THE´ORIE
Inte´reˆt de l’hypnose en se´nologie
The role of hypnosis in breast care
V. Boute´
Y. HalfonF. GageanRe´sume´ : Les macrobiopsies du sein sont devenues une proce´dure de routine pour le diagnostic des le´sions infracliniques du sein. Elles sont d’exe´cution simple, pratique´es sous anesthe´sie locale. Ce geste engendre cepen- dant un certain stress pour la patiente. Le but de cette e´tude est d’e´valuer l’inte´reˆt de l’hypnose dans cette situation.
Objectif principal: e´valuation de la faisabilite´ de l’hypnose en consultation de routine chez la femme devant be´ne´ficier d’un geste interventionnel par macrobiopsie. Objectifs secondaires: e´valuation de la satisfaction des patientes et impact de cette technique sur le stress, l’anxie´te´, l’angoisse, la douleur lie´s a` cet examen. Mate´riel et me´thodes: e´tude pilote prospective. Un groupe de 14 patientes a e´te´ inclus et a be´ne´ficie´ d’une se´ance d’hypnose avant la macrobiopsie.
Il est compare´ a` un groupe te´moin de 14 patientes qui be´ne´ficiaient d’une consultation standard pour une macro- biopsie. L’utilisation de l’hypnose permet aux patientes d’appre´hender l’examen de fac¸on moins anxieuse et aussi moins douloureuse, mais le roˆle sur l’anxie´te´ concernant l’attente du re´sultat reste a` de´montrer.
Mots cle´s : Hypnose – Macrobiopsie – Sein – Douleur – Stress – Anxie´te´
Abstract:Large-core breast biopsies have become a standard procedure for diagnosing subclinical breast lesions. These biopsies are simple to perform and carried out under local anaesthesia. The procedure, nonetheless, creates a certain level of stress in the patient. The goal of this study was to assess the effectiveness of hypnosis in managing this stress.
Main objective: Evaluate the feasibility of hypnosis in routine
office visits for women, prior to undergoing large-core breast biopsies.Secondary objectives: Assess patient satisfaction and the impact of this technique on related stress, anxiety, fear, and pain. Materials and methods: Prospective pilot study.
The study consisted of a group of 15 patients who received one session of hypnosis before large-core breast biopsy. This group was compared to a control group of 15 women who received standard consultations for large-core breast biop- sies. The use of hypnosis allowed the patients to approach testing with less anxiety and experience less pain. Its effect on anxiety while waiting for test results remains to be demonstrated.
Keywords:Hypnosis – Large-core breast biopsy – Breast – Pain – Stress – Anxiety
Introduction
Il convient au pre´alable d’indiquer que l’hypnose est un outil, une technique utilisable face a` une situation donne´e et adaptable a` la demande du patient. En ce sens, elle n’est rien de plus qu’un outil. Autrement dit, elle exige une technicite´
particulie`re qui ne se re´duit pas qu’a` une simple induction de la « transe hypnotique ». Nous y reviendrons...
Les macrobiopsies du sein sont devenues une pro- ce´dure de routine pour le diagnostic des le´sions infra- cliniques du sein. Elles sont d’exe´cution simple, pratique´es sous anesthe´sie locale. Ce geste engendre cependant du stress pour la patiente. Le but de cette e´tude est d’e´valuer l’inte´reˆt de l’hypnose dans cette situation.
Objectif
Il e´tait principalement l’e´valuation de la faisabilite´ de l’hypnose en consultation de routine chez la femme devant be´ne´ficier d’un geste interventionnel par Mammotome, mais aussi l’e´valuation de la satisfaction des patientes et l’impact de cette technique sur le stress, l’anxie´te´, l’angoisse, la douleur lie´s a` cet examen.
« Douleur et cancer »
V. Boute´ ()
Se´nologie, Centre Franc¸ois-Baclesse, 3, avenue du Ge´ne´ral-Harris BP 5026, 14076 Caen Cedex 05, France
E-mail : [email protected] Y. Halfon, F. Gagean
CHU, 1, rue de Germont, 76031 Rouen Cedex, France DOI 10.1007/s11839-007-0023-3
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Mat e´ riel et m e´ thodes
Il s’agit d’une e´tude pilote prospective. Un groupe de 14 patientes a e´te´ inclus et a be´ne´ficie´ d’une se´ance d’hypnose avant le Mammotome. Les re´sultats seront compare´s a` ceux d’un groupe te´moin de 14 femmes qui be´ne´ficiaient d’une consultation standard pour un Mammotome. Les patientes dans le groupe expe´rimental be´ne´ficiaient de trois consulta- tions et re´pondaient a` deux questionnaires par consultation.
Lors de la premie`re consultation, elles remplissaient un questionnaire de conditions de vie et une e´chelle HADS.
Le jour de la biopsie, elles remplissaient une e´chelle HADS avant la se´ance d’hypnose, puis un questionnaire de satisfaction apre`s la biopsie. Pour la dernie`re consultation, elles remplissaient, avant l’annonce du re´sultat, une e´chelle HADS et un questionnaire de satisfaction spe´cifique pour le groupe hypnose (questions supple´mentaires).
Les te´moins remplissaient e´galement deux questionnaires a` chacune des trois consultations. Lors de la premie`re consultation, elles remplissaient un questionnaire de condi- tions de vie et une e´chelle HADS. Le jour de la biopsie, elles remplissaient une e´chelle HADS, puis un questionnaire de satisfaction apre`s la biopsie. Lors de la dernie`re consultation, elles remplissaient, avant l’annonce du re´sultat, une e´chelle
Qu’est-ce qui se cache derrie`re le mot hypnose ? Qu’est-ce que l’hypnose ?
C’est la prise en compte par le me´decin ou les profession- nels de sante´ d’e´tats de conscience tout a` fait naturels qui vont des e´tats de concentration, d’attention maximale a` des moments de reˆveries, en passant par la relaxation. On parle de transe naturelle : e´tat particulier de conscience, caracte´- rise´ par une re´duction de la sensibilite´ aux stimulations, une alte´ration ou meˆme une perte transitoire de contact avec le milieu exte´rieur, la substitution de comportements auto- matiques a` une activite´ volontaire et une fre´quente exaltation avec euphorie donnant au sujet l’impression qu’il est transporte´ hors de lui-meˆme et du monde re´el.
Les quatre modes d’entre´e dans une transe naturelle :
1. De´crocher son attention ou se de´focaliser de la re´alite´: – couche´ sur l’herbe, regarder les nuages ;
– vivre des e´tats de me´ditation ou de relaxation ; – assister a` une confe´rence ennuyeuse.
2. Concentration ou focalisation de l’attention :
– eˆtre captive´ par un film, la te´le´vision ou un livre ; – e´couter un confe´rencier fascinant ;
– s’absorber dans la musique ;
– s’absorber dans une activite´ ou un travail ; – s’absorber dans une conversation.
3. Dissociation ou clivage entre conscience et/ou activite´: – jouer d’un instrument (une fois qu’on le maıˆtrise) ; – pratiquer un sport (une fois qu’on le maıˆtrise) ; – griffonner ;
– manger des pop-corn au cine´ma...
4. Comportement rythmique, re´pe´titif : – re´citer des mantras ;
– danser ; – se balancer ; – courir...
On peut donc obtenir un champ d’attention limite´ sans rien connaıˆtre de l’interlocuteur, uniquement en de´crivant des e´tats de transes somnambuliques qui se produisent de fac¸on naturelle dans notre culture.
Que se passe-t-il si on parle des sensations ressenties pendant un long trajet en voiture ? De cette manie`re, on n’e´met pas directement la suggestion d’entrer en transe, on parle tout simplement d’une situation dans notre culture ou` des e´tats de transe se produisent spontane´ment.
Exemples :
– 1. « Je suis en voiture, je conduis prudemment sur une route habituelle, qui me`ne chez moi... et, pendant le trajet... la monotonie de la route... la connaissance du trajet... produisent une sorte de comportement automatique... et inconscient...
auquel je sais que je peux faire confiance... pour me conduire
Fig. 1. Un e´le`ve magne´tiseur de Mesmer (1734-1815) transmet l’e´nergie a` une patiente selon des lignes de force qui rappellent l’orientation de la limaille de fer dans un champ magne´tique. Gravure de 1794
Fig. 2.Table de´die´e ste´re´otaxique de macrobiopsies du sein
– 2. Et c’est tout a` fait comme une autre situation que beaucoup de gens ont ve´cue... celle d’assister a` une confe´rence... ou` leur pre´sence est obligatoire... et ou` l’orateur...
n’est pas passionnant... C’est quelqu’un qui parle sur un ton...
et d’une manie`re... qui engendrent plutoˆt l’ennui... et ce qu’il dit... ne stimule pas votre attention... Et, dans ce type de situation..., nous remarquons que notre esprit a tendance a`
s’e´vader... vers d’autres endroits... a` d’autres moments... qui sont moins ennuyeux... et plus stimulants...
