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Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Halimaoui, S. (1977). Les réformes agraires et les changements socio-économiques, politiques, culturels au sein du monde rural: bilan des expériences
pour l'approche du cas de l'Algérie et de ses perspectives d'évolution. Contribution à une sociologie rurale; la paysannerie dans le développement économique et social (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques, Bruxelles.
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RiFORMiS RCRA/RFS iT US CHRHeeMFRTS
SOCfO-iCOROM/WeS.
POUmUiS, CUIWRHS AV SUR DO MORDe RORAi
Bilan des expériences pour L'approche du cas de L'Algérie et de ses perspectives d'évolution.
Contribution à une Sociologie Rurale;
La paysannerie dans Le développement économique et social.
s Sciences sociales^politiques ques.
E LIBRE DE BRUXELLES.
*
1977
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AU sent BU MUHBe RURAt
Bilan des expériences pour L'approche du cas de L'Algérie et de ses perspectives d'évolution.
Contribution à une Sociologie Rurale,
la paysannerie dans Le développement économique et social.
2
FacL Les,poLitiques
et écorfomiques.
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES.
*
1977
. *Avec ce qu'un yankee dépense en achetant seulement de quoi boire, Juana eut été guérie !
Nicolas GUILLEN
"Visita a un Solar"
CHAPITRE I.:
L'agriculture cubaine avant la révolution : aperçu général sur une économie dépendante
On ne peut aborder l'étude de l'agriculture cubaine, sans aborder les distorsions et les déséquilibres qui affectent en général l'Economie avant la révolution (1).
Et nul n'a mieux tenté de cerner er résumer cette grave situation de dépendance que celui que la Révolution cubaine allait consacrer comme
son principal artisan : Fidel CASTRO, qui déclara en 1953 devant le tribunal de Santiago :
"Sauf quelques industries de l'alimentation, du textile et du bois, Cuba est un pays producteur de matières premières. On exporte du sucre pour importer des caramels, on exporte des cuirs pour importer des
chaussures, on exporte du fer pour importer des charrues... 85% des petits agriculteurs cubains paient des rentes et vivent sous la menace d'être
délogés dé leur parcelle. Plus de la moitié des meilleures terres cultivées sont aux mains des étrangers» En Oriente, la province la plus grande, les terres de 1'United Fruit Cy et la West Indien Cy, unissent la côte Nord à la côte Sud. 200.000 familles n'ont pas un arpent de terre ou semer des tubercules pour nourrir leurs enfants affamés et à l'inverse, 300,000 caballerias de terre productive (1 cab = 13,4 Ha) restent en friche, aux mains de puissants intérêts., Si Cuba est un pays éminemment agricole, si la population^ est en grande partie paysanne, si la grandeur et la pros
périté de notre nation dépendent d'une paysannerie saine et vigoureuse, qui aime et isait travailler la terre d'un Etat qui la protège et l'oriente, comment est-il possible qu'une telle situation se maintienne encore" (2).
Cette position tranchante illustrera le contenu du mouvement castriste qui ira grandissant et porter la lutte armée dans la Maestia (3). Elle résume V-elle seule la dépendance structurelle de l'économie cubaine que nous étudierons a travers les déséquilibres de ses structures.
l
I. ETUDE DES STRUCTURES FONCIERES DANS LES CAMPAGNES CUBAINES
A. LA CONCENTRATION FONCIERE
Comme pour le Mexique (que nous avons déjà étudié en premier exemple) et l'ensemble des pays d'Amérique Latine, le premier phénomène à retenir l'attention, est l'existence d'une forte concentration
foncière. Le tableau suivant pour Cuba résume cette situation :
Groupe Nombre d'expoitâtions % Superficies en Ha %
jusqu'à 2 cab 125.619 78,5 1.362.533 15
de 2 à 5 cab 16.766 10,5 822.539 9
de 5 à 30 cab 13.150 8,2 1.728.241 19
plus de 30 cab 4.423 2,8 5.163.842 57-
total 159.958 100,0 9.077.155 100
source : Michel GUTELMAN : ''L'Agriculture socialisée à Cuba" 1967 Fr. Maspero Paris,p 10.
Selon le même auteur, moins de 3% des exploitations (- 4423) couvraient 57% de la superficie, soit 5.163.842 Ha tandis qu'à l'extrême opposé, 78,5%
des exploitations (125.619) n'occupaient que 15% de cette superficie, soit 1.362.533 Ha. Autrement dit 4423 exploitations occupaient ensemble près de 4 fois la surface des 125.619 autres (commentaire du tableau).
De nombreux tableaux de recoupement témoignent plutôt de l'existence d'une concentration plus forte : le nombre de propriétaires étant souvent surrestimé (41. Mais dans l'ensemble, ils indiquent la présence de quelques 3000 propriétaires détenant près de 70% du sol arable. La surface
agricole cubaine de 1959 est évaluée à quelques 9.077.000 Ha.
B. PREDOMINANCE DU FAIRE-VALOIR INDIRECT
Cette même concentration foncière témoignait de la prédominance d'un faire-valoir indirect. C'est ainsi que 32,4 % seulement des proprié
taires travaillaient directement leurs propriétés, soit au total 30,5% des exploitations (5).
Ce mode de faire-valoir indirect témoigne aussi de l'existence marginale de la "petite propriété" foncière dans les campagnes cubaines, c'est ainsi que près de 85% de l'ensemble des exploitants sans droits de propriété seront les premiers bénéficiaires de la Réforme Agraire.
C, LES RAPPORTS DE PROPRIETE EXISTANTS
Comme pour beaucoup de pays d'Amérique Latine, en particulier le Mexique que nous avons vu à pronos des critiques adressées par A. GUNDER FRANCK à P. Gonzales CASANOVA, l'exemple cubain, dit-on secrète des structures agraires semi-féodales.
En réalité, ces caractéristiques semi-féodales sont sur le plan juridique l'expression d'un amalgame du droit ancien espagnol et des idées modernes sur la propriété privée (6). Mais cet amalgame n'exclut pas la o prédominance de rapports de production capitalistes véhiculés par l'existence de la propriété privée dominante; Cette propriété privée qui s'est
développée (surtout la propriété étrangère (7)), a suivi le processus de décomposition de la paysannerie.
Nous avons parlé plus haut de la prédominance du mode de faire- valoir indirect : cela implique la présence effective d'un grand nombre
de fermiers, groupe social dominant à la campagne. Ces mêmes fermiers faisant appel pour le travail de la terre à des sous-fermiers (surtout autour des centres urbains de consommation, et des zones d'élevage intensif). Autrement dit, le fermage et le sous-fermage constituent des formes d'expropriation et d'extraction en chaînes du surtravail agricole. ~~
f
sentant près de 20% des exploitants agricoles, avec seulement 6% des
superficies. Leur majorité bénéficie d'un statut juridique très précaire : avec absence de titre de propriété facilitant en cela leur expulsion. A leur égard, M. GUTELMAN (op. cit. p 15) écrit :
"Près de 10% des exploitants étaient des occupants sans titre ni statut juridique clairement définis. Une partie importante d'entre eux, que l'on appelait à juste titre "précaristas" (occupants précaires),
possédaient des titres de contrats de nature variable mais qui n'étaient pas légalement reconnus. Dès lors, leurs détenteurs pouvaient au hasard de
longs et coûteux procès et de sentences judiciaires très souvent discutables, être délogés de leurs terres ou, plus rarement, confirmés de leurs droits."
D. LE SALARIAT DANS L'AGRICULTURE
L'existence de ces formes et rapports de propriété n'exclut pas la présence du salariat agricole, au regard de l'importance du Prolétariat agricole. Celui-ci a vu son apparition depuis le XVIIIème siècle, par suite du processus de décompositioir de la paysannerie, par le biais des
expropriations, expulsions, etc (8)
Une caractéristique de ce prolétariat agricole à la veille de la révolution et au lendemain de l'application de la réforme agraire : ce prolétariat agricole est important numériquement, son origine remonte à
la guerre d'indépendance (vente des terres des petits propriétaires ruinés et libération des esclaves) et oui occupe à la veille de la révolution 477.000 personnes (soit 58% de^ià pôpuTation agricole active).
