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Espaces de Hilbert

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Texte intégral

(1)

Universit´e de Nice Licence de math´ematiques

2004-05 Alg`ebre et g´eom´etrie

Espaces de Hilbert

13. D´efinitions et exemples

Dans tout ce chapitre, E sera un espace vectoriel sur le corps C des complexes muni d’une forme sesquilin´eaire hermitienne d´efinie positive de r´ef´erence, appel´ee produit scalaire hermitien et not´ee h | i. La forme hermitienne associ´ee est le carr´e de la norme hermitienne. On note la norme hermitiennek k.

Une propri´et´e fondamentale est l’in´egalit´e de Cauchy- Schwarz :

∀x, y∈E |hx|yi| ≤ kxk kyk

avec ´egalit´e si et seulement si x et y sont colin´eaires.

Cette in´egalit´e impliquel’in´egalit´e triangulaire :

∀x, y∈E kx+yk ≤ kxk+kyk.

Un tel espaceEest dit pr´ehilbertien complexe. La norme hermitienne d´efinit une topologie d’espace vectoriel nor- m´e surE. Attention ! lorsqueE n’est pas de dimension finie, deux normes ne d´efinissent pas n´ecessairement la mˆeme topologie. Sauf mention du contraire, nous consi- d´ererons toujours la topologie associ´ee `a la norme her- mitienne.

Comme sur tout espace vectoriel norm´e, une applica- tion lin´eaire est continue (pour la toplogie d´efinie par la norme) si et seulement si elle a une norme en tant qu’op´erateur lin´eaire, autrement dit si elle est born´ee sur la boule unit´e. En particulier, une forme lin´eaire f est continue s’il existe un r´eel positif λ tel que, pour tout x de E, |f(x)| ≤ λkxk. L’ensemble des forme lin´eaires continues surE est un sous-espace vectoriel de E not´e E0 et appel´e dual topologique deE.

Tous les ´enonc´es restent valables,mutatis mutandis, dans un espace pr´ehilbertien r´eel, c’est-`a-dire un espace vec- toriel surRmuni d’un produit scalaire euclidien.

Exercice 13.1. x et y ´etant deux vecteurs de E, on consid`ere l’application suivante :

f :C2 −→ R

(λ, µ) 7−→ kλx+µyk2.

a) Montrer que c’est une forme hermitienne positive sur C2, d´efinie positive si et seulement sixety ne sont pas colin´eaires. Calculer sa forme polaire et sa matrice dans la base canonique deC2. Calculer le d´eterminant de cette matrice.

b) Montrer que le d´eterminant de la matrice d’une forme hermitienne positive est un nombre r´eel positif, nul si et seulement si la forme n’est pas d´efinie.

D´eduire alors l’in´egalit´e de Cauchy-Schwarz.

D´efinition 13.2. On se donne une famille(ei, i∈I)de vecteurs deE index´es par un ensemble I. On dit que la famille est orthonormale si ses vecteurs sont de norme 1 et orthogonaux deux `a deux.

Constater qu’une famille orthonormale est libre.

On note Vect(ei, i∈I) le sous-espace vectoriel engendr´e.

C’est l’ensemble des combinaisons lin´eaires finies `a co- efficients complexes de vecteurs de la famille.

D´efinition 13.3. On dit que la famille (ei, i ∈ I) est totale si l’espace vectoriel engendr´e Vect(ei, i ∈ I) est densedansE.

Supposons la famille (ei, i∈ I) totale : pour tout xde E et tout >0, il existe une combinaison lin´eaire finie P

Jαjej telle que

kx−X

J

αjejk< .

Exemple 13.3.1. Consid´erons l’espace vectoriel`2(C) des suites de complexes de carr´e sommable, muni du pro- duit scalaire hermitien

hx|yi:=X

n≥0

xnyn.

C’est un espace pr´ehilbertien complexe (pour la preuve, s’inspirer de 8.2).

Pour i entier, on d´efinit ei comme la suite dont tous les termes sont nuls, except´e le i-`eme qui vaut 1. La famille (ei, i∈N) est une famille orthonormale et totale.

V´erifier la premi`ere assertion ; pour v´erifier la deuxi`eme, on se donne une suiteude complexes de carr´e sommable et un r´eel. Il existe un entierN tel que

X

n>N

|un|2< 2,

ce qui signifie que ku−

N

X

i=0

uieik< .