– 3. Ou de marcher dans une foreˆt... un jour tranquille...
c’est vraiment merveilleux... J’ai bien entendu admire´... la beaute´ de ses arbres... et leur sensation de majeste´... de calme... et de se´re´nite´... qu’ils de´gagent... Et, tout en me promenant dans cette foreˆt... j’e´prouve du calme... et du bien-eˆtre... que j’appre´cie... vraiment beaucoup. »
Ces trois situations ont en commun leur re´pe´tition et leur monotonie et elles proposent la de´tente, la solitude, la se´re´nite´. C’est donc une manie`re naturelle et discre`te de guider quelqu’un, depuis l’e´tat de conscience ou` il se trouve vers un e´tat modifie´.
Des e´crivains comme He´siode et Lamartine, entre autres, ont tre`s bien e´crit sur la transe hypnotique naturelle.
He´siode : « Hypnos, roi de tous les bienheureux et des hommes mortels et de tous les vivants que nourrit la terre large, seul tu commandes a` tous et tu enveloppes les corps de doux liens. Tu dissipes les inquie´tudes, tu reposes heureu- sement des travaux, tu consoles de toutes les douleurs, tu e´loignes la crainte de la mort et tu apaises les aˆmes, car tu es pe`re de Le´the´ et fre`re de Thanatos. Viens bienheureux, je te supplie de venir, doux et profond et d’eˆtre propice a` ceux qui t’offrent de pieux sacrifices. Tu es plus utile au mortel que l’air qu’il respire et que le miel qu’il mange. »
Lamartine : « Comme un enfant berce´ par un chant monotone, mon aˆme s’assoupit au murmure des eaux. »
Pratiquement tout le monde entre en transe dans un ascenseur. Les gens regardent les chiffres des e´tages, leurs pupilles se dilatent et s’immobilisent. Dans un ascenseur, les seuls endroits qu’ils soient culturellement convenables de regarder sont les chiffres des e´tages, les murs ou bien le sol.
On peut donc de´finir l’hypnose aujourd’hui comme l’e´tude et l’utilisation d’e´tats de conscience tout a` fait habituels chez l’homme, en voici quelques exemples :
Contextes naturels positifs ou neutres : des e´tats de concentration, d’attention maximale a` des moments de reˆveries, en passant par la relaxation. Ils ont e´te´ largement de´crits plus haut.
Contextes anxioge`nes et/ou traumatiques : certaines situations de stress a` des situations dramatiques. Certaines situations extreˆmes, comme un accident du travail ou de la circulation, un viol, etc. peuvent amener des e´tats de conscience que l’on pourrait dire hypnotiques.
E´tats de conscience qui sont provoque´s aussi par certains contextes me´dicaux anxioge`nes: (transparents) la consulta- tion me´dicale ; le temps de l’ordonnance ; la chambre du patient le soir de son intervention, et les jours qui suivent cette
intervention ; le temps de la manipulation de son corps, dans les soins infirmiers et autres ; le temps d’une injection, etc.
Dans ces moments-la`, il y a un re´tre´cissement important des capacite´s d’analyse du patient et celui-ci est beaucoup plus perme´able aux paroles du soignant.
E´tats de conscience naturels que l’on peut provoquer par des proce´de´s de communication avec l’accord du patient, c’est l’art du the´rapeute pour focaliser l’attention du sujet et le basculer dans un monde figuratif, pour travailler par exemple la diminution de la douleur, pre´parer le patient a`
un examen ou utiliser cela pour une hypnothe´rapie.
L’hypnose est un phe´nome`ne naturel, amplifie´ par la relation avec le the´rapeute.
Dans ces e´tats naturels ou spe´cifiques a` un contexte ou a` une proce´dure the´rapeutique, il y a une augmentation de la re´ceptivite´ et de la suggestibilite´ ; nos perceptions inte´rieures, imaginaires sont donne´es comme plus signi- fiantes qu’elles ne le sont ge´ne´ralement dans la re´alite´.
L’hypnose serait :
– un de´clencheur de l’imagination ;
– un moyen naturel d’utiliser son esprit, une fac¸on de penser qui est plus une reˆverie dirige´e qu’un raisonnement ; – un passage d’une perception externe et d’une partici- pation a` la re´alite´ exte´rieure a` une perception interne et a` une activite´ imaginaire et subjective ;
– une absorption dans la re´alite´ inte´rieure : le moi qui fait l’expe´rience devient alors dominant et le moi qui e´value et observe devient une forme passive, de´connecte´e.
C’est un e´tat psychologique naturel avec certaines caracte´ristiques physiologiques ressemblant au sommeil, seulement tre`s superficiellement, et marque´ par un fonction- nement de l’individu a` un autre niveau de conscience que l’e´tat de conscience ordinaire.
Cet e´tat est caracte´rise´ par un degre´ d’augmentation de la re´ceptivite´ et de la sensibilite´. Deux me´taphores pour illustrer l’e´tat hypnotique : « un reˆveur e´veille´ », il controˆle le travail de son imagination : « un dormeur e´veille´ », il donne les apparences de se relaxer, d’eˆtre endormi ; or, c’est un moment de travail intense sur son monde imaginaire.
Dans cet e´tat, un certain nombre de phe´nome`nes peuvent se produire, ou spontane´ment chez le sujet, ou propose´s par l’hypnotiseur, comme :
– l’amne´sie :oublier certaines choses pre´cises ; – la distorsion du temps;
– la progression en aˆge :faire des projections dans le futur ou se voir soi-meˆme dans le futur ;
– la re´gression en aˆge: retourner dans le passe´ ; – des hallucinations positives et ne´gatives. L’halluci- nation positive se re´fe`re a` la capacite´ de percevoir quelque chose que l’on ne percevrait pas autrement. L’hallucination ne´gative se re´fe`re a` la capacite´ de ne pas percevoir quelque chose que l’on percevrait autrement.
De telles hallucinations peuvent survenir dans toutes les modalite´s sensorielles. C’est la capacite´ pour de telles
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modifications perceptives qui permet le de´veloppement d’analge´sies ou d’anesthe´sies hypnotiques :
– l’anesthe´sie :perdre des sensations ;
– l’analge´sie :faire l’expe´rience de la disparition de la douleur ;
– des modifications psychophysiologiques : mouve- ments musculaires (le´vitation, catalepsie) ; acce´le´ration ou ralentissement du cœur et de la circulation ; tempe´rature du corps ou d’une partie du corps ;
– un travail sur les affects :association ou dissociation.
Historique
Cette remonte´e dans le temps s’effectuera a` travers notre reconnaissance a` un certain nombre d’hommes qui ont marque´ l’hypnose de leur savoir et de leurs re´flexions : Mesmer et son baquet, Puyse´gur et le somnambulisme, Braid et l’hypnotisme...
Fils de la Nuit et fre`re jumeau de la Mort, Hypnos personnifie le Sommeil dans la mythologie grecque.
L’hypnose pourrait eˆtre conside´re´e comme le petit prodige de la me´decine et le vilain petit canard qui de´range tout le monde.
Sa reconnaissance a certes e´te´ retarde´e par l’inte´grisme de bon nombre de scientifiques mais aussi par les querelles qui ont anime´ parfois meˆme ses propres de´fenseurs.
Les origines de l’hypnose se perdent dans la nuit des temps, on a commence´ a` la pratiquer dans les ce´re´monies magiques et religieuses de la Chine a` l’Inde en passant par l’E´gypte pharaonique. Un manuscrit e´gyptien duIIIesie`cle de notre e`re de´crit l’existence de temples du sommeil en E´gypte.
Dans l’islam, le soufisme dit : « La gue´rison de l’eˆtre passe par la gue´rison de l’aˆme. » Se re´fe´rer aux descriptions de Bimarestane, ancien hoˆpital psychiatrique d’Alep en Syrie datant duXIVesie`cle.
On a trouve´ la transcription d’une se´ance d’hypnose sur une ste`le grave´e sous le re`gne de Ramse`s XII il y a quelque trois mille ans.
Elle est aussi d’utilisation courante dans la Gre`ce et la Rome antique, les preˆtres, les chamanes, les sorciers, les druides l’ont toujours utilise´e pour leur voyance ainsi que pour pre´dire l’avenir.
Dans l’Antiquite´, les the´rapeutes, qui sont souvent des preˆtres, utilisent des incantations des paroles alle´goriques pour aider le malade. C’est ainsi que proce´daient les preˆtres e´gyptiens, les le´vites he´breux et les me´decins grecs au temps d’Esculape.
L’histoire de cette hypnose « primitive » suscite encore beaucoup d’interrogations.
Au Moyen Aˆ ge, les hypnotiseurs furent souvent pour- suivis ou condamne´s de sorcellerie par l’E´glise.
Du magn e´ tisme animal au somnambulisme provoqu e´
Classiquement, il est de coutume de faire remonter l’histoire scientifique de l’hypnose a` l’arrive´e de Franz Anton Mesmer (1734-1815). Ami de Le´opold Mozart, il commande a`
Wolfgang A. Mozart un petit ope´ra destine´ a` son the´aˆtre prive´. Le 1eroctobre 1768, Bastien et Bastienneest cre´e´.
En 1779, en plein sie`cle des Lumie`res, Mesmer publie son Me´moire sur la de´couverte du magne´tisme animal.
