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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Golabek, J. (2015). Les facteurs sous-jacents de la coopération polonaise au développement: l'évolution du système d'aide de la Pologne depuis la période communiste jusqu'à son adhésion au Comité d'aide au développement de l'OCDE en 2013 (Unpublished doctoral dissertation). Université libre

de Bruxelles, Faculté des Sciences sociales et politiques – Sciences sociales et Sciences du travail, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/209002/6/d0869bb1-4f65-4644-8486-c54d1b458f24.txt

(English version below)

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES (ULB)

LES FACTEURS SOUS-JACENTS DE LA

COOPERATION POLONAISE AU

DEVELOPPEMENT

L'évolution du système d'aide de la Pologne depuis la période communiste jusqu'à son adhésion au Comité d'aide au développement de l'OCDE en 2013

Dissertation présentée en vue de l’obtention du titre de Docteur en Sciences Politiques et Sociales

JOANNA GOLABEK

Directeur de thèse: Firouzeh Nahavandi

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REMERCIEMENTS

Bien que la thèse soit un exercice solitaire par excellence, ce travail doctoral n’aurait pas pu voir le jour sans soutien des plusieurs personnes.

En premier lieu, je tiens à remercier Madame la Professeure Firouzeh Nahavandi pour avoir accepté de diriger ce travail. Votre encouragement tout au long de la thèse, votre grande disponibilité, gentillesse et optimisme m’ont permis de mener ce travail à son terme.

Je remercie également Messieurs Alain Verhaagen, Pierre Petit, Gautier Pirotte et Pawel Baginski pour avoir accepté de faire partie du jury de soutenance.

Je remercie l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) et le Fonds Alice et David van Buuren pour l’appui financier qu’ils m’ont accordé.

Je tiens aussi à mentionner le plaisir que j’ai eu à travailler au sein du Centre d’Etude de la Coopération Internationale et du Développement (CECID). Je remercie tous ses membres pour votre écoute, votre gentillesse ainsi que pour la très bonne ambiance que j’ai toujours trouvée au centre.

Finalement, à titre plus personnel, je remercie mon époux - Michal, pour son soutien moral ininterrompu. Merci pour ta confiance en moi et en l’avenir.

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TABLE DES MATIERES

Liste des abréviations 4

RESUME 5

INTRODUCTION 6

Définition de l’objet d'étude et de la problématique 6 Présentation du terrain et introduction sur la méthodologie 10 Logique d’exposition de la recherche 14

PARTIE I: LA COOPERATION POLONAISE AU DEVELOPPEMENT AU REGARD DES THEORIES

DES RELATIONS INTERNATIONALES 15

Chapitre 1 LES THEORIES DES RELATIONS INTERNATIONALES 16

1.1 Le réalisme 16

1.2 Le libéralisme 18

1.3 Le constructivisme 21

1.4 L’application des théories des relations internationales à la politique polonaise d’aide au

développement 22

Chapitre 2 L’ANALYSE DE LA POLITIQUE ETRANGERE (APÉ] 24

2.1 L’approche décisionnelle de Snyder, Bruck et Sapin 25 2.2 L’analyse bureaucratique du processus décisionnel 28 2.3 La dimension psychologique de la prise de décision 29 2.4 Le rôle de l’opinion publique 33 2.5 Les médias d’information : un nouvel acteur de la coopération au développement 36 2.6 L’approche multidisciplinaire de l’APÉ 39

Chapitre 3 UN MODELE D’ANALYSE DE LA POLITIQUE POLONAISE D’AIDE AU DEVELOPPEMENT 42

PARTIE II : L'EVOLUTION DE L'AIDE POLONAISE A TRAVERS L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

DE LA POLOGNE 46

Chapitre 4 LA PERIODE COMMUNISTE 47

4.1 L’URSS et l’aide au Tiers-Monde 47 4.2 L’aide polonaise dans le cadre du bloc soviétique 52

Chapitre 5 LA PERIODE POST-COMMUNISTE: 1989 - 2004 53 Chapitre 6 L’ADHESION DE LA POLOGNE A L’UE 56

6.1 Les implications juridiques et politiques de l’adhésion à l’UE dans le domaine de la coopération

au développement 56

6.2 De la théorie à la pratique : enjeux des négociations d’adhésion 58

Chapitre 7 L’EVOLUTION DE L’AIDE POLONAISE 2004 - 2011 60

7.1 La Stratégie de la coopération polonaise au développement de 2003 61

7.2 Les Programmes annuels 63

7.3 L’organisation et la gestion de l’aide 64

7.4 Les modalités de l’aide 70

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Chapitre 8 L'EVOLUTION DE L’AIDE POLONAISE 2012-2013 79 8.1 La loi sur la coopération au développement 79 8.2 Le premier Programme pluriannuel de la coopération polonaise au développement pour les années

2012-2015 85

8.3 L’Adhésion de la Pologne au CAD de l'OCDE 90

Conclusions de la Partie II ; 91

PARTIE III : L'IMPACT DES FACTEURS EXTERNES SUR L'AIDE POLONAISE AU

DEVELOPPEMENT 94

Chapitre 9 LA FORMATION DE LA POLITIQUE POLONAISE D’AIDE AU DEVELOPPEMENT DANS LE CONTEXTE D’EVOLUTION DE LA COOPERATION INTERNATIONALE AU DEVELOPPEMENT 95

9.1 L’évolution et les enjeux de la coopération internationale au développement 96 9.2 L’analyse de l’aide polonaise dans le contexte de l’évolution de la coopération internationale au

développement 124

Chapitre 10 LE ROLE DES ORGANISATIONS INTERNATIONALES DANS LA FORMATION DU SYSTEME

D’AIDE 135

10.1 Le rôle de l’UE 136

10.2 L’impact du CAD de l’OCDE 148

10.3 Le rôle de l’Organisation des Nations Unies 151 10.4 L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe 152 10.5 L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord 153 Chapitre 11 LES INFLUENCES BILATERALES 157 11.1 Les programmes de renforcement des capacités 158 11.2 Les références de la Pologne 162 11.3 L’impact des relations entre la Pologne et les États-Unis sur l’aide polonaise au développementl65 Chapitre 12 LES FACTEURS GEOPOLITIQUES 177

Conclusions de la Partie III : 185

PARTIE IV : LES DETERMINANTS INTERNES DE LA COOPERATION POLONAISE AU

DEVELOPPEMENT 187

Chapitre 13 LE ROLE DE L’HISTOIRE DANS LA COOPERATION POLONAISE AU DEVELOPPEMENT187 Chapitre 14 L’IMPACT DES FACTEURS STRUCTURELS 194

14.1. Le régime politique 194

14.2 Les aspects bureaucratiques 195

14.3 Le cadre légal 206

Chapitre 15 LES ACTEURS NATIONAUX DE LA COOPERATION POLONAISE AU DEVELOPPEMENT 208 15.1 Le rôle des organisations non-gouvernementales dans la formulation du système d’aide de la

Pologne après 1989 208

15.2 L'influence de l’opinion publique dans la définition du système d’aide de la Pologne 229 15.3 Le rôle des médias d’information dans la conceptualisation de la politique de coopération au

développement 234

15.4 Le rôle du Parlement polonais dans l'élaboration de la politique d'aide au développement 239 15.5 La place du secteur privé dans la coopération polonaise au développement 250 15.6 La place de l'Église dans la coopération polonaise au développement 257 15.7 Le rôle des collectivités territoriales dans la coopération polonaise au développement 262 15.8 L'impact des écoles supérieures et des centres de recherches sur la coopération polonaise au

(6)

