ARTICLE ORIGINAL
Adaptation franc¸aise du Patient Generated Index 1 : qualite´s me´trologiques et limites pratiques
French adaptation of the Patient Generated Index:
metric characteristics and practical limitations
M. Botella
F. ZenasniM. Pocard J. GledillyC. RodaryRe´sume´ : Les objectifs de cette recherche sont de (1) pre´senter l’adaptation franc¸aise duPatient Generated Index (PGI, [17]), (2) tester ses qualite´s psychome´triques et (3) d’examiner les limites pratiques de cet outil. Pour ce faire, deux e´tudes ont e´te´ conduites. La premie`re est une e´tude qualitative avec 18 participants qui ont indique´ leurs difficulte´s et leurs commentaires pour comple´ter la premie`re traduction a` rebours du questionnaire. La seconde e´tude teste
les qualite´s psychome´triques de la version franc¸aise adapte´e et re´vise´e du PGI sur 97 patients traite´s pour un cancer. Pour tester la validite´ de crite`re de l’outil, ils ont aussi rempli le Quality of Life Questionnaire C30 (QLQ-C30), le Profile Of Mood States (POMS) et le Satisfaction With Life Scale (SWLS). Au regard des re´sultats, le PGI pre´sente une bonne sensibilite´ et validite´. Ne´anmoins une stabilite´ test-retest semble eˆtre a` ame´liorer.
Mots-cle´s : Patient Generated Index – Qualite´ de vie – Validation – Adaptation
Abstract: The aims of this research are to (1) present the French version of the Patient Generated Index (PGI, [17]), (2) test its psychometric characteristics and (3) examine the tool’s practical limitations. To achieve those goals, we conducted two studies. The first was a qualitative study of 18 participants who indicated their difficulties and expressed other comments concerning the completion of an initial back translation of the PGI. The second study tested the psychometric qualities of the adapted and revised back translation of the PGI with 97 cancer patients. To assess criterion validity, they also completed the Quality of Life Questionnaire C30 (QLQ-C30), Profile of Mood States (POMS) and Satisfaction With Life Scale (SWLS). The results indicate that PGI has good sensitivity, validity and test-retest stability. Test-retest relia- bility, nevertheless, must be improved.
Keywords: Patient Generated Index – Quality of Life – Validation – Adaptation
Introduction
En 1993, l’Organisation mondiale de la sante´ de´finit la qualite´ de vie comme « la perception qu’un individu a de
Marion Botella ()
Charge´e d’e´tude en psychologie
Universite´ Paris-V, Rene´-Descartes-CNRSF F-92774 Boulogne Billancourt, France E-mail : [email protected] Franck Zenasni (PhD) () Docteur en psychologie, chercheur
Unite´ de psycho-oncologie, Institut Gustave-Roussy F-94805 Villejuif Cedex, France
Te´l. : 01 42 11 44 33 E-mail : [email protected] Marc Pocard (MD, PhD) () Me´decin, chirurgien
De´partement de chirurgie, Institut Gustave-Roussy F-94805 Villejuif Cedex, France
E-mail : [email protected] Chantal Rodary (MD) () Me´decin e´pide´miologiste
De´partement de sante´ publique, Institut Gustave-Roussy F-94805 Villejuif Cedex, France
Te´l. : 06 60 86 60 66
E-mail : [email protected]
1Nous tenons a` remercier le professeur Todd Lubart pour sa participation a` la traduction a` rebours du questionnaire.
DOI 10.1007/s11839-007-0016-2
sa place dans la vie, dans le contexte de la culture et du syste`me des valeurs dans lequel il vit, et en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquie´tudes ».
Ainsi pre´sente´e, la qualite´ de vie est de´pendante de la subjectivite´ de l’individu et du contexte. De fait, elle n’est pas stable dans le temps. C’est une notion multifactorielle et pluridimensionnelle, se composant de plusieurs domai- nes tels que la sante´, la vie mentale ou sociale de l’individu.
L’OMS opte pour une approche psychome´trique de la qualite´ de vie.
Dans une perspective me´dicale, la proportion des mesures de qualite´ de vie (QdV) a conside´rablement augmente´ depuis qu’elle est devenue un crite`re ne´cessaire pour e´valuer l’efficacite´ des traitements me´dicaux [13]. Par ailleurs, cette augmentation des outils est renforce´e par la possibilite´ de mettre en place des e´valuations syste´mati- ques de QdV dans la routine clinique [5, 18]. Cette dernie`re pratique aurait plusieurs impacts positifs comme :
(1) structurer et faciliter l’identification des difficulte´s physiques, psychologiques et sociales ressenties par les patients ;
(2) faciliter la communication et les interactions entre les cliniciens et les patients ;
(3) favoriser, au moins en partie, l’implication des patients dans le choix de leur traitement.
Mesures de qualite´ de vie
Comme le de´crit la figure 1, les mesures de qualite´ de vie actuellement disponibles varient essentiellement en fonc- tion de deux dimensions : leur spe´cificite´ (ge´ne´rique ou spe´cifique) et leur forme (standardise´e ou individualise´e).