Traite´ de charlatan ge´nial, conteste´ et admire´ par Louis XVI, il est convaincu qu’un fluide magne´tique, invisible rayonne dans l’univers. Que certaines maladies sont dues a` un de´se´quilibre de ce fluide dans l’organisme et qu’il est possible de les soigner en restituant l’e´quilibre magne´tique du corps. Mesmer est combattu par la majorite´
des scientifiques de l’e´poque.
Fort heureusement, l’œuvre de Mesmer ne sombre pas comple`tement dans l’oubli. Le flambeau est repris par quelques disciples, dont Armand Marie Jacques de Chastenet, marquis de Puyse´gur (1751-1825). Celui-ci est le premier a`
de´crire le somnambulisme provoque´ ou artificiel, qui correspond ve´ritablement a` ce que nous appelons maintenant la transe profonde en hypnose. Pour lui, c’est le patient qui donne son traitement. Le magne´tiseur e´coute le magne´tise´.
En abandonnant l’hypnose autoritaire pour cre´er la cure analytique, Freud se rapproche de cette conception. Ernest Rossi, e´le`ve de Milton H. Erickson, propose aussi des approches ou` il laisse le moi inte´rieur du patient trouver dans l’e´tat hypnotique la re´solution du proble`me qui pousse le patient a` consulter.
Le marquis de Puyse´gur fait la preuve que les crises convulsives ne sont pas indispensables.
Il montre l’importance du contact verbal entre le magne´tiseur et le magne´tise´... C’est lui qui de´montre aussi l’inte´reˆt du « sommeil magne´tique », encore appele´ « som- meil somnambulique », au cours duquel le sujet reste en relation avec le magne´tiseur et peut ainsi se laisser suggestionner.
Pour Puyse´gur, le ve´ritable agent curatif se trouve dans la volonte´ du magne´tiseur. Il minimise l’importance du fluide au profit de la relation magne´tiseur-magne´tise´.
L’hypnose moderne montrera que le pouvoir de l’hyp- notiseur n’existe que dans la confiance que lui donne l’hypnotise´.
Parmi les grands pre´curseurs de l’hypnothe´rapie moderne, on peut e´galement citer l’abbe´ de Faria (1756- 1819). Preˆtre portugais venant des Indes, il se dit brahmane. Il est aussi a` l’origine de l’un des personnages du Comte de Monte-Cristo,le roman d’Alexandre Dumas.
Il est le concepteur d’une technique d’induction tre`s en avance sur son temps soulignant aussi le roˆle fondamental de la suggestion verbale et des suggestions post-hypnotiques.
Par cette induction, Faria montre la difficulte´ des hypnotiseurs de l’e´poque a` se de´gager d’un mode`le autoritaire, de toute-puissance de l’hypnotiseur que de´noncera Freud.
L’av e` nement de l’hypnotisme
En 1824, Joseph-Philippe-Franc¸ois Deleuze codifie les techni- ques hypnotiques et la me´thodologie de la cure hypnotique.
En ce de´but du XIXe sie`cle, l’hypnose semble retrouver ses lettres de noblesse. C’est sans compter sur l’acharnement de ses opposants, pour la plupart des me´decins traditionnels, qui provoquent la re´union en 1837 d’une nouvelle commis- sion de l’Acade´mie royale de me´decine. Celle-ci, a` la surprise du monde me´dical, conclut a` l’existence du magne´tisme animal, mais les scientifiques, a` cause de pressions tre`s fortes, ne rendent pas ces conclusions publiques. Ce qui va plonger une nouvelle fois l’hypnothe´rapie dans les oubliettes de la science.
En revanche, dans beaucoup d’autres pays d’Europe, son essor va continuer. Ainsi, a` Berlin et a` Bonn, des chaires de mesme´risme sont ouvertes dans certaines universite´s. Un grand pas vers la reconnaissance scientifique va eˆtre franchi en 1841, en Angleterre, graˆce a` un chirurgien de Manchester, James Braid (1795-1860).
Braid fonde les bases de l’hypnose moderne sous le nom d’hypnotisme. Pour lui, il n’est pas question de magne´tisme animal pour expliquer l’efficacite´ de l’hypnothe´rapie. La gue´rison est due a` la conjonction de deux facteurs :
– le monoı¨de´isme : concentration sur une seule ide´e ; – la fixation d’un support physique comme une flamme de bougie.
En 1843, paralle`lement aux travaux de James Braid, un chirurgien londonien, John Elliotson (1791-1868), est le premier a` effectuer des ope´rations chirurgicales en e´tat d’hypnose. L’application concre`te de l’hypnose, dans le domaine chirurgical, se poursuit a` une grande e´chelle jusqu’a`
la de´couverte de puissants anesthe´siques chimiques en 1846.
L’ave`nement du chloroforme et de l’e´ther est un nouveau coup dur pour l’hypnothe´rapie me´dicale.
Apre`s son exil sur d’autres terres, l’hypnose re´apparaıˆt en France, a` la fin du XIXe sie`cle, dans l’Est, a` Nancy plus pre´cise´ment. En effet, en 1866, Ambroise Auguste Lie´beault (1825-1904) publie un traite´ d’hypnose. Il propose dans son ouvrage,Du sommeil et dese´tats analogues conside´re´s surtout du point de vue de l’action du moral sur le physique, une similitude entre sommeil et hypnose, qu’il appelle « le sommeil provoque´ ». Il affirme que la suggestion verbale est plus efficace en e´tat d’hypnose qu’en e´tat de veille. Pour Lie´beault, ce « sommeil provoque´ » par suggestion est malgre´ tout ne´cessaire pour augmenter la suggestibilite´ et permettre la production de toute une se´rie de phe´nome`nes appele´s phe´nome`nes hypnotiques.
Il rec¸oit alors l’appui d’Hyppolite Bernheim (1840- 1919), professeur de la clinique me´dicale de Nancy. C’est le de´but de la fameuse e´cole de Nancy qui, sous l’impulsion de Bernheim, va connaıˆtre une autorite´ internationale.
C’est aussi le de´but d’une longue lutte avec l’e´cole de la Salpeˆtrie`re du Pr Jean-Martin Charcot (1825-1893).
En 1884 commence la querelle entre e´tatiste et anti- e´tatiste opposant Charcot et Bernheim, qui aujourd’hui encore divise deux courants du processus hypnotique.
Bernheim de´crit un e´tat physiologique modifie´ de´pen- dant des aptitudes du sujet d’hypnotisabilite´, le sujet ne´ en fonction de sa suggestibilite´, autrement dit de son aptitude a` accepter la suggestion et a` la re´aliser. Cette acceptation est plus ou moins grande en fonction de la cre´ativite´ du sujet. Il s’agit d’une hypnose psychologique, qui se heurte en fait a` l’opposition de l’autre e´cole, l’e´cole de Charcot, qui s’attache principalement aux origines physiques de l’hypnose. Charcot compare les phe´nome`nes hyste´riques aux manifestations hypnotiques. Il permet certes d’intro- duire officiellement l’hypnose dans le monde me´dical, mais, par ailleurs, cela lui nuit beaucoup, car sa com- paraison assimile les personnes en transe hypnotique a` des hyste´riques, donc a` des gens malades.
Sa contribution est importante, dans la mesure ou` il subdivise l’hypnose en trois stades :
– la le´thargie ; – la catalepsie ; – le somnambulisme.
La le´thargie e´tant une forme de relaxation avance´e dans laquelle les fonctions vitales sont ralenties.
La catalepsie se caracte´rise par la conservation par le sujet de la position du corps ou d’un membre commande´
par l’hypnotiseur.
Lors du stade du somnambulisme, le sujet agit a` l’e´tat de veille par l’interme´diaire des suggestions faites pendant la se´ance par l’ope´rateur, le plus souvent sans avoir cons- cience qu’il ne le fait pas de sa propre volonte´. Cette lutte entre Bernheim et Charcot se termine par la victoire du premier et de sa the´orie psychologique mais se solde aussi par le rejet de l’hypnose par le monde me´dical qui continue encore souvent aujourd’hui a` la confondre avec l’hyste´rie.
L’hypnose contemporaine
La diffe´rence entre l’hypnose traditionnelle et l’hypnose contemporaine illustre´e par les travaux de Milton H. Erickson semble plus tributaire des changements socioculturels et du de´veloppement de la recherche scientifique sur les processus de communication que d’un changement fonda- mental dans le processus hypnotique.
Pierre Janet (1859-1947), e´le`ve de Charcot, est un des membres de l’e´cole de Paris, c’est-a`-dire celle de Charcot qu’on appelle aussi celle de la Salpeˆtrie`re, mais son approche de l’hypnose va se diffe´rencier tre`s rapidement de celle de Charcot.
Pour lui, la personnalite´ est sous-tendue par deux instances latentes, « l’une qui conserve les organisations du passe´, l’autre qui synthe´tise, qui organise les phe´nome`nes du pre´sent. Des faits nous forcent a` admettre l’existence d’une seconde conscience qui persiste au-dessous de la
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pense´e normale ». Meˆme chez le sujet normal, on retrouve cette double conscience faite de souvenirs, d’images, de sensations bien enregistre´es et susceptibles de de´terminer son comportement sans qu’il soit conscient.