Chapitre 16 L’INFLUENCE DES PROFILS INDIVIDUELS DES DECIDEURS SUR LA PRISE DE DECISIONS DANS LA POLITIQUE D’AIDE AU DEVELOPPEMENT 271

Conclusions de la Partie IV : 280

CONCLUSIONS GENERALES 282

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Liste des abréviations

AAA ACP ADA AP APD APÉ BM CAEM CAGRE CE CPD DG FED FEDEM FMI GDRG lAP lEVP JED MAE NED NOEI UE URSS OCDE CAD ODACE OECE OMD ONG ONU

ose

OSCE OTAN PAS PEV PHA PNUD TAIEX

Agenda d’Action d’Accra

Pays d’Afrique, Caraïbe et Pacifique Agence autrichienne de développement Aide publique

Aide publique au développement Analyse de la politique étrangère Banque Mondiale

Conseil d’assistance économique mutuelle (angl. COMECON) Conseil des Affaires générales et des relations extérieures Commission européenne

Cohérence des politiques en faveur du développement Direction générale

Fonds Européen de Développement Fonds Européen pour la Démocratie Fonds monétaire international Global Development Research Group Instrument d’aide de préadhésion

Instrument européen de voisinage et de partenariat Journées européennes du développement

Ministère des Affaires étrangères National endowment for democracy Nouvel ordre économique international Union européenne

Union des républiques socialistes soviétiques

Organisation de coopération et de développement économiques Comité d’aide au développement, comité de l’OCDE

Official Development Assistance for Central Europe Organisation européenne de coopération économique Objectifs du Millénaire pour le Développement Organisation non-gouvernementale

Organisation des Nations unies Organisation de la société civile

Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe Organisation pour la sécurité de la coopération en Europe Plans d’ajustement structurel

Politique européenne de voisinage Polish Humanitarian Action

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RESUME

En rejoignant l’Union européenne en 2004 et alors que le pays appartenait Jusqu’à récemment au groupe des bénéficiaires de l’aide au développement, la Pologne passe de l’autre "côté du miroir" : elle est incluse dans le groupe des pays riches et devient un donateur d'aide, en acceptant par la même occasion les engagements internationaux concernant les volumes de l’aide publique au développement. De façon tout à fait significative et symbolique, cette évolution change la place de la Pologne sur la carte du monde. En effet, la coopération au développement ne représente pas seulement la solidarité avec les pays du Sud, mais elle est aussi un moyen d’existence dans la politique internationale.

L’objectif de cette thèse de doctorat est de documenter, d’analyser et de comprendre l’approche et le comportement de la Pologne en matière de la coopération au développement. En nous référant à deux champs disciplinaires ; les théories des relations internationales et l’Analyse de la politique étrangère (APÉ) nous étudions la politique polonaise d'aide au développement avec comme point de départ un triple questionnement : pourquoi, par qui et comment cette politique est-elle construite ? Afin de répondre à nos questions de recherche nous analysons d’abord une évolution du système d’aide polonaise liée aux changements que le pays subit au cours de la période étudiée. Ensuite, nous étudions en détail le milieu externe et interne de la coopération polonaise au développement.

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INTRODUCTION

Définition de l'objet d'étude et de la problématique

Le système contemporain d’aide au développement de la Pologne compte un peu plus d’une décennie. Après la chute du communisme en 1989, la politique d’aide n’est encore qu’à l’état embryonnaire et par conséquent, la question de l’aide au développement est quasi- absente tant du discours politique que de celui des médias et de l’enseignement supérieur. Cette situation commence à évoluer à la fin de l’année 2004. En particulier, deux événements marquent le début d’une nouvelle époque pour l’aide polonaise au développement.

Tout d’abord, le 8 octobre 2004, le PNUD, conjointement avec le Ministère des Affaires étrangères polonais, inaugure une vaste campagne intitulée « Les Objectifs du Millénaire pour le Développement ; le temps d’aider les autres » dans le but d’initier un débat public au sein de la société polonaise sur le rôle et la responsabilité de la Pologne en tant qu’un donateur de l’aide au développement aux pays plus pauvres. Le message principal est traduit dans un slogan médiatisé dans tout le pays: “la Pologne est l’eldorado pour plus d’un milliard d’habitants les plus pauvres du monde”. En effet, à l’époque, la société polonaise est toujours convaincue que la Pologne est un pays pauvre qui a besoin d’aide et non l’inverse.

Ensuite, le 4 novembre 2004, le Ministre des Affaires étrangères de l’époque - Wlodzimierz Cimoszewicz^ - publie un article intitulé « Avec cœur et raison^ » dans l’un des journaux les plus lus en Pologne (Gazeta Wyborczd) dans lequel il se prononce, d’une manière claire et sans ambiguïté, en faveur de l’aide au développement aux pays pauvres. Le Ministre Cimoszewicz écrit :

« Je pense que la Pologne peut se permettre d’offrir à l’un des pays pauvres du Sud une aide économique spécifique. Une telle décision est motivée non seulement par des raisons humanitaires, mais aussi par des préoccupations pour l’avenir du monde. (...) L’éthique nous demande de faire preuve de miséricorde et de solidarité. Dans la culture polonaise, ce besoin découle des principes chrétiens de l’amour pour l’autrui. L’impératif de solidarité est par contre associé à notre Histoire contemporaine.

(...) Les expériences du passé conduisent à la conclusion que l’aide devrait avoir comme objectif d’en éliminer les causes plutôt que d’en combattre les effets. (...) L’objectif de l’aide devrait être la mise en oeuvre de tels mécanismes, qui à l’avenir permettront aux pays en développement de

' Wlodzimierz Cimoszewicz - Ministre des Affaires étrangères de la Pologne du 19 octobre 2001 jusqu’au 4 janvier 2005.

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résoudre leurs problèmes de manière indépendante. (...) Il est également nécessaire d’ouvrir nos marchés aux produits du Sud - principalement aux produits agricoles et textiles. Nous allons ainsi contribuer à l'effondrement du mythe sur l'aptitude des pays pauvres de vivre aux frais de quelqu'un d’autre

Le contenu de cet article est tout à fait novateur, particulièrement au regard de Tabsence d''information sur la coopération au développement dans le discours politique et dans les médias de l’époque. L’accent mis par le ministre sur l’aide aux pays les plus pauvres suggère une ambition de la Pologne de s’inscrire consciemment dans la lutte contre la pauvreté dans le monde. Le texte, rédigé dans cet esprit par le Ministre des Affaires étrangères lui-même, donne l’espoir pour un engagement conscient et réfléchi de la Pologne en faveur des pays du Sud.

Tant l’article du Ministre Cimoszewicz que la campagne sociétale du PNUD, peuvent être considérés comme révolutionnaires dans la politique polonaise vis-à-vis des pays en voie de développement. Ainsi, la question de savoir si la Pologne doit s’engager dans une coopération au développement évolue vers la question de comment elle doit le faire.

Egalement pour l’auteur de cette thèse, en tant que Polonaise, africaniste de formation et, à l’époque, une étudiante en DES en coopération au développement à l’Université libre de Bruxelles, il s’agissait d’un moment charnière. Depuis lors, nous suivons attentivement et avec beaucoup d’intérêt la mise en place du système d’aide en Pologne. Vu l’absence des analyses scientifiques à ce sujet, nous avons décidé de systématiser nos observations dans le cadre d’une thèse de doctorat.