Les mesures ge´ne´riques e´valuent la qualite´ de vie globale des patients en tenant compte de leur maladie ou de leurs symptoˆmes. Elles apparaissent utiles pour comparer la QdV entre les patients et les individus de la population ge´ne´rale
ou entre les patients atteints de maladies diffe´rentes. Les outils spe´cifiques ont pour but de mesurer plus pre´cise´ment l’impact des aspects de la maladie, des symptoˆmes ou du traitement sur la qualite´ de vie des individus. Ils permettent de de´tecter plus finement les changements dans la QdV des patients au-dela` de la maladie et du traitement. Les mesures standardise´es de qualite´ de vie telles que la SF-36 (Short Form 36 [19], adapte´ en franc¸ais [8]) ou le QLQ-C30 [European Organisation for Research and Treatment of Cancer – Quality of Life Questionnaire Core 30 (items), 1993] sont des questionnaires compose´s d’items repre´sen- tant un ou plusieurs domaines de la qualite´ de vie (par exemple : fonctionnement physique, fonctionnement psychologique, fonctionnement social...). Les outils indivi- dualise´s de qualite´ de vie sont des questionnaires ou` les patients doivent eux-meˆmes ge´ne´rer les items en indiquant de quels domaines rele`ve leur qualite´ de vie. En effet, la qualite´ de vie e´tant par de´finition subjective et individuelle, les items d’un questionnaire standardise´ ne repre´sentent pas force´ment les domaines conside´re´s comme les plus importants par le sujet. D’ou` le de´veloppement re´cent de ces mesures de qualite´ de vie dites « individuelles », dans le sens ou`, dans ces questionnaires, c’est le sujet lui-meˆme qui de´termine les domaines importants pour sa propre de´finition de la qualite´ de vie.
Mesures individuelles : int e´ r eˆ t et limites
L’inte´reˆtde ces mesures est :
– d’assurer une meilleure validite´ de contenu dans le sens ou` c’est le patient qui va de´terminer les items
« pertinents » de l’e´valuation en indiquant les domaines de sa vie qui sont les plus importants (Self evaluation of individual quality of life,SEIQoL) ou les domaines les plus perturbe´s par la maladie ou par ses traitements (Patient Generated Index, PGI). Ces instruments prennent donc bien en compte ce qui est essentiel pour le patient.Notons
Mesures individualisées
Mesures standardisées Outils
génériques
Outils spécifiques
SEIQoL PGI
SF-36 QLQ-C30
Fig. 1.Spe´cificite´ (ge´ne´rique ou spe´cifique) et forme (standardise´e ou individualise´e) des mesures de qualite´ de vie
que certaines de ces mesures (SEIQoL, PGI) offrent la possibilite´ au patient d’indiquer l’importance (le poids) qu’il attribue a` chaque domaine cite´ ;
– de de´terminer quel(s) est(sont) globalement le (ou les) domaine(s) de vie qui est(sont) le plus affecte´(s) par la maladie et ses traitements. Elles ne se limitent donc pas a`
un simple indice quantitatif ;
– d’assurer un suivi individuel du patient. Outre les variations quantitatives du score, il permet d’identifier les changements qualitatifs qui surviennent entre deux e´valuations en e´tudiant, par exemple, si les domaines de vie conside´re´s comme les plus importants par un patient sont les meˆmes avant et apre`s le traitement de la maladie.
Limites :
– ne´anmoins une telle structure ne fait pas de ces outils l’instrument ide´al pour les recherches fonde´es sur des comparaisons d’e´chantillons. La variabilite´ des items d’un individu a` l’autre complexifie les analyses intergroupes ;
– comparativement aux mesures standardise´es, ces mesures de QdV peuvent eˆtre moins simples a` adminis- trer : ainsi l’interview du SEIQoL requiert un minimum de vingt minutes et ne´cessite une personne forme´e a` ce type d’entretien (psychologue). Le PGI peut eˆtre administre´ par une infirmie`re et demande moitie´ moins de temps ;
– le syste`me « d’attribution de poids » aux domaines de vie indique´s par les patients [3, 16] est juge´ complexe par certains patients.
PGI
Pr e´ sentation
Le PGI peut eˆtre autoadministre´ ou administre´ au cours d’un entretien. Ce dernier mode d’administration assure une meilleure qualite´ de remplissage. Il peut eˆtre re´alise´ par un me´decin ou une infirmie`re. Le malade est invite´ a`
identifier quels sont les aspects importants de sa vie les plus perturbe´s par sa maladie et/ou les traitements (ou difficulte´s a` re´aliser certaines activite´s), cela dans le dessein de mieux satisfaire ses attentes. Il peut citer jusqu’a` cinq aspects. Un sixie`me aspect concerne d’autres domaines de la qualite´ de vie non lie´s a` sa maladie. Il attribue a` chaque aspect une note de fonctionnement/satisfaction en ce qui concerne le dernier mois a` l’aide d’une e´chelle gradue´e de 0 a` 6. Chaque score est accompagne´ d’un descriptif verbal.
On lui demande ensuite quel est le (ou les) aspect(s) qu’il souhaite voir ame´liorer le plus en utilisant une ponde´ration a` l’aide de jetons (10 pour 6 aspects). Il les « de´pense » comme il le souhaite en les re´partissant sur les aspects les plus importants pour sa qualite´ de vie. Si le patient e´prouve des difficulte´s a` identifier les « aspects », l’enqueˆteur peut lui proposer une liste extraite d’e´tudes, ou des donne´es de la litte´rature.
Comme le SEIQoL, le PGI apporte certains avantages par rapport aux mesures standardise´es. Tout d’abord, une
plus grande validite´ de contenu puisque c’est le patient lui- meˆme qui de´finit les domaines importants pour sa de´finition de la QdV. Dans certaines situations cliniques, ce questionnaire est plus sensible dans le sens ou` il permet d’e´valuer plus finement les e´volutions de la QdV (ce qui n’est pas le cas avec les mesures standardise´es).
Par rapport au SEIQoL, le PGI ne ne´cessite pas d’outil supple´mentaire tel que le disque de ponde´ration. Le temps de passation est re´duit a` une dizaine de minutes. Il peut eˆtre autoadministre´, mais un entretien permet de meilleurs re´sultats et offre la possibilite´ au sujet de poser des questions s’il ne comprend pas une consigne, si la personne est aˆge´e ou tre`s fatigue´e par la maladie et pre´sente des difficulte´s pour lire les questions par exemple.
E´tudes sur les qualit e´ s psychom e´ triques du PGI
Les e´tudes re´alise´es sur la version anglaise de l’e´chelle indiquent que l’outil pre´sente des qualite´s psychome´tri- ques acceptables en termes de sensibilite´ au changement, de stabilite´ et de validite´.