La psychanalyse semble naıˆtre de l’abandon des techniques hypnotiques.
Sigmund Freud (1856-1939) utilise l’hypnose et de´cou- vre les processus inconscients par la pratique hypnotique aussi bien en travaillant avec Charcot a` Paris qu’avec Bernheim a` Nancy. D’ailleurs, il traduit en allemand les principaux ouvrages de Charcot (Lec¸ons sur les maladies du syste`me nerveux et De la suggestion et de ses applications a` la the´rapeutique en 1888) et de Bernheim (Hypnotisme, suggestion et psychothe´rapieen 1892). Freud a sa part de responsabilite´ dans le de´clin de l’hypnose, car il la de´laisse au fur et a` mesure qu’il de´veloppe la pratique de la psychanalyse. Et l’utilisation massive d’anesthe´siques chimiques, a` la meˆme e´poque, lui porte un coup fatal.
Freud abandonne l’hypnose, a` cause des limites qu’il entrevoit de cette approche : « La technique par suggestion proce`de sans se pre´occuper de l’origine, de la force, de la signification des symptoˆmes morbides. Au lieu de cela, elle leur applique quelque chose, la suggestion, et attend de ce proce´de´ qu’il soit assez puissant pour entraver les manifes- tations pathoge`nes. De son coˆte´, la me´thode analytique ne cherche ni a` ajouter, ni a` introduire un e´le´ment nouveau, mais, au contraire, a` enlever, a` extirper quelque chose ; pour se faire, elle se pre´occupe de la gene`se des symptoˆmes morbides et des liens de l’ide´e pathoge`ne qu’elle peut supprimer... » En outre, Freud est, selon lui, un pie`tre hypnotiseur : « J’e´tais las, apre`s avoir re´pe´te´ cette affirmation et cet ordre : ‘‘Vous allez dormir... Dormez !’’ de m’entendre re´pondre sans cesse, dans les degre´s le´gers d’hypnose : ‘‘Mais docteur, je ne dors pas !’’ »
Mais s’il se de´tourne de l’hypnose, au profit de la me´thode des associations libres, il ne nie jamais sa dette vis-a`-vis de l’hypnose.
La situation n’e´volue pas jusque dans les anne´es 1960- 1970, e´poque de la re´volution ericksonienne. L’hypnose, directive autoritaire, tombe en de´sue´tude, oublie´e de la psychanalyse a` laquelle elle a donne´ naissance. L’hypnose permissive, sous l’impulsion du psychiatre Milton Erick- son, inspire la pratique actuelle. Ce psychiatre ame´ricain peut eˆtre conside´re´ comme le pe`re de la nouvelle hypnose comme Freud peut eˆtre conside´re´ comme le pe`re de la psychanalyse.
Milton H. Erickson (1901-1980), psychiatre, daltonien, dyslexique incapable de reconnaıˆtre un rythme musical, a de´veloppe´ une approche originale de l’hypnose lie´e certainement aux infirmite´s multiples dont il souffrait.
A` l’aˆge de 17 ans, il est victime d’une attaque de poliomye´lite. C’est a` partir de ses handicaps qu’il invente ses techniques de re´apprentissage de la sensibilite´ et de la motricite´ et qu’il expe´rimente l’hypnose. Confine´ dans une
chaise roulante depuis 1967, souffrant de crises doulou- reuses contre lesquelles il lutte par l’autohypnose, handi- cape´ par une ce´cite´ des couleurs qui ne lui fait appre´cier que les teintes pourpres et violettes, il doit faire appel a`
toutes ses ressources pour pouvoir garder la joie de vivre qui le caracte´rise.
Ne´anmoins, c’est graˆce a` son expe´rience personnelle et a` sa faculte´ d’adaptation et a` ses the´ories re´volutionnaires qu’il bouleverse la pratique de l’hypnose.
Il n’essaie pas de concevoir des processus d’inductions universels mais plutoˆt d’adapter l’hypnothe´rapie a` chaque cas.
Un de ses objectifs principaux e´tant la de´couverte des capacite´s cache´es du patient. Se fondant toujours sur sa pratique, la base de l’hypnose ericksonienne sera e´tablie sur la vision de l’hypnose comme un phe´nome`ne naturel et sur une me´thodologie utilisant indirectement l’induction hypnotique. Le the´rapeute va donc adapter le de´roulement de la se´ance hypnotique a` chaque personne en reclassant ces symptoˆmes dans le cadre de sa propre histoire.
Ainsi, il n’y a pas de re´ponse ste´re´otype´e a` la souffrance des patients mais des solutions qui apparaissent sponta- ne´ment au fur et a` mesure de la the´rapie.
Erickson contribue a` une re´introduction massive de l’hypnose dans les milieux me´dicaux en s’adressant notamment aux dentistes et aux me´decins qui pouvaient a` nouveau en utiliser ouvertement les vertus analge´siques pour controˆler la douleur, l’anxie´te´ et soulager la souffrance des malades.
Psychanalystes, psychiatres et psychologues renouent avec les vertus the´rapeutiques de l’hypnose. Le patient est toujours invite´ a` se de´tacher de son environnement, a`
re´duire son champ de conscience et a` se concentrer sur son monde inte´rieur en fixant son esprit sur les seules perceptions a` connotations positives. Un relatif isolement sensoriel est ne´cessaire a` l’accomplissement de cette e´tape : diminution du volume des alarmes, des sonneries, conversation chuchote´e... Accapare´ par lui-meˆme, le patient entre dans un e´tat modifie´ de conscience clinique- ment identifiable et se dissocie pour devenir observateur de sa propre expe´rience. Il faut rappeler qu’Erickson s’apparente a` un courantd’ide´ere´volutionnaire en matie`re de psychologie et de psychothe´rapie.
Aujourd’hui, Milton Erickson pre´sente le paradoxe de se situer au carrefour de diffe´rentes approches existant en psychothe´rapie : il a profonde´ment influence´ l’e´cole de Palo Alto sur la communication, les the´rapies syste´miques, strate´giques et familiales et la programmation neurolin- guistique. Tous les tenants de ces approches font re´fe´rence a` son œuvre.
Apre`s les travaux de Janet, l’hypnose est presque totalement abandonne´e en France. Son maintien est associe´
au nom de Le´on Chertok (1911-1991), qui l’e´tudie a` partir des anne´es 1950. Le´on Chertok, psychiatre, de formation psychanalytique, est un des rares, en France, a` poursuivre des
recherches sur l’hypnose, qu’il pratique de fac¸on classique : directe et directive.
Aujourd’hui, en France, graˆce au progre`s de l’obser- vation clinique en psychologie et en psychiatrie, l’hypnose renaıˆt. Il faut se rappeler que l’hypnose a donne´ naissance non seulement a` la psychanalyse, mais aussi au training autoge`ne et a` la plupart des techniques de relaxation qui en sont issues.
Le´on Chertok en e´tant le continuateur et le de´fenseur de la pratique de l’hypnose, alors qu’avec l’ave`nement de la psychanalyse les soignants l’ont comple`tement rejete´e.
Actuellement, les the´rapies ericksoniennes connaissent un vif engouement dans le monde entier. En Asie, au Japon ou en Chine populaire par exemple, des travaux leur sont consacre´s.
Enfin, nombreux sont les congre`s, se´minaires et publica- tions relatifs a` l’hypnose ericksonienne aux E´tats-Unis, au Canada, en Allemagne, en France...
D’une fac¸on ge´ne´rale, on peut conside´rer que l’hypnose sort de son ghetto et qu’elle est rede´couverte de fac¸on prometteuse a` la lueur des donne´es les plus avant-gardistes de la me´decine et de la science en ge´ne´ral.
On mentionne de plus en plus ces applications modernes en anesthe´siologie, en cance´rologie et en psychothe´rapie de´veloppant technique, imagerie ce´re´brale, potentiel e´voque´, facilitant la recherche contemporaine et promettant de fe´conds de´veloppements scientifiques a`
cette discipline, a` moins qu’une fois de plus elle ne connaisse un nouveau de´clin pour se tapir dans le maquis de nos me´moires.
Technique comment faire ?
« Tel que l’homme s’imagine eˆ tre il sera, et il est ce qu’il imagine », Paracelse
Une fois le patient mis en confiance, on pratiquera la technique de l’induction hypnotique qui consistera a` aider le sujet a` entrer dans un e´tat de focalisation inte´rieure, a` se centrer sur lui-meˆme et a` se de´tacher de l’environnement exte´rieur pour mieux ressentir ses sensations physiques, ses e´motions, ses souvenirs, ses fantasmes...
C’est la porte d’entre´e d’acce`s a` la transe et aux contenus inconscients.
Elle regroupe une se´rie de techniques varie´es.
Il est d’abord ne´cessaire de fixer l’attention du sujet puis, dans un second temps, de de´potentialiser sa conscience, ensuite la phase d’hypnose ou phase d’e´tat modifie´ de la conscience surviendra d’elle-meˆme. Une fois l’induction re´alise´e, le sujet peut alors commencer son travail, sa the´rapie.