Exercice 13.4. Consid´erons l’espace vectoriel E des fonctions continues, de classeC1par morceaux, p´eriodi- ques de p´eriode 2πsurR, `a valeurs complexes, muni du produit scalaire hermitien

hf |gi:= 1 2π

Z

0

f(t)g(t)dt.

a) V´erifier que c’est un espace pr´ehilbertien complexe.

26

(2)

b) Pour nentier relatif, on consid`ere la fonction deE t7−→exp(int).

Montrer que la famille (exp(int), n∈Z) est une famille orthonormale deE.

b) Soitn∈Z. Pour une fonctionf ∈E, le coefficient de Fourier d’ordre nest le produit scalaire

cn(f) :=hexp(int)|fi:= 1 2π

Z

0

exp(−int)f(t)dt.

Leth´eor`eme de Dirichlet affirme que las´erie de Fourier d’une fonction deEconverge uniform´ementvers la fonc- tion, c’est-`a-dire : pour tout >0 il existe un entierN tel que

sup

t∈R

f(t)−

N

X

n=−N

cn(f) exp(int) < .

En d´eduire que la famille (exp(int), n∈ Z) est une fa- mille totale dansE.

d) Sif ∈E est `a valeurs r´eelles, montrer quec−n(f) = cn(f). Pour n ≥ 0, on d´efinit donc les coefficients de Fourier r´eels an(f) et bn(f) par a0(f) =c0(f) et, pour n≥1,

an(f) = 2<(cn(f)) = 1 π

Z

0

cos(nt)f(t)dt, bn(f) = −2=(cn(f)) = 1

π Z

0

sin(nt)f(t)dt, en sorte que

N

X

n=−N

cn(f) exp(int) =

a0(f) +

N

X

n=1

(an(f) cos(nt) +bn(f) sin(nt)).

En d´eduire que l’espaceER des fonctions deE `a valeurs r´eelles, est un espace pr´ehilbertien r´eel et que la famille

(1,cos(nt),sin(nt), n≥1)

est orthogonale et totale dans ER (noter que cos(nt) et sin(nt) sont de norme 1/√

2).

e) Calculer les coefficients de Fourier de la fonctionf de E qui est paire et qui co¨ıncide avec t 7−→ (1−πt) sur [0, π].

14. Projection orthogonale

14.1. SoitF ⊂E un sous-espace vectoriel de E. L’or- thogonal deF pour le produit scalaire hermitien est un sous-espace vectoriel de E et l’intersection F ∩F est r´eduite `a {0} (le v´erifier). Cependant, lorsque E n’est pas de dimension finie, il n’est pas vrai, en g´en´eral, que la sommeF+F soit ´egale `aE, autrement dit queF soit un suppl´ementaire de F dansE.

Exemple 14.1.1. Dans `2(C), consid´erons le sous es- pace vectoriel F = Vect(ei, i ∈ N) engendr´e par la fa- mille orthonormale (ei, i ∈ N). Soit u un ´el´ement de

`2(C) orthogonal `a F. Pour touti entier, on a donc 0 =hei |ui=ui,

ce qui prouve queF={0}.

Constater que F est l’ensemble des suites dont tous les termes sont nuls sauf un nombre fini d’entre eux. On voit donc queF &E.

Il y a un cas o`u le suppl´ementaire orthogonal existe tou- jours. C’est celui o`u le sous-espace vectoriel F est une droite vectorielle deE engendr´e par un vecteur non nul a que l’on peut supposer de norme 1. L’orthogonal de F = Vect(a) est le noyau de la forme lin´eaire (continue !)

ha| : x7−→ ha|xi

C’est un hyperplan deE. Tout vecteurxdeE s’´ecrit x=ha|xia+ (x− ha|xia)

et on v´erifie que (x− ha|xia) est dans F. On a bien E=F⊕F.

Proposition 14.2. SoitE un espace pr´ehilbertien etF un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. L’or- thogonalF est un suppl´ementaire de F.

Si(e1, . . . , e`)est une base orthonorm´ee deF, la projec- tion orthogonale de xsur F s’´ecrit

πF(x) =

`

X

j=1

hej|xiej.

La diff´erencex−πF(x)est la projection orthogonale de xsurF.