Le PGI a une plus grande sensibilite´ au changement que les mesures standardise´es de QdV [2, 10]. Il prend plus en compte les variations dans l’estimation de la QdV, car les domaines cite´s par les patients changent.
En termes de stabilite´, le PGI pre´sente de bonnes qualite´s psychome´triques. Ruta et al. (1999) [17] obtiennent un coefficient de fide´lite´ de 0,65 (p< 0,001) pour un test-retest a` deux semaines d’intervalle avec 148 patients. Patel et al.
(2003) [14] trouvent un coefficient de corre´lation de Pearson supe´rieur a` 0,70. Pour leur part, Macduff et Russell (1998) [10] ont analyse´ la stabilite´ de la mesure des diffe´rentes parties du PGI. Dans le cas ou` il n’y a pas de changement important dans la maladie des patients entre les deux mesures (intervalle de 4,5 mois environ), alors on a un coefficient de stabilite´ de 0,77 pour la premie`re partie du PGI, de 0,62 pour la deuxie`me et de 0,64 pour la troisie`me.
Toutefois, leur analyse n’offre pas de coefficient global de la stabilite´.
En termes de validite´, les corre´lations du PGI avec les mesures standardise´es sont mode´re´es. Ruta et al. (1999) [17] trouvent des corre´lations allant de 0,13 a` 0,47 (p < 0,01) avec la SF-36. Macduff et Russell (1998) [10] observent des corre´lations similaires allant de 0,11 a` 0,49 entre le PGI et la SF-36. Les corre´lations les plus fortes sont avec la fonction sociale, l’e´nergie, la sante´ mentale et la perception ge´ne´rale de la maladie. L’e´tude de Llewellyn et al. (2005) [9] sur 55 patients re´cemment diagnostique´s indique une corre´lation de 0,48 (p < 0,001) avec la sous-e´chelle de roˆle e´motionnel du SF-12, de 0,42 (p< 0,005) pour la sante´ mentale, de 0,33 (p< 0,05) pour la fonction sociale, de 0,30 (p< 0,05) pour le roˆle physique. Les corre´lations avec le QLQ-C30 trouve´es dans cette e´tude sont de 0,46 (p< 0,001) pour la sous-e´chelle de QdV globale, de 0,37 (p< 0,01) pour la fonction cognitive et de 0,32 (p< 0,05) pour la fonction e´motionnelle. L’e´tude de Camilleri-Brennan et al. (2002) [2] sur 33 sujets atteints
de cancers colorectaux montre une corre´lation de 0,54 (p< 0,001) avec la sous-e´chelle de QdV globale du QLQ-C30 et de 0,53 (p < 0,002) avec la fonction physique. Le PGI e´tant une mesure de qualite´ de vie individualise´e, ces re´sultats sugge`rent que les priorite´s des patients concernent surtout leur fonction physique, leur bien-eˆtre cognitif et e´motionnel. La qualite´ de vie individualise´e mesure´e par le PGI recouvrirait les domaines cognitif, e´motionnel et de fonctionnement mental.
Objectifs
L’objectif pratique de cette e´tude est de mettre a`
disposition des praticiens un outil individualise´ de qualite´
de vie. Une des ide´es sous-tendant l’utilisation d’une telle mesure serait d’offrir au me´decin la possibilite´ de prendre en compte la QdV du patient lors du choix d’un traitement.
Ainsi, le me´decin et le patient pourraient de´cider ensemble d’un traitement qui conviendrait au mieux a` la fac¸on de vivre du malade. De fait, si le suivi me´dical a un impact moins ne´gatif sur la vie du patient, alors sa qualite´ de vie sera meilleure et permettra au patient de mieux ge´rer sa maladie.
L’objectif me´trologique de cette e´tude est d’adapter puis de tester l’acceptabilite´, la validite´ et la stabilite´ de la version franc¸aise du Patient Generated Index. Pour la validite´, nous avons utilise´ une me´thode corre´lationnelle comme dans les e´tudes sur la version originelle du PGI [2, 9, 10, 17]. Nous avons donc compare´ le PGI a` une mesure standardise´e de QdV (validite´ the´orique du concept mesure´), a` une mesure spe´cifique d’e´tat e´motionnel (les e´tudes ante´rieures ont montre´ un lien entre les e´motions et la QdV [9]) et a` une mesure de satisfaction de vie.
Me´thode
Traduction du Patient Generated Index
Une traduction a` rebours avec deux bilingues anglais- franc¸ais a e´te´ mene´e. Un premier expert bilingue a d’abord traduit le questionnaire de l’anglais au franc¸ais puis un second expert bilingue a ensuite reconverti la version franc¸aise en anglais. Pour finir, les deux versions anglaises ont e´te´ compare´es afin de ve´rifier la traduction.
Adaptation du PGI
Avec cette me´thode, nous avons construit une premie`re version franc¸aise du Patient Generated Index et nous l’avons pre´teste´e aupre`s de 18 patients (11 hommes ; 7 femmes ;moyenne = 53,3 ans ; e´cart-type = 16,6). Ils e´taient tous traite´s pour un cancer colorectal et ont e´te´
vus en salle d’attente avant leur consultation de surveil- lance avec leur chirurgien. Sur les 18 questionnaires retourne´s, 3 ont e´te´ mal comple´te´s. Les erreurs e´mergent surtout dans la troisie`me partie du PGI avec des difficulte´s
pour ponde´rer les domaines en fonction de leur impor- tance subjective.