Cette masse n;';aspire nullement à la propriété de la terre^et se
contente de revendications spécifiquement économiques et sociales. Et c'est cette prédisposition de ce prolétariat agricole qui va permettre le
processus d'étatisation. Pourquoi ?
car cette classe ouvrière d'origine paysanne, ne va pas manifester cette "soif de terre" spécifique à beaucoup de petites paysanneries expro
priées, et pour qui le recouvrement de la petite propriété (revendication typiquement petite-bourgeoise) est une nécessité historique, et une phase que doit respecter tout régime démocratique à caractère socialiste.
Ce prolétariat agricole va permettre donc de faciliter le processus de collectivisation dans l'agriculture; son importance va accélérer la mise en place des structures collectives de ptoduction.
Ce prolétariat agricole était en partie constitué par les ouvriers de latifundio d'élevageet ceux de plantations de canne à sucre. Toutefois, ce prolétariat agricole est frappé d'un sous-emploi chronique (surtout des travailleurs des plantations de canne-à sucre) : l’enquête effectuée à ce sujet par la C.E.P.A.L. (9) montre que de mai à octobre, il y a en moyenne, 445.000 chômeurs, soit 18,5% de la population active. Et de novembre à janvier, avec le début de la campagne sucrière, ce pourcentage tombe à
14,6%, soit 353.000 chômeurs. Et ce n'est que de février à avril, en pleine période de récolte, que le pourcentage atteint des niveaux à peu près normaux:
8,3% de la population active, soit 200.000 chômeurs.
Un autre tableau nous permet d'apprecier l'importance de ce sous- emploi : cf M. GUTELMAN (op. cit. p.l6) :
Travailleurs salariés
^permanents j 53.693 __ (1/8) 477.382 dont<^
^^on-permanents î 423.690 — (7/8)
Travailleurs
non-salariés 352.724
TOTAL 829.668
Ainsi pour répondre et résorber ce sous-emploi, la réforme agraire va créer 317.000 emplois nouveaux, répartis entre les années 1958
(598.000 personnes employées) et 1961 (915.000 employés).
Mais cela ne va pas régler le problème du chômage structurel qui touche en plus du prolétariat, les petits paysans propriétaires ou
paysans sans terre. Nous verrons les raisons fondamentales de ces limites en passant en revue les deux lois de réforme agraire et leur place dans la stratégie de développement à Cuba, fondée sur la planification sociale de plus en plus élaborée.
E. LA PROPRIETE LATIFUNDIAIRE ET LA PROPRIETE ETRANGERE
Dans notre chapitre introductif aux problèmes agraires d'Amérique Latine, nous avons longuement développé et exposé les caractéristiques fondamentales et générales de la propriété latifundiaire.
est sans conteste. On peut d'ailleurs l'apprecier à travers les statis
tiques disponibles sur la détention du bétail bovin (résultats du recensement de 1951) : c'est ainsi qu'à l'époque 90.000 exploitations possédaient du bétail dont 75.000 soit 83%, nourrissaient chacune moine de 50 têtes et détenaient plus ou moins 25% du cheptel. Alors au'à
l'extrême opposé, 2.820 exploitations détenaient chacune plus de 250 têtes et 43% de l'ensemble du cheptel bovin.
On fera remarquer que la concentration de latifundio de canne à sucre était plus manifeste. Le même recensement de 1951 (cité par M. GUTELMAN op. cit. p.l8) fait état de l'existence d'une superficie de 1.793.000 Ha, aux mains des 22 plus importantes compagnies sucrières : avec une moyenne presque de 815.000 Ha par latifiundia. Ces mime latifundio contrôlaient 70% des terres à canne à sucre. (10).
Quant à l'importance du secteur de propriété étrangère, il suffit d'apprécier la place dans le patrimoine pour s'appercevoir que le
mouvement du 26 juillet et de F. CASTRO, était un mouvement dont les objectifs sar le plan agraire étaient inséparables des perspectives de lutte anti-impérialiste.
Cela rejoint une des plus importantes thèses contenues dans notre problématique de départ : à savoir, qu'en raison de liens historiques de dépendance structurelle, une véritable réforme agraire qui s'applique dans ces pays dominés de l'extérieur par les métropoles du capitalisme mondial, est inséparable d'une lutte anti-impérialiste. Le degré de dépendance et les formes de lutte contre cette dépendance (comme dans le cas du Mexique que nous avons étudié), détermine en général le contenu politique, économique et idéologique de la réforme agraire, et en détermine le rythme.
Pour le cas de l'expérience cubaine, l'application d'une véritable réforme agraire servant les intérêts de la petite paysannerie, pauvre et sans terre, du prolétariat agricole ne pouvait pas aller dans nationaliser et remettre en cause les intérêts étrangers dans l'île.
Nous verrons par la suite comment la nationalisation intégrale de ces intérêts étrangers va permettre un rythme d'application fort avancé de la réforme agraire et permettre inéluctablement le passage à des formes d'appropriation, et de production spécifiques à une voie de transition au socialisme.
1
II. LE ROLE DOMINANT DE L'AGRICULTURE DANS L'ECONOMIE CUBAINE
A. LE SOUS-EMPLOI DU SOL
Les exploitations agricoles occupaient près de 80% de la surface totale. Mais au regard de cette forte étendue des superficies des sols cultivables, on constate un faible développement des forces pro
ductives : avec faible culture des terres pourtant de grande fertilité.
D'ailleurs des terres destinées aux autres usages que l'agriculture étaient dominantes (importance des terres improductives).
Paritant du faible niveau de développement des forces produc
tives (11 )h GUTELMAN (op. cit. p.23) écrit :
"Les méthodes de culture et les techniques variaient fortement d'un bout à l'autre de l'île, selon des types d'exploitation et la localisation des exploitations. S'il est faux de dire comme on l'a fait quelques fois, que toutes les pratiques culturales étaient ex
tensives et primitives, il n'en reste pas moins vrai que l'extensivité et l'archaïsme des techniques dominaient l'agriculture cubaine. Cet état de fait était, comme nous le verrons ultérieurement lié à 1'exis
tence des latifundia et au type de relations économiques que Cuba avait établies avec l'extérieur en se fondant essentiellement sur les
exportations sucrières, la situation variait d'ailleurs selon les cultures."
A cela s’ajoute les distorsions entre les faits des différentes productions : c'est ainsi que l'on a remarqué qu'au sein même de cês terres; la part grandissante de la production de canne à sucre, et celle des autres productions prenant la tendance à baisser, â s'amenuiser.
B. LES PRINCIPALES PRODUCTIONS DE L'AGRICULTURE CUBAINE
Caractérisée, sans raison d'ailleurs, de peu diversifiée, l'agri
culture cubaine au contraire avait de grandes prédispositions à cette
production, le peu de débouchés offerts par le secteur industriel de transformations, et l'impossibilité d'atteindre les grands marchés internes et externes.
Ce sont ces obstacles fixés par une structure de production
déterminée, qui permirent à la canne à sucre d'avoir la place dominante dans l'économie cubaine (12) : en particulier dans le secteur des
exportations qui procuraient l'essentiel des moyens indispensables à l'importation de bien industriels et alimentaires.
“1 . Importance de la monoproduction sucrière
Introduite et généralisée à Cuba par les Espagnols (après la
Jamaïque et Haïti), la monoproduction sucrière ne tardait pas à façonner à la fois l'activité économique et sociale du pays.
Des conditions naturelles favorables et le recul du principal fournisseur mondial (Haïti) ont fait après la guerre d'indépendance^
de ce pays ( plus'important fournisseur international.