D´emonstration. On construit, par le proc´ed´e de Gram- Schmidt, une base orthonorm´ee finie (e1, . . . , e`) de F. Pour tout vecteur x de E on a donc, en posant x0 = P`

j=1hej|xiej,

x=x0+ (x−x0).

x0 est un vecteur de F; d’autre part, les produits sca- laireshej|x−x0isont tous nuls, ce qui prouve quex−x0 est dansF. La sommeF+F est ´egale `aE.

Supposons que E = F ⊕F; on dit alors que F a un suppl´ementaire orthogonal. Tout vecteur x de E se d´ecompose de mani`ere unique en

x=πF(x) +πF(x).

πF et πF sont les deux projections orthogonales sur F etF. En calculant la norme dexon trouve

kxk2=kπF(x)k2+kπF(x)k2,

qui est l’´enonc´e du th´eor`eme de Pythagore. On en d´eduit que, pour touty deF,

kx−πF(x)k ≤ kx−yk

(3)

puisquex−πF(x) etx−yont mˆeme projection orthogo- nale sur F. C’est unepropri´et´e caract´eristique impor- tante de la projection orthogonale :

Th´eor`eme 14.3 (Propri´et´e caract´eristique de la pro- jection orthogonale). Soit E un espace pr´ehilbertien et F un sous-espace vectoriel admettant un suppl´ementaire orthogonal dans E. Pour tout xde E la projection or- thogonaleπF(x)dexsurF est l’unique vecteur deF o`u la fonction

F −→ R+

y 7−→ kx−yk atteint son minimum.

14.4. Familles sommables.

D´efinition 14.5. On se donne un espace vectoriel nor- m´e E et une famille(xi, i∈I)d’´el´ements de E. On dit que la famille est sommable dansE de sommeΣsi pour tout >0, il existe un sous-ensemble finiJ0⊂Itel que, pour tout ensemble finiJ ⊃J0,

kΣ−X

i∈J

xik< .

Si la famille est sommable, on note sa somme P

i∈Ixi. Noter que dans la d´efinition defamille sommable, aucune notion d’ordre sur les ´el´ements deI n’est requise.

Constater qu’unefamille de r´eels positifs (xi, i∈I) est sommable si et seulement si la famille des sommes par- tielles finies (P

i∈Jxi, J ⊂I) est major´ee. La somme est alors la borne sup´erieure de la famille des sommes finies.

Montrer qu’une famille de complexes (zn, n ∈ Z) est sommable si et seulement si les deux s´eries P

n≥0zn et P

n>0z−nsont toutes les deux absolument convergentes.

14.6. In´egalit´e de Bessel. Consid´erons une famille or- thonormale (ei, i∈I) dansE. On se donne un vecteurx deE. SoitJ un sous-ensemble fini deIet Vect(ei, i∈J) le sous-espace vectoriel de dimension finie engendr´e par la famille finie (ei, i∈J). Comme la projection dexsur Vect(ei, i∈J) est ´egale `aP

i∈Jhei|xiei, du th´eor`eme de Pythagore on d´eduit l’in´egalit´e

X

i∈J

|hei|xi|2≤ kxk2.

La famille de r´eels positifs (|hei | xi|2, i ∈ I) est donc sommable de somme major´ee parkxk2, ce qui s’´ecrit

X

i∈I

|hei|xi|2≤ kxk2.

C’est l’in´egalit´e de Bessel.

Th´eor`eme 14.7. SoitE un espace pr´ehilbertien et une famille orthonormale (ei, i∈I)de vecteurs deE.

Pour toutxdeE, la famille de complexes(hei|xi, i∈I) est de carr´e sommable et on a l’in´egalit´e de Bessel

X

i∈I

|hei|xi|2≤ kxk2.

14.8. Egalit´´ e de Parseval. Consid´erons maintenant le sous-espace vectoriel F, adh´erence dans E de l’espace vectoriel engendr´e par la famille orthonormale (ei, i ∈ I). Par construction, la famille (ei, i∈I) est orthonor- male et totale dansF.

Soit x un vecteur de F. Pour tout > 0, il existe un sous-ensemble fini J0 ⊂ I et une combinaison lin´eaire P

i∈J0αiei telle que kx−X

i∈J

αieik< .