A` partir des difficulte´s observe´es et des commentaires exprime´s par les patients dans cette pre´-e´tude, nous avons re´vise´ la forme duPatient Generated Index. Premie`rement, nous avons retire´ le sixie`me domaine du PGI qui porte sur
« les autres aspects de vie qui sont affecte´s par la maladie et ses traitements ». La re´partition des « points » en est facilite´e (re´partition de 10 points pour 5 domaines). Les patients ont fait peu d’erreurs de ponde´ration dans la nouvelle version du PGI que nous leur avons propose´e. Deuxie`mement, nous avons de´cide´ de placer les exemples de domaines sur une autre page en le pre´cisant dans la consigne (« Si vous ne trouvez pas 5 domaines, alors remplissez autant de cases que vous pouvez en vous aidant de quelques exemples indique´s sur la page suivante. Il est ne´anmoins pre´fe´rable que vous vous y re´fe´riez le moins possible »). Ainsi, les patients ont pour consigne de ne s’appuyer sur les exemples qu’en dernier recours. Ils doivent d’abord re´fle´chir aux domaines qui qualifient le mieux leur qualite´ de vie et qui ont e´te´ affecte´s par la maladie ou les traitements.
Mat e´ riel
Tous les questionnaires se comple`tent en une seule fois.
Pour lePatient Generated Index,les sujets avaient pour consigne de « re´fle´chir aux 5 domaines de vie qui sont les plus importants pour eux et qui ont e´te´ affecte´s par leur maladie ou par leurs traitements ». Les domaines cite´s ont ensuite e´te´ regroupe´s en 8 cate´gories, de´ja` utilise´es dans une e´tude ante´rieure [15, 16] : famille, sante´, vie sociale (relations), loisirs, travail, finances, ressources psychologi- ques et conditions de vie. Malgre´ l’adaptation franc¸aise du PGI par rapport a` la version originale [17], le score global reste compris entre 0 et 100 ou` un score e´leve´ correspond a`
une meilleure qualite´ de vie et donc a` un plus faible impact de la maladie et des traitements sur la vie des patients.
Pour tester la validite´ du PGI, nous l’avons compare´ a` un questionnaire standardise´ de qualite´ de vie comme cela avait de´ja` e´te´ fait pour la version originale [17]. Nous avons fait ce choix car, bien que les mesures individualise´es de QdV pre´sentent une plus grande validite´ de contenu que les mesures standardise´es, ces dernie`res posse`dent une validite´
the´orique de la notion de qualite´ de vie. Les patients devaient remplir la version franc¸aise de l’Organisation europe´enne pour la recherche et le traitement contre le cancer (EORTC) : Qualite´ de vie questionnaire (QLQ) C30. Les scores du questionnaire peuvent eˆtre convertis sur une e´chelle de 0 a` 100 d’apre`s le manuel de l’EORTC. Un score e´leve´ sur les e´chelles de QdV globale (GHS) correspond a` une meilleure qualite´ de vie ; un score e´leve´ aux e´chelles de fonctions repre´sente de bonnes fonctions physiques, e´mo- tionnelles, cognitives, sociales et/ou pas de limitations fonctionnelles ; un score e´leve´ aux e´chelles de symptoˆmes correspond a` plus de proble`mes de sante´ tels que la fatigue, les nause´es ou la douleur. Pour uniformiser la lecture des
re´sultats, nous avons inverse´ l’e´chelle de symptoˆmes afin qu’un score e´leve´ repre´sente un meilleur e´tat. Pour cette e´tude, nous nous sommes inte´resse´s aux scores de QdV globale (GHS), de fonction physique, e´motionnelle, sociale et de limitations fonctionnelles.
De plus, nous avons compare´ le PGI a` une mesure d’e´tat d’humeur, car les recherches sur la validation du PGI avaient montre´ un lien entre les domaines cite´es et des aspects e´motionnels de la QdV [9]. Bien que ce ne soit qu’une mesure partielle de la QdV, cette de´marche nous a permis de savoir a` quels aspects de QdV renvoie les domaines cite´s par les patients avec la version franc¸aise du PGI. Nous avons utilise´ l’adaptation franc¸aise [4] duProfil of mood states(POMS) [12]. Il correspond a` un inventaire de 65 adjectifs ou` le patient doit s’autoe´valuer sur une e´chelle en 5 points (0 = pas du tout, 1 = un peu, 2 = mode´re´ment, 3 = beaucoup, 4 = extreˆmement). Cet ensemble d’adjectifs renvoie a` diffe´rents e´tats e´motion- nels : trouble ge´ne´ral de l’humeur et de´pression, tension, fatigue et vigueur. Cet instrument a de´ja` montre´ sa fide´lite´
et sa validite´ psychome´trique [4]. Plus les scores sont e´leve´s, plus le patient posse`de le domaine correspondant.
Pour finir, les patients comple`tent la version franc¸aise de l’E´chelle de satisfaction de vie (SWLS) [6]. Le score global permet d’e´valuer le degre´ avec lequel les patients sont satisfaits de leur vie. Plus le score est e´leve´, plus le patient est satisfait. Ce questionnaire a aussi montre´ ses qualite´s psychome´triques en termes de fide´lite´ et de validite´.
Analyses statistiques de la validit e´ du Patient Generated Index
Dans un premier temps, nous avons conduit une analyse corre´lationnelle entre le PGI et les diffe´rentes sous-e´chelles des 3 autres questionnaires qui nous servent de crite`re.
Nous nous situons dans une validite´ convergente. En ce qui concerne la qualite´ de vie, nous nous attendons a` des corre´lations significatives et positives entre le PGI et le QLQ-C30. Pour la mesure d’e´tat d’humeur spe´cifique, e´value´ par le POMS, nous attendons des corre´lations ne´gatives puisque des troubles de l’humeur devraient faire diminuer l’e´valuation que les patients font de leur qualite´
de vie. Pour la satisfaction de vie, nous devrions avoir une corre´lation positive entre le score obtenu avec le PGI et celui qui est obtenu avec la SWLS.