Il peut placer son esprit conscient en retrait, et permettre a` son inconscient de fonctionner afin de trouver les solutions adapte´es.
Applications the´rapeutiques et indications cliniques
Les domaines d’application de l’hypnose clinique sont nombreux. Ils concernent trois grandes cate´gories :
– la me´decine englobant la chirurgie ; – la me´decine dentaire ;
– la psychologie incluant la psychiatrie, mais nous ne de´velopperons pas volontairement ses indications.
L’hypnose en cance´rologie sera de´taille´e un peu plus loin.
Applications en chirurgie
Dans la me´ta-analyse de Montgomery on trouve un tableau qui re´sume bien les indications en chirurgie [3,21,24] : chirurgie plastique, endocrinienne, ORL, soins dentaires, actes d’endoscopie, sites veineux, voie veineuse, mye´lo- grammes, toutes proce´dures douloureuses intervention- nelles... [6,25].
On a e´value´ dans trois groupes le controˆle de la douleur, de l’anxie´te´, avec me´dication plus ou moins importante le temps de la proce´dure, les re´sultats font ressortir nettement que le niveau d’anxie´te´ de base des patients est un facteur pre´dictif dans la diminution de la douleur et de l’anxie´te´.
Pe´diatrie
L’hypnose est un outil a` la disposition de l’anesthe´siste en pe´diatrie. Son usage permet de diminuer les doses de drogues anesthe´siques et de re´duire l’anxie´te´ des enfants par une meilleure communication ; ce qui facilite la se´dation et la re´cupe´ration postope´ratoire. Elle est e´galement utile dans les gestes agressifs : mye´logramme, ponction lombaire, etc.
Dans cette e´tude [16], 45 ponctions lombaires ont e´te´
re´alise´es chez des enfants de 6 a` 16 ans. Ceux-ci ont e´te´
divise´s en trois groupes :
– G1 : application d’Emla, anesthe´sique local ; – G2 : empathie particulie`re et Emla ;
– G3 : Emla et hypnose.
Dans le groupe G3, il existait une diminution de l’anxie´te´
avant le geste, moins de douleur. Ablation de drain thoracique, sonde gastrique, sonde de ve´sicostomie, etc.
plus pre´coces [29].
Divers
Coloscopie ; fibroscopie, etc. Re´ductions de fractures, etc. [7].
Les addictions
Tabagisme, alcoolisme, obe´site´, boulimie, etc.
Hypnose et cance´rologie Hypnose et contr oˆ le de la douleur
Le cancer fait affronter au malade et a` son entourage une situation proprement existentielle. C’est en effet une
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situation extreˆme, en ce sens qu’assez souvent elle ne peut eˆtre re´solue par des adaptations psychologiques de de´tail, elle met en question le sens meˆme de la vie et force a`
rompre avec le cadre quotidien de la vie.
Le rapport au tempsest fausse´. Le patient ne peut plus vivre que jour apre`s jour. L’avenir est barre´ au cance´reux par un obstacle ve´cu comme infranchissable ou le plongeant dans une incertitude radicale.
Le rapport a` son corps marque sa vulne´rabilite´. Le patient se sent de´posse´de´ de son corps, envahi par un corps e´tranger : les me´tastases, la tumeur qu’il chosifie,
« animalise » quand on lui demande de nous la repre´senter a` l’aide de son imagination.
Le rapport a` autrui. Le cance´reux vit un moment de ressentiment vis-a`-vis des autres. Les cance´reux ne peuvent pas ne pas se poser ce genre de questions :« Pourquoi le cancer ? », « Pourquoi moi ? », « Qu’est-ce que j’ai fait ? ».
Les malades se sentent aise´ment exclus. Rappelons qu’eˆtre malade, c’est aussi changer d’identite´ aux yeux des autres : par exemple, on passe du roˆle et du statut social de compagnon et de travailleur a` celui de malade ou de mourant, ce qui transforme et biaise toutes les relations.
Le cancer est un e´ve´nement familial autant qu’indivi- duel. Toute la famille est concerne´e par la maladie.
L’apport de l’hypnose
S’il n’y a aucune preuve e´pide´miologique d’un lien entre stress et apparition d’un cancer, des e´tudes de population sur une longue pe´riode de temps sugge`rent une corre´lation assez forte entre le pronostic (ou l’e´valuation a` terme) de la maladie cance´reuse et l’e´tat psychologique initial du patient.
Il est fondamental d’apprendre au malade a` se prendre en charge. Quand le malade cesse d’eˆtre un objet passif de soins pour devenir un partenaire actif de la gue´rison, son attitude change, son psychisme aide son e´tat de sante´... Il commence a` ressentir le fait qu’il peut prendre part a` sa gue´rison et qu’elle de´pend aussi de lui en grande partie.
L’utilisation de l’e´tat hypnotique (essentiellement un e´tat d’hypovigilance et de dissociation...) avec l’aide de suggestions the´rapeutiques va permettre au patient de :
1.Pre´parer l’intervention chirurgicale. Diminuer l’angoisse autour de l’intervention mais aussi de l’anesthe´sie : diminuer l’angoisse de mort et accepter le corps meurtri. Le re´investir.
2. Diminution des nause´es et vomissements [2,19] : accepter les diffe´rents traitements et leurs effets.Diminuer les attentes ne´gatives vis-a`-vis de ces traitements, quand le patient a des re´ponses phobiques a` la chimiothe´rapie.
A` propos des nause´es, quelques suggestions :« Le patient peut se visualiser dans une situation confortable, mangeant un mets avec plaisir. » ; « Le patient peut se
visualiser marchant dans la rue vers le cabinet du me´decin, se sentant bien en attente du traitement. »
3. Aborder la convalescence et favoriser un re´tablisse- ment rapide et satisfaisant.Anticiper un futur d’activite´s.
Influer les effets de la chimiothe´rapie ou autres traitements par une diminution des de´sagre´ments :« Le traitement est et devient de plus en plus efficace. »L’effet Pygmalion, la re´alisation automatique des pre´dictions :« Vous pouvez gouˆter au confort a` n’importe quel aˆge. Nous sommes aujourd’hui le 08/05/2008, vous avez 70 ans et vous vous regardeza`l’aˆge de 41 ans... Comment avez-vous traverse´la chimiothe´rapie ? »[28].
4.Travailler sur la modulation des sensations doulou- reuses :mobiliser les ressources du patient. La douleur et le stress chez des femmes souffrant de cancer du sein me´tastatique ont e´te´ aborde´s dans une e´tude comparative comprenant psychothe´rapie avec ou sans hypnose. Les re´sultats e´taient concluants [27]. Douleurs des membres fantoˆmes des ampute´s, apre`s mastectomie et tumorecto- mies [8,27].
Dans l’e´tude de Montgomery [22], sur 20 tumorecto- mies, l’hypnose pratique´e avant intervention diminuait la douleur post-chirurgicale et le stress postope´ratoire ainsi que les effets secondaires.
5. Apport de l’hypnose dans d’autres gestes interven- tionnels douloureux chez l’enfant[10, 12].
6. Ame´nager, en fonction du diagnostic du me´decin, le tempsa` vivre et la qualite´de vie de ses derniers moments.
Aider a` revivre de bons souvenirs. Utiliser le reˆve agre´able, le sommeil calmant... Encourager les croyances en une vie apre`s la mort, en la re´incarnation, a` travers les enfants du patient.
Hypnose utilise´e dans la prise en charge de la douleur en soin palliatif [17].
Le « flaˆner » dans le temps et dans l’espace se retrouve beaucoup dans les inductions d’Erickson :« Je voudrais que vous alliez si profonde´ment en transe qu’il vous semblera que vous n’avez meˆme plus de corps. Comme si vous e´tiez un esprit sans corps, un esprit qui flotte dans l’espace, un esprit qui flotte dans le temps... » C’est un excellent chemin pour amener une re´gression en aˆge. Ou chez Yapko avec son« In the middle of anywhere », « Au milieu d’un nulle part confortable » ou` le temps est suspendu, ou` rien ne peut nous atteindre.
7. Hypnose utilise´e dans la prise en charge de l’anxie´te´
et de la douleur dans les macrobiopsies du sein.
La the´matique de notre travail a e´te´ d’e´valuer l’hypnose avant la re´alisation de macrobiopsies du sein, dans la prise en charge et le diagnostic des cancers du sein.
Le geste de macrobiopsie peut faire peur. On peut imaginer un moyen d’adoucir ce geste d’autant qu’a` la peur du diagnostic s’ajoute l’anxie´te´ de re´aliser cet acte.
Dans les pays anglo-saxons [2], l’hypnose est utilise´e largement dans les proce´dures d’interventions douloureuses.
En revanche, notre culture se me´fie encore beaucoup du mot et de ses repre´sentations ; ne´anmoins, l’ide´e d’appliquer cette technique dans cette indication a fait son chemin.
L’objectif principal e´tait l’e´valuation de la faisabilite´ de l’hypnose en consultation de routine chez la femme devant be´ne´ficier d’un geste interventionnel par Mammotome (Breast care) (macrobiopsie du sein sur table de´die´e ste´re´otaxique nume´rique) ou Vacora (Bard).