Dit autrement, il existe un ´el´ement yJ0=P

i∈J0αiei de Vect(ei, i∈J0), sous-espace vectoriel de dimension finie, tel que

kx−yJ0k< .

D’apr`es la propri´et´e caract´eristique de la projection or- thogonaleπJ0 sur Vect(ei, i∈J0), on a ´egalement :

kx−πJ0(x)k ≤ kx−yJ0k< .

Toujours d’apr`es la propri´et´e caract´eristique, mais cette fois de la projection πJ, on a, pour toute partie finie J ⊃J0:

kx−πJ(x)k ≤ kx−πJ0(x)k.

Mais, puisque (ei, i ∈ J) est une base orthonorm´ee de Vect(ei, i∈J), on aπJ(x) =P

i∈Jhei|xiei. En r´esum´e, pour tout > 0, il existe un sous-ensemble fini J0 ⊂ I tel que, pour tout ensemble finiJ ⊃J0,

x−X

i∈J

hei|xiei

< .

Ceci exprime exactement le fait que la famille de vecteurs (hei|xiei, i∈I) estsommable dansF de sommex.

De plus, comme la famille (ei, i∈J) est une base ortho- norm´ee de Vect(ei, i∈J), on a

J(x)k2=X

i∈J

|hei |xi|2.

Du th´eor`eme de Pythagore on d´eduit la formule kxk2− kπJ(x)k2=kx−πJ(x)k2< 2.

La famille de complexes (hei | xi, i ∈ I) est de carr´e sommable et

X

i∈I

|hei|xi|2=kxk2.

R´eciproquement, consid´erons un vecteurx deE : on a l’in´egalit´e de Bessel. Si c’est une ´egalit´e, pour tout >0, il existe un ensemble finiJ ⊂Itel que

kxk2−X

i∈J

|hei|xi|2< .

(4)

MaisP

i∈J|hei|xi|2est le carr´e de la norme de la projec- tion orthogonaleπJ(x) dexsur Vect(ei, i∈J). D’apr`es le th´eor`eme de Pythagore

kx−πJ(x)k2=kxk2− kπJ(x)k2< .

On conclut que xest dans F, adh´erence du sous-espace vecoriel engendr´e Vect(ei, i∈I).

Si maintenantxetysont deux vecteurs deF, le produit scalaire hx| yis’exprime `a l’aide des normes de x+y, x−y,x+iy,x−iy. Par ailleurs, le module est une norme hermitienne surC, il v´erifie donc des identit´es similaires.

On d´eduit donc, `a partir de l’´egalit´e de Parseval : X

i∈I

hei |xihei|xi=hx|yi.

On a donc montr´e

Th´eor`eme 14.9 (Bessel-Parseval). Soit E un espace pr´ehilbertien et une famille orthonormale (ei, i∈I)de vecteurs deE. On d´esigne parF l’adh´erence dansE de l’espace vectoriel engendr´e par la famille (ei, i∈I).

a) Pour tout x de F, la famille (hei | xiei, i ∈ I) de vecteurs deE est sommable dans F de sommex, ce qui signifie : pour tout >0, il existe un sous-ensemble fini J ⊂I tel que

x−X

i∈J

hei|xiei

< .

La famille de complexes (hei | xi, i ∈ I) est de carr´e sommable et on a l’´egalit´e de Parseval

kxk2=X

i∈I

|hei |xi|2.

b) Pour tous vecteursxetydeF, la famille de complexes (hei|xihei|yi, i∈I)est sommable et on a :

X

i∈I

hei|xihei|yi=hx|yi.

c) Pour toutxdeE, la famille de complexes(hei|xi, i∈ I)est de carr´e sommable et on a l’in´egalit´e de Bessel

X

i∈I

|hei|xi|2≤ kxk2,

avec ´egalit´e si et seulement sixest dansF.

Exemple 14.9.1. Une cons´equence du th´eor`eme de Di- richlet, voir exercice 13.4, est que la famille (exp(int), n ∈ Z) est totale dans l’espace E des fonctions conti- nues, de classeC1 par morceaux, p´eriodiques de p´eriode 2π, `a valeurs complexes.

Soitn∈Z. Pour une telle fonctionf ∈E, le coefficient de Fourier d’ordrenest le produit scalaire

cn(f) :=hexp(int)|fi:= 1 2π

Z

0

exp(−int)f(t)dt.