Dans un second temps, nous avons conduit une analyse factorielle avec les sous-e´chelles : fonctions physique, e´mo- tionnelle, sociale, limitations fonctionnelles, e´tat de sante´
ge´ne´ral (pour le QLQ-C30), troubles e´motionnels ge´ne´raux (pour le POMS2) et le score de satisfaction de vie (pour la SWLS). L’objectif de cette seconde analyse e´tait de s’assurer de la pre´sence d’un seul facteur pour expliquer les relations entre le PGI et les 3 autres questionnaires.
Participants
Quatre-vingt-dix-sept patients (moyenne = 59,5 ans, de 30,5 a` 88,6 ans) traite´s a` l’Institut Gustave-Roussy pour un cancer ont accepte´ de participer a` l’e´tude (voir caracte´- ristiques me´dicales tableau I).
Proc e´ dure
L’ensemble des questionnaires e´tait envoye´ au domicile des patients deux semaines avant leur consultation avec le chirurgien. La lettre qui accompagnait les questionnaires stipulait que les patients avaient la possibilite´ d’accepter ou de refuser de participer a` l’e´tude propose´e. S’ils acceptaient, ils devaient remplir les quatre questionnaires une semaine avant leur rendez-vous. Le jour de la consultation, ils remettaient l’ensemble des questionnaires au chirurgien ou au chercheur pre´sent pour re´pondre a` leurs questions.
Un sous-groupe de patients (N = 45) a e´te´ vu avant la consultation. L’enqueˆteur leur proposait de remplir une seconde fois le PGI afin de tester la stabilite´ de la mesure.
Sur cet e´chantillon, 28 patients (62,2 %) ont accepte´.
Re´sultats Acceptabilit e´
Sur les 97 patients interroge´s, seuls quatre patients ont refuse´ de re´pondre, car ils conside´raient que le question- naire e´tait trop difficile pour eux (taux de participation = 95,9 %). Deux patients n’ont pas rempli la dernie`re partie du questionnaire. Cinq patients l’ont mal comple´te´. Ils ont attribue´ plus ou moins de 10 points pour les cinq domaines. Donc, 86 patients (acceptabilite´ = 88,7 %) ont correctement comple´te´ et retourne´ le Patient Generated Index(Fig. 2).
Sensibilit e´ et analyse descriptive du PGI
Le tableau II regroupe les analyses descriptives avec les moyennes et me´dianes du PGI ainsi que celles des
Tableau I.Caracte´ristiques des participants pour la seconde partie de l’e´tude
Effectif Pourcentage
Âge 59,7 ans
Sexe
Hommes 35 36,08
Femmes 56 57,73
Type de cancer
Colo-rectal 67 73,63
Sein 5 5,49
Œsophage 3 3,30
Autre 16 17,58
Traitement
Chirurgie 77 84,62
Chimiothe´rapie 36 39,56
Radiothe´rapie 16 17,58
CHIP 11 12,09
Autre 4 4,40
2Dans cette analyse, nous n’avons pas inclus les sous-e´chelles de de´pression, tension, vigueur et fatigue du POMS, car elles sont une partie du score e´motionnel global de´ja` pris en compte dans l’analyse.
diffe´rents instruments utilise´s pour tester la validite´ du PGI (QLQ-C30, POMS et SWLS). Pour le PGI, nous avons pre´cise´ le nombre de domaines qui ont e´te´ cite´s par les patients et le nombre de cate´gories que recouvrent ces domaines. Les re´sultats indiquent que les patients notent plus de 4 domaines. La distribution des scores au PGI est normale (Fig. 3) avec un e´cart-type important (e´cart-type = 24 > e´tendue/6). Ainsi, le PGI semble pre´senter une bonne sensibilite´ puisque la moyenne et l’e´cart-type couvrent l’inte´gralite´ du continuum des scores possibles (compris entre 0 et 100).
Le tableau III de´crit la re´partition des domaines cite´s au PGI en 8 cate´gories [15, 16] : famille, sante´, vie sociale (relations), loisirs, travail, finances, ressources psycholo- giques et conditions de vie. Le domaine « sante´ » est globalement tre`s cite´ (41,4 %). Cependant, le premier domaine indique´ par les patients concerne autant les aspects familiaux (31,9 %) que ceux de la sante´ (35,1 %).
Par ailleurs, le domaine « condition de vie » englobe majoritairement des activite´s quotidiennes et ne renvoie pas obligatoirement au travail ou aux loisirs.
Validit e´
Dans un premier temps, pour tester en partie la validite´ de l’adaptation franc¸aise du Patient Generated Index, nous avons calcule´ les corre´lations entre le PGI et (1) le QLQ- C30 (QdV ge´ne´rale, fonction physique, limitations fonc- tionnelles, fonction e´motionnelle, fonction sociale), (2) le POMS (trouble e´motionnel ge´ne´ral, tension-anxie´te´, de´pression, fatigue, vigueur), et (3) le SWLS (satisfaction de vie).
Le tableau IV pre´sente ces corre´lations. Comme l’ont montre´ des e´tudes ante´rieures sur la validite´ du Patient Generated Index, le score PGI est positivement et significativement corre´le´ avec celui de QdV ge´ne´rale du QLQ-C30 (r= 0,42 ;p < 0,01). Donc plus le score au PGI est e´leve´, meilleur est le score au GHS. Cependant, la corre´lation la plus importante est avec la fonction sociale (r = 0,46 ; p < 0,01). Le domaine social semble eˆtre implique´ dans l’estimation que les patients font de leur qualite´ de vie avec le PGI. La plus faible corre´lation est avec la fonction e´motionnelle. Ce re´sultat est contraire a` ceux qui ont e´te´ trouve´s sur la version anglaise du PGI. Toutefois, certains auteurs avaient montre´ une forte corre´lation entre le PGI et la fonction sociale de la SF-36 [10].
Les corre´lations avec le POMS sont moins importantes et parfois non significatives. Elles corroborent l’ide´e que les aspects e´motionnels sont moins pris en compte par les patients dans leur e´valuation au PGI franc¸ais qu’au PGI anglais. Toutefois, des difficulte´s d’ordre e´motionnel peuvent diminuer l’estimation que les patients font de leur qualite´ de vie (r= – 0,27, p< 0,01).