Les objectifs secondaires e´taient l’e´valuation de la satisfaction des patientes et l’impact de cette technique sur le stress, l’anxie´te´, l’angoisse et la douleur lie´s a` cet examen.
L’e´volution technologique des mate´riels et proce´dures de pre´le`vement percutane´ a re´volutionne´ la prise en charge des le´sions infracliniques du sein.
Les macrobiopsies du sein sont devenues une pro- ce´dure de routine pour le diagnostic des le´sions infra- cliniques du sein. Ces techniques de macrobiopsies ste´re´otaxiques (Mammotome, Vacora) ou e´chographiques permettent d’augmenter la valeur pre´dictive positive de la biopsie chirurgicale, e´vitant un grand nombre d’inter- ventions pour des le´sions be´nignes.
Elles sont d’exe´cution simple, pratique´es sous anes- the´sie locale. Il est de coutume de professer qu’elles sont
« remarquablement tole´re´es ». Ce geste ge´ne`re cependant du stress pour la patiente. La relation entre le me´decin, la patiente et l’ensemble de l’e´quipe reste fondamentale et conditionne le ve´cu de la proce´dure. Ne´anmoins, chez certaines femmes plus vulne´rables (anxie´te´ tre`s e´leve´e...), on pourrait proposer une prise en charge personnalise´e.
En fait, le niveau de stress perc¸u est mal connu, car il s’agit de techniques nouvelles qui ne font pas partie de la culture de sante´ traditionnelle. A` la peur du diagnostic et a`
la peur de la proce´dure elle-meˆme, que l’on peut comparer a` l’annonce d’une biopsie chirurgicale du sein [26], peut s’ajouter la peur de l’Inconnu [4].
L’e´quipe de Bordeaux, particulie`rement le Dr M.-H.
Dilhuydy admirable pour sa lumie`re et son sens humain se´nologique, a re´alise´ une e´tude du ve´cu psychologique des pre´le`vements percutane´s. Les questions portaient sur le ve´cu de la proce´dure, la qualite´ de vie et le retentissement sur les conditions de vie, la qualite´ de l’information rec¸ue et le soutien psychologique avant et apre`s la proce´dure [1].
Les femmes rapportent un niveau de stress e´leve´ avant la proce´dure, 75 % signalent des troubles du sommeil, 11 % des troubles d’alimentation, 12 % une perte ponde´rale, 15 % un ralentissement sur la vie sociale et professionnelle.
Ces symptoˆmes sont significativement plus marque´s chez les femmes dont le re´sultat sera malin, l’anxie´te´ lie´e au re´sultat e´tant associe´e a` l’angoisse de la proce´dure.
Niveau de stress perc¸u mal connu – femmes jeunes [15]
Dans une e´tude re´trospective publie´e en 1998, le niveau de stress et d’anxie´te´ est significativement plus e´leve´ chez les
femmes qui ont une biopsie percutane´e, inde´pendamment de la perception qu’ont les femmes de la nature be´nigne ou maligne de la le´sion, ce qui traduit un supple´ment d’anxie´te´ lie´ a` la proce´dure : ce sont les femmes les plus jeunes qui sont les plus stresse´es [15].
Une e´tude publie´e en 2000 s’inte´resse a` la douleur et a`
l’inconfort, au stress et a` l’anxie´te´-e´tat et a` l’anxie´te´-trait avant la proce´dure [20].
Les auteurs concluent qu’en raison du niveau d’anxie´te´
e´leve´ – on ne doit pas conside´rer qu’il s’agit de techniques
« bien tole´re´es » – les femmes plus vulne´rables (anxie´te´-trait e´leve´e, pessimistes, de´pressives) doivent eˆtre repe´re´es afin de leur proposer des traitements anxiolytiques ou des techni- ques de relaxation, musicothe´rapie... Les radiologues ou autres intervenants acteurs dans cette proce´dure sont responsables du suivi pre´- et post-biopsie de ce geste.
Une e´tude prospective multicentrique europe´enne re´cente [30] compare l’impact sur la qualite´ de vie des pre´le`vements percutane´s et la biopsie chirurgicale par des questionnaires de qualite´ de vie.
Les auteurs concluent que, entre les deux techniques, la qualite´ de vie est quasiment comparable. Le niveau de stress lie´ a` la proce´dure n’est pas ne´gligeable et se surajoute a`
l’anxie´te´ lie´e au diagnostic.
Il est donc ne´cessaire de concevoir d’autres e´tudes prospectives empiriques en collaboration avec des e´quipes de psychologie et d’anthropologie utilisant des outils d’e´valuation reproductibles de l’anxie´te´, du stress et de la qualite´ de vie, avec l’introduction d’un nouvel outil de la gestion de l’information et de l’acte : l’hypnose.
Cet outil permettra d’adapter l’information, et de la personnaliser aux besoins et a` la demande de chaque patiente en fonction de ses propres perceptions et strate´gies d’ajustement.
Dans une e´tude tre`s re´cente [14], il a e´te´ montre´ que l’hypnose pourrait permettre de re´duire l’angoisse e´prou- ve´e par 236 patientes devant subir des macrobiopsies.
Apre`s randomisation, 76 d’entre elles avaient une prise en charge standard, 82 autres ont be´ne´ficie´ d’un coach charge´ de re´pondre avec empathie aux angoisses et a`
ANTE´ CE´DENTS
Me´dication 10 (71 %) 7 (50 %)
Somnife`res 6 (43 %) 3 (21 %)
Anxiolytiques 8 (57 %) 3 (21 %)
Antide´presseurs 6 (43 %) 0
Calmants 3 (21 %) 4 (29 %)
Me´decines alternatives 11(79 %) 9 (64 %)
Relaxation/yoga 5 (36 %) 2 (14 %)
Me´sothe´rapie 2 (14 %) 2 (14 %)
Sophrologie 3 (21 %) 0
Massage 4 (29 %) 4 (29 %)
Home´opathie 7 (50 %) 6 (43 %)
Oste´opathie 6 (43 %) 2 (14 %)
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78 patientes on a propose´ une relaxation sous hypnose. Les degre´s d’anxie´te´ et de douleur e´taient e´tablis a` partir d’une double e´chelle analogique visuelle. Dans le groupe hypnose, le niveau initial d’anxie´te´ a re´gresse´, la proce´dure a e´te´ ve´cue comme moins douloureuse, enfin l’ensemble de la proce´dure a dure´ moins longtemps.
Quant a` notre e´tude, il s’agit donc d’une e´tude pilote.
Femmes tout aˆge confondu. Les crite`res d’inclusion e´taient :
– diagnostic par mammographie d’une image infra- clinique du sein ne´cessitant un geste interventionnel diag- nostique par macrobiopsie sur table de´die´e ste´re´otaxique ;
– ope´rateur de´fini et proposant de´fini ;
– mode de de´couverte de l’image mammographique suspecte : de´pistage de masse organise´ ou individuel en consultation de se´nologie ;
– les patientes n’avaient aucun ante´ce´dent personnel de cancer du sein.
Patientes macrobiopsie´es pour le diagnostic de le´sions infracliniques n = 28.
Un groupe expe´rimental de patientes ayant une proposition d’hypnose!n = 14.
– groupe de femmes te´moins, avec consultation classique et macrobiopsies standard!n = 14.
Hypnose non propose´e, mais ces femmes be´ne´ficieront des meˆmes questionnaires.
Crite`res de non-inclusion : – psychose grave ;
– maladie psychiatrique non controˆle´e ; – de´ficience intellectuelle importante.
Caracte´ristiques des patientes a` l’inclusion
La proce´dure de re´alisation d’examens se faisait selon le protocole suivant :
1. Consultation se´nologique : indication du Mammo- tome ! remise d’un questionnaire d’e´valuation des conditions de vie!remise du questionnaire HADS – Q1.
2. Macrobiopsies : apre`s la proce´dure, durant le temps passe´ en salle d’attente pour surveillance avant de repartir
!remise du questionnaire HADS – Q2.
3. Consultation : avant les re´sultats
!remise du questionnaire HADS – Q3,
!remise du questionnaire de satisfaction.
Pour les patientes ayant accepte´ l’hypnose, le jour J de la proce´dure :
– elles sont convoque´es une heure avant le geste ; – elles sont rec¸ues dans une pie`ce confortable avec un fauteuil confortable et l’induction hypnotique est pratique´e avec souvenir agre´able en fonction de la personnalite´ (on choisira un lieu magique ou` elles se sentiront bien) ;
– on induira e´galement une analge´sie fictive de la poitrine en particulier en s’aidant de la catalepsie des bras ; – cette induction durera de trente a` quarante-cinq minutes environ ;
– ensuite, la patiente sera accompagne´e en salle de macrobiopsies et on lui demandera de retrouver cet e´tat par induction tre`s rapide (chaque geste, chaque parole de macrobiopsies sera accompagne´ d’un langage me´taphorique).
La patiente pourra ainsi modifier un bruit d’instrument en un bruit qui appartient a` son souvenir agre´able. On incitera l’e´quipe a` adoucir l’ambiance (lumie`re tamise´e, musique relaxante, etc.).