Nos premiers examens de l’évolution de la coopération polonaise au développement montrent un fossé entre l’esprit qui prévaut dans le texte de Cimoszewicz (qui par ailleurs, occupe son poste de ministre des Affaires étrangères encore pendant seulement deux mois après la publication de cet article, et donc n’a pas le temps de mettre sa vision de l’aide polonaise en œuvre) et la réalité. En effet, l’analyse des premières années de formulation de la politique d’aide de la Pologne nous conduit à une formulation de l’hypothèse selon laquelle la coopération polonaise au développement est construite plutôt en fonction des intérêts géostratégiques et économiques de la Pologne que des motivations humanitaires tant soulignées dans l’article du Ministre Cimoszewicz. Pourquoi une telle hypothèse ? En étudiant une liste des pays bénéficiaires de l’aide polonaise, nous pouvons facilement

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constater qu’en plus des pays de l’Europe de l’Est qui se trouvent depuis toujours dans la sphère immédiate des intérêts vitaux de la Pologne (voisinage, questions sécuritaires, liens historiques, etc.), l’aide polonaise est également régulièrement dirigée vers des pays comme la Chine, afin d’intensifier les échanges économiques, ou encore l’Afghanistan, pour soutenir

/

les activités des troupes militaires polonaises qui y stationnaient. Dans le même temps, l’aide à l’Afrique qui aurait pu davantage illustrer les motivations humanitaires de l’aide polonaise (vu l’absence des autres intérêts de la Pologne sur ce continent) ne représente qu’environ 3% de l’aide bilatérale de la Pologne - même si elle est abondamment détaillée dans les rapports officiels du Ministère des Affaires étrangères. Ces constats nous amènent à chercher les explications sous-jacentes de telles orientations stratégiques.

Ainsi, afin de comprendre l’approche de la Pologne par rapport à la coopération au développement, nous prenons comme point de départ un triple questionnement : pourquoi, par qui et comment la politique polonaise d’aide au développement est-elle construite ? Ces trois questions sont directement liées avec notre cadre théorique. En effet, nous choisissons de faire une analyse de la politique polonaise en nous référant à deux champs disciplinaires ; les théories des relations internationales et l’Analyse de la Politique Etrangère (APE). Les grandes approches théoriques comme le réalisme, le libéralisme et le constructivisme nous aident à placer l’analyse de la coopération polonaise dans contexte international plus large, ainsi qu’à répondre à la question de savoir si l’Etat doit fournir de l’aide aux pays plus pauvres, ou bien s’il doit se concentrer sur les intérêts nationaux et les besoins de ses propres citoyens. D’autre part, l’Analyse de la politique étrangère nous fournit des outils pour interroger le processus même de la prise de décision en politique de développement. Plus précisément, l’APÉ nous permet non seulement d’identifier les éléments qui influencent la définition de l’aide polonaise, mais aussi de porter un regard détaillé sur chaque facteur.

Dans cette étude, nous démontrons que la multiplicité des facteurs qui agissent sur la politique d’aide au développement de la Pologne crée une sorte de mosaïque (ou de puzzle) constituée des éléments interdépendants qui déterminent les décisions des décideurs et ainsi la forme finale de la coopération polonaise, y compris le choix des zones géographiques et des politiques sectorielles. En effet, nous cherchons avant tout à connaître les raisons sous- jacentes des décisions prises par la Pologne dans le cadre de sa coopération au

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En résumé, l’objectif de notre travail est donc d’interroger l’évolution du système d’aide au développement de la Pologne, en identifiant les facteurs à l’origine de ses transformations. Par conséquent, conjointement à la vérification de l’hypothèse de départ, un aspect essentiel de notre travail consiste à comprendre les choix de la Pologne en matière de politique de coopération au développement.

Notre question sur l’engagement de la Pologne dans l’aide au développement aux pays pauvres s’inscrit dans les études sur la coopération internationale au développement. Une analyse de la formulation de la politique polonaise montre le nombre d’enjeux qui conditionnent l’engagement des bailleurs de fonds dans la coopération au développement. En effet, la politique de développement commence dans le pays donateur, c’est donc là que nous devons chercher les motivations de l’aide, qui par la suite, déterminent non seulement la direction de l’aide, mais aussi sa qualité. Malgré une rhétorique officielle montrant souvent l’aide étrangère comme un soutien désintéressé des pays riches aux pays plus pauvres, l’aide au développement se trouve en réalité également dans le domaine d’intérêt des bailleurs de fonds, qui l’utilisent souvent pour la mise en œuvre de leurs intérêts économiques, stratégiques et de sécurité. Or, pour que la coopération au développement devienne plus efficace, l’un des éléments sur lequel il faut attirer l’attention, est sans doute la conception des politiques d’aide dans les pays donateurs. En retraçant l’élaboration du système moderne d’aide en Pologne, nous pouvons déterminer toute une gamme d’interdépendances qui se créent entre les différents acteurs impliqués dans sa conceptualisation. De plus, notre analyse montre également que ce processus est conditionné par le milieu interne et le milieu externe qui influencent également les choix finaux de la Pologne concernant sa politique d’aide. En outre, même si l’histoire de l’aide polonaise est unique et différente des politiques des autres donateurs, nombre d’enjeux relevés lors de notre analyse, peuvent être considérés comme applicables aussi pour d’autres bailleurs de fonds.

Dans cette thèse de doctorat, l’accent est mis sur l’aide bilatérale dont la Pologne décide indépendamment (contrairement à l’aide multilatérale) et qui met en lumière une approche particulière de la Pologne de la coopération au développement.

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comprendre l’approche de la Pologne par rapport à la coopération au développement. Ainsi, dans ce travail, nous n’introduisons pas d’informations sur l’impact des actions polonaises sur les bénéficiaires individuels ou sur la perception de l’aide polonaise par ses bénéficiaires. Même si ces sujets sont essentiels, en particulier pour la question de l’efficacité de l’aide, leur inclusion demanderait une autre approche méthodologique (plus large) et la mise en œuvre des recherches dans les pays bénéficiaires et/ou des entretiens avec des représentants de ces pays. Néanmoins, certains aspects de l’efficacité de l’aide polonaise sont évoqués dans notre travail. Nous y analysons, entre autres, l’impact de la construction du système d’aide (législation, institutions, etc.) sur la qualité de l’aide.

Présentation du terrain et introduction sur ia méthodologie

Notre recherche est centrée principalement sur Pologne. Néanmoins, tout au début de la thèse, nous avons eu l’occasion - grâce, entre autres, à la bourse doctorale de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) - de mener nos recherches au Sénégal pendant une période d’un an et demi (2006-2007). La décision de réaliser des recherches en Afrique est guidée par le fait qu’au départ nous avons voulu réaliser une thèse sur la coopération au développement de la Pologne essentiellement avec les pays afncains. Cependant, au cours de notre recherche nous avons compris qu’un tel sujet était encore trop restreint pour une thèse de doctorat et par conséquent nous avons élargi notre terrain de recherche à l’ensemble de la coopération polonaise afin d’étudier 1a dynamique du développement de la politique d’aide de manière plus globale.

Malgré la modification du sujet de thèse, les recherches menées au Sénégal enrichissent beaucoup notre regard sur l’aide polonaise. Cela est rendu possible par les quatre types de projets qui y ont été réalisés.

Premièrement, le volontariat de cinq mois au sein d’une ONG sénégalaise ‘Enda Graf dans le cadre d'un projet de développement consacré à la protection de l’environnement nous a permis de connaître la dimension pratique de la mise en œuvre des projets de développement en Afrique.

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comprendre les différentes approches des bailleurs par rapport à la coopération au développement.

Troisièmement, nous avons visité plusieurs projets réalisés par les missionnaires polonais et financés par les fonds de la coopération polonaise dans les différentes régions du Sénégal.