Cette place dominante sur le marché mondial, les Cubains devaient la garder par le biais de mise en valeur de surfaces forestières et la reconversion d'autres cultures. Ce qui ne fait, en définitive,
qu'accentuer la déformation structurelle de l'économie cubaine et de son agriculture surtout : c'est ainsi qu'à la veille de la révolution, la canne à sucre occupe 66% des terres cultivées.
Et c'est cette même structuration et spécialisation qui oblige
Cuba à recourir à l'importation massive de produits agricoles alimentaires (13).
2. Quelques caractéristiques de la production sucrière
Principalement, la production de canne à sucre nécessite une main- d'oeuvre importante (lA), mais fortement sous-employée comme nous
1'avons vu antécédemment.
Le cbomage saisonnier s'étend d'ailleurs à d'autres activités (branches de l'industrie et des services) liées à la production sucrière (notamment l'utilisation des moyens de transport et les ports).
L'ampleur de ce chômage saisonnier pèse fortement sur l'agri
culture où les travailleurs acceptent de faibles rémunérations. Et
c'est en raison de ces faibles coûts de la production, malgré l'archaïsme des techniques, et les rendements faibles que la rentabilité de la canne à sucre était assurée. De même la constitution des sols cubains et les méthodes extensives favorisaient l'amortissement du capital investi
(la replantation n'intervenait que tous les 12 ans).
Ces caractéristiques socioxechniques de la production sucrière, particulières donc, font qu'en général, il s'agit beaucoup plus d'une production de type industriel, que d'une production agricole. On assiste mime â un début d'intégration agrico-industrielle(15).
Toutefois, les relations techniques entre les terrains de canne et les sucreries sont fixées de façon assez rigide, et donnent lieu à un contrôle continu de la sucrerie sur la phase agricole de production
(établissemen^^^^t respect de contrats de livraison, etc) .
Pour ce qui est d'une caractéristique sociale et d'une contra
diction fondamentale spécifique à toutes les activités de type capi
taliste : c'est l’e istence dans ce secteur sucrier d'un fort prolétariat organisé selon les méthodes syndicales propres au prolétariat industriel.
De même qu'on assiste à une contradiction de plus en plus visible : c'est le caractère social de la production sucrière de plus en plus
étendue et la tendance à ùne appropriation privée des moyens de production de plus en plus accentuée; car quelques familles seulement s'approprient le presque totalité des moyens de production (terres et sucreries).
Nous verrons que cette contradiction spécifique au secteur dominant de l'économie cubaine va permettre de déboucher sur une appropriation sociale de ce secteur sucrier. Cette contradiction est donc un des aspects explicatifs de ce phénomène d'appropriation sociale.
3. Monopolisation et dépendance : la pénétration et la domination Nord-Américaine et les effets sur les forces sociales cubaines Les caractéristiques socio-techniques (exposées plus haut) au niveau de la production sucrière sont accompagnées de certains éléments au niveau de la commercialisation qui permet l'accentuation de
l'emprise étrangère.
Les écarts grandissants entre l'offre et la demande entraînent à plusieurs reprises l'effondrement du prix mondial de sucre. Cette chute des Cours étant contrôlée, provoquée par les acheteurs Nord- Américains qui diversifient les sources d'approvisionnement, facilitant par là, la concurrence entre elles; et favorisant chez certains pays la production effrenée et anarchique dans le seul but d'accroître la masse des devises(16).
Cette politique économique fixée par la métropole US pouvait permettre l'asphyxie de certaines économies mono-exportatrices. Mais dans le but de les! maintenir intégréesau marché d'exportation (17), la métropole signait des conventions préférentielles favorisant certains achats à des pris stables ou souvent plus élevés que ceux du cours
mondial.
Cela favorisait bein entendu l'éclosion de deux marchés : 1'un préférentiel (dont les prix permettent la péréquation avec les prix du cours mondial) et le marché mondial (constitué) où sont déversés les surplus, à des cours variables et instables surtout.
Cette monoproduction sucrière étant à la fois,un facteur de déperlance et d'accentuation de la pénétration US., la dépendance se maniLfflreste au niveau de la fixation des prix et de leur contrôle , et de la\détermination de l'importance des accords préférentiels.
Concernant les cours, le marché du sucre est sujet â des chutes brutales, comme de fortes hausses. Les hausses sont parfois l'occasion de multiplier par trois le revenu national.(18).
Pour les marchés préférentiels, Cuba est lié à 1'American Sugar Act, par un accord issu de la loi de Castigan JONES votée par le Congrès US en 1934 : celui-ci permet aux cubains d'avoir 28,6% du marché américain.
Cuba demeurera donc le premier fournisseur mondial de sucre (dont les USA s'approprient les 35% des exportations). Après avoir atteint
7,2 millions de tonnes en 1952, dernière année avant le contingentement la production a fluctué entre 4,5 et 5,7 millions de tonnes de 1953 à 1958.
Cette monoproductiort eri conclusion, est à la base de l'instabilité économique de Cuba (19), le pays dépendant de l'ampleur des expoetations sur le marché mondial capitaliste (plus de 2 millions de tonnes par an), dont les cours sont soumis à des fluctuations importantes (20).
Mais cette orientation du capital "américano-cubain" ne peut s'empêcher d'avoir deux conséquences assez graves pour la politique économique du pays dans son ensemble :
1. d'abord, un faible développement de l'activité industrielle au regard de sa capacité technologique très retardataire. Ceci est dû à la faiblesse du volume des investissements à long tenhe qui ne peut engendrer une moderniéation de l'appareil de production.
2. et surtout la fuite des capitaux vers l'étranger, qui constitue une véritable saignée de l'économie cubaine (21).
Telles sont les deux caractéristiques qui permettent d'accroître la dépendance de Cuba (22) et de favoriser la pénétration américaine de plus en plus, jusqu'au point de faire déclarer au sénateur Stephan A. DOUGLAS (repris par J.J. ALPHANDERY) :
"C'est notre destin de posséder Cuba et ee serait une folie
même de débattre cette question : Cuba appartient par nature au continent US".
Cette déclaration étant un pas décisif vers l'intervention militaire des USA à Cuba, en vue de se substituer à la colonisation espagnole
lors de la Gurerre d’indépendance. Vaincue, l'Espagne est contrainte de signer l'accord de Paris qui octroie l'indépendance à Cuba, et prépare la domination politico-administrative des USA. La consti
tution de 1921 et l'assemblée constitutionnelle qui en est issue, sont approuvées par le gouvernement américain, et en son nom, le Général WOOD, gouverneur de l'Ile.
La pénétration politico-administrative sera complétée par la domination militaire, qui permettra plus tard de tenir en mains tous les leviers de commande de l'êconmie cubaine : l'amendement PLAIT, noté par le Sénat US figure en annexe de la constitution cubaine. Il autorise les USA à intervenir militairement, ou diplomatiquement dans les affaires intérieures de l'Ile pour "sauvegarder son indépendance et soutenir un gouvernement stable et capable de protéger les vies humaines, les propriétés et les libertés". Il accorde aussi aux USA le droit d'établir (c'est minime !) des bases militaires et navales, et un droit de véto sur les accords et les engagements internationaux des futurs gouvernements.
De la domination politique à la domination économique, la boucle sera bouclée èn 1903, par le Traité de Réciprocité qui favorise l'impor
tation des produits US et l'ouverture de leurs capitaux dans l'Ile (23).
Encore que ces investissements auraient pu avoir un effet stimulant pour l'économie cubaine. Bien au contraire, ils ne firent qulaccentuer le degré de dépendance de ces structures, comme l'attestent le choix et l'orientation des secteurs d'investissements.
De même l'importation des biens d'équipements américains, à n'en pas douter, favorisent surtout l'industrie américaine. Et la majeure partie de ces investissements US s'adresse directement au secteur des services (secteurs improductifs pour l'économie cubaine, mais où les investisseurs captent des surprofits, rapatriés bien sûr), et les mines.