Pour cet exemple, le th´eor`eme de Bessel-Parseval affirme que la famille (cn(f) exp(int), n∈Z) est sommable dans

E, de sommef. On dit que la s´erie de Fourierconverge en moyenne quadratique versf. Comparer avec l’´enonc´e du th´eor`eme de Dirichlet.

La famille de complexes (cn(f), n∈Z) est de carr´e som- mable et l’´egalit´e de Parseval se traduit par :

1 2π

Z

0

f(t)

2dt=X

n∈Z

cn(f)

2.

Exercice 14.10. Reprendre la fonction de l’exercice 13.4.(e). D´eduire de l’´egalit´e de Parseval la valeur de la somme de la s´erie

X

n≥1

1 n4.

15. Espaces de Hilbert

Dans un espace pr´ehilbertienE, on n’a pas, en g´en´eral, de crit`ere qui permette de dire qu’une suite ou une s´erie est convergente dansE.

Exemple 15.0.1. Consid´erons `a nouveau l’espaceE :=

C1(R,C) avec son produit scalaire hermitien. Donnons- nous une famille (cn, n∈N) de complexes de carr´e som- mable. On a la relation suivante

p+q

X

n=p

cneint

2=

p+q

X

n=p

|cn|2 qui montre que la s´erieP

n≥0cneintest de Cauchy dans E pour la distance induite par la norme hermitienne.

Mais il existe, dans l’espaceE, des s´eries de Cauchy qui ne convergent pas vers un ´el´ement de E, autrement dit, En’est pas complet pour la distance induite par la norme hermitienne.

D´efinition 15.1. Un espace de Hilbert est un espace pr´ehilbertien complet.

On rappelle qu’un espace m´etriqueEestcompletlorsque toute suite de Cauchy d’´el´ements deE converge dansE.

Un sous-ensemble ferm´e d’un espace complet est com- plet. Un espace vectoriel norm´e de dimension finie est complet.

Exemple 15.1.1. L’espace`2(C) est complet. Consid´e- rons une suite de Cauchy (un, n ∈ N) d’´el´ements de

`2(C). Ceci signifie que, pour tout > 0, il existe un entierN tel que, pourp > N et q >0,

kup−up+qk< . Commekup−up+qk2=P

i∈N|upi−up+qi |2, on en d´eduit que, pour tout entieri,

|upi −up+qi |< .

En r´esum´e, pour tout entier i, la suite de complexes (uni, n ∈ N) est de Cauchy donc converge vers une li- mite ui ∈ C. Consid´erons alors la suite de complexes u:= (ui, i∈N).

(5)

Comme la suite (un, n ∈ N) est une suite de Cauchy de`2(C), pour tout >0, il existe un entierN tel que, pour p > N,q >0 et tout entierm

m

X

n=0

|upn−up+qn |2≤ kup−up+qk2< 2.

En passant `a la limite quand q → ∞, on obtient, pour p > N et tout entierm

m

X

n=0

|upn−un|22,

ce qui prouve que up−u est de carr´e sommable, donc dans`2(C), queu=up−(up−u) est aussi dans `2(C), enfin quekup−uk ≤pourp > N. On a donc finalement que (un, n∈N) converge dans`2(C).

Un sous-ensemble F d’un espace vectoriel r´eel ou com- plexeEest ditconvexe si pour tousxety deF et tout nombre r´eel t, 0≤t≤1, le vecteur (1−t)x+tyappar- tient `aF. Un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel r´eel ou complexe est convexe.

Th´eor`eme 15.2. SoitEun espace pr´ehilbertien etFun sous-ensemble non vide convexe et complet de E. Soitx un vecteur de E. Il existe un unique ´el´ement x0 deF tel que,

∀y∈F kx−x0k ≤ kx−yk.

On appellerax0 la projection orthogonale dexsur F. Cette projection orthogonale est ´egalement caract´eris´ee par la propri´et´e suivante :

∀y∈F <(hx−x0|y−x0i)<0.

D´emonstration. x´etant donn´e dansE, la fonctiony7−→

kx−yk, d´efinie surF, `a valeurs dansR+est minor´ee par 0. Soitd≥0 sa borne inf´erieure. L’assertion du th´eor`eme

´

equivaut `a :dest atteinte en un unique point deF.