Enfin, nous avons aussi eu la possibilité d’effectuer un stage de trois moins au bureau régional de la KfW à Dakar (coopération financière allemande) où nous étions chargée des questions liées à l’agenda de l’harmonisation de l’aide au développement résultant de la Déclaration de Paris signée en 2005. Dans le cadre de ce stage, nous avons réalisé des entretiens avec les différents bailleurs de fonds, aussi qu’avec les représentants du gouvernement sénégalais. Nous avons pu également assisté à des nombreuses réunions de coordination des donateurs présents au Sénégal.

Les informations recueillies lors de ces expériences très variées, nous ont permis de mieux nous positionner par rapport à la thématique étudiée, ainsi que de comprendre davantage les enjeux de la coopération internationale au développement.

Ultérieurement, la partie essentielle de nos recherches a été menée en Pologne. Nous avons observé attentivement l’évolution de la coopération polonaise pendant plusieurs années. En outre, il importe de souligner que le fait de parler polonais nous a facilité évidement le travail car presque toute la documentation sur l’aide polonaise est disponible essentiellement dans cette langue (à l’exception des études externes consacrées à l’analyse plus générale des politiques d’aide dans les nouveaux états membres de l’UE).

Pour répondre à nos questions de recherche, nous nous servons des nombreuses sources d’information.

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En outre, les documents produits par le Groupe Zagranica, surtout les évaluations annuelles de la coopération polonaise réalisées dans le cadre du monitoring, nous servent comme une source importante lors de notre recherche. Nous utilisons également des documents et analyses produits par des centres recherches ou des think tank polonais (principalement PiSM, GDRG et ThinkTank), ainsi que des matériaux des séminaires et de réunions de consultation publiées par des ONG sur leurs sites Internet.

En parallèle à la documentation polonaise, nous nous référons aux rapports et analyses étrangères relatifs à l’aide au développement, y compris des documents adoptés par les institutions et organisations internationales telles que l’OCDE ou l’Union européenne, ainsi que des analyses plus générale consacrées aux différents aspects de l’aide au développement comme la question des motivations de l’aide ou l’analyse d’organisation du système d’aide dans les autres pays.

Les interviews constituent une autre source importante de notre recherche. Tout d’abord, en 2008, nous avons réalisé des entretiens exploratoires qui nous ont permis de préciser notre sujet de recherche, ainsi que d’identifier les principaux acteurs impliqués dans la coopération au développement. Il importe de noter qu’à cette époque le nombre des personnes engagées ou mêmes intéressés par la coopération au développement était encore très limité.

Ensuite, une autre série d’entretiens a été réalisée en 2013 pour compléter les informations manquantes. A chaque fois, il s’agit des entretiens semi directifs, avec des questions ouvertes sur les sujets concernant le fonctionnement du système d’aide. Pendant qu’au Ministère des Affaires étrangères nous avons cherché avant tout à comprendre le fonctionnement interne du système d’aide, à identifier le noyau décisionnel ou la place de la coopération au développement au sein du Ministère, les entretiens avec les représentants des ONG nous ont permis de comprendre la perspective des ONG et d’acquérir des informations précieuses sur les différentes dimensions de leur engagement dans la coopération au développement.

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développement et améliorer les méthodes et matériels d’enseignement sur les questions liées au développement. Les réunions régulières dans le cadre de ce groupe nous ont permis d’établir de nombreux contacts avec des personnes engagés dans la problématique d’aide en Pologne, ainsi que des mener régulièrement des discussions informelles sur les sujets d’actualité concernant la coopération polonaise au développement.

En outre, nous avons collecté un nombre important d’articles parus dans la presse polonaise et consacrés au sujet de l’aide au développement. La grande majorité de ces articles est accessible sur les sites internet des principaux journaux polonais, ainsi que sur les sites de l’Agence polonaise de la Presse (PAP). De manière générale, ces articles concernent soit l’évaluation de la coopération polonaise, soit, à titre informatif, la présentation des décisions prises par le gouvernement dans ce domaine.

Nous avons également assisté au Vème Forum de la coopération polonaise au développement organisé par le MAE (le 29 septembre 2012), ainsi qu’aux conférences (par exemple la conférence au Parlement national du 26 mai 2009 intitulée « La coopération polonaise avec les pays en développement — préparations à la présidence polonaise en 2011 ») et débats organisés par différents acteurs, comme les ‘ODA club’ préparées par le PAH (le 13 juin 2008, « Les sociétés de l’Afrique Subsaharienne : nos partenaires ou bénéficiaires passives de l’aide »), ou les débats organisées par le Groupe Zagranica (par exemple, « La coopération polonaise au développement — aidons-nous sagement ? », le 1 décembre 2013)

Les transmissions en ligne des réunions de la Commission parlementaire des Affaires étrangères (disponibles sur le site officiel du Parlement) où les questions relatives à la coopération au développement ont été discutées constituent également une source précieuse pour notre recherche. Cela nous a permis de constater non seulement le niveau de débat, mais aussi les différents enjeux autour de la coopération au développement.

Ce large éventail des sources d’informations nous a permis d’accumuler un nombre important de données qui rendent possible une étude de l’aide polonaise sous différentes perspectives.

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ont ensuite été regroupés, suivant l’Analyse de la politique étrangère, selon leur appartenance au milieu externe ou interne.

Après avoir identifié et classifié ces éléments, nous avons procédé à une recherche complémentaire concernant respectivement chaque facteur, en se basant sur les sources d’informations évoquées ci-dessus.

Conformément à l’approche multidisciplinaire de l’Analyse de la politique étrangère, nous avons cherché à prendre en compte l’ensemble des facteurs agissant sur le processus de définition de la politique d’aide au développement afin de démontrer les différents types d’interdépendances et enjeux qui se créent entre les éléments étudiés qui par la suite conditionnent la forme finale de la coopération polonaise au développement.

Logique d'exposition de la recherche

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PARTIE I: La coopération polonaise au développement au

regard des théories des relations internationales

L’objectif de ce chapitre est de présenter le cadre théorique soutenant notre recherche. Il expose les fondements théoriques de l’étude de la politique d’aide au développement que nous appliquons par la suite à la coopération polonaise au développement.

La coopération au développement constitue l’une des nombreuses ‘sous-politiques’ de la politique étrangère^. Au niveau institutionnel, le ministre des Affaires étrangères est responsable de toute l’aide au développement et le Département de la coopération au développement est intégré dans la structure organisationnelle du Ministère des Affaires étrangères. Bien qu’il s’agisse d’une politique nouvellement créée, les décideurs politiques soulignent que son rôle au sein de la politique extérieure devient — d’une année sur l’autre - de plus en plus important^. Prenant en compte le lien direct qui existe entre ces deux politiques, nous proposons d’inscrire l’analyse de la coopération polonaise au développement dans le champ d’études consacrées à la politique étrangère.