Par contre, l'agriculture connaîtra une chute de 50% des inves
tissements entre 1929 et 1958. Ce qui est énorae, et ne fera qu'aggraver le sous-développement de l'Ile. Dans ce cas mime, les investissements (24) ne sont en réalité que des réinvestissements à partir des profits ce
réalisés par les sociétés américaines. Une partie de ces investissements retourné à la "mère patrie" (USA) pour l'importation des produits de
consommation, en vue de d'attacher par une certaine "dynamique de besoins"
les classes exploiteuses et dirigeantes sur place, relais de cette domination impérialiste des plu^ cupides. Le reste des capitaux cons
titue des dividendes versés aux sociétés entreprenantes.
Américains sur les forces sociales du pays nous intéressent à plus d'un titre. Leurs caractéristiques fondamentales, et la place de ces
différentes classes sociales dans la structure du pouvoir économique et politique peuvent nous éclairer sur leurs attitudes lors de la période révolutionnaire à venir, et sur leurs positions, lorsque l'armée rebelle victorieuse va décréter la réforme agraire à Cuba.
3a. Les effets de la domination sur la politique rurale Dans cette perspective, la classe moyenne des "colonos" fut réduite à une inévitable situation de dépendance. En effet l'accapa
rement des terres par les centrales sucrières imposa aux "colonos"
des conditions de production à des prix fixés arbitrairement par les compagnies.
0n n'omettra pas de souligner que cette population avait une tradition de combativité notoire, connue sous le nom vulgaire de
"Banditisme rural". C'est vers la fin de la guerre d'indépendance que le banditisme rural avait acquis un grand essor. Il fut durement combattu par le gouvernement j.nternationniste américain, qui créa une
"garde rurale", utilisée comme instrument de répression contre les masses rurales, délogées et expulsées de leurs terres, au bénéfice des
compagnies sucrières et des latifundistes.
Ce banditisme rural incarnait en fait un mouvement de protes
tation sociale, qui se développa surtout dans la province d'Oriente, berceau de la révolution cubaine.
3b. les caractéristiques de la bourgeoisie cubaine
Une des caractéristiques essentielles de la bourgeoisie dépendante cubaine est qu'elle n'eut jamais une constitution autonome et durable comme toute oligarchie nationale qui se respecte. Elle fut succes
sivement ruinée dans les guerres d'indépendance et la banqueroute de 1920.
Il n'y eu pas non plus de formation d'une bourgeoisie industrielle, comme ce fut le cas pour beaucoup de pays d'Amérique Latine, quelque peu autonome.
Dans le cas de Cuba, on peut parler d'une "Lumpen-Bourgeoisie"
(cf. A.G. FRANCK), car la mission historique sacrée de cette bourgeoisie, dépendante cubaine fut de servir de relais et d'intermédiaire pour la domination et la perpétuation des intérêts étrangers.
En effet, la prédominance, dans le secteur sucrier, des intérêts espagnols d'abord, et Nord-Américains ensuite, à partir de 1880 étran
glant économiquement une bonne partie du secteur national de la classe dominante, l'ont convertie en une force subalterne, jouant le simple rôle d'intermédiaire politique à l'avènement de la république.
La bourgeoisie dépendante cubainev à la différence d'autres bourgeoisies latino-américaines qui se libèrent en 1825, n'a jamais réussi à se constituer (relativement) simultanément en secteur dominant politiquemei omiquement
le plai
quand elle eut l'hégémonie politique formelle secteur malgré tout n'agissant pas de manière
e fut un secteur partiellement dominant sur tique. Et
ce fut un e.
is subalterne d'un point
L'existence de cette bourgeoisie dépendante renvoyait à l'existence de ses deux fractions : la fraction agraire et la fraction industrielle.
Les cenfiits qu'elles purent avoir n^eurent jamais un caractèrev^ta- goniste. En réalité, les deux secteurs furent toujours étroitement”
liés, en vertu de liens économiques, politiques , sociaux et familieux.
On retiendra surtout que la bourgeoisie dépendante cubaine de par son caractère marginal, se différenciait des bourgeoisies d'autres pays, en ce sens que tructure et ses intérêts spécifiques la rendaient incapable de construire une économTë"moderne, indépendante, et diversifiée sur le plan des échanges.
C'est que l'ampleur de la pénétration du capital Nord-
Américain dans l'économie cubaine, moyennant le système d'enclaves, ne nous permet pas de parler à Cuba au XXè siècle, d'une oligarchie nationale traditionnelle, car elle fut pratiquement liquidée par cette pénétration.
Aussi son manque d'intérêts à rompre les liens économiques de dépendance - liens qui garantissaient malgré tout son opulence - rendant cette même "Lumpen-Bourgeoisie" incapable de construire, sur le plan politique, une nation réellement indépendante.
Assouvissant ses intérêts égoïstes de classe, se limitant donc à un rôle de simple relais de la domination étrangère, ce valet conduc
teur de la perpétuation de la mainmise de l'impérialisme américain, cette bourgeoisie ne Ifâïdëra pas è s ' ettaceiT politiquement sous la poussée des forces sociales plus dynamiques, qui feront une irruption marquée dans l'Histoire de Cuba, allant jusqu'à influencer l'orientation
et la destinée du pays : principalement cela sera l'oeuvre de la petite bourgeoisie.
Le processus de prolétarisation qui fit suite à la pénétration espagnole (avènement du capitalisme mercantile) et surtout américain (expansion du capitalisme néo-colonial) et dont elle souffra surtout entre 1898 et 1933 la réduisit à une place marginale tant sur le plan politique qu'économique.
Se voyant foncièrement exclue des activités économiques, indus
trielles, agricoles, commerciales les plus déterminantes - monopolisées par le bloc oligarchique (Nord-américain et cubain) - cette classe au lieu de se cantonner dans un rSle de stabilisateur du statu quo
social, commé ce fut le cas dans la majorité des pays d'Amérique Latine, exerça au contraire une fonction permanente de mise en cause de la situation qui prévalait à Cuba en cette période.
De la critique constante du système social dans son ensemble, une fraction radicale de cette petite bourgeoisie ne tardera pas à passer à sa remise en cause de façon fondamentale - la voie armée - après avoir épuisé tous les autres moyens de lutte politique légale.
Fidel CASTRO considérant tous les moyens légaux dépassés dans la conjoncture pré - révolutionnaire, décide de partir au Mexique, en déclarant
"Je pars de Cuba (juin 1955) parce qu'on m'a fermé toutes les portes de la lutte critique (...). De voyages comme celui-ci on ne revient pas ou on revient pour avoir la tête du tyran". (25)
Cela ne ressemble en rien à une prophétie, mais plutôt à la détermination politique d'une avant garde révolutionnaire qui veut en finir par tous les moyens après le régime dictatorial. La suite des évènements historiques confirmera la place importante et le rôle déter
minant joués par cette "petite bourgeoisie radicale" (Ch. BETTELHEIM).
4, Secteur sucrier et perspectives de la réforme agraire â Cuba L'étude de ce secteur sucrier est important^ plus d'un titre.
Car_ :^1 nous éclairera à la fois sur la nature du processus politique â Cuba, pour parvenir à 1'indépendance véritable, et sur les conditions d'application de la réforme agraire â Cuba et de son évolution.
Car la domination de ce secteur sucrier par les intérêts US va poser les problèmes structurels fondamentaux â l'agriculture cubaine et permettra de dérégler, quelques temps, les mécanismes de planification économique que le pays se chargera de mettre en place après la
révolution.
La domination de ce secteur va signifier longtemps la main-mise totale des USA sur l'économie cubaine : puisque c'est eux qui vont accorder une importance aux produits américains qui envahissent l'Ile
(on ne compte pas moins de 497 produits introduits (26), avec bien entendu, réduction des droits de douane de 20 à 40 %; alors que le sucre et le
tabac cubains sont contingentés par le quota).