Soient aetb deux vecteurs deF etc leur demi-somme.

En notant que a = c+ 12(a−b) et b = c−12(a−b), montrer l’identit´e du parall´elogramme :

kx−ak2+kx−bk2= 2kx−ck2+1

2ka−bk2. CommeF est convexe, le vecteurc=12(a+b) est aussi dansF. On a donckx−ck ≥det l’in´egalit´e

(∗) ka−bk2≤2kx−ak2+ 2kx−bk2−4d2. Unicit´e : supposons queaetbsont deux points deF tels quekx−ak=kx−bk =d. De l’in´egalit´e (*) on d´eduit a=b.

Existence : Commedest la borne inf´erieure de la fonction y 7−→ kx−yk, pour tout n entier positif, il existe un

´

el´ementyn∈F tel que

d≤ kx−ynk< d+1 n.

Pourp >0 etq >0 entiers, on a donc, toujours d’apr`es l’in´egalit´e (*) :

kyp−yp+qk2

≤2kx−ypk2+ 2kx−yp+qk2−4d2

≤2(d+1

p)2+ 2(d+ 1

p+q)2−4d2

= 4d(1 p+ 1

p+q) + 2( 1

p2 + 1 (p+q)2)

≤2d p + 4

p2 ≤1

p(2d+ 4).

La suite (yn, n ≥ 1) est donc une suite de Cauchy de F. Elle converge donc vers un pointx0 deF. Comme la fonctiony7−→ kx−ykest continue, on a kx−x0k=d.

Montrons la seconde partie du th´eor`eme. CommeF est convexe, six0 etysont deux ´el´ements deF, (1−t)x0+ty est aussi dans F pour tout r´eel t, 0 < t≤1. Calculons le signe de la diff´erence

kx−((1−t)x0+ty)k2− kx−x0k2

=kx−x0−t(y−x0))k2− kx−x0k2. En d´eveloppant et en divisant part, c’est celui de

−2<(hx−x0|y−x0i) +tky−x0k2.

Le vecteur x0 est la projection orthogonale si et seule- ment si cette fonction affine est positive ou nulle pour touttde l’intervalle [0,1], c’est-`a-dire si et seulement si

<(hx−x0|y−x0i)≤0.

Th´eor`eme 15.3. SoitE un espace pr´ehilbertien. Tout sous-espace vectoriel complet deE a un suppl´ementaire orthogonal dansE.

D´emonstration. Soit F un sous-espace vectoriel ferm´e deE. Il est donc `a la fois convexe et complet. Soitx∈ E. Le th´eor`eme pr´ec´edent montre qu’il a une projection orthogonale surFque nous notonsx0. De plus, pour tout vecteury deF,y+x0 est aussi dansF et on a :

<(hx−x0|yi)≤0.

CommeF est un sous-espace vectoriel deE, il est stable par multiplication par−1. On en d´eduit que<(hx−x0| yi) = 0, pour tout y deF. Il est aussi stable par multi- plication pari : on en d´eduit que hx−x0 |yi= 0, pour touty deF, ce qui caract´erisex0.

On vient de prouver que tout vecteurxdeE s’´ecrit x=x0+ (x−x0)

avec x0 ∈ F et (x−x0) ∈ F ce qui montre que E = F⊕F puisqu’on a toujoursF∩F={0}.

(6)

Corollaire 15.4. Soit E un espace de Hilbert. Tout sous-espace vectoriel ferm´e de E a un suppl´ementaire orthogonal dansE.

Corollaire 15.5. SoitEun espace de Hilbert. La famille de vecteurs(ei, i∈I)est totale si et seulement si le seul vecteur deE orthogonal `a tous les vecteurs de la famille est le vecteur nul.

D´emonstration. D´esignons parF l’adh´erence dansE de l’espace vectoriel engendr´e par la famille (ei, i∈I). Il a un suppl´ementaire orthogonalF. La famille est totale si et seulement siF =E, c’est-`a-dire si et seulement si

F={0}.

On appellebase hilbertienneune famille orthonormale et totale dans un espace de Hilbert.