Afin de comprendre les actions de la Pologne dans le domaine de la coopération au développement, nous proposons ainsi une démarche multidimensionnelle empruntant à deux champs disciplinaires. Nous mobiliserons des travaux relevant à la fois des théories des relations internationales, et d’autres se réclamant de l’Analyse de la politique étrangère {APE) qui est considérée comme l’un des sous-champs des relations internationales en sciences politiques. Une présentation des grandes approches théoriques comme le réalisme, le libéralisme et le constructivisme nous permet de placer la coopération polonaise dans un contexte plus large. En effet, l’aide au développement est directement liée à la question de l’obligation d’aider d’autres pays. Est-ce qu’un Etat doit fournir une assistance aux pays nécessiteux, ou bien doit-il se concentrer sur les intérêts nationaux et les besoins de ses propres citoyens®? Dans la première partie de ce chapitre nous analyserons la manière dont les

* Kessler, M-Ch., La politique étrangère de la France : acteurs et processus. Paris, Presses de Sciences Po, 2009

p. 15

* Stanowski, K., Coopération polonaise au développement. Rapport annuel 2010, p. 3

® Bamett, M., « Duties beyond borders », in Smith, S., Hadfield, A., Dunne, T. (dir .) Foreign Policy. Théories,

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approches sélectionnées répondent à ces questions en montrant les enjeux de la coopération au développement dans le contexte de chacune des théories. Cependant, bien que l’analyse de la politique de développement puisse commencer par la théorie des relations internationales, elle ne doit pas s’arrêter là^. Afin d’expliquer la politique de coopération au développement, il nous faut introduire une démarche plus complexe : multi-niveaux et multi-causale. Pour ce faire, nous proposons de passer à l’Analyse de la politique étrangère, une approche plus sociologique et pluraliste des relations internationales®, qui permet d’introduire de nouvelles pistes de réflexions dans l’analyse de la politique d’aide au développement de la Pologne. Les auteurs en Analyse de la politique étrangère fondent leurs observations sur le processus au cours duquel les décisions sont prises (approche décisionnelle). Une telle analyse impose « une observation minutieuse des différents types d’acteurs enjeu, de leurs stratégies, de leurs logiques ® ». Elle met en évidence le rôle des facteurs domestiques, internationaux, psychologiques ainsi que l’importance de l’environnement dans lequel les décisions concernant l’aide au développement sont prises. Ce faisant, elle permet une analyse plus rigoureuse de la coopération polonaise.

Chapitre 1 LES THEORIES DES RELATIONS INTERNATIONALES

Nous pouvons distinguer trois approches théoriques qui nous paraissent particulièrement pertinentes pour notre étude de la coopération polonaise au développement : le courant réaliste, le courant libéral et le courant constructiviste. Ces approches proposent des cadres généraux pour interpréter la politique de développement et son environnement.

1.1 Le réalisme

Dans les relations internationales, le réalisme est devenu l’approche dominante au XXème siècle^®. Cette école de pensée, est basée sur quatre postulats qui, selon ses tenants.

’ Wohlforth, W., “Realism and foreign policy”, in Bamett M. in Smith, S., Hadfïeld, A., Dunne, T. (dir .)

Foreign Policy. Théories, Actors, Cases. Oxford, Oxford University Press 2008, p. 38

‘ Parmi les auteurs qui proposent une réflexion originale en utilisant des outils de la sociologie nous pouvons citer, entre autres, Raymond Aron, James Rosenau, Graham Allison, Bertrand Badie, Marie-Claude Smouts, Marie-Christine Kessler, Guillaume Devin, Michael Brecher, et Christopher Hill.

’ Charillon, F., Politique étrangère : nouveaux regards. Paris, Presses de Sciences Po, 2002, p. 17

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conditionnent le fonctionnement du monde. Il s’agit notamment, comme le précise Wohlforth, du groupisme, de l’égoïsme, de l’anarchie et de la politique de puissancei^. Le groupisme suppose que la politique a lieu à l’intérieur et entre des groupes comme des Etats dont les habitants sont liés par l’idée du nationalisme. Cependant le réalisme peut être appliqué à n’importe quel contexte social au sein duquel des groupes interagissent. L’égoïsme, selon les réalistes, fait partie de la nature humaine et conditionne le comportement politique individuel ou de groupe. L’anarchie internationale, par contre, est liée à l’absence de gouvernement mondial et provoque des interactions égoïstes entre les acteurs internationaux. Enfin, la politique de puissance signifie que l’objectif central de l’Etat est de rechercher une augmentation de sa puissance globale dans toutes ses activités sur la scène internationale. Dans cette perspective, certains Etats « se situent dans une optique de survie, défensive ; selon d’autres, l’intérêt national pousse vers l’expansion de la puissancei^ ».

Que signifient ces quatre postulats dans le contexte spécifique de la coopération internationale au développement ? Selon les réalistes, la politique étrangère est formulée par l’Etat (représenté par le président ou par le gouvernement) qui d’une manière raisonnable analyse les avantages et les coûts d’une décision afin de choisir le chemin le plus optimal du point de vue de l’intérêt national, défini le plus souvent en termes de sécurité et de puissance. Dans ce sens-là, l’objectif de la coopération au développement est de faciliter la réalisation des intérêts nationaux des donateurs. L’Etat accorde une assistance à un autre Etat si, et seulement si, une telle aide peut contribuer à la réalisation de ses intérêts stratégiques. Ainsi, « l’aide octroyée est considérée comme minimalement associée au développement ou comme étant significative dans la mesure où elle favorise le prestige, la sécurité politico-militaire et la position économique des donateurs

Carr, puis une deuxième génération après la guerre ou au début de la Guerre Froide représentée par George Kennan, Raymond Aron et Hans Morgenthau dont le plus célèbre ouvrage Politics among Nations est devenu une référence pour toute une génération de théoriciens et de praticiens des relations internationales, en particulier aux Etats-Unis. Le troisième groupe. Ma génération de la détente’ est représentée entre autres par Kenneth Waltz et son célèbre ouvrage Theory of International Politics, ainsi que par Stephen Krasner et Robert Gilpin. Enfin, la dernière génération - celle d’après la guerre froide - est liée à des noms tels que John Mearsheimer, Steven Walt, Randall Schweller et Charles Glaser (Source ; Wohlforth, W., « Realism », in Reus-Smit, Ch., Snidal, D. (dir.), The Oxford Handbook of International Relations, Oxford, Oxford University Press, 2008 p. 132)

" Ces quatre propositions ont été présentées par William C. Wohlforth dans son chapitre consacré au réalisme, dans : Christian Reus-Smit, Duncan Snida (ed.), The Oxford Handbook of International Relations. Oxford, Oxford University Press, 2008, pp. 132 - 134.

Télo, M., Relations internationales: une perspective européenne. Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 2010, p. 50

Rioux, J.-S., « Les défis pour le Canada en matière d’aide publique au développement ». Etudes

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Dans une perspective réaliste, les Etats ont le devoir de protéger leurs intérêts nationaux. L’utilisation des ressources financières et personnelles pour aider les autres pays est ainsi considérée comme contradictoire avec leur responsabilité première vis-à-vis de leurs citoyens. En d’autres termes, l’Etat n’a pas et ne devrait pas avoir d’obligations au-delà de ses frontières Une telle attitude des décideurs est soutenue de plus par une opinion selon laquelle des standards différents sont appliqués pour l’action publique et pour les actions des individus. Alors que les individus peuvent agir en fonction de règles éthiques universellement partagées, les décideurs sont toujours obligés de prendre leurs décisions en fonction des intérêts de l’Etat qu’ils représentent^^. La notion d’intérêt national est en effet utilisée comme facteur explicatif de la politique étrangère des Etats^®. Dans le cas de la théorie réaliste, l’intérêt national « est nécessairement égoïste par rapport aux intérêts extranationaux^^ ». De plus, il domine également les intérêts privés infranationaux car la priorité est donnée au maintien de la sécurité^®.