De la perte de ces possibilités de diversification agricole à la situation d'échange inégal, créant un solde négatif pour Cuba, la tendance à l'augmentation des exportations américaines est claire.
Défavorisée par les accords commerciaux, Cuba se trouve dans l'incapacité de diversifier ses échanges en raison de l'extension des modèles de production et de consommation américaines devenus dominants.
L'infrastructure éconbmique elle-même (transports, voies de communication) est conçue en faveur d'un commerce de monopole des USA. Aussi le dévelop
pement d'autres courants d'échange (et nous le verrons avec l'URSS) va poser des problèmes sérieux a Cuba.
Cette pratique monopoliste d'échanges favorables aux USA va permettre de contenir l'industrie cubaine dans un état d'arriération chronique,
submergée par les produits d'importation US, détaxés. Ce qui permettra d'assigner à Cuba la fonction de pays dépendant classique : c'est-à- dire importateur de produits manufacturés et exportateur de^matiêres premières (27).
Enfin, la stagnation de la production (28), redoublée par l'effet d'expansion démographique (29), acheva d'asseoir la domination impéfialiste US sur l'économie cubaine limitant de façon sérieuse la croissance du
niveau de vie de la population cubaine (30) de même que l'équilibre de la balance commerciale.
Liée par des conditions économiques désavantageuses, et profitant strictement à la métropole américaine, l'économie cubaine se trouvait structurellement déséquilibrée. Ce même déséquilibre était aggravé par l'impossibilité de dégager une épargne suffisante, en raison de l'étroitesse ét de l'instabilité d'un marché interne.
Sur le plan économique., cette situation ne manquait pas d'affecter le niveau de vie des masses paysannes. Pour celles-ci, le problème de l'emploi demeurait un problème crucial, que ne pouvait résoudre le caractère monoproductaur de l'activité agricole.
A cette structure de l'emploi dont les caractéristiques ne favori
saient nullement la plein utilisation des capacités productives dans lés campagnes cubaines, s'ajoutait un faible niveau d'alimentation et de nutrition (seuls quelques 7,2% de la population paysanne pouvaient en raison d'un revenu jugé minimal, satisfaire leurs besoins alimentaires les plus essentiels).
C'est le signe que la mainmise économique de l'impérialisme US sur l'Ile est consacrée. Celle-ci d'ailleurs a été accompagnée de l'intervention militaire, facilitée par l'amendement tATT (op. cit.).
Jusqu'en 1959, nous voyons que l'Ile est rattachée dans tous les domaines aux USA. Et tous les gouvernements qui se succéderont dans l'Ile ne peuvent prendre aucune décision sans l'assentiment de cette puissahce.
Cette satellisation politico-administrative de Cuba par les Etats-Unis crée l'ultime condition qui va entraîner la conjoncture historique et déboucher sur la révolution de 1959.
Telle se résume la situation à Cuba à la veille de la révolution.
Il est inévitable dans ces conditions que la grande partie de la popu
lation va se joindre à celui qui porte ses aspirations profondes : Fidel CASTRO et le "mouvement du 26 juillet". A partir de ce jour, le régime de BATISTA est en sursis (31). Il ne fera rien avec son armée de mercenaires pour essayer d'enrayer un processus révolutionnaire, dont on examinera la complexité et l'originalité, tant sur le plan théorique, politico-idéologique, que pratique.
Cette complexité du processus révolutionnaire s'explique par la présence de plusieurs niveaux d'intérêts des différentes classes
sociales qui vont participer à la lutte et des moyens qu'elles utilisent.
Notre objectif dans ce cas se propose de ressortir la composante sociale de ce mouvement du 26 juillet, en étudiant principalement la place et le rôle distinctement de la classe ouvrière (I), de la
paysannerie (II) et du rôle politico-idéologique de la petite bourgeoisie sans oublier d'autres catégories, telles que la bourgeoisie sucrière (IV) par exemple.
En ce qui concerne le mouvement ouvrier, en premier lieu, on tâchera de saisir son rôle historique, principalement à travers ses différentes participations au mouvement démocratique (luttes économiques pour les salaires, luttes syndicales pour l'organisation, etc).
Dans la chronologie historique du début d'organisation de cette classe ouvrière, on prendra comme point de départ la lutte contre
le régime de BATISTA particulièrement. Ce qui fait que nous ne remontons pas jusqu'aux origines historiques du mouvement ouvtier à Cuba,: ce
sujet n'étant pas notre principale occupation (32).
Le cheminement de notre démarche consiste à saisir l'évolution du mouvement ouvrier, sa maturation politico-idéologique à travers chaque étape de lutte, et surtout l'explication de sa place importante dans le mouvement démocratique en opposition au dictateur BATISTA.
On rappellera brièvement que le coup d'Etat de Fulgencia BATISTA le 10 mars 1952, ne rencontra aucun mouvement d'opposition. Seul le secteur universitaire (dont on ressortira l'importance au cours de ce développement) manifesta son indignation contre l'abrogation de la Constitution. Et si le mouvement communiste dénonça le caractère pro-impérialiste de ce coup d'Etat, il ne put organiser une quelconque opposition de masse, en raison surtout de la désorganisation de la base sociale, la classe ouvrière.
contre tous, et partait, à ce combat inégal, handicapé du lourd fardeau de ses compromissions. Seuls les plus fidèles - cette "minorité à l'esprit religieux" - étaient capables de le suivre dans ce nouveau virage périlleux. "L'incompréhension" de la plupart des cubains
condamnait désormais le P.S.P. à vivre uniquement â l'heure de Moscou.
Il plaçait tous ses espoirs dans les succès de l'URSS puisqu'il ne
pouvait en avoir d'autres (...). Simple porte-parole d'un monde à part, le P.S.P. s'installait ainsi en iharge de la société cubaine, pour vivre sa propre vie, spécifique, inaccessible aux non-croyants e aux
nouvelles générations (...). Certe ce n'est pas une vie confortable.
La guerre froide battait déjà son plein et les AUTENTICOS au pouvoir, pour se faire pardonner leurs anciennes et coupables inclinaisons à gauche, se livraient à un anti-communisme déchaîné. Ils s'acharnaient surtout contre les syndicats communistes pour arracher au P.9.P. son dernier fief. Ils y réussirent au prix d'innombrables crimes en stimulant le gangstérisme politique et en démoralisant complètement le pays..."
Comme on le remarque, cette analyse privilégie deux facteurs essentiels qui sont à l'origine de cette situation politique de démo
bilisation au sein des forces de progrès. En premier lieu, le
^ro^erisme. et en second lieu, le gangstérisme politique.
Pour le premier élément, Marcos WINOCUR (op. cit. p.l9) produit me analyse fort semblable à celle de K.S. KAROL. Il rejoint celui-ci en écrivant d'ailleurs ;
"Des responsables syndicàux tels que Aracelio Iglesis pour les dockers et le leader noir Jesùs Menendez pour les travailleurs du sucre, tous deux communistes, étaient tombés assassinés. Les sièges du syndicat furent pris d'assaut, leurs fonds raflés, et sous la protec
tion de l'Etat, une bureaucratie de gangsters s'empara de leur direction éliminant les communistesrs^^eux-ci pris par surprise, et encore aux proies du "browderisme" tendance liquidationiste dénoncée par le Français Jacques DÜCLOy^t reconnue comme~tëTTi~parles communistes cubains - ne réussirent pas à organiser l'autodéfense armée et la résis tance de masses dans les syndicats. 11 est certain qu'au fil des ans.
le mouvement ouvrier refera ses forces dans la clandestinité, en grande partie d'ailleurs grâce à l'action des communistes. Mais au nniment du coup d'Etat de Fulgencio BATISTA, en 1952, la bureaucratie syndicale pesait très lourd (...). Elle avait pris naissance et s'éta t consolidée sous les gouvernements constitutionnels de Raul SAN MARTIN (1944-19A8) et de Carlos PRIO SOCCARRAS (1948- 1952), tous deux du Parti
Authentique. Naturellement, cette bureaucratie syndicale avait un caractère très officiel, à commencer par le Secrétaire général de la C.T.C. (confédération des travailleurs cubains) Eusebio MÜJAL, qui avait même donné son nom au gangstérisme syndical appelé "Mujalisme" (...).