Exemple 15.5.1. L’espace L2(R,C) des classes de fonctions 2π-p´eriodiques, de carr´e int´egrable pour la me- sure de Lebesgue sur un intervalle de longueur 2π, est un espace de Hilbert. Une cons´equence du th´eor`eme de Stone-Weierstrass est que la famille des (exp(int), n ∈ Z) en est une base hilbertienne.

Exercice 15.6. Calculer les coefficients de Fourier de la fonction f de E qui est impaire et qui est constante

´

egale `a 1 sur ]0, π[.

D´eduire de l’´egalit´e de Parseval la valeur de la somme de la s´erieP

n≥1 1 n2.

Corollaire 15.7. Soit E un espace de Hilbert. Toute famille orthonormale de E peut ˆetre compl´et´ee en une famille orthonormale et totale dans E. Tout espace de Hilbert a donc au moins une base hilbertienne.

D´emonstration. La preuve de ce corollaire repose sur le lemme de Zorn. On dit qu’une famille orthonormale est maximale si la seule famille orthonormale qui la contient est elle-mˆeme. Une famille orthonormale maximale dans un espace de Hilbert est totale : en effet, d´esignons parF l’adh´erence dansEde l’espace vectoriel qu’elle engendre.

Si F $E, le suppl´ementaire orthogonal de F dansE a au moins un vecteur de norme 1 que l’on peut ajouter `a la famille pour contredire sa maximalit´e.

Il reste `a prouver l’existence de telles familles maximales : c’est justement ce que fait le lemme de Zorn.

Attention ! une base hilbertienne n’est pas une base ! L’exemple suivant le montre.

Exemple 15.7.1. Dans`2(C), la famille (ei, i∈I) est orthonormale et totale. C’est une base hilbertienne de

`2(C).

Consid´erons maintenant la suite (ei, i∈N) dans`2(C).

Pour toutj∈N, la suite de complexes (hej |eii, i∈N) converge vers 0. Autrement dit, les “coordonn´ees” de ei sur la base hilbertienne tendent toutes vers 0 quand i→ ∞. Cependant, pour tout i∈N,keik= 1. Donc la suite (ei, i∈N) ne tend pas vers 0 dans`2(C).

Exercice15.8. Dans un espace de HilbertE, on consi- d`ere un vecteur xet une suite de vecteurs (xn, n∈N) tels que

(1) kxnk → kxkquandn→ ∞.

(2) ∀a∈E ha|xni → ha|xiquand n→ ∞.

a) Calculerkxn−xk et en d´eduire que xn →xdansE quandn→ ∞.

b) On consid`ere une base hilbertienne (ei, i ∈I) de E.

Montrer que les hypoth`eses (1) et (2) ´equivalent `a (1) kxnk → kxkquandn→ ∞.

(20) ∀i∈I hei|xni → hei|xiquandn→ ∞.

Corollaire 15.9. SoitE un espace de Hilbert etE0 son dual topologique. L’application

Φ :E −→ E0 x 7−→ hx|

qui a un vecteur x associe la forme lin´eaire “ produit scalaire parx”est une application anti-lin´eaire bijective.

D´emonstration. L’application Φ est anti-lin´eaire et in- jective (9.2). Reste `a montrer qu’elle est surjective. Pour cela, consid´erons une forme lin´eaire continue non nulle f ∈E0 et son noyauF = kerf. Commef est continue, c’est un sous-espace ferm´e deE. Il a donc un suppl´emen- taire orthogonal F. L’applicationf, de rang 1, induit un isomorphisme deF sur C, donc F est une droite vectorielle.

Choisissons un vecteurxde norme 1 dansF. On a alors f =f(x)hx|. En effet, tout vecteurydeEse d´ecompose eny0+λxavecy0 dansF, et

f(y) =f(y0+λx) =λf(x) tandis que

hx|yi=λkxk2=λ.

Exercice15.10. SoitI un ensemble.

a) Montrer que l’espace `2(I,C) des familles de com- plexes index´ees parI(autrement dit des applications de I dans C) qui sont de carr´e sommable peut ˆetre muni d’une structure d’espace de Hilbert complexe.

b) SoitE un espace de Hilbert et unefamille orthonor- male et totale(ei, i∈I) de vecteurs deE. Montrer que l’application

Φ :E −→ `2(I,C) x 7−→ (hei|xi, i∈I)

est une application lin´eaire bijective qui conserve le pro- duit scalaire.

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