Le temps de la proce´dure, la patiente sera allonge´e pendant environ vingt minutes.
Les patientes repartent accompagne´es comme pour une proce´dure de routine.
Les patientes qui ont accepte´ l’hypnose, contrairement aux ide´es rec¸ues, ne pratiquent pas plus que les autres les me´decines alternatives et elles sont plus consommatrices que les autres de me´dications anxiolytiques ou antide´presseurs.
En ce qui concerne l’e´volution de l’anxie´te´ entre la premie`re consultation et la biopsie, les re´sultats semble- raient montrer que les patientes sont moins anxieuses pour re´aliser cette biopsie. En revanche, pour ce qui est de la de´pression, l’hypnose ne change rien.
Cette e´tude pre´liminaire a permis de juger de la faisabilite´
de cette technique propose´e chez les patientes devant subir un geste comme l’est la macrobiopsie du sein dans un organe particulie`rement investi de charge e´motionnelle.
Pour les patientes qui acceptent (50 %), il semble que cette technique leur permette d’appre´hender l’examen de fac¸on moins anxieuse et aussi moins douloureuse, mais leur anxie´te´ concernant l’attente du re´sultat reste a` de´montrer.
Les patientes qui ont refuse´ l’hypnose estimaient, quant a`
elles, qu’elles n’en avaient pas besoin. Les patientes semblent satisfaites de l’encadrement me´dical durant la biopsie, puisque 93 % des patientes hypnotise´es seraient preˆtes a`
refaire l’examen dans les meˆmes conditions, versus 79 % chez les patientes non hypnotise´es.
La relation entre le me´decin, la patiente et l’ensemble de l’e´quipe reste fondamentale et conditionne le ve´cu de cette proce´dure.
Cette technique pourrait apporter un plus chez certaines femmes plus vulne´rables (anxie´te´-trait e´leve´e).
On pourrait proposer une prise en charge personnalise´e.
De plus, dans cette modeste expe´rience, il n’y a pas eu d’anesthe´sie locale, ce dont les patientes ne se sont pas plaintes. Cela est un point de de´tail qui a son importance. On sait en effet que l’anesthe´sie locale est parfois un proble`me dans la mesure ou` elle modifie la cible de la le´sion, notamment dans les petits foyers de microcalcifications.
Une e´tude prospective de plus grande envergure serait souhaitable afin de confirmer ces re´sultats pre´liminaires.
Hypnose et imagerie
Il faut noter que meˆme si les me´canismes physiopatholo- giques sont mal compris, on sait que l’hypnose ne s’apparente ni au sommeil, comme le montrent les enregistrements e´lectro-ence´phalographiques qui sont diffe´rents, ni a` la relaxation, car des phe´nome`nes moteurs (catalepsie, le´vitation) existent pendant la transe hypno- tique. En effet, des phe´nome`nes d’ordre moteur, relaˆ- chement musculaire et immobilite´ sensorielle, e´le´vation du seuil de la douleur autorisent la re´alisation d’un geste conside´re´ comme douloureux, voire un geste ope´ratoire.
Une se´rie de travaux re´cents, reposant sur l’utilisation des techniques d’investigations les plus modernes de l’e´lectrophysiologie ou de la neuro-imagerie fonctionnelle, ont permis, pour la premie`re fois, d’analyser directement les modifications de l’activite´ ce´re´brale induites par les suggestions hypnotiques et de pre´ciser les me´canismes neurophysiologiques susceptibles de rendre compte de la re´duction de la perception douloureuse (la tomographie par e´mission de positrons, TEP).
Et l’imagerie fonctionnelle par re´sonance magne´tique est aujourd’hui couramment utilise´e pour visualiser directement les modifications de l’activite´.
Les anne´es 1980 voient les premie`res explorations par neuro-imagerie fonctionnelle. Il est alors montre´ que l’effort cognitif ne´cessaire pour cre´er un e´tat d’hypnose provoque une augmentation de de´bits sanguins ce´re´braux re´gionaux [5,18].
Dans les anne´es 1990, l’ame´lioration des techniques d’investigation de la fonction ce´re´brale apporte une re´solution spatiale et temporelle de la neuro-imagerie fonctionnelle, ce qui a permis de montrer un corre´lat particulier du processus hypnotique [18,23].
Ces diffe´rentes e´tudes montrent que le processus hypnotique implique une activation ce´re´brale particulie`re, diffe´rente des taˆches d’imagerie mentale [5,14], diffe´rente de l’activite´ onirique observe´e en cours d’IRM [18] et diffe´rente des processus pathologiques comme les hallu- cinations des patients psychotiques.
L’avance´e principale concernant le controˆle de la douleur par l’hypnose est la de´couverte d’une neuromodulation de l’activite´ du cortex cingulaire ante´rieur (aire 24a) et des composantes affective et sensorielle de la douleur [9,11].
L’hypnose permet d’activer un re´seau neuronal complexe de re´gions corticales et sous-corticales compre- nant le cortex cingulaire ante´rieur, l’insula, le cortex pre´frontal, les noyaux de la base et du tronc et le thalamus.
Toutes ces re´gions sont connues pour eˆtre implique´es dans l’expe´rience nociceptive [11].
Commentaires
Il m’a paru inte´ressant et honneˆte de recueillir modeste- ment quelques commentaires des patientes, commentaires RÉSULTATS
Anxiété et Dépression
HADS de la
1reconsultation Avec hypnose Témoins Anxiété
Médiane 13 11 Extrêmes 3-17 4-18 Dépression
Médiane 5 5 Extrêmes 3-13 0-9
Évolution de l'anxiété et de la dépression (entre la 1re consultation et la biopsie)
HADS
Dépression Anxiété
Témoins
Diminution Augmentation
Moyenne des différences de scores
Témoins Avec Hypnose Avec
Hypnose 8
3 2
8
2 1
3 2
4 6
4 2 0
Fig. 3.
RÉSULTATS Douleur et Qualité de vie
Évolution de la douleur
(entre la fin de la biopsie et la consultation d'annonce)
Évolution de la qualité de vie des patientes hypnotisées (entre l'hypnose et 8 jours plus tard) sur une EVA
Témoins
En % de patientes
Amélioration chez 33 % des patientes hypnotisées Détérioration chez 17 % des patientes hypnotisées 86 % des patientes ont eu moins peur de l'examen 29 % des patientes ont eu moins peur du résultat 79 % ont réutilisé l'autohypnose après l'examen
Amélioration Dégradation
Avec Hypnose 0 %
17 % 25 %
29 % 21 %
10 % 5 % 15 % 20 % 25 % 30 % 35 %
Fig. 4.
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com
rapporte´s dans le questionnaire de satisfaction. Je vous soumets ses te´moignages avec leurs mots a` elles.
Mme A
« Depuis l’annonce du re´sultat de la mammographie, je suis extreˆmement inquie`te, je n’ose pas en parler autour de moi, mais je visite tous les sites Cancer sur Internet. Je n’ai pas re´ussi a` m’endormir hier soir, je me suis releve´e toute la nuit malgre´ les somnife`res.
Mes larmes ont commence´ a` couler de`s que j’ai rencontre´ le Dr X ce matin tellement mon appre´hension e´tait forte. Elle m’a propose´, si je le souhaitais, quelques minutes de relaxation profonde dans un fauteuil avant de commencer les pre´le`vements. Dans ce fauteuil, j’ai commence´ a` me sentir mieux, a` de´stresser, le cœur s’est apaise´ et le rythme de la respiration aussi. Une voix tre`s douce me permettait d’eˆtre de´tendue. J’e´tais bien avec et, en moi-meˆme, j’ai meˆme baˆille´ a` quelques reprises. C’est dans cet e´tat d’esprit que j’ai rejoint la table de biopsie, la de´tente du corps a continue´, le corps a` la fois lourd sur la table mais le´ger dans ma teˆte, j’e´tais dans ma baignoire a`
bulles, et les quelques bruits e´taient ceux des moteurs de la baignoire (induction hypnotique sugge´rant la pre´sence de l’eau et des bruits quotidiens de l’eau) et j’e´tais berce´e en meˆme temps par la musique de la salle et la voix douce du Dr X. J’ai toujours e´te´ bien calme et de´tendue, mon sein ne m’appartenait plus et il semblait en dehors, exte´rieur a`
moi-meˆme. Certes, il se passait des choses mais une partie de moi-meˆme e´tait absente, se sentait en confiance, ne se sentait plus agresse´e. J’e´tais bien dans ma teˆte, j’ai meˆme e´tais tre`s surprise quand le Dr X m’a dit que l’on devait maintenant revenir a` la re´alite´. Je me souviens avoir souri, tout s’est superbement bien de´roule´. Je me suis sentie conside´re´e comme une personne et non comme un dossier ou un nume´ro. Je remercie le Dr X de m’avoir fait profiter de cette de´marche et je ne peux que l’encourager a`
continuer cette voie.
Que davantage de patientes puissent en profiter et que peut-eˆtre on puisse de´dramatiser certaines prises en charge me´dicales.
