal, Júlio de Mesquita Filho », O Estado de São Paulo, SP 25/11/2009, www.estadao.com.br/noticias/arteelazer,trajetoria-de-um-jornalista-liberal- julio-de-mesquita-filho ; et Roberto Aldo Salone, Irredutivelmente Liberal : política e cultura na trajetória de Júlio de Mesquita Filho, São Paulo, Editora Albatroz, 2009.

19 « Seguindo de perto a experiência paulista, é Dumas, mais uma vez, o intermediário na

contratação de professores franceses. Coube a um outro grupo de franceses iniciar as atividades da Universidade do Distrito Federal, em 1936 ». Fernanda Massi, « Franceses e Norte-americanos nas ciências sociais brasileiras, 1930-1960 », in História das ciências sociais no Brasil, vol. 1, São Paulo, Vértice / Editora Revista dos Tribunais : IDESP, 1989, p. 417.

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(Lévi-Strauss qui a alors 30 ans, avait fait des études en philosophie et en 1938 est en « train de se reconvertir à l’ethnologie »20), participent à cette expédition Jehan Albert Vellard (médecin naturaliste et ethnographe français âgé de 37 ans), Dina Lévi-Strauss (anthropologue et épouse de Lévi-Strauss) et Luíz Castro Faria (jeune ethnologue brésilien de 24 ans)21.

Le projet de l’expédition est né de l’initiative française, il est encadré par le Musée de l’Homme à Paris et par la mission française - à laquelle participe Lévi-Strauss - dirigée par Georges Dumas en 1934 pour la création de l’USP et, derrière ces institutions, le Quai d’Orsay. Du côté brésilien, Luíz Castro Faria devient membre du groupe expéditionnaire par intérêt scientifique personnel et comme représentant du Conselho de Fiscalização das Expedições artísticas e científicas (CFE), organe du gouvernement créé au début des années 1930 pour surveiller les explorations au Brésil22.

Parmi les membres du groupe, Jehan Albert Vellard est le plus expérimenté. En 1938 il a 14 ans de travail comme chercheur en venins et comme ethnographe en Amérique du Sud, principalement au Brésil. D’après Olivier Dollfus, « il y avait du savant du XIXe siècle chez Jehan Albert Vellard : le voyage scientifique de découverte […], recherches sur des populations en voie de disparition […]. Et il était resté très savant français […] [et] un mercenaire des institutions culturelles »23. Quant à Lévi-Strauss, au moment de l’expédition il lisait des récits de voyageurs du XVIe siècle (André Thevet, Jean de Léry, etc.), c’est ce qui explique peut-être « la position spécifique de Tristes Tropiques qui rejoint d’une certaine façon la littérature dite de voyages »24. Comme Jehan Albert Vellard, Lévi-Strauss

« […] allait à la quête de sociétés ‘primitives’, ‘indigènes’ et ‘menacées de disparition’. Cherchant à montrer les fondements communs de la vie en société, il fit

20 Rivron Vassili, « Un point de vue indigène ? ‘Archives de l‘expédition Lévi-Strauss’ », L’Homme 2003/1, n° 165, p. 305, www.cairn.info

21 Idem.

22 Idem.

23 En effet, en Amérique du Sud, il est assistant à l’Institut Butantan à São Paulo de 1925 à 1929, il est chargé de mission du Musée d’Histoire naturelle du Paraguay de 1930 à 1932, chef de la section d’immunologie à Pernambuco, directeur du Musée national de La Paz entre 1940 et 1943, chef du département de zoologie à l’Université de Tucumán (Argentine) ; il participe à la création de l’Institut français d’Etudes andines à Lima (qu’il dirige jusqu’à 1962), il enseigne à l’Université de San Marcos et à l’Université Catholique au Pérou, etc. Olivier Dollfus, « Jehan Albert Vellard », Bulletin de l’Institut français d’études andines, 25 (2), 1996, p. 165 et 166,

www.ifeanet.org/publicaciones/boletines

24 Rivron Vassili, « Un point de vue indigène ?. Archives de l‘expédition Lévi-Strauss’ », L’Homme 2003/1, n° 165, p. 306, www.cairn.info

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d’importantes objections en ce qui concerne l’évolutionnisme alors dominant au Brésil »25.

Différemment des deux chercheurs français, Luíz Castro Faria lisait des ouvrages brésiliens contemporains comme Hautes terres (Os Sertões, 1902) d’Euclides da Cunha et Rondônia (1916) de Roquette Pinto ; ce dernier perçu alors comme le plus important américaniste brésilien. Pour Luíz Castro Faria, le voyage à la Serra do Norte est une opportunité de « suivre les pas de l’expédition télégraphique et ethnographique de 1911 »26 ; campagne qui devient la source du livre de Roquette Pinto. La logique de sa pensée

« correspondait à une préoccupation d’intégration nationale et d’unification culturelle »27. A l’évidence, on constate que sur le même terrain et objet de recherche les Français et le Brésilien sont sur des points d’observation différents, posent des questions et ont des réponses diverses. Pour Lévi-Strauss, qui est en quête des paradigmes communs à toutes les cultures, cette expédition sert à son important article La vie familiale et sociale chez les Nambikwara, publié en 1948 dans le Journal de la Société des Américanistes ; l’année suivante, le même texte est repris et édité comme ouvrage par la Société des Américanistes et devient la thèse complémentaire de son doctorat d’Etat ; il sert aussi au développement de sa théorie structuraliste et au classique Tristes Tropiques publié en 1955. Comme remarque Rivron Vassili, ces « différents textes constituent les principales exploitations scientifiques des données de l’expédition »28. Ils deviennent - parmi beaucoup d’autres textes de Lévi- Strauss - des références pour une importante partie d’intellectuels brésiliens dans les branches les plus variées des sciences humaines. Quant aux notes de terrain de Jehan Albert Vellard et Dina Lévi-Strauss, « n’ayant fait que des interprétations très partielles, [elles sont] mobilisées fragmentairement dans le cadre d’autres enquêtes et publiées tardivement »29.

D’un autre côté, les notes partant de l’analyse historique et évolutionniste de l’expédition dans la Serra do Norte, sur les transformations culturelles du Brésil perçu en sa totalité, c’est-à-dire celles de Luíz Castro Faria, doivent attendre plus de soixante ans après 1938 pour être publiées (!) ; elles deviennent alors plutôt des documents pour

25 Idem.

26 Idem.

27 Dans ses notes sur l’expédition de 1938, Luíz Castro Faria mentionne « des informations sur les changements survenus dans les groupes tribaux depuis le passage de l’expédition télégraphique de Rondon et de Roquette Pinto, […] la formation de langages intermédiaires (entre portugais et langues indigènes) et […] la transformation des villes qu’il traverse ». Rivron Vassili, « Un point de vue indigène ? Archives de l‘expédition Lévi-Strauss’ », L’Homme 2003/1, n° 165, p. 306, www.cairn.info

28 Idem, p. 301.

29 Idem.

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