1.2 Le libéralisme

La théorie libérale des relations internationales aide à comprendre la politique étrangère par l’introduction de nouveaux éléments d’analyse. Elle souligne que les pressions sociétales nationales et transnationales déterminent le comportement de l’Etat2“. Un tel postulat rompt avec la conception réaliste de l’Etat en tant qu’acteur unitaire et omniprésent sur la scène internationale. Dans la perspective libérale, « les acteurs fondamentaux de la politique internationale sont les individus et les groupes privés^^». Dans ce sens, les Etats

Bamett, M., “Duties beyond borders”, in Smith, S., Hadfield, A., Dunne, T., Foreign Policy. Théories, actors,

cases. Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 192

Donnelly, J., “The ethics of realism”, in Reus-Smit, Ch., Snidal, D. (dir.), The Oxford Handbook of

International Relations, Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 155-156

“ Battistella, D., « L'intérêt national. Une notion, trois discours », in Charillon, F., Politique étrangère

Nouveaux regards. Paris, Presses de Sciences Po, 2002, p. 143

*’ Ibid., p. 144 Ibid., p. 145

L’origine philosophique du libéralisme est liée à John Locke - l’un des principaux précurseurs des Lumières. Dans notre travail, nous nous référons principalement à la théorie libérale générale des relations internationale telle qu’elle est présentée par Andriew Moravcsik considéré comme ‘représentant contemporain de John Locke’ (Battistella, D., « Prendre Clausewitz au mot : Une explication libérale de ‘Liberté en Irak’ », Etudes

internationales, vol. 35. n°4, 2004, p. 671).

Moravcsik, A., “The New Liberalism”, in Reus-Smit, Ch., Snidal, D. (dir.), The Oxford Handbook of

International Relations. Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 236

Moravcsik, A., « Taking Preferences Seriously : A Liberal Theory of International Politics ». International

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représentent les exigences des individus et des groupes sociétaux nationaux. Conséquemment, les préférences de l’Etat sont construites sur la base des intérêts des acteurs sociétaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes satisfaire de manière plus efficace^^. Dans une telle perspective, l’intérêt national n’est pas statique comme dans la perspective réaliste, mais « il évolue selon les demandes sociétales qu’il exprime, c’est-à-dire selon les capacités elles-mêmes évolutives des différents acteurs sociétaux à faire prévaloir au sein de l’appareil étatique leurs préférences respectives^^ ».

Si les préférences des citoyens ou de groupes d’intérêts particuliers influencent l’action de l’Etat en dehors de ses frontières, l’idée d’aide aux pays tiers dépend surtout de l’engagement et de la détermination des citoyens en cette matière. Bamett cite deux exemples d’une telle mobilisation qui entrent dans le cadre de l’approche libérale des relations internationales^^. Le premier exemple concerne le mouvement abolitionniste en Angleterre qui a débuté dans les années 1780 et qui a par la suite abouti à l’abolition du commerce des esclaves en 1807 et à l’abolition de l’esclavage en 1833. Il faut souligner qu’il s’agissait principalement d’un mouvement de masse motivé par des principes et valeurs chrétiens qui a d’une part sensibilisé l’opinion publique sur la question de l’esclavage et d’autre part, mis une pression efficace sur les décideurs pour influencer leurs décisions à propos de la politique envers les esclaves. Le deuxième exemple concerne l’aide alimentaire fournie par les Etats- Unis. En effet, les Etats-Unis maintiennent ce genre ‘d’aide’ en raison d’un lobby puissant des agriculteurs américains qui dans le cadre de l’aide alimentaire se débarrassent des surplus de leurs récoltes^® cgs jeux exemples montrent que les préférences des citoyens - retenues par la suite par le gouvernement - peuvent porter des traits tantôt humanitaires tantôt égoïstes par rapport à l’aide au développement. Ceci est en fait construit en fonction des groupes d’intérêt qui, pendant une période donnée, auront plus d’impact sur les autorités que d’autres groupes ou des individus.

“ Moravcsik, A., “The New Liberalism”, in Reus-Smit, Ch., Snidal, D. (dir.), The Oxford Handbook of

International Relations. Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 237

Battistella, D., « L’intérêt national. Une notion, trois discours », in Charillon, F., Politique étrangère.

Nouveaux regards. Paris, Presse de Sciences Po, p. 150

Bamett, M., “Duties beyond border", in Smith, S., Hadfield, A. Dunne, T., Foreign Policy. Théories, Actors,

Cases. Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 192-193

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Nous tenons aussi à souligner avec Moravcsik, que le rôle de la société telle qu’elle est présentée dans la théorie libérale est renforcé par le processus de la mondialisation qui influence les exigences des citoyens en ce qui concerne les affaires internationales. Sans ce phénomène de la mondialisation, les acteurs sociaux n’auraient aucun intérêt rationnel à s’occuper de la politique internationale^®. A l’heure actuelle, la télévision et la presse écrite jouent un rôle très important dans la sensibilisation aux problèmes mondiaux. Cette prise de conscience de la situation dans laquelle se trouve autrui est liée à la question de l’interdépendance qui est une composante fondamentale de la théorie libérale des relations internationales. Selon les libéraux, la nature du système international est liée au concept d’interdépendance politique^^. Les décisions prises par un Etat ne peuvent plus être vues sans prendre en considération leurs conséquences négatives et positives sur d’autres pays. La logique d’interdépendance peut également s’appliquer aux actions au niveau de la société même. Citons encore une fois l’exemple proposé par Barnett^s. En Occident, l’achat de produits à très bas prix est lié à des coûts de production extrêmement faibles dans les pays en développement où les conditions de travail sont misérables et la rémunération dérisoire. Théoriquement, la prise de conscience de cette interdépendance pourrait donc aboutir à un changement des préférences des sociétés occidentales qui par la suite pourraient réussir à imposer leur point de vue aux décideurs politiques.

Compte tenu de ce qui précède, les individus ou les groupes d’intérêts peuvent alors vouloir aider les autres pays soit pour des raisons morales, soit parce qu’ils voient que leurs propres actions contribuent à la pauvreté des autres^^ et qu’ils veulent le changer, soit parce qu’ils cherchent à réaliser leurs propres intérêts qui ne doivent pas nécessairement contribuer à une amélioration des conditions de vie des populations pauvres.

Prenant en compte des traits caractéristiques du libéralisme international indiqués ci- dessus, la politique d’aide au développement peut être considérée comme « une suite de décisions singulières reflétant les intérêts et préférences de tel ou tel groupe ayant réussi à imposer à travers l’appareil décisionnel son point de vue aux autres^® ».

“ Moravcsik, A., “The New Liberalism”, in Reus-Smit, Ch., Snidal, D. (dir.), The Oxford Handbook of

International Relations. Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 236

Ibid, p. 239

Bamett, M., “Duties beyond border”, in Smith, S., Hadfield, A. Dunne, T., Foreign Poticy. Théories, Actors,

Cases. Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 193

” Ibid, p. 193

Battistella, D., « Prendre Clausewitz au mot : Une explication libérale de Liberté en Irak’ », Etudes

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1.3 Le constructivisme

Alors que le réalisme et le libéralisme se concentrent sur les facteurs matériels comme le pouvoir et le commerce, le constructivisme souligne l’influence des idées. L’approche constructiviste^^ des relations internationales est basée sur le concept selon lequel le monde est « construit socialement ». Autrement dit, les constructivistes voient le monde tel qu’il est construit à travers le processus d’interactions entre les acteurs et leur environnement^^. Ces relations sont conditionnées par des idées, des conceptions et des normes fondées par des acteurs individuels ou par des Etats. Par conséquent, la manière dont les gens et les Etats agissent dans la politique mondiale est basée sur leur compréhension du monde^^ Dans le même sens, les tenants du constructivisme parlent de ‘la construction sociale des intérêts nationaux’ indiquant que « les intérêts trouvent leurs racines dans l’identité des Etats, c’est-à- dire dans la représentation que les Etats se font d’eux-mêmes et d’autrui, du système international, et de leur propre place, ainsi que de celle des autres, au sein de ce système international^ ». Ces croyances et ces normes peuvent être parfois relativement stables, mais elles ne sont jamais fixées de manière définitive. Comme les idées et les pratiques varient au fil du temps ou selon l’espace, les modèles qui semblent être solides et prévisibles, peuvent changer aussi^s. Or, les intérêts nationaux sont eux aussi vulnérables aux changements.