A` mon de´part du service, je n’e´prouve aucune douleur particulie`re. »
Mme B
« Je tiens a` signaler toute ma reconnaissance pour le service de se´nologie.
On m’avait d’abord dit concernant la possibilite´ de re´aliser des pre´le`vements dans mon sein que l’exercice serait difficile, compte tenu d’une toux chronique qui manifestement allait poser un re´el proble`me.
Le Dr X, dans son fauteuil, m’a mise en confiance. Elle m’a apporte´ durant cette se´ance d’hypnose une de´contrac- tion totale durant la biopsie, notamment a` ma grande surprise ma toux avait comple`tement disparu et, dans les
semaines qui ont suivi, je ne toussais presque plus. Alors qu’elle me sentait tre`s stresse´e, tre`s tendue, elle a continue´
a` me parler, alors que, moi, j’e´tais ailleurs, dans un univers de musique qui m’a toujours rassure´e. En e´changeant ce sujet avec des amis ou bien avec la cliente`le fe´minine que je coˆtoie chaque jour, c’est maintenant moi qui les mets en confiance, encore merci. »
Mme C
« Merci encore, il faut avoir envie de le faire. Il faut effectivement un important investissement personnel et aupre`s des malades pour donner beaucoup de sa personne tant sur le plan technique que sur le plan e´motionnel. Je vais conseiller cette technique a` mes amis, cela apporte beaucoup de confort pendant cette intervention, et on retrouve de la confiance en soi par la suite. Ce mode ope´ratoire me semble particulie`rement positif et inte´ressant, je me suis de´tendue et j’e´tais comple`tement rassure´e et cette sensation s’est pour- suivie les jours qui ont suivi. »
Mme D
« C’e´tait avec une grande appre´hension que je suis venue subir la biopsie. Je dois reconnaıˆtre que, graˆce aux se´ances d’hypnose du Dr X et a` la gentillesse du personnel pratiquant la biopsie, celle-ci s’est miraculeusement bien de´roule´e, donc un grand merci. »
Mme E
« Tout d’abord une chose que j’ai oublie´ de signaler sur les questionnaires du jour de l’examen, c’est que je suis arrive´e avec une tre`s importante migraine, migraine qui ne me quittait pas depuis plusieurs jours comme cela pouvait arriver depuis des anne´es.
Apre`s l’examen, ma migraine avait disparu et, depuis quinze jours, je n’ai pas repris de comprime´ contre cette migraine. Je voulais dire que j’ai ve´cu, lors de cet examen, une expe´rience assez bizarre, moi qui suis en ge´ne´ral assez nerveuse, je ne pensais pas pouvoir aller aussi loin dans ma relaxation en moi-meˆme. Meˆme si je connaissais le principe en ayant de´ja` fait dans mon cours de la gymnastique douce. A` la fin de l’examen, quand je suis revenue dans cette pie`ce froide, me´tallique, j’ai pleure´, je ne voulais pas revenir, j’avais l’impression d’avoir e´te´ emporte´e dans un profond sommeil, je ne voulais pas en sortir.
J’ai ve´cu une grande sensation de bien-eˆtre, avec ces larmes de de´tente qui ont accompagne´ mon retour dans la salle apre`s les pre´le`vements. J’avais beaucoup de mal a`
revenir dans la re´alite´ tellement la de´tente e´tait absolue. »
Mme F
« J’e´tais tre`s anxieuse par rapport a` l’anesthe´sie locale, j’avais mal au cou, dans les e´paules. La se´ance de relaxation m’a apporte´ beaucoup, de´tente, se´re´nite´, j’e´tais plus sereine, en
phase avec moi-meˆme et preˆte a` accepter le re´sultat quel qu’il soit. »
Mme G (commentaire d’une patiente qui a refus e´ l’hypnose)
« La relaxation avant une ope´ration peut donner trop de temps pour une re´flexion.
J’ai besoin d’une de´cision ferme et de´finitive puis d’une action identique. »
Quelques commentaires de l’ e´ quipe des manipulatrices et secr e´ taires rapport e´ s quelques mois apr e` s la mise en place de l’ e´ tude
Je vous soumets ces te´moignages avec leurs mots a` elles...
« Dans le cursus de formation des manipulateurs en radiologie, l’approche de l’hypnose n’est pas aborde´e.
Quand le Dr X nous a pre´sente´ son projet, nous e´tions sur la re´serve. Nous nous souvenons, en particulier, d’une patiente qui est arrive´e tre`s e´nerve´e, inquie`te. Le Dr X l’a prise en charge et, a` son arrive´e dans l’enceinte du Mammotome, cette patiente e´tait transforme´e, comme ailleurs, sereine. A` l’issue de la biopsie, elle a partage´ son ressenti : elle e´tait transporte´e dans un univers agre´able, sans notion de douleur ni de stress.
Cette expe´rience nous a fait comprendre tout le be´ne´fice de cette prise en charge, inconnue dans le monde me´dical : nous avons e´te´ impressionne´es de voir la patiente se livrer entre les mains du Dr X et se laisser guider. Malgre´
l’angoisse et la re´ticence de l’examen. »
Conclusion
Cette e´tude pre´liminaire a permis de juger de la faisabilite´
de cette technique propose´e chez les patientes devant subir un geste comme l’est la macrobiopsie du sein dans un organe particulie`rement investi de charge e´motionnelle (50 % d’acceptation – 50 % de refus).
Pour les patientes qui acceptent, il semble que cette technique leur permette d’appre´hender l’examen de fac¸on moins anxieuse et aussi moins douloureuse, mais leur anxie´te´ concernant l’attente du re´sultat reste a` de´montrer.
On pourrait peut-eˆtre se´lectionner une population de femmes que l’on sent tre`s angoisse´e d’emble´e.
Les patientes qui ont refuse´ l’hypnose estimaient, quant a` elles, ne pas en avoir besoin. Les patientes semblaient satisfaites de l’encadrement me´dical durant la biopsie, puisque 93 % des patientes hypnotise´es seraient preˆtes a`
refaire l’examen dans les meˆmes conditions, versus 79 % chez les patientes non hypnotise´es.
Le fait de re´aliser cette technique de temps en temps a permis de sensibiliser l’e´quipe et de personnaliser la prise en charge en restant empathique bien suˆr mais aussi en tenant compte des ressources personnelles de chaque patiente ; peut-eˆtre une autre fac¸on de communiquer... ?
Une e´tude prospective de plus grande envergure serait souhaitable afin de confirmer ces re´sultats pre´liminaires.
Je vous ai livre´ modestement mon ressenti a` travers ces re´sultats vous laissant maintenant le soin de re´fle´chir sur ce sujet a` mon sens passionnant mais encore marginal.
Ce qui me semble indispensable est l’information.
Information des patientes dans le dessein de bien cerner leur demande et e´ventuellement de rede´finir avec elles l’hypnose the´rapeutique, de la recadrer dans ses indications et ses limites.
La patiente doit eˆtre motive´e et confiante.
L’ensemble des partenaires me´dicaux et parame´dicaux, notamment l’e´quipe des manipulateurs, doit adhe´rer au projet.
Ainsi, chaque intervenant, a` sa fac¸on, devient acteur a`
part entie`re, chacun dans sa fonction spe´cifique ; ce qui constitue un lien puissant au sein de l’e´quipe.
Dans ces conditions, il nous paraıˆt donc possible d’utiliser l’hypnose comme une approche non pharmacologique pour la re´alisation de macrobiopsie sans trop amputer le temps de´die´ a` ce geste d’autant que le calme obtenu pendant la proce´dure pourra permettre a` tous les intervenants une meilleure concentration et donc une action plus rapide.
Ainsi nous pouvons espe´rer modestement contribuer a`
l’ame´lioration de la condition humaine sous toutes ces formes en ajoutant une dimension humaine a` des gestes certes bien tole´re´s la plupart du temps mais parfois redoute´s dans le contexte si symbolique e´motionnellement qu’est le sein. Le langage hypnotique pouvant eˆtre interculturel et universel.
N’oublions pas que le corps est un lieu de communica- tion de`s le premier jour de vie, voire avant, il garde tout en me´moire en ce sens. Toutes les techniques permettant de lui parler autrement sont a` prendre en compte comme dit Kierkegaard dans un de ses textes « ... Quand on va pre´parer un voyage en montgolfie`re, il faut re´gler tous les proble`mes techniques mais, au final, ce n’est pas le plus important ; ce qui compte, c’est d’inte´grer cette technique pour qu’elle nous permette de mieux s’inscrire dans le souffle du vent... »
Ouvrages pour en savoir plus
– Erickson Milton H (1999) De la nature de l’hypnose et de la suggestion, tome I, Sautas, Bruxelles
– Erickson Milton H (2000) Alte´ration par l’hypnose des processus sensoriels perceptifs et psychophysiologi- ques, Sautas, tome II, Bruxelles
– Erickson Milton H (2001) E´tude par l’hypnose des processus psychodynamiques, tome III, Sautas, Bruxelles
– Erickson Milton H (2001) Innovations en hypno- the´rapie, tome IV, Sautas, Bruxelles
– Erickson Milton H (2002) L’homme de fe´vrier. Sauta, Bruxelles
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