4 refus
93 accords
86 questionnaires retournés 5 ont mal complété le PGI 2 n’ont pas rempli la dernière partie 97 patients
traités pour un cancer
Fig. 2.Acceptabilite´ des sujets pour la version adapte´e en franc¸ais duPatient Generated Index
Tableau II.Analyses descriptives des scores aux diffe´rents questionnaires E´chelles Sous-e´chelles Moyenne Me´diane Min. Max. E´cart- type
PGI Score global 51 48,3 0 100 24
Nombre de domaines cite´s
4,5 5 0 5 1,1
Nombre de cate´gories cite´es
3,2 3,0 0 5 1
QLQ-C30 E´tat de sante´ global 57,7 58,3 8,3 100 19,8 POMS Troubles e´motionnels
ge´ne´raux
54,2 51,0 –8,4 150 30,9 SWLS Satisfaction de vie 20,9 22,3 5,0 32 6,7
4,7%
5,9%
9,4%
16,5%
15,3%
14,1%
10,6%
11,8%
7,1%
4,7%
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
PGI scores 0
2 4 6 8 10 12 14 16
Numberofindividuals
Fig. 3.Dispersion des scores du PGI comme indice de sensibilite´
De la meˆme fac¸on, la corre´lation entre le PGI et le SWLS est mode´re´e et significative (r= 0,31 ;p< 0,01). Plus le score au PGI est e´leve´, plus le patient de´clare eˆtre satisfait de sa vie.
Dans un second temps, nous avons conduit une analyse factorielle afin de re´sumer les relations entre ces ques- tionnaires. Dans l’analyse, nous avons inclus plusieurs sous-e´chelles : fonctions physique, e´motionnelle, sociale, limitations fonctionnelles, e´tat de sante´ ge´ne´ral (pour le QLQ-C30), troubles e´motionnels ge´ne´raux (pour le POMS3) et le score de satisfaction de vie (pour la SWLS).
Les re´sultats re´ve`lent l’existence d’un seul facteur avec un crite`re pertinent (= 4,2 > 1), qui explique 52 % de part de variance. Les autres facteurs ne sont pas retenus, car ils expliquent moins de 10 % de part de variance (Fig. 4), ce qui nous permet de les rejeter selon le crite`re de Kaiser.
L’existence d’un facteur unique montre que le PGI a une part de variance commune avec le QLQ-C30, le POMS et le
SWLS. Cependant, il pre´sente la moins grande saturation observe´e avec ce facteur (Tableau V).
Stabilit e´ de la mesure : test-retest
Pour tester la stabilite´ dans le temps des mesures individualise´es, plusieurs options sont possibles (voir la discussion). Pour la pre´sente e´tude, les patients, lors d’une seconde passation, devaient remplir a` nouveau le ques- tionnaire sans aucune indication quant aux domaines qu’ils avaient ge´ne´re´s lors de la premie`re passation.
Pour tester la stabilite´ du Patient Generated Index, nous avons tout d’abord calcule´ un taux de recouvrement ( = N/M4) entre les re´ponses cate´gorise´es de la premie`re passation et celles de la seconde (t= 0,78 avec une e´tendue de 0,20 a` 1). Ce re´sultat est en partie satisfaisant puisqu’il indique que les personnes interroge´es rappellent en moyenne, lors de la seconde passation, 78 % des domaines cite´s a` la premie`re passation. Afin de tester la stabilite´ test-retest en termes de degre´ de qualite´ de vie, nous avons retire´ les sujets qui avaient un taux de recouvrement infe´rieur a` 0,50 avant de calculer la corre´lation test-retest puisqu’un recouvrement faible indique que le sujet de´finit sa qualite´ de vie avec des domaines diffe´rents. Ainsi, pour les 24 participants retenus pour cette analyse, la corre´lation test-retest est moyenne (r= 0,58).
Discussion
L’objectif de cette e´tude e´tait de traduire et d’adapter le Patient Generated Index en franc¸ais puis de tester son acceptabilite´ et ses qualite´s psychome´triques. Nous allons tout d’abord revenir sur les qualite´s psychome´triques de l’outil avant de discuter de ses inte´reˆts pratiques.
Tableau III.Re´partition des 5 domaines cite´s au PGI selon les 8 cate´gories propose´es par Rodary et al. [15, 16] : sante´, famille, loisirs, conditions de vie, travail, ressources psychologiques, vie sociale et finances
Total Domaine 1 Domaine 2 Domaine 3 Domaine 4 Domaine 5
n % n % n % n % n % n %
Sante´ 179 41,4 33 35,1 40 42,6 35 37,6 36 43,9 35 50,7
Douleur 33 18,4 10 10,6 4 4,3 10 10,7 5 6,1 4 5,8
Autonomie 17 9,5 4 4,3 6 6,4 1 1,0 3 3,7 3 4,3
Fatigue et sommeil 46 25,7 5 5,3 12 12,6 8 8,6 10 12,2 11 15,9
Appe´tit et digestion 40 22,3 5 5,3 9 9,6 7 7,5 10 12,2 9 13,0
Autre sante´ 43 24,0 9 9,6 9 9,6 9 9,7 8 9,8 8 11,6
Famille 69 16,0 30 31,9 17 18,1 9 9,7 5 6,1 8 11,6
Loisirs 50 11,6 2 2,1 8 8,5 14 15,1 15 18,3 11 15,9
Conditions de vie 43 10,0 4 4,3 6 6,4 17 18,3 11 13,4 5 7,3
Travail 35 8,1 16 17,0 9 9,6 5 5,4 4 4,9 1 1,5
Ressources psychologiques 31 7,2 7 7,5 8 8,5 7 7,5 6 7,3 3 4,4
Vie sociale 13 3,0 1 1,1 5 5,3 4 4,3 1 1,2 2 2,9
Finances 12 2,8 1 1,1 1 1,1 2 2,2 4 4,9 4 5,8
432 94 94 93 82 69
Tableau IV.Corre´lations de Bravais-Pearson entre PGI et les scores au QLQ-C30, POMS et SWLS
Corre´lations R Bravais Pearson
Valeurs p
QLQ-C30 E´tat de sante´ ge´ne´ral 0,42 p= 0,000
Fonction physique 0,31 p= 0,004
Fonction e´motionnelle 0,25 p= 0,021
Fonction sociale 0,46 p= 0,000
Limitations fonctionnelles 0,39 p= 0,000 POMS Trouble e´motionnel global –0,27 p= 0,016 Tension-anxie´te´ –0,20 p = 0,07
De´pression –0,12 p = 0,30
Fatigue –0,20 p = 0,064
Vigueur 0,24 p = 0,030
SWLS Satisfaction de vie 0,31 p= 0,005
3Dans cette analyse, nous n’avons pas inclus les sous-e´chelles de de´pression, tension, vigueur et fatigue du POMS, car elles sont une partie du score e´motionnel global de´ja` pris en compte dans l’analyse.