Dans l’étude de la politique étrangère, cela signifie aller au-delà d’une simple constatation des intérêts d’un Etat ou des acteurs particuliers pour chercher à déterminer les sources de ces intérêts et de voir comment ils sont en effet construits au cours de relations avec des environnements plus vastes^®. Dans ce sens, l’approche constructiviste n’est pas opposée aux théories réaliste ou libérale des relations internationales. Comme les intérêts sont façonnés par des normes^^, la construction sociale des acteurs pourrait aussi bien aboutir à une formulation des intérêts géostratégiques, économiques ou de toute autre nature. La

Le constnictivisme a été développé à la fin des années 1980 et dans les années 1990 par des penseurs tels que Nicolas Onuf, Alexander Wendt Richard Ahley, Friedrich Kratochwil, John Ruggie ou Peter Katzenstein.

Checkel, J. T., “Constructivism and foreign policy”, in Smith, S., Hadfield, A., Dunne, T., Foreign Poticy.

Théories, A dors. Cases. Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 73

Hurd, 1., “Constructivism”, in Reus-Smit, Ch. Et Snidal, D. (eds), The Oxford Handbook of International

Relations, Oxford, Oxford University Press, 2008, p. 313

McLeod, A., « L’approche constructiviste de la politique étrangère », in Charillon, F., Politique étrangère.

Nouveaux regards. Paris, Presse de Sciences Po, 2002, p. 152

Hurd, L, op. cit., p. 300

^ Checkel, J. T., op. cit., p. 72

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différence entre les intérêts ‘réalistes et libéraux’ et ‘constructivistes’ se manifeste plutôt dans la source de ces intérêts et dans la manière dont ils sont formulés au cours des processus sociétaux^B. Dès lors, nous pouvons parler de complémentarité entre les approches réaliste, libérale, et constructiviste des relations internationales.

1.4 L'application des théories des relations internationales à la politique polonaise d’aide au développement

La complémentarité des trois approches citées ci-dessus se manifeste également dans notre analyse de la politique polonaise de développement. Nous pouvons en effet constater la coexistence d’éléments des doctrines réaliste, libérale et constructiviste.

La théorie réaliste est fort cohérente avec notre thèse de départ selon laquelle la coopération polonaise au développement est construite en fonction des intérêts géostratégiques et économiques de la Pologne. Le développement par la Pologne du projet du Partenariat oriental réalisé, entre autres, dans le cadre de la coopération polonaise est directement lié à ses intérêts géostratégiques comme des questions de sécurité sur sa frontière orientale. En outre, dans les documents officiels relatifs à l’aide au développement, la politique de développement est ouvertement présentée comme un instrument de politique étrangère qui doit, entre autres, servir à un renforcement de la position de la Pologne sur la scène internationale ^9. Au cours de notre travail, nous présentons également d’autres arguments soutenant cette hypothèse.

Cependant, comme cela est souligné par Wohlforth'**’, même si le réalisme peut éclairer l’analyse de la politique étrangère, il n’explique pas exactement comment cette politique se définit. Nos recherches sur la politique polonaise d’aide au développement nous amènent au même constat. En affirmant que l’aide polonaise au développement sert à la réalisation des intérêts géostratégiques et économiques de la Pologne, nous arrivons aux questions suivantes: pourquoi la Pologne choisirait-elle de tels objectifs et non d’autres ? D’où viennent ces objectifs ? Pourquoi seraient-ils prioritaires par rapport à d’autres, comme par exemple des objectifs humanitaires ? Qui les détermine ? Comment se déroule le

Hurd, I., op. cit., p. 310

’’ Priorités de la politique étrangère de la Pologne 2012-2016. Varsovie, mars 2012, p. 6

Wohlforth, W. C., “Realism and foreign poliey”, in Smith, S., Hadfield, A., Dunne, T., Foreign PoUcy.

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processus de sélection des objectifs d’aide et quels sont les facteurs qui l’influencent ? En cherchant des réponses à ces questions, nous découvrons un nombre important de facteurs qui, directement ou indirectement, indépendamment ou corrélativement, affectent la forme que prend l’aide polonaise. Cependant, une telle analyse de ces facteurs dépasse la portée de la théorie réaliste. Or, nous constatons qu’une limitation de l’analyse de la politique d’aide aux postulats de la théorie réaliste serait très simpliste et ne montrerait pas la multitude d’interactions et d’enjeux qui accompagnent le processus de formulation de la politique de l’aide polonaise.

La perspective libérale des relations internationales nous révèle de nouvelles pistes possibles d’analyse des enjeux de la coopération polonaise au développement. En Pologne, nous pouvons notamment observer, entre autres, un fort lobby des organisations non- gouvernementales de développement qui essayent d’une part, d’influencer les décisions des autorités par rapport à la politique de développement et d’autre part, s’engagent sérieusement dans le processus de sensibilisation de la société polonaise aux problèmes du Sud. En même temps, de nouveaux acteurs apparaissent sur la scène polonaise de la coopération au développement comme par exemple les représentants du secteur privé. Le rôle de différents acteurs sociétaux et de leurs influences sur la politique de développement est un élément clé de notre analyse. Dans ce sens-là, la théorie libérale complète notre cadre de travail.

Enfin, la perspective constructiviste enrichit également notre analyse de la politique de développement de la Pologne. Elle propose en effet de nouveaux éclairages dans la compréhension des acteurs et des processus décisionnels qui sont au centre de la politique étrangère. Comment se construit l’intérêt national de la Pologne ou comment se construit l’intérêt particulier de la Pologne pour l’aide au développement ? Pourquoi la Pologne s’engage-elle dans la coopération au développement ? Quelles valeurs et quelles normes se trouvent derrière cet engagement ? Qu’est-ce qui influence la manière dont les acteurs nationaux regardent ou comprennent l’idée de la coopération au développement ? Quels sont les autres facteurs extérieurs qui fondent les normes de la coopération polonaise ? Les réponses à ces questions - d’ailleurs cruciales pour notre sujet de thèse - nous aiguillent vers une approche constructiviste des relations internationales. En effet, « les constructivistes montrent comment les valeurs qui se diffusent au sein de la société transnationale, les normes que partagent la société internationale, les règles qui codifient le droit international, modifient le comportement des Etats^i ». Ainsi, dans notre étude des enjeux de la coopération polonaise

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au développement, l’accent est mis sur la genèse et le contexte dans lequel les intérêts divers circulent et contribuent à forger la politique d’aide, ainsi que sur les normes et les valeurs qui façonnent les identités des acteurs et leurs actions dans le domaine de la coopération au développement.

Nous pouvons donc constater que dans l’analyse de la politique polonaise d’aide au développement les trois approches des relations internationales présentées ci-dessus peuvent être mobilisées. Chacune des approches dévoile en effet des enjeux différents potentiels de la coopération au développement. Elles indiquent également les divers éléments susceptibles d’influencer le comportement de la Pologne au sein de la politique de développement. Néanmoins, pour aller en avant dans notre compréhension de la politique polonaise d’aide au développement, nous devons nous diriger vers l’Analyse de la politique étrangère qui permet d’approfondir le processus même de formation de la politique de coopération au développement.

Chapitre 2 L'ANALYSE DE LA POLITIQUE ETRANGERE (APÉ)

L’inspiration majeure de notre travail se trouve dans la compréhension de la diversité des acteurs et des facteurs qui influencent l’ensemble des décisions liées à la politique de l’aide, ainsi que la dynamique de leur changement. En essayant de comprendre le processus de formulation de la politique polonaise d’aide, nous nous sommes très vite rendu compte de la multitude des facteurs qui l’influencent. L’Analyse de la politique étrangère (APÉ) fournit de nombreux instruments utiles pour connaître ce processus. L’analyse détaillée de différents acteurs, facteurs et structures nous permet de comprendre les décisions en matière d’aide au développement, et alors de nous pencher sur la question de la politique d’aide d’une manière plus complète et multilatérale.