Il ne pouvait en être autrement. On sait que la b reaucratie syndicale n'a aucun avenir sans le secours de l'appareil de l'Etat. Les tueurs à gages sont impuissants à éviter les assemblées ouvrières et l'assassin doit savoir qu'il jouit d'une parfaite immunité, que les juges fermeront les yeux ou manqueront de preuves parce que la police chargée de l'en
quête gardera bien de les lui fournir.. De plus, pour couvrir les frais, des "fonds spéciaux" sont fournis par les caisses de l'Etat Et le
"m jalisme" ne pouvait pas se résigner à devenir orphelin. Ce changement politique lui-même était favorable : désormais il pourrait compter à la fois sur la police d'un régime civil et sur les pejonettes de la
dictature militaire naissante".
Cette première étape qui va jusqu'au 26 juillet 1953, sera carac
térisée politiquement par 3 aspects essentiels pour l'histoire de l'Ile : Premièrement, une opposition quelque peu inexistante. Deuxièmement, se pose âne qaestion au mouvement revendicatif : comment déterminer les voies et moyens de lutte contre la dictature ? Enfin, troisièmement, l'aspect atténué d'une dictature de type fort.
Il faut attendre le 26 juillet 1953 pour que Fidel CASTRO et quelques 170 personnes sous son commandement présentent une alternative nouvelle à la situation chaotique de l'Ile : la voie de la lutte armée et l'abandon de la politique de compromissions des différents et nombreux partis légaux, sans compter leur défaitisme.
Le massacre du gros de ce contingent, après leur échec contre les deux casernes (Moncada et Bayamo) va permettre de démasquer la nature criminelle du régime dictatorial en place. Ce fut l'époque où la
fameuse plaidoierie de CASTRO ("l'Histoire m'acquittera") va permettre la diffusion d'un souffle nouveau au sein dé la contestation populaire, et ouvrir la voie aux campagnes de dénonciation des crimes commis par la dictature.
Toutefois, cette période charnière de l'histoire cubaine va permettre de constater un fait nouveau principal qui va longtemps durant déter
miner tout le processus de lutte politique dans l'Ile : c'est l'avènement d'un secteur avancé de la petite bourgeoisie cubaine qui va se hisser â la tête de la révolution et la diriger.
cubaine : la participation de façon radicale, et en tête du mouvement, d'un secteur engagé de la petite bourgeoisie, quoiqu’il n'en fut pas le seul acteur.
En effet, une large alliance sociale s'est tissée autour de cette petite bourgeoisie radicale et qui se radicalise de plus (df. Ch.
BETTELHEIM, op. cit.). Cette alliance politique de différentes classes sociales incarnant l'instrument indispensable de lutte pour abattre BASTITA et son régime.
Dans cette large alliance, nous tentons pour notre exemple de passer la dimension de participation de la classe ouvrière. De façon très
implicite, nous nous référons au shéma de la structure de la classe ouvrière cubaine dégagé par Marcos WINOCUR (op. cit. pp. 21-23).
Son essai de classification fait appel à trois critères ; la
localisation, la concentration et la conduite des machines. Cette mime classification en quatre niveaux sera ordonnée autour du critère de la localisation (du prolétariat urbain au prolétariat rural).
Bref , nous sautons ces quelques développements, pour reprendre l'eseentiel de ses conclusions. Notre auteur écrit en effet (p.22) :
"Après ces problèmes structuraux nous en arrivons à une constatation finale : les travailleurs et la petite bourgeoisie aussi bien des
grandes agglomérations que des zones sucrières engageaient un processus de solidarité. De larges couches de commerçants, de petits industriels, dus artisans, ceux des ateliers de réparation, les professions et les métiers les plus divers, où trouvaient leur clientèle, sinon chez les
travailleurs. Le sort de leurs clients ne leur était donc pas indif
férent : l'augmentation du pouvoir d'achat des salariés déterminait le niveau et la qualité des ventes."
Cette solidarité des classes était une nécessité objective.
Elle seule permettra, selon l'auteur, de radicaliser le mouvement de masse et de lui donner comme support r idéologie prolétarienne :
"Mobilité horizontale, interpénétracion de classe et processus de solidarité fondé sur des intérêts économiques communs doivent être appréciés pour ce qu'ils étaient, à savoir des formes différentes du mouvement social provoquées par la nécessité. Elles étaient par le fait même un facteur d'agitation, un véritable ferment au sein des masses.
Elles constituaient, comme nous le verrons par la suite, le véhicule d'une radicalisation d'une "contagion" de la volonté de lutte et d'idéo
logie prolétarienne", (op. cit. pp. 22-23).
Cette poussée du mouvement révolutionaire allait se refléter lors de là décisive grève sucrière. Nous avons longuement parlé de l'importance stratégique de ce secteur dans l’économie cubaine, et aussi du prolétariat qu'il occupait en son sein. Ce prolétariat a connu donc, à la fois,
des périodes de mobilisation accrue, et des moments de désorganisation, suite aux effets cumulés de la répression et de son infiltration par la bureaucratie et le gangstérisme syndicaux.
La question est de savoir, par quel biais, et en quelle circons
tance, ce mouvement de contestation allait se mettre en marche. Sur ce point, et la réponse parait banale, l'effet de mobilisation politique correspond vraiment à une période de basse conjoncture économique.
Qu'en est-il exactement'de la santé de l'économie cubaine en cette année 1955 ? Marcos WINOCUR (op. cit. p.23) fait le point à ce sujet ;
"L’année 19 5 fut une des pires. Au lieu de trois mois de récolte (de sucre), il y eut à peine 69 jours. Ce qui représente, si l'on prend ces chiffres comme référence, une diminution de salaire de l'ordre de 23%. La chute des prix internationaux et la stagnation des exportations s'y ajoutèrent pout limiter encore les revenus de la popu
lation comme en témoignent, secteur par secteur, les statistiques publiques dans la revue "Cuba économique et financière". Détérioration économique voulait dire malaise social, lequel cherche des moyens d'expression de plus en plus explosifs. Naturellement, la dictature répondit par sa médecine habituelle, la répression."
Ce malaise du secteur sucrier, sur le plan économique et n'oublions pas, sur le plan social, allait conduire inévitablement les travailleurs à répliquer par le moyen de la grève de 1955, articulée sur une reven
dication strictement salariale (ajuster les salaires au niveau des prix pratiqués sur le marché mondial d'exportation de sucre). Cette reven- dicauion fut càtégoriquement, et cela se comprend, repoussée par les capitalistes "sucriers" (Américains et Cubains), qui ne voulaient céder aucune part de leur "rente sucrière" (34).
Cette opposition d'intérêts antagonistes entre les travailleurs sucriers et le patronat, ne tarda pas à déclencher des émeutes fortement commentées à l'époque dans le revue cubaine "Bohemia". Cette mime
revue faisait état de différents conflits sociaux, particulièrement chez les employés de banque et surtout des téléphones, dont les
représentants syndicaux à la base ne s'empêchent pas de fustiger "la C.T.C. se comportant comme un instrument au service du patronat." (35)
i
Du secteur sucrier au secteur bancaire, la boucle n'est pas encore bouclée. Nous n'avons pas encore parlé du remuant secteur des universitaires et des lycéens, qui ne lésinent pas sur les formes de contestation spectaculaires (telle leur irruption dans le stade del Cerro à la Havane, devant le public et la caméra de télévision). (36)
Cette grève sucrière de 1955, de par son indépe n d a p ce considérée comme un coup de semonce tiré par la classe ouvrière
en vue d'abattre la dictature enfantée par le coup d'état de BATISTA.