4Ou` N = nombre de domaines communs aux deux passations et M = nombre maximal de domaines cite´s.
Qualit e´ s psychom e´ triques et limites
Globalement, la version franc¸aise du Patient Generated Indexa e´te´ bien accepte´e par les patients. Cette adaptation a permis de minimiser les erreurs de remplissage et plus particulie`rement les erreurs de ponde´ration. Il pre´sente une bonne sensibilite´ avec une estimation moyenne de qualite´ de vie autour de 50 (sur un intervalle the´orique de 0 a` 100). Les domaines cite´s au PGI englobent surtout des aspects lie´s a` la sante´ de l’individu. Cet effet peut eˆtre duˆ a`
la consigne ou` nous demandons aux patients « d’indiquer les domaines de vie qui ont e´te´ affecte´s par la maladie ou les traitements » et au fait qu’ils soient en salle d’attente.
Malgre´ cela, ils pensent aussi a` l’impact de leur maladie sur l’entourage avec le domaine « famille ». Malgre´ les difficulte´s observe´es pour remplir le questionnaire, l’acceptabilite´ de la mesure est e´leve´e et l’ensemble des participants indique l’inte´reˆt que pourrait avoir cet outil.
Par ailleurs, dans les mesures classiques de qualite´ de vie comme le QLQ-C30, des difficulte´s de remplissage des questionnaires sont aussi observe´es [1].
L’analyse corre´lationnelle a montre´ des re´sultats le´ge`rement diffe´rents de ceux de la litte´rature. La version franc¸aise duPatient Generated Indexpre´sente une validite´
moyenne. Les domaines cite´s avec cette mesure individua- lise´e de QdV correspondent surtout a` des aspects sociaux et fonctionnels et moins a` des aspects e´motionnels comme avec la version anglaise. Ces re´sultats renforcent la spe´cificite´ du PGI par rapport au SEIQoL : alors que le PGI semble mettre en avant les difficulte´s d’ordre social, le SEIQoL semble surtout corre´le´ aux difficulte´s de nature e´motionnelle [7, 15]. De plus, l’analyse factorielle a montre´
que le PGI avait une part de variance commune avec le QLQ-C30, le POMS et le SWLS mais si celle-ci est mode´re´e.
La version franc¸aise du PGI semble moins stable (test- retest) que la version anglaise bien que ses qualite´s psychome´triques restent acceptables. Pour ce type de mesure, il existe plusieurs manie`res de tester la stabilite´ de l’outil ou sa sensibilite´ au changement :
– le patient doit seulement e´valuer des domaines de vie qu’il a cite´s la premie`re fois. Cette me´thode permet d’augmenter les re´ponses concernant les effets du traitement ; – lors d’une seconde passation, le patient a la possibilite´
de changer ou de rajouter des domaines a` ceux qui ont e´te´
initialement cite´s. Cette me´thode re´duit la sensibilite´ au changement mais extrait le contexte de vie du patient ;
– le patient rempli comple`tement le PGI a` deux temps diffe´rents. Ce qui permet de calculer 2 scores de qualite´ de vie.
Pourquoi observons-nous une corre´lation test-retest moins importante que celle qui est observe´e dans la
1 2 3 4 5 6 7 8
Nombre de Valeurs propres 0,0
0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0 3,5 4,0 4,5 5,0
Valeurs
Fig. 4.Valeurs propres de l’analyse factorielle comprenant : le score de QdV (pour le PGI), les sous-e´chelles de fonctions physique, e´motionnelle, sociale, les limitations fonctionnelles, l’e´tat de sante´ ge´ne´ral (pour le QLQ-C30), les troubles e´motionnels ge´ne´raux (pour le POMS5) et le score de satisfaction de vie (pour la SWLS)
Tableau V.Poids factoriels
Facteur
PGI QdV individualise´e 0,53
QLQ-C30 E´tat de sante´ ge´ne´ral 0,76
Fonction physique 0,75
Fonction e´motionnelle 0,67
Fonction sociale 0,82
Limitations fonctionnelles 0,77
POMS Trouble e´motionnel global –0,70
SWLS Satisfaction de vie 0,72
Variance explique´e 4,16
Prp.Tot 0,52
5Dans cette analyse, nous n’avons pas inclus les sous-e´chelles de de´pression, tension, vigueur et fatigue du POMS, car elles sont une partie du score e´motionnel global de´ja` pris en compte dans l’analyse.
version originelle ? Premie`rement, nous avons minimise´
les re´ponses extraites des exemples. Ainsi, plus de domaines sont individualise´s et risquent de changer entre les deux passations. La nature des domaines cite´s e´tant moins stable que la version anglaise, l’e´valuation de la qualite´ de vie s’en trouve affecte´e. Ne´anmoins, les re´sultats de la stabilite´ de la mesure sont acceptables et corroborent la sensibilite´ du questionnaire. Secondement, les conditions de passation ne sont pas identiques. Les patients remplissaient d’abord le PGI a` leur domicile puis le comple´taient a` nouveau avant leur consultation. Or, certains patients ont de´clare´ avoir besoin de temps pour remplir le questionnaire. L’acce`s au domaine de vie et la cotation peuvent eˆtre modifie´s.