L’Analyse de la politique étrangère^^ se développe dans les années 1950 en réaction aux postulats du réalisme. Cette nouvelle approche de la politique étrangère met à l’épreuve

L’Analyse de la politique étrangère est alternativement connue sous le nom anglais de Foreign Policy Analysis

(FPA). Elle est considérée comme une approche en relations internationales et non comme une théorie à part

(28)

les deux concepts principaux de la théorie réaliste. Il s’agit notamment de la conception de l’État comme acteur unitaire et de la croyance en la rationalité de l’acteur décidant. D’une part, les tenants de l’APÉ redirigent l’analyse de l’Etat unitaire vers les décideurs individuels, car « l’activité étatique est celle qu’exercent ceux qui agissent au nom de l’Etat . D’autre part, ils démontrent à partir de différents cadres analytiques que les décisions en politique étrangère ne sont pas parfaitement rationnelles. De fait, comme l’Etat est composé de différents acteurs avec des visions de la réalité et des objectifs différents, une vision homogène de la politique étrangère qui correspondrait à un seul intérêt national bien défini, devient peu probable.

Cette approche, plus sociologique car centrée sur les acteurs, permet d’inclure dans une analyse de la politique étrangère de nouveaux éléments de réflexion qui n’existent quasiment pas dans les théories classiques des relations internationales. Afin de répondre à la question cruciale pour l’Analyse de la politique étrangère qui est ‘Pourquoi et comment certaines décisions sont prises?’ les chercheurs se dirigent vers l’analyse du processus au cours duquel les décisions sont formulées. Plus particulièrement, ils étudient les mécanismes et les acteurs qui conditionnent ce processus par l’introduction de nouvelles variables d’analyse comme le rôle des facteurs organisationnels, le problème des perceptions, des valeurs, des normes, de la personnalité propre du décideur politique ou encore de l’influence des interactions entre les différents acteurs sur le processus de prise de décision.

Nous ne sommes bien sûr pas en mesure de présenter l’ensemble des approches qui traversent l’Analyse de la politique étrangère, ce qui n’est d’ailleurs pas l’objectif de notre travail. Nous avons uniquement ciblé les propositions théoriques qui nous semblaient les plus adéquates et pertinentes pour alimenter et structurer notre recherche ciblée sur la coopération polonaise au développement.

2.1 L'approche décisionnelle de Snyder, Bruck et Sapin

Le travail de Snyder, Bruck et Sapin est considéré comme l’ouvrage pionnier qui a poussé les chercheurs à orienter l’analyse de la politique étrangère du niveau national au

study of World Politics. Theoretical and methodological challenges. London & New York, Routledge, 2006, pp.

171-200).

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niveau des acteurs^. Les auteurs y définissent « l’Etat comme ses décideurs En plaçant le processus de la prise de décision au centre de leur compréhension, ils organisent les déterminants de l’action autour des décideurs qui agissent au nom de la société. Dans le même temps, les auteurs précisent que la compréhension des raisons pour lesquelles l’Etat se comporte de telle ou telle manière, réside dans la manière dont ses décideurs en tant qu’acteurs définissent leur positionnement. La question des perceptions devient ainsi cruciale dans l’analyse de la prise de décision.

Selon les auteurs, afin d’approcher les perceptions des responsables politiques, il faut tenir compte des pressions exercées sur ces décideurs par leur environnement externe (les actions et les réactions des autres Etats, les sociétés pour lesquelles ils agissent et le monde physique) et par l’environnement interne (la politique intérieure, l'opinion publique et la position géographique, ainsi que les questions organisationnelles de la société). Il importe cependant de noter que « les facteurs internes et externes ne peuvent exercer une influence que dans la mesure où ils opèrent à travers le « filtre » subjectif des décideurs, le « prisme des attitudes » à travers lequel leurs images de l’environnement objectif sont formées^* ». De plus, les deux environnements sont intimement liés. En effet, non seulement les facteurs au sein de chaque environnement interagissent, mais ils entrent aussi en relation avec des facteurs de l’environnement opposé. Un nombre d’interactions non-gouvernementales peut aussi être détecté comme par exemple les échanges culturels ou commerciaux, les relations entre l’opinion publique et les médias d’un autre pays, les migrations ou encore la coopération transnationale entre les organisations non-gouvernementales au niveau européen ou mondiaU^.

Snyder, R. C., Bruck, H. W., et Sapin, B. (dir.), Decision-Making as an Approach to the Study of

International Politics. Foreign Policy Analysis Project Sériés n°3, Princeton, Princeton University Press, 1954.

Snyder, R. C., Bruck H. W., Sapin, B., Foreign Policy Decision-Making. New York, The Free Press, 1962, p. 65

Legrand, V., Prise de décision en politique étrangère et géopolitique. Le triangle « Jordanie-Palestine-

Israël » et la décision jordanienne de désengagement de Cisjordanie (1988). Bruxelles, P.I.E. PETER LANG,

2009, pp. 23-24

(30)

La société peut en effet, comme le soulignent Snyder, Bruck et Sapin, interpréter les relations internationales à sa manière qui peut être identique ou différente des interprétations officielles. Elle peut également avoir des attentes par rapport à la politique étrangère qui ne coïncident pas nécessairement avec celles du gouvernement. Ces écarts entre les interprétations et les attentes gouvernementales et non-gouvemementales peuvent jouer un rôle important, surtout dans la situation où l’action étatique agit à l’encontre des attentes du public.

Snyder et al. attirent également notre attention sur le rôle des motivations - une variable cruciale pour une analyse de la politique de l’aide, car elle influence les fondements de l’engagement du pays en coopération au développement et conditionne la manière dont cette coopération est effectuée. Selon ces auteurs, les motivations sont l’un des facteurs principaux qui déterminent le processus de prise de décision"*^®. Il est en effet impossible de comprendre le comportement d’un Etat sur la scène internationale sans connaître les motivations des décideurs politiques. Or, pour une analyse complète de la politique étrangère, il faut aller au-delà d’une simple constatation de ses objectifs (comme objectifs sécuritaires, économiques, etc.) et chercher à répondre à la question de « comment les objectifs sont définis, pourquoi certains objectifs sont valorisés, pourquoi la poursuite d’un objectif général prend une forme particulière ou pourquoi certains objectifs gagnent de l’importance dans certaines situations et pas dans les autres^^».

Les auteurs évoquent également la coexistence de multiples motivations. On ne peut quasiment Jamais parler d’une seule motivation. Dans la majorité des cas, la politique de l’aide est Justifiée par plusieurs motivations hiérarchisées. Ainsi, un conflit peut surgir entre les différentes motivations. En ce qui concerne l’aide au développement nous sommes le plus souvent confrontés à une multitude de motivations qui oscillent entre les intérêts nationaux (égoïstes) et les motivations humanitaires.

Enfin, les auteurs répondent également à la question de comment identifier les motivations. Selon eux, “les motivations ne sont pas des comportements, mais des inductions tirées de comportements. Par conséquent, elles sont indirectement déduites, et non directement observables. Les motifs sont postulés comme base de compréhension et sont vérifiés par l’observation du comportement^®”.

A côté des sphères de compétence (les aspects structurels et administratifs du processus décisionnel) et de la communication et l'information (Snyder et al. op. cit., pp.137-153).

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