Loin de constituer un mouvement révolutionnaire, solidement organisé par ses méthodes, et orienté vers des objectifs précis, il prit la tournure plutôt d'une insurrection violente. Si l'aspect émotionnel a été choquant, on n'a pourtant pas évacué l'idée de saisir la
dimension politique sous-jacente. Disons plutôt que ce mouvement est passé en un laps de temps d'un plan strictement revendicatif à un plan purement politique (37), puisque les objectifs visés, sont aussi les bastions de l'appareil d'état et de répression.
La revue Bohemia (op. cit. déc 55 la Havana) cite les formes de violence prises par cette grève
"Les grévistes s'étaient emparés des mairies...nombreux af ron- tements entre ouvriers et soldats...deux wagons renversés et trafic paralysé... les gens apoufè«« ne sortaient plus de chez eux... les
festivités de fin d'année n'avaient pu avoir lieu...affiche apposée par la police sur la façade d'un local syndical : "entrée interdite aux ouvriers du sucre" coupures de courant, l'armée consignée dans les casernes, communications interrompoies, rues désertes et jonchées de
débris de verre, de .pierres et de meubles, trains immobilisés, commerces fermés... trois conseillers municipaux obligés de balayer les rues".
(dans les communes de Colô, Sagua la Grande, Quemadu de Guines, Marta Abreu, San Domingo, Cienfugos et Plaletas, toutes les zones sucrières de l'Ile)
Ce changement qualitatif dans le comportement des masses cubaines annonçait l'irréversibilité du processus révolutionnaire.
Cependant, celui-ci contenait deux versions, à notre avis complémentaires (nous le montrerons en détail) : un mouvement de revendication à carac
tère politique, et un mouvement de rupture révolutionnaire (par la lutte armée) que CASTRO préparait depuis le Mexique.
1
Cette complémentarité des formes de luttes qu'a prises la révo
lution cubaine, se reflète dans le castrisme. En effet, CASTRO fera allusion à l'importante contribution du mouvement revendicatif ouvrier
étudiant dans un document (38), et parlera dans plusieurs de ses discours et contacts (surtout avec K.S. KAROL) des "Hommes de Llannôlt du puissant mouvement démocratique, base de soutien à la guérilla". (39)
Mais avant d'aborder le procès de production finale de la révolution cubaine, respectons notre objectif initial et suivons pas à pas les progrès et la maturation politique de cette classe
ouvrière cubaine.
Jusque là nous n'avons pas parlé d'une direction politique qui propulse et oriente ses actions, ni de la composante politique qui va détenir une certaine hégémonie. Il n'est de secret pour personne que seuls les communistes rompus à une pratique politique de longue haleine, pouvaient structurer et lui donner une direction.
Ils contribueront au renforcement de ce mouvement ouvrier, en organisant dans la clandestinité (dictature oblige !) des comités de défense des revendications ouvrières et pour la démocratisation de la C.T.C. (40). En vue d'affermir le processus d'organisation; ils
réunirent un congrès national clandestin auquel participèrent quelques 200 délégués ouvriers.
Voilà donc posés les jalons les plus précieux pour une organisation plus consciente et sur une base plus politique de la classe ouvrière.
Elle ne tardera pas à démontrer combien les luttes politiques et armées sont pétries par des rapports dialectiques. D'ailleurs, son glissement et son incorporation ne tarderont pas à se réaliser au sein de la lutte armée.
Comme on sait, celle-ci est hardiment et impatiemment préparée depuis le Mexique. Elle est fortement connue sous le nom de "l'expé
dition du Granma. Elle se veut le couronnement des nombreuses luttes populaires qui ont jalonné la vie du pays (en particulier la fameuse grève des sucriers, employés de banque, étudiants, etc).
Et en tant que mouvement direct de la lutte, elle se choisit un terrain privilégié : les zones montagnardes. Mais pour réunir les conditions de succès de cette entreprise, le mouvement castriste va se frayer une alliance naturelle avec la paysannerie (petite et pauvre,
et la paysannerie sans terre), sauvagement touchée par les vagues d'expul- ÿiuxs—(MA) . Ces derniers visaient surtout à isoler les guérilléros,
à les priverde tîüt soutien politique et logistique de la part des populations rurales.
WINOCUR souligne cette nouvelle alliance avec la paysannerie qui va renforcer plus le mouvement du 26 juillet. C'est ainsi qu'il écrit (p.27) :
"Fidel CASTRO qui revenait à un moment de tension dans l'esprit des masses et qni avait incarné l'opposition à la dictature était bien accueilli par ses compatriotes. La nouvelle se répand dans toute
l'Ile que malgré un premier repos, le combat se poursuit dans les montagnes, et plus précisément dans ce théâtre d'opérations militaires qu'était la Siéra Maestra. La population rurale apportait son soutient à Fidel...
Pourquoi cette alliance ? Les paysans devaient se défendre contre la force armée qui les expulsait de leur terre et les assassinait au moindre geste de résistance, c'est-à-dire contre les patrouilles armées
envoyées en opération par la dictature et ^ont se servaient les grands propriétaires pour procéder aux expulsions."
Si la composition de cette classe paysanne est assez diversifiée, les tâches qu'elle a eu à accomplir sont des plus décisives pour le soutien à la lutte armée. C'est ainsi que : " semi-prolétaires, petits paysans, ouvriers agricole, étaient la composition de classe des populations rurales qui rendirent possible la victoire des guérillas de CASTRO.
Ils se mirent directement sous ses ordres et ceux qui ne portaient pas l'uniforme jouèrent le rôle non moins important de l'arrière-garde : invisibles et présents partout. Ils apportaient le ravitaillement sans lequel aucune troupe ne peut subsister, procuraient les refuges, servaient de guides dans les zones impénétrables, faisaient les liaisons avec
les centres urbains, signalaient les positions de l'ennemi, garantissant ainsi le succès des embuscades ou des attaques des postes militaires.
Et au-delà de l'aspect miliaire, ces actions avaient un sens précis : défendre la terre, se Venger de l'armée chargée des expulsions, lutter
contre une prolétarisation croissante que venait'aggraver le chômage cyclique dü"temps~moft'-'", écrit Marcos WINOCUR (p.28).
Par le biais de sa participation active et consciente, la classe ouvrière cubaine se retrouvait à la fois au combat dans les villes et dans les zones rurales de la Sierre Maestra. Elle donnait magistralement cette leçon que le combat est unique, pour la ville et la
campagne (A2), et par là même que son unité est une donnée permanente de cette lutte.
Celle-ci va connaître son apogée avec le débarquement du "Granma"
et la flambée de la grève générale révolutionnaire décrétée à partir de Santiago (1956-1957). Véritable pôle tant sur le plan économique que politique, elle sera foncièrement affectée par la détérioration
économique et sociale. Aile n'aura alors qu'à se jeter dans les bras de la guérilla de la Sierra Maestra, en fournissant d'importants ravitaillements en armes et contingents militaires.
Dana cette région, Franck PAIS organise une résistance clandes
tine. Il ne tardera pas à être arrêté et assassiné. (Il sera plus tard l'un des martyres les plus célèbres de la révolution cubaine et le PC cubain lui rendra hommage lors de son premier congrès en
février 1976).
Bientôt toute l'Ile sera paralysée par une grève générale qui sera l'occasion pour la dictature de suspendre les "garanties" coristitu- tioennelles (jamais respectées !), et de décréter une censure musclée pour la presse et ce, afin de retarder la chute de son renversement.