Int e´ r eˆ ts pratiques
Les mesures individualise´es de QdV offrent une plus grande validite´ de contenu qu’une mesure standardise´e, car elles impliquent une plus grande part de subjectivite´
dans la de´finition des domaines importants pour le
Veuillez remplir le questionnaire suivant afin de nous indiquer comment votre vie est actuellement affectée par votremaladie et ses traitementset comment vous voudriez la voir améliorée.
PARTIE 1: Liste des domaines Dans cette partie, nous aimerions que vous réfléchissiez aux5 domaines de votre vie les
plus importants pour vous, qui ont été affectés par votre maladie ou par ses traitements. Nous vous demandons de les
écrire dans les cases ci-dessous.
Si vous ne trouvez pas 5 domaines, alors remplissez autant de cases que vous pouvez
en vous aidant de quelques exemples indiqués au verso de cette feuille. Il est néanmoins préférable que vous vous y
référiez le moins possible.
PARTIE 2 : Cotation des domaines Mettez, s’il vous plaît,une note pour chacun des 5 domainesque vous avez cités dans la partie 1. La note
doit indiquer à quel point vous avez été affecté(e) dans ce domaine par votre maladie ou votre traitement au cours de la semaine passée.Pour chaque domaine, indiquez une note de 0 à 6 en entourant un chiffre sur la
ligne correspondant à chaque dimension.
Aussi mal qu’il Aussi bien qu’il
est possible d’être est possible d’être S’il vous plaît, encerclez un chiffre à chaque ligne
0 1 2 3 4 5 6
0 1 2 3 4 5 6
0 1 2 3 4 5 6
0 1 2 3 4 5 6
0 1 2 3 4 5 6
PARTIE 3 : Répartition des points Nous voulons que vous répartissiez10 points entre les différents domaines de
viecités précédemment, pour indiquer ceux que vous estimez comme les plus importants pour votre qualité de vie
générale.
Attribuez plus de points aux domaines que vous considérez comme plus importants et
moins de points pour ceux que vous considérez comme moins importants.
Vous n’êtes pas obligé d’attribuer des points pour tous les domaines. Le nombre
total de points attribués ne doit pas dépasser 10.
Total = 10 Le nombre total de points
répartis doit être égal à 10
Fig. 5.Questionnaire
EXEMPLES Travail
Relations avec le conjoint Relations avec la famille Douleur
Relations sexuelles Autonomie Besoins spirituels Appe´tit
Hygie`ne Sorties
Activite´s quotidiennes Finances
Digestion Sommeil
patient. Ce qui concorde avec la de´finition donne´e par l’OMS.
En termes d’utilite´, les patients ont de´clare´ que cet outil pouvait eˆtre profitable a` la fois pour le patient mais aussi pour le clinicien. Il peut eˆtre utile pour le patient, car cela lui permet de faire le point sur sa maladie et l’impact des traitements dans sa vie quotidienne. Le PGI l’incite a`
re´fle´chir aux conse´quences de son e´tat de sante´. Il peut aussi eˆtre utile au clinicien qui a un retour sur le point de vue de son patient et de ses impressions envers sa maladie.
Le PGI ne comportant que 5 items, la lecture du questionnaire est rapide. Ainsi, graˆce a` une plus grande applicabilite´, le PGI pourrait guider le clinicien et le patient vers un choix de traitement qui affecte moins les aspects importants de la vie de celui-ci.
En termes de passation, il e´tait plus facile pour les patients de remplir le questionnaire a` leur domicile puis de l’apporter au clinicien le jour de la consultation plutoˆt que de le remplir en salle d’attente. Effectivement, ce jour-la`, certains patients sont stresse´s, et cela se re´percute sur leur e´valuation.
De plus, la ge´ne´ration des domaines re´clame de la re´flexion et il est plus aise´ pour les patients d’eˆtre au calme.
Compare´ au SEIQoL, le PGI est plus facile a` auto- administrer puisqu’il ne ne´cessite pas la pre´sence d’une tierce personne. La passation peut donc eˆtre moins couˆteuse en temps et en personnel. La ponde´ration aussi est plus aise´e que celle du SEIQoL et que celle de la version anglaise du PGI [17], car les points sont ramene´s a` 10 au lieu de 12. Ces avantages corroborent l’inte´reˆt que le patient remplisse le PGI a` son domicile et offre une plus grande autonomie de passation.
Conclusion
La traduction et l’adaptation franc¸aise duPatient Genera- ted Index ont aussi permis de minimiser les erreurs de ponde´ration et les difficulte´s que les patients pouvaient rencontrer lors de la passation. Cet outil semble utile a` la fois pour le patient et pour le clinicien. Son acceptabilite´ et ces facilite´s de passation permettraient de bonnes appli- cations dans le domaine me´dical. Au niveau me´trologique, le Patient Generated Index posse`de un bon pouvoir discriminant avec une bonne sensibilite´ de la mesure de la QdV. Par la suite, il faudra de´terminer sa sensibilite´ au changement. Cependant, sa validite´ et sa stabilite´ sont encore limite´es. Au cours de recherches futures, il restera a`
comparer les deux mesures individualise´es de qualite´ de vie que sont le SEIQoL et le PGI et a` e´tudier ainsi l’apport de chacune dans l’e´valuation de la QdV. Puis, il restera a`
tester diffe´remment la stabilite´ du PGI en faisant varier l’intervalle entre le test et le retest.
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