Mais rien n'y fera pour arrêter ce mouvement de l'Histoi^ etN cette conquête du pouvoir par le pe.ple cubain en armes. ^Jæ/CHE ré^mait admirablement cette montée inexorable du mouvement révolutionnarre :
"Il s'agissait d'un tournant dans toute la structure du mouvement révolutionnaire.. .et ce phénomène populaire nous avait fait prendre
conscience qu'il était nécessaire d'incorporer les travailleurs à la lutte pour la libération de Cuba. Alors commença dans les centres ouvriers la préparation clandestine d'une grève générale pour aider l'armée rebelle dans la conquête du pouvoir." (43)
Nous nous sommes permis ces longs développements non sans raison : nous n'avons pas voulu faire oeuvre d'éclectisme, étendant de longues connaissances savantes, ni simplement succomber à une tentation de la narration historique (quoique nous sommes pour la restitution de
l'histoire objective d'un peuple, l'objectivité étant bien entendu celle de la majorité de la population travailleuse, celle qui vit du fruit
e son travail, de sa sueur, de son sang).
Nous avons surtout voulu rétablir une vérité historique, à savoir que la classe ouvrière cubaine a de tout temps été présente dans les mouvements de lutte, quoiqu'avec des niveaux d'engagement différents à des moments historiques donnés. Et si la petite bourgeoisie radicale a joué un rôle ascendant, dirigeant, elle est loin d'être la seul secteur sur l'échiquier politique.
Cette mise au point était nécessaire pour deux raisons r la
première étant de nuancer les analyses par trop simplistes qui ne voient dans la révdlution cubaine, qu’un processus de lutte entamé, dirigé, achevé et enfin monopolisé par la seule classe petite bourgeoisie, d'où l'étiquette exagérée de "révolu ion petite bourgeoise"; La classe ouvrière <Faisant figure de fantôme.
!
La seconde étant d'éclairer les contradictions socio-politiques au sein du mouvement du 26 juillet, de la société cubaine en général en vue de déterminer l'avenir, l’’évolution et la portée de la réforme agraire qui sera mise en explication. Les contours de cette complexe opération seront dessinés par les courbes des évolutions des différentes contradictions de classes qui la secrétent.
En conclusion, nous venons de passer en revue la participation de la classe ouvrière à deux grandes grèves d'aspects différents, mais qui néanmoins visaient la même chose : la chute de la dictature.
De la grève de 1955, cantonnée au secteur sucrier, et prenant l'allure d'une insurrection, on passe à la grève générale de 1957 dont les déterminations sont profondément révolutionnaires. Il s'agit là d'une véritable progression qualificative, tant dans les formes que les objectifs de la lutte.
La classe ouvrière a eu le temps de se donner une direction politique, qui sera surtout investie par des éléments de la petite bourgeoisie.
Dans la conjoncture historique cubaine, cela signifiait que la petite bourgeoisie était un allié objectif, gagné aux convietions de la
révolution nationale démocratique. La lutte contre BATISTA n'était pas encore la lutte pour l'instauration directe du socialisme. Elle se devait d'être un large front de luttes gagnant différentes classes sociales.
En cette période critique, même un secteur avancé de la bourgeoisie sucrière et industrielle manifestait son opposition à BATISTA et aspirait à rejoindre les rangs de la révolution.
Ce sont, à notre avis, ces nouvelles alliances contract&es par la classe ouvrière - et principalement avec l'armée rebelle - qui allaient permettre d'affaiblir et de décomposer le régime dictatorial en place, en déréglant ses mécanismes.
Face à ce front de luttes anti-dictatoriales, guidées par un
véritable programme politique (45) et une avant-garde (alliée aux masses) combattante dirigée par CASTRO (assurant l'organisation; la coordi
nation et le contrôle de toutes ces forces) (46), les mesures de répression deviennent vaines, et la chute du pouvoir inévitable.
I
Et nul autre interprête plus lucide et plus courageux que son artisan le plus ferme, ne saurait reconnaître cette participation des plus conscientes, et des plus organisées avec le temps, de la classe ouvrière au combat révolutionnaire, et lui rendre sincèrement hommage : Fidel CASTRO. Dans son discours du 18 novembre 1959, il affirmait avec insistance ;
"Ce fut la grève générale qui brisa l'ultime manoeuvre des ennemis du peuple; ce fut la grève générale qui nous livra les places fortes de la capitale de la république; et ce fut la grève générale qui donna le pouvoir à la révolution". (47)
CHAPITRE II.: L'AGRICULTURE CUBAINE DANS LA REVOLUTION SOCIALISTE.
I.LES OBJECTIFS POLITICO-ECONOMIQUES DU MOUVEMENT DU 26 JUILLET
A. A L'ORIGINE LA REVOLUTION CUBAINE EST UNE REVOLUTION DEMOCRATIQUE
Les objectifs de la politique économique et les mesures économiques prises tout au début de la révolution, témoignaient d'une perspective nationale démocratique (A8), centrée sur l'indépendance économique qui incluait la diversification sectorielle et surtout l'application de la réforme agraire au profit de la paysannerie ayant constitué une des bases les plus importantes du mouvement de lutte.
L'on fera donc cette remarque que l'indépendance économique de même que l'application d'une réforme agraire aussi radicale Soit-elle, ne portaient pas en elles l'idée d'une nationalisation, et encore moins de l'instauration d'un sysierne socialiste.
Ceci nous amènera à poser la question légitime ; quel était donc le contenu du projet castriste ? Que représentait au fait, le mouvement du 26 juillet ? Quelles étaient ses aspirations politico-économiques ? QUelle doctrine sous-entendait ce mouvement ? Pourquoi parle-t-on de révolution nationale démocratique et de révolution socialiste ?
Peut-on concevoir une petite bourgeoisie radicale capable de réaliser le socialisme ou est-ce une hérésie face à la doctrine orthodoxe ?
Quelles critiques ont formulé les orthodoxes, les marxistes doctrinaires (Soviétiques, Chinois, ou autres) ? Comment les deux grands du
communisme international ont vu l'expérience cubaine, expérience considérée comme hérétique ? Quelles sont enfin, les insuffisances
doctrinaires et institutionnelles du mouvement castriste ? Et
comment fondamentalement peut-on caractériser cette étape, transition vers le socialisme ou le capitalisme ?
Remar3ue_fondamentale
Nous explicitons ici notre démarche méthodologique :
Nous tenterons dans ce premier chapitre de répondre à l'ensemble des questions posées plus haut, en examinant de très près les fondements essentiels du processus de réforme agraire. Nous ferons toutefois
la réserve, pour rester fidèle à notre démarche tant historique que méthodologique : à savoir que le processus de réforme agraire ne représente qu'une partie d'un tout qu'est une formation économique et sociale donnée. Elle nous sert à éclairer quelques unes des facettes üe la nature du contenu de son évolution.
Cela revient à dire au'il serait difficilie d'éclairer la nature d'un pouvoir donné (son projet politique, social, économique, les forces sociales qui le sous-tendent, etc) à partir de la simple
analyse du processus de réforme agraire. Nous pensons (et là nous ne ferons que réitérer une démarche méthodologique, un principe théorique énoncé au début de notre travail de recherche) que la seule analyse dès structures agraires demeure insuffisante, car elle renvoie dans un rapport dialectique, à l'étude des fondements et des orientations essentiels d'une économie nationale, cette mime économie nationale étant intégrée dans un ensemble plus vaste : l'économie inter
nationale, ou plus exactement le marché mondial capitaliste.
Concernant donc l'exemple cubain, notre démarche sera de tenter de répondre à toutes les questions posées plus haut à travers un secteur qui nous intéresse particulièrement, le secteur de développement agraire.
B- LA REFORME AGRAIRE ET LA LUTTE CONTRE LE SOUS-DEVELOPPEMENT
Dans la lutte contre le sous-développement que va mener le régime castriste, la réforme agraire constiVae la première mesure. CASTRO va s'attacher en ce domaine à montrer qu'il ne fera aucune concession aux modérés, malgré le respect de légalisme, de nomination de ministres
indépendantistes, antibatistiens, et cela juste après la prise du pouvoir en 1